Des chercheurs français de l’Inserm développent un implant sous-rétinien avec la société Pixium Vision afin de lutter contre la cécité. Testé chez des primates, il s’est révélé capable de stimuler la rétine à un niveau de résolution élevée. Ces résultats*, publiés le 2 décembre 2019 dans la revue Nature Biomedical Engineering, ouvrent la voie à l’évaluation clinique de la prothèse chez des patients atteints de dégénérescence maculaire atrophique sèche et liée à l’âge.
Une course contre la cécité liée à la DMLA
Près d’une personne sur trois de plus de 75 ans souffre d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Cette maladie qui se caractérise par une dégradation de la rétine peut conduire à une perte de la vision centrale. La DMLA survient quand des cellules appelées les photorécepteurs sont des détruites. Celles-ci ont pour mission de transformer les signaux lumineux reçus par l’œil en signaux électriques qui seront ensuite acheminés vers le cerveau.
Des travaux de recherche sont menés depuis plusieurs années pour développer des prothèses rétiniennes artificielles, en activant le circuit rétinien résiduel. Cependant, jusqu’à maintenant, les résultats de ces prothèses sont limités, du fait de la taille imposante des électrodes ou d’un nombre réduit de pixels. Les fabricants des 2 dispositifs actuels – Argus II et Retina- se retirent d’ailleurs du marché.
Une innovation française
Une équipe française de l’Institut de la vision (Inserm-CNRS-Sorbonne Université) menée par le chercheur Serge Picaud, directeur de recherche à l’Inserm, s’est attelée au développement d’une nouvelle rétine artificielle. Son dispositif, nommé « Prima » et fabriqué par la société Pixium Visium, se veut plus simple que ses prédécesseurs : des implants photovoltaïques sans fil stimulent les neurones rétiniens et sont sensibles à la lumière proche de l’infrarouge. Après une période de cicatrisation, le patient porte une paire de lunettes spéciales avec une caméra qui communique sans fil avec l’implant. Les informations capturées par la caméra sont traitées dans l’ordinateur de poche qui code l’information visuelle. Les images traitées sont ensuite traitées et projetées sans fil à l’implant et sur les 378 électrodes. Ces dernières stimulent les cellules rétiniennes qui communiquent l’information au cerveau.
Le produit a été testé chez des primates non humains. « Cet implant introduit un retour local du courant induisant ainsi une meilleure résolution des images perçues par l’œil, précise l’Inserm dans un communiqué. Enfin, l’image est projetée sur l’implant par une stimulation infrarouge qui active des photodiodes reliées aux électrodes, permettant une stimulation plus directe des neurones rétiniens. »
Les résultats de cette étude ont été publiés le 2 décembre 2019 dans la revue Nature Biomedical Engineering.
Résultats : une vision centrale retrouvée
- Des tests in vitro ont montré que chaque pixel active des cellules différentes dans la rétine, permettant un résultat de très haute résolution ;
- les niveaux d’impulsion électrique sont faibles et donc en toute sécurité ;
- 5 patients français atteints de DMLA ont par conséquent été implantés ;
- des résultats préliminaires montrent qu’ils retrouvent progressivement une vision centrale ;
- certains patients réussissent même à voir des séquences de lettres.
D’autres pathologies dans le viseur
Ces résultats, qualifiés d’ »excellents » par Serge Picaud, vont déboucher sur un essai de phase 3 chez un groupe plus importants de patients atteints de DMLA. « Et si la rétine artificielle fonctionne chez eux, nous pensons qu’il n’y a pas de raison pour qu’elle ne fonctionne pas chez des patients souffrant de rétinopathie pigmentaire, une maladie également liée à la dégénérescence des photorécepteurs, » ajoute Serge Picaud.
La piste de la rétine artificielle n’est pas la seule pour traiter la rétinite pigmentaire, qui touche 30 000 personnes en France. Un premier essai clinique de thérapie cellulaire, consistant à injecter un patch sous la rétine, est en cours.