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Des solutions spécialisées dans le domaine de la santé existent, mais la majorité de celles-ci sont développées ou acquises par les géants américains de la Tech. En effet, la course au développement de solutions d’IA générative a connu une hausse spectaculaire en 2023 avec 21,8 Md $ investis, soit une hausse de 407 % en un an.
Comme vu dans l’indicateur sur les investissements et les levées de fonds dans l’IA générative, les Gafam sont largement en tête dans la course au développement de ces solutions.
Parmi les acteurs américains, Microsoft a le plus investi en 2023 en injectant 10 milliards de dollars dans la solution développée par Open IA : Chat GPT. Une déclinaison de cette IA, BioGPT, permet de générer du texte biomédical. L’hébergement des données sera assuré par Microsoft Azure. La société a également développée la solution d’IA générative Nuance (Dax Copilot), permettant de rationaliser les tâches administratives des professionnels de santé pour leur faire gagner du temps. Nuance annonce à Himss 2024 avoir développé des partenariats avec Stanford Medecine pour la prise de notes cliniques, WellSpan Health pour fluidifier les interactions patients-médecins et Providence afin d’utiliser son réseau cloud avec Microsoft Azure.
En termes de partenariats, Microsoft s’est lié avec des acteurs de l’IA comme Mistral AI, Open IA, Inflection IA et Meta (anciennement Facebook).
Amazon a investi 4 Md $ dans la solution Anthropic, qui développe le modèle de fondation « Claude 3 » (Haiku, Sonnet et Opus), conçu pour une réactivité quasi instantanée et des expériences d’intelligence artificielle (IA) générative homogènes imitant les interactions humaines.
De son côté, Google créé des applications d’IA générative rapidement et de manière responsable. La société améliore le service client avec les agents virtuels de Contact Center AI et les produits d’IA conversationnelle comme Speech-to-Text. Elle peut créer, déployer et faire évoluer des modèles d’IA plus efficaces avec sa plate-forme de Machine Learning unifiée, Vertex AI. Google a également investi 2 Md $ pour le chatbot Anthropic.
En cours de test par des clients de Google Cloud, MedLM est basé sur un algorithme de grand modèle de langage (LLM), utilisé par des clients comme la Mayo Clinic, il propose les fonctionnalités suivantes :
Google Cloud met cependant en garde en disant que MedLM n’est pas un dispositif médical en tant que tel et doit être validé par un professionnel de santé.
Meta possède son outil d’IA générative « Llama », une plateforme ouverte comportant des modèles d’IA, des outils et des ressources pour façonner des modèles. Intégrant du LLM capable de générer du code, et un langage naturel sur le code, à partir d’invites de code et de langage naturel.
La société détient de nombreux partenariats, aussi bien des acteurs de la Tech que des acteurs de la santé : Linkedin, Cloudflare, Orange, Nvidia, LG, Scale, CNRS, Microsoft, AWS, Dropbox, IBM, Shopify, Surge, Inria, Octo AI, Accenture, Zoom et d’autres.
Nvidia développe sa technologie Nvidia Clara™ Discovery, regroupe une collection de frameworks, d’outils, d’applications et de modèles pré-entraînés, optimisés et accélérés par GPU pour la découverte de médicaments assistée par ordinateur. Conçue pour prendre en charge les workflows multidisciplinaires, la plateforme Clara Discovery aide les scientifiques et les chercheurs à accélérer la mise sur le marché des médicaments et offre de nouvelles possibilités pour la recherche sur les mécanismes pathologiques.
Côté partenariats, Nvidia a investi avec Microsoft dans Open IA à hauteur de 1,3 Md $ et financé en partie Databricks, une société anglaise.
La jeune pousse française née en 2023, Mistral AI, développe des Modèles de langage performants (LLM) qui sont aussi utilisées en santé (Mistral Small, Mistral Large, Mistral Embed). Classé deuxième parmi tous les modèles disponibles via une API, sa solution fournit des capacités de raisonnement de haut niveau.
La startup a lancé un partenariat de distribution avec Microsoft depuis mars 2024, qui avait investi 15 M € dans sa levée de fonds de 385 M €. Mistral AI a également établi un partenariat avec Capgemini. Elle possède des clients comme BNP Paribas, Orange, CMA CGM, MongoDB, Octo AI, Lamini, Pretto et Cloud flare.
Dans les différents cas d’usage de l’IA générative appliqués par les acteurs de la tech, nous retrouvons dans le secteur de la santé les entreprises suivantes :
L’intégration de la GenAI dans les flux de travail d’examen manuel offre une solution prometteuse pour automatiser ces processus. L’IA générative est employée pour créer des résumés de dossiers médicaux, générer des interprétations préliminaires d’images médicales, et analyser des données de laboratoire pour identifier des tendances ou des anomalies. Ce cas d’usage se concentre sur l’automatisation et l’optimisation des tâches répétitives, permettant aux professionnels de santé de consacrer plus de temps aux aspects critiques de la prise en charge des patients.
La Documentation des patients informatisés (DPI) traités par l’IA générative sont utilisées pour analyser les informations des patients, les publications médicales et d’autres données pertinentes, en vue de créer des documents complets et exacts dans les dossiers de santé électroniques. Ce procédé simplifie et automatise la documentation, ce qui diminue les risques d’erreurs et améliore l’efficacité des professionnels de la santé dans la tenue à jour des dossiers de leurs patients.
L’IA générative simplifie la création/découverte de nouvelles molécules en variant leurs structures de base tout en préservant les caractéristiques pharmacologiques essentielles. Cette technologie permet aux chercheurs d’explorer de nouvelles possibilités dans le domaine de la chimie, ouvrant la voie à des médicaments potentiels avec des propriétés améliorées et des mécanismes d’action différents.



L’avancée de l’intelligence artificielle (IA) révolutionne le secteur de la santé. Parmi les développements majeurs qui sont en cours, les applications des modèles d’IA générative (IAG), notamment les modèles de transformation (transformer models) et les modèles de diffusion (diffusion models) :
Il s’agit d’une autre classe de modèles génératifs utilisés dans le domaine de l’apprentissage automatique. Ils sont souvent utilisés pour la génération et la manipulation d’images et d’autres types de données séquentielles.
Il s’agit d’une classe de modèles utilisés dans l’apprentissage automatique (machine learning), plus précisément dans le domaine du traitement du langage naturel (NLP) et de la vision par ordinateur. Il sont particulièrement efficaces pour les tâches de compréhension, de génération et de traduction automatique du langage naturel, mais sont également utilisés dans d’autres domaines tels que la vision par ordinateur.
En médecine, ces modèles de transformation ont joué un rôle crucial dans l’analyse de diverses formes de données, notamment :
Dans cet article, Health & Tech Intelligence met l’accent sur les applications de la GenAI dans le domaine de la santé, mais aussi sur les limites et biais de l’utilisation de la GenAI en santé, en réalisant une revue macroscopique de la littérature scientifique de ces dernières années, avec un focus sur les cas d’usage dans 4 segments du secteur :
Parmi ces cas d’usage, les plus utilisés concernent la prédiction des structures et la conception de molécules, l’imagerie ainsi que l’automatisation de tâches chronophages comme la synthèse ou rédaction de documents médicaux. D’autres cas d’usage de la GenAI mentionnés dans des publications scientifiques sont présentés comme des applications potentielles de cette technologie dans le secteur de la santé, sans qu’il y ait encore de preuves suffisantes de son efficacité.
