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  • Psychiatrie : les propositions de la FHF pour construire l’avenir de l’offre publique

    Des tensions capacitaires et budgétaires 

    La psychiatrie publique prend en charge 85 % des patients suivis en établissement, selon la Fédération hospitalière de France (FHF). Le nombre de patients soigné à l’hôpital public a augmenté de 7 % entre 2014 et 2022 tandis que le nombre de lits d’hospitalisation complète a baissé de 15 % entre 2013 et 2021.

    Le financement public a évolué deux fois plus lentement que l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) et quatre fois moins rapidement que le secteur psychiatrique privé durant la même période (avant la réforme de financement). Les fermetures de lits sont aussi liées à des évolutions de pratiques (télémédecine), ainsi qu’un déficit de psychiatres et de professionnels paramédicaux conduit à des difficultés importantes pour l’accueil des patients :

    • plus d’un quart des postes sont vacants dans 40 % des établissements d’après l’enquête menée en juin 2023 auprès des établissements publics assurant une activité de psychiatrie ;
    • 25 % des établissements se déclarent en grande difficulté pour répondre aux besoins de la population, avec une moyenne de 7 % des lits de psychiatrie fermés en 2023.

     

    Améliorer la prise en charge en psychiatrie publique

    La FHF propose ainsi des mesures concrètes pour améliorer la prise en charge des patients en psychiatrie dans les établissements publics. Elle préconise de :

    • répartir de l’offre de soin à l’échelle territoriale en garantissant la continuité des soins sur l’ensemble du territoire en établissement ;
    • faire évoluer les modes de prise en charge pour répondre aux besoins de santé : soutenir les établissements dans l’évolution des pratiques de soins et le renforcement de l’ambulatoire et renforcer la place de la psychiatrie médico-légale ;
    • renforcer le lien entre la psychiatrie et les acteurs du territoire ;
    • et développer l’attractivité des métiers de la psychiatrie : lutter contre les idées reçues, renforcer la formation, faire évoluer les statuts pour une meilleure reconnaissance professionnelle, améliorer les conditions de travail en établissement.

     

  • IA : quel rôle à jouer dans la santé sexuelle et reproductive ? (rapport OMS)

    Bénéfices potentiels de l’IA dans le domaine

    De la facilitation de l’accès à l’information à la découverte de nouveaux médicaments, en passant par l’aide au dépistage et au diagnostic, l’organisation des soins ou encore la personnalisation des traitements : le rapport de l’OMS, intitulé “The role of artificial intelligence in sexual and reproductive health and rights” et publié en mars 2024, recense les différentes applications de l’IA dans la santé sexuelle et reproductive ainsi que sa valeur ajoutée. Cette technologie peut ainsi être potentiellement aider à :

    • informer, éduquer et promouvoir la santé : les chatbots ou agents conversationnels virtuels fournissent des informations de manière accessible pour les sujets stigmatisés, ainsi qu’une personnalisation des réponses ;
    • dépister et diagnostique : l’IA a une capacité d’analyse de l’imagerie médicale, permettant une détection plus précoce des anomalies/maladies, et les algorithmes IA peuvent analyser des grandes quantités de données cliniques, identifiant des risques pouvant passer inaperçus ;
    • organiser le traitement et les soins et surveiller sa santé personnelle : l’IA peut adapter les traitements en les personnalisant en fonction des caractéristiques individuelles des patients. Les smartphones et les applications mobiles avec de l’IA permettent aux individus de suivre et d’analyser leur santé à distance (maladies chroniques, suivi d’un traitement) ;
    • comprendre les tendances dans la santé reproductive et sexuelle : identifier les tendances, les modèles et les émergences au sein des populations pour guider la direction de la santé publique, notamment dans la prévention et l’allocation de ses ressources ;
    • et enfin avancer dans la recherche clinique et la découverte de médicaments : de nombreuses solutions d’IA peuvent découvrir des nouveaux médicaments. Des algorithmes peuvent également concevoir des essais cliniques plus efficaces.

     

    Modèles d'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive - @ OMS
    Modèles d’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive – @ OMS

    Des risques similaires aux autres usages de l’IA en santé

    Dans son rapport, l’OMS met en garde contre les dérives et les dangers potentiels de l’IA appliquée à la santé reproductive et sexuelle, notamment :

    • des lacunes réglementaires : les données de santé générées en dehors du cadre médical, à travers la surveillance personnelle de la santé, ne bénéficient pas toujours des mêmes protections que les données médicales traditionnelles, notamment en ciblant ces informations personnelles (données menstruelles) à des fins marketing comme le suivi de femmes cherchant à avorter par exemple ;
    • une liberté de choix limitée : l’IA peut influer sur la prise de décision et induire en erreur les individus ne sachant pas comment leurs données sont utilisées, notamment avec un risque que les outils d’IA soient utilisés pour entraver les SDRS et contribuer au sexisme et à la violence sexuelle ;
    • un risque de fuite de données : l’IA nécessite une quantité de données personnelles, présentant ainsi un risque de perte/violation de celles-ci, notamment sur un sujet sensible comme la santé sexuelle et reproductive où ces données peuvent être utilisées pour persécuter/empêcher l’accès aux soins ;
    • la désinformation et la manipulation : la formation de modèles d’IA sur Internet peut désinformer (mythes sur les méthodes contraceptives) afin de décourager l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive ;
    • des biais et des limites des données : les systèmes d’IA sont influencés par des biais non représentatifs, désavantageant les communautés sous-représentées ;
    • la fracture numérique : l’accès inégal à la technologie dans les pays à faibles revenus affecte l’équité et l’inclusivité des applications d’IA dans la santé sexuelle et reproductive ;
    • ainsi qu’un contexte socio-culturel peu intégré par les solutions : les Grands modèles de langage (LLM) nécessitent une approche localisée ou culturellement nuancée dans les SDSR, les décisions liées à la contraception peuvent être influencées par des convictions personnelles, des facteurs psychologiques, culturels et socio-économiques.

