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  • Les apports du numérique au bien-vieillir : moins 20% de chutes chez les personnes âgées

    Des usages tout au long du parcours de vie

    Le numérique prend une place de plus en plus grandissante dans les stratégies de bien-vieillir. Il contribue, sur plusieurs plans, à l’amélioration de l’état de santé et du bien-être, tant des seniors que de leurs aidants, leurs proches et les professionnels de santé qui les prennent en charge, notamment :

    • l’autonomie ;
    • la prévention ;
    • le suivi médical et la gestion des soins ;
    • la qualité de vie ;
    • ainsi que le soutien de l’entourage et la socialisation.

    Dans cet article, Health & Tech Intelligence recense les principaux apports du numérique rapportés dans la littérature scientifique.

    Autonomie et suivi médical à distance :

    Le numérique permet aux seniors de surveiller leur santé à distance grâce à des dispositifs connectés (capteurs, montres intelligentes, applications de santé). Cela facilite le suivi des maladies chroniques et améliore la prévention des complications médicales.

    Les travaux sur la télésurveillance des personnes âgées ne sont pas nouveaux. Une étude d’il y a plus de 10 ans (Pecina et al., 2013) explore les effets de la télésurveillance sur la qualité de vie des personnes âgées atteintes de maladies chroniques. Elle montre comment la télémédecine améliore les résultats de santé tout en réduisant les hospitalisations (1).

    Une autre étude (Jahromi et al., 2023) analyse les effets de la télémédecine sur la qualité de vie des personnes âgées, en particulier en matière de sécurité et de soutien à domicile, où elle permet une plus grande indépendance pour les seniors (2).

    Prévention des chutes et sécurité :

    Les technologies numériques, telles que les systèmes de surveillance intelligents et les capteurs, contribuent à la prévention des chutes, qui représentent un risque majeur pour les seniors. L’usage de capteurs domestiques et de systèmes d’alerte en cas de chute améliore la sécurité des personnes âgées vivant seules, réduisant ainsi l’anxiété liée à la mobilité et aux accidents à domicile​.

    L’étude (Delbaere et al., 2021) sur le programme StandingTall en Australie a montré que, bien que le programme d’exercice d’équilibre basé sur une application numérique n’ait pas eu d’effet significatif sur les résultats primaires (taux de chutes et proportion de personnes ayant fait une chute après 12 mois), il a permis de réduire de 16 % le taux de chutes et de 20 % le nombre de chutes avec blessures sur une période de deux ans. Les participants ont aussi montré des améliorations modestes en équilibre debout et qualité de vie, avec une bonne adhésion au programme, mais les différences après 12 mois n’étaient pas statistiquement significatives (3).

    Amélioration de la qualité des soins :

    Le numérique permet une gestion plus précise des soins grâce à des plateformes de suivi des traitements, des applications pour rappeler les prises de médicaments et des téléconsultations avec les professionnels de santé.

    ​Une étude (Ienca et al., 2021) sur les interventions numériques pour un vieillissement en bonne santé montre que ces technologies peuvent améliorer la sécurité et l’autonomie des personnes âgées, contribuant ainsi à une meilleure qualité des soins en favorisant leur maintien à domicile plus longtemps. Cependant, elle souligne également que pour être efficaces, ces solutions doivent être bien adaptées aux capacités des utilisateurs, en particulier en ce qui concerne la littératie numérique et les préférences individuelles ​(4).

    Socialisation et lutte contre l’isolement :

    Les plateformes numériques permettent de maintenir le lien social à travers des appels vidéo, des réseaux sociaux, ou des applications dédiées aux seniors, réduisant ainsi l’isolement social, un facteur aggravant de la détérioration de la santé mentale chez les personnes âgées. L’utilisation de technologies comme les tablettes et les applications de messagerie pour les seniors favorise le maintien des interactions sociales, réduisant ainsi les sentiments de solitude et améliorant la qualité de vie globale des personnes âgées​.

    Une étude (Alison et al., 2023) de la Johns Hopkins University montre que l’isolement social est un facteur de risque important pour la démence chez les personnes âgées. Elle suggère que des technologies simples, comme l’utilisation de téléphones mobiles ou d’e-mails, peuvent significativement réduire ce risque. Le recours à ces technologies de communication a permis de réduire l’isolement social chez les personnes âgées vivant à domicile, ce qui a contribué à une baisse de 31 % du risque d’isolement (5).

    Soutien aux aidants et professionnels de santé :

    Les technologies de santé numérique permettent aussi de soulager les aidants en leur offrant des solutions de surveillance à distance des seniors, ainsi que des informations en temps réel sur l’état de santé de leurs proches. Les systèmes de télésurveillance et de notifications en temps réel allègent considérablement la charge mentale et physique des aidants familiaux, leur permettant de concilier plus facilement leurs responsabilités quotidiennes avec l’accompagnement des seniors​.

    Une autre étude (Hongtu Chen et al., 2023) publiée dans Frontiers explore les innovations technologiques pour aider les aidants des personnes âgées. L’utilisation de technologies de l’information et de la communication (TIC), comme les systèmes numériques de formation et de soutien, aide les aidants à acquérir des compétences pour mieux gérer les patients atteints de troubles cognitifs, tout en améliorant leur propre bien-être. Ces technologies permettent une meilleure communication et un meilleur accès aux informations sur les soins (6).

    Rééducation et maintien des capacités cognitives :

    Le numérique permet également des activités de rééducation cognitive via des jeux interactifs, des applications d’entraînement cérébral, et des outils de stimulation cognitive, essentiels pour prévenir les maladies neurodégénératives. L’utilisation régulière d’applications de stimulation cognitive par les seniors aide à ralentir le déclin cognitif chez les personnes à risque de démence et d’Alzheimer, améliorant ainsi leur autonomie et qualité de vie.

    Selon une étude (Dequanter et al., 2021) portant sur l’utilisation des technologies mobiles, les outils numériques tels que les appels vidéo et les réseaux sociaux améliorent l’engagement cognitif des personnes âgées, réduisant ainsi les sentiments de solitude et contribuant à maintenir leurs capacités mentales. Cette utilisation des technologies contribue à une meilleure qualité de vie et à une réduction des symptômes de dépression chez les personnes âgées isolées (7).

