L’importance de l’examen physique pour poser le bon diagnostic
La téléconsultation, définie comme la prestation de soins de santé à distance via des moyens électroniques, a connu un fort développement dans de nombreux pays, depuis la pandémie de Covid-19. Cependant, l’adoption des examens physiques virtuels (EPV) soulève toujours des questions. Certains patients préfèrent éviter la télésanté lorsque des examens physiques sont nécessaires. Or, ces derniers représentent jusqu’à 20 % des données essentielles au diagnostic. Ainsi, lors d’une téléconsultation, la réalisation d’EPV fournit des informations clés pour le diagnostic.
Cette scoping review (étude de la portée), qui sera publiée en novembre 2024 dans l’International Journal of Medical Informatics, porte sur les études en langue anglaise avec des données de recherche primaire collectées entre décembre 2019 et janvier 2023. Elle a pour objectif :
- d’aider à comprendre comment les EPV ont été réalisés pendant la pandémie, mais aussi de relever les défis rencontrés et de réaliser les adaptations nécessaires ;
- d’éclairer d’autres disciplines médicales sur les obstacles et les leviers d’une mise en place réussie des EPV ;
- et de mieux comprendre les expériences des patients et des cliniciens.
Au bout de leur processus de sélection des études éligibles, les chercheurs ont retenu 25 études au total, couvrant des EPV réalisés par des professionnels de santé de 15 spécialités différentes (médicales, chirurgicales et de réadaptation). Les trois principaux types d’EPV inclus dans l’étude sont les examens musculosquelettiques, les examens de la tête et du cou et les examens du thorax.
Une satisfaction globale mais variable selon le type d’examen
La majorité des patients trouvent que les examens virtuels les aident à mieux évaluer leur état de santé et à faciliter la compréhension de leurs maladies par leurs soignants à distance. Tandis que les soignants estiment collecter assez de données cliniques pertinentes pour prendre leurs décisions cliniques dans les évaluations neurologiques.
Résultats :
📌 Supports technologiques : la majorité des études (64 %) ont utilisé des outils technologiques pour les EPV (otoscopes connectés, stéthoscopes électroniques, plateformes numériques pour l’auscultation, examen oculaire…).
📌 Comparaison entre examen virtuel et examens en personne : la plupart des études (86 %) ont montré des résultats positifs, surtout pour les examens oculaires, respiratoires, musculosquelettiques et de la peau. Certains examens, articulaires notamment, ont cependant eu des résultats moins favorables.
📌 Expérience patient : seules 28 % des études s’y sont intéressées, rapportant une satisfaction globale des patients, particulièrement pour les examens musculosquelettiques et neurologiques. Certains patients ont tout de même exprimé des préoccupations concernant la durée des examens et la précision de certains tests, comme ceux en neuro-ophtalmologie.
📌 Expérience des cliniciens : seules 36 % des études l’ont évoquée, rapportant une acceptabilité de 56 %. Les professionnels de santé ont estimé que les EPV fournissaient suffisamment d’informations pour la prise de décision, tout en soulignant la difficulté de réaliser virtuellement certains examens, comme les réflexes et les ophtalmoscopies.
📌 Obstacles et leviers : les principaux obstacles identifiés étaient liés à la technologie (mauvaise qualité des images, connexions internet instables, manque de compétences techniques chez les patients…), d’autres à l’état de santé des patients (problèmes neuromusculaires, difficultés cognitives, déficiences auditives…) et d’autres encore au manque de formation des cliniciens en télémédecine ou encore au remboursement. Les solutions potentielles proposées par les différents chercheurs se concentrent sur :
- l’amélioration des outils technologiques ;
- l’élaboration de standards et de lignes directrices pour les plateformes de téléconsultation ;
- l’utilisation de dispositifs adaptés aux handicaps ;
- ainsi que l’amélioration de la connectivité et de la littératie numérique dans les communautés marginalisées.
Une configuration prometteuse
Selon les auteurs de cette scoping review, la virtualisation de certains examens serait prioritaires pour l’avenir, en raison de leur importance pour la santé publique dans le monde. Il s’agit des examens respiratoires et cardiovasculaires et musculosquelettiques. Le rôle des dispositifs médicaux connectés innovants est par ailleurs souligné, les premiers résultats de leurs usages s’avérant globalement favorables.
Sur le plan de la généralisation de cette configuration des examens physiques et leur accessibilité, des questions relatives à la connectivité se posent, en particulier dans les pays et régions moins bien desservis en internet. La majorité des EPV utilisent en effet des vidéos en temps réel, alors que dans certains contextes, les téléconsultations se font principalement par téléphone.
L’adoption des examens virtuels dépendra aussi de la formation des professionnels de santé aux outils de la téléconsultation pour optimiser leur confort et renforcer leur confiance. Mais aussi de l’éducation des patients à la santé numérique. Les auteurs concluent que des recherches supplémentaires sur l’expérience patient demeurent indispensables : une meilleure compréhension de la perspective des patients faciliterait la mise en œuvre des EPV pour, in fine, des soins de meilleure qualité.
* Virtual physical examination in teleconsultation: A scoping review
Shuk Y.K. Tong, Tim M. Jackson, Annie Y.S. Lau
International Journal of Medical Informatics, Volume 191, 2024, 105561, ISSN 1386-5056,
https://doi.org/10.1016/j.ijmedinf.2024.105561.