    Les mesures préconisées par l’OMS :

    • clarifier les limites d’utilisations des données : établir des restrictions sur la collecte, le partage et la réutilisation des données SDSR et une protection robuste pour la confidentialité des données ;
    • garantir un consentement éclairé et un contrôle individuel : mettre en œuvre des processus de consentement clair et donner aux individus un contrôle proactif sur la manière dont leurs données SDSR ;
    • assurer la transparence et la responsabilité : exiger la notification des violations données et développer des informations transparentes ;
    • promouvoir l’inclusivité et la diversité des données : diversifier les ensembles de données en s’assurant d’une représentation équitable ;
    • établir des mécanismes de surveillance collaborative : impliquer les parties prenantes locales et internationales dans la surveillance des systèmes d’IA ;
    • et développer des voies de surveillance adaptables : mettre des processus de surveillance pour les applications d’IA intégrées aux produits accessibles aux utilisateurs.

     

  • Les 8 lauréats de l’AAP « Innover dans le parcours de santé » de la Fondation du Leem

    Soutenir les innovations tout au long du parcours de santé

    La Fondation du Leemlectionne et finance, depuis 4 ans, des projets déployés par des organismes d’intérêt général à but non lucratif (associations, universités, établissements de santé…) qui innovent tout au long du parcours de santé. La 4e édition de cet AAP, a reçu 57 candidatures parmi lesquels 8 lauréats ont été sélectionnés, dont eDOL-parcours, un projet d’adaptation et d’expérimentation d’un outil numérique pour le parcours de santé du patient souffrant de douleur chronique, développé par l’Institut Analgesia.

    Le processus de sélection de la Fondation tient compte de “multiples critères” dont notamment :

    • la faisabilité technique et logistique du projet ;
    • sa temporalité ;
    • ses modalités d’évaluation (indicateurs…) ;
    • sa réplicabilité ;
    • ainsi que ses retombées potentielles.

     

    Pour être éligibles, “les projets doivent être mis en œuvre en France”, quel que soit leur domaine de santé. Ils doivent obligatoirement être portés par des organismes d’intérêt général à but non lucratif et “participer à l’émergence de solutions innovantes dans le parcours de santé et à leur appropriation par les bénéficiaires”.

    Des financements de 8 000 et 50 000 € :

    Doté d’un budget total de 260 000 €, les 8 projets lauréats bénéficieront d’une subvention allant de 8 000 à 50 000 €. L’objectif de la Fondation du Leem étant de favoriser le déploiement réussi de leurs actions sur leurs territoires respectifs. Depuis son lancement, une enveloppe total d’un million d’euros a été réservée à cet AAP.

    L’outil numérique de l’Institut Analgesia

    Le projet eDOL-parcours a pour objectif “d’adapter et d’expérimenter un outil pour le suivi du parcours du patient en soins primaires”. Il s’appuie sur le socle technologique “développé dans le cadre d’un projet dédié aux centres de la douleur” et comprend deux versants :

    1) une plateforme web sécurisée, dédiée aux professionnels de santé de ville : cette interface proposera plusieurs fonctionnalités : synthèse graphique des données patients, suivi du parcours, aide au diagnostic et à la décision thérapeutique, demande d’avis ou d’adressage du patient vers les soins spécialisés…

    2) et une thérapie numérique (DTx) : cette application mobile dédiée aux patients proposera un parcours progressif et personnalisé visant à accompagner le patient vers l’autogestion de ses symptômes : amélioration du confort corporel, remise en mouvement, amélioration du moral et du sommeil, réduction du stress… “et in fine amélioration de la qualité de vie”.

     

    Interface mobile de l'outil numérique développé par l'Institut Analgesia - @ Leem
    Interface mobile de l’outil numérique développé par l’Institut Analgesia – @ Leem

    Les 8 lauréats annoncés

    Les projets retenus à l’issue de la 4e édition de l’AAP “Innover dans le parcours de santé” de la Fondation du Leem sont portés par les organismes suivants :

    • l’Association des laryngectomisés et mutilés de la voix d’Occitanie : permet aux patients éloignés d’être hébergés dans une résidence hospitalière et faciliter l’accès aux programmes d’Education thérapeutique du patient (ETP) ;
    • l’Institut Analgesia : adapte et expérimente un outil numérique pour le parcours de santé du patient souffrant de douleur chronique ;
    • Habitat & Humanisme : met en place un outil numérique de soutien psychologique et d’insertion sociale pour les personnes souffrant de troubles mentaux ;
    • la Maison Olympe : propose un accompagnement social et médical personnalisé pour les femmes enceintes et les jeunes mères en situation précaire ;
    • le Pôle de ressources en éducation thérapeutique du patient : propose une application numérique ETP pour les patients asthmatiques ;
    • Soignons Humain : développer un outil numérique pour simplifier la communication et la coordination entre les infirmiers de ville et les patients ;
    • l’Association France spondyloarthrites : lutte contre les ruptures de parcours de soins des patients souffrant de spondylarthrite avec le concours des maisons de santé pluridisciplinaires ;
    • l’université Clermont Auvergne : permet l’accès à la prévention, aux soins, et à l’ETP pour les quartiers prioritaires.

     

  • Expérience patient : l’AP-HP dévoile ses engagements pour améliorer l’accueil et l’accompagnement

    Des engagements pour les 3 prochaines années

    Dans le cadre du plan d’action “30 leviers pour agir ensemble” engagée en janvier 2023 par l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) pour renforcer ses effectifs et améliorer le bien-être de ses professionnels de santé, l’AP-HP viens de lancer un plan d’actions sur trois ans dédié à l’amélioration de l’accueil et de l’accompagnement des patients. Ce plan d’action s’articule autour de 10 engagements majeurs, déclinés en 33 actions, qui seront déployés entre mi-2024 et mi-2027.

    La conception de ce plan d’actions s’est appuyée sur une large concertation, réunissant pendant six mois :

    • des patients et leurs représentants ;
    • plus de 900 professionnels issus de tous les métiers de la communauté hospitalière ;
    • les représentants de la communauté de l’AP-HP au sein des différentes instances ;
    • ainsi que des représentants de la Commission médicale d’établissement (CME), de la CSIRMT, des usagers et des organisations syndicales centrales Sud et CFDT au sein d’un cycle de discussion dans un format « quadripartite ».