    Bibliographie :

    • (1) Impact of telemonitoring on older adults health-related quality of life: the Tele-ERA study. Pecina, J.L., Hanson, G.J., Van Houten, H. et al. Qual Life Res 22, 2315–2321 (2013). https://doi.org/10.1007/s11136-013-0361-5
    • (2) Eslami Jahromi, M., Ayatollahi, H. Impact of telecare interventions on quality of life in older adults: a systematic review. Aging Clin Exp Res 35, 9–21 (2023). https://doi.org/10.1007/s40520-022-02294-7
    • (3) Delbaere K, Valenzuela T, Lord SR, Clemson L, Zijlstra GAR, Close JCT, Lung T, Woodbury A, Chow J, McInerney G, Miles L, Toson B, Briggs N, van Schooten KS. E-health StandingTall balance exercise for fall prevention in older people: results of a two year randomised controlled trial. BMJ. 2021 Apr 6;373:n740. doi: 10.1136/bmj.n740. Erratum in: BMJ. 2021 Aug 17;374:n1908. doi: 10.1136/bmj.n1908. PMID: 33824131; PMCID: PMC8022322.
    • (4) Ienca, M., Schneble, C., Kressig, R.W. et al. Digital health interventions for healthy ageing: a qualitative user evaluation and ethical assessment. BMC Geriatr 21, 412 (2021). https://doi.org/10.1186/s12877-021-02338-z
    • (5) Social isolation and 9-year dementia risk in community-dwelling Medicare beneficiaries in the United States Alison R. Huang PhD, David L. Roth PhD, Tom Cidav MS, Shang-En Chung ScM, Halima Amjad MD, MPH, PhD, Roland J. Thorpe Jr. PhD, Cynthia M. Boyd MD, MPH … See all authors First published: 11 January 2023
    • (6) Technological innovations to address social isolation and loneliness in older adults. Hongtu Chen, Sue E. Levkoff, Helianthe Kort, Quentin A. McCollum, Marcia G. Ory. Editorial article, Front. Public Health, 06 February 2023, Sec. Aging and Public Health, Volume 11 – 2023
    • (7) The effectiveness of e-Health solutions for ageing with cognitive impairment: a systematic review. Dequanter S, Gagnon M-P, Ndiaye M-A, Gorus E, Fobelets M, Giguére A, et al. Gerontologist. (2021) 61:e373–94. doi: 10.1093/geront/gnaa065

     

  • 56 solutions numériques répertoriées en faveur du bien vieillir : un fort engagement pour prévenir les chutes

    Les grandes tendances de la Silver Tech en 2024

    Pour répondre à l’enjeu du vieillissement de la population, plusieurs approches ont émergé pour améliorer la qualité de vie des seniors et des personnes âgées. Ces tendances visent à offrir des solutions complètes pour favoriser un vieillissement actif, prolonger la durée de vie en bonne santé et mieux traiter les pathologies liées à l’âge.

    • Approche sociale : elle se concentre sur l’amélioration des interactions sociales et de la qualité de vie des seniors, notamment à travers des services comme les résidences adaptées, l’assistance à domicile, et les plateformes permettant de maintenir le lien social. L’objectif est de lutter contre l’isolement et de promouvoir un vieillissement actif et connecté à la société;
    • Approche longévististe : cette tendance vise à prolonger la durée de vie en bonne santé grâce aux avancées biomédicales. Les recherches dans le domaine de la longévité s’intéressent aux solutions permettant de ralentir le vieillissement biologique, notamment via des innovations en génétique, en médecine régénératrice, ou encore dans le domaine de la thérapie cellulaire;
    • Approche curative spécialisée : ici, l’accent est mis sur les soins spécifiques aux maladies liées à l’âge, comme la démence, l’arthrose, ou les maladies cardiaques. Les innovations technologiques, notamment dans les dispositifs médicaux et les thérapies ciblées, jouent un rôle clé pour améliorer le traitement et la prise en charge de ces pathologies, souvent coûteuses et lourdes pour les systèmes de santé;
    • Approche préventive : la prévention reste cruciale pour limiter les maladies chroniques chez les seniors. Cette tendance se traduit par une attention particulière portée à la nutrition, à l’activité physique, et au suivi des signes précoces de maladies. L’adoption d’objets connectés comme les montres de suivi de santé, les appareils de téléassistance, et les outils de suivi des constantes vitales permet de mieux prévenir les risques et de retarder l’apparition de problèmes graves.

    Les solutions dédiées à prévenir les chutes des personnes âgées

    Chaque année en France, plus de 9 300 personnes âgées de 65 ans et plus décèdent des suites d’une chute. Ces incidents sont responsables de nombreuses hospitalisations, avec environ 76 000 admissions annuelles pour des fractures du col du fémur. Les personnes âgées de 65 ans et plus subissent en moyenne trois chutes par an, ce qui souligne l’importance de la prévention des chutes chez cette population vulnérable.

    Plusieurs solutions ont été recensées pour prévenir le risque de chute chez les personnes fragiles, notamment :

    • Life plus et sa solution Dona Care est un dispositif basé sur la surveillance proactive, permettant de suivre en temps réel l’état de santé des résidents tout en respectant leur vie privée. L’objectif est d’alerter les équipes médicales rapidement en cas de détection de signaux préoccupants, comme des chutes ou des variations soudaines dans les habitudes quotidiennes, afin d’assurer une intervention rapide ;
    • Zoe Care propose une solution de télésurveillance non intrusive pour la santé des seniors. Utilisant la connexion Wi-Fi, elle détecte les mouvements, les chutes et les comportements anormaux sans recourir à des caméras ni appareils portables. Elle envoie des alertes aux soignants en cas d’urgence et permet de suivre l’activité quotidienne des personnes âgées, tout en respectant leur vie privée.

    Faire face aux maladies neurodégénératives grâce au numérique

    L’Alzheimer en France, une urgence croissante pour mieux accompagner malades

    La maladie d’Alzheimer, la plus courante des maladies neurodégénératives, touche environ 900 000 personnes en France, avec 225 000 nouveaux cas par an.  Majoritairement présente chez les plus de 80 ans (15 %), elle affecte aussi des personnes plus jeunes. En effet, environ 33 000 patients de moins de 60 ans sont atteints de cette maladie. Ces chiffres soulignent l’urgence de développer des solutions pour mieux accompagner malades et aidants dans leur quotidien.

    À titre d’exemple, Lili Smart a développé une solution connectée pour les patients Alzheimer qui inclut une montre pour le patient ainsi que des capteurs à domicile et une application. La montre affiche des pictogrammes pour rappeler les tâches essentielles (prendre des médicaments, manger), tandis que les capteurs surveillent les habitudes de vie. Les aidants peuvent également être informés en cas de comportement inhabituel.