Les modèles génératifs sont apparu dans les années 1950 et ont connu d’importantes évolutions au cours des 10 dernières années, avec le développement l’apprentissage profond et de nouvelles méthodes telles que les réseaux neuronaux. Aujourd’hui, et depuis la naissance du modèle “transformeur génératif pré-entraîné” (GPT) d’OpenAI, la GenAI démontre de plus en plus son efficacité , notamment dans la production logique de contenu.
Dans le domaine de la santé, la GenAI attirent tous les regards et notamment ceux de l’industrie. Elle est, en effet, très utilisée pour prédire la structure des protéines (Meyers et al. 2021 et Madani et al. 2023).
Il existe plusieurs revues de la littérature concernant les usages de la GenAI en santé (Bohr et Memarzadeh 2020, AlAmir et AlGhamdi 2022, Kazerouni et al. 2023), dont la plupart s’intéressent à une application spécifique de ces technologies, notamment en imagerie. Cela signifie qu’un énorme potentiel est encore à explorer. Mais, de manière générale, les publications scientifiques ont commencé dès 2020, sur différentes bibliothèques en ligne autour de la GenAI en santé. Mais ce n’est qu’en 2022 que leur nombre devient significatif, dépassant les 600 publication par an. Il est à noter que les modèles de transformation ont logiquement la part du lion de ces publications.

Une recherche spécifique et très resserrée sur la plateforme américaine Pubmed, concernant les articles traitant du sujet de la GenAI en santé, montre que les premières publications apparaissent déjà en 2022 et évolue exponentiellement en 2023. Durant cette année, Pubmed enregistre au moins 176 publications. Au premier trimestre 2024 seulement, la plateforme présente au moins 140 publications.

L’IA générative offre une solution prometteuse pour la conception de structures moléculaires de novo. Elle peut générer de nouveaux composés, optimiser les candidats médicamenteux et prédire les propriétés des médicaments. Elle permet ainsi de concevoir des modèles moléculaires 1D, 2D et même 3D (Li et al., 2021). Les modèles d’IA générative sont ainsi utilisés pour générer de nouvelles petites molécules, des séquences d’acides nucléiques et des protéines avec une structure ou une fonction désirée (Vert, 2023). En analysant la structure chimique des médicaments réussis et en simulant des variations, ils peuvent produire des candidats médicaments potentiels à un rythme beaucoup plus rapide que les méthodes traditionnelles.
La prédiction de la fonction des protéines figure parmi les défis du développement de médicaments. Prot2Text est une approche novatrice qui le fait sous forme de texte libre, en générant des descriptions détaillées et précises (Abdine et al., 2023).
Plus récemment, des chercheurs de l’Université McMaster et de l’Université Stanford ont développé un modèle d’IA générative capable de concevoir des milliards de nouvelles molécules antibiotiques peu coûteuses et faciles à construire en laboratoire (plus de détails dans cet article H&TI). Synthemol est parvenu à inhiber une super-bactérie en laboratoire (Swanson, K., Liu, G., Catacutan, D.B. et al., 2024).
L’IA générative aide à faire progresser la conception et la validation des protocoles pour les essais cliniques (Mueller et al., 2023). Elle le fait en simulant des essais virtuels avec différents designs, des stratégies de randomisation ou en établissant des critères d’inclusion. Une nouvelle approche pour les essais cliniques propose de générer des données de patients virtuels tout en garantissant théoriquement la confidentialité des données (Gootjes-Dreesbach et al. 2020). L’IA générative peut donc aider à identifier les problèmes éventuels lors des essais cliniques, ce qui peut finalement réduire le temps et le coût du développement de médicaments (Callaway, 2023).
Les méthodes génératives ont le potentiel de produire de nouveaux composés avec des profils d’effets indésirables attendus. Elles peuvent également favoriser une compréhension plus approfondie de la sécurité des médicaments. Par exemple, le journal BMC Bioinformatics a publié une technique de “empreinte neurale” dans un cadre “d’apprentissage profond concurrentiel” pour la prédiction des effets indésirables de telle sorte que les informations d’étiquetage (relation médicament-effets indésirables) peuvent être utilisées “dans l’étape de conception du processus d’apprentissage automatique” (Dey et al., 2018).
L’IA générative joue un rôle crucial dans le développement de données de patients synthétiques (réalistes et anonymisées) en créant des points de données artificiels qui capturent les caractéristiques statistiques et les attributs de l’ensemble de données réelles d’origine (Suthar et al., 2022). Des techniques comme les GAN (generative adversarial networks) et les VAE (variational autoencoders) ont évolué pour générer des données tabulaires synthétiques aidant notamment dans la recherche médicale (Jadon & Kumar, 2023). De plus, les GAN peuvent synthétiser les données des dossiers patient informatisés (DPI) ce qui peut être une solution au problème de la confidentialité des données. Enfin, la capacité de générer des données synthétiques avec différentes caractéristiques peut aider chercheurs et cliniciens à explorer diverses hypothèses, ouvrant de nouvelles perspectives (Limeros et al., 2022).
Les biomarqueurs ont un impact significatif sur le diagnostic, le pronostic, le choix du traitement et la surveillance des maladies. L’IA générative accélère leur découverte en créant des biomarqueurs hypothétiques et en les validant ensuite dans des environnements expérimentaux (Nair et al., 2023). Bien que son rôle dans l’identification des biomarqueurs ne soit qu’à ses débuts, l’IA promet des avancées révolutionnaires dans la compréhension du rôle des biomarqueurs et le développement d’une médecine personnalisée.
Les opérations et la gestion des ressources en santé impliquent différents paramètres (allocation des ressources, prédiction de la demande, optimisation des flux de travail, etc.). Les organisations de santé peuvent exploiter la puissance de l’IA générative pour prendre des décisions basées sur les données et optimiser leurs opérations. L’IA générative peut automatiser les processus routiniers de prise de décision (approuver, refuser voire même recommander) en fonction de critères ou de conditions prédéfinis, allégeant ainsi la charge administrative et raccourcissant les délais (Barat et al., 2023).
Le modèle Dall-e d’OpenAI peut potentiellement être utilisé pour générer des représentations visuelles des aménagements d’un établissement de santé et des plans d’étage des installations de soins, afin d’aider à identifier les axes d’amélioration, à rationaliser les flux de travail et à optimiser l’espace et les équipements. De son côté, ChatGPT, peut planifier des rendez-vous de patients et fournir des mises à jour en temps réel sur les délais d’attente.
En médecine, le triage est défini comme la priorisation des soins aux patients (ou aux victimes de catastrophes) en fonction de leur état, de leur gravité, de leur pronostic et de la disponibilité des ressources. Le triage est utilisé pour identifier les patients nécessitant une réanimation rapide, les affecter à une zone de soins désignée pour prioriser leurs soins et commencer les procédures diagnostiques et thérapeutiques nécessaires.
En offrant une assistance utile et en améliorant la prise de décision, l’IA générative a le potentiel d’avoir un impact significatif sur le domaine du triage médical (Huang et al., 2023). Elle vise à accélérer la prise de décision en analysant rapidement et avec précision un large éventail d’informations sur les patients (Levine et al., 2023). Le triage médical peut ainsi être optimisé en combinant la force de l’IA générative avec le jugement humain, améliorant la qualité et l’efficience des soins dans des scénarios difficiles.
Dans certains pays, la pré-autorisation est un mécanisme utilisé par les payeurs de soins (comme les assurance) pour décider s’ils doivent rembourser un service médical ou pas. Bien que des études soient encore nécessaires pour étayer cette opportunité, l’IA générative pourrait potentiellement améliorer cette procédure en l’automatisant : l’examen des demandes nécessite un temps clinique significatif de la part des payeurs. Selon un rapport publié Mckinsey en 2022, les professionnels de santé passent jusqu’à 13 heures par semaine sur cette tâche.