     

    Une telle démarche collaborative a permis de dresser un état des lieux précis des attentes et des besoins des patients, ainsi que des défis auxquels l’AP-HP est confrontée.

    Les 3 principes directeurs du plan d’actions :

    • Pragmatisme : il est axé sur des avancées concrètes et réalisables sur l’ensemble des dimensions sur lesquelles il est possible et nécessaire d’agir.
    • Progressivité : son déploiement se fera sur plusieurs années afin de garantir des effets durables.
    • Une logique collaborative : Les actions relèveront d’une pluralité d’équipes dont des équipes externes provenant des groupes hospitalo-universitaires (GHU), d’hôpitaux…

     

    Fédérer les équipes autour de l’amélioration de l’expérience des patients

    Les efforts pour améliorer continuellement la qualité des soins et l’expérience patient sont au cœur de la mission des équipes hospitalières. Le plan « 30 leviers pour agir ensemble » vise à optimiser leur temps dédié aux soins et aux initiatives d’amélioration, notamment par l’embauche de 600 professionnels pour les soutenir logistiquement, techniquement et administrativement, ainsi que par le renforcement des outils informatiques. En complément, le plan propose les dispositifs incitatifs suivants, conçus pour encourager et soutenir les projets d’amélioration tout au long de leur mise en œuvre, notamment :

    • l’incorporation de l’amélioration de l’expérience patient dans la prime d’engagement collectif de 2024 ; 
    • la révision du label Hospitalité pour intégrer des critères plus exigeants ;
    • et la relance des trophées patients en 2025 pour valoriser les projets des équipes.

     

    Les 10 engagements de l’AP-HP pour l’expérience patient

    Ce plan d’action s’articule autour de 10 engagements pour améliorer l’accueil et l’accompagnement des patients

    1️⃣ Faciliter le premier contact avec l’hôpital et la prise de rendez-vous :

    Le premier engagement vise à améliorer l’efficacité de la prise de rendez-vous téléphonique grâce à la création prévue de bureaux centralisés de rendez-vous d’ici fin 2025. Il est également prévu d’équiper chaque service d’une plateforme en ligne adaptée à ses besoins pour la prise de rendez-vous, et de faciliter l’accès des médecins de ville aux services de l’AP-HP pour les demandes d’avis spécialisés ou l’orientation des patients d’ici fin 2025 également.

    Pour cela, l’AP-HP annonce un état des lieux des modalités de prise de rendez-vous dans tous les sites et services de l’AP-HP d’ici octobre 2024, ainsi que la préparation d’un plan de déploiement d’une solution de prise de rendez-vous par internet d’ici fin 2025 établi par chaque GHU en adéquation avec les spécificités de chaque service.

    2️⃣ Améliorer l’orientation et l’accueil des patients :

    L’objectif est d’accompagner les 6 premiers hôpitaux où les patients se perdent le plus dans l’amélioration de leur signalétique en 2024. En parallèle, l’AP-HP souhaite une amélioration de la cartographie de ses hôpitaux et un renforcement de l’accueil humain assuré par des professionnels.

    3️⃣ Rendre les parcours intrahospitaliers plus fluides et sécurisants :

    L’AP-HP souhaite rénover et améliorer l’équipement des espaces d’attente d’ici 3 ans en débutant par les plus dégradés, ainsi que mettre en place progressivement des organisations vouées à la coordination des parcours de patients complexes.

    4️⃣ Améliorer la qualité de séjour des patients hospitalisés :

    De nombreux chantiers vont être déployés sur les trois années afin d’accélérer le rythme de rénovation des chambres, facilité l’accès au réseau wifi, améliorer la literie dans les hôpitaux pédiatriques et gériatriques…

    5️⃣ Faciliter le parcours administratif des patients :

    L’AP-HP souhaite faciliter le parcours administratif des patients en supprimant la redondance des démarches à effectuer. Notamment la fin des démarches administratives à accomplir pour les patients ayant été déjà pris en charge à l’AP-HP et la simplification du dépôt d’une réclamation dès la fin d’année.

    6️⃣ Améliorer les conditions de sortie des patients :

    L’objectif est d’optimiser les procédures de décharge hospitalière en définissant des critères clairs pour garantir la sécurité des patients lors de leur sortie, comme l’obligation de fournir des explications détaillées sur les traitements suivis et les soins à poursuivre, de remettre les prescriptions nécessaires et les comptes rendus médicaux, et de communiquer des contacts utiles pour toute urgence ou question. De plus, renforcer l’engagement pour une continuité des soins à domicile, surtout pour les cas les plus complexes.

    7️⃣ Prendre davantage en considération les accompagnants et les aidants :

    L’AP-HP a pour but de valoriser le rôle des proches aidants en soutenant les initiatives qui favorisent leur intégration dans le parcours de soin du patient. Cela inclut la mise en place systématique de solutions d’hébergement pour les accompagnants là où cela est nécessaire et l’amélioration du soutien lors du décès d’un patient.

    8️⃣ Améliorer l’accès aux soins et l’accompagnement des patients les plus vulnérables :

    Le huitième engagement consiste à renforcer l’accès aux soins pour les individus les plus vulnérables en mettant en place des mesures spécifiques pour améliorer l’accessibilité physique des installations hospitalières et l’accès aux soins pour les personnes handicapées, tout en améliorant la prise en charge des personnes en situation de précarité et des victimes de violence intrafamiliale.

    9️⃣ Faciliter la participation des patients à la recherche clinique :

    Le neuvième engagement a pour but d’encourager l’implication des patients dans la recherche clinique par l’intégration de patients partenaires dans l’élaboration des projets de recherche, la suppression des obstacles administratifs et une meilleure communication sur les initiatives de recherche.

    🔟  Mieux prendre en compte l’avis des patients dans les décisions à tous les niveaux :

    Le dernier engagement constitue le fil rouge du plan tout entier et vise à établir comme priorité générale l’écoute et la prise en compte des opinions des patients dans la prise de décision à tous les niveaux de l’hôpital, en augmentant leur représentation dans les instances de gouvernance et en identifiant davantage de patients partenaires pour enrichir les pratiques de soin grâce à leur expérience personnelle et leurs connaissances.

