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  • Multiplication de solutions polymorphes de télésuivi en cancéro : focus sur Moovcare et Ako@dom

    La multiplication d’outils d’accompagnement des patients atteints de cancer à domicile sont un atout pour le parcours de soins et pose les questions de fragmentation des solutions pour des cas complexes. Le sujet a été au cœur d’une session des Rencontres de la cancérologie française 2019, qui se sont déroulées fin novembre à Paris. Concernant les parcours ambulatoires en cancérologie, plusieurs « trous dans dans la raquette » ont été identifiés : la réactivité de la transmission d’information et l’exhaustivité d’abord ; l’interfaçage entre les logiciels producteurs de données et les dossiers patients ; l’éducation thérapeutique du patient qui va se retrouver de plus en plus seul au domicile à gérer ses traitements et plus généralement l’accès aux soins de support hors-établissements.

    Le triptyque hôpital-ville-patient doit évoluer en termes d’organisation, d’accès à l’expertise, d’anticipation et de coordination des différents professionnels du soins autour du patient. C’est l’objectif d’initiatives des pouvoirs publiques tel que le déploiement des plateformes territoriales d’appui (PTA), pour organiser la coordination des parcours de santé complexes et apporter une réponse aux professionnels, et en particulier aux médecins traitants, dans la prise en charge de ces situations.

    Des dispositifs de santé numériques, comme Moovcare (Sivan) et Ako@dom (association Patients en réseau et Continuum+), comportent de nombreux atouts pour optimiser cette coordination tout en posant des questions d’évaluation, de financement, de reproductibilité.

    Moovcare : des extensions envisagées pour le remboursement

    Le logiciel Moovcare destiné à la télésurveillance médicale des rechutes et des complications chez les patients atteints de cancer du poumon a été conçu par Fabrice Denis, médecin-chercheur au centre Jean Bernard et à la clinique Victor Hugo au Mans. C’est le premier dispositif de ce type dont le service médical rendu a été jugé suffisamment important par la Haute autorité de santé (HAS) pour être remboursé. « Le médecin qui suit ses patients avec ce genre d’outils a beaucoup moins d’appels intempestifs et génère plus de consultation en soins de support, explique son concepteur. Le problème est que cette application nécessite d’être connecté. »

    Une première limite est la proportion non négligeable de patients non-connectés, notamment après 70 ans, alors que cette population serait la plus bénéficiaire. « Plusieurs études ont montré que le bénéfice de la télésurveillance est bien plus important pour les personnes les plus isolés, en complément, le rôle de pharmacien peut-être une piste pour évaluer les toxicités par exemple », indique Fabrice Denis.

    Le médecin généraliste prend également sa place dans le suivi et le parcours en étant destinataire des alertes. « Le principal frein est l’absence d’acte, pour l’instant, pour le remplissage de ce type d’outils par les infirmières à domicile », note le fondateur de Moovcare, or elles sont les partenaires indispensable des infirmières de coordination.

    Par ailleurs, les pluri-pathologies et pluri-morbidités posent la question du développement de plateformes communes pour répondre aux besoins des médecins généralistes. Outre les financements, cela nécessite la réalisation de davantage d’études de bénéfices de ce type d’outils dans différentes pathologies, surtout chroniques.

    Le logiciel donne lieu à un forfait au parcours de 300 euros par an. Il est géré par l’infirmière de coordination et le médecin prescripteur. Le remboursement tel qu’il a été défini est lié à l’application, utilisée dans le parcours du cancer du poumon. Des extensions sont envisagées et devront, par une nouvelle série d’études, réduire le temps de développement, qui pourra plus facilement passer de 8 ans à 2 ans.

    Ako@dom : un outil conçu pour répondre aux exigences du Health Data Hub

    Ako@dom, créé par Guillaume Gaud, pharmacien, est une plateforme qui assure la continuité des soins et l’autonomie du patient à domicile en s’appuyant sur la relation de confiance entre infirmiers et patients. Elle répond à un enjeu du suivi longitudinale du patient, d’observance et de qualité de vie. À domicile, face à ses comprimés, « le patient est responsable de son go chimio », indique Guillaume Gaud. De plus, il existe un risque de retard de prise en charge des effets indésirables. « Nous avons l’ambition d’améliorer la qualité de vie et allons le valider lors d’une étude », annonce le concepteur d’Ako@dom. La plateforme s’adresse aux patients ayant une vulnérabilité particulière, psychologique en alliant le numérique et l’humain. « Il s’agit de faire du lien entre les acteurs », synthétise Guillaume Gaud.

    Dans le cadre du dispositif actuel, le patient est accompagné durant 3 mois une fois par semaine. Une cartographie de son équipe de soins primaire est réalisée avant d’organiser le parcours. Chacun à un rôle précis et des besoins d’information particulier. Les infirmières sont formées et tutorées par d’autres infirmières.

    Une autre spécificité de l’outil est d’avoir été conçu pour répondre aux exigences du Health Data Hub et d’être connecté aux centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) pour faciliter la conciliation médicamenteuse.

    La plateforme est en cours expérimentation dans le cadre de l’article 51. « Dans ce cadre est pris en charge toute la part dérogatoire, indique Guillaume Gaud. Pour le reste, les établissement doivent être parties prenantes car le financement par les industriels n’est pas pérenne. »

    Multiplication des solutions polymorphes

    Nous sommes actuellement face à une fragmentation de l’information disponible pour un patient donné, un éparpillement des acteurs avec des trous qui subsistent. Pour Yann-Maël Le Douarin, le « grand chantier est de travailler sur les fondations pour la cohabitation d’un ensemble de plateformes en bonne intelligence ». Cela passe par un référencement de l’ensemble des professionnels de santé d’un patient basé sur l’identifiant national de santé, avec une problématique qui subsiste autour de l’interopérabilité, malgré le cadre.

    3 outils publics facilitant sont identifié : le Health Data Hub, l’espace numérique de santé et le bouquet de services, qui est le pendant pour les éditeurs. « L’espace numérique de santé est centré patient, note Yann-Maël Le Douarin. Demain, si j’ai plusieurs applications, l’objectif est d’y avoir mes informations consolidées. » Spécificité de la cancérologie, le dossier communiquant de cancérologie y sera intégré aussi.

    Face à cela, des plateformes polymorphes se mettent en place, des solutions de télésuivi sur lesquelles le patient entre des données, a accès à ses rendez-vous, aux traitements et à des programmes d’éducation thérapeutique. « Elles sont organisationnelles et éducationnelles, commente Yann-Maël Le Douarin. D’autre part, les applications de télésurveillance récupèrent des données, les analyse, génèrent des alertes. »

    « Il faut donc les considérer dans leur contexte et évaluer le bon parcours, la bonne rémunération, les bons acteurs, ajoute-t-il. L’article 51 notamment est là pour poser un socle solide d’interopérabilité éthique, déontologique et définir les nouveaux modèles de financement. »

  • Étude : les forums et réseaux de patients en ligne comme nouveau terrain de pharmacovigilance (JMIR)

    Les données disponibles en ligne sur les forums et réseaux de patients pourraient constituer un nouvel outil de pharmacovigilance. Dans leurs messages, les auteurs de ces communautés de patients et de professionnels de la santé peuvent en effet décrire des effets indésirables rares de médicaments parfois encore jamais décrits dans la littérature médicale. Analyser le contenu textuel de ces publications pourrait donc permettre de repérer ces effets secondaires.

