Le Grand Est compte 23 000 médecins inscrits a l’Ordre et 600 télémédecins, soit 2,6 % des praticiens : il n’y a « pas de grand soir de la télémédecine [mais] une tendance » qui se profile, avec une progression moyenne de 10 % par mois, un engouement fort des généralistes, et une mobilisation importante des patients. C’est ce que déclare Laurent Dal Mas, directeur de la qualité, de la performance et de l’innovation de l’ARS Grand Est, intervenu le 3 décembre 2019 lors de la table ronde « La pratique actuelle de la télémédecine dans nos régions : le regard des ARS », organisée dans le cadre du Congrès de la Société française de santé digitale (SFSD).
« On compte 13 000 actes de télémédecine en Grand Est facturés à l’Assurance maladie entre le 1er janvier 2019 et la fin du mois d’octobre, dont plus de la moitié (6 900) sont des téléconsultations », rapporte-t-il, soulignant que « 20 % des généralistes et 65 % des nouveaux arrivants se déclarent prêts à utiliser des solutions de télémédecine ». Le rôle de l’ARS Grand Est a consisté à mettre en place avec l’Assurance maladie et le Grades Pulsy « un guichet intégré télémédecine territorialisé », chargé notamment d’« expliciter les aides à l’investissement » disponibles, de « répertorier les professionnels et les établissements pratiquant la télémédecine » ainsi que les solutions disponibles et de former les professionnels.
En dehors de l’ARS Grand Est, un focus a été réalisé sur 4 autres régions :
• Normandie : l’accompagnement à la téléconsultation est « historiquement centré sur les résidents en Ehpad », avec aujourd’hui quelque 160 établissements équipés, soit la moitié des Ehpad de la région ;
• Bourgogne-Franche-Comté : un déploiement en 3 phases a été opéré, d’abord dans les maisons de santé et les cabinets libéraux, puis dans les Ehpad (100 nouvelles structures vont être équipées) et enfin dans le secteur du handicap en 2020 ;
• Nouvelle-Aquitaine : des projets sont portés par les structures de soins primaires en ZIP (Zone d’intervention prioritaire) ou ZAC (Zones d’action complémentaire), auxquels l’ARS apporte un accompagnement territorial dans le cadre du plan régional d’accès aux soins ;
• Hauts-de-France : l’ARS souligne l’importance de la formation des infirmières au maniement des instruments de la télémédecine et de la formation à la téléexpertise (juridique, financière, opérationnelle et technique).
Normandie : une stratégie Ehpad et l’expérience de St-Georges-de-Rouelley
En l’absence de stratégie régionale « clairement affirmée », l’ARS Normandie s’assigne notamment un « travail de cartographie de l’offre » de télémédecine et de lancement d’appels à projets. Yann Lequet, directeur de la direction de l’Appui à la performance de l’ARS, explique que l’accompagnement à la téléconsultation dans cette région est « historiquement centré sur les résidents en Ehpad », avec aujourd’hui quelque 160 établissements désormais équipés, soit la moitié des Ehpad de la région.
Yann Lequet détaille une expérience menée depuis 1 an dans la commune de St-Georges-de-Rouelley (Manche), qui n’a « plus de médecin ». Il s’agit de faire réaliser des actes médicaux à distance par des professionnels de santé du territoire pour des patients sans médecin traitant, ou qui « ne peuvent obtenir de rendez- vous dans un délai compatible avec leur état de santé » : un point de téléconsultation avec des infirmiers libéraux rémunérés de façon dérogatoire en attente de l’application de l’avenant n° 6 à la convention infirmière.
L’ARS a apporté un soutien à l’amorçage grâce au FIR 2018-2019 et a aidé à la coordination de ce projet : 132 actes ont été effectués en 11 mois.
C’est là un exemple concret de l’application de la Charte régionale sur le déploiement de la télémédecine signée le 8 juillet 2019 par l’ARS avec l’URPS ML, la Région Normandie, les Départements, la Préfecture de Région, la fédération des URPS, les fédérations hospitalières, les ordres professionnels, l’Assurance maladie et la MSA ainsi que les Universités.
Bourgogne-Franche-Comté : un déploiement en 3 phases
En Bourgogne-Franche-Comté, l’ARS s’assigne l’objectif de « déployer un maximum de points d’accès à la télémédecine (via la plateforme régionale), au plus proche des patients ». C’est ce qu’affirme Olivier Obrecht, directeur général adjoint de l’agence, qui décrit un plan triennal de déploiement en 3 phases : d’abord dans les maisons de santé et les cabinets libéraux, puis dans les Ehpad (100 nouvelles structures vont être équipées) et enfin dans le secteur du handicap en 2020.
La Bourgogne et la Franche-Comté étaient déjà pionnières en la matière dès avant leur fusion, étant des régions vastes et peu peuplées, avec quelque 1 327 médecins en activité dont 400 ont plus de 60 ans. La téléconsultation présente l’avantage de réduire les temps de transport nécessaires, dans une région où le premier généraliste est souvent à 30 ou 40 kilomètres du lieu de résidence du patient.
Se multiplient les « zones de déprise » dans lesquelles l’ensemble du tissu économique est en diminution, du fait que l’activité ne fixe plus la population, avec des problèmes d’accès au haut débit, alors que la téléconsultation nécessite au moins l’accès à la 2G. La télé-expertise se développe car elle peut être pratiquée en mode asynchrone, ce qui est moins exigeant en réseau. Comme la formation est un « enjeu clé », le Grades forme les professionnels en se déplaçant sur site.
Nouvelle-Aquitaine : le soutien aux structures locales
Christian Caubet, directeur de projet au sein du Grades de Nouvelle-Aquitaine, le GIP Esea (E-santé en action) et Mélanie Volpato-Coilier, chargée de mission à l’ARS Nouvelle-Aquitaine, donnent plusieurs exemples de projets portés par les structures de soins primaires en ZIP (Zone d’intervention prioritaire) ou ZAC (Zones d’action complémentaire), auxquels l’ARS apporte un accompagnement territorial dans le cadre du plan régional d’accès aux soins : GCSMS, ESP, MSP, CDS, GHT, CPTS.
Hauts-de-France : l’importance de la formation
Ronan Rouquet, responsable du service SI de santé à l’ARS Hauts-de-France, souligne l’importance de la formation des infirmières au maniement des instruments de la télémédecine, et de la formation à la téléexpertise (juridique, financière, opérationnelle et technique).
Il évoque la difficulté de la mise en place organisationnelle, pour une pratique qui nécessite la 4G a minima, et l’acquisition de matériel biomédical.
Ronan Rouquet signale le « cas d’usage identifié » de la vidéotransmission entre deux infirmières, qui ne relève pas de l’avenant conventionnel. Ceci contribue à expliquer que l’ARS cible sa stratégie sur les différents cas d’usage pour un déploiement en 2020.