     

    👉 Le plan d’actions détaillé des dix engagements de l’AP-HP pour l’expérience patient peut être consulté ici.

     

  • Maladies chroniques : chiffres clés et apport du numérique pour améliorer la prévention et le soin (Institut Sapiens)

    L’impact financier des maladies chroniques en quelques chiffres

    La liste des pathologies chroniques inclut les accidents vasculaire cérébral (AVC), les artériopathies, les cardiopathies, le diabète, l’insuffisance respiratoire, la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson et l’épilepsie. Les cancers, bien qu’exclus, peuvent y être liés selon l’OMS pour leur progression lente.

    Pour l’Assurance maladie, ces maladies représente une part importante qui pèse sur le système de santé, d’où l’intérêt de mieux les gérer et d’optimiser leur prise en charge. Dans son rapport, l’Institut Sapiens rapporte les chiffres suivants (données pour l’année 2021– source : PLFSS 2024) :

    • En 2021 environ 35 % de la population française est touchée par le traitement et l’accompagnement des maladies chroniques;
    • ces dépenses représentaient 62 % du total des dépenses de santé , soit 104 milliards d’euros sur un total 185 milliards ;
    • les principales ventilations concernent les maladies psychiatriques (32,8 Mds), les cancers (22,6 Mds), les maladies cardiovasculaires (19,4 Mds) et le diabète (9,6 Mds) ;
    • le traitement des maladies rénales chroniques est le plus couteux, dépassant les 43 000 euros par patient par an ;
    • le coût annuel moyen des pathologies chroniques dépasse 2 750 euros par patient ;
    • enfin, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), en 2022 les dépenses non prises en charge par l’Assurance Maladie, comme les dépassements d’honoraires, imposent un reste à charge moyen de 20 % aux patients.

     

    Chiffres clés des pathologies chroniques
    Chiffres clés de l’Assurance maladie sur les pathologies chroniques en France (données pour l’année 2021 rapportées par l’Institut Sapiens – source : PLFSS 2024) – @ Health & Tech Intelligence

    Le rapport souligne qu’une grande part des dépenses de santé liées aux maladies chroniques pourrait être évitée et réallouée à d’autres domaines budgétaires si l’on parvenait à diminuer l’impact de ces pathologies. De surcroît, l’augmentation du nombre de patients atteints pourrait sérieusement compromettre la capacité du système à financer les soins courants ainsi que les affections graves mais occasionnelles, ce qui aurait des conséquences néfastes sur la santé des patients concernés.

    Le vieillissement croissant de la population française va mécaniquement augmenter les coûts et les inégalités sociales

    Selon le rapport, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) estime que d’ici 2060, l’espérance de vie pourrait augmenter de 8 ans, et que d’ici à 2030, la France comptera 5 millions de personnes âgées de plus de 60 ans par rapport à aujourd’hui (soit 20 millions contre 15 millions aujourd’hui). Ce glissement démographique conduira mécaniquement une augmentation du nombre de malades chroniques car trois quart des patients chroniques ont aujourd’hui plus de 60 ans. (Source : PLFSS 2023)

    Cette augmentation se traduirait à la fois sur le plan économique mais aussi social. En effet, le rapport souligne que la croissance des pathologies chroniques évolue avec l’âge de la population, mais également qu’elle possède une dimension sociale forte. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), il existe une forte inégalité sociale entre les patients touchés par ces pathologies, avec une surexposition des catégories populaires dans les publics concernés.

    La croissance des pathologies chroniques dépasse celle de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), estimée à 3 % par an d’ici à 2027, surtout avec le vieillissement de la population. Cela entraîne des besoins croissants en suivi, prévention et traitement. Entre 2021 et 2020, le coût unitaire de ces affections a progressé de manière significative. (Source : PLFSS 2023)

    D’après la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), le diabète est la maladie la plus inégalitaire, avec un risque trois fois plus élevé pour les personnes du premier décile de revenu que celles du dernier. Dans les zones sous-dotées, le risque de renoncement aux soins est 1,57 fois plus élevé pour diverses raisons, notamment :

    • les temps d’attente (30 %) ;
    • la disponibilité des rendez-vous (30 %) ;
    • et les contraintes financières (26 %).

     

    L’inobservance thérapeutique, un problème à prendre à la racine pour endiguer la progression des pathologies chroniques

    Le rapport souligne qu’un patient atteint de maladie chronique est souvent soumis à une polypharmacie, ce qui accroît considérablement le risque d’inobservance thérapeutique (calculs à partir des données LifeLink et EP PM d’IMS Health. Un patient est considéré comme non observant lorsque sa prise de médicaments est < 80 %). En effet, la probabilité de ne pas prendre ses médicaments augmente significativement en fonction du nombre de comprimés à ingérer. L’Institut Sapiens rapporte que plusieurs études montrent qu’une meilleure observance peut sauver des vies :

    Par ailleurs les travaux de Les travaux de Maya Velmuradova, maître de conférences à l’ESTRI (2022) montrent que :

    • 66 % des renoncements aux soins sont dus à des tensions sur l’offre ;
    • 46 % des Français estiment vivre dans des communes où l’accès aux soins est difficile, avec une prévalence de 64 % chez les plus de 65 ans ;
    • 67 % des sondés trouvent plus difficile de trouver un spécialiste, un sentiment partagé par 72 % pour l’avenir.

     

    Une opportunité pour endiguer les pathologies chroniques : prévention et organisation des soins dans les territoires

    “Pour contrer l’augmentation des pathologies chroniques, les autorités de santé lancent diverses initiatives (plan bien vieillir, santé de la femme, stratégie nationale de santé, vaccinations, dépistages facilités, télé-surveillance) qui, malgré leur pertinence, restent insuffisantes en raison de leur dispersion et du manque d’une approche systématique.”

