Articles

  • Prévention : quelles perspectives pour l’usage de l’IA au service des priorités de santé publique ?

    L’IA émerge comme un levier stratégique majeur de la prévention en santé publique. Grâce à sa capacité à analyser des volumes considérables de données, l’IA offre des perspectives inédites pour améliorer les stratégies de prévention. En permettant une identification plus précise des individus à risque, une prédiction plus fiable des maladies et une optimisation des ressources, elle pourrait transformer le paysage de la santé publique. Les avancées récentes dans ce domaine, illustrées par une croissance exponentielle des publications scientifiques, témoignent de son potentiel à transformer les approches préventives.

    Dans cette nouvelle étude premium, Health & Tech Intelligence explore les perspectives offertes par l’IA pour soutenir les priorités de santé publique. Une revue approfondie des applications actuelles de l’IA en prévention y est proposée, ainsi qu’une analyse des initiatives innovantes en France et des tendances internationales qui façonnent l’avenir de la prévention. Un entretien exclusif avec le Dr Nicolas Leblanc, président du syndicat national des médecins de santé publique (SNSP) vient compléter ces travaux.

    En mettant en lumière les cas d’usage de l’IA, l’étude vise à offrir un panorama complet de ses contributions potentielles pour une prévention plus efficace et mieux ciblée.

    🔎 Analyses

    Maladies chroniques, santé mentale des jeunes, santé des femmes… Les priorités nationales en matière de prévention

    Avec 100 000 décès annuels évitables et 24 millions de patients souffrant de maladies chroniques, le renforcement de la prévention devient urgent en France. Il s’agit désormais d’élargir l’usage des outils existants qui fonctionnent bien (DMP, téléconsultation) tout en développant de nouveaux dispositifs innovants. Un budget de 170 M€ est alloué pour faire émerger et soutenir ces innovations.

    👉 Plus de détail sur le contexte français de l’innovation en prévention sont disponibles dans cet article.

    Revue de la littérature : comment l’IA peut-elle soutenir la prévention et renforcer la santé publique ?

    L’IA transforme la prévention en analysant d’importants volumes de données pour aider professionnels et autorités de santé à optimiser leurs stratégies. La croissance exponentielle du nombre d’études publiées ces 20 dernières années, surtout à partir de 2020-2021, témoigne de son intérêt pour la santé publique, pour une efficacité et une efficience améliorées.

    👉 Une analyse détaillée de la sémantique de la prévention dans la recherche et de l’évolution récente des publications, ainsi qu’une sélection bibliographique spécifique, sont à retrouver ici.

    Les acteurs de la santé s’engagent pour relever les défis du grand âge et des maladies chroniques :

    Portée par l’innovation technologique et la demande croissante de soins préventifs, de plus en plus d’acteurs de la santé se mobilisent au service de la prévention. Hôpitaux, start-ups, laboratoires pharmaceutiques et assureurs mettent en place des initiatives ciblées pour personnaliser les soins, réduire les risques et améliorer la qualité de vie des patients.

    👉 Un tour d’horizon des initiatives de prévention, lancées récemment en France, est disponible sur ce lien.

    Entretien expert : “L’accompagnement humain au changement est essentiel pour favoriser l’adoption de l’IA” (N. Leblanc, SNSP)

    Ciblage des populations à risque, amélioration des diagnostics et le suivi des traitements… Dans un entretien exclusif, le Dr Nicolas Leblanc, président du syndicat national des médecins de santé publique (SNSP), explore l’impact croissant de l’IA à différents niveaux de la prévention, tout en soulignant l’importance d’un accompagnement humain constant pour favoriser son adoption et maximiser son intérêt.

    👉 Entretien à lire ici.

    Pour aller plus loin :

    Le Think Tank Health&Tech a fêté 2 ans de travaux sur la Prévention et le numérique, le 12 septembre à Parisanté Campus. Le Pr Didier Lepelletier, président du HCSP, et le Dr Lise Alter, directrice générale de l’AIS, ont fait voix commune pour appeler à une volonté politique incarnée et une coordination nationale des financements des actions de prévention soutenues et accélérées par le numérique.

    👉 Vous pouvez consulter l’article consacré à cette rencontre sur ce lien : AIS et HCSP appellent à une ambition politique coordonnée de financement des actions soutenues par le numérique.

    🗺️ Cartographies

    Cartographie des cas d’usage de l’IA en prévention et au service de la santé publique

    De la surveillance des maladies et des épidémies à l’analyse des déterminants de santé et la lutte contre les inégalités, au moins 42 cas d’usage de l’intelligence artificielle (IA) en prévention peuvent être recensés. Ils se répartissent sur 5 axes principaux que sont : la modélisation prédictive, l’aide à la décision, le changement des comportements, le ciblage et l’optimisation des processus.

    👉 Un tableau détaillé des cas d’usage repérés ainsi qu’une infographie illustrant la répartition des cas d’usage de l’IA en prévention sont disponibles ici.

    Panorama des tendances internationales de l’innovation en prévention

    Du big data aux thérapies numériques (DTx), en passant par la gestion de la santé populationnelle et la vaccination, des initiatives utilisant le numérique ou l’IA existent à différents niveaux de la prévention. Elles permettent de mieux comprendre les facteurs de risque, de détecter précocement les maladies et d’améliorer la qualité de vie des patients.

    👉 Article à consulter en suivant ce lien.

    Cartographie des entreprises proposant une solution d’IA en prévention en France :

    Au moins de 44 solutions d’intelligence artificielle (IA) dédiées à la prévention sont présentes en France. Les maladies chroniques en concentrent le plus grand nombre, suivies de la perte d’autonomie et des actions sur les déterminants de santé.

    👉 Cette cartographie est accessible ici.

     

  • Cartographie des solutions d’IA en prévention présentes en France

    Un contexte national d’accélération de l’innovation

    Dotée de 170 millions d’euros, la stratégie nationale d’accélération de l’innovation en prévention, lancée par l’Agence de l’innovation en santé, s’appuie sur trois axes principaux : le premier dédié à la recherche sur les facteurs environnementaux affectant la santé, un autre à la démonstration de la valeur des innovations en vie réelle, et un troisième à l’industrialisation des technologies innovantes.

    Huit priorités de santé publique ont été identifiées dans le cadre de ce plan :

    • la lutte contre l’infertilité ;
    • la santé de l’enfant ;
    • la santé mentale ;
    • la prévention de la perte d’autonomie ;
    • les maladies chroniques (cancers, diabètes, maladies cardio-neurovasculaires et cardiométaboliques, maladies neurodégénératives …) ;
    • la promotion des comportements favorables à la santé, éducation à la santé, alimentation, activité physique (incluant l’APA), addictions (tabac, alcool, drogues…), sommeil, écrans, éducation à la vie affective et santé sexuelle ;
    • la vaccination et la prévention des maladies infectieuses ;
    • ainsi que les maladies rares et notamment dépistage néonatal et diagnostic des maladies rares.

    Dans cet article, Health & Tech Intelligence propose une cartographie des solutions d’IA présentes en France, réparties sur ces enjeux de la prévention.

    La lutte contre l’infertilité :

    Dans le domaine de l’infertilité, l’IA permet des progrès significatifs dans la prévention et la prise en charge, on décompte 4 solutions dédiées à ce premier axe :

    • Embryoly de Imvitro  permet aux professionnels de santé d’optimiser le processus de sélection des embryons lors de la fécondation in vitro, en améliorant les taux de réussite des procédures ;
    • Sonio Detect aide les praticiens à analyser les images d’échographies pour détecter des anomalies fœtales. La plateforme optimise le processus de décision médicale en fournissant des recommandations  personnalisées et en automatisant certaines tâches administratives liées à la gestion des examens échographiques ;
    • AI Merging Health est un logiciel basé sur l’intelligence artificielle pour l’évaluation des grossesses prénatales. Les produits proposés sont basés sur un service utilisant un algorithme d’IA permettant de détecter les grossesses à haut risque, ainsi qu’une évaluation quantitative du risque de mortalité maternel.
    • Ziwig propose un diagnostic Ziwig Endotest, un test innovant basé sur l’analyse des microARN dans la salive, permettant de diagnostiquer l’endométriose de manière rapide, précise et non invasive.

    La santé de l’enfant :

    L’IA de Crocos Go, développée par United Crocos, est une solution innovante dédiée au dépistage précoce des troubles cognitifs chez les enfants de 6 à 15 ans. Elle utilise une combinaison de neurosciences et d’intelligence artificielle pour identifier et évaluer des troubles comme le TDAH, les troubles de l’apprentissage (dyslexie, dyspraxie), les troubles du spectre autistique, ou encore les capacités liées au Haut Potentiel Intellectuel. La plateforme offre des ateliers ludo-éducatifs où les enfants interagissent avec des outils numériques comme la programmation de robots ou de jeux vidéo. Ces activités permettent de stimuler et évaluer leurs fonctions cognitives de manière automatisée, tout en offrant des outils de remédiation adaptés à chaque enfant.

    La solution de Mindplus quant à elle est un test neurocognitif numérique qui permet de mesurer l’attention, les fonctions exécutives et la prise de décision des utilisateurs. Il vise à détecter rapidement les premiers signes de troubles cognitifs afin d’améliorer la prévention chez les enfants.

    L’IA au service de la santé mentale :

    La prévention en santé mentale bénéficie également des avancées technologiques, avec des solutions innovantes visant à améliorer le suivi et le bien-être des patients. À ce titre, Callyope  propose une technologie basée sur la voix pour surveiller la santé mentale des patients, en particulier dans le domaine de la psychiatrie. Leur solution permet aux psychiatres de suivre à distance l’évolution des troubles psychiatriques à l’aide d’un test vocal d’une minute, analysé par un algorithme d’intelligence artificielle.

    Emocare est une solution centrée sur le bien-être émotionnel et mental, souvent via une application mobile ou un site web. Elle propose des outils de gestion des émotions, du stress et de l’anxiété.

    Cephalgo est une solution innovante qui utilise un dispositif EEG discret intégré dans des lunettes pour suivre les émotions en temps réel avec une précision médicale. Il permet d’analyser les fluctuations émotionnelles, de détecter les déclencheurs émotionnels et de proposer des exercices apaisants personnalisés.

    Logiciel d’aide au diagnostic et de télésurveillance des troubles de l’humeur, Emocare de Emobot analyse en continu les expressions faciales et vocales des patients via leurs appareils numériques. Le dispositif permet de détecter précocement les troubles, d’accompagner les médecins dans le suivi à distance de leurs patients, et d’intervenir en cas de rechute ou de détresse.

    Prévention et surveillance des maladies chroniques :

    Les avancées récentes en intelligence artificielle (IA) révolutionnent la gestion des maladies chroniques en offrant aux professionnels de santé des outils sophistiqués pour améliorer le suivi et la personnalisation des traitements. 22 solutions innovantes émergent dans ce domaine, en voici quelques unes dans le détail :

    • ExactCure propose une solution innovante basée sur l’intelligence artificielle pour personnaliser l’usage des médicaments. Leur technologie crée un “jumeau numérique” du patient, simulant l’efficacité et les interactions des médicaments dans le corps en fonction de paramètres individuels comme l’âge, le sexe, l’état rénal, et d’autres caractéristiques. Cette solution aide à prévenir les sous-doses, les surdoses et les interactions médicamenteuses, tout en optimisant le traitement, notamment pour les maladies chroniques​ ;
    •  Resilience Pro est conçu pour le suivi de patients atteints de cancer, en permettant l’analyse de l’évolution globale de la dynamique bio-médicale dans le but de détecter une évolution, une récidive ou une toxicité thérapeutique ;
    • W’asm et Connect’inh de Kap Code utilisent des technologies connectées pour surveiller les patients à distance atteints d’asthme ;
    • CardioLogs Holter et CardioLogs RPM de Philips apportent des solutions de surveillance cardiaque avancées permettant aux professionnels de santé de traiter plus rapidement les données ECG et d’identifier des anomalies cardiaques et de faciliter la prise de décision clinique ;
    • Zoï  permet un check up et un suivi global des indicateurs de santé. Ces outils s’intègrent dans les pratiques médicales pour améliorer la gestion proactive des maladies et optimiser la prévention ;
    • Hillo AI propose une plateforme d’accompagnement pour la gestion du diabète en utilisant la technologie des jumeaux numériques alimentés par des données réelles de patients. Ces jumeaux numériques permettent de simuler et prédire les niveaux de glucose en fonction de facteurs comme la dose d’insuline ou l’heure des repas ;
    • Siemens Healthineers propose une gamme avancée de solutions d’imagerie médicale. Le Brain MR et le Prostate MR permettent des examens précis par résonance magnétique pour l’évaluation des structures cérébrales et prostatiques, essentiels pour la détection précoce et le suivi des pathologies neurologiques et urologiques. Le Chest CT et le Chest X-ray offrent des outils performants pour l’imagerie thoracique, permettant un diagnostic rapide et détaillé des affections pulmonaires et cardiaques. Enfin, la solution Organs RT est dédiée à la radiothérapie, utilisant une technologie de pointe pour cibler avec précision les organes affectés par des cancers, optimisant ainsi le traitement tout en minimisant les effets secondaires.