    C’est du moins ce que suggère une étude publiée le 21 novembre 2019 dans le Journal of Medical Internet Research (JMIR). Ce travail montre en effet comment l’analyse d’un ensemble messages postés sur un forums de patients, Inspire, peut permettre de repérer l’apparition d’un type d’effets indésirables dans la population générale.

    La méthodologie choisie par les auteurs reposait à la fois sur la technologie du traitement automatique du langage naturel ainsi que sur des analyses linguistiques plus classiques. L’analyse d’un corpus de messages selon cette méthodologie a en particulier conduit à montrer que les médicaments de la classe des statines peuvent provoquer des troubles cognitifs et de la mémoire.

    Si plus d’études sont requises pour affiner les méthodes d’analyse textuelle de grandes quantités de messages et que que ce genre de travaux ne pourra permettre qu’une identification préalable d’effets secondaires potentiels (et non pas une mise en évidence d’effets indésirables avérés), les auteurs considèrent cependant cette nouvelles source de données et cette nouvelle méthodologie comme prometteuses. Elles pourraient selon eux transformer les essais cliniques en particulier de phase 4 et faire en sorte que ceux-ci s’attachent à mieux prendre en compte certains groupes de patients « historiquement sous-représentés » dans les investigations cliniques.

    Recherche de nouvelles méthodes pour repérer précocement des effets indésirables rares de médicaments

    Les statines, médicaments inhibiteurs de l’HMG-CoA réductase utilisés comme hypolipémiants, comptent parmi les médicaments les plus prescrits notamment aux Etats-Unis : en 2013, l’American College of Cardiology et l’American Heart Association estimaient qu’un milliard d’individus dans le monde serait éligible pour recevoir des statines en prévention de maladies cardiovasculaires. Ces médicaments, bien que considérés comme sûrs et efficaces, peuvent cependant provoquer fréquemment des effets indésirables tels que des affections musculaires (douleurs, crampes et faiblesses musculaires). Des effets secondaires plus rares concernent des troubles de la mémoire ou de la cognition.

    Ce type d’affections iatrogènes semble cependant mal qualifié et quantifié par des études classiques (études de cas, méta-analyses de rapports et essais cliniques). C’est que le nombre de patients inclus dans les essais cliniques est limité et ne permet pas d’observer des effets rares du médicament, effets qui surviennent souvent au sein de groupes sous-représentés dans ces essais (et ce malgré les efforts réalisés au cours des années 2010 pour que les groupes de patients inclus dans les essais cliniques représentent au mieux la population réelle des patients qui pourraient recourir à une nouvelle molécule).

    « Pour combler ces lacunes, la communication en ligne dans les communautés de santé peut constituer un terrain supplémentaire de recherche d’effets secondaires relativement rares des médicaments », affirment les auteurs de l’étude. Selon eux, des études de phase IV, c’est-à-dire de pharmacovigilance post-commercialisation du médicament, pourraient être fondées sur l’analyse des données postées sous forme de courts textes sur divers forums de patients en ligne.

    Objectifs : identifier des effets indésirables rares et appréhender précisément l’expérience de traitement des patients

    « L’objectif de cette étude était d’utiliser un jeu de données non traditionnel afin d’identifier des signaux d’effets secondaires rares de médicaments tels que les statines », indiquent les auteurs de l’étude. Ce jeu de données non traditionnelles était disponible en ligne sur le forum d’une communauté de patients et de professionnels de la santé : Inspire.

    Ce travail de recherche visait également et plus généralement à mieux appréhender l’expérience de traitement des patients utilisant des statines, à comprendre plus précisément comment ces derniers exprimaient leurs inquiétudes concernant en particulier des troubles de la mémoire liés à la prise d’un médicament, effet indésirable particulièrement difficile à décrire par les patients et à relever pendant l’examen clinique par les praticiens.

    Il s’agissait donc d’identifier des croisements entre utilisation de statines (médicament) et affirmation d’une altération de la mémoire (effet indésirable) et de la cognition ainsi que de relever le lexique utilisé par les patients afin de décrire de tels troubles.

    Méthodes : traitement du langage naturel, statistiques et analyse linguistique

    Les chercheurs ont utilisé les contenus textuels générés par des utilisateurs (patients ou professionnels de santé) d’Inspire, soit plus de 11 millions de publications.

    Afin d’identifier des corrélations entre prise de statines et troubles de la mémoire ou de la cognition, les auteurs ont recouru à deux types d’outils :

    • la technologie du traitement automatique du langage ;
    • l’analyse linguistique pratique des mêmes contenus textuels.

    Traitement du langage naturel et comparaison statistique

    Pour analyser le corpus de plus de 11 millions de messages publiés sur Inspire, les auteurs ont utilisé un système de traitement automatique du langage permettant d’extraire de chaque message des entités (mots ou expressions éventuellement écrites avec des fautes d’orthographe se rapportant à un concept clinique donné) pertinentes, c’est-à-dire en relation avec une prise de statine, une perte de mémoire ou un déclin cognitif.

    Comme groupe témoin, les auteurs ont choisi un ensemble de publications textuelles mentionnant une autre classe de médicaments, les anti-TNF alpha car :

    • les anti-TNF alpha n’ont montré aucun lien avec des troubles de la cognition ou de la mémoire ;
    • cette classe de médicaments est utilisée par une partie importante des membres d’Inspire, ce qui permettait d’établir des statistiques et une référence solide concernant une quasi-absence de corrélations entre prise d’anti-TNF alpha et troubles de la mémoire ou de la cognition ; 
    • les anti-TNF alpha sont prescrits dans des indications très différentes des statines, par conséquent, choisir des publications concernant les anti-TNF alpha comme témoin permettait de réduire au maximum le nombre de chevauchements entre les deux groupes, c’est-à-dire le nombre de publications appartenant à la fois a groupe témoin (anti-TNF alpha) et au groupe test (statines) ;
    • la même cohorte d’âge utilise généralement des inhibiteurs du TNF et des statines, minimisant les effets du déclin cognitif liés à l’âge entre les 2 groupes.

    Analyse linguistique pratique

    « Afin de fournir un contexte qualitatif aux résultats statistiques, une curation manuelle utilisant une méthodologie linguistique a été effectuée sur un sous-ensemble de 246 messages publiés par les utilisateurs qui mentionnaient à la fois l’utilisation de statines et des événements de mémoire », indiquent les auteurs de l’étude. Ainsi, par une analyse linguistique et pour inclure tous les messages pertinents à leur étude, les chercheurs ont également défini précisément toutes les façons dont les auteurs de publications se référaient à leurs pertes de mémoire.