    De nombreux outils à disposition pour répondre aux enjeux de la prévention :

    • la politique de prévention médicale du gouvernement inclut depuis 2024 des consultations gratuites à 25, 45 et 65 ans pour évaluer la santé physique et mentale. Ces consultations pourraient identifier précocement des prédispositions à des pathologies, réduisant ainsi les risques d’aggravation.
    • la radiologie permet un diagnostic précoce de diverses affections, tandis que l’imagerie interventionnelle offre des alternatives peu invasives aux chirurgies lourdes.
    • l’activité physique adaptée (APA) est bénéfique pour les patients chroniques, réduisant la mortalité et améliorant les résultats dans diverses maladies;
    • les innovations diagnostiques, notamment la standardisation des examens biologiques, peuvent améliorer le dépistage précoce des maladies chroniques et optimiser la prise en charge des patients;
    •  l’imagerie médicale se combine aussi avec l’imagerie interventionnelle, permettant des alternatives peu invasives aux chirurgies lourdes, baissant le nombre de réhospitalisations, reprises d’opération et soins de suite.

     

    Repenser l’organisation des soins, un impératif :

    Le rapport évoque un impératif de changement d’approche dans l’organisation des soins pour les pathologies chroniques. Il propose notamment :

    • de placer le patient au centre du système de soins et de prévention est essentiel pour répondre efficacement aux besoins de santé ;
    • de mettre en en place des référents pour le suivi des pathologies chroniques permettrait d’orienter les patients vers les professionnels appropriés, assurant ainsi un suivi personnalisé et continu ;
    • de renforcer la coordination entre l’hôpital et la ville, pour éviter les traitements en urgence et limiter les rechutes ;
    • d’adapter localement et de gérer plus efficacement les politiques de santé, grâce à l’innovation des procédés et une autonomie accrue des agences régionales de santé (ARS) ;
    • mais aussi de s’inspirer des pratiques réussies observées à l’étranger, notamment en Catalogne, pour développer une approche intégrée des soins et mieux répondre aux défis des pathologies chroniques.

     

    Le numérique : des outils innovants à promouvoir pour aider au suivi des patients

    • Le télésuivi et la télésurveillance : des outils connectés offrent de bons rappels pour les patients ayant tendance à oublier la posologie de leurs médicaments. Des applications de rappels récurrents peuvent à ce titre diminuer de 15 à 20 % les oublis de comprimés.
    • La gamification : il a été ainsi démontré que le recours à des jeux-vidéos peut améliorer drastiquement la prise de médicaments » et constituent « un outil pour les professionnels de santé », à faible coût.
    • Le couplage des biomarqueurs et médicaments : il permet de suivre le patient en temps réel et ainsi mesurer l’efficacité de son traitement et l’évolution de son état de santé.

    le rapport souligne que ce type d’initiatives promeut la “Vision 360° Patients”, une stratégie qui repose à la fois sur le développement d’une expérience personnalisée pour le patient, sur une offre de soins adaptée à ses besoins spécifiques, et sur la création d’un parcours de soins centré sur le patient lui-même. Cette approche est fondamentale pour améliorer le suivi et contenir la progression des maladies chroniques.

    Deux freins à lever pour libérer l’innovation

    Le frein règlementaire :

    Pour l’Institut Sapiens, les contraintes réglementaires représentent un obstacle majeur au développement d’innovations médicales. La précaution excessive et la quête du risque zéro ralentissent les essais cliniques et freinent l’avancement des solutions bénéfiques pour les patients. Cette attitude se manifeste particulièrement dans la gestion des données de santé, où une réglementation trop stricte entrave la recherche. Une approche moins rigide, tout en assurant une protection adéquate, serait plus bénéfique pour la société en favorisant l’innovation dans le domaine de la santé.

    Le frein cognitif :

    C’est le deuxième frein identifié dans le rapport de l’Institut Sapiens. La confiance dans la science serait en déclin parmi les Français. Bien que la science soit perçue comme une source d’espoir pour l’avenir, une majorité estime que les scientifiques manquent d’indépendance dans leurs recherches. De plus, une part significative accorde autant de valeur à leur propre expérience qu’à l’opinion des scientifiques. Ce scepticisme généralisé, précise le rapport, compromet l’adhésion à de nouvelles avancées scientifiques et médicales, entravant ainsi le progrès dans la société.

     

  • Santé mentale : une concertation publique sur les actions du Grand Défi numérique

    Construire le plan d’action du “Grand Défi”

    Le Grand Défi “Dispositifs médicaux numériques (DMN) en santé mentale” s’inscrit dans le cadre du “Plan dispositifs médicaux France 2030”. Son objectif est de promouvoir des technologies innovantes pour faciliter l’accès au marché des DMN en santé mentale, améliorant ainsi la prévention, la prise en charge et le suivi des patients.

    Selon le ministère de la Santé, le numérique influence les 37 actions de la feuille de route santé mentale et psychiatrie de 2018, complétées par les mesures des Assises de septembre 2021. Son bilan, après trois ans de mise en œuvre, identifie les principaux défis de la santé mentale pour l’avenir comme suit :

    • une approche transversale entre prévention, soins et inclusion sociale ;
    • le renforcement de la prévention, y compris des risques numériques tels que le cyberharcèlement et la surexposition aux écrans ;
    • la lutte contre la stigmatisation des troubles psychiques ;
    • la détection et la prise en charge précoce des troubles ;
    • l’amélioration de la continuité des soins entre les différents secteurs de santé ;
    • la facilitation des conditions de pratique pour les professionnels, notamment en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent ;
    • le soutien accru à la recherche et à l’innovation pour combler le retard français ;
    • la valorisation des savoirs expérientiels, de la pair-aidance et du pouvoir d’agir des patients et des familles, pour transformer les rapports de pouvoir et de savoir entre soignants et soignés ;
    • et, enfin, l’accompagnement des publics vulnérables touchés par des troubles psychiatriques et confrontés à des difficultés spécifiques d’accès aux soins.

     

    Une méthodologie en 5 étapes :

    Le plan d’actions de ce Grand Défi, qui sera élaboré en concertation avec les acteurs du domaine, suit une méthodologie en cinq étapes, aboutissant à des propositions d’actions détaillées. Les montants d’investissement seront précisés après l’achèvement de cette phase de concertation publique.