    Anticiper et relever les défis de la maladie de Parkinson

    Les maladies neurologiques sont aujourd’hui la principale cause d’invalidité et la deuxième cause de décès dans le monde, selon Santé publique France. Parmi elles, la maladie de Parkinson a vu son nombre de cas doubler entre 1990 et 2015, principalement en raison du vieillissement de la population. En 2015, sur 527 423 décès chez les personnes de 50 ans et plus, 1,8 % étaient liés à cette maladie (soit 9 638 décès). D’ici 2030, on estime qu’une personne sur 120 de plus de 45 ans pourrait en être atteinte.

    Des solutions comme NeuroClues proposent une approche basée sur des outils de diagnostic non invasifs pour la détection précoce de troubles neurologiques comme la maladie de Parkinson. Ils utilisent des technologies avancées, notamment des capteurs et des algorithmes d’intelligence artificielle, pour analyser des données physiologiques et comportementales. L’objectif est d’améliorer la prise en charge des patients en permettant une identification rapide des symptômes, facilitant ainsi une intervention médicale plus efficace et précoce.

    La mobilité des seniors un enjeux capital

    La mobilité des seniors en France est un enjeu croissant avec le vieillissement démographique. Actuellement, les seniors se déplacent moins fréquemment que les plus jeunes en raison de la retraite, de la baisse des revenus et de la diminution des capacités physiques. Cependant, la majorité des seniors, notamment les 65-74 ans, restent motorisés, même si l’usage de la voiture en tant que passager augmente avec l’âge. Alors que les personnes de plus de 55 ans effectuent en moyenne au moins 4 déplacements par jour, à 75 ans, ce chiffre passe à moins de 3 par jour.

    Les solutions proposées par les entreprises pour favoriser la mobilité des personnes âgées comprennent celles destinées à la rééducation et à l’activité physique. À ce titre, nous pouvons citer deux solutions développées par EzyGain :

    • EMA, un dispositif de rééducation pour la marche et l’équilibre, destiné aux personnes en perte d’autonomie. Il combine un harnais de sécurité et des capteurs connectés pour analyser les mouvements et les progrès des patients en temps réel. Cette solution est conçue pour des séances de rééducation à domicile ou en centre, permettant un suivi personnalisé et sécurisé des exercices, tout en motivant les utilisateurs grâce à un retour direct sur leurs performances;
    • CycloSense, quant à lui, est un capteur connecté conçu pour transformer un vélo d’intérieur ou un pédalier en un appareil intelligent. Il permet de suivre les performances en temps réel, tout en rendant l’exercice plus ludique grâce à des paysages immersifs et des jeux interactifs. Compatible avec la réalité virtuelle, CycloSense aide à travailler l’endurance, la coordination, la concentration et la mobilité.

    Pour lutter contre l’isolement des personnes âgées, plusieurs initiatives sont mises en place en France. Ces actions incluent des programmes de soutien à domicile, des activités sociales pour favoriser les interactions, ainsi que des dispositifs numériques pour maintenir le lien avec les proches. Des associations locales œuvrent à la création de réseaux de bénévoles pour accompagner les personnes âgées isolées.

    Au-delà de ces initiatives, d’autres solutions proposent de lutter contre l’isolement des personnes âgées en favorisant le lien social :

    • Lumeen propose une solution de réalité virtuelle thérapeutique et sociale destinée aux établissements de santé et médico-sociaux. Elle permet aux patients de vivre des expériences immersives variées (relaxation, voyages, réminiscence) pour améliorer le bien-être, réduire l’anxiété, la douleur et les troubles du comportement. La solution est utilisée par les Ehpad et les hôpitaux pour personnaliser les soins et renforcer le lien social.
    • LiNote est une solution conçue pour faciliter la communication avec les personnes âgées, notamment celles ayant des difficultés avec les nouvelles technologies. Elle permet de passer des appels vidéo sans nécessiter d’interaction de la part de l’utilisateur. Les proches peuvent également envoyer des photos, vidéos et messages, qui s’affichent automatiquement sur l’appareil.

    La technologie pour assister les professionnels de santé

    Les solutions de soutien aux professionnels de santé pour le bien vieillir répondent à l’impératif de qualité et d’efficacité des soins, mais aussi à celui de la prévention. À ce titre, Telegrafik propose une solution de suivi automatisé des températures pour les Ehpad. Des capteurs discrets mesurent en temps réel la température et l’humidité dans différentes zones, comme les chambres et les espaces communs. Les données sont accessibles via un extranet, et des alertes sont configurables lorsqu’une température dépasse un certain seuil.

    Oso-AI propose une solution d’« oreille augmentée » destinée aux professionnels de santé, visant à améliorer la sécurité des résidents et à faciliter le travail des soignants. Grâce à l’intelligence artificielle, le système détecte des événements tels que les chutes, les appels et les cris, permettant une intervention rapide sans nécessiter de rondes régulières. Cela réduit le stress des soignants, améliore les conditions de travail et optimise la qualité des soins.

    Cartographie des solutions destinées aux personnes âgées

    Vous trouverez la liste des solutions répertoriées sur cette cartographie interactive :

     

  • Usage du numérique par les seniors : Impliquer les utilisateurs dés la conception des outils

    Le “double visage” de la Silver Tech ?

    Le vieillissement croissant de la population entraine de nouveaux enjeux sociétaux et socio-économiques, notamment en termes d’adaptabilité des technologies, qui interpellent de nombreux scientifiques. Plusieurs projets et travaux de recherche sur la numérisation de la santé des personnes âgées sont menés dans différents pays. Une numérisation parfois considérée comme ayant un double visage, ou un « visage de Janus » (divinité romaine de la dualité qui a deux visages), pour illustrer la dualité des avantages et des inconvénients ou défis des technologies numériques.

    L’idée qui veut que les personnes âgées soient souvent perçues comme ayant du mal à s’adapter aux avancées technologiques est pourtant en train de changer. De plus en plus de seniors adoptent et bénéficient des nouvelles technologies. Les outils de santé numérique offrent de nombreux avantages pour améliorer leur prise en charge, leur qualité de vie, leur autonomie et leur bien-être :

    en 2017 déjà, une enquête réalisée par Odoxa montrait que 60 % des personnes âgées étaient positives quant au potentiel de l’intelligence artificielle (IA), contre 51 % des actifs seulement ;

    en 2024, le Baromètre du numérique 2023 rapporte que, désormais, 64 % des personnes âgées de 70 ans ou plus sont internautes.