    Déclaration d’éthique

    « Toutes les informations personnellement identifiables ont été supprimées. Toutes les données ont été évaluées sans connaître l’identité des personnes impliquées », assurent les auteurs.

    Résultats : mise en évidence d’effets indésirables des statines

    L’étude a montré qu’il existait bien des corrélations significativement plus nombreuses entre prise de statines et troubles de la cognition ou de la mémoire qu’entre prise d’anti-TNF alpha (médicament témoin) et troubles de la cognition ou de la mémoire.

    De plus, l’analyse linguistique réalisée sur un ensemble de messages d’utilisateurs de statines qui traitaient de troubles de la mémoire a montré que de nombreux patients décrivaient la rapidité et la sévérité de ces changement connus à l’initiation du traitement comme une « maladie d’Alzheimer instantanée ».

    Utiliser de nouvelles sources de données pour optimiser la pharmacovigilance

    « Les résultats de cette étude confirment l’importance des sources de données nouvelles et non traditionnelles en tant signaux supplémentaires d’effets secondaires apparus dans la population générale », affirment les auteurs de l’étude.

    En pharmacovigilance, ces nouvelles sources de données semblent d’autant plus précieuses que la nature même de certains effets indésirables de médicaments peut mener à une sous-déclaration de ces symptômes aux professionnels de la santé. En effet, les patients connaissant des effets indésirables tels que des troubles de la mémoire ou de la cognition pourront oublier de rapporter ces symptômes à leur médecin lors d’une consultation. De même, des effets indésirables considérés comme tabous (troubles sexuels notamment) sont peu rapportés aux professionnels de la santé mais demeurent exprimés sur Internet par des utilisateurs alors anonymes.

    Une méthode combinant 2 outils d’analyse du langage

    Les auteurs, pour élaborer leur propre méthode, ont préalablement étudié dans une analyse méthodologique les résultats d’autres recherches obtenus :

    • après un traitement du langage naturel seul ;
    • après une analyse linguistique seule ;
    • après traitement automatique du langage naturel puis analyse linguistique.

    Ils ont conclu qu’une combinaison des deux outils d’analyse du langage que sont le traitement automatique du langage naturel et l’analyse linguistique, en autorisant les chercheurs à identifier et quantifier des concepts cliniques dans des messages textuels ainsi qu’en précisant certaines expressions particulières relevées dans ces messages, permettait d’obtenir « des résultats complets et de la plus haute qualité ».

    Les auteurs considèrent donc que leurs résultats ont été obtenus au moyen d’une méthode particulièrement fiable et puissante.

    3 limites à ces travaux

    Les auteurs relèvent cependant 3 limites principales de leur étude. Ces limites concernent en particulier :

    • le fait que les antécédents médicaux et le traitement par statine des auteurs d’Inspire sont aut-odéclarés et ne peuvent être confirmés ;
    • le fait que les données démographiques des auteurs d’Inspire soient inconnues : il est donc difficile d’affirmer avec certitude que les publications postées par le groupe d’auteurs étudié est bien représentatif de la population consommatrice de statines ;
    • le risque qu’il existe un biais de détection lié à « la viralité intrinsèque de la communication en ligne », selon les auteurs.

    D’autres travaux déjà publiés sur le sujet

    Les auteurs de cette étude ne sont pas les premiers à tester la puissance d’une telle méthodologie appliquée à des sources non traditionnelles de données comme des publications disponibles en ligne sur des forums de santé.

    Des chercheurs de la faculté de médecine de l’Université de Stanford avaient par exemple déjà mené des travaux sur plus de 8 millions de messages publiés sur Inspire. Une analyse automatique du langage avait alors permis de trouver des associations entre agents chimiothérapeutiques ou médicaments d’immunothérapie et effets indésirables rares. L’équipe avait en particulier découvert que certains patients traités par un médicament d’immunothérapie, l’Erlotinib, signalaient un effet secondaire encore jamais rapporté dans la littérature médicale à propos de ce médicament : l’hypohydrose (sudation insuffisante pouvant engendrer un épuisement éventuellement grave par la chaleur).

    Cette méthode non inédite semble donc prometteuse et de plus en plus utilisée en recherche.

    Il semble, selon cette étude, que les messages postés par les membres des communautés de santé en ligne constituent des sources de données intéressantes pour la recherche d’effets indésirables rares de médicaments dans la population générale.

    Ce nouveau terrain de la pharmacovigilance n’est cependant pas suffisant pour affirmer qu’un effet indésirable s’est bien manifesté dans la population générale, préviennent les auteurs de l’étude. Pour eux, des recherches supplémentaires demeurent toujours nécessaires pour identifier précisément l’étendue et la sévérité des troubles identifiés sur les forums ainsi que pour les expliquer et éventuellement permettre aux laboratoires d’améliorer les médicaments qu’ils proposent.

  • Service d’accès aux soins : le rapport Mesnier/Carli prône un conventionnement avec les plateformes

    « Une plateforme d’accès aux soins téléphonique et en ligne intégrant non seulement l’aide médicale urgente mais aussi les soins non programmés ambulatoires. » C’est le dispositif qu’imaginent sous le nom de « SAS » (Service d’accès aux soins) l’urgentiste député (LREM, Charente) Thomas Mesnier et le Pr Pierre Carli, patron du Samu de Paris, dans leur rapport remis le 19 décembre 2019 à la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn « pour un pacte de refondation des urgences ». L’objectif serait de mettre en place un numéro unique, le 113, permettant aux citoyens, à partir de juin 2020, d’accéder 24 heures sur 24 à distance à un professionnel de santé pour « des réponses allant du conseil à la téléconsultation » ou pour une orientation « selon son état de santé, vers une consultation sans rendez-vous ou vers un service d’urgence, un Smur ou un transport sanitaire ». Le ministère annonce sur son site que « les arbitrages sur les propositions de ce rapport seront rendus dès janvier 2020 ».

    La plateforme digitale SAS sera « basée sur les services déjà développés pour Santé.fr », avec « pour vocation première l’identification rapide des professionnels de santé disponibles autour du patient », est-il précisé.

     « La gestion et le pilotage du SAS doivent être confiés à des acteurs publics », soulignent les rapporteurs, invoquant les « grands principes de la doctrine du virage du numérique en santé » ainsi que les enjeux d’« accès à l’offre de soins sur l’ensemble du territoire » et de « protection des données des usagers ». Cependant la délégation ministérielle du numérique en santé et l’Agence du numérique en santé (ex Asip) « intègreront les services privés à valeur ajoutée » grâce à un conventionnement avec les opérateurs du service de prise de rendez-vous en ligne (Allodocteur, Docavenue, Doctolib, KelDoc…) afin d’ »assurer cette offre sur la plateforme » et de « sécuriser le calendrier », tout en respectant « la pluralité des acteurs, le principe d’égalité de traitement pour les professionnels et la gratuité pour l’utilisateur ». 

    Il s’agira d’« intégrer progressivement les agendas mis à disposition par les différentes plateformes numériques » pour professionnels de santé (PS) afin d’« éclairer le patient dans sa recherche, de manière agnostique par rapport aux différents fournisseurs de ce service ».