    Méthodologie d’élaboration du plan d’actions du Grand Défi DM numériques en santé mentale
    Méthodologie d’élaboration du plan d’actions du Grand Défi DM numériques en santé mentale

     

    4 axes de travail proposés

    La proposition de plan d’actions du Grand Défi “Dispositifs médicaux numériques en santé mentale” est structurée en réponse aux besoins identifiés. Son objectif est d’accompagner le développement, l’évaluation, l’accès et la formation aux dispositifs médicaux numériques en santé mentale et en psychiatrie, en les rendant accessibles aux usagers, patients, aidants, professionnels et établissements concernés.

    Cette proposition a émergé lors de l’étape 5 du processus, lancée début 2024. À travers une méthodologie participative, quatre axes majeurs ont donc émergé pour guider les discussions. Ils représentent les piliers essentiels pour développer et adopter efficacement les technologies numériques en santé mentale :

    • l’innovation et la recherche ;
    • la génération de preuves ;
    • l’intégration pratique ;
    • et la formation des professionnels et des utilisateurs.

     

    Les 4 axes du plan d’actions du Grand Défi DM numériques en santé mentale
    Les 4 axes du plan d’actions du Grand Défi DM numériques en santé mentale

    Une dimension éthique intégrée

    Pour enrichir ce plan d’actions, la Délégation ministérielle au numérique en santé (DNS) et la Délégation ministérielle à la santé mentale et la psychiatrie, qui pilotent la concertation, soulignent l’importance de considérations éthiques robustes et la nécessité, pour chaque axe stratégique, de réflexions approfondies sur des problématiques telles que :

    • la confidentialité des données ;
    • la transparence et la responsabilité des développeurs ;
    • l’accessibilité équitable dans le développement
    • le consentement éclairé ;
    • et l’impact sur la relation thérapeutique.

     

    D’un autre côté, l’engagement des parties prenantes s’avère crucial pour garantir une intégration éthique et socialement responsable de ces dispositifs, d’où le lancement de cette concertation publique sur le plan d’actions du Grand Défi numérique en santé mentale (à retrouver dans le détail ici).

     

  • UK / IA : des lignes directrices pour cadrer les usages en santé (British Standards Institution)

    Une réponse aux interrogations des différentes parties prenantes

    La British Standards Institution (BSI) avec cette norme se donne pour objectif d’assister les processus décisionnels en matière d’intelligence artificielle dans le domaine de la santé. Elle fournit des critères pour évaluer les produits d’IA, incluant :

    • les bénéfices cliniques ;
    • les standards de performance ;
    • leur intégration sécurisée dans les environnements cliniques ;
    • les aspects éthiques et l’assurance de résultats sociaux équitables.

     

    Alors que les débats sur la généralisation de l’IA en santé se poursuivent, les dernières prévisions indiquent que son marché mondial devrait dépasser 187,95 milliards de dollars d’ici 2030 ce qui incite les acteurs du secteur de l’IA à penser un cadre prenant en compte les différentes problématiques liées à cette avancée technologique.

    L’objectif est également de fournir des axes aux fournisseurs de soins de santé et cliniciens qui rencontrent un certain nombre de défis, notamment dans l’évaluation des produits d’IA en raison de contraintes de temps et de budget et des compétences internes. Cette norme visera donc à garantir une intégration sûre et efficace des technologies dans la pratique médicale. Son élaboration a d’ailleurs nécessité la coopération d’un groupe d’experts variés, incluant des cliniciens, des ingénieurs en logiciel, des spécialistes en intelligence artificielle, des éthiciens et des responsables de la santé. Ces directives sont basées sur des recherches existantes et les pratiques les plus efficaces, permettant de traduire des évaluations de fonctionnalités complexes en un cadre vérifiable pour garantir la conformité des systèmes d’IA.

    Des normes applicables à une diversité de produits

    Cette norme BS 30440 recouvre une large gamme de produits d’IA en santé, englobant des dispositifs médicaux réglementés tels que :

    • les logiciels utilisés à des fins médicales ;
    • les logiciels d’imagerie.

    Ou encore, les produits destinés aux patients tels que :

    • les chatbots alimentés par l’IA sur les smartphones ;
    • les dispositifs de surveillance à domicile.

    Cette norme s’applique aux produits et technologies utilisant des éléments d’IA, y compris l’apprentissage automatique, et concerne tant les fournisseurs de systèmes d’IA que les auditeurs de produits.

     

  • IA : quels risques et bénéfices pour l’industrie pharmaceutique ? (rapport OMS)

    Intitulé “Bénéfices et risques d’utiliser l’IA pour le développement et la livraison pharmaceutique”, le rapport de l’OMS, évoque les avantages potentiels de l’IA sur la santé publique, notamment sa capacité à :

    • développer des médicaments plus précis et efficaces : l’IA peut aider à identifier de nouvelles cibles thérapeutiques et personnaliser des drogues pour des sous-groupes de population ;
    • améliorer le diagnostic et le pronostic : l’IA analyse de grandes quantités de données médicales pour mieux identifier et prédire des schémas d’évolution des maladies ;
    • et découvrir de nouveaux traitements pour les maladies “incurables” : la capacité de l’IA à identifier des combinaisons de médicaments ou proposer des traitements innovants/conception de vaccins.

     

    Des essais cliniques plus concluants car mieux ciblés

    Les essais cliniques peuvent prendre très longtemps avant de voir le jour, voici les trois avantages que l’IA peut apporter :

    • une efficacité accrue : l’IA peut identifier les participants aux essais cliniques plus susceptibles de répondre au traitement étudié, améliorant les chances de succès des essais et permettant un développement accéléré en réduisant les coûts ;
    • un meilleur ciblage marketing : l’IA aide les entreprises pharmaceutiques à identifier les patients susceptibles de bénéficier leurs produits, ce qui peut améliorer l’efficacité du marketing et des ventes ;
    • améliorer l’observance des patients : l’IA peut développer des interventions personnalisées afin d’aider les patients à adhérer à leur traitement et ainsi améliorer leur santé.

     

    Cependant, une étude révèle que 86 % des participants aux essais cliniques de la psoriasis sont blancs, et une autre étude montre que 79 % des données génomiques proviennent de personnes d’Europe, ne permettant pas une représentativité exhaustive avec un risque de biais.