L’IA générative peut, en outre, aider à organiser les données des dossiers médicaux électroniques, des e-mails, des politiques publiques, des procédures médicales, etc., pour ainsi améliorer l’expérience des prestataires de soins et des patients. Les compagnies d’assurance pourraient déléguer la prise de décision délicate à des médecins hautement qualifiés et automatiser le reste.
L’IA générative (GAI) s’est imposée comme une solution prometteuse pour relever les défis de l’imagerie médicale.
La GenAI peut générer des images synthétiques qui ressemblent aux données des patients, augmentant la robustesse des modèles. Ceci est d’autant plus pertinent dans le cas de maladies rares ou de données manquantes.
Lorsqu’une image subit une distorsion, l’IA générative peut la réparer. Le modèle de diffusion, DiffMIC, conçu pour la classification des images médicales, élimine les bruits et les perturbations (Yang et al., 2023). Les modèles de GenAI peuvent également produire des images de haute résolution à partir de données de basse résolution en appliquant une approche de “super-résolution”. Les images “super-résolues” sont utilisées pour un diagnostic précis des maladies et une étude détaillée des structures anatomiques (Bing et al.).
Chaque modalité utilise différentes propriétés physiques et techniques d’imagerie pour générer des images (rayons X, échographie, IRM, tomodensitométrie…) et chacune présente des avantages et des inconvénients. La traduction d’images entre modalités convertit des images médicales d’une modalité à une autre tout en préservant ses caractéristiques pertinentes. Cela permet la fusion des avantages spécifiques à chaque modalité et des informations complémentaires. La traduction entre modalités d’images basée sur l’IA générative ouvre de nouvelles perspectives de recherche et d’innovation.
Les modèles de GenAI aident à atteindre l’interprétabilité et l’explicabilité en imagerie médicale (Susnjak, 2023). L’interprétabilité se réfère à la capacité de comprendre et d’expliquer le processus de prise de décision du modèle d’IA. En imagerie médicale, elle est cruciale car les prestataires de soins et les patients doivent avoir confiance et comprendre les résultats générés. Pour y parvenir, la visualisation est la solution majeure. L’explicabilité indique à l’utilisateur pourquoi une décision spécifique a été prise en fournissant une explication claire et cohérente. Cela rend le processus de prise de décision plus transparent.
Des modèles LLM tels que GPT-4 et PALM-2 peuvent être utilisés pour générer des résumés des données des patients (Patel & Lam, 2023). L’IA générative peut également automatiser le processus des demandes d’assurance. L’automatisation de tels processus peut soulager la charge administrative des professionnels de santé.
Pour améliorer l’efficacité des tâches de NLP, un algorithme peut analyser la mise en page des documents cliniques et en extraire uniquement le texte pertinent à la clinique (Gérardin et al., 2023). Des modèles d’IA générative pré-entraînés sur un grand corpus de texte clinique améliorent plusieurs tâches de NLP clinique en aval, telles que la réponse aux questions et la classification de documents (Lentzen et al., 2022 ; Y. Li et al., 2022 ; Moon et al., 2022).
En somme, plusieurs études mettent en évidence l’utilité des modèles de transformation et d’autres techniques avancées dans diverses tâches de PNL clinique, telles que la classification de documents, la reconnaissance d’entités nommées et l’extraction d’informations à partir de textes cliniques dans plusieurs langues (Oh et al., 2022 ; Searle et al., 2023 ; Sivarajkumar & Wang, 2022 ; Solarte-Pabón et al., 2023 ; Wei et al., 2022 ; Yogarajan et al., 2021) . Cependant, l’efficacité de ces modèles varie en fonction de la tâche, de la langue et des caractéristiques spécifiques des données, ce qui suggère la nécessité d’une approche adaptée à chaque application.
L’une des applications importantes de l’IA Générative a été le développement de chatbots médicaux. Les chatbots sont des programmes informatiques polyvalents conçus pour simuler une conversation humaine et fournir des réponses automatisées. Ils peuvent servir d’assistants virtuels pour le soutien et l’engagement des patients, ou de moyen d’éducation thérapeutique (ETP). Ils peuvent répondre aux questions courantes, offrir des conseils et fournir des rappels de médication, à l’image de ChatGPT. Ce dernier peut avoir différentes applications en médecine, de l’aide aux patients en tant qu’assistant virtuel et la tenue de leurs dossiers (Dave et al., 2023). Il peut offrir des conseils préliminaires en posant des questions pertinentes et évaluer, sur la base des informations fournies par le patient, l’urgence et la gravité du symptôme pour fournir des informations générales sur l’étiologie ou la symptomatologie de la maladie, ainsi que sur les mesures d’autosoin et quand consulter un médecin. Il contribue, de ce fait, au triage et l’évaluation des symptômes.
Un chatbot médical basé sur ChatGPT, appelé Dr GAI (DiagnaMed Holdings Corp.) aide les gens dans un conseil général en santé. Un autre, variante de ChatGPT appelée InstructGPT, peut fournir des instructions précises aux patients, sur l’administration de médicaments, y compris l’ouverture des emballages, le dosage et l’utilisation de dispositifs médicaux spécifiques tels que les seringues ou les compte-gouttes.
La GenAI est rapidement passée d’une modélisation prédictive initiale des traitement à une intégration de conditions spécifiques pour des plans de traitement sur mesure. En modifiant les valeurs de différentes conditions, le modèle génère différents plans de traitement adaptés à chaque patient (Buche et al., 2023). Les modèles NLP affinés tels que BERT (Bidirectional encoder representation from transformers) se sont améliorés dans la génération de traitements personnalisés et de plans de soins adaptés, basés sur les données du patient.
La GenAI peut effectuer une analyse des émotions en analysant les modèles de texte et de parole et en détectant des indices sentimentaux et émotionnels. Elle contribue à la détection précoce des troubles de santé mentale en analysant de gros volumes de données et en repérant des signes évocateurs de certains troubles. Qui plus est, la GenAI peut signaler les individus susceptible de présenter un haut risque ou de nécessiter une assistance en urgence.
La dépression, par exemple, peut être diagnostiquée grâce à l’analyse des données multimodales, y compris du texte et de marqueurs vocaux (Yang, 2019). La GenAI peut générer un environnement de réalité virtuelle (VR) immersif pour les patients. Cela ouvre les portes pour une simulation d’une thérapie d’exposition, des techniques de relaxation et des scénarios de gestion du stress.
Pour modéliser la progression d’une maladie, son développement, ses symptômes et ses effets potentiels sont examinés et prédits au fil du temps. L’IA générative a le potentiel d’être un outil puissant dans ce domaine (Zaballa et al., 2023). En analysant de vastes bases de données de données de patients, de dossiers médicaux et de résultats cliniques, les modèles génératifs peuvent découvrir des motifs et des liens au sein des données et imiter des scénarios de développement de maladies. Ces modèles peuvent produire des trajectoires hypothétiques qui décrivent avec précision le développement des affections tout en tenant compte de diverses variables, telles que la génétique, le mode de vie et les traitements. Cela permet aux praticiens et aux chercheurs d’apprécier les conséquences potentielles de différentes modalités thérapeutiques.