    Le rôle essentiel des déterminants de santé :

    5 solutions innovantes basées sur l’intelligence artificielle apportent des réponses aux défis liés aux déterminants de santé

    • Hajime AI propose des solutions basées sur les sciences comportementales, notamment à travers la méthode Kumo. Elle utilise des techniques de profiling comportemental pour comprendre et influencer les comportements humains, en particulier dans le domaine de la santé. Leur approche aide à concevoir des plans d’action personnalisés pour les médecins, patients et industriels ;
    • 1Food1Me est une plateforme dédiée à la  nutrition basée sur l’intelligence artificielle, elle propose des recommandations alimentaires basées sur les besoins spécifiques des utilisateurs ;
    • Quitoxil (Klava Innovation) aide les fumeurs à stoper leur consommation grâce à des programmes personnalisés, combinant IA et approches comportementales ;
    • Fizzup propose une plateforme qui fournit des programmes d’entraînement personnalisés et des conseils de nutrition adaptés aux objectifs et au niveau de condition physique de chaque utilisateur.

    La prévention pour le maintien de l’autonomie :

    Dans le cadre de la prévention de la perte d’autonomie, plusieurs solutions innovantes ont vu le jour :

    • Auxivia a developpé un verre intelligent est conçu pour suivre et analyser la consommation hydrique des personnes âgées en temps réel. Il enregistre automatiquement les volumes de liquide bus par chaque personne et transmet les données au personnel soignant via une plateforme numérique ;
    •  Life plus de Dona Care dédiée aux  personnes âgées, est un dispositif basé sur la surveillance proactive, permettant de suivre en temps réel l’état de santé des résidents tout en respectant leur vie privée. L’objectif est d’alerter les équipes médicales rapidement en cas de détection de signaux préoccupants, comme des chutes ou des variations soudaines dans les habitudes quotidiennes, afin d’assurer une intervention rapide ;
    • Feet Me propose une semelle connectée dotée de capteurs permettant de collecter des données en temps réel sur la pression plantaire et la dynamique de la marche. Ces semelles peuvent être utilisées à des fins médicales pour le suivi des patients, notamment ceux atteints de maladies neurologiques, orthopédiques ou vasculaires.

    Répondre à la complexité des maladies rares :

    Les maladies rares, en raison de leur complexité, nécessitent des outils spécifiques pour améliorer leur prise en charge et accélérer le diagnostic. Des solutions innovantes ont été développées pour répondre à ces besoins.

    • MSCopilot d’Ad Scientiam est une application mobile spécialement conçue pour les patients atteints de sclérose en plaques. Cet outil digital permet de surveiller l’évolution de la maladie en réalisant des évaluations régulières via des tests cliniques validés, mesurant des fonctions clés comme la marche, la dextérité, la cognition, et la vision ;
    • AccelRare produit par Sanofi en collaboration avec  Medical et Intelligence Service (MSI) est une intelligence artificielle conçue pour accélérer le pré-diagnostic de 270 maladies rares, réduisant ainsi l’errance des diagnostiques. C’est un outil gratuit destiné aux professionnels de santé pour les aider à identifier rapidement les maladies rares à partir des symptômes des patients.

    Cartographie des entreprises proposant une solution d’IA en prévention

    Pour accéder à la base données des solutions dédiées à la prévention incluant de l’IA cliquez ici.

  • Revue de la littérature : comment l’IA peut-elle soutenir la prévention et renforcer la santé publique ?

    📝 Sémantique de la prévention dans la recherche

    Réaliser une revue bibliographique sur la “prévention en santé” pose plusieurs défis, notamment en termes de sémantique et de choix des mots-clés :

    • d’un côté, le terme “prévention” est polysémique et englobe une variété d’interventions (primaire, secondaire, tertiaire), ce qui peut entraîner une dispersion des résultats ;
    • de l’autre, selon les disciplines et les pays, les vocabulaires peuvent différer pour désigner des concepts similaires (par exemple, le terme “vaccination” peut être inclus sous des termes plus larges comme “immunisation” ou “prophylaxie”).

    Par ailleurs, les variations terminologiques liées à la “santé préventive”, aux “interventions préventives” ou même à la “promotion de la santé” nécessitent une attention particulière pour ne pas exclure des études pertinentes. De plus, la prévention étant un domaine transdisciplinaire, elle peut être abordée sous l’angle de la médecine clinique, de la santé publique, de la sociologie ou de l’épidémiologie. Cela complexifie davantage la recherche et le tri des articles en raison des cadres théoriques et méthodologiques variés, et pourrait expliquer la spécialisation des revues ou revues systématiques publiées ces dernières années, qui visent le plus souvent une aire thérapeutique ou une pathologie bien définies.

    De la “prévention” à la “santé publique” et inversement :

    Bien que n’étant pas interchangeables, car se référant à des concepts distincts, les termes « prévention » et « santé publique » sont souvent utilisés dans des contextes similaires dans la littérature scientifique. La prévention est un sous-ensemble des activités de santé publique : toutes les actions de santé publique ne sont pas préventives (par exemple, le traitement des maladies existantes), et toute la prévention ne relève pas nécessairement de la santé publique (certaines approches sont individuelles ou communautaires). Quelques définitions pour y voir plus clair :

    La prévention :

    La santé, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est définie comme un état de complet bien-être physique, mental et social, et non simplement l’absence de maladie (OMS, 1946). Cette approche globale de la santé inclut des aspects médicaux ainsi que les déterminants sociaux qui influencent les conditions de vie des individus, tels que la naissance, l’éducation, le travail et la vieillesse.

    Selon une définition de l’OMS en 1948, la prévention est “l’ensemble des mesures visant à éviter ou réduire le nombre et la gravité des maladies, des accidents et des handicaps”. Il en existe trois niveaux  :

    • primaire, pour empêcher l’apparition d’une maladie (vaccination…) ;
    • secondaire, pour détecter la maladie à un stade précoce pour en limiter les conséquences (dépistage…) ;
    • et tertiaire, pour réduire les complications d’une maladie déjà installée (réhabilitation, gestion des maladies chroniques…).

    De ce fait, la prévention a pour principaux enjeux l’optimisation des ressources, en fonction de l’impact potentiel des différentes actions, ainsi que l’équité en santé pour s’assurer que les stratégies de prévention atteignent toutes les couches de la population, surtout celles les plus vulnérables.

    Quant à la promotion de la santé, définie dans la Charte d’Ottawa (1986), elle vise à donner aux individus les moyens d’améliorer leur santé à travers cinq axes : l’élaboration de politiques favorables à la santé, la création d’environnements favorables, le renforcement de l’action communautaire, l’acquisition d’aptitudes individuelles et la réorientation des services de santé. Enfin, l’éducation pour la santé vise à fournir des connaissances et des savoir-faire pour préserver et améliorer la santé des individus.

    La santé publique :

    En 1952, l’OMS définit la santé publique comme “la science et l’art de prévenir les maladies, de prolonger la vie et d’améliorer la santé physique et mentale à un niveau individuel et collectif”. Son champ d’action inclut donc tous les systèmes de promotion de la santé, de prévention des maladies, de soins et de réadaptation. Plus concrètement, la santé publique se réfère à l’ensemble des efforts organisés par les gouvernements, les institutions et la société pour prévenir les maladies, prolonger la vie et promouvoir la santé des populations. Elle ne se limite pas à la prévention, mais englobe également la surveillance des maladies, l’élaboration de politiques de santé, la gestion des systèmes de soins, la recherche épidémiologique, la promotion de comportements et de modes de vie sains.

    Le champ lexical bibliographique de l’IA en prévention :

    Pour trouver des études spécifiques aux usages de l’intelligence artificielle (IA) en prévention, plusieurs termes sont à explorer et à croiser, en fonction des thématiques particulières.

    D’abord autour de la prévention :

    • dépistage (screening) : identification précoce les maladies chez les individus asymptomatiques ;
    • vaccination (immunization) : stratégies préventives pour protéger contre des infections spécifiques ;
    • prédiction (prediction) : utilisation des données pour prévoir le risque d’apparition d’une maladie ;
    • santé préventive (preventive health) : ensemble des actions destinées à éviter la survenue de maladies ;
    • intervention préventive (preventive intervention) : actions ciblées pour prévenir une maladie ou un état de santé dégradé ;
    • promotion de la santé (health promotion) : incitation des individus à adopter des comportements sains (alimentation, activité physique, arrêt du tabac) ;
    • gestion des risques (risk management) : identification et limitation des risques pour la santé ;
    • éducation à la santé (health education) : formation et sensibilisation du public aux pratiques préventives ;
    • prévention des maladies chroniques (chronic disease prevention) : programmes et stratégies pour éviter l’apparition de maladies comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires ;
    • hygiène et prévention (hygiene and prevention) : prévention des maladies infectieuses à travers l’amélioration des pratiques d’hygiène.

    Ensuite autour de l’AI :

    L’IA a un potentiel considérable pour soutenir la prévention et renforcer la santé publique. La littérature scientifique présente un éventail de domaines où l’IA apporte des avancées significatives, grâce à ses différentes composantes et différents modèles. Les mots-clés suivants sont à prendre considération :

    • artificial intelligence (AI) ;
    • l’apprentissage automatique ou machine learning (ML) ;
    • l’apprentissage profond ou deep learning (DL) ;
    • l’IA générative ou generative AI (GenAI) ;
    • ou encore les grands modèles de langage ou large language models (LLM).

    ↗️ Une explosion du nombre de publications depuis 2020

    Sur la plateforme Pubmed, une première recherche sur les deux mots-clés “prevention” et “artifcial intelligence” dans les “titres” des articles n’obtient que 82 résultats, compris entre 2012 (un article) et 2024* (23 articles). Un petit chiffre mais qui témoigne quand même d’une augmentation importante du nombre d’études mettant en avant, de manière directe, ces deux terminologies. En enlevant la condition du “titre”, la recherche est significativement plus fructueuse : 15 820, entre 1974 (un article) et 2025 (déjà un article prévu), avec un pic autour de 2 800 articles par an, entre 2022 et 2024. Si l’on ne s’intéresse qu’aux vingt dernières années, c’est-à-dire de 2004 à 2024, on obtient 15 400 résultats.

    Evolution du nombre d'articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots clés "(prevention) AND (artificial intelligence)" - @ Pubmed
    Evolution du nombre d’articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés “(prevention) AND (artificial intelligence)” – @ Pubmed

    * Pour cette étude H&TI, les résultats de recherche portant sur l’année 2024 concernent la période du 1er janvier au 16 septembre.

    IA, prévention et santé publique :

    Suivant relativement la même tendance ces vingt dernières années, c’est-à-dire une augmentation significative dès 2020, le nombre de publications mentionnant “IA” et “prévention” ou “santé publique” dépasse les 100 000 au total. Il se rapproche de 10 000 articles en l’an 2020 seul, et atteint son pic en 2022 avec 14 042 articles recensés sur Pubmed. En 2024, la bibliothèque médicale américaine compte déjà 12 342 articles.

     

    Evolution du nombre d'articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés (prevention) OR (public health) AND (artificial intelligence) - @ Pubmed
    Evolution du nombre d’articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés (prevention) OR (public health) AND (artificial intelligence) – @ Pubmed

    IA, DL, ML, LLM…

    Lorsque la recherche est élargie pour inclure du vocabulaire plus précis concernant les technologies de l’IA, en croisant “prévention” ou “santé publique” avec “IA” ou “deep learning” ou “machine learning” ou “LLM”, le nombre total de résultats sur Pubmed, entre 2004 et 2024, augmente jusqu’à près de 123 000. Le pic (19 490) est observé en 2023. De janvier à septembre 2024, 16 153 articles sont enregistrés.

    Evolution du nombre d'articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés ((prevention) OR (public health)) AND ((((artificial intelligence) OR (deep learning) OR (machine learning) OR (LLM)))) - @ Pubmed
    Evolution du nombre d’articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés ((prevention) OR (public health)) AND ((((artificial intelligence) OR (deep learning) OR (machine learning) OR (LLM)))) – @ Pubmed

    🤖 Quel rôle de l’IA dans le soutien aux initiatives de santé publique ?

    Capables d’apprendre à partir des data et de faire des prédictions ou de proposer des décisions pour améliorer la prévention des maladies et l’optimisation des services et du système de santé, les outils d’IA analysent de grandes quantités de jeux de données (dossiers de santé, épidémiologie, environnement, réseaux sociaux…) pour aider les professionnels de santé, les chercheurs et les décideurs du secteur à opter pour les meilleures orientations, qu’elles soient stratégiques, cliniques ou socioéconomiques.

    Grâce à cette amélioration des processus de prise de décision par les autorités et les administrations de la santé, l’IA contribue à l’élaboration d’interventions en santé publique plus efficaces et efficientes (1, 2, 3).

    S’appuyer sur le ML pour formuler des politiques de santé publique :

    En traitant des ensembles de données complexes, les algorithmes d’apprentissage automatique peuvent identifier des tendances et des facteurs de risque associés à diverses maladies. Le machine learning aide également dans la modélisation prédictive (prévoir les besoins et d’allouer les ressources adéquates). Mais aussi dans l’identification des populations vulnérables et des disparités en matière de santé, favorisant ainsi des interventions plus ciblées. D’où l’indispensable vigilance à avoir vis-à-vis des biais sociaux dans les systèmes d’IA, de la qualité et de la représentativité des données utilisées, qui risquent de reproduire les mêmes inéquités entre les populations et différents groupes démographiques. (4, 5).