    Le SAS devrait favoriser la télémédecine sous différentes formes

    Le rapport Mesnier/Carli prévoit de promouvoir :

    • la visualisation directe du patient lors d’un appel vidéo par le médecin régulateur du SAS dans le cadre de l’aide médicale urgente ou des soins non programmés ambulatoires ;
    • le développement de la téléconsultation entre professionnels de santé (ou télé-expertise) « dans le cadre d’une organisation mise en place et validée par les acteurs du champs ambulatoire » ;
    • le partenariat avec des pharmaciens disposant d’outils intégrés de téléconsultation « dès lors qu’un patient est à distance d’un médecin de proximité ou d’une structure organisée de soins non programmés ambulatoires ».

    Le SAS, une évolution de Santé.fr basée sur les données publiques

    Le site issu du portail Sante.fr, qui pourrait s’appeler SAS.fr ou Urgence-santé.fr « s’appuiera sur les données de la Cnam et une évolution du répertoire opérationnel des ressources (ROR) » : il devra être accessible « grâce à une application pratique et intuitive, depuis une tablette ou un smartphone » car  « les associations de patients ont insisté sur l’absence de caractère socialement discriminant de cet outil ».

    Les professionnels de santé  pourront accéder au site grand public et modifier directement depuis le back office leurs informations de contact, leur description, le service de gestion de rendez-vous auquel ils sont abonnés. Ils seront seuls à pouvoir accéder au temps d’attente aux urgences.

    « Il semble illusoire d’imaginer que le nombre de médecins volontaires sera suffisant pour être présents au sein de la plateforme SAS 24 h/24 », écrivent les rapporteurs . C’est pourquoi ils préconisent de favoriser le développement de « la régulation « déportée » au sein éventuellement de cabinets voire en dehors des heures ouvrables, du domicile de certains médecins généralistes volontaires, » grâce à des outils déjà « opérationnels dans certains départements ».

    Des syndicats affichent leur scepticisme

    « Non, on ne soigne pas les gens à coups de téléphone », réagit sur Twitter le collectif Inter Urgences, dénonçant dans un post publié le 20 décembre une mesure « onéreuse, inefficace, et critiquée par l’ensemble des soignants dès son évocation en groupe de travail ». Pour l’organisation, « la volonté de quelques chefs prime sur l’expérience de terrain de milliers de professionnels de santé ».

    Jean-Paul Hamon (FMF) dénonce en écho dans un communiqué le « mépris »  envers les médecins dont témoignerait le rapport avec son projet de « numéro unique ». La FMF, annonce-t-il, « ne laissera pas ce ministère achever le système de santé ni livrer les données des patients à des sociétés commerciales ».

  • H&T Summit : « Redonner du sens et de la valeur aux soins » (tribune collective)

    Health & Tech Intelligence relaie la tribune collective « Redonner du sens et de la valeur aux soins », publiée dans le cadre du H&T Summit, une journée internationale organisée le 18 décembre 2019 à Paris par la société Care Insight sur le thème « value for patients« .

    « Nous sommes convaincus de l’intérêt du numérique comme levier de valeur pour améliorer significativement la qualité des soins pour les patients. L’utilisation du terme « valeur » n’est d’ailleurs pas anodin. La notion de valeur en santé, « value-based healthcare » (VBHC), introduite en 1966 par le Professeur Avedis Donabedian et développée par Michael Porter, progresse au niveau international, contextualisent les signataires du texte en introduction. Ce n’est pas un concept nouveau, de nombreuses expériences internationales ont été engagées. Il ne s’agit plus uniquement de soigner selon les standards éprouvés de la médecine mais bien d’introduire la satisfaction du patient comme pierre angulaire du système de santé. »

    Cette tribune est articulée en 4 prises de parole :

    • « N’ayons pas peur de l’évaluation, de la comparaison et de la mesure de résultats, insufflons de la valeur dans la pratique médicale », par Véronique Roger, directrice fondatrice du Centre de recherche pour la science et les soins à la Mayo Clinic ;

    • « La valeur doit être un objectif fédérateur et structurant », par Lise Rochaix, professeur des universités en sciences économiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris School of Economics et titulaire de la chaire Hospinnomics ;

    • « L’intelligence artificielle comme levier de valeur », par David Gruson, directeur du programme « santé » à Jouve, fondateur d’Ethik-IA ;

    • « Faire converger des idées en actes », par Cécile Lagardère, executive partner de Care Insight.

    « Redonner du sens et de la valeur aux soins »

    Nous, médecins, économistes, chercheurs, constatons l’évolution des pratiques professionnelles, les progrès considérables de la recherche médicale et le développement des innovations organisationnelles et technologiques. Nous pouvons nous réjouir des avancées notables et des prouesses réalisées au quotidien par les professionnels de santé. Nous sommes convaincus de l’intérêt du numérique comme levier de valeur pour améliorer significativement la qualité des soins pour les patients. L’utilisation du terme « valeur » n’est d’ailleurs pas anodin. La notion de valeur en santé, « value-based healthcare » (VBHC), introduite en 1966 par le Professeur Avedis Donabedian et développée par Michael Porter, progresse au niveau international. Ce n’est pas un concept nouveau, de nombreuses expériences internationales ont été engagées. Il ne s’agit plus uniquement de soigner selon les standards éprouvés de la médecine mais bien d’introduire la satisfaction du patient comme pierre angulaire du système de santé. En effet il nous semble essentiel, au regard des progrès médicaux et à un moment où chaque pays s’interroge sur les coûts des soins, de nous poser collectivement la question des bénéfices pour les patients. Quel est l’impact in fine pour les patients ? Est-ce que ce la bonne exécution d’une technique médicale importe plus que la qualité de vie du patient à l’issue d’un traitement ? Comment redonner du sens et de la valeur aux soins ? Acceptons-nous d’interroger nos pratiques et d’évaluer différemment la qualité des soins ? Nous souhaitons aujourd’hui que ces questions émergent davantage et que les principaux décideurs, médecins, chercheurs, s’en emparent pour accélérer la transformation du système de santé au niveau mondial et agir concrètement sur nos politiques de santé.

    N’ayons pas peur de l’évaluation, de la comparaison et de la mesure de résultats, insufflons de la valeur dans la pratique médicale,

    • par Véronique Roger, directrice fondatrice du Centre de recherche pour la science et les soins à la Mayo Clinic.

    Le concept de value-based healthcare n’est pas nouveau et aux États-Unis il est reconnu depuis plusieurs années. C’est un concept qui semble intuitif, car la valeur en santé, l’attention que nous portons à la qualité des soins, importe à tous et les professionnels de santé sont formés pour donner le meilleur d’eux-mêmes aux patients. Le concept de value-based healthcare gagne du terrain, mais sa mise en œuvre concrète peine à se développer. Pourquoi ? Je dirais qu’il y a deux raisons majeures à cela : tout d’abord parce que la personne qui paie n’est pas la personne qui reçoit le service – dans la plupart des pays. Cela introduit une dynamique plus complexe dans la notion de valeur. Ensuite, la façon dont nous définissons la valeur d’un service dépend aussi de la maladie : dans le cadre d’une maladie grave, l’indicateur de résultat est la survie, alors que dans d’autres situations, l’indicateur pourra être la récupération fonctionnelle du patient, sa capacité à retrouver une activité normale. Il est donc difficile d’avoir une approche univoque.