    Principaux bénéfices perçus :

    Lorsqu’ils les adoptent, les utilisateurs finaux des technologies de santé du grand âge peuvent en percevoir de nombreux avantages, dans au moins cinq domaines :

    • autonomie : les objets connectés (IoT), comme les capteurs de chute, ou la domotique permettent aux personnes âgées de vivre de manière plus autonome en réduisant leur dépendance vis-à-vis des aidants ou des membres de leur famille ;
    • sécurité et santé : les outils de télésurveillance médicale ou de téléassistance peuvent aider les seniors à surveiller leur état de santé en temps réel (tension artérielle, rythme cardiaque, prises de médicaments, etc.), permettant à leurs soignants de suivre leur évolution et d’intervenir rapidement si besoin ;
    • socialisation et inclusion : les réseaux sociaux, les robots compagnons et les outils de communication immersifs permettent à la personne âgée de rester en contact avec ses proches et de lutter contre l’isolement social, un problème fréquent notamment dans les établissements médicosociaux ;
    • stimulation cognitive : la réalité virtuelle (VR), les jeux numériques et les tablettes interactives adaptées aux seniors représentent des opportunités pour eux de rester actifs mentalement et découvrir de nouvelles formes de divertissement ;
    • simplification du quotidien : les assistants vocaux, les robots et les chatbots peuvent faciliter la gestion des tâches quotidiennes et répondre aux questions de santé pour rassurer ou orienter, le cas échéant, les personnes âgées dans leur parcours de soin.

    Défis à l’adoption des technologies :

    Les innovations de santé au service des personnes âgées font face aux mêmes défis que les technologies des autres champs de la vie des personnes âgées. Plusieurs obstacles freinent ainsi leur adoption et leur inscription dans les usages routiniers :

    • littératie numérique : n’étant, pour la plupart d’entre eux, pas digital natives, les seniors peuvent être intimidés par l’utilisation de certains dispositifs numérique, leur crainte de mal utiliser ces outils ou de commettre des erreurs peut limiter leur adoption ;
    • complexité des interfaces : les interfaces utilisateur de certaines technologies ne sont pas toujours adaptées aux seniors, en particulier pour ceux ayant des problèmes de vision, de motricité ou de compréhension, la complexité perçue des appareils peut décourager leur utilisation régulière ;
    • freins psychologiques : selon un retour d’expérience des Relais numériques d’Emmaüs Connect, certaines personnes âgées peuvent présenter des signes de démotivation, d’anxiété ou “des performances moindres lors de l’apprentissage du numérique en conséquence de l’intégration du stéréotype négatif sur les seniors vis-à-vis du numérique”, cela s’accompagne parfois de “signes de dépression : un sentiment d’inutilité, de solitude, d’abandon, d’être une charge pour les autres et la société” ;
    • manque de formation et de soutien : les seniors peuvent se sentir démunis face à un manque de formation ou de soutien technique pour utiliser ces technologies, sans accompagnement personnalisé, leur adoption est souvent partielle ou temporaire ;
    • coûts et modèles économiques : bien que prometteuses, les solutions de Silver Tech peuvent être coûteuses et donc considérées comme inaccessibles par beaucoup de seniors disposant de revenus modestes, surtout s’ils ne bénéficient pas d’aides financières ;
    • préoccupations liées à la vie privée : comme chez tous les groupes démographiques, l’utilisation d’outils numériques soulève des inquiétudes quant à la protection des données personnelles, notamment pour les dispositifs de suivi de santé ou de géolocalisation.

    Quels axes d’amélioration pour mieux répondre aux besoins des seniors ?

    Face à une perception de la Silver Tech par les seniors oscillant entre enthousiasme et appréhension, l’apport de la santé numérique pour cette population demeure indéniable (autonomie, gestion de la santé lutte contre l’isolement). C’est un allié pour améliorer la qualité de vie des personnes âgées. Pour une adoption réussie et généralisée, plusieurs actions peuvent être mises en place pour simplifier l’usage et renforcer la littératie numérique et de santé.

    📌 Simplifier les interfaces numériques :

    Il est essentiel de concevoir des interfaces intuitives et adaptées aux besoins spécifiques des seniors. Cela inclut des interfaces vocales, des textes agrandis, des couleurs contrastées et des commandes rapides. Des dispositifs plus ergonomiques pourraient aussi réduire les obstacles liés aux handicaps physiques.

    📌 Former et accompagner :

    Des programmes de formation réguliers pour initier les seniors aux nouvelles technologies, avec des ateliers pratiques et des supports pédagogiques simples, pourraient améliorer leur adoption. De tels modules peuvent être intégrés dans le parcours d’éducation thérapeutique de gérontologie.

    📌Adapter les financements :

    Proposer des solutions financières durables pour rendre ces technologies plus accessibles (subventions, remboursements via les assurances ou les mutuelles) reste le meilleur moyen pour faciliter leur acquisition et leur utilisation.

    📌 Renforcer la confiance en matière de sécurité :

    Il est primordial d’offrir des garanties de confidentialité solides, en communiquant de manière claire sur la gestion des données personnelles et en offrant des moyens de contrôle sur les informations partagées par les dispositifs.

    📌 Impliquer les utilisateurs dès la conception :

    Impliquer les utilisateurs finaux dans le processus de conception des technologies permet de mieux comprendre leurs attentes, leurs besoins réels et leurs limitations. Cela conduit à des solutions mieux adaptées à leur quotidien et augmente leur acceptation.

    Bénéfices, défis et axes d’amélioration

    L’acceptabilité et l’accessibilité des silver techs en santé varient selon les trois groupes d’utilisateurs cibles :

    • les seniors ;
    • les professionnels de santé ;
    • et les aidants.

    Chacun de ces groupes perçoit ces solutions avec des avantages et des obstacles spécifiques.

    Cibles Bénéfices perçus défis Axes d’amélioration
    Seniors Autonomie accrue
    Bienêtre et sécurité
     Complexité des outils
    Fracture numérique
    Inquiétudes sur la vie privée
     Simplification des interfaces
    Formation dédiée
    Accessibilité financière
    Professionnels de santé  Suivi médical à distance
    Précision des données
     Surcharge de travail
    Manque de formation
    Doute sur la fiabilité des données
     Formation continue
    Meilleure intégration des outils numériques
    Aidants  Soulagement de la charge
    Soutien émotionnel
     Apprentissage difficile
    Coût des technologies
     Soutien technique pour les aidants
    Solutions financières adaptées

    Sources :