    … Ainsi que sur le DL :

    L’apprentissage profond peut lui aussi contribuer à l’amélioration de la prévention, du diagnostic, du traitement et, plus globalement de la gestion des soins. Ses capacités à reconnaitre les schémas et à prédire les évolutions font de lui un outil essentiel pour relever les défis modernes de la santé publique (6). Il est plus efficace lorsqu’il traite des ensembles de données vastes et complexes. La littérature scientifique regorge en exemples de cas d’usage du deep learning en prévention :

    • analyse d’images médicales : l’interprétation des images médicales, telles que les radiographies, les IRM et les scanners permet la détection précoce des maladies et par là même une initiation plus rapide des traitements pour de meilleurs résultats thérapeutiques (7).
    • diagnostic et évaluation des risques : le traitement de vastes quantités de données de patients, y compris leurs dossiers électroniques et informations génétiques, permet d’identifier des schémas qui pourraient indiquer le début de maladies ou déterminer les facteurs de risque d’un individu.
    • épidémiologie et prévision des épidémies : l’analyse de sources de données, telles que les réseaux sociaux, les recherches en ligne et les données d’objets connectés (IoT), permet de prédire les épidémies et de suivre leur progression (10, 11).
    • surveillance des dispositifs connectés : la collecte des données en temps réel grâce à l’IoT, en fournissant des informations sur l’activité physique, l’état physiologique, les habitudes de sommeil, etc., aide à une gestion proactive des maladies et à la promotion de modes de vie plus sains (12, 13).
    • analyse génomique : le déchiffrage de données génomiques complexes est précieux pour identifier les marqueurs génétiques associés aux maladies, il nourrit les approches de médecine de précision (14).
    • télésurveillance : l’analyse des données collectées depuis les foyers des patients permet aux professionnels de santé d’intervenir rapidement si nécessaire, en particulier dans les déserts médicaux (15).
    • surveillance des tendances en santé publique : l’analyse des données provenant des rapports d’actualité, des agences de santé gouvernementales et des réseaux sociaux aide à identifier en temps opportun les menaces potentielles pour la santé et à formuler des réponses appropriées (16, 17).

    Contribution des LLM aux systèmes de santé publique :

    Les LLM peuvent contribuer aux systèmes de santé publique de plusieurs manières, notamment en prévention :

    • surveillance des maladies : en traitant et analysant de grandes quantités de données provenant de réseaux sociaux, d’articles de presse et de forums en ligne, les LLM détectent des tendances subtiles liées aux maladies, permettant aux autorités de santé de surveiller les symptômes, les déplacements et les réactions, facilitant ainsi une détection précoce des épidémies (18, 19).
    • diagnostic et traitement : en analysant les données des patients, les dossiers médicaux et les publications scientifiques pertinentes, les LLM détectent des corrélations et des anomalies non évidentes pour les cliniciens, contribuant à des diagnostics plus précis et personnalisés (21, 22).
    • politiques de santé publique : en analysant divers ensembles de données (dossiers de santé, épidémiologie…), les LLM découvrent des connexions cachées et identifient des facteurs de risque potentiels, prévoient les trajectoires des maladies et évaluent l’efficacité des stratégies d’intervention (21).
    • éducation des patients : en adaptant leur contenu aux besoins individuels, au contexte culturel, à la langue et aux antécédents, les LLM personnalisent les matériaux éducatifs pour les patients, améliorant leur compréhension, engagement et taux d’observance (21, 23, 24).

    ➡️ 6 principaux domaines d’application de l’IA

    1️⃣ Surveillance des maladies et détection précoce des épidémies :

    Analyse de données, reconnaissance de tendances et de signaux inhabituels, surveillance en temps réel et modélisation prédictive… Les capacités de l’IA permettent aux systèmes de santé publique de détecter précocement les épidémies et de prendre des mesures informées pour les atténuer (25) :

    • intégration et analyse des données : une compréhension complète et dynamique du paysage sanitaire, améliorant la capacité à identifier des anomalies et des indicateurs potentiels de maladies (26) ;
    • reconnaissance de motifs et détection des anomalies : une reconnaissance des écarts de comportement (augmentation soudaine des publications sur internet mentionnant certains symptômes, des visites dans les établissements de santé ou un pic dans les recherches sur Internet liées à des maladies spécifiques) qui pourraient indiquer le début d’une épidémie (27) ;
    • surveillance en temps réel, monitoring et alertes précoces : lorsqu’un signal potentiel d’épidémie est identifié grâce à l’analyse continuelle des flux de données entrants, l’IA déclenche des alertes précoces, fournissant aux autorités de santé publique des informations clés pour enquêter davantage et initier des protocoles de réponse rapide (28) ;
    • modélisation prédictive et prévisions : formée sur les données des épidémies passées, l’IA peut générer des scénarii prédictifs, permettant l’élaboration de stratégies d’intervention et la mise en œuvre des campagnes de santé publique ciblées (29) ;
    • aide à la décision : les tableaux de bord et les visualisations alimentés par l’IA offrent un aperçu clair des tendances des maladies facilitent la prise de mesures préventives appropriées (confinement, restrictions de voyage, vaccination…) (30) ;
    • collaboration mondiale et partage d’informations : en diffusant rapidement des aperçus situationnels et des alertes d’épidémies, l’IA aide à coordonner des réponses internationales et à minimiser la propagation des maladies au-delà des frontières (31).

    2️⃣ Prévision et modélisation des maladies infectieuses :

    Les modèles d’IA utilisés pour l’analyse de textes médicaux et la visualisation des données offrent aux professionnels de la santé publique une vision simple de la situation à partir d’ensembles de données complexes (32, 33).

    L’IA peut améliorer la prévision et la modélisation des maladies infectieuses en intégrant des données sur les facteurs environnementaux et démographiques, les images satellites et les modes de transmission des maladies. Elle prédit ainsi la propagation des maladies et accélère la planification des interventions (34, 35). Parmi les cas d’usage rapportés dans la littérature :

    • intégration et fusion des données : les modèles alimentés par l’IA créent une vue d’ensemble des facteurs influençant la transmission des maladies, offrant une perspective holistique qui permet une compréhension plus précise et nuancée de la dynamique des épidémies (36) ;
    • reconnaissance de schémas complexes : en déchiffrant les relations complexes entre les conditions climatiques, la mobilité humaine, les indicateurs socioéconomiques et les taux de transmission des maladies, l’IA révèle des informations cachées que les modèles traditionnels pourraient négliger (37) ;
    • surveillance en temps réel et détection précoce : en identifiant rapidement des événements inhabituels dans l’incidence des maladies, l’IA soutient les systèmes d’alerte précoce (38) ;
    • modélisation prédictive et planification des scénarii : les modèles prédictifs d’IA permettent aux décideurs de simuler différentes stratégies d’intervention, allocations de ressources et mesures de confinement, facilitant ainsi une planification efficace et une optimisation des ressources (35, 39) ;
    • apprentissage adaptatif et mise à jour : l’IA peut s’adapter aux conditions changeantes en apprenant en continu à partir de nouvelles données, cette adaptabilité garantit que ses modèles de prévision restent pertinents et précis, même face à des scénarii d’épidémie en évolution (40) ;
    • analyse géospatiale et visualisation : ces représentations visuelles fournissent des aperçus intuitifs sur la répartition géographique des cas, les clusters ou zones potentielles de propagation et les tendances au fil du temps (41, 52) ;
    • allocation des ressources et planification des interventions : en identifiant les zones avec le plus grand besoin, la modélisation alimentée par l’IA assure une adéquation efficace des ressources, réduisant ainsi l’impact d’une épidémie (43, 44) ;
    • communication et sensibilisation du public : la communication proactive alimentée par l’IA, facilement compréhension par le grand public, favorise la sensibilisation, le respect des consignes et l’engagement communautaire (45, 46).

    3️⃣ Amélioration de la distribution et de l’adhésion aux vaccins :

    L’IA peut améliorer la distribution et l’adhésion aux vaccins en prédisant la demande, en identifiant les populations à risque et en optimisant la logistique de distribution. Elle contribue de manière significative à atteindre une couverture vaccinale étendue. En voici quelques exemples de son exploitation à ces fins (47, 48) :

    • prédiction de la demande et optimisation de la chaîne d’approvisionnement : en analysant les données historiques sur la vaccination, les données démographiques de la population et les tendances épidémiologiques pour prédire la demande future en vaccins, l’IA peut permettre d’éviter les pénuries et les gaspillages tout en améliorant l’efficience des interventions (49) ;
    • identification des populations à risque : en fonction de facteurs tels que l’âge, l’état de santé et la localisation géographique, l’IA aide à prioriser la distribution des vaccins aux groupes plus vulnérables et optimise de ce fait l’impact des campagnes de vaccination (50, 51) ;
    • optimisation de la logistique et de la distribution : l’IA garantit que les vaccins sont transportés, stockés de manière efficace et sous les conditions appropriées et livrés aux zones éloignées ou mal desservies (52, 53) ;
    • suivi en temps réel et ajustement de l’allocation : si certaines zones connaissent une adhésion inattendue ou une demande plus élevée, les systèmes alimentés par l’IA peuvent rapidement ajuster les plans de distribution pour garantir une couverture vaccinale équitable (54) ;
    • atténuation de l’hésitation vaccinale : l’IA identifie les préoccupations des citoyens et les fausses informations qui contribuent à leur hésitation, favorisant la conception de campagnes d’information ciblées (55, 56) ;
    • planification des rendez-vous et rappels : les plateformes de planification alimentées par l’IA simplifient le processus de vaccination en offrant des options de rendez-vous pratiques pour les individus, avec des rappels automatisés, par SMS ou par e-mail personnalisés, pour le taux de rendez-vous manqués (57) ;
    • aperçus basés sur les données pour les politiques : en analysant la couverture vaccinale, les résultats et d’autres indicateurs pertinents, l’IA favorise la prise de décisions politiques basées sur les preuves (58).

    4️⃣ Analyse des déterminants de santé et lutte contre les inégalités :

    L’implication de l’IA dans l’analyse des déterminants sociaux de la santé et la lutte contre les inégalités est essentielle pour promouvoir l’équité et améliorer la santé globale de la population. Cela implique que les ensembles de données utilisés pour entraîner les modèles d’IA soient représentatifs et diversifiés en termes de genre, d’ethnie, d’âge, de localisation géographique et d’autres facteurs pertinents afin d’éviter les biais (59-61). Parmi les exemples d’application de l’IA dans ce domaine :

    • intégration complète des données : en intégrant des données multidimensionnelles (niveaux de revenu, éducation, conditions de logement, statut d’emploi, environnements de quartier…), l’IA dessine un tableau complet des interactions complexes entre les facteurs sociaux et les résultats en matière de santé (62) ;
    • analyse des corrélations : en examinant les déterminants sociaux en parallèle avec les données de santé, l’IA identifie des connexions qui pourraient ne pas être apparentes par une analyse traditionnelle (59) ;
    • identification des populations vulnérables : en repérant les régions avec un accès limité aux soins de santé, des conditions de vie précaires ou des ressources insuffisantes, l’IA aide à prioriser les interventions et l’allocation des ressources vers les zones les plus nécessiteuses (63) ;
    • accès équitable aux soins de santé : en reconnaissant certains obstacles (accès aux soins, barrières linguistiques, problèmes de transport ou illettrisme en santé), des solutions alimentées par l’IA peuvent être développées pour faciliter la navigation des patients, fournir des ressources multilingues et offrir des options de télémédecine, favorisant un accès équitable à des soins de qualité (33) ;
    • stratégies d’intervention personnalisées : la précision permise par l’IA assure que les interventions sont contextuellement pertinentes et efficaces – si, par exemple, une zone mal desservie manque d’accès à des aliments nutritifs, l’IA peut guider le développement d’initiatives telles que la création de jardins communautaires ou de programmes de distribution alimentaire mobile (64, 65) ;
    • modélisation prédictive pour des interventions ciblées : en identifiant les interventions les plus susceptibles de réduire les disparités en matière de santé, l’IA aide à optimiser l’utilisation des ressources, à travers des modèles qui simulent différents scénarii, permettant la prise de décisions éclairées pour un impact maximal (66) ;
    • suivi et évaluation en temps réel : en ajustant les stratégies en fonction des données en cours d’analyse, l’IA garantit que les efforts d’intervention restent alignés avec les besoins changeants et l’évolution des disparités (33) ;
    • aide la décision et soutien aux politiques publiques : les décideurs peuvent utiliser les analyses de l’IA pour plaider en faveur d’interventions ciblées, allouer des fonds à des programmes spécifiques et élaborer des réglementations centrées sur les déterminants sociaux de la santé (33).

    5️⃣ Prédiction et prévention des maladies chroniques :

    L’identification précoce des individus à risque permet de mettre en place des interventions ciblées pour favoriser les changements de comportement. L’IA peut contribuer à cet objectif de plusieurs manières :

    • analyse des facteurs de risque : en identifiant des corrélations et des fils conducteurs au sein des données analysées, l’IA discerne les facteurs de risque associés aux maladies chroniques, tels que les maladies cardiaques, le diabète et le cancer, ce qui permet aux prestataires de soins de proposer des interventions et des conseils en temps opportun aux individus concernés(67) ;
    • analyse du profil génétique : en étudiant le profil génétique d’un individu, l’IA identifie des marqueurs qui le prédisposent à certaines maladies, cela encourage la mise en œuvre précoce de dépistages ciblés, de stratégies de prévention personnalisées et d’interventions sur les risques génétiques eux-mêmes (68) ;
    • habitudes de vie et comportements : en examinant les données de l’IoT sur la qualité du sommeil, l’activité physique, les habitudes alimentaires et les niveaux de stress, l’IA donne une idée précise sur les facteurs de risque des maladies chroniques liés aux comportements avec des recommandations personnalisées sur les changements de mode de vie que les individus doivent effectuer  (67, 69) ;
    • détection précoce des maladies : en prenant en compte plusieurs variables (facteurs génétiques, mode de vie, antécédents médicaux), l’IA peut identifier les individus à risque plus élevé de maladies chroniques grâce à une modélisation prédictive (70) ;
    • plans de prévention personnalisés : ces plans incluent des recommandations pour les modifications de mode de vie, les dépistages réguliers et les interventions ciblées, garantissant la personnalisation et l’efficacité des stratégies de prévention à travers l’amélioration de l’adhésion des patients (71) ;
    • suivi et retour d’information continus : les plateformes de télésurveillance alimentées par l’IA offrent un soutien continus aux patients en suivant leurs indicateurs de santé et en les encourageant à adopter des comportements sains et à rester engagés dans la gestion de leur santé (70, 71) ;
    • gestion de la santé populationnelle : à une échelle plus large, l’IA aide les autorités de santé publique à identifier les tendances et les motifs liés à la prévalence des maladies chroniques au sein des populations, et donc à développer des campagnes de santé publique et à allouer des fonds aux zones présentant les taux les plus élevés de maladies chroniques (71).

