Que « la génération qui va naître ne connaisse plus de cancers incurables »
Le 25 mai 2024, le Pr Alain Puisieux a pris ses fonctions de président du Directoire de l’Institut Curie, succédant au Pr Thierry Philip qui occupait ce poste depuis 2013. L’occasion pour l’ensemble du directoire de présenter ses ambitions pour les années futures en matière de lutte contre le cancer : le plan Curie 2030.
En introduction de la conférence du 12 septembre intitulée : “un monde où les cancers incurables appartiendront au passé”, le Pr Alain Puisieux explique que le cancer a été, est, et restera une pathologie avec laquelle le monde vivra. Éradiquer le cancer est donc impossible. Mieux le comprendre, le prévenir et le soigner l’est bien plus. C’est bien la distinction, et l’objectif de la feuille de route de l’Institut Curie : éradiquer les cancers, incurables.
De grands progrès malgré des moyens limités
Les moyens alloués à la recherche contre le cancer sont insuffisants. La France se situe à la 14e place mondiale en matière de recherche fondamentale. L’OMS place la France, en 2022, à la 12e place en termes d’innovation. 17 % seulement des fonds vont vers la recherche en biologie. Or, c’est un des leviers essentiels à l’émergence de nouveaux traitements, comme l’impact de la protonthérapie, une méthode avancée de radiothérapie de précision contre les cellules cancéreuses. L’Institut Curie est le 4e centre mondial prodiguer cette technique.
Malgré des moyens insuffisants, la recherche contre le cancer avance. Aujourd’hui, 65 % des cancers sont guéris, contre moins de 50 % dans les années 70. Ces “progrès remarquables” sont le fruit des avancées médicales, technologiques et biologiques. Un projet en cours vise à rassembler des chimistes et des biologistes au sein d’une même structure (Pôle Chemical Biology).
Pour “faire mieux”, le Pr Alain Puisieux insiste sur la recherche fondamentale. La nécessité de comprendre, sans nécessairement avoir une application en tête dès le départ. De nombreux médicaments contre le cancer sont issus de la recherche fondamentale. Il illustre ses propos avec l’exemple de la protonthérapie, fruit de 10 années de recherche fondamentale et qui aujourd’hui offre des perspectives de traitements. 40 % des cancers sont évitables, ce qui fait de la prévention un levier essentiel pour lutter contre le cancer.
Patients et traitements : un accompagnement global personnalisé
L’Institut Curie place le patient au centre de son dispositif. Face à la complexité croissante des traitements, il assure une prise en charge coordonnée entre les acteurs, établissements de santé et les patients. L’institut intègre l’avis des patients et de leurs proches dans les réflexions sur les soins et la recherche, notamment à travers des programmes de sciences participatives et intégratives pour renforcer les échanges entre chercheurs et citoyens. Prédire la réponse à un traitement est l’un des éléments clés de la thérapie. L’objectif est aussi de maintenir les efforts sur la recherche des biomarqueurs.
IA : l’Institut Curie investit pour prédire les risques et identifier les biomarqueurs
Quelle sera la prochaine innovation marquante en matière de lutte contre le cancer ? Difficile à prédire selon le Pr Puisieux. Ce dont il est persuadé en revanche est qu’il faut intensifier les efforts en cours :
- “Remettre la science en culture” : investir dans la recherche fondamentale (notamment en biologie), grâce à des financements, notamment pour développer des thérapies innovantes. La générosité publique contribue au tiers du budget global.
- Favoriser la pluridisciplinarité : rassembler toutes les sciences contre les cancers. Y compris les sciences humaines et sociales, la finance et le management afin de “penser la lutte dans toutes ses dimensions”.
- Soutenir la prévention : un programme de prévention sera déployé, couvrant les origines des cancers, les rechutes mais aussi les effets secondaires des traitements.
- Former : investir dans la “qualité des chercheurs”, développer des partenariats et ouvrir les connaissances à l’ensemble du monde médical.
- S’ouvrir vers l’international : continuer d’accueillir des doctorants étrangers (près de la moitié aujourd’hui). Développer et maintenir des partenariats avec des établissements internationaux.
L’Institut mise aussi sur l’intelligence artificielle (IA) pour améliorer le diagnostic, identifier de nouvelles molécules, optimiser les combinaisons thérapeutiques, prédire les cancers et personnaliser les soins. L’intensité et la diversité des applications de l’IA en cancérologie font de cette technologie un atout essentiel, précise Eric Nicolas (docteur en sciences économiques et président de WiseStratEdge), membre du Directoire, qui préfère d’ailleurs le terme “d’intelligence augmentée”. Enfin, l’Institut Curie renforce ses investissements dans les technologies de pointe. Il prévoit 10 millions d’euros pour optimiser les plateformes d’imagerie et d’analyse des cellules afin de mieux caractériser les tumeurs. Le développement des outils théranostiques et des techniques de radiothérapie, notamment avec l’IRM Linac et la protonthérapie, vise une personnalisation des traitements.
En 2023, on dénombre 433 136 nouveaux cas de cancer en France, ce qui représente sur une année 1200 cas par jour.





