Moyen de lutte efficace contre les déserts médicaux, le programme de télémédecine e-Meuse Santé est déployé dans les 3 départements de de la région Grand Est. La Meuse, la Haute-Marne et la Meurthe-et-Moselle connaissent des difficultés d’accès aux soins liés à la désertification médicale et au vieillissement de la population auxquelles vient répondre « e-Meuse Santé ».
Des consultations médicales assistées et augmentées, en proximité
Il s’agit d’un programme national d’expérimentation de l’utilisation des nouvelles technologies au bénéfice de la télémédecine. Piloté depuis 2020 par le département de la Meuse, il a ensuite débordé sur les départements de Haute-Marne et de Meurthe-et-Moselle.
E-Meuse Santé propose la téléconsultation, assistée et augmentée, dans différents lieux ouverts et repérés par la population : maisons de santé, Ehpad, cabinets infirmiers, etc. Il couvre quatre thématiques :
- l’accès aux soins ;
- la prévention ;
- le maintien à domicile ;
- et le suivi des maladies chroniques.
Avec un modèle qui repose sur l’appropriation du dispositif par la communauté médicale du territoire, en 3 ans ont été réalisées près de 4 500 téléconsultations, remboursées par l’Assurance maladie, grâce à la collaboration de plus de 80 professionnels de santé, associations de patients et collectivités locales.
Une évaluation positive après 3 ans
A l’issue des 3 années d’expérimentation, e-Meuse Santé a publié en décembre 2023 son rapport d’évaluation, qui s’appuie sur les travaux réalisées par l’Université de Lorraine, intitulé : « Préconisations et mesures pour la réplicabilité du déploiement territorial de la télémédecine ». Cette étude prend en compte l’expérimentation menée sur 15 sites installés sur les 3 départements du Grand Est. Ils recouvrent une configuration variée d’accès aux soins, différents types d’habitat et d’organisation de la santé, de la zone rurale à la ville, mais qui connaissent tous des difficultés d’accès à la santé.
Le rapport a été rédigé à l’issue d’un large processus de concertation et d’enrichissement itératif par une série d’ateliers et d’entretiens, ayant impliqué, outre les professionnels de santé et les représentants de patients, les élus locaux et les acteurs économiques et sociaux, partenaires d’e-Meuse Santé.
12 recommandations pour pérenniser et développer la télémédecine
L’évaluation par l’Université de Lorraine confirme l’intérêt de la télémédecine pour les patients et les professionnels de santé. Elle démontre que, bien conçue et bien déployée, la télémédecine est un outil efficace qui offre des solutions d’accès aux soins à des habitants confrontés à la pénurie de soignants et qu’elle permet aux personnes sans médecin traitant de pouvoir retrouver un parcours de soins satisfaisant. Le rapport contient 12 recommandations opérationnelles pour favoriser le déploiement de la télémédecine.
2 prérequis essentiels au succès de la téléconsultation dans les territoires :
- une offre conçue en appui et au service des professionnels de santé du territoire concerné ;
- une offre qui fasse l’objet d’une mobilisation des acteurs du soin et de l’accès aux soins des patients, dans le respect du rôle, du statut et des expertises de chacun.
Parmi les autres recommandations du rapport :
- une collaboration renforcée avec les médecins traitants et les professionnels de santé afin de pérenniser les projets existants et soutenir la création de nouveaux sites de téléconsultation ;
- un modèle de financement dissociant ce qui relève du soin et de l’accès aux soins, ouvrant ainsi la possibilité de nouvelles formes d’implication aux collectivités territoriales ;
- une gouvernance et une animation de la politique de l’accès aux soins animée par les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) ;
- une revalorisation de la fonction des « téléassistants » en s’appuyant sur leur contribution à l’accès aux soins ;
- l’élargissement du réseau des sites de télémédecine à la médecine spécialisée (téléconsultation de spécialité, téléexpertise et télésurveillance) et à la prévention (médecine du travail, médecine scolaire, opérations nationales de dépistage, etc.) ;
- la mise en place d’une plateforme commune facilitant les usages et la prise de rendez-vous ;
- le développement d’une offre de formation où interagissent tous les acteurs du projet de télémédecine ;
- une expérimentation sur trois ou quatre départements d’une durée de trois ans, associant les collectivités et les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).
Coordonner les modèles économiques de la santé et du médico-social :
Le rapport préconise également une clarification de l’offre de télémédecine avec des cahiers des charges et des méthodologies matures et validées, aujourd’hui disponibles grâce aux expérimentations.
Il propose de nouveaux modèles (d’organisation, de financement) ouvrant un champ d’action important aux territoires pour les politiques de l’autonomie et du maintien à domicile. La télémédecine peut être un outil majeur de la coordination du modèle économique de la santé avec celui du médico-social, en s’inscrivant notamment dans les politiques de prévention des départements.
Cette évaluation positive est renforcée par la position de France Assos Santé qui se déclare favorable à une offre territoriale structurée de télémédecine dans son « Manifeste pour faire de la télémédecine un réel vecteur d’accès aux soins pour tous », publié en septembre 2023.
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