    6️⃣ Détection des produits de qualité inférieure ou falsifiés :

    L’IA peut renforcer la vigilance vis-à-vis des médicaments et autres produits de santé falsifiés ou de qualité inférieure :

    • analyse des données : en analysant des données des enregistrements de ventes, des chaînes d’approvisionnement et des données réglementaires, l’IA peut détecter des tendances d’achat inhabituelles, identifier des anomalies dans les itinéraires de distribution ou signaler des irrégularités dans l’étiquetage des produits (cela nécessite une robustesse des systèmes de gestion logistique des produits de santé, ce qui n’est pas le cas dans de nombreux pays) (76, 77) ;
    • reconnaissance d’images : en comparant des images de produits authentiques avec des contrefaçons suspectes, l’IA peut rapidement identifier des écarts visuels ou des incohérences, les codes QR et autres marqueurs de sécurité pourraient faciliter cette vérification par les consommateurs, notamment dans les pays avec des systèmes réglementaires fragiles (78) ;
    • NLP : le traitement du langage naturel des discussions liées aux médicaments falsifiés sur internet peut aider les autorités à recueillir des indices et identifier les sources potentielles des problèmes (77, 79) ;
    • analytique prédictive : l’IA peut prédire les emplacements et les cas potentiels de distribution de médicaments falsifiés en se basant sur des données historiques et des tendances inhabituelles, cela pourrait être particulièrement pertinent dans les pays ayant des frontières perméables (77, 79) ;
    • surveillance en temps réel : l’IA peut surveiller en temps réel les marketplaces en ligne pour identifier les annonces ou les publications faisant la promotion de médicaments falsifiés, cette approche proactive peut conduire à une identification et à une suppression plus rapides de ces annonces0 (80, 81) ;
    • réseaux collaboratifs : les systèmes alimentés par l’IA peuvent faciliter le partage d’informations entre les parties prenantes concernées (organismes de réglementation, agences de maintien de l’ordre, associations de patients, entreprises pharmaceutiques et prestataires de soins) pour améliorer la capacité à suivre et à lutter contre la circulation des produits falsifiés et de qualité inférieure de manière efficace, une approche multisectorielle, incluant les patients, est nécessaire (82).

    Pour aller plus loin :

    👉 Cartographie des cas d’usage de l’IA en prévention et au service de la santé publique.

    Défis et limites de l’IA en prévention

    L’IA permet d’analyser de vastes ensembles de données et d’optimiser les actions en santé publique. Son utilisation doit cependant être accompagnée de mesures qui garantissent la transparence, l’éthique et la protection des données pour assurer des impacts positifs durables. Elle apporte des solutions innovantes pour soutenir la prévention et la santé publique, notamment par la surveillance épidémiologique, la personnalisation des interventions de santé et la réduction des inégalités. Mais elle reste confrontée à trois défis majeurs :

    • qualité et accessibilité des données : les algorithmes d’IA dépendent de la qualité des données, es biais présents dans les données peuvent conduire à des conclusions erronées et à la perpétuation des inégalités en matière de soins ;
    • confidentialité et sécurité des données : la collecte de données personnelles, souvent nécessaire pour les algorithmes d’IA, pose des questions éthiques sur la confidentialité et la gestion des informations sensibles ;
    • manque de transparence et biais algorithmiques : les systèmes d’IA, en particulier ceux basés sur des réseaux de neurones, sont souvent perçus comme des boîtes noires, ce qui rend difficile la compréhension et la justification des décisions prises ; cela interroge sur la responsabilité médicolégale et l’adoption des outils par les professionnels de santé.

    Bibliographie

    1 Bohr A, Memarzadeh K. The rise of artificial intelligence in healthcare applications. Artificial Intelligence in Healthcare. 2020;25.
    2 Al Kuwaiti A, Nazer K, Al-Reedy A, Al-Shehri S, Al-Muhanna A, Subbarayalu AV, et al. A Review of the Role of Artificial Intelligence in Healthcare. Journal of Personalized Medicine [Internet]. 2023 Jun;13(6). Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC10301994/
    3 OECD Legal Instruments [Internet]. Available from: https://legalinstruments.oecd.org/en/instruments/OECD-LEGAL-0449#mainText
    4 Gianfrancesco MA, Tamang S, Yazdany J, Schmajuk G. Potential Biases in Machine Learning Algorithms Using Electronic Health Record Data. JAMA Intern Med. 2018 Nov 1;178(11):1544–7.
    5 Rieke N, Hancox J, Li W, Milletarì F, Roth HR, Albarqouni S, et al. The future of digital health with federated learning. npj Digital Medicine. 2020 Sep 14;3(1):1–7.
    6 Litjens G, Kooi T, Bejnordi BE, Setio AAA, Ciompi F, Ghafoorian M, et al. A survey on deep learning in medical image analysis. 2017 Dec 1;42.
    7 Miotto R, Wang F, Wang S, Jiang X, Dudley JT. Deep learning for healthcare: review, opportunities and challenges. Brief Bioinform. 2017 May 6;19(6):1236–46.
    10 Bhouri MA, Costabal FS, Wang H, Linka K, Peirlinck M, Kuhl E, et al. COVID-19 dynamics across the US: A deep learning study of human mobility and social behavior [Internet]. medRxiv. 2020. p. 2020.09.20.20198432. Available from: https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.09.20.20198432v1.abstract
    11 Rodríguez-González A, Zanin M, Menasalvas-Ruiz E. Public Health and Epidemiology Informatics: Can Artificial Intelligence Help Future Global Challenges? An Overview of Antimicrobial Resistance and Impact of Climate Change in Disease Epidemiology. Yearb Med Inform. 2019 Aug;28(01):224–31.
    12 Zheng Y, Tang N, Omar R, Hu Z, Duong T, Wang J, et al. Smart Materials Enabled with Artificial Intelligence for Healthcare Wearables. Adv Funct Mater. 2021 Dec 1;31(51):2105482.
    13 Gamble A. Artificial intelligence and mobile apps for mental healthcare: a social informatics perspective. Aslib Journal of Information Management. 2020 Jun 5;72(4):509–.
    14 Majumder MA, Guerrini CJ, Bollinger J, Cook-Deegan R, McGuire AL. Sharing data under the 21st Century Cures Act. 2017 May 25;19(12).
    15 Malche T, Tharewal S, Tiwari PK, Jabarulla MY, Alnuaim AA, Hatamleh WA, et al. [Retracted] Artificial Intelligence of Things- (AIoT-) Based Patient Activity Tracking System for Remote Patient Monitoring. J Healthc Eng [Internet]. 2022 Mar 1;2022. Available from: https://doi.org/10.1155/2022/8732213
    16 Zhao R, Yan R, Chen Z, Mao K, Wang P, Gao RX. Deep learning and its applications to machine health monitoring. 2019 Jan 15;115.
    17 Jdey I, Hcini G, Ltifi H. Deep learning and machine learning for Malaria detection: overview, challenges and future directions [Internet]. 2022. Available from: http://arxiv.org/abs/2209.13292
    18 Bollig N, Clarke L, Elsmo E, Craven M. Machine learning for syndromic surveillance using veterinary necropsy reports. PLoS One. 2020 Feb 5;15(2)
    20 Budd J, Miller BS, Manning EM, Lampos V, Zhuang M, Edelstein M, et al. Digital technologies in the public-health response to COVID-19. Nat Med. 2020 Aug 7;26(8):1183–92.
    21 Kung TH, Cheatham M, Medenilla A, Sillos C, De Leon L, Elepaño C, et al. Performance of ChatGPT on USMLE: Potential for AI-assisted medical education using large language models. PLOS Digital Health. 2023 Feb 9;2(2)
    22 Oh BD, Lee YK, Kim JD, Park CY, Kim YS. Deep Learning-Based End-to-End Language Development Screening for Children Using Linguistic Knowledge. NATO Adv Sci Inst Ser E Appl Sci. 2022 May 6;12(9):4651.
    23 Thirunavukarasu AJ, Ting DSJ, Elangovan K, Gutierrez L, Tan TF, Ting DSW. Large language models in medicine. Nat Med. 2023 Jul 17;29(8):1930–40.
    24 Clusmann J, Kolbinger FR, Muti HS, Carrero ZI, Eckardt JN, Laleh NG, et al. The future landscape of large language models in medicine. Communications Medicine. 2023 Oct 10;3(1):1–8.
    25 Syrowatka A, Kuznetsova M, Alsubai A, Beckman AL, Bain PA, Craig KJT, et al. Leveraging artificial intelligence for pandemic preparedness and response: a scoping review to identify key use cases. npj Digital Medicine. 2021 Jun 10;4(1):1–14.
    26 Dórea FC, Revie CW. Data-Driven Surveillance: Effective Collection, Integration, and Interpretation of Data to Support Decision Making. Front Vet Sci. 2021 Mar 12;8:633977.
    27 Chen M, Hao Y, Hwang K, Wang L, Wang L. Disease Prediction by Machine Learning Over Big Data From Healthcare Communities [Internet]. Available from: https://doi.org/10.1109/ACCESS.2017.2694446
    28 Santosh KC. AI-Driven Tools for Coronavirus Outbreak: Need of Active Learning and Cross-Population Train/Test Models on Multitudinal/Multimodal Data. J Med Syst. 2020 Mar 18;44(5):1–5.
    29 Rustam F, Reshi AA, Mehmood A, Ullah S, On BW, Aslam W, et al. COVID-19 Future Forecasting Using Supervised Machine Learning Models [Internet]. Available from: https://doi.org/10.1109/ACCESS.2020.2997311
    30 Shinde S, Yadav S, Somvanshi A. Epidemic Outbreak Prediction Using Machine Learning Model [Internet]. Available from: https://ieeexplore.ieee.org/document/10039594
    31 Wong ZSY, Zhou J, Zhang Q. Artificial Intelligence for infectious disease Big Data Analytics. Infection, Disease & Health. 2019 Feb 1;24(1):44–8.
    32 Abdulkareem M, Petersen SE. The Promise of AI in Detection, Diagnosis, and Epidemiology for Combating COVID-19: Beyond the Hype. Front Artif Intell.
    33 Anjaria P, Asediya V, Bhavsar P, Pathak A, Desai D, Patil V. Artificial Intelligence in Public Health: Revolutionizing Epidemiological Surveillance for Pandemic Preparedness and Equitable Vaccine Access. Vaccines [Internet]. 2023 Jul. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC10383160/
    34 Olawade DB, Wada OJ, David-Olawade AC, Kunonga E, Abaire O, Ling J. Using artificial intelligence to improve public health: a narrative review. Frontiers in Public Health [Internet]. 2023;11. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC10637620/
    35 Shi H, Wang J, Cheng J, Qi X, Ji H, Struchiner CJ, et al. Big data technology in infectious diseases modeling, simulation, and prediction after the COVID-19 outbreak. Intelligent Medicine. 2023 May;3(2):85.
    36 Malik YS, Sircar S, Bhat S, Ansari MI, Pande T, Kumar P, et al. How artificial intelligence may help the Covid‐19 pandemic: Pitfalls and lessons for the future. Rev Med Virol [Internet]. 2021 Sep;31(5). Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7883226/
    37 MacIntyre CR, Lim S, Quigley AL. Preventing the next pandemic: Use of artificial intelligence for epidemic monitoring and alerts. npj Digital Medicine. 2022 Dec 1;3(12).
    38 Santangelo OE, Gentile V, Pizzo S, Giordano D, Cedrone F. Machine Learning and Prediction of Infectious Diseases: A Systematic Review. Machine Learning and Knowledge Extraction. 2023 Feb 1;5(1):175–98.
    39 Scholz TM. Big Data in Organizations and the Role of Human Resource Management: A Complex Systems Theory-Based Conceptualization. Peter Lang Gmbh, Internationaler Verlag Der Wissenschaften; 2017. 237 p.
    40 Gaglione D, Braca P, Millefiori LM, Soldi G, Forti N, Marano S, et al. Adaptive Bayesian Learning and Forecasting of Epidemic Evolution—Data Analysis of the COVID-19 Outbreak [Internet]. Available from: https://ieeexplore.ieee.org/document/9209964
    41 Hertelendy AJ, Goniewicz K, Khorram-Manesh A. The COVID-19 pandemic: How predictive analysis, artificial intelligence and GIS can be integrated into a clinical command system to improve disaster response and preparedness. Am J Emerg Med. 2021 Jul;45:671.
    42 Rinaldi G, Capello F. An Innovative System to Understand the Development of Epidemics Using GIS Spatial Analysis and Based on AI and Big Data. COVID-19 in Clinical Practice. 2021;229–61.
    43 Rana MS, Shuford J. AI in Healthcare: Transforming Patient Care through Predictive Analytics and Decision Support Systems. JAIGS [Internet]. 2024 Jan 22;1(1). Available from: https://ojs.boulibrary.com/index.php/JAIGS/article/view/30
    44 Chalutz Ben-Gal H. Artificial intelligence (AI) acceptance in primary care during the coronavirus pandemic: What is the role of patients’ gender, age and health awareness? A two-phase pilot study. Front Public Health. 2023 Jan 9;10:931225.
    45 Bragazzi NL, Dai H, Damiani G, Behzadifar M, Martini M, Wu J. How Big Data and Artificial Intelligence Can Help Better Manage the COVID-19 Pandemic. Int J Environ Res Public Health. 2020 May 2;17(9):3176.
    46 Venkatraman K, Manoharan A. Public Engagement as the Fifth Dimension of Outbreak Communication: Public’s Perceptions of Public Health Communication during COVID-19 in India. Health Commun [Internet]. 2023 Jan 28; Available from: https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/10410236.2021.1950294
    47 Sharma A, Virmani T, Pathak V, Sharma A, Pathak K, Kumar G, et al. Artificial Intelligence-Based Data-Driven Strategy to Accelerate Research, Development, and Clinical Trials of COVID Vaccine. Biomed Res Int [Internet]. 2022. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC9279074/
    48 Garett R, Young SD. The role of social media in monitoring COVID‐19 vaccine uptake. J Eval Clin Pract. 2022 Aug;28(4):650.
    49 Azadi M, Yousefi S, Farzipoor Saen R, Shabanpour H, Jabeen F. Forecasting sustainability of healthcare supply chains using deep learning and network data envelopment analysis. Sustainability. 2023 Jan 1;154.
    50 Fisher S, Rosella LC. Priorities for successful use of artificial intelligence by public health organizations: a literature review. BMC Public Health. 2022 Nov 22;22(1):1–14.
    51 Mhasawade V, Zhao Y, Chunara R. Machine learning and algorithmic fairness in public and population health. Nature Machine Intelligence. 2021 Jul 29;3(8):659–66.
    52 Kumar A, Mani V, Jain V, Gupta H, Venkatesh VG. Managing healthcare supply chain through artificial intelligence (AI): A study of critical success factors. Comput Ind Eng. 2023 Jan;175:108815.
    53 Long P, Lu L, Chen Q, Chen Y, Li C, Luo X. Intelligent selection of healthcare supply chain mode – an applied research based on artificial intelligence. Frontiers in Public Health [Internet]. 2023;11. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC10758214/
    54 Hu H, Xu J, Liu M, Lim MK. Vaccine supply chain management: An intelligent system utilizing blockchain, IoT and machine learning. J Bus Res. 2023 Feb;156:113480.
    55 Gupta H, Verma OP. Vaccine hesitancy in the post-vaccination COVID-19 era: a machine learning and statistical analysis driven study. Evol Intell. 2022 Mar 9;16(3):739–57.
    56 Covid-19 vaccine hesitancy: Text mining, sentiment analysis and machine learning on COVID-19 vaccination Twitter dataset. Expert Syst Appl. 2023 Feb 1;212:118715.
    57 Qabajeh MM, Mousa S, Saleh HA, Hasan JA. Designing an Android Application for Electronic Booking in Health Clinics and Building Health Record System. J Appl Inf Technol [Internet]. 2023 Jun 25;14(3). Available from: https://www.jait.us/show-229-1357-1.html
    58 Vaishya R, Javaid M, Khan IH, Haleem A. Artificial Intelligence (AI) applications for COVID-19 pandemic. Clin Epidemiol Glob Health. 2020 Apr 20;14(4):337–9. Available from: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1871402120300771
    59 Zimmerman RM, Hernandez EJ, Scott Watkins W, Blue N, Tristani-Firouzi M, Yandell M, et al. An explainable AI approach for discovering social determinants of health and risk interactions for stroke in patients with atrial fibrillation [Internet]. medRxiv. 2023. p. 2023.02.27.23286470. Available from: https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2023.02.27.23286470v1.abstract
    60 Carroll NW, Art J, Burkard T, Lulias C, Kylie Severson MS, Tori Posa BA. Improving Risk Stratification Using AI and Social Determinants of Health. AJMC. 2022. Available from: https://www.ajmc.com/view/improving-risk-stratification-using-ai-and-social-determinants-of-health
    61 Davis MA, Lim N, Jordan J, Yee J, Gichoya JW, Lee R. Imaging Artificial Intelligence: A Framework for Radiologists to Address Health Equity, From the AJR Special Series on DEI. American Journal of Roentgenology [Internet]. 2023 Feb 22; Available from: https://ajronline.org/doi/10.2214/AJR.22.28802
    62 Brakefield WS, Ammar N, Shaban-Nejad A. An Urban Population Health Observatory for Disease Causal Pathway Analysis and Decision Support: Underlying Explainable Artificial Intelligence Model. JMIR Formative Research. 2022 Jul 20;6(7)
    63 Kellenberger B, Vargas-Muñoz JE, Tuia D, Daudt RC, Schindler K, Whelan TTT, et al. Mapping Vulnerable Populations with AI [Internet]. arXiv.org. 2021. Available from: https://arxiv.org/pdf/2107.14123.pdf
    64 Talati KN, Parikh SM. Big Data and Public Health: Avenue for Multidisciplinary Collaborative Research. In IGI Global; 1AD.
    65 Wilder B. AI for Equitable, Data-Driven Decisions in Public Health. AAAI. 2023 Sep 6;37(13):15459–15459.
    66 Allen B, Neill DB, Schell RC, Ahern J, Hallowell BD, Krieger M, et al. Translating Predictive Analytics for Public Health Practice: A Case Study of Overdose Prevention in Rhode Island. Am J Epidemiol. 2023 May 17;192(10):1659–68.
    67 Mei J, Khiang CY, Hickson R, Xia E, Zhao S. Predicting non-communicable disease with infectious risk factors using artificial intelligence [Internet]. US Patent. 11380443, 2022. Available from: https://patentimages.storage.googleapis.com/26/30/57/01fd2ba7ed7264/US11380443.pdf
    68 Long E, Wan P, Chen Q, Lu Z, Choi J. From function to translation: Decoding genetic susceptibility to human diseases via artificial intelligence. Cell Genomics. 2023 Jun 14;3(6):100320.
    69 Somodevilla MJ, de Celis MCP, Pineda IH, Colmenares LE, Mena I. System Development Ontology to Discover Lifestyle Patterns Associated with NCD. Int Conf Bioinform Biomed Eng. 2015;47–56.
    70 Mohanaprakash TA, Abirami P, Navaneethakrishnan M, Savija J, Ramya M, Anbarasa PA. Artificial Intelligence Powered Early Detection of Heart Disease [Internet]. Available from: https://ieeexplore.ieee.org/document/10127928
    71 Joshi S, Bagayoko CO, Babington-Ashaye A, Geissbuhler A. Digital technologies for NCD prevention and control. In: Noncommunicable Diseases. 1st Edition. Routledge; 2023. p. 362–8.
    72 Kocakoç İD. The Role of Artificial Intelligence in Health Care. The Impact of Artificial Intelligence on Governance, Economics and Finance, Volume 2. 2022;189–206.
    76 Ferdosi BJ, Sakib MA, Islam MS, Dhar J. Identifying Counterfeit Medicine in Bangladesh Using Deep Learning. Human Centred Intelligent Systems. 2021;46–55.
    77 Liang Y, Zhao Y, Que D, Zhang X, Xu C. Online Fake Drug Detection System in Heterogeneous Platforms Using Big Data Analysis [Internet]. Available from: https://ieeexplore.ieee.org/document/7979925
    78 Chen CW, Tsai AC, Chang WY, Huang HF, Wang JF. Arbitrary Axis-aligned and Multi-scale Drug Recognition System [Internet]. Available from: https://ieeexplore.ieee.org/document/9468730
    79 Andi HK. AI-Powered Drug Detection System Utilizing Bioactivity Prediction and Drug Release Tracking. Journal of Artificial Intelligence and Capsule Networks. 2022 Nov 9;4(4):263–73.
    80 Bhardwaj A, Kumar S, Naidu A. Predictive analysis and supervised detection for fraudulent cases in healthcare [Internet]. Available from: https://ieeexplore.ieee.org/document/9734195
    81 Flarence AR, Bethu S, Sowmya V, Anusha K, Sankara Babu B. Importance of supervised learning in prediction analysis. Periodicals of Engineering and Natural Sciences. 2018 Jun 5;6(1):201–14.
    82 Elvas LB, Helgheim B, Ferreira JCA. Information Sharing through Digital Service Agreement [Internet]. medRxiv. 2023. p. 2023.01.18.23284718. Available from: https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2023.01.18.23284718v1.abstract
  • Cartographie des cas d’usage de l’IA en prévention et au service de la santé publique