    • Pirhonen, J., Lolich, L., Tuominen, K., Jolanki, O., Timonen, V. (2018). “These devices have not been made for older people’s needs” – Older adults’ perceptions of digital technologies in Finland and Ireland. Technology in Society, 62.
    • Takano, E.; Maruyama, H.; Takahashi, T.; Mori, K.; Nishiyori, K.; Morita, Y.; Fukuda, T.; Kondo, I.; Ishibashi, Y. User Experience of Older People While Using Digital Health Technologies: A Systematic Review. Appl. Sci. 2023, 13
    • Ienca, M., Schneble, C., Kressig, R.W. et al. Digital health interventions for healthy ageing: a qualitative user evaluation and ethical assessment. BMC Geriatr 21, 412

     

  • Stratégie nationale du « bien vieillir » : une coordination multi-institutionnelle et locale

    Une mobilisation globale : publique et privée

    La stratégie du bien-vieillir est coordonnée par plusieurs institutions. Le ministère des Solidarités et des Familles, désormais devenue le ministère des Solidarités, de l’Autonomie et de l’Égalité entre les femmes et les hommes, et la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), jouent un rôle en matière de financement et de gestion des services de santé et d’autonomie pour les personnes âgées. Depuis la création de la cinquième branche de la Sécurité sociale en 2020, la CNSA assure la gestion des ressources nécessaires pour financer les services médico-sociaux et favoriser le maintien à domicile.

    En complément, la Haute Autorité de Santé (HAS) assure l’élaboration des recommandations pour améliorer la qualité des soins destinés aux personnes âgées. Les Agences Régionales de Santé (ARS) sont responsables de l’application des politiques du bien-vieillir au niveau local.

    Côté privé, des acteurs se sont aussi emparés du sujet, à l’instar du secteur des assurances. Des produits d’assurance et de prévoyance sont développés spécifiquement pour répondre aux besoins des seniors en matière de dépendance et d’accompagnement financier. Le groupe de protection sociale AG2R La Mondiale a acquis en 2021 Aegide Domitys, résidence service senior, élargissant son impact dans le domaine du bien vieillir.

    Stratégie nationale du bien-vieillir : plus de 9 Français sur 10 souhaitent vieillir chez eux

    Présentée en novembre 2023, la stratégie nationale du bien-vieillir anticipe les défis liés au vieillissement croissant de la population en France. Elle vise à améliorer la qualité de vie des seniors, promouvoir l’autonomie, adapter les services publics, et renforcer la solidarité intergénérationnelle. Elle propose des actions concrètes autour de quatre axes : besoins des seniors, choix de vie, solidarités intergénérationnelles, et droits des citoyens âgés.

    • Le premier axe consiste à reconnaître la place des seniors dans la société et à prendre en compte leurs nouveaux besoins, que ce soit en matière de mobilité ou d’adaptation des territoires. Il s’agit de permettre aux personnes âgées de rester actives, tout en garantissant un accès simplifié aux services publics. La prévention repose notamment sur des campagnes de sensibilisation visant à encourager les pratiques favorables au vieillissement en bonne santé : activité physique, alimentation équilibrée, mais aussi dépistage précoce des maladies chroniques.
    • Le deuxième met l’accent sur la nécessité de donner le choix aux seniors de vieillir où ils le souhaitent. Cela se traduit par un soutien renforcé au maintien à domicile avec des services comme l’allocation “Ma Prime Adapt”, qui finance l’adaptation des logements pour prévenir la perte d’autonomie. Pour les personnes ne pouvant plus rester à domicile, la diversification de l’offre d’hébergement (résidences autonomie, accueil familial, etc.) permet de proposer des solutions adaptées aux différents besoins.
    • Le troisième, quant à lui, se concentre sur les solidarités intergénérationnelles. La transmission et le lien social entre les générations sont essentiels pour lutter contre l’isolement des personnes âgées. Le développement de programmes de mentorat entre seniors et jeunes, ainsi que la mise en place de jumelages entre établissements scolaires et EHPAD, renforcent ces solidarités.
    • Enfin, le quatrième axe concerne la garantie des droits et de la participation des personnes âgées dans la société. Vieillir ne doit pas conduire à une perte de droits ni à une invisibilité sociale. Cette stratégie met l’accent sur le maintien de la dignité des seniors en assurant un accès aux soins de qualité, une prévention active contre la maltraitance, et une inclusion dans les activités culturelles et sportives.

    Politique publique, prévention, perte d’autonomie : de nombreuses avancées depuis 4 ans.

    Un ensemble de mesures a été déployé pour prévenir la perte d’autonomie chez les personnes âgées en France, avec des investissements et des politiques publiques renforcées sur plusieurs points, comme l’indemnisation du congé proche aidant, qui bénéficie à 13 000 personnes, ou encore la rénovation des établissements médico-sociaux.

    • Création de la cinquième branche de la Sécurité sociale (2020) pour couvrir le risque de la perte d’autonomie;
    • Le renforcement du virage domiciliaire
      Pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées, un budget de plus de 1 milliard d’euros a été mobilisé. Ce financement permet la création de services autonomie à domicile (SAD), offrant un guichet unique pour coordonner les soins et l’aide à domicile. En parallèle, 4 000 places supplémentaires de services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) ont été créées.
    • 21 milliards d’euros investis en 2023 : dont 75 millions d’euros pour le secteur médico-social et 2 milliards pour la rénovation, la transformation numérique et les équipements paramédicaux
    • Lancement du programme ICOPE de l’OMS
      Ce programme a été mis en place pour retarder la dépendance des personnes âgées en identifiant précocement les signes de fragilité. Il s’appuie sur une détection des facteurs de risque et une intervention précoce, permettant de préserver l’autonomie des seniors le plus longtemps possible.
    • Création de 4000 places de services de soins infirmiers à domicile.
    • Plan antichute des personnes âgées
      Ce programme a pour objectif de réduire d’ici 2024 le nombre de chutes graves ou mortelles chez les personnes de 65 ans et plus. Il inclut des actions de sensibilisation, des conseils pratiques pour sécuriser les habitations, ainsi que des interventions médicales et paramédicales pour prévenir les chutes.
    • Déploiement des centres de ressources territoriaux (CRT)
      Ces centres ont été créés pour offrir un accompagnement renforcé aux personnes âgées vivant à domicile, en particulier dans les zones rurales ou mal desservies par les services médico-sociaux. Les CRT apportent une alternative à l’entrée en établissement, en facilitant l’accès à des soins à domicile.

    Le financement de la stratégie : la loi du 8 avril 2024.

    La mise en œuvre de cette stratégie est soutenue par des mesures financières importantes. La loi du 8 avril 2024 sur le bien vieillir a pour objectif de répondre aux défis liés à la perte d’autonomie, à la lutte contre l’isolement, et à améliorer les conditions de vie des personnes en situation de vulnérabilité.