L’IA générative peut traiter les complexités de la modélisation des tumeurs cérébrales malignes (Liu et al., 2023). Des images radiologiques et des informations sur le traitement permettent des estimations de la croissance tumorale à un moment donné. En fournissant des images générées, des prédictions de croissance tumorale et des estimations d’incertitude, le modèle offre des informations précieuses pour la prise de décision clinique et la compréhension des mécanismes sous-jacents au cours des maladies ainsi que pour l’accélération de la découverte de nouveaux traitements.
Si la GenAI s’est montrée prometteuse lorsqu’évaluée dans des environnements contrôlés, la tester dans des scénarios réels est indispensable pour déterminer son efficacité. Pour ce faire, plusieurs facteurs doivent être pris en compte, notamment : la fiabilité des résultats, les possibles biais, sa généralisation à des populations différentes, etc.
Le cadre de l’IA générative produit des résultats basés sur les données d’entraînement fournies par les dossiers de santé et les documents médicaux. Si les données fournies sont biaisées ou de mauvaise qualité, cela conduira à des résultats inexactes. Ces biais de données peuvent s’introduire à n’importe quelle étape du développement et provenir de plusieurs facteurs, (disparités démographiques, variations dans les pratiques de santé ou sous-représentation de populations spécifiques). Les données sont parfois collectées sur internet sans tenir compte des sources potentielles de désinformation ou de biais (Harrer, 2023) ou générées à partir de sources peu fiables.
Dans un contexte médical, les capteurs ambiants collectent des données sensibles des patients (état civil, état de santé, caractéristiques physiques). Si de telles informations sont divulguées, la vie privée des patients risque d’être rendue publique (Martinez-Martin et al, 2021). Les modèles d’IA générative doivent donc accorder aux patients le droit de décider de leur confidentialité et de la quantité d’informations qu’ils souhaitent partager.
Par ailleurs, les systèmes d’IA générative peuvent être vulnérables aux cyber-attaques, d’où la nécessité d’intégrer des mesures de sécurité dans les solutions proposées.
Si les modèles d’IA générative ne parviennent pas à mettre à jour leurs données au fil du temps ou à s’adapter aux nouvelles tendances médicales, ils rencontreront des problèmes de performance lors du traitement de nouvelles données, différentes de celles de leur entraînement.
La difficulté de comprendre les motivations derrière les jugements produits par les modèles d’IA générative en santé est connue sous le nom de “problème d’attribution” associé à son utilisation. Souvent, ces modèles ne peuvent pas être facilement compris ou expliqués, ce qui empêche leur application responsable et efficace dans les environnements de soins. Parce que les modèles d’IA générative fonctionnent comme des boîtes noires complexes, il est difficile d’identifier et de créditer le processus de prise de décision. Cela pose un problème d’attribution.
Le problème d’attribution soulève également des questions éthiques et légales. Il est essentiel dans le secteur de la santé de pouvoir attribuer la responsabilité des choix effectués. Face à des organisations de santé qui pourraient hésiter à adopter des solutions d’IA générative sans mécanismes d’attribution clairs, plusieurs méthodologies “d’interprétabilité et de compréhensibilité” sont étudiées pour résoudre ce problème.
La contextualisation consiste à absorber et à prendre en compte les données contextuelles pertinentes lors de la production de sorties d’une IA générative. Cela implique de comprendre le contexte précis, les restrictions et les besoins liés à l’activité, et d’utiliser ces informations pour fournir des résultats plus précis. En tenant compte du contexte, le modèle de GenAI peut fournir des résultats plus appropriés pour le scénario en question. Une autre méthode de contextualisation peut inclure des données plus globales (ressources financières, contraintes de temps, problèmes éthiques et moraux, règles institutionnelles, etc.). En santé, la contextualisation permet de garantir que les sorties générées (diagnostics, recommandations de traitement, dossiers de patients…) sont exactes et conformes aux meilleures pratiques. Sans une contextualisation suffisante, donc, les résultats pourraient ne pas être cohérents.
Concrètement, on ne sait jamais si les informations produites par un LLM sont vraies, déformées ou fausses. Et, parce que ce sont des algorithmes probabilistes, ils peuvent proposer des réponses différentes à la même demande si elle est formulée plus d’une fois. Un tel comportement pose un problème de reproductibilité et de fiabilité qui nécessite une surveillance humaine continue du fonctionnement du modèle.
Dans ce sens, des chercheurs de la Cleveland Clinic Foundation ont mené une étude (article H&TI à lire ici) pour évaluer la capacité de ChatGPT et de Google Bard à fournir des recommandations en matière de médecine préventive. L’IA a présenté des réponses précises dans seulement 30 à 50 % des cas (Kassab et al., 2024).
Les modèles génératifs doivent être compatibles avec les systèmes d’information, les DPI et autres infrastructures informatiques de santé. Un traitement en temps réel des demandes et des résultats exige une architecture informatique efficace et des algorithmes optimisés.
Bien que les modèles de GenAI puissent aider à la prise de décision, la responsabilité des soins prodigués aux patients doit être assumée par les professionnels de la santé. Les recommandations de l’IA doivent être prises en compte après une validation appropriée par des cliniciens. Des cadres réglementaires et éthiques bien codifiés sont indispensables pour régir le déploiement des modèles d’IA générative dans le secteur de la santé.
L’entraînement et la construction de modèles d’IA générative nécessitent des ressources importantes, une expertise et un investissement en infrastructure informatique. Certaines dépenses récurrentes peuvent s’avérer trop coûteuses (mise à niveau des modèles, maintenance du matériel, cybersécurité, formation continue…).
Des lois strictes et des organismes de réglementation peuvent protéger le processus global de traitement d’un patient. Un facteur majeur dans les considérations éthiques est la transparence. L’utilisateur doit pouvoir savoir en toute autonomie si la sortie fournie par l’IA est vraie. Il existe également un risque que la dépendance excessive aux LLM entraîne la sous-évaluation du jugement clinique et de la compétence humaine. Bien que les LLM puissent soutenir la prise de décision, ils ne devraient pas remplacer les connaissances, l’expérience ou la capacité de réflexion critique de l’être humain.
Les systèmes d’IA générative doivent être considérés comme des machines insuffisantes qui ont le potentiel d’augmenter l’efficacité des processus mais qui nécessitent une surveillance humaine étroite.
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| Segment | Cas d’usage | Publications |
| Recherche clinique et découverte des médicaments |
Découverte et développement de médicaments | Li et al., 2021
Vert, 2023 Abdine et al., 2023 |
| Optimisation des essais cliniques | Mueller et al., 2023
Gootjes-Dreesbach et al. 2020 Callaway, 2023 |
|
| Prédiction des effets indésirables | Dey et al., 2018 | |
| Augmentation/génération de données synthétiques | Suthar et al., 2022
Jadon & Kumar, 2023 Limeros et al., 2022 |
|
| Identification des biomarqueurs | Nair et al., 2023 | |
| Organisation et opérations | Excellence opérationnelle | Barat et al., 2023 |
| Triage médical | Huang et al., 2023
Levine et al., 2023 |
|
| Payeurs / assureurs | Pré-autorisation des assurances | N/A
Rapport de Mckinsey, 2022 |
| Pratique médicale
(volets administratif et clinique) |
Imagerie médicale | Yang et al., 2023
|
| Documentation clinique | Patel & Lam, 2023
Gérardin et al., 2023 Lentzen et al., 2022 Y. Li et al., 2022 Moon et al., 2022 Oh et al., 2022 Searle et al., 2023 Sivarajkumar & Wang, 2022 Solarte-Pabón et al., 2023 Wei et al., 2022 Yogarajan et al., 2021 |
|
| Agents conversationnels (chatbots) médicaux | Dave et al., 2023 | |
| Personnalisation des traitements | Buche et al., 2023 | |
| Assistance médicale en santé mentale | Yang, 2019 | |
| Modélisation de l’évolution des maladies | Zaballa et al., 2023
Liu et al., 2023 |
Après la conférence du Think Tank qui a vu différents intervenants partager leurs retours de Himss24 et discuter de la valeur ajoutée de la GenAI en santé, Health & Tech Intelligence dresse, dans cet indicateur premium, un état des lieux détaillé du déploiement de ces technologies.