    Des actions et interventions plus efficientes

    L’IA peut jouer un rôle essentiel dans l’identification des individus à haut risque et la prédiction des risques de maladie, permettant ainsi des interventions préventives en temps utile. En abordant les problèmes de santé à un stade précoce, les systèmes de santé publique peuvent réduire le besoin de traitements coûteux et d’hospitalisations, entraînant des économies substantielles. Des approches qui ont le potentiel de transformer les stratégies de prévention et de traitement, en permettant une action proactive et en optimisant les ressources.

    L’IA améliore ainsi la surveillance, la gestion des ressources et la lutte contre les inégalités dans le domaine de la santé, contribuant ainsi à rendre les interventions de santé publique plus efficaces et mieux ciblées.

    5 axes de l’usage de l’IA en prévention

    📌 Modélisation prédictive :

    Utilisation de l’IA pour analyser des données historiques et actuelles afin de prévoir des tendances futures, telles que l’évolution des épidémies ou l’apparition de maladies, permettant des interventions préventives ciblées.

    📌 Aide à la décision :

    L’IA fournit des analyses et des recommandations basées sur des données pour soutenir les professionnels de santé dans la prise de décisions éclairées et rapides en matière de prévention et de soins.

    📌 Changement des comportements :

    L’IA propose des solutions personnalisées, comme des recommandations de santé, pour encourager des habitudes de vie saines et prévenir les maladies chroniques en influençant positivement les comportements individuels.

    📌 Ciblage :

    L’IA identifie les populations à risque ou les zones géographiques nécessitant des interventions spécifiques, permettant ainsi une meilleure allocation des ressources et une efficacité accrue des actions de santé publique.

    📌 Optimisation des processus :

    L’IA améliore l’efficacité des systèmes de santé en automatisant et en optimisant les flux logistiques, les chaînes d’approvisionnement ou encore la distribution des ressources médicales, réduisant les coûts et les délais.

    Des cas d’usage dans 6 domaines de la prévention

    1️⃣ Surveillance des maladies et détection précoce des épidémies :
    L’IA analyse en temps réel les données sanitaires, détecte les tendances inhabituelles et anomalies (comme l’augmentation des recherches liées à des symptômes), émet des alertes précoces et modélise des scénarios prédictifs pour anticiper et atténuer les épidémies. Elle facilite aussi la coordination internationale en partageant rapidement les informations critiques.

    2️⃣ Prévision et modélisation des maladies infectieuses :
    L’IA permet une meilleure compréhension des dynamiques épidémiques grâce à l’intégration de multiples facteurs (environnementaux, démographiques). Elle détecte rapidement les anomalies et propose des scénarios prédictifs pour optimiser les ressources et les interventions, tout en s’adaptant aux conditions changeantes des épidémies.

    3️⃣ Amélioration de la distribution et de l’adhésion aux vaccins :
    L’IA prédit la demande vaccinale, identifie les populations à risque et optimise la logistique de distribution des vaccins. Elle aide également à sensibiliser contre l’hésitation vaccinale via des campagnes d’information ciblées et en automatisant les rappels pour les rendez-vous de vaccination.

    4️⃣ Analyse des déterminants de santé et lutte contre les inégalités :
    L’IA analyse les déterminants sociaux (revenus, logement, éducation) pour identifier les populations vulnérables et proposer des interventions ciblées. Elle contribue à assurer un accès équitable aux soins de santé, et guide les décideurs dans l’élaboration de stratégies visant à réduire les inégalités.

    5️⃣ Prédiction et prévention des maladies chroniques :
    L’IA identifie les individus à risque de maladies chroniques (diabète, maladies cardiaques) en analysant des facteurs de risque (génétiques, comportementaux). Elle aide à développer des plans de prévention personnalisés et soutient la surveillance continue des patients grâce à la télémédecine et à des recommandations pour des changements de mode de vie.

    6️⃣ Détection des produits de santé falsifiés ou de mauvaise qualité :
    L’IA détecte les anomalies dans les chaînes d’approvisionnement et les écarts visuels dans les produits pour repérer les médicaments falsifiés. Elle surveille les discussions en ligne, identifie les tendances suspectes et coordonne les actions entre les parties prenantes pour lutter contre la circulation de ces produits.

    Pour aller plus loin :

    👉 Plus de détails concernant chacun de ces cas d’usage peuvent être consultés dans la revue de la littérature réalisée pour cette étude H&TI dédiée à l’IA en prévention : Comment l’IA peut-elle soutenir la prévention et renforcer la santé publique ?