    Le budget exact alloué dans la loi du 8 avril 2024 n’est pas spécifié de manière définitive. Il est prévu que des financements trisannuels soient alloués. Ces financements seront décidés par des conférences départementales sur l’autonomie, qui évalueront les besoins locaux et coordonneront les services publics compétents pour les personnes âgées. La loi prévoit aussi une loi de programmation pluriannuelle qui doit être adoptée d’ici la fin de 2024 pour garantir une trajectoire financière sur cinq ans. Celle-ci devrait assurer un financement stable.

    La loi porte sur quatre axes :

    • Prévention de la perte d’autonomie : La loi met en place une politique nationale de prévention, coordonnée par une conférence nationale de l’autonomie tous les trois ans, pour définir les grandes orientations.
    • Lutte contre la maltraitance : Elle prévoit des mesures renforcées pour prévenir et signaler les maltraitances envers les personnes âgées, avec un suivi par des instances locales et des procédures spécifiques.
    • Soutien aux aidants et professionnels : La loi cherche à faciliter le travail des aides à domicile et à renforcer la formation des professionnels du secteur, en soutenant des dispositifs de validation des acquis de l’expérience (VAE) et en encourageant l’amélioration des conditions de travail.
    • Amélioration de l’habitat et des services : Elle prévoit de rendre l’habitat plus inclusif et adapté aux besoins des seniors, tout en garantissant un meilleur accès aux services publics de l’autonomie, pilotés là aussi par les départements.

    2 milliards d’euros d’investissement, une partie pour le numérique

    Les technologies du numérique en santé jouent un rôle dans le déploiement de la stratégie nationale du bien vieillir, et incluent plusieurs initiatives pour accompagner les populations. L’État annonce un investissement de 2 milliards d’euros pour la “rénovation, la transformation et l’équipement”, dont le numérique. Les objectifs sont les suivants :

    • Accélérer la mise en accessibilité des sites internet : Un renforcement de l’obligation pour les sites internet d’être accessibles aux personnes âgées et handicapées, sous peine de sanctions.
    • Déployer des conseillers numériques : Des conseillers numériques seront déployés dans les territoires comme les Maisons France Services, notamment pour accompagner les personnes âgées éloignées du numérique, afin de les former à son utilisation entre 2023 et 2027.
    • Utilisation des services numériques pour la mobilité : Un service numérique national sera créé pour faciliter la gestion des cartes mobilité inclusion, avec une référence spécifique aux véhicules des bénéficiaires.
    • Transition numérique dans les établissements pour personnes âgées : La stratégie inclut des projets d’équipement numérique dans les établissements pour personnes âgées, en installant des systèmes de gestion électroniques des dossiers médicaux, visant à améliorer l’accompagnement et la modernisation des infrastructures.
    • Soutien aux dispositifs médicaux numériques : Le programme France 2030 soutiendra le développement de dispositifs médicaux numériques innovants comme les bracelets connectés qui surveillent en continu les signes vitaux des seniors à domicile, particulièrement ceux dédiés à la prévention de la perte d’autonomie chez les seniors.

     

  • Services à la personnes et santé : les 2 créneaux majeurs des acteurs privés

    Silver économie : un marché estimé à 130 milliards d’euros en France pour 2030 (France Silver Eco)

    Ce secteur, qui englobe des domaines comme la santé, les services à la personne, l’habitat ou encore l’assurance, attire de plus en plus d’entreprises privées, conscientes du potentiel offert par une population vieillissante et des besoins croissants en termes de soins, d’accompagnement et d’adaptation du cadre de vie. Selon une étude de Bpifrance, 58 % des entreprises du secteur estiment que leur chiffre d’affaires lié au marché des seniors va augmenter au cours des prochaines années. Le secteur de la santé et du bien-être des seniors attire également de plus en plus d’investissements financiers. En 2022, environ 800 000 personnes en France utilisaient un dispositif de téléassistance, marquant une augmentation de 15 % par rapport à 2020.

    Services à la personne : 1 senior sur 5 est aidé régulièrement

    C’est le segment le plus dynamique. En 2022, les services à domicile liés à l’assistance des personnes âgées (SAAD) ont généré près de 22 milliards d’euros, et ce chiffre continue de croître avec l’augmentation du vieillissement de la population. Les grands acteurs incluent Oui Care et DomusVi, qui dominent ce marché en expansion. La base de données NOVA recense 62 253 entreprises positionnées sur les services à la personne. Parmi celles-ci, 88 % sont des entreprises privées, 10 % des associations et 2 % des établissements publics.

    Santé et assistance médicale

    En 2023, ce marché représentait plusieurs milliards d’euros, soutenu par une demande croissante liée à l’incapacité des maisons de retraite à répondre à la totalité des besoins des personnes en perte d’autonomie. Des entreprises telles que Bluelinea et SeniorAdom se sont spécialisées dans ces services pour seniors. Les offres comprennent les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) et les hospitalisations à domicile (HAD). L’axe 1 de la stratégie nationale du bien vieillir est “prendre en compte de nouveaux besoins et reconnaitre la place des seniors”.

    Assurances santé et dépendance

    Avec l’augmentation de la longévité, les risques de dépendance ou de perte d’autonomie deviennent des préoccupations majeures pour les Français âgés. Les produits d’assurance liés au vieillissement, tels que l’assurance dépendance et l’assurance obsèques, représentent environ 15 % du marché de la silver économie. Des acteurs comme AG2R La Mondiale ou Malakoff Humanis proposent des offres adaptées aux besoins spécifiques des seniors, y compris des solutions pour couvrir la perte d’autonomie.

    En 2021, plus de 6 millions de personnes en France étaient couvertes par une assurance dépendance, soit une augmentation de 12 % par rapport à 2018. Malakoff Humanis a lancé en 2022 des programmes de prévention spécifiques pour les seniors, incluant des bilans de santé réguliers et des services de téléconsultation. En 2022, 80 % des adhérents de plus de 60 ans ont participé à ces programmes. MGEN a mis en place des programmes de prévention pour ses adhérents seniors, incluant des bilans de santé et des services de téléassistance. En 2023, 70 % des adhérents âgés de plus de 60 ans avaient bénéficié de ces bilans.

    Résidences seniors : 94 % des Français veulent vieillir à leur domicile

    Ces résidences sont conçues pour offrir un cadre de vie sécurisé et adapté aux personnes âgées autonomes ou semi-autonomes, avec des services intégrés tels que la restauration, le ménage et l’accompagnement médical. Ces établissements sont attractifs pour les seniors qui souhaitent éviter une entrée prématurée en maison de retraite médicalisée, souvent perçue comme une perte d’indépendance. Domitys a ouvert 30 nouvelles résidences en 2022 et prévoit une croissance annuelle de 10 % jusqu’en 2025. En 2023, l’entreprise gère plus de 150 résidences en France. Pour rappel, “donner le choix de vieillir où l’on souhaite” est l’axe 2 de la stratégie nationale du bien vieillir.