Afin de pouvoir évaluer la maturité de ses différents cas d’usage, des analyses sous différents angles et des cartographies complémentaires sont publiées aujourd’hui.
Les Gafam investissent tous dans des solutions d’IA générative (GenAI), en particulier dans les grands modèles de langage (LLM), avec des logiciels comme ChatGPT, Claude 3, Llama et Gemini. Développés pour plusieurs usages, ces technologies sont utilisées en santé comme dans l’automatisation des tâches manuelles, les dossiers patient informatisés (DPI) et la découverte des médicaments.
👉 La suite de cet article est à retrouver ici.
Depuis l’avènement de ChatGPT en novembre 2022, l’IA générative connaît un intérêt croissant de la part des géants américains de la tech. En tête, Microsoft investit la plus grande somme avec 10 milliards de dollars dans OpenAI et sa solution ChatGPT en 2023. Cependant, d’autres acteurs comme Google, Amazon, Apple et Meta ont rejoint la course à l’IA générative.
👉 Plus de détails sur ces dynamiques d’investissement dans cet article.
La France prévoit de dépenser 2,22 milliards d’euros pour la diffusion des technologies d’intelligence artificielle (IA) dans les différents secteurs économiques. Et, comme la Chine et les Etats-Unis, la France travaille en Europe sur des mesures visant à instaurer un cadre réglementaire et éthique afin de tirer le meilleure de l’IA générative (GenAI).
👉 Un tour d’horizon international des politiques publiques et réglementations (France, USA, Chine) à lire ici.
Si aucune loi au monde n’encadre pour le moment clairement l’usage de l’intelligence artificielle générative (GenAI), de par sa complexité et sa nouveauté, de nombreux acteurs ont déjà formulé des recommandations à destination des pouvoirs publics, des établissements de santé ou encore des fournisseurs des solutions technologiques. Etats des lieux.
👉 Un panorama international des recommandations émises sur la GenAI en santé à retrouver ici.
De la découverte des médicaments à l’automatisation des tâches, en passant par l’excellence opérationnelle et la pratique clinique, l’intelligence artificielle générative (GenAI) présente déjà plusieurs cas d’usage en santé. Mais qu’en est-il vraiment ? Qu’en dit la science, à ce jour ? Dispose-t-on d’assez de preuves d’efficacité et de sécurité des modèles de GenAI utilisés en santé ?
👉 GenAI en santé, une révolution en cours mais des biais et des limites encore à surpasser : une revue de la littérature accessible via ce lien.
“Des outils mal conçus ou mal perçus entraînent une perte de productivité mais de petites améliorations contribuent à des gains de productivité significatifs lorsqu’elles sont combinées dans le dossier patient”. Automatiser des tâches pour soulager le personnel soignant et améliorer les outils qui leur sont mis à disposition, telle est l’ambition de la plateforme Alakin.
👉 Entretien : réduire la charge administrative grâce à l’automatisation des tâches par la GenAI : un entretien exclusif H&TI avec le Dr Fabrice Pakin , co-fondateur et CEO de Tech2Heal à lire en suivant ce lien.
Les principaux cas d’usage de l’IA générative en santé se portent sur les soins, la recherche biomédicale, les assurances et les technologies médicales (DPI, imagerie, automatisation manuel). Avec 9 cas d’usage principaux dans le secteur, la découverte de molécules et l’automatisation des tâches chronophages sont les deux segments qui concentrent le plus d’entreprises dédiées.
👉 Cette cartographie des cas d’usage de la GenAI est accessible en cliquant ici.
Plus de 100 entreprises développant des solutions autour de l’IA générative dans le secteur de la santé sont référencées dans la cartographie dressée par Health and Tech Intelligence. Elle se compose de tous types d’acteurs, avec une majorité de PME. En 2023, les levées de fonds liées à l’IA générative dans le secteur de la santé représentaient plus de 340 selon CB Insights.
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23 solutions d’IA générative sont utilisées ou vont l’être prochainement dans le secteur de la santé français, mais aucune d’elles n’est utilisée en clinique : c’est ce que montre la cartographie dressée par Health and Tech Intelligence. Les cas d’usage sont pour le moment concentrés, comme dans le reste du monde, sur la découverte de médicaments, ainsi que l’analyse et le traitement de la donnée.
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La première conférence du ThinkTank Health and Tech pour 2024 s’est déroulée le 5 avril sur le campus de Microsoft. L’objectif principal était d’explorer et de discuter des défis actuels, des enjeux et des opportunités dans le domaine d’IA générative en santé, notamment à partir des solutions et cas d’usages recensés aux Etats Unis, lors de la conférence Himss24 à Orlando.
👉 La synthèse de cette première conférence du Think Thank de l’année 2024 est à lire ici.
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La 1ere conférence du Think Tank Health&Tech pour 2024 s’est déroulée le 5 avril sur le campus de Microsoft. L’objectif principal était d’explorer les défis actuels, les enjeux et les opportunités dans le domaine de la GenAI en santé à partir notamment des solutions et cas d’usages recensés aux Etats-Unis, lors de la Conférence Himss 2024 à Orlando.
Les échanges ont permis de dresser des idées fortes sur les conditions de la confiance dans la GenAI en santé, les cas d’usages envisagés et la capacité à les déployer en France.
Anne-Marie Armanteras, présidente du Think Tank Health&Tech a mis en lumière l’évolution rapide et l’impact croissant de l’IA dans le domaine de la santé :
Pierre Lagarde, CTO de Microsoft met en avant les avancées de l’IA générative et son potentiel transformateur dans divers secteurs, en particulier la santé. Les investissements, partenariats et progrès technologiques permettent d’accélérer l’adoption de ces technologies et d’améliorer la qualité des services offerts :
Tenir compte à la fois des avancées technologiques et des impératifs éthiques et réglementaires pour construire la confiance dans les solutions d’IA en santé, mais également identifier les sources de données accessibles pour se garantir des biais, tels sont les points clés partagés lors de la table ronde confrontant Béatrice Falise-Mirat, directrice scientifique de Care Insight, Claude Kirchner, directeur du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE), Pr Guillaume Assié, professeur d’Endocrinologie à Cochin (APHP), et Aymeric Perchant, responsable du pôle compétence innovation et recherche au ministère du Travail, de la santé et des solidarités.
Claude Kirchner a présenté les recommandations du CCNE sur l’utilisation des systèmes d’IA générative en médecine.
Les représentants de deux délégations françaises ont partagé leur observations sur HIMSS24 : Monique Sorrentino, directrice générale du CHU de Grenoble Alpes, Carole Dorphin, directrice des partenariats du Health Data Hub, Emilie Passemard, Responsable du pôle Régulation et conformité, Délégation au numérique en santé (DNS), Cyril Charron, Réanimateur et Président commission numérique CME, AP-HP, Pr. Pascal Staccini, directeur de l’Information Médicale, Université Cote d’Azur, Thomas Klein, Directeur de la Stratégie Technologique, Microsoft, interrogés par Wassinia Zirar (APMnews) et Sandrine Degos (Care Insight).
