Dans ses guidelines publiées en janvier 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) propose la création d’une agence de recherche publique pour le développement de l’intelligence artificielle (IA), soulignant l’importance d’une représentation équitable et éthique dans la gouvernance mondiale.
De la sensibilisation avant une adoption globale
A l’échelle mondiale, l’OMS publie régulièrement depuis 2021 des rapports et des lignes directrices pour la bonne gouvernance et la réglementation de l’IA. Elle œuvre pour promouvoir l’éducation et la sensibilisation à l’IA à travers des initiatives ciblant les professionnels de santé, les décideurs du secteur et le grand public.
De son côté, l’Unesco a aussi publié des recommandations sur l’éthique pour l’IA mettant en avant l’importance de la surveillance humaine des systèmes intelligents, adoptées en 2021 par ses 193 pays membres.
Des efforts d’harmonisation en Europe
Sur le Vieux continent, la Commission européenne a introduit en avril 2021 la première proposition de cadre réglementaire concernant l’IA. Puis, en décembre 2023, le Conseil et le Parlement européens sont parvenus à un accord provisoire historique pour mettre en place des règles harmonisées sur l’utilisation de l’IA dans l’Union européenne (UE). Ainsi, les systèmes d’IA seront soumis à une analyse et une classification en fonction du niveau de risque qu’ils présentent pour les utilisateurs, ce qui résultera en une réglementation adaptée en fonction du risque. De plus, la Commission européenne va créer un nouvel Office européen de l’IA pour assurer la coordination de ce cadre entre tous les pays membres de l’UE.
En France, la CNIL a annoncé le 16 mai 2023 un plan d’action pour encadrer le développement de l’IA et préparer l’entrée en vigueur du règlement européen AI Act. Ce plan souligne l’importance cruciale de la protection des données dans la régulation de l’IA.
L’enjeu de la protection des données
Avec environ 145 pays dans le monde disposant de réglementations sur la protection des données, cette dernière joue un rôle significatif et interagit étroitement avec la réglementation de l’IA. Les données étant essentielles pour l’entrainement et le fonctionnement des systèmes d’IA, des lois existantes (tel que le RGPD au sein de l’UE) mettent en lumière les efforts mondiaux pour adapter les réglementations à l’évolution technologique.
La Commission européenne a identifié 11 pays qui garantissent une protection adéquate pour le transfert de données, conformément au RGPD, sans nécessiter des mesures supplémentaires.
📌 Dans cet indicateur, Health & Tech Intelligence revient en synthèse sur les différents rapports de l’OMS et de l’OCDE concernant la gouvernance, la réglementation et les politiques régissant l’IA à travers le monde, ainsi que sur la protection des données et son lien étroit avec cette réglementation.
Ethique et gouvernance des grands modèles multimodaux (LLM)
Le 18 janvier 2024, l’OMS a publié de nouvelles lignes directrices sur l’éthique et la gouvernance des grands modèles multimodaux (LLM) et d’autres formes d’IA dans le domaine de la santé (un article H&TI a paraître reviendra sur ces recommandations, notamment celles à destination des gouvernements).
Parmi les recommandations importantes, l’OMS suggère d’établir une gouvernance internationale pour :
- éviter une compétition où les entreprises négligent les normes de sécurité et d’efficacité ;
- garantir que les entreprises respectent des normes minimales de sécurité et d’efficacité.
L’OMS propose également la création d’une agence de recherche publique pour le développement d’IA, financée par plusieurs gouvernements. L’objectif de cette recommandation est de ne pas laisser la gouvernance être façonnée uniquement par des pays à revenu élevé ou des grandes entreprises technologiques, afin de garantir une représentation équitable.
Dans ce rapport, l’OMS souligne qu’un axe majeur de la réglementation de l’IA concerne l’utilisation des données de santé dans la formation des LLM.