    Aux États-Unis, les professionnels de santé ont pris conscience que nous pouvons être plus efficients et souhaitent accroître la pertinence des soins. « Cet examen est-il nécessaire ? Devons-nous faire une nouvelle radio ? » La notion de « résultats » compte de plus en plus : les soignants, les patients et leurs familles veulent qu’ils vivent mieux, plus longtemps – les progrès médicaux y contribuent – mais pas seulement : ils s’attachent à ce qu’ils récupèrent plus vite, à ce qu’ils soient satisfaits de la prise en charge globale. Pour reprendre un exemple concret, une réflexion a été engagée en ce qui concerne les transfusions sanguines en post-opératoire. Fréquentes, elles sont coûteuses pour le système de santé et peuvent entraîner des effets secondaires. Des anesthésistes ont analysé ce phénomène et se sont interrogés sur leur pertinence. Des recommandations ont été élaborées – à partir d’un indicateur, le taux d’hémoglobine dans le sang – et les résultats sont probants. Les transfusions ne sont pas toujours nécessaires et dans certains cas le patient récupère tout à fait bien sans transfusion. L’utilisation des produits sanguins a ainsi baissé, les risques et les coûts ont diminué. Je considère que c’est aussi un réel progrès médical. La prise en charge des patients atteints d’arthrose de la hanche a également évolué. Les professionnels ont analysé le parcours de soins, depuis la découverte de la pathologie jusqu’à la récupération des patients. Des indicateurs ont été élaborés, une attention spécifique a été portée sur la douleur et la récupération fonctionnelle. En devenant « acteurs » de leur prise en charge, les patients ont pu reprendre une vie normale beaucoup plus vite. C’est un progrès considérable.

    Inspirons-nous des bonnes pratiques, acceptons qu’une méthode qui fonctionne pour une pathologie soit différente pour une autre, personnalisons les soins et portons une attention spécifique à la récupération, à l’état de santé général du patient, à son environnement de vie et à son expérience en tant qu’acteur central dans les systèmes de santé. C’est comme cela que nous pourrons concrètement apporter de la valeur aux soins et transformer durablement le système de santé. Sans que cela implique nécessairement des coûts supplémentaires. Agissons sur du long terme et en pensant d’abord aux bénéfices pour les patients.

    La valeur doit être un objectif fédérateur et structurant,

    • par Lise Rochaix, professeur des universités en sciences économiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris School of Economics et titulaire de la chaire Hospinnomics.

    Quels sont les enjeux, pour les patients, de la transparence et du partage de données permis par les liens entre bases de données interopérables ? La transparence porte en elle le bénéfice de réduire les dissymétries, ou assymétries, d’information entre les principaux acteurs du système de santé que sont les patients, les professionnels de santé et les régulateurs. Mais son développement effectif est conditionné par ce que chacun espère en retirer, ce qui peut varier grandement d’un acteur à l’autre. La transparence ne prend toute sa valeur que si l’interopérabilité, c’est à dire un enrichissement mutuel de sources de données d’origines diverses, est garantie. Mais cela ne va pas de soi et l’interopérabilité n’est en général obtenue que sous la pression de la réglementation. Les opérateurs, les industriels et les utilisateurs doivent travailler ensemble pour que chacun trouve un intérêt à ce que les différents dispositifs soient interopérables.

    Quand on évoque l’utilisation des données des patients, la première réaction est trop souvent la crainte qu’elles soient utilisées à mauvais escient, ce qui légitime la mise en place de règles déontologiques d’accès à ces données. On souligne moins souvent les bénéfices de cette transparence pour les patients, bénéfices qui devraient aussi faire partie du débat. Elle permet ainsi aux patients de devenir acteurs de leur santé, soit à titre personnel, à travers les objets connectés ou le suivi de biomarqueurs, soit en participant à des structures représentatives pour faire valoir leurs préférences et agir dans le débat public. L’utilisation des données de santé peut aussi contribuer à développer des travaux de recherche multidisciplinaires et aider à la définition de priorités en santé. Celles-ci doivent être fondées sur des preuves robustes, evidence-based policies, à savoir sur la mesure de la valeur supplémentaire apportée par une technologie ou intervention de santé publique, tant du point de vue du patient que de celui du citoyen, les économistes s’attachant en effet à introduire l’intérêt collectif dans cette mesure de la valeur.

    Le concept de value-based healthcare permet de rappeler la finalité de tout système de santé, à savoir l’amélioration de l’état de santé de la population. C’est en cela un objectif fédérateur, dans lequel les professionnels de santé se retrouvent, bien plus que dans la recherche d’économies de court terme, et qui sera structurant pour la définition de priorités en santé.

    L’intelligence artificielle comme levier de valeur,

    • par David Gruson, directeur du programme « santé » à Jouve, fondateur d’Ethik-IA.

    La diffusion de l’intelligence artificielle et du pilotage du système de santé par les données de santé constitue un puissant appel au développement du concept de value-based healthcare. En effet, la médecine algorithmique est, par construction, très cohérente avec le déploiement de logiques de financements aux parcours et d’incitation à l’atteinte d’objectifs de gains de qualité et d’efficience par la qualité de prise en charge des patients.

    Or, le système de santé français se heurte encore trop souvent à des difficultés de valorisation de ces gains. Par exemple, comme le montre le cas de la solution française produite par Therapixel, l’IA est aujourd’hui à maturité dans la diffusion de solutions de reconnaissance automatique d’images dans le domaine des mammographies. La généralisation d’approches de ce type induirait de puissantes améliorations pour les femmes et le système de santé dans son ensemble. Pour autant, un modèle économique reste encore à trouver. La réflexion n’en est qu’à ses débuts à cet égard et un bon équilibre doit être trouvé entre l’assurance maladie et la protection sociale complémentaire dans la couverture de cette innovation en médecine algorithmique.

    Pour y parvenir, le processus de constitution de cadres de régulation du data management en santé, à l’œuvre à l’échelle des professions et spécialités médicales, peut induire un effet de levier utile. Des modalités souples de coordination de ces démarches de structurations transversales auront à être trouvées avec le nouveau Health Data Hub porté par le Gouvernement. Les porteurs de ces écosystèmes affichent, dans leurs objectifs, la volonté – déjà effective pour la radiologie avec l’écosystème DRIM France IA – d’y inclure les patients et leurs représentants. Cette inclusion de la démocratie sanitaire dans les nouveaux écosystèmes de data management constitue un enjeu clé pour l’avenir de la couverture de l’innovation en IA et, partant, de son accessibilité et de sa diffusion large dans une logique de value-based healthcare.