Monique Sorrentino et Carole Dorphin ont offert un aperçu complet des défis et des opportunités de la transformation numérique dans le domaine de la santé. Monique Sorrentino a souligné l’importance croissante de l’intégration des données dans les soins, mettant en avant les tendances émergentes telles que la médecine prédictive et la responsabilité populationnelle. Elle a également mis en lumière les différences dans les modèles de financement et d’organisation des soins entre la France et d’autres pays, dimensions à prendre en compte tant sur la capacité à déployer ces solutions qu’à piloter des organisations intégrées.
Carole Dorphin a mis l’accent sur l’impact crucial des données dans l’optimisation des soins et la gestion hospitalière, en soulignant l’importance de la gouvernance des données et de l’interopérabilité des systèmes. Les deux intervenantes ont souligné l’enthousiasme croissant pour l’intégration de l’intelligence artificielle et des technologies numériques dans les pratiques de santé, tout en reconnaissant les défis persistants liés à la sécurité des données, à l’éthique et à la gestion des partenariats public-privé. Leurs interventions ont mis en évidence la nécessité d’une approche collaborative et centrée sur les données pour relever les défis actuels et améliorer la qualité des soins pour les patients.
Emilie Passemard a souligné que les États-Unis sont désormais attentifs aux réglementations européennes, voyant le marché européen comme une opportunité commerciale et s’intéressant notamment au RGPD. Elle a également évoqué le projet de règlement européen sur les données de santé, soulignant son importance pour l’harmonisation des pratiques et la facilitation des échanges avec les pays tiers à l’Union européenne.
Quant aux solutions innovantes observées, Cyril Charron, a été impressionné par l’organisation de la Cleveland Clinic et a noté l’impact du numérique sur les pratiques médicales, en particulier dans les domaines de la sénologie et du diagnostic du cancer du sein. Il a également souligné les défis auxquels sont confrontés les hôpitaux français en termes de moyens et de ressources, notamment en comparaison avec les établissements américains. Cyril a souligné l’utilisation de la télémédecine et des systèmes de surveillance à distance, notant que bien que ces technologies puissent être utiles pour pallier aux pénuries de personnel soignant, leur mise en œuvre doit être réfléchie et éthique.
Pascal Staccini a partagé ses réflexions et observations sur divers aspects de la visite du Winship Cancer Institute à Atlanta, ainsi que sur les enjeux de la formation des professionnels de santé et de l’intégration des patients dans le processus de soins.
Thomas Klein a abordé plusieurs points concernant l’impact de Dax, dans les établissements de santé américains. Dax est présenté comme une solution intégrée dans la suite de Microsoft, permettant de capturer et d’analyser les données lors des consultations médicales. L’intelligence artificielle est utilisée pour extraire les informations pertinentes, ce qui permet d’améliorer l’efficacité des consultations et de réduire le temps administratif. Le bénéfice est notamment un gain de temps pour les soignants, médecins et infirmiers, évalué à 7mn par consultation.
La conférence a également été l’opportunité de sonder les personnes présentes sur leur niveaux de confiance en GenAI en santé, Découvrez les résultats en infographie.

Retrouvez l’intégralité des vidéos de cet évènement :
Pour le moment, les pays de l’Union européenne n’ont pas encore mis en place au sein de leur législation nationale des règles concernants le périmètre d’utilisation de l’intelligence artificielle générative. C’est l’AI Act – qui a été définitivement adopté le 13 mars 2024 par les eurodéputés – qui met en place les “premières règles contraignantes et complètes au monde pour une IA fiable” dans la zone de l’Union européenne. Même si le texte doit encore être approuvé en avril 2024 par les 27 membres de l’UE, avant d’être publié au journal officiel de l’UE en mai ou en juin, cette adoption de règles pour les systèmes d’IA est une première mondiale. Ces nombreuses règles seront celles qui régiront la législation française sur l’IA générative, lorsque la loi européenne sera transposée à l’échelle nationale. Plus qu’un ensemble de règles pour les fournisseurs de systèmes d’intelligence artificielle européens, l’IA Act a vocation à s’appliquer aussi aux fournisseurs non européens qui traitent sur le marché de l’UE.
Après l’adoption de l’IA Act par le Parlement européen le 13 avril dernier – 523 eurodéputés sur 618 ont votés pour -, le Parlement a expliqué que ce règlement “établit des obligations pour les systèmes d’IA en fonction de leurs risques potentiels et de leur niveau d’impact”.
Pour différencier les systèmes d’IA et décider des règles qui leurs seront applicables, l’AI Act décompose sa réglementation en deux niveaux :
Pour l’IA générative, les fournisseurs de ces systèmes devront respecter des règles de transparence – comme la rédaction et mise à jour du processus d’entraînement et d’essai du modèle aux autorités et fournisseurs ultérieurs, ainsi qu’un résumé détaillé des données d’entraînement du modèle – qui sont applicables même aux fournisseurs de modèles à “usage général”, mais aussi :
Après sa publication au Journal officiel de l’UE, l’AI Act sera pleinement effectif dans l’Union européenne dans les 24 mois après son entrée en vigueur, sauf l’interdiction des pratiques interdites (6 mois après la date d’entrée en vigueur), les codes de pratique (9 mois après), les règles concernant l’IA à usage général (12 mois après ), et les obligations pour les systèmes à haut risque (36 mois après).
Les règles de l’IA Act qui concernent l’IA générative seront donc applicables en France dès 2026. Mais avant ça, le Gouvernement français compte bien mettre en place certaines mesures qui vont lui permettre de rester dans la course à l’IA générative face à l’énorme concurrence américaine et chinoise. Dans le cadre de la deuxième phase de la stratégie nationale pour l’IA lancée en novembre 2022, la France a prévu de consacrer 2,22 milliards d’euros pour la diffusion des technologies d’IA au sein de l’économie et l’IA générative est de la partie.
Le 5 avril 2024, le Gouvernement a lancé l’appel à projets (AAP) “accélération des usages de l’IA générative dans l’économie” qui a pour objectif de “permettre le développement d’outils d’IA générative performants et diffusant dans l’ensemble de l’économie” et fait suite à l’AAP “communs numériques pour l’intelligence artificielle générative”, qui a clôt le 24 octobre 2023 et visait au développement de briques technologiques communes pour l’économie sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA générative “afin de stimuler le développement de produits ou services innovants”. Ces AAP s’inscrivent dans les recommandations faites par la Commission de l’intelligence artificielle au Président de la république qui mettent l’accent sur l’investissement dans l’IA générative.
L’Union européenne est donc parvenue a mettre en place les premières règles contraignantes pour l’utilisation et la conception des systèmes d’IA générative. Pourtant, le 30 octobre 2023, le président américain se félicitait d’être à la tête du premier pays à réguler l’intelligence artificielle générative. En effet, Joe Biden a signé ce jour un décret qui impose des obligations aux géants du secteur comme Google, OpenAI ou encore Microsoft. Cependant, ce décret ne contient que des engagements de la part de ces géants et ne comportent pas réellement de règles contraignantes, puisque la Maison blanche ne peut pas édicter des règles législatives car ce pouvoir revient au Congrès américain dont nombre de représentants et de sénateurs bloquent la promulgation de lois contraignantes sur le sujet de l’IA générative.
Par ce décret, la Maison blanche a obtenu des 15 signataires :
Bien que les 15 géants de la tech aient signé ce décret, aucune sanction n’a été prévue dans celui-ci en cas de non-respect des obligations fixées. Les points du décret tiennent donc à l’unique bon vouloir des entreprises qui développent ces modèles d’IA générative.