    Cartographie des cas d’usage :

     

    Cartographie des cas d'usage de l'IA en santé - @ Health & Tech Intelliegnce
    Cartographie des cas d’usage de l’IA en santé – @ Health & Tech Intelliegnce
  • Initiatives de prévention : les acteurs de la santé s’engagent pour relever les défis du grand âge et des maladies chroniques

    Une priorité pour les acteurs du secteur

    Désormais soutenue par l’innovation technologique, la prévention connait une demande croissante et un intérêt grandissant des grands groupes du secteur de la santé pour des solutions personnalisées et accessibles. En France, e2022, les dépenses de santé dédiées à la prévention atteignaient 12,7 milliards d’euros, soit une baisse de près de 28 % par rapport à 2021, mais un montant largement supérieur aux 5,54 milliards d’euros de 2019, avant la pandémie de Covid-19.

    Avec le vieillissement de sa population, la pays fait face à de nouveaux défis liés à la santé des seniors. D’après l’Insee, la population pourrait atteindre 69,3 millions d’ici 2044, avec une proportion de personnes de plus de 65 ans qui représenteraient 28,7 % en 2070. Ce phénomène entraîne une hausse de la prévalence des maladies chroniques, comme le diabète ou les pathologies cardiovasculaires, lesquelles représentaient déjà 61,9 % des dépenses de santé, soit 104 milliards d’euros, en 2020. D’ici 2030, le nombre de personnes âgées dépendantes pourrait augmenter de 50 %, selon un rapport du Leem.

    D’un autre côté, les modes de vie actuels, tels que la sédentarité, l’alcoolo-tabagisme et les mauvaises habitudes alimentaires, aggravent les facteurs de risque de plusieurs maladies.

    🏥 Les hôpitaux en première ligne :

    Les établissements de soins, qu’ils soient publics ou privés, mettent en place des stratégies pour améliorer la prévention au sein de leurs services. Le passage des soins hospitaliers traditionnels vers des soins ambulatoires, à domicile et virtuels s’est accéléré. Cette transition permet d’atteindre les patients de manière plus flexible et d’offrir des programmes de prévention plus personnalisés. Les systèmes de santé investissent également dans des technologies de santé numériques et des plateformes de soins partagés pour améliorer la coordination des soins préventifs et l’engagement des patients.

    À ce titre, lors de Santexpo 2024, un appel à projet (AAP) pour le prix de l’innovation en prévention a été lancé par la Conférence des directeurs généraux de CHU et le groupe mutualiste européen Relyens. Ce prix a pour but de promouvoir des initiatives qui pourraient être déployées dans d’autres établissements, de renforcer le rôle des CHU dans la prévention en lien avec les acteurs territoriaux et de contribuer à la stratégie nationale de prévention portée par le ministère de la Santé et le programme France 2030. Son ambition est de faire des CHU des moteurs de l’innovation dans la prévention, tout en s’inscrivant dans les priorités de santé publique actuelles.

    L’Hôpital Américain de Paris s’est associé avec la start-up Kiro pour faire progresser la médecine préventive personnalisée. Ce partenariat vise à améliorer l’interprétation des examens biologiques, grâce à l’intelligence artificielle, et à proposer des soins plus ciblés. Kiro utilise des outils d’IA pour combiner les données biologiques et cliniques, facilitant ainsi une détection précoce des maladies et une meilleure gestion des patients. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie de l’Hôpital pour 2024-2028, centrée sur la prévention et l’innovation en santé.

    Bien que plusieurs actions actions soient portées par les établissements de santé, la prévention en hôpital reste confrontée à plusieurs défis, à savoir :

    • le manque de ressources financières et humaines nécessaire à une prévention efficace ;
    • une sensibilisation insuffisante du public et des patients ;
    • la coordination des soins  avec des acteurs externes (médecins de ville, associations) ;
    • et le changement de culture notamment le passage d’une approche curative à préventive.

    Les groupes d’hospitalisation privée s’engagent :

    Les actions de prévention du groupe d’hospitalisation privée, Elsan, se concentrent sur plusieurs thématiques de santé publique, visant à sensibiliser et dépister les maladies chroniques. L’entreprise organise des campagnes de vaccination (grippe, HPV), de dépistage des cancers et des risques cardiovasculaires, et propose des bilans de santé complets. Avec des équipes mobiles et des initiatives d’”aller-vers”, Elsan touche plus de 11 000 personnes par an. L’objectif est de promouvoir l’hygiène de vie, de prévenir les maladies chroniques, et d’intervenir de manière proactive sur le terrain.

    Vivalto Santé, à travers ses centres “Vivalto check-up”, propose des bilans de santé personnalisés, adaptés aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises. Spécialisés en médecine préventive et dépistage, ces centres visent à préserver une santé optimale grâce à des diagnostics précoces et des suivis adaptés. Implantés sur tout le territoire français, les centres offrent une prise en charge accessible et de qualité, avec pour objectif d’accompagner les patients et les employés dans une démarche de prévention active et durable.

    Les personnes âgées parmi les cibles prioritaires :

    La prévention concerne également les personnes âgées. A titre d’exemple, la maison Saint-Joseph de Quimperlé (de l’HSTV) a mis en place récemment un hôpital de jour dédié à la prévention des chutes chez les seniors. Ce programme vise à :

    • réduire les risques de chutes ;
    • proposer par des évaluations et des exercices spécifiques adaptés ;
    • permettre aux personnes âgées améliorer leur équilibre, leur mobilité et autonomie ;
    • et éviter les accidents domestiques et les hospitalisations.

    D’autres initiatives se concentrent également sur les personnes âgées c’est le cas du projet “Métapsy” a été initié dans le cadre d’une collaboration entre My Family Up, l’Institut de recherche en informatique de Toulouse et le Gérontopôle. Ce programme utilise l’intelligence artificielle pour analyser la voix et détecter des signes précoces d’états émotionnels à risque. Il s’inscrit dans une démarche de prévention, en ciblant la santé mentale des aidants et des familles, en vue de leur offrir un soutien psychologique adapté avant l’apparition de crises. L’objectif est d’anticiper et de prévenir les troubles psychologiques.

    🏛️ La prévention au cœur des enjeux des assureurs :

    Les assureurs jouent un rôle essentiel dans la promotion de la prévention en santé, en intégrant des programmes visant à réduire les risques de maladies et à encourager des comportements sains. Face à l’augmentation des maladies chroniques et des dépenses de santé, les compagnies d’assurance et les mutuelles adoptent des stratégies de prévention pour leurs assurés.

    Ces dernières disposent de nombreux programme afin de favoriser la prévention :

    • Generali : propose le programme Generali Vitaly, visant à encourager ses assurés à adopter un mode de vie plus sain. Il repose sur un système de récompenses pour inciter à l’activité physique, à une meilleure alimentation. Les membres peuvent cumuler des points en fonction de leurs efforts pour améliorer leur santé ;
    • Vivoptim :  une initiative du groupe VYV, dédiée à la prévention des risques cardiovasculaires, propose un programme de bilans réguliers, d’un suivi personnalisé et de recommandations pour améliorer l’hygiène de vie de ses adhérents ;
    • Mon bilan prévention : lancée en 2024, cette initiative est un partenariat entre l’Assurance Maladie, la Mutualité sociale agricole (MSA), et Santé publique France. Elle propose des bilans de santé gratuits à des âges clés et propose des rendez-vous permettant de détecter d’éventuelles maladies chroniques, de surveiller la santé mentale des jeunes, et d’évaluer les risques de perte d’autonomie pour les seniors
    • La Mutualité Française : avec ses différents programmes de prévention (santé environnementale, maladies chroniques, santé de nos aînés autonomes…), la Mutualité vise également à à promouvoir l’activité physique pour améliorer la santé des individus, à travers son programme et son observatoire “sport-santé”. Il consiste en des événements nationaux (marches et courses pour tous) ainsi que des ateliers de sensibilisation à l’importance du sport pour la prévention des maladies chroniques. En partenariat avec des fédérations sportives, la Mutualité Française encourage la pratique régulière d’activités physiques adaptées à différents publics.

    💊 Le médicament comme levier de la prévention :

    Au-delà de la vaccination, les laboratoires pharmaceutiques jouent un rôle central dans la prévention des maladies chroniques et infectieuses, en offrant des solutions innovantes pour atténuer les facteurs de risque et promouvoir la santé :

    • Des entreprises comme Novo Nordisk jouent un rôle important dans la prévention des maladies chroniques. Son médicament anti-obésité Wegovy pourrait bientôt être commercialisé en Europe et permettre ainsi de mieux prévenir la maladie cardiaque. Initialement conçu pour la perte de poids, ce traitement pourrait être utilisé pour atténuer les risques cardiovasculaires.
    • Des programmes comme le Prevent2Care Lab, soutenu par Pfizer et la Fondation Ramsay Santé, visent à promouvoir la prévention à travers des start-ups innovantes qui développent des solutions pour encourager le dépistage précoce et les diagnostics​.
    • Sanofi prévoit de distribuer 600 000 doses de Beyfortus en France pour la campagne de vaccination contre la bronchiolite cet hiver, soit le double des doses fournies l’an dernier. Ce traitement, destiné aux nourrissons, est un anticorps conçu pour prévenir cette infection respiratoire. L’augmentation des doses vise à répondre à une forte demande, notamment après la réussite de la campagne précédente.
    • Dans le cadre de la prévention contre le VIH, le médicament Sunlenca de Gilead représente une avancée majeure. Administré sous forme d’injection semestrielle, il a démontré une grande efficacité dans la prévention de l’infection chez les femmes à haut risque, marquant une révolution pour la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Ce traitement pourrait alléger la contrainte des prises quotidiennes de pilules et constituer une nouvelle arme dans la prévention du VIH, contribuant à réduire les nouvelles infections dans le cadre d’une stratégie de santé publique globale.

    D’autres initiatives en France

    D’autres initiatives ont vu le jour, portées par des centres d’innovation ou d’expérimentation qui font de la prévention une de leurs priorités :

    • Parisanté Campus et Bpifrance  qui ont récemment lancé un accélérateur dédié aux startups innovantes dans le domaine de la prévention en santé. Cette initiative vise à soutenir les jeunes entreprises qui développent des solutions dans des secteurs comme les données de santé, l’intelligence artificielle, ou encore la médecine préventive. L’objectif est de structurer une filière spécialisée pour transformer le système de santé vers un modèle préventif. En plus de l’expertise de Bpifrance, ces entreprises peuvent également s’appuyer sur l’écosystème de PariSanté Campus, qui regroupe chercheurs et universitaires, renforçant ainsi le lien entre la recherche et l’innovation en santé.
    • Depuis 2024, le projet tiers-lieu d’expérimentation (TLE) “Unirein” vise à améliorer la prise en charge des maladies telles que le diabète et l’hypertension. En collaboration avec divers acteurs (patients, soignants, experts et startups), il utilise des outils numériques pour promouvoir l’autonomie des patients, optimiser les soins, et développer des solutions innovantes via un processus de coconception.
    • Les pôles de compétitivité ont également leur rôle à jouer. À ce titre, le “Challenge prévention” de Lyonbiopôle vise à démontrer la valeur des innovations en conditions réelles, en particulier dans le domaine de la prévention santé. Ce programme invite des entreprises innovantes à présenter des projets qui pourront être évalués dans des environnements réels pour en prouver l’efficacité. Les projets retenus bénéficieront d’un accompagnement et d’une mise en relation avec des experts, ainsi que d’opportunités de financement.

     

  • Panorama des tendances internationales de l’innovation en prévention

    Un impact sur les 3 niveaux de la prévention

    En prévention primaire, l’innovation en prévention concerne davantage l’utilisation de registres nationaux ou d’applications mobiles qui promeuvent des modes de vie sains afin d’empêcher l’apparition de maladies. En prévention secondaire, l’utilisation de technologies de suivi ou des données issues de dossiers patients permettent d’identifier des épidémies émergentes ou à détecter des maladies à un stade précoce pour permettre un traitement rapide et adapté. En prévention tertiaire, la télémédecine notamment permet un suivi continu des patients atteints de maladies chroniques, améliorant leur qualité de vie et réduisant le risque de complications et par là même les taux d’hospitalisation.

    Dans cet article, H&TI revient sur ces différents types d’initiatives à travers 4 grandes tendances internationales :

    • le big data ;
    • les DTx ;
    • la santé populationnelle ;
    • et la vaccination.

    Le big data : un marché mondial estimé à 39,7 Mds$ en 2022

    Dans un article publié en avril 2023, des chercheurs de l’Institute for Medical Science and Technology en Inde mettent en avant comment la Big data permet une approche plus proactive et personnalisé pour le diagnostic et la prévention des maladies.

    En 2018, des données omics ont pu être analysées avec des algorithmes d’IA pour identifier des tendances et des modèles qui pourraient ne pas être visibles à l’œil nu. L’analyse de ces données a révélé des corrélations entre différents facteurs de risque et l’asthme, permettant une meilleure compréhension des facteurs qui contribuent à cette maladie.

    Des chercheurs du Farr Institute of Health Informatics Research en Angleterre ont analysés des données provenant de millions de dossiers de santé électronique et de données sociétales afin de mieux appréhender les causes des maladies cardiovasculaires. Les algorithmes d’IA ont été utilisés ici pour développer des modèles prédictifs qui évaluent le risque qu’un individu développe une maladie cardiovasculaire.

    Des chercheurs de l’Université de Singapour ont analysés par machine learning des données provenant de résultats de laboratoire, données d’imagerie et notes en texte libre des médecins pour personnaliser les traitements en fonction des caractéristiques spécifiques de chaque patient et adapter les traitements en fonction des réponses individuelles aux médicaments pour prévenir des effets indésirables et éviter des rechutes.

    En Australie dans l’état du Queensland, des données provenant de dossiers patients électroniques, d’objets connectés et de réclamations/facturations ont été analysées pour surveiller l’obésité des patients et déterminer des profils de risques à l’échelle de l’état.