    Faire converger des idées en actes,

    • par Cécile Lagardère, executive partner de Care Insight.

    La traduction concrète de ce concept ne pourra intervenir que si l’ensemble des acteurs s’en emparent, patients, professionnels de santé, offreurs de soins mais également les financiers et les industriels. De nouveaux échanges, travaux internationaux et concertations doivent avoir lieu pour confronter les idées et les expériences menées sur le terrain.

    La globalisation de notre économie touche également les systèmes de santé qui tendent à converger de plus en plus en termes d’organisation, de protocoles de prise en charge et de principes de fonctionnement. On voit très clairement comment les Accountable Care Organizations, instituées par l’Obamacare, et les programmes relatifs au value-based healthcare américains ont influencé la vision française de l’article 51 de la LFSS 2018 ou la coordination des soins qui se met actuellement en place avec les CPTS et les dispositifs d’appui à la coordination par exemple. Bien entendu, des organisations internationales y travaillent et permettent de mettre en place des éléments de cadrage et notamment des indicateurs de mesure et d’évaluation, comme peut le faire l’OCDE. Mais une telle ambition ne peut se faire qu’en engageant les acteurs sur le terrain. C’est tout l’enjeu du Health & Tech Summit, de créer un momentum une fois par an à Paris pour partager les expériences, challenger l’innovation et construire les bases du futur de la santé.

  • FFS

    Fee-for-service

  • Une certification des SI des établissements de santé déployée en 2020 pour évaluer leur maturité

    Une certification des systèmes d’information (SI) des établissements de santé va être créée en 2020 « pour évaluer la maturité des SI ». Cette mesure, dont le déploiement sera progressif, a été annoncée le 19 décembre 2020 par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) lors d’un point sur l’état d’avancement de la feuille de route du numérique en santé.

    • Les premiers groupes de travail commenceront à travailler sur le sujet en janvier 2020.
    • L’élaboration du dispositif est prévue au 1er semestre 2020.

    Cette certification, qui correspond à l’action n°22 de la feuille de route, aura pour but :
    • d’améliorer la qualité du service rendu par l’organisation informatique ;
    • de s’assurer du niveau de sécurité requis ;
    • de garantir le bon niveau d’utilisation du numérique.

    Philippe Loudenot, fonctionnaire à la sécurité des systèmes d’information (FSSI) du ministère des Solidarités et de la Santé, annonce de son côté plusieurs nouveautés concernant la sécurité des SI (action n°9), dont le fait que l’obligation de déclaration des incidents de cybersécurité sera étendue aux établissements médico-sociaux (ESMS) et à l’ensemble des acteurs de la santé en 2020.

    Pour aller plus loin : Feuille de route numérique: tour d’horizon et d’agenda sur gouvernance, sécurité et interopérabilité.

  • Sofcomm

    Société française et francophone de chirurgie de l’obésité et des maladies métaboliques

  • 4 scénarios pour la pharmacie en 2030 : une migration continue des soins vers la valeur

    Le changement dans la chaîne de valeur et dans les modèles de profit s’accélère. Il s’agit de l’une des 5 prédictions émises par le cabinet de conseil Oliver Wyman dans son analyse sur la santé en 2030, centrée sur le secteur pharmaceutique. La société présente également 4 scénarios possibles sur ce futur marché et pointe du doigt 5 états d’esprit à éviter.

    L’industrie de la santé a connu des changements majeurs au cours de la dernière décennie, notamment une réforme importante du secteur avec l’adoption aux États-Unis de la loi sur la protection des patients et les soins abordables (Patient Protection and Affordable Care Act, surnommée « Obamacare »), le développement des GAFAM dans l’industrie et le boom de la télé-santé en tant que nouvelle porte d’entrée pour les soins. Les experts de Oliver Wyman partagent leurs points de vue sur ce à quoi le secteur pourraient ressembler dans la décennie à venir. Ils analysent la transformation du marché de la pharmacie, les scénarios économiques auxquels l’industrie sera confrontée.

    5 prédictions :
    • des changements massifs apparaissent quant à la définition d’un produit pharmaceutique ;
    • la réussite du secteur pharmaceutique repose sur un modèle multimodal, sans localisation précise ; le commerce de détail traditionnel se réinvente ou devient un lieu à but non lucratif ;
    • les gestionnaires de risques efficaces adoptent une approche totalement différente de la gestion des coûts des pharmacies ;
    • les thérapies alternatives et complémentaires deviennent courantes ;
    • le changement dans la chaîne de valeur et dans les modèles de profit s’accélère.

    4 scénarios possibles :
    • 1 : le statu quo se poursuit ;
    • 2 : les soins comme un secteur à but non lucratif ;
    • 3 : triomphe de la valeur – dirigée par les acteurs historiques ;
    • 4 : triomphe de la valeur – dirigée par les innovateurs.

    5 états d’esprit qui restreignent l’innovation en santé :
    • ne pas être assez agressif concernant le risque de baisse sur le marché ;
    • se concentrer sur la réduction des coûts en cours d’année ;
    • être complaisant vis-à-vis de la pénurie de médecins et le talent des praticiens ;
    • avoir une vision des données transactionnelle ;
    • avancer à la vitesse d’un « incumbent« .

    Contexte : d’ici 2030, les dépenses globales en pharmacie dépasseront 1 billion USD

    Au cours de la prochaine décennie, la pharmacie va considérablement changer, alimentée en grande partie par la trajectoire des dépenses en pharmacie et la nature des médicaments qui arrivent sur le marché, analyse le cabinet Oliver Wyman. Une augmentation des approbations de médicaments de spécialité brise la courbe des coûts.

    En fait, 2019 a été la première année où les coûts des spécialités ont dépassé ceux des médicaments traditionnels, rappelle le cabinet, qui estime que d’ici 2030, les dépenses globales en pharmacie dépasseront 1 billion de dollars (902 Mds €).

    Ce phénomène aura pour conséquence que 3 % des consommateurs génèreront 70 % des dépenses en pharmacie. Cette projection demande de nouveaux modèles de gestion des pharmacies, notent les experts d’Oliver Wyman. De plus, de nouveaux médicaments font leur apparition avec des profils très différents – des solutions désormais curatives, des médicaments personnalisés, des solutions alternatives et des thérapies numériques sont incroyablement prometteuses mais présentent également des défis économiques et de gestion fondamentalement différente, observe le cabinet.

    Les 5 prédictions du cabinet Oliver Wyman :

    • des changements massifs apparaissent quant à la définition d’un produit pharmaceutique ;
    • la réussite du secteur pharmaceutique repose sur un modèle multimodal, sans localisation précise ; le commerce de détail traditionnel se réinvente ou devient un lieu à but non lucratif ;•
    • les gestionnaires de risques efficaces adoptent une approche totalement différente de la gestion des coûts des pharmacies ;
    • les thérapies alternatives et complémentaires deviennent courantes ;
    • le changement dans la chaîne de valeur et dans les modèles de profit s’accélère.