Pour aller plus loin dans la réglementation de l’IA générative, la Maison blanche a décidé de mettre en place un groupe de travail composé de parlementaires pour rédiger un rapport. Au sein de ce rapport se trouveront des principes directeurs, ainsi que des recommandations pour permettre aux États-Unis de tirer profit de l’IA générative et de limiter ces risques pour les citoyens américains. C’est un premier pas vers la réglementation de la technologie dans le pays qui déploie le plus de systèmes d’IA générative et qui comporte le plus d’investisseurs dans le secteur. Comme partout dans le monde, cette réglementation est nécessaire, mais ne doit pas être trop contraignante pour permettre un bon développement de la technologie.
L’autre pays qui est fortement dans la course de l’intelligence artificielle générative, c’est la Chine. La plus grande puissance économique asiatique a adopté, le 23 mai 2023, les mesures provisoires pour l’administration des services d’intelligence artificielle générative. On les nomme “mesures provisoires”, parce que les lois chinoises préexistantes sur le sujet prévalent sur ces dernières. Ce texte de 24 articles qui concerne “la technologie d’intelligence artificielle générative pour fournir au public sur le territoire de la République populaire de Chine le service de génération de texte, d’images, d’audio, de vidéo et d’autres contenus” est entré en vigueur le 15 août 2023.
En vérité, ces mesures ne sont pas très contraignantes. Déjà, elles ne concernent pas les systèmes d’IA générative développés et utilisés par les entreprises, les établissements d’enseignement et de recherche scientifique, ou encore les établissements culturels publics et qui ne fournissent pas leurs services d’intelligence artificielle générative au public national. Seule l’IA générative accessible au grand public est concernée par ces mesures. Ensuite, aucune sanction pécuniaire n’est prévue en cas de non respect de ces mesures, alors qu’un premier projet de mesures avaient instaurés une amende de 100 000 yuans (12 600 euros). Cette mesure a été abandonnée pour ne pas décourager l’innovation des entreprises chinoises développant ces systèmes d’IA générative.
Sur les 24 articles, seuls quelques uns établissent des règles à direction des fournisseurs des systèmes d’IA générative. Parmi ces règles, on retrouve :
Cabinets de conseil, organisations mondiales, groupes de travail, académies… aux 4 coins du globe des acteurs ont émis des recommandations pour palier le manque de réglementation sur l’IA générative et permettre à toutes les parties prenantes de tirer le meilleur de cette technologie, que ce soit dans le secteur de la santé ou de manière plus générale.
Dans le cadre de son indicateur sur l’intelligence artificielle générative, Health & Tech Intelligence dresse un état des lieux des principales recommandations formulées depuis l’émergence de cette technologie en fin d’année 2022. Dans ce panorama, les recommandations pour l’usage de l’IA générative en santé sont traitées avant celles plus générales sur la GenAI. Elles sont également divisées en fonction de leur portée et de leur périmètre : France, Europe, Etats-Unis et monde.
Les gouvernements devraient :
Les développeurs de LMM doivent veiller à ce que :
Pour l’entraînement des modèles :
Pour l’inférence :
Pour l’intégration des IA génératives :
Pour accompagner les entreprises dans la gestion des risques et la régulation :
Pour piloter et optimiser l’empreinte environnementale :
Pour accélérer la montée en compétence afin de favoriser l’adoption de l’IA générative :
1) Sur les enjeux éthiques
Les transformations technologiques, notamment celles liées à l’IAG, suscitent à la fois espoirs et craintes dans la société. Cependant, la société a du mal à anticiper pleinement les conséquences de ces avancées, soulevant ainsi des questions éthiques et sociales dans les débats sur leur réglementation.
Le CNPEN recommande :
Par ailleurs, le CNPEN identifie 7 problématiques éthiques pour lesquels il élabore 12 préconisations :
Rapport à la vérité et absence de signification :
Manipulation de l’utilisateur sans responsabilité :
Maintien des distinctions :
Projection de qualités humaines :
Comportements émergents :
Multilinguisme et dominance d’une langue :
Éducation et conséquences sur l’apprentissage humain :
Question de libre accès et de logiciel ouvert :
2) Sur les enjeux juridiques
Les règles juridiques imposées aux systèmes d’IAG et aux modèles de fondation :
Le RGPD en lien avec les systèmes d’IAG :
Le droit d’auteur en lien avec les systèmes d’IAG :
3) Sur les enjeux écologiques et environnementaux
Impact environnemental de l’IAG :
Recommandations pour les chercheurs :
Recommandations pour les organismes de recherche
Recommandations aux organismes de financement de la recherche
L’investissement dans le secteur a explosé en 2023, passant de 4,3 Md $ en 2022 à 21,8 milliards de dollars selon CB Insights. Au cours de cette année, l’IA générative a fait un bond sans précédent avec 17,5 milliards de plus, par rapport à 2022, une augmentation de 407 %. Parmi les investissements les plus importants, le projet OpenAI avec sa solution Chat GPT, logiciel conversationnel basé sur des grands modèles de langage (LLM) décroche 10 milliards de dollars de la part de Microsoft.
La solution développée par Anthropic « Claude 3 » est le concurrent direct de Chat GPT, financé par Amazon (4 Md) et Google (2Md), bien que ce dernier développe sa propre solution d’IA générative avec Gemini.
Selon Statista, près de 80 startups développant de l’IA générative ont été acquises par les GAFAM depuis 2010. Apple fait la course en tête avec 29 projets, suivies de 15 pour Alphabet détenu par Google, 13 projets de Microsoft, 12 pour Meta et 7 pour Amazon.
En 2021, Microsoft annonce l’acquisition de Nuance, fournisseur d’IA conversationnelle et d’intelligence clinique ambiante basée sur le cloud pour les établissements de santé, pour 19,7 milliards de dollars. En janvier 2023, Microsoft Nuance annonce le lancement de Dax, une application de documentation clinique totalement automatisée. Les solutions Nuance sont actuellement utilisées par plus de 55 % des médecins et 75 % des radiologues aux États-Unis, et utilisées dans 77 % des hôpitaux américains.
Parmi les autres acteurs notables de l’écosystème, Nvidia a investie dans deux sociétés proposant de l’IA générative, comme Inflection AI et Databricks, alors qu’ils développent eux-mêmes leur solution, notamment avec Clara Discovery pour découvrir des médicaments assistés par l’IA générative (Deep et Machine learning).
Côté européen, les deux acteurs d’IA générative sont Aleph Alpha (Allemagne) et Mistral AI (France), deux entreprises ayant levé respectivement 500 M$ et 415 M€. Une volonté de rejoindre la course dans l’IA générative, malgré des investissements encore loin d’être à l’équivalence des entreprises américaines.
Ces données montrent que l’IA conversationnel et générant du texte est celle qui retient le plus d’attention de la part des géants de la tech depuis 2023, en investissant massivement dans des startups et/ou en développant leurs propres solutions en interne.
Fondée en 2021, la startup Tech2heal propose la plateforme Alakin, regroupant des outils numériques pour aux professionnels de la santé. Son but est d’impliquer les patients dans leur parcours de soins et de faciliter la vie quotidienne des soignants. Depuis 2023, l’entreprise se développe en France, mais aussi au Brésil. Elle compte dans son portefeuille des hôpitaux tels que le CHU de Nice, des grands comptes (Air Liquide, Servier..) ou encore le gouvernement fédéral brésilien.