    Le SYNERPA : Une charte d’engagement en faveur de l’éthique et de la transparence pour accompagner les personnes âgées

    L’affaire Orpea sensibilisé l’opinion publique et les parties prenantes à l’importance d’améliorer les pratiques liées au bien vieillir. Le SYNERPA (Syndicat national des maisons de retraite privées) et les acteurs privés du Grand Âge ont lancé en janvier 2023 une charte d’engagements visant à améliorer l’accompagnement des personnes âgées et à restaurer la confiance du public. Cette initiative concerne plusieurs structures, comme les services d’aide à domicile, les résidences services seniors et les EHPAD. La charte est structurée autour de trois axes majeurs :

    • Mesurer et améliorer la qualité des pratiques : Des indicateurs seront mis en place pour évaluer la qualité des soins, des services et du travail au sein des établissements. Par exemple, 100 % des établissements devront évaluer la qualité de vie des résidents et des employés, et former 10 000 salariés d’ici 2025.
    • Renforcer la gouvernance participative : Cela implique une plus grande implication des résidents, des familles et des équipes dans les décisions des établissements, avec un comité dédié à cette participation. Chaque établissement devra également définir une “raison d’être” humaine et sociétale.
    • Favoriser l’innovation et la transition écologique : La charte encourage les projets de recherche, la création d’un prix annuel pour l’innovation et la mise en place d’actions concrètes pour réduire l’empreinte carbone du secteur d’ici 2030.

    Cartographie : quelques acteurs privés dans le secteur du bien vieillir – un environnement complexe

    Le marché de la silver économie est vaste. Bien qu’il présente un fort potentiel de croissance, notamment grâce à la demande des générations issues du baby-boom, il demeure diversifié, complexe et difficile à cerner. Les besoins des usagers sont variés, ce qui rend difficile l’homogénéisation de l’offre. Cela entraîne des réponses spécifiques en matière de solutions techniques et commerciales. Les entreprises tendent à se spécialiser sur certains créneaux, ce qui limite leur expansion, augmente les coûts et rend difficile la création d’un modèle économique “scalable”. Ces activités dépendent aussi largement des financements publics et des enjeux liés à la valorisation des métiers, ce qui fragilise leurs modèles économiques. Par ailleurs, ces offres sont parfois financièrement inaccessibles pour une partie de la population, limitant ainsi l’acquisition de nouveaux clients.

  • Silver Tech : un marché estimé à 130 milliards de chiffre d’affaire pour 2030

    La silver économique face au vieillissement démographique de la population

    En 2024, selon les chiffres de l’Insee, la France compte 19 millions de personnes de plus de 60 ans, et d’ici 2050, ce chiffre devrait s’élever à 24 millions dans l’Hexagone et à 130 millions dans l’Union Européenne, soit une hausse de 40 % par rapport à 2020. La population des 80 ans et plus, qui nécessite une prise en charge particulière, connaîtra elle aussi une augmentation de 70 % d’ici 2030. Le nombre de personnes dépendantes devrait quant à lui augmenter de 40 %. Cette évolution démographique représente une opportunité certaine pour les entreprises spécialisées, mais aussi de nombreux défis de politiques publiques pour l’État, qui devra faire émerger de nouvelles approches dans la gestion des soins.

    Le marché de la silver économie, estimé à 97 milliards en 2022, devrait atteindre 130 milliards d’ici 2030. Ce dynamisme est principalement soutenu par l’arrivée des baby-boomers dans la tranche des 75 ans et plus, entraînant ainsi une forte augmentation de la demande pour des produits et services adaptés aux personnes âgées.

     

    Dépenses de santé en fonction des tranches d’âge (Researchgate)

    Le PLFSS 2023 annonçait déjà « une forte progression du financement des politiques de soutien à l’autonomie ». En effet, durant cette année, l’objectif global de dépenses (OGD) a augmenté respectivement de 5,1 % et 5,2 % pour la prise en charge des personnes âgées et des personnes en situation de handicap, atteignant 30 milliards. Le PLFSS 2024 prévoit quant à lui des moyens supplémentaires pour la création de nouvelles places de services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) ainsi que pour le financement en EHPAD de personnes âgées en perte d’autonomie accrue.

    La prise en charge de cette population vieillissante soulève de nombreux défis, à savoir :

    • La prise en charge des seniors en zones rurales et périurbaines ;
    • L’accès aux services spécialisés qui reste limité ;
    • L’offre insuffisante dans des secteurs comme la mobilité ou le lien social.

     

     

    Poids des dépenses effectuées par les plus de 50 ans dans chaque secteur de consommation (Rothschild & Co Asset Management Europe, CREDOC) 

    Les trois axes de la silver économie

    La filière s’organise principalement autour de trois axes :

    • Le maintien à domicile : Cela concerne les services à la personne, l’habitat (aménagement, monte-escalier, domotique…), la sécurité (téléassistance, capteurs…), le transport (accessibilité, mobilité), et la communication (mobile, internet, réseaux sociaux…).
    • La santé : Notamment la nutrition, la prévention, la e-santé et la télémédecine.
    • Le bien-vieillir : Les loisirs (culture, bien-être, sport, tourisme), les commerces, le travail (emploi seniors, formation).

    Les gérontopôles pour dynamiser les acteurs de la silver économique

    Plusieurs gérontopôles en France sont nés sous l’impulsion de l’État, pour répondre aux enjeux de la transition démographique. Les gérontopôles sont issus d’une annexe de la loi « Adaptation de la Société au Vieillissement (ASV) du 28 décembre 2015 ». Le premier a avoir été constitué est celui de Toulouse, puis d’autres ont été créés progressivement au fil des années (9 au total).

    Créés sous l’impulsion de personnalités, de la région, de l’ARS ou des ARS ils disposent tous du statut associatif. Leur mission est de rapprocher et de dynamiser autour du vieillissement les acteurs de la recherche, du soin (en ville, à l’hôpital, en établissement médico-social), de la formation et de l’entreprise. Ils permettent de faciliter le transfert de la recherche, du développement technologique vers le soin, le médico-social et les services apportés aux âgés.

    Le ministère de l’Économie et des Finances et le ministère des Affaires sociales et de la Santé ont signé en 2013 un contrat de filière pour la silver économie dont l’objectif est de « structurer ce secteur en une vraie filière industrielle et de créer un écosystème national et régional pour faire émerger un grand marché et favoriser l’essor de l’industrie française ».

