Deux ans après sa première édition champêtre, la seconde Université des déserts numériques s’est tenue les 20 & 21 septembre à Auzon, dans une zone quasi-blanche de la Nièvre. Représentants de patients, professionnels de santé, startuppers, opérateurs de réseaux et pouvoirs publics se retrouvent dans cet espace de réflexion et de co-construction.
Pour Guillaume de Durat, « patient citoyen » et président de l’Université des Déserts, « Plus que de solutions techniques où d’idées innovantes, les déserts médicaux et numériques d’aujourd’hui manquent d’abord et avant tout d’une vision transversale. Leur fertilisation est intimement liée à leur irrigation, au budget de la Nation pour être pragmatique, mais également à notre propre capacité à échanger en dehors de tout corporatisme et dogmatisme ».
Au regard de vos multiples casquettes, comment peut-on vous présenter ?
Dominique Pon parle de moi comme d’un patient citoyen, un Français parmi d’autres qui vit où bon lui semble en France et qui a besoin de bénéficier de l’évolution du système de soins, de santé. Je vis dans la cité, au sens ancien du terme, en ayant besoin de bénéficier d’un certain nombre de services publics. Pour le reste, je fais partie du microcosme qui travaille dans la e-santé de longue date.
Je me suis aperçu que beaucoup de gens ne se rendait pas compte de ce que la e-santé impliquait. Il y a deux ans, lors de la première université, nous avions dénoncé la double peine face aux déserts numériques. Aujourd’hui, nous parlons de fracture numérique.
Il ne faut pas faire pour autant de transformation numérique à marche forcée mais prendre la mesure du fait que les Français, patients ou non, ne sont pas complètement prêts. Ils ne maîtrisent pas les outils informatiques. Certains maîtrisent mal le français. D’autres n’ont pas de réseau… C’est un souci pour le développement de la santé. Les autorités s’en aperçoivent avec les difficultés d’avancer sur la dématérialisation de démarches administratives comme la déclaration d’impôts.
Quels sont les principaux freins ?
Nous sommes à un an de remboursement de la télémédecine, avec beaucoup moins d’actes que prévu. Pourquoi ? Est-ce que le problème est juste technique ? Est-ce que les connexions ne sont pas bonnes ? Est-ce une question de formation ?
En tout cas, je ne pense pas que le problème soit purement technique, mais plutôt humain, organisationnel et économique. La technologie est présente. La 5G par exemple correspond exactement aux besoins de la santé en terme de temps de latence, de canaux dédiés. Mais, il faut qu’il y ait une antenne et que la fibre arrive au pied de l’antenne. Le risque si la question n’est pas prise en amont est d’accentuer la fracture pour ceux qui déjà étaient écartés de la 3G et de la 4G. Après il y a les problèmes géopolitique qui nous échappent plus sur le choix d’utiliser des technologies souveraines, ou non.
Sur la dimension technique, la France est très présente dans l’innovation. Nous avons des prix à Las Vegas mais nous n’avons pas réfléchi aux besoins d’infrastructure pour développer ces outils.
Quelles sont les autres solutions au-delà de la 5G ?
Une des options est le développement du haut-débit par satellite. Le centre d’études spatiales est présent à Auzon, sur les deux jours. Le centre propose des canaux sécurisés dédiés sur le mode de la 5G. Une antenne a été mise en place pour les participants à l’université.
Une autre solution est le fameux roaming. Avec une puce achetée en Italie, en Belgique, ou en Espagne, l’utilisateur d’un smartphone peut passer d’un opérateur à l’autre. Nous allons présenter des solutions équipées de quatre cartes SIM. Il s’agit donc bien de bon sens et pas d’un obstacle technique. Et également de stratégie économique. Les opérateurs se demandent l’intérêt de couvrir telle ou telle région ou ville. Ce n’est plus un service public. Nous dépendons donc de choix d’entreprises privées.
Et, la question de la formation est également essentiel ; de l’éducation au numérique ; l’éducation des usagers, bien souvent usagés et fatigués. C’est un accompagnement que propose par exemple Emmaüs Connect dans plusieurs régions. Mais aussi l’accompagnement des médecins qui s’intéressent à la télémédecine comme le fait la fondation « Agir pour la Télémédecine ».
Pour reprendre le slogan de ces deux jours, comment fertiliser ces déserts ?
Pour fertiliser, il faut semer de la bonne volonté. Je suis missionné par Dominique Pon sur le numérique en santé. Dans son discours, il parle beaucoup d’humanisme et de bonne volonté ainsi que de l’importance de se mettre à travailler ensemble. Semer de la bonne volonté en n’oubliant pas que notre système de santé repose sur une dimension de solidarité. C’est ce qui m’anime ici.
Nous sommes une équipe à porter à bout de bras cet événement. Nous espérons qu’il va être relayé. Nous essayons d’aborder ces sujets dans la bonne humeur ici dans la Nièvre où le téléphone portable passe mal. Je suis optimiste de nature. Mais honnêtement, il va falloir travailler beaucoup pour pour que cette fertilisation soit efficace. Cela va être dur.
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Guillaume Durat (de)