Aujourd’hui, les lois de protection des données servent de fondement solide pour le développement des technologies d’IA, y compris les LMM. Cependant, une limite identifiée est que de nombreuses lois de protection des données ont été édictées avant l’émergence de l’IA générative, créant un défi dans leur application pour des technologies qui n’étaient peut-être pas envisagées lors de leur rédaction initiale.
Ainsi, pour l’OMS l’harmonisation des réglementations, l’adaptation des lois de protection des données à l’évolution de la technologie, et une approche éthique et inclusive sont essentielles pour assurer le développement responsable et éthique de l’IA.
[Source: OMS Ethics & governance of AI for health 2024]
L’enjeu de la protection des données dans le développement de l’IA
Dans un autre rapport de l’OMS sur les considérations réglementaires sur l’IA en santé le lien entre la protection des données et l’IA est également mis en avant.
« Environ 145 pays et régions disposent de réglementations sur la protection des données et de lois sur la vie privée ». Ce chiffre indique une reconnaissance de la nécessité de réguler la collecte, l’utilisation, la divulgation et la sécurité des informations personnelles à l’échelle internationale.
Voici un panorama des lois et réglementations spécifiques dans le domaine de la protection des données :
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Dans l’UE, le RGPD s’applique à tous les citoyens et les entreprises peuvent être soumises à des obligations de conformité en fonction de leur emplacement ou de leurs activités.
Sur cette carte éditée par la CNIL, des couleurs variées sont utilisées pour indiquer le niveau de protection des données ou l’adhésion à certaines normes ou lois conformes au RGPD.
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La commission européenne a reconnu que 11 pays comme offrant une protection adéquate en matière de transfert de données en vertu du RGPD permettant des transferts de l’UE vers ces pays ou territoires sans exigences supplémentaires. C’est ce qui est révélé dans un rapport de la commission au parlement européen publié le 15 janvier 2024.
Le RGPD s’applique également à la Norvège, à l’Islande et au Liechtenstein qui font partis de l’espace économique européen (EEE).
Ces pays/régions sont :
- l’Andorre ;
- l’Argentine ;
- le Canada ;
- les Îles Féroé ;
- Guernesey ;
- l’Île de Man ;
- Israël ;
- Jersey ;
- la Nouvelle Zélande ;
- la Suisse ;
- et l’Uruguay.
A noter également des reconnaissances pour l’adéquation des lois de protection de données de d’autres pays au RGPD :
- en 2019, l’UE et le Japon ont reconnu mutuellement l’équivalence de leurs systèmes de protection des données ;
- en janvier 2022 une décision d’adéquation a été adoptée pour la Corée du Sud ;
- en juin 2023, l’UE a pris des décisions d’adéquation pour le Royaume-Uni ;
- en juillet 2023, une étape significative est franchie par l’UE en approuvant une décision d’adéquation concernant le cadre de confidentialité des données entre l’UE et les États-Unis.
[Source: OMS Regulatory considerations on artificial intelligence for health 2023]
Politiques sur l’IA
Fin 2023, de nombreux progrès en matière de politique sur l’IA ont été réalisés à l’échelle mondiale. Les initiatives varient, mais la tendance générale est à une réglementation plus stricte pour assurer la sécurité, la confiance et l’éthique dans l’application de l’IA. Voici les progrès en termes de lois et d’annonces politiques par pays/régions :
Union européenne – European Union Artificial Intelligence Act (EU AI Act) :
- Pays/région : Union européenne
- Organisme/Personne : Parlement européen
- Progrès : Le Parlement européen a travaillé sur la catégorisation des systèmes d’IA en fonction des niveaux de risque, mettant l’accent sur la protection des droits fondamentaux et de la durabilité environnementale.
États-Unis – Executive Order on AI :
- Pays/région : États-Unis
- Organisme/Personne : Président Joe Biden
- Progrès : Le président Biden a émis un décret exécutif sur l’IA, soulignant l’importance de l’IA sûre, sécurisée et digne de confiance. Cela indique un engagement envers le développement responsable de l’IA, avec un accent particulier sur la sécurité et la confiance.