Dans le cadre d’un entretien exclusif accordé à Health & Tech Intelligence,Fabrice Pakin , co-fondateur et CEO de Tech2Heal, partage sa vision de l’IA générative, de sa place pour la santé populationnelle ainsi que des transformations qu’elle implique au sein du système de santé, notamment sur le plan de l’efficience .
Pour Tech2Heal, c’est un domaine très prometteur, notamment pour automatiser certaines tâches liées aux dossiers des patients, ce qui soulagerait le personnel soignant. C’est une préoccupation majeure . Comprendre les besoins actuels des professionnels de santé, les processus qui leur prennent du temps et comment leur organisation fonctionne est nécessaire. Les tâches sont décomposées pour mieux les comprendre. Par exemple, au Centre Hospitalier universitaire de Nice, les doubles saisies de données manuelles ont été identifiées et éliminées, ainsi que des tâches apparemment mineures, telles que la préparation de consentements préalables pour les patients avant les consultations, qui peuvent prendre beaucoup de temps. L’objectif n’est pas seulement de résoudre des problèmes immédiats, mais aussi de favoriser un changement culturel.
La capacité d’enregistrer les consultations, en ligne ou en cabinet, afin d’automatiser la saisie des données dans les dossiers des patients et de créer des notes automatiques pour les professionnels de santé est en cours permet de libérer du temps de qualité lors des consultations, car le médecin n’a plus besoin de se concentrer sur la saisie des données pendant la consultation, mais peut se concentrer pleinement sur le patient. Il y a également de nombreuses demandes concernant la gestion documentaire et l’automatisation du remplissage des documents en extrayant des données des notes dans les dossiers des patients. Alakin utilise également l’intelligence artificielle pour traiter les données de manière à fournir des informations personnalisées aux médecins et aux infirmières, en fonction de leurs besoins spécifiques, ce qui leur permet d’accéder rapidement aux informations pertinentes sans avoir à chercher partout. Par exemple, cela peut inclure des données sur les derniers examens, les réponses aux questionnaires, ou tout autre indicateur pertinent pour la gestion clinique.
La plateforme a été développée en collaboration avec des équipes de santé publique, au Brésil, dans de grandes villes ou des villes moyennes, ce qui permet de s’adresser spécifiquement à chaque population. Dans le domaine de la santé populationnelle, il y a un réel manque de ressources et de technologies dans les centres de santé. L’objectif avec Alakin est de fournir aux professionnels de santé des outils technologiques leur permettant d’accompagner plus efficacement leurs patients chroniques. Cela inclut des systèmes d’alerte qui favorisent un meilleur flux de patients vers les centres de santé, tout en évitant la congestion des services. En collectant des données, la plateforme fournit également aux autorités, telles que les responsables des centres de santé ou les préfectures, des informations précieuses. Par exemple, les municipalités peuvent accéder à des données agrégées et géolocalisées, ce qui leur permet d’identifier les facteurs de risque dans différentes zones et d’élaborer des stratégies adaptées. Avec des clients comme le CHU de Nice, les équipes travaillent sur la géolocalisation, la visualisation des données sur des cartes, et l’agrégation de données sociales et environnementales. Cela inclut des informations telles que l’accès aux transports, le taux de chômage, le revenu moyen, ou même le niveau de pollution. En combinant ces données et en les visualisant, les autorités peuvent mieux comprendre les problématiques spécifiques à chaque territoire ou quartier, ce qui est essentiel en santé populationnelle.
Parfois, des problèmes de santé importants peuvent être identifiés à seulement quelques centaines de mètres de distance. Ceci souligne l’importance de prendre en compte les spécificités locales dans les interventions de santé publique. confie Fabrice Pakin
La plateforme est un outil configurable qui permet de créer, de déployer et de gérer divers types de services numériques, par exemple:
Plusieurs projets en cours : l’un concerne le suivi à distance des patients atteints de maladies cardiaques chroniques, tandis que l’autre, en collaboration avec Air Liquide, porte sur l’analyse de données. Dans ce contexte, la plateforme intègre les données de ses clients pour créer des systèmes d’alerte efficaces. Tech2Heal collabore également avec Servier sur l’engagement des patients souffrant de pathologies cardiovasculaires et métaboliques. Ces projets sont spécifiquement axés sur le marché brésilien..
Nous avons deux obsessions principales. La première est l’automatisation des tâches pour soulager le personnel soignant qui est actuellement très sollicité. Les outils actuels peuvent être très contraignants s’ils sont mal conçus, ce qui entraîne une perte de temps et d’efficacité. Nous pensons que résoudre ce problème est crucial, car cela ne concerne pas seulement le diagnostic, mais surtout l’optimisation du temps pendant les consultations.
Nous considérons que l’automatisation est un élément majeur pour résoudre la crise actuelle du système de santé. C’est un problème mondial, et même aux États-Unis, des sociétés similaires à la nôtre lèvent des fonds considérables, jusqu’à 70 à 170 millions de dollars, simplement parce que leur plateforme automatise les tâches, en utilisant notamment l’intelligence artificielle.
En France, le modèle économique d’Alakin repose principalement sur la tarification par licence en fonction du nombre de professionnels de santé connectés à la plateforme. Cela leur donne accès à l’ensemble des outils disponibles, tous étant configurables selon leurs besoins. La plupart des outils sont déjà intégrés dans la plateforme, mais Tech2Heal est également capable de développer des fonctionnalités spécifiques en fonction des besoins de chaque client. La philosophie de la startup consiste à rendre ces développements disponibles à l’ensemble de sa clientèle, ce qui favorise la mutualisation des innovations.
Parfois, il s’agit de petits développements ou de détails, comme la prise de rendez-vous, où il est possible d’intégrer des fonctionnalités pour faciliter le processus, comme l’envoi de documents aux patients via leur application mobile. Par exemple, dans un CHU, cela peut représenter une économie de 30 à 40 minutes par patient, en évitant aux médecins ou infirmiers de devoir lire une notice d’utilisation pendant la consultation. Ces petites améliorations contribuent à des gains de productivité significatifs lorsqu’elles sont combinées dans le dossier patient.
Au Brésil, l’approche sera davantage celle d’un accélérateur, car l’entreprise prévoit de capitaliser sur la créativité et la richesse des données déjà présentes localement. En revanche, en France, il s’agit d’un projet d’une grande valeur, axé sur la santé populationnelle, en partenariat avec le Centre Hospitalier Universitaire (CHU), qui concerne environ 30 000 patients, couvrant toute la métropole de Nice. Ce projet englobe une variété de territoires, allant des zones privilégiées de Nice aux villages isolés en montagne, en passant par des quartiers plus diversifiés en termes de populations et de cultures, notamment des populations immigrées.
Le projet est soutenu par huit laboratoires d’innovation, dont ceux spécialisés dans la santé environnementale, les déterminants sociaux et l’usabilité. L’ objectif est de déployer ce projet massivement sur Nice, en ciblant spécifiquement la tranche d’âge de 50 à 70 ans, une population stratégique en termes de prévention, de vieillissement et de dépendance. Il sera ainsi possible de détecter précocement les signes de fragilité et mettre en place des programmes de prévention personnalisés adaptés à chaque territoire.
Une caractéristique importante de cette approche est l’intégration des acteurs locaux dans la promotion de la santé: des associations, des centres de yoga, des fournisseurs d’activités physiques adaptées, des magasins bio, etc. dans le processus de prévention et de soins. Cela permet une meilleure adhésion des patients, car ils sont directement connectés à ces services via leur application mobile, ce qui rend la prévention plus concrète et pratique pour eux.