    4 scénarios possibles dans les années à venir

    • Scénario 1 : le statu quo se poursuit ;
    • scénario 2 : les soins comme un secteur à but non lucratif ;
    • scénario 3 : triomphe de la valeur – dirigée par les acteurs historiques ;
    • scénario 4 : triomphe de la valeur – dirigée par les innovateurs.

     Scénario 1 : le statu quo se poursuit :

    • la prochaine décennie reflète la même que la précédente ;
    • les soins restent payants ;
    • l’innovation se produit en marge mais ne transforme pas entièrement les modèles ;
    • des changements structurels ou de remboursement majeurs n’impliquent pas des changements dans le pool de profits.

     Scénario 2 : les soins sans but lucratif :

    • l’indignation sociale pousse aux réformes législatives qui portent ces pools de profits ;
    • les start-ups innovantes ne sont pas suffisamment scalables pour être disruptives ;
    • le poids des bénéfices des big pharma est relégué au passé et le prix des médicaments baisse significativement.

     Scénario 3 : triomphe de la valeur – dirigée par les acteurs historiques :

    • la valeur comprend des vecteurs comme le comportement, les outils, la science et la prestation ;
    • l’opérateur historique ouvre la voie ;
    • les opérateurs historiques et les nouveaux entrants sur le marché gagnent lorsque les essais pilotes deviennent des « disrupteurs », créant de la valeur de consommation et élargissant les pools de bénéfices pour les opérateurs historiques.

      Scénario 4 : triomphe de la valeur – dirigée par les innovateurs :

    • le pouvoir et l’engagement de la marque redéfinissent l’expérience des consommateurs ;
    • les clients sont plus fidèles aux plateformes qu’aux payeurs ou aux fournisseurs ;
    • la nouvelle porte d’entrée des soins devient une clinique de détail basée sur la valeur et des options de soins virtuels ;
    • les innovateurs se tournent vers un nouveau pool de profits (et les capturent).

    Les leviers pour accélérer la transformation du secteur pharmaceutique :

    Les freins organisationnels à l’émergence de soins disruptifs :

    • les progrès de l’industrie de la santé dans la résolution de problèmes majeurs – coûts, résultats, expérience – peuvent peut-être être décrits comme progressifs ;
    • les frais médicaux dépassent toujours l’inflation, augmentant la pression pour réduire les coûts ;
    • la chaîne de valeur reste statique car les payeurs continuent de détenir la majeure partie des vies et les plans de santé appartenant aux prestataires sont nichés. L’adoption des soins basée sur la valeur continue – dirigée par les Centers for Medicare and Medicaid Services (CMS) – mais la plupart des efforts d’adoption, axés sur les consommateurs sains ou à risque, sont toujours remboursés via le paiement à l’acte (FFS) des modèles ;
    • malgré certains progrès notables, les soins continuent d’être à la traîne par rapport à la plupart des autres secteurs en raison de leur incapacité à mobiliser les consommateurs, plaçant ainsi d’autres secteurs à la pointe de l’innovation.

     5 états d’esprit qui restreignent l’innovation en santé

    • ne pas être assez agressif concernant le risque de baisse sur le marché ;
    • se concentrer sur la réduction des coûts en cours d’année ;
    • être complaisant vis-à-vis de la pénurie de médecins et le talent des praticiens ;
    • avoir une vision des données transactionnelle ;
    • avancer à la vitesse d’un « incumbent« .
  • Pertinence des soins : « Le bon soin au bon patient au bon endroit », selon la VBHC (S. Benzaken, PACA)

    « Ma définition de la pertinence est d’avoir le bon soin au bon patient au bon endroit au lieu d’avoir une démarche purement quantitative et économique. C’est en cela qu’elle est inspirée par le principe de la value-based health care (VBHC), » déclare le Dr Sylvia Benzaken, praticien hospitalier, vice-présidente de la commission médicale d’établissement (CME) du CHU de Nice et présidente de l’Instance régionale d’amélioration de la pertinence des soins (Iraps) de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA).

    Alors que l’ARS Paca communique sur sa politique en faveur de la pertinence des soins, Sylvia Benzaken détaille à Health & Tech Intelligence les initiatives de l’Iraps, qu’elle préside depuis bientôt quatre ans, selon une conception de la pertinence des soins inspirée par le principe de la VBHC, avec le souci de bénéficier à la fois au patient, aux soignants et à la collectivité. Elle donne en exemple le programme PacO (PACA Obésité), une expérimentation « article 51 » lancée en direction des candidats à la chirurgie bariatrique dans la région. Dans ce cadre, l’Iraps travaille notamment sur une application permettant aux patients de gérer leur agenda et d’échanger avec l’équipe de soins.

    « La vraie raison d’être de la pertinence des soins, c’est la qualité et la sécurité des patients »

    Pourquoi avoir décidé de travailler sur la pertinence des soins en PACA ?

    Dr Sylvia Benzaken : La région PACA se caractérise par un taux de recours à la chirurgie supérieur au taux national, sur 70 % du périmètre des actes surveillés par les pouvoirs publics, alors que les actions de prévention sont en deçà des moyennes nationales. Ainsi, pour le cancer colorectal, le taux de participation au dépistage via un test immunologique est trop faible (28 %) et seulement 18 % des coloscopies sont réalisées après un test positif.

    C’est la raison pour laquelle l’ARS et l’Iraps ont engagé des actions visant à rendre plus pertinente tout au long du parcours de soins la prise en charge des patients qui bénéficient d’angioplasties, de chirurgie bariatrique, d’endoscopies digestives et de prothèses du genou.

    Quelle est votre conception de la pertinence des soins ?

    Ma définition de la pertinence est d’avoir le bon soin au bon patient au bon endroit, au lieu d’avoir une démarche purement quantitative et économique. C’est en cela qu’elle est inspirée par le principe de la value-based health care (VBHC).

    Il faut souligner que la vraie raison d’être de la pertinence des soins, c’est la qualité et la sécurité des patients, car des soins inutiles peuvent faire courir des risques aux patients : c’est vrai pour les traitements médicamenteux comme pour des actes interventionnels.

    Quelle est la plus-value de la pertinence des soins pour les différentes parties prenantes ?

    La pertinence des soins permet d’intégrer des indicateurs mesurés par le patient, du point de vue notamment de sa qualité de vie : est-ce qu’avec une prothèse de genou, il peut monter un escalier ? Aller chercher ses enfants à l’école ? Etc. Ce sont les indicateurs PROMs, déployés largement à l’international mais pas en France à ce jour.

    La plus-value pour les professionnels de santé, c’est l’évaluation des résultats cliniques des prises en charge mais aussi la coordination entre professionnels sur des actes isolés et sur des parcours, comme dans le cadre de la prévention du cancer du côlon, depuis le test jusqu’à la coloscopie. On est ainsi au cœur de la définition de la valeur en santé (VBHC), l’efficience pour la collectivité et le résultat pour l’individu.

    La pertinence intégrée au PRS « comme levier de la qualité et de la sécurité »

    Quel bilan faites-vous de l’Iraps après presque quatre ans d’existence ?