    Des risques de biais, de sécurité, de transparence et de responsabilité

    Comme vu dans le paragraphe précédent, les données traitées par l’IA ne sont pas toujours variées, entraînant des risques de biais dans les résultats de conception médicamenteuse ou vaccinale. Les conséquences peuvent porter sur :

    • un biais de sélection des participants aux essais cliniques : s’ils ne recrutent pas toujours des participants représentatifs de la population cible, les essais peuvent conduire à des traitements inefficaces ou dangereux ;
    • un biais dans les données d’entraînement des algorithmes d’IA : résultant dans des discriminations de personnes ou des médicaments inefficaces pour certains ;
    • un biais dans les décisions de développement et de réglementation : les décisions peuvent être influencées par des biais inconscients ou des intérêts économiques, augmentant ainsi les disparités en soins et la méfiance envers le système de santé.

     

    Concernant ces risques, il faut s’assurer une représentativité des participants aux essais cliniques, utiliser des données d’entraînement complètes, mettre en place des processus transparents et objectifs pour la prise de décision en développement de médicaments/réglementation.

    Des mesures de sécurité à adopter pour une IA sans risque :

    • des tests rigoureux : les algorithmes doivent être testés rigoureusement pour garantir leur sécurité et leur efficacité dans des conditions réelles ;
    • des réglementations gouvernementales : des lois et des réglementations sont nécessaires pour encadrer l’utilisation de l’IA dans le développement de médicaments ;
    • une transparence des développeurs : les développeurs doivent partager les données, le code source et les performances de leurs algorithmes avec les autorités de réglementation.

     

    Une responsabilité difficile à discerner :

    • des algorithmes d’IA opaques : la complexité des algorithmes d’IA rend leur compréhension difficile, obscurcissant le responsable des résultats ;
    • une dépendance à l’humain : les systèmes d’IA s’appuient sur des données humaines, compliquant l’identification d’un éventuel dommage ;
    • un problème de contrôle : les systèmes d’IA peuvent évoluer de manière autonome, ayant parfois des actions imprévisibles et conformes aux intentions des développeurs ;
    • une collaboration diversifiée : de nombreux acteurs peuvent être impliqués dans le développement et l’utilisation des systèmes d’IA ;
    • l’implication de machines rend la détermination de la responsabilité difficile, entre les humains et les processus d’algorithmes.

     

  • Data : 42 % des Français inquiets pour leurs données de santé (enquête BMS)

    La santé connectée entre craintes et espoirs

    Cette seconde étude barométrique réalisée par Ipsos pour l’Edhec Business School et le laboratoire pharmaceutique Bristol Myers Squibb (BMS), dans le cadre de la Chaire de recherche sur l’innovation en santé numérique, lancée en juillet 2022, avait pour objectif d’évaluer la perception des Français sur la santé connectée pour comprendre leurs doutes et leurs attentes afin de “contribuer à l’accélération de l’innovation dans le domaine de la e-santé au bénéfice des patients”.

    Cette enquête, dont les résultats ont été dévoilés le 2 avril 2024, a été réalisée auprès de 1 000 Français âgés de 18 à 74 ans du 7 au 9 février 2024 dans le but d’identifier les attentes des citoyens en termes d’information, de pédagogie et de réassurance quant à l’utilisation de la santé connectée. Cette étude à vocation à être renouvelée annuellement afin d’avoir un “aperçu régulier” de la perception des Français sur la santé connectée.

    Les 3 conclusions du baromètre 2024 de BMS

    1️⃣ Un recul de l’utilisation des outils de santé connectée :

    Cette nouvelle version de l’étude sur la perception des Français sur la santé connectée montre un recul du nombres de Français prêts à davantage utiliser la santé connectée qu’ils ne le font déjà, puisque 69 % déclarent cela, contre 76 % lors du dernier baromètre paru en fin janvier 2023. Ils sont aussi moins nombreux à déclarer être prêts à utiliser tout ce qui existe en termes de santé connectée (21 % contre 30 % en 2023).

    UNE RÉTICENCE PLUS IMPORTANTE À L’ÉGARD DE LA SANTÉ CONNECTÉE EN 2024
    Une réticence plus importante à l’égard de la santé connectée en 2024 – Ipsos

    L’étude montre aussi que les 3 plus grandes utilisations des outils de santé connectés de la part des Français sont, dans l’ordre, les outils de prise de rendez-vous chez un spécialiste (au moins 65 % les utilisent occasionnellement), les outils de prise de rendez-vous chez un généraliste (64 %) et les applications de suivi de santé (37 %). Pour cette dernière catégorie d’outils, on remarque une légère augmentation de le part des Français à l’avoir utilisé au moins une fois (54 % contre 52 %). Pour les outils de prise de rendez-vous médicaux, le nombre de Français qui indiquent en avoir déjà utilisé est beaucoup plus important : 84 % pour les prises de rendez-vous chez un spécialiste et 78 % pour les prises de rendez-vous chez un généraliste. Cela montre que malgré un recul de l’utilisation des outils, la majorité des Français en a déjà utilisé.

    QUELLE EST L’UTILISATION AUJOURD’HUI DES OUTILS DE SANTÉ CONNECTÉS ? TOP 3 -IPSOS
    Quelle est l’utilisation aujourd’hui des outils de santé connectés ? – Ipsos

    Un recul dû à une mauvaise information des Français ?

    Si 74 % des Français déclarent s’informer sur internet sur la santé en général (72 % sur une maladie en général et 65 % sur une maladie chronique), ils sont aussi une majorité (69 %) à déclarer ne pas être bien informé sur le sujet de la santé connectée et 30 % déclarent être mal informé, soit 7 points de plus que l’année dernière. Le part de Français disant être très mal informé sur le sujet, à elle aussi progressé de 3 points par rapport au dernier baromètre (10 % contre 7 %).