    Les DTx en santé mentale :

    Les initiatives de prévention liées aux DTx se concentrent sur l’amélioration de la qualité de vie des patients et la réduction des risques de complications. Les DTx encouragent les patients à modifier leur mode de vie par des activités comme l’exercice régulier, l’adoption d’une alimentation saine et la gestion du stress.

    En oncologie, les DTx peuvent également fournir des séances de conseils et d’éducation pour sensibiliser aux facteurs de risque associé, tels que les antécédents familiaux et les habitudes de vie néfastes. En automatisant la gestion des médicaments et en surveillant les symptômes et comportements de stress, ces technologies favorisent une approche personnalisée, permettant de détecter précocement les signes avant-coureurs de complications, de prévenir les rechutes et de réduire les hospitalisations. En Islande, un programme a été mis en place avec des patientes ayant un cancer du sein.

    En Allemagne, Mika a été la première plateforme DTx à recevoir la certification DiGA pour l’oncologie permettant de suivre les niveaux de détresse et les symptômes et de fournir des conseils allant de la nutrition à l’exercice physique pour prévenir des rechutes ou des effets secondaires des traitements.

    En psychiatrie, le plan d’action de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « Comprehensive Mental Health Action Plan 2013–2030 », vise à promouvoir la santé mentale et les stratégies de prévention. Parmi les recommandations figure l’utilisation des DTx.

    Au Royaume-Uni, EndeavorRx et BDD-Net utilisent des algorithmes pour ajuster le niveau de serious game pour la prévention, la gestion et le traitement des troubles de l’humeur. En Finlande, le programme Ascend a été mis en place afin de prévenir la dépression dans un groupe de patient et intervenir avant les premiers symptômes.

    La Suède a intégré les DTx dans son système de santé, notamment avec des solutions du groupe Kry qui propose des consultations en ligne et des programmes de thérapies cognitivo-comportementale (TCC) pour prévenir et traiter la dépression et l’anxiété.

    La santé populationnelle et la prévention à l’échelle d’un territoire :

    Aux Etats-Unis, la plateforme de visualisation de données RiskScape utilisent les données des dossiers patient pour surveiller la santé de la population sur l’échelle d’un territoire permettant aux autorités de santé d’identifier rapidement les tendances et de prendre des mesures préventives pour éviter des crises etc.

    En Australie, l’initiative PopHQ vise à récolter les données anonymisées des dossiers patients afin d’appliquer des analyses impliquant de l’IA pour guider les décisions, les investissements, les ressources et les interventions dans les agences de santé publique.

    Interface RiskScape - @ ESP
    Interface RiskScape – @ ESP

    L’IA au service des campagnes de vaccination :

    Depuis la crise Covid-19, l’utilisation de l’IA pour établir des compagnes de vaccination s’est accéléré. En effet, l’IA aide à cibler les interventions de manière plus précise pour atteindre les populations marginalisées et améliorer l’accès équitable aux vaccins

    Le programme « Reaching the Unreached » de l’Unicef en Afrique centrale et de l’ouest en est un exemple. Des algorithmes de machine learning sont utilisés conjointement avec des images satellites, des projections de recensement, des résultats d’enquête et des données géospatiales afin d’identifier les zones où des enfants sont sous-vaccinés ou n’ayant reçu aucune dose d’un vaccin.

    En 2021, une collaboration entre l’Université Duke aux Etats-Unis et des universités brésiliennes a permis de développer une méthode afin d’identifier de manière automatisée des populations éligibles aux campagnes de vaccination pour une planification affinée. Cette méthode, qui intègre des données provenant d’images satellites et des données géostatistiques, a été testée dans 29 pays des Amériques.

    Répartition dans les monde des initiatives recensées en prévention et IA selon les 4 grandes tendances – @ H&TI

     

    Sources :

    • Goldin PR , Lindholm R , Ranta K , Hilgert O , Helteenvuori T , Raevuori Une faisabilité d’une intervention en ligne avec l’aide d’un thérapeute et délivrée par téléphone portable pour la dépression : étude observationnelle longitudinale
      JMIR Form Res 2019;3(1):e11509
    • Gudmundsson GH, Mészáros J, Björnsdóttir ÁE, Ámundadóttir ML, Thorvardardottir GE, Magnusdottir E, Helgadottir H, Oddsson S Evaluating the Feasibility of a Digital Therapeutic Program for Patients With Cancer During Active Treatment: Pre-Post Interventional Study
      JMIR Form Res 2022;6(10):e39764
    • Hemingway H, Asselbergs FW, Danesh J et al (2018) Big data from electronic health records for early and late translational cardiovascular research: challenges and potential. Eur Heart J39:1481–1495
    • Galeone C, Scelfo C, Bertolini F et al (2018) Precision medicine in targeted therapies for severe asthma: is there any place for “omics” technology? BioMed Res Int 2018:1–15
    • Ngiam KY, Khor IW (2019) Big data and machine learning algorithms for health-care delivery. Lancet Oncol 20:e262–e273
    • Big data and machine learning algorithms for health-care delivery. Ngiam, Kee Yuan et al. The Lancet Oncology, Volume 20, Issue 5, e262 – e273
    • Canfell O, Davidson K, Sullivan C, Eakin E, Burton-Jones A. Data Sources for Precision Public Health of Obesity: A Scoping Review, Evidence Map and Use Case in Queensland, Australia, BMC Public Health (2022) 22:584. doi: 10.1186/s12889-022-12939-x
    • Augusto Hernandes Rocha T, Grapiuna de Almeida D, Shankar Kozhumam A, Cristina da Silva N, Bárbara Abreu Fonseca Thomaz E, Christine de Sousa Queiroz R, de Andrade L, Staton C, Ricardo Nickenig Vissoci J. Microplanning for designing vaccination campaigns in low-resource settings: A geospatial artificial intelligence-based framework. Vaccine. 2021 Oct 8;39(42):6276-6282.
  • Maladies chroniques, santé mentale des jeunes, santé des femmes… Les priorités nationales en matière de prévention

    Renforcer la prévention : un constat partagé

    En juillet 2024, le rapport Charges et produits 2025 de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) annonce un déficit de l’Assurance maladie estimé à 11,4 milliards d’euros pour 2024. Maîtriser les dépenses tout en optimisant la qualité des soins est la ligne globale préconisée par ce document. Outre les mesures d’économies, la Cnam recommande d’intensifier les efforts sur la prévention pour limiter les coûts de santé.

    La stratégie nationale de santé 2023-2033 met aussi l’accent sur la prévention. Le rapport cite : « notre système de santé et sa soutenabilité sont désormais mis en grande difficulté. Orienté sur le soin et non sur la prévention, cette structuration génère même de manière continue… plus de situations de soins complexes. » Le texte met en première place les défis auxquels le système de santé français est confronté : « permettre à tous nos concitoyens de vivre plus longtemps en bonne santé, par la prévention, la promotion de la santé et l’accompagnement à tous les âges de la vie. »

    Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) propose, dans sa note de cadrage pour la Stratégie nationale de santé (SNS) 2023-2033, quatre objectifs stratégiques et douze propositions sur 10 ans, notamment le renforcement des déterminants environnementaux, une démarche “one health”, mais aussi une politique de prévention basée sur l’approche populationnelle et territoriale.

    Objectifs et recommandations établis par le HCSP pour la stratégie nationale de santé 2023-2033 - @ HCSP
    Objectifs et recommandations établis par le HCSP pour la stratégie nationale de santé 2023-2033 – @ HCSP

    Quelques indicateurs rassurants, mais de nombreux défis :

    Depuis l’an dernier, un tableau de bord de 17 indicateurs permet à l’Assurance maladie de mesurer les actions de prévention. En 2022, on note +1,3 point sur la participation au dépistage du cancer du sein, une amélioration de la couverture vaccinale HPV (+4,1 points) ou encore une baisse de 0,7 point du nombre de fumeurs quotidiens (de plus de 15 ans), qui s’établit à 24,8 %.

    Cependant, avec 100 000 décès annuels (considérés comme évitables en agissant sur des déterminants de santé comme le tabagisme, l’alcoolisme et la sédentarité), 24 millions de patients qui souffrent de maladies chroniques, des risques environnementaux et le vieillissement de la population, l’intensification des efforts autour de la prévention semble, plus que jamais, nécessaire.

    Les priorités de l’Assurance maladie :

    La Cnam propose une approche populationnelle autour de quatre publics spécifiques : les jeunes et la santé mentale, les femmes et le cancer du sein, de l’utérus et l’endométriose, et les patients atteints de maladies chroniques, notamment cardio-vasculaires.

    • Santé mentale des jeunes : La santé mentale des jeunes est préoccupante compte tenu des dégradations observées ces dernières années. Le rapport souligne une hausse des troubles anxieux et dépressifs chez les adolescents. 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque notable de dépression, particulièrement chez les jeunes filles. Pour y répondre, le rapport propose de renforcer les programmes de prévention en santé mentale, notamment en sensibilisant les professionnels de santé et en intégrant des initiatives spécifiques dans les établissements scolaires. Il recommande également d’améliorer la formation des médecins généralistes pour mieux dépister et prendre en charge les troubles mentaux chez les jeunes. Un des objectifs est de former 300 000 secouristes en santé mentale d’ici 2030.
    • Santé des femmes : Le rapport 2025 de la Cnam met en avant des initiatives clés en matière de santé des femmes, notamment la prévention des maladies cardiovasculaires chez les femmes ménopausées. Il propose d’intégrer le dépistage systématique des risques cardiovasculaires dans les consultations de routine, en renforçant la sensibilisation des professionnels de santé. Pour l’endométriose, qui touche 2 à 10 % des femmes en âge de procréer, la Cnam préconise l’évaluation de l’efficacité de l’Endotest en vue de sa généralisation. Concernant les cancers, le rapport souligne la nécessité de renforcer les programmes de dépistage pour le cancer du sein, colorectal et du col de l’utérus, en améliorant l’accès aux kits de dépistage et en déployant des “mammobus” dans les zones rurales. Il propose aussi un suivi proactif des patients à risque élevé de cancer, en collaboration avec le ministère de la Santé et l’Inca.
    • Santé cardiovasculaire : En matière de maladies cardiovasculaires, la Cnam insiste sur l’importance d’une approche globale, intégrant la prévention en amont, notamment par la promotion et l’ouverture du remboursement de l’activité physique adaptée, dont l’efficacité est cliniquement prouvée. Le rapport souligne également la nécessité de dépister systématiquement les facteurs de risque associés, afin de prévenir les complications et d’améliorer la prise en charge des patients à long terme.
    • Personnes âgées : Le rapport aborde également la santé des personnes âgées, avec des mesures pour réduire la polymédication et prévenir la perte d’autonomie. La mise en place d’un dispositif de prévention précoce de la dépendance est l’une des actions phares pour cette tranche de la population particulièrement vulnérable.

    La prévention dès le plus jeune âge, et tout au long du parcours de soins :

    Prévention des maladies chroniques, comportements addictifs, santé environnementale, la stratégie nationale de santé (SNS) 2023-2024 met la prévention au cœur de ses recommandations. Le gouvernement mise sur la promotion de la santé dès le plus jeune âge, avec des interventions ciblées dans les écoles pour adopter de bonnes habitudes de vie, une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, lutte contre le harcèlement, contre le tabagisme. Objectif : une “première génération sans tabac”, ramener à moins de 5 % le tabagisme chez les jeunes de 17 ans.

    “Les écoles ont un rôle important à jouer dans la prévention et la promotion de la santé. Lieu de vie et d’apprentissage pour les enfants et les jeunes, elles constituent un lieu privilégié de détection et peuvent influencer leur développement physique, mental et social”, cite le document.

    De l’école à l’Ehpad, du bien vieillir au parcours de soins des maladies chroniques, en passant par la gestion des risques professionnels, la stratégie nationale de santé intègre les nombreuses dimensions de la prévention. Elle propose de maintenir les efforts d’information et de sensibilisation auprès du grand public, d’impliquer l’ensemble des acteurs sociaux et d’adopter une stratégie territoriale, basée sur les régions, leurs ressources et leur connaissance de l’environnement.

    Inégalités de prévention : un écart de 20 points dans le dépistage du cancer du sein selon le niveau socio-économique

    Les inégalités en termes de santé et de prévention restent un défi en France. Ces inégalités se manifestent par des différences d’accès aux soins, à l’information et aux services de prévention, souvent influencées par des facteurs socio-économiques, géographiques et culturels. Les populations les plus défavorisées, vivant notamment dans des territoires isolés ou en difficulté, sont plus touchées. Elles bénéficient moins des programmes de prévention, comme les dépistages réguliers ou la vaccination, et sont plus exposées à des comportements à risque, tels que le tabagisme ou la mauvaise alimentation. Pour réduire ces disparités, la Stratégie nationale de santé 2023-2033 met l’accent sur des actions ciblées visant à améliorer l’accès à la prévention dans les zones les plus vulnérables, en renforçant les infrastructures de santé et en développant des initiatives locales adaptées aux besoins spécifiques de ces populations. Les objectifs ciblés sont, par exemple : réduire de moitié les écarts d’espérance de vie entre les plus aisés et les plus modestes. Ou bien, d’ici 5 ans, faire progresser de plus de 30 % la part de fruits et légumes dans l’alimentation.