    La pertinence a montré qu’elle méritait d’être intégrée au PRS, comme levier de la qualité et de la sécurité des soins. La spécificité de l’Iraps est d’être tripartite : ARS, Assurance maladie et acteurs de santé (professionnels et représentants de patients). Son rôle est de promouvoir la thématique de la pertinence des soins et de faire que les professionnels se l’approprient, pour que ce ne soit pas seulement une démarche de régulateur financier ou de tutelle « top-down ».  Il s’agit d’aller au-delà du point de vue de l’Assurance maladie, dans lequel la notion de sur-recours se rapporte à une moyenne sans mise en relation avec les besoins en santé publique. L’Iraps met en perspective cette alerte « sur-recours » avec les indicateurs régionaux et avec la qualité attendue selon les recommandations internationales.

    À l’heure actuelle, sur une échelle de 1 à 10, je pense que l’Iraps mériterait un 8. Elle n’aurait pas 10 parce que nous n’avons pas encore réussi la diffusion et l’appropriation par tous les professionnels de santé.  Nous y travaillons : après le succès de la première Journée Iraps en 2018, une deuxième journée est envisagée pour la fin du 1er semestre 2020, en association avec les autres Iraps et l’ARS du Grand Sud (Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes).

    PacO : 2 100 patients candidats à la chirurgie bariatrique

    Qu’est-ce que le programme PacO ?

    En chirurgie de l’obésité (dite « bariatrique »), la région PACA compte 20 % d’actes en plus que la moyenne nationale, alors que l’obésité y est moins présente.  C’est pourquoi l’ARS a lancé cette année avec l’Iraps et les CSO (centres spécialisés obésité) un projet de labellisation baptisé « PacO » pour « PACA obésité », qui va bénéficier d’une expérimentation article 51 dédiée. Elle va permettre de suivre sur 5 ans, à partir de 2020, quelque 2 100 patients candidats à la chirurgie bariatrique, soit environ la moitié des opérés de PACA, et de leur proposer un parcours idéal avec une prise en charge pluridisciplinaire dans laquelle les prestations jusque là à la charge des patients leur seront remboursées : suivi pré-opératoire et post-opératoire, éducation thérapeutique, consultations de psychologie et diététique, activité physique adaptée.

    Tous les patients entrant dans PacO doivent avoir un DMP ouvert

    Quel usage faites-vous des outils numériques dans le cadre de ce programme?

    Nous avons décidé que tous les patients entrant dans PacO doivent avoir un DMP ouvert. Nous travaillons également sur une application destinée aux patients leur permettant de gérer leur agenda et d’échanger avec l’équipe de soins.

    Un registre existait déjà, géré par les chirurgiens de la Sofcomm. Nous allons élargir ce registre et le paramétrer pour qu’il serve de base au financement de l’expérimentation. 

  • Étude : 9 applis sur 10 dédiées au suicide ne sont pas conformes aux recommandations (BMC Medicine)

    La plupart des applications mobiles (93 %) pour la prévention du suicide et la gestion de la dépression ne fournissent pas les 6 stratégies de prévention du suicide qui sont couramment recommandées dans les directives cliniques internationales. Les chercheurs de la Nanyang Technological University de Singapour (NTU Singapour) ont même constaté que plusieurs applications téléchargées plus d’un million de fois qui indiquaient des numéros de téléphone d’urgence incorrects ont été trouvés disponibles dans le monde. Les résultats de leur étude* ont été publiés le 19 décembre 2019 dans la revue BMC Medicine.

    Suicide : prévenir le passage à l’acte en développant des applis mobiles

    Plus de 16 millions de tentatives de suicide sont enregistrées chaque année dans le monde. Et 800 000 suicides sont perpétrées. C’est la deuxième cause de mortalité évitable dans le monde. Pour éviter ce passage à l’acte, une aide est nécessaire. Or, 40 % des personnes ayant des pensées ou des comportements suicidaires ne recherchent pas de soins médicaux ou n’y ont pas accès, en particulier dans les pays en développement. Les interventions numériques fournies en ligne ou via des appareils mobiles peuvent augmenter l’accès à l’aide et aux soins de santé mentale. D’autant que les patients se sentent souvent plus à l’aise pour discuter de leurs troubles psychologiques en ligne que lors d’une rencontre en face à face. Bon nombre d’entre eux considèrent internet accessible, abordable et pratique. Encore faut-il que les applications mobiles soient à la hauteur de l’enjeu et utilisent des méthodes fondées sur des preuves.

    Pour le savoir, une équipe de chercheurs singapouriens, australiens, hollandais et britanniques ont mené l’enquête. Ils ont examiné 69 applications à la suite d’une recherche systématique sur l’App Store d’Apple et Google Play : 20 étaient des applications de gestion de la dépression et 46 étaient consacrées à la prévention du suicide. Les chercheurs ont voulu évaluer si ces applications mobiles reprenaient bien l’ensemble des recommandations internationales sur le suicide.

    La qualité des conseils passée au crible

    6 stratégies pour prévenir le suicide, fondées sur des preuves, font partie des recommandations américaine, britannique et de celles de l’OMS :

    • le suivi de l’humeur et des pensées suicidaires ;
    • l’élaboration d’un plan de sécurité ;
    • la recommandation d’activités pour déterminer les pensées suicidaires ;
    • l’information et l’éducation aux les signes de suicidalité ;
    • l’accès aux réseaux de soutien ;
    • et les conseils d’urgence.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 19 décembre 2019 dans la revue BMC Medicine.

    Résultats : 1 appli sur 10 conforme aux recommandations

    • 93 % des applis ne fournissent pas les 6 stratégies de prévention du suicide recommandées ;
    • 94 % des applications testées donnaient des coordonnées en cas d’urgence ;
    • 67 % fournissaient un accès direct à une ligne d’assistance en cas de crise ;
    • 51 % délivraient une éducation liée au suicide ;
    • 12 % des applications de gestion de la dépression étaient des chatbots ;
    • 9 % ont fourni un numéro d’assistance téléphonique de crise erroné.

    Les auteurs de ces travaux estiment que ces résultats démontrent l’échec des magasins d’applications Apple et Google ainsi que de l’industrie des applications de santé en matière d’auto-gouvernance et d’assurance qualité et sécurité. « Les niveaux de gouvernance doivent être stratifiés en fonction des risques et des avantages pour les utilisateurs de l’application, par exemple lorsque des conseils de prévention du suicide sont fournis », soulignent-t-ils.

    Un appel à une plus grande vigilance des développeurs

    En outre, les chercheurs se sont insurgés du fait que « des numéros de téléphone d’assistance téléphonique inexistants ou inexacts ont été fournis par des applications de santé mentale téléchargées plus de 2 millions de fois ». Il est essentiel, selon eux, « que les développeurs d’applications mobiles veillent à ce que les informations contenues dans leurs applications soient mises à jour ».

    En conclusion, ils ont cependant tenu à rappeler que le suicide étant un problème complexe et multiforme, les applications mobiles ne doivent donc pas se substituer aux interventions existantes mais plutôt être conçues comme un complément « au pool de ressources existant ».