    LA SANTÉ CONNECTÉE, UN SUJET SUR LEQUEL PLUS DE 2/3 DES
    La santé connectée, un sujet sur lequel plus de 2/3 des Français ne se sentent pas suffisamment informés – Ipsos

    Cette mauvaise information sur le sujet peut donc être l’une des raisons de la baisse de l’utilisation des outils de santé connectée par les Français, même si Ipsos rappelle dans l’étude que les dates du terrain coïncident avec la révélation médiatique de la fuite de numéros de Sécurité Sociale concernant potentiellement 33 millions de personnes, ce qui a pu affecter la réponse des Français et leur envie d’utiliser ces outils.

    2️⃣ Une chute de la confiance dans les hôpitaux publics et privés :

    Cette nouvelle enquête montre aussi que, même si les services de santé publics et privés restent les acteurs que les Français considèrent comme les plus légitimes pour proposer des services et des solutions thérapeutiques digitales en santé, leur niveau de légitimité a nettement baissé depuis la publication du dernier baromètre : en effet, si 67 % des Français considéraient que les services de santé publics étaient légitimes de proposer ces services et solutions, ils sont aujourd’hui 52 % à penser cela et 41 % à considérer les services de santé privés comme légitimes (contre 54 % en 2023).

    LÉGITIMITÉ DES ACTEURS POUR PROPOSER DESSERVICES/SOLUTIONS THÉRAPEUTIQUES DIGITALES EN SANTÉ
    Légitimité des acteurs pour proposer des services/solutions thérapeutiques digitales en santé – Ipsos

    Ces services ne sont pas non plus les acteurs auxquels les Français accordent le plus leur confiance pour ce qui s’agit de la transmission de leurs données personnelles, mais arrivent tout de même deuxième pour les hôpitaux publics (65 %) et quatrième pour les hôpitaux privés (51 % contre 53 % en 2023). Ceux en qui ils ont le plus confiance sont leur médecin traitant puisque 85 % des Français sont d’accord pour leur transmettre leurs données personnelles. Comme en 2023, les GAFAM sont ceux en qui les Français ont le moins confiance sur le sujet (12 % contre 17 % en 2023).

    ACCEPTABILITE DE TRANSMISSION DES DONNÉESPERSONNELLES SELON LE DESTINATAIRE
    Acceptabilité de transmission des données personnelles selon le destinataire – Ipsos

    3️⃣ Les Français se placent entre la crainte et l’espoir sur la question de la santé connectée :

    Dans le rapport, Loick Menvielle, directeur de la Chaire de recherche sur l’innovation en santé numérique a expliqué que “face à la recrudescence des cyberattaques, l’adhésion à la santé connectée représente un défi majeur, d’autant plus que l’exploitation des données occupe une place centrale dans leurs préoccupations”, alors que les Français se montrent pourtant “favorables à l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) en matière de prévention”. Il considère donc comme impératif le fait de renforcer la confiance des Français “afin de promouvoir une adoption plus large de ces solutions prometteuses”.

    DES CRAINTES EN AUGMENTATION FACE À LA SANTÉCONNECTÉE NOTAMMENT SUR LA SÉCURITÉ ET LA FIABILITÉ
    Des craintes en augmentation face à la santé connectée – Ipsos

    Ce manque de confiance se concrétise dans le baromètre par l’augmentation des craintes des Français en lien avec la santé connectée, notamment en ce qui concerne la sécurité (42 %) et la fiabilité (36 %), qui ont augmenté respectivement de 6 et 8 points en un an. L’étude montre aussi que cette crainte augmente avec l’âge, et que la plus grande d’entre elles et celle de la diminution des interactions humaines : 53 % des 65-74 ans en ont fait part (contre 39 % en 2023) et 48 % des 55-64 ans (contre 42 % en 2023).

    Des craintes qui augmentent d'autant plus avec l'âge - Ipsos
    Des craintes qui augmentent d’autant plus avec l’âge – Ipsos
  • Singapour / Diabète : une application d’e-ETP pour prévenir l’ulcère du pied

    Prévenir une complication fréquente du diabète

    Souvent découverte tardivement (à cause de la perte de sensibilité au niveau des pieds des personnes diabétiques), cette complication peut entraîner l’amputation d’un membre inférieur et augmenter le risque de récidive et de décès, ce qui peut s’avérer coûteux pour le patient et le système de santé.

    Les applications existantes pour les personnes atteintes de diabète ne considèrent que très peu l’ulcère du pied et celles qui l’intègrent ne proposent que du contenu sur la progression de la maladie et n’éduquent pas assez les patients, alors que cette complication touche près d’un tiers des patients diabétiques. Pour y remédier, une équipe de chercheurs composée de cliniciens de l’hôpital Tan Tock Seng et du National Healthcare Group (NHG) de Singapour a développé une application nommée Wellfeet.

    Une solution d’e-ETP :

    Dans une approche d’éducation thérapeutique numérique (e-ETP), cette application vise à informer les patients sur l’ulcère du pied par le biais de vidéos d’animation en plusieurs langues, dont l’anglais, le mandarin, le malais et le tamoul. L’application – qui vient d’être rendue disponible sur Google Play – peut aussi envoyer des rappels aux patients, que ce soit pour leur prise de médicaments, leur activité physique ou leur alimentation. Les données qui y sont entrées permettent le suivi à distance de leur médecin. Un chatbot y est aussi intégré pour répondre aux questions les plus fréquentes des patients.

    La prise de conscience des patients améliorée

    À ce jour, l’application a été utilisée dans le cadre de deux études :

    • la première, qui est toujours en cours, porte sur 800 patients et soignants de cinq établissements du NHG et vise à comprendre leurs comportements et leurs habitudes en matière de soins du pied, car l’ulcère du pied débute souvent par une mauvaise cicatrisation en cas d’entaille ;
    • la seconde proposait à 40 paires de patients et de soignants de l’hôpital de Tan Tock Seng de tester l’application Wellfeet : après un mois d’utilisation, les résultats ont démontré des changements positifs dans le comportement des deux cibles, que ce soit en matière de soins des pied ou de routines et d’autosoin.

     

    Après la mise à disposition de l’application sur Google Play, l’équipe de chercheurs espèrent continuer son développement pour y intégrer des modules d’intelligence artificielle et de conversation avec des médecins dans le but de fournir un soutien au patient qui sera le plus rapide et le plus personnalisée et donc adapté à sa situation.