    Le numérique comme levier d’accélération de la prévention

    La santé numérique joue un rôle dans la prévention, offrant des outils qui améliorent l’accès à l’information, facilitent le suivi des patients et permettent une détection précoce des risques. D’après l’OMS, le numérique peut se révéler efficace pour les patients éloignés géographiquement des établissements de santé, mais aussi pour donner plus d’autonomie aux patients et obtenir leur adhésion, par exemple dans le cadre d’addictions stigmatisées. Promouvoir les outils qui fonctionnent déjà et développer de nouveaux dispositifs innovants font partie du plan.

    Le 28 août 2024, l’Agence de l’innovation en santé (AIS) a lancé une nouvelle stratégie nationale d’innovation en prévention, dotée d’un budget de 170 millions d’euros, visant à renforcer la prévention dans huit domaines de santé publique, incluant la santé mentale, les maladies chroniques et la perte d’autonomie. Structurée autour de trois axes (recherche, démonstration de la valeur et industrialisation), cette stratégie s’inscrit dans le cadre du plan Innovation Santé 2030. Elle vise à améliorer le système de santé en passant d’une approche curative à une approche préventive, avec un accent particulier sur l’efficacité des innovations et leur intégration dans le système de santé français. Un AAP a récemment été ouvert pour identifier et soutenir le développement de dispositifs innovants. Santé, recherche et industrie collaborent en faveur de la prévention.

    La Cnam préconise d’ailleurs d’élargir des dispositifs de prévention qui sont déjà appliqués et qui ont fait leurs preuves. C’est le cas d’une plateforme de prévention et de soins en orthophonie (PPSO). Ce dispositif vise à améliorer l’accès aux soins orthophoniques grâce à une plateforme de régulation téléphonique et à un site (allo-ortho.com) afin d’identifier la nécessité et le degré d’urgence d’un bilan orthophonique. Aujourd’hui appliqué dans six régions, la Cnam demande la généralisation de ce genre de dispositif, voire de s’en inspirer pour d’autres pathologies.

    L’État a la volonté d’intégrer le numérique en santé au service de la prévention. Un quiz interactif de prévention sera disponible dans Mon espace santé pour personnaliser les messages de prévention. Pour lutter contre la fracture numérique, l’État envisage de former 10 000 médiateurs aux enjeux du numérique en santé, ainsi que l’ouverture de Mon espace santé aux aidants. En France, 15 % des personnes sont en situation d’illectronisme.

    Pour aller plus loin :

    Le Think Tank Health&Tech a fêté 2 ans de travaux sur la Prévention et le numérique, le 12 septembre à Parisanté Campus. Le Pr Didier Lepelletier, président du HCSP, et le Dr Lise Alter, directrice générale de l’AIS, ont fait voix commune pour appeler à une volonté politique incarnée et une coordination nationale des financements des actions de prévention soutenues et accélérées par le numérique. Vous pouvez consulter l’article consacré à cette rencontre sur ce lien : AIS et HCSP appellent à une ambition politique coordonnée de financement des actions soutenues par le numérique.

     

  • Entretien : « L’accompagnement humain au changement est essentiel pour favoriser l’adoption de l’IA » (Nicolas Leblanc, président SNSP)

    La pertinence des outils industrialisables

    Quelles sont les promesses de l’IA en matière de santé publique ? Et quels sont vos retours d’expérience quant à sa maturité ?

    L’IA va permettre d’améliorer plusieurs aspects dans la gestion de la santé : le ciblage des populations à risque, l’analyse des comportements de santé, le diagnostic, le suivi des programmes de prévention, la gestion administrative, la sécurité des soins et des traitements, ainsi que le suivi avant et après la maladie. Toutefois, il est important de préciser que l’IA ne se substituera pas aux professionnels de santé, elle servira plutôt à les outiller.

    Aujourd’hui, cette technologie est plus facilement déployable dans des processus industrialisables, comme l’analyse des bilans ou la gestion des phases en amont et en aval des prises en charge hospitalières. Elle se révèle très utile pour automatiser des tâches, comme les diagnostics courants sur des pathologies aiguës ou les prescriptions. Par exemple, en cas de phénomène épidémique, des questionnaires bien conçus peuvent permettre à l’IA de produire des probabilités diagnostiques. Mais son efficacité repose surtout sur des situations standardisées et, encore une fois, industrialisables.

    Des contrôles de qualité, notamment en pré et post-analytique, restent cependant nécessaires. De la même manière que le biologiste révise aujourd’hui les résultats fourni par l’analyseur de son laboratoire, le médecin devra vérifier les diagnostics et les décisions à prendre.

    Quelles perspectives voyez-vous pour les applications de l’IA dans la prévention, notamment pour les priorités de santé publique identifiées en France, telles que les maladies chroniques, neurodégénératives ou la santé mentale ?

    L’IA a un large spectre d’application, notamment en médecine générale, mais son potentiel est particulièrement prometteur dans les spécialités. Par exemple, elle peut contribuer à intégrer les connaissances médicales dans les pratiques cliniques, ce qui représente une grande opportunité pour les médecins. Mais il est important de noter qu’intégration ne signifie pas forcément adoption : la relation humaine reste le meilleur vecteur pour accompagner le changement, que ce soit la reconnaissance d’une maladie, l’adaptation à un nouveau mode de vie ou l’adhésion à un traitement.

    En matière de prévention, l’IA peut être utile, particulièrement dans la prévention secondaire. Elle peut aider d’un point de vue médico-technique, par exemple pour le suivi et la modification des comportements, ainsi que pour améliorer le ciblage des populations. Cependant, je reste sceptique sur l’impact de la technologie pour provoquer un changement comportemental profond, notamment chez les populations les plus vulnérables. Le changement de comportement est un changement de vie, ce qui est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. La technologie peut être un facilitateur, mais elle ne peut pas tout résoudre toute seule.

    L’enjeu d’un accompagnement au changement

    L’impact de l’IA en prévention peut-il différer en fonction des tranches d’âge et des groupes démographiques ?

    En effet, l’adoption de ces technologies dépend beaucoup de la capacité des individus à s’approprier les nouveautés, comme le fait d’être né dans une époque digitale ou non. C’est similaire à ce qu’on observe dans d’autres secteurs avec des logiciels d’entreprise, par exemple. Comme pour tout projet d’accompagnement au changement, il est essentiel d’identifier les leviers pour favoriser cette adoption.

    Malheureusement, dans le secteur de la santé, l’accompagnement au changement est souvent un impensé, notamment pour les professionnels de santé. Prenez l’exemple de la Carte Vitale, dont l’adoption par les médecins généralistes a pris du temps. Un accompagnement au changement est donc clé pour permettre aux professionnels de santé de s’approprier ces outils.

    Pour conclure, quel sera selon vous l’avenir de l’IA dans la santé ?

    Comme toute rupture technologique, l’IA s’inscrira dans les usages sans remplacer totalement les pratiques classiques. Elle viendra s’intercaler, modifier certains comportements et redistribuer les rôles et les produits. Dans dix ans, je pense que les professionnels de santé, les médiateurs sociaux, et bien d’autres, utiliseront l’IA de la même manière qu’on utilise aujourd’hui des applications qui n’existaient pas il y a une décennie.

    La particularité de ces technologies réside dans leur rapidité et leur ampleur croissantes. Cela implique une adaptation nécessaire de l’environnement réglementaire, qui suivra naturellement l’innovation, comme cela a été le cas, par exemple, pour les glucomètres connectés.

    Il y a également des innovations de rupture à prévoir, notamment dans les dispositifs médicaux. Toutefois, cela soulève des questions : quel avenir pour le remboursement et le tiers payant dans ce contexte ? Les organisations de santé doivent impérativement prendre en compte ces innovations et la mutation des métiers et des usages qu’elles entraînent. De la même manière, ces évolutions devraient être au cœur des discussions importantes, comme celle de la convention médicale.

     

  • IA : 300 millions d’échantillons audios de toux analysés (Salcit et Google)

    Le problème des “millions manquants”

    Dans le monde, 1,3 million de personnes sont mortes de la tuberculose en 2022. D’après l’OMS, 3 millions de nouveaux cas restent inconnus des services de santé, notamment dans des pays comme la Chine, le Nigeria ou l’Inde. Les “millions manquants” est le terme utilisé par les experts pour les qualifier. Le 24 mars 2014, le professeur Guy Marks (président de l’Union internationale contre la tuberculose et les maladies du poumon) alertait le monde médical sur le fait que “la stratégie actuelle … ne procure pas les résultats que nous espérons”. En cause, les carences de dépistage.

    L’IA et la bioacoustique pour les diagnostics précoces

    Les sons produits par le corps humain sont des source d’information. La bioacoustique, couplée avec l’intelligence artificielle, améliore la précision des diagnostics médicaux des maladies respiratoires. L’usage de cette technologie s’intensifie depuis quelques années. En 2022, EKO a obtenu une approbation de la FDA pour son algorithme de détection des souffles cardiaques. TytoCare et Canary Speech, en partenariat avec Microsoft, développent des solutions basées sur l’analyse des sons et des voix, avec un potentiel pour les soins à distance et la gestion des maladies chroniques. Ces innovations illustrent une tendance dans le domaine de la santé : l’IA acoustique devient un outil pour améliorer le diagnostic précoce et réduire les coûts liés à des maladies graves, comme la tuberculose.

    Améliorer la détection de la tuberculose à travers les toux

    Salcit Technologies, une société indienne spécialisée dans la santé respiratoire, s’est associée à Google Research pour développer un dispositif d’intelligence artificielle, le “Health Acoustic Representations” (HeAR). Leur objectif est d’améliorer la détection précoce de la tuberculose en Inde d’ici 2030 à travers l’analyse des sons de toux. Salcit intègre cette technologie dans sa plateforme existante, Swaasa, qui utilise l’IA bioacoustique pour diagnostiquer des maladies respiratoires.  HeAR apprend à discerner des schémas dans les sons liés à la respiration, créant ainsi une base pertinente pour l’analyse médicale des sons. L’avantage de ce dispositif est que la base de données d’entraînement n’a pas besoin d’être trop grande pour reconnaître la nature des sons. Selon Google Research, HeAR a été formé sur 300 millions d’échantillons audio anonymisés, dont 100 millions de sons de toux, permettant déjà au modèle de détecter des schémas acoustiques associés à des problèmes de santé.

    HeAR fournit une base robuste pour l’analyse médicale des sons. Salcit a montré comment l’apprentissage automatique, appliqué via Swaasa, permet de faciliter la détection des maladies, tout en améliorant l’accessibilité des soins de santé, particulièrement en milieu rural. En parallèle, Google Research bénéficie du soutien de l’initiative des Nations Unies “Stop TB Partnership” qui vise à éradiquer la tuberculose d’ici 2030. HeAR est perçu comme un outil prometteur pour le dépistage large, abordable et non-intrusif, favorisant l’accès aux soins pour les populations les plus démunies.

     

  • Cegedim : une croissance de 8,2% pour la banche santé (résultats annuels 2023)

    Le chiffre d’affaires consolidé atteint 319 millions d’euros, en hausse de 6,0 %(en données publiées) et +4.6% en données organiques,  par rapport à la même période en 2023. Cette croissance est portée par les activités de dématérialisation, de marketing et de cloud, malgré une comparaison défavorable avec les subventions exceptionnelles de l’année précédente.

    Performances par division

    • Logiciels & Services :
      • Chiffre d’affaires de 152,1 millions d’euros, en légère progression de 1,0 %. L’activité Cegedim Santé a cependant reculé de 2,4 %, impactée par la fin des subventions Ségur de 2023. Toutefois, l’intégration de Visiodent, acquise en mars 2024, a contribué à la stabilisation de cette division. Les services RH et assurances, avec une croissance de 2,7 %, ont compensé en partie cette baisse.
    • Flux :
      • Cette division a généré un chiffre d’affaires de 49,5 millions d’euros, en hausse de 5,8 %. Le segment e-business a enregistré une croissance solide de 7,6 %, soutenue par la réforme de la facturation électronique en Allemagne et l’augmentation des services proposés aux hôpitaux. Le Tiers Payant a également progressé de 3,1 %, grâce à l’expansion des offres de détection des fraudes.
    • Data & Marketing :
      • Les activités Data & Marketing ont connu une hausse de 8,0 % avec un chiffre d’affaires de 59,3 millions d’euros. Le marketing a été particulièrement dynamique, avec une croissance de 20,0 %, portée par les offres de communication dans les pharmacies. En revanche, les activités Data ont légèrement reculé de 2,8 %.
    • BPO (Business Process Outsourcing) :
      • La division BPO a enregistré une forte croissance de 21,6 %, atteignant 39,9 millions d’euros. Le contrat Allianz, initié en 2023, continue de stimuler les activités, notamment dans le secteur des assurances, qui a progressé de 29,5 %.
    • Cloud & Support :
      • Cette division a poursuivi son expansion avec une augmentation de 14,5 %, atteignant 18,1 millions d’euros. La demande pour les solutions cloud a permis à cette branche de maintenir une forte dynamique au cours du semestre.

    En 2023, Cegedim avait déjà mis en place des initiatives clés, comme l’entrée en vigueur du contrat Allianz, qui a contribué à la croissance du secteur BPO. En 2024, l’acquisition de Visiodent a marqué un tournant pour Cegedim Santé, permettant à l’entreprise de renforcer ses offres dans les logiciels de gestion de cabinets dentaires. En comparaison avec 2023, Cegedim a maintenu une croissance globale en 2024, avec une expansion notable dans les divisions BPO et Cloud & Support. La baisse de certaines activités, comme Cegedim Santé, a été compensée par la diversification des services RH et la montée en puissance des nouvelles acquisitions. Les perspectives pour 2024 restent positives, avec une prévision de croissance entre 5 % et 8 % sur l’année entière​.