Royaume-Uni – AI Safety Summit, Bletchley Park :
- Pays : Royaume-Uni
- Organisme(s)/Personne : Premier ministre Rishi Sunak
- Progrès : Le Royaume-Uni a dirigé le Sommet sur la sécurité de l’IA, aboutissant à la Déclaration de Bletchley sur la sécurité de l’IA. Le gouvernement britannique souligne l’urgence de traiter les risques liés à l’IA, avec un accent sur la nécessité d’une collaboration mondiale. Pour la santé, un engagement envers la sécurité et l’éthique dans l’utilisation de l’IA est nécessaire.
Japon – G7 Hiroshima AI Process :
- Pays : Japon
- Organisme/Personne : G7
- Progrès : Le Japon a introduit le “Processus AI Hiroshima” sous sa présidence du G7, concluant avec le “Cadre global sur l’IA générative“. Cela met en avant des principes directeurs internationaux pour tous les acteurs de l’IA. Des lignes directrices pour l’utilisation de l’IA générative dans la recherche médicale et le développement de traitements sont nécessaires.
[Source : OECD Artificial Intelligence Papers 2024]
Exemples d’organismes de réglementation engagés dans l’IA :
Pays : Royaume-Uni
Agence : MHRA (agence de régulation des médicaments et des produits de santé)
Rôle : établit des collaborations avec des acteurs de l’écosystème (patients, universités, professionnels de santé, industrie et gouvernement), garant de la sécurité des patients en alertant sur les problèmes liés aux dispositifs médicaux et aux médicaments. Le MHRA interagit avec le gouvernement britannique et le NHS sur le développement des politiques réglementaires. Depuis le Brexit, le MHRA a la charge l’élaboration de nouvelles réglementations d’accréditation et de marquage pour les dispositifs médicaux numériques.
Pays : Royaume-Uni
Agence : NHS AI Lab
Rôle : travaille en collaboration avec le MHRA. Le NHS AI Lab fournit un guichet unique pour l’assistance, la réglementation et l’orientation pour la réglementation et l’évaluation de l’IA en santé. Parmi les points importants du programme de réglementation :
- simplification du processus d’approbation réglementaire des DM intégrant de l’IA et du traitement de données dont l’objectif est de faciliter l’accès à la recherche ;
- coordination entre le HRA (Health Research Authority) et le MHRA pour l’élaboration d’un processus coordonné de l’examen des DM intégrant de l’IA et du traitement de données ;
- mise en place d’une voie réglementaire pour l’utilisation des données synthétiques dans l’entrainement et la validation des algorithmes d’IA ;
- surveillance après la commercialisation des solutions intégrant de l’IA grâce à un système de déclaration des incidents ;
- obligation de signaler tous les types d’incidents en rapport avec l’IA pour les DMN.
Pays : Singapour
Agence : Health Sciences Authority (HSA)
Rôle : vise à faciliter la conformité réglementaire et à assurer un accès rapide et sûr aux innovations en matière de santé pour les professionnels de santé. Le HSA élabore également de nouvelles politiques et directives liées à l’IA et aux dispositifs médicaux numérique. Il consulte régulièrement les parties prenantes pour intégrer leurs contributions dans le processus de réglementation. Le HSA a mis en place un système de déclaration des incidents indésirables, incluant les logiciels et l’IA en tant que dispositifs médicaux.
Pays : États-Unis (USA)
Agence : Food and Drug Administration (FDA)
Rôle : collabore avec des acteurs de l’écosystème ( patients, professionnels de santé et industries) pour faciliter l’accès des patients à des technologies innovantes. La FDA assure la sécurité et l’efficacité des dispositifs IA/ML en fournissant des commentaires préliminaires, en participant à des initiatives d’harmonisation internationale, et en organisant des consultations publiques pour recueillir des retours d’expérience.
📌 Pour aller plus loin
🌍 Les derniers indicateurs H&TI relatifs aux stratégies de santé numérique & data déployées à l’international dont des actions concernent la réglementation et la régulation de l’IA :