    Lors du lancement du contrat de filière pour la silver économie, les pouvoirs publics ont distingué 3 grands groupes de personnes cibles pour les produits et services développées en silver économie :

    • Les seniors dits « actifs » : autonomes et indépendants ;
    • Les seniors dits « fragiles » : avec quelques limitations ou baisses de capacités ;
    • les seniors dits « dépendants » : qui ont besoin d’aide pour accomplir les actes de la vie courante.

    Les levées de fonds récentes du marché

    En 2023-2024, plusieurs levées de fonds d’acteurs majeurs de la silver économie ont été recensées :

    • Neosilver : l’entreprise a levé près de 4 millions d’euros pour soutenir son développement. Cette levée vise à accélérer l’expansion de ses services de loisirs et d’activités destinés aux personnes âgées, en renforçant son offre et en élargissant sa portée géographique. L’entreprise prévoit également de développer ses partenariats et d’améliorer l’expérience utilisateur via une plateforme numérique ;
    • Jabi : Cette startup spécialisée dans les technologies pour les seniors a levé 400 000 euros pour accélérer le développement de son logiciel Major, utilisé dans les résidences pour seniors afin de faciliter la gestion quotidienne et la communication entre résidents et familles ;
    • Alogia Groupe : 6,5 millions d’euros ont été levés par l’entreprise pour accélérer le déploiement de ses technologies prédictives et préventives. Cette somme permettra de renforcer ses solutions d’assistance aux seniors, basées sur des outils de domotique et d’intelligence artificielle ;
    • Life Plus : l’entreprise a levé 3 millions d’euros pour développer sa montre connectée dédiée aux seniors. Cette montre intelligente permet de surveiller la santé des utilisateurs, notamment en détectant des signes vitaux ou des chutes, et vise à prolonger leur autonomie à domicile. Ce financement permettra à l’entreprise d’accélérer le développement et la commercialisation de cette solution technologique ;
    • NeuroClues : elle a levé 5 millions d’euros pour préparer la commercialisation de sa solution innovante permettant de mesurer et de diagnostiquer les maladies neurologiques. Ce financement vise à accélérer le développement de leur technologie, qui utilise des capteurs et des algorithmes pour identifier rapidement les signes de troubles neurologiques.

     

  • EHDS : un cadre adapté aux approches centralisées et décentralisées est nécessaire (rapport)

    L’EHDS, grand chantier de la Commission européenne

    À l’ère de la digitalisation de la santé et de l’accélération de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur, la mise en place d’un espace permettant le partage, l’utilisation et le transfert des données à l’échelle européenne semble indispensable : c’est ce qu’explique Anastasia Natrova, experte en recherche et en innovation à la Commission européenne, et Adam Skali, expert pour EIT Health, dans leur rapport dédié à l’Espace européen des données de santé (EHDS).

    Lancé en 2022, ce projet vise à permettre à l’Union européenne de maîtriser ses données tout en garantissant à ses citoyens un accès direct à leurs informations personnelles de santé. Il a également pour objectif d’assurer la continuité des soins des patients au sein de l’Union européenne et de créer un cadre sécurisé commun à l’échelle de la région. Il s’agit d’ailleurs de l’un des principaux chantiers confiés par la président de la Commission, Ursula Von der Leyen, à son commissaire en charge de la santé et du bien-être animal, Olivér Várhelyi, dans une lettre de mission du 17 septembre 2024.

    La première étape vers une UE de la santé :

    Le rapport des deux experts souligne que l’EHDS constitue une étape importante pour la mise en place d’une Union européenne de la santé. Il devrait avoir un impact à la fois sur les soins et sur la recherche. En plus de permettre aux patients d’être pris en charge de manière continue dans toute l’Union, cet espace favorisera une utilisation secondaire des données à une échelle bien plus large qu’un simple groupe d’hôpitaux, une région ou un pays. Cela offrira aux chercheurs européens une source plus abondante de données de qualité.

    De nombreux défis à surmonter

    Avant la mise en place de l’EHDS, de nombreux défis doivent encore être surmontés, notamment ceux liés à l’interopérabilité des outils utilisés dans les différents pays de l’Union européenne, ainsi qu’aux questions juridiques : sans la possibilité de partager et de consulter rapidement les données de santé entre les pays, l’EHDS ne pourra pas fonctionner de manière viable.

    La nécessité d’un cadre flexible, entre centralisation et décentralisation :

    Le rapport propose différentes pistes pour surmonter les défis identifiés. Chaque pays ayant son propre système de santé, il est difficile de mettre en place un partage fluide des données. Selon leur taille, les pays adoptent des solutions plus ou moins centralisées. Parfois, des systèmes centralisés et décentralisés coexistent, comme c’est le cas en Allemagne. À l’inverse, un pays comme l’Estonie qui compte 1,3 millions d’habitants adopte des systèmes numériques centralisés “en raison d’une décentralisation moindre et de complexités régionales moins importantes”. C’est pourquoi Adam Skali et Anastasia Natrova insistent sur la nécessité de créer un cadre flexible, capable de s’adapter à la fois aux approches centralisées et décentralisées, pour garantir un partage transfrontalier fluide des données.

    La question de l’unification des dossiers de santé électroniques est également primordiale. Sans un accord sur les types de fichiers qu’ils contiennent, le partage fluide des données entre les pays européens est impossible. Si certains d’entre eux utilisent principalement des fichiers au format PDF, d’autres emploient des formats plus complexes. Les États membres devraient donc s’entendre sur des formats de fichiers communs, afin qu’ils puissent être transmis et consultés n’importe où au sein de l’UE.

    Des compétences humaines indispensables :

    Si ces défis sont surmontés à l’avenir, les deux experts soulignent également l’importance de disposer, dans chaque pays, de professionnels compétents capables de gérer ces données. Ils devront être en mesure de les exploiter efficacement pour tirer pleinement parti de l’EHDS.

     

  • Automatisation, data, IA… Comment les organisations de santé se positionnent-elles ? (Future health index)

    Des attentes et des craintes

    L’édition 2024 du “Future Health Index”, une enquête internationale sur l’avenir de la santé réalisée par Philips, analyse les priorités et les perspectives de 3 000 dirigeants du secteur issus de 14 pays (dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Chine et l’Inde). Face aux pénuries de personnel, aux contraintes financières et à une demande croissante de soins, les systèmes de santé peinent à fournir des soins de qualité, accessibles à tous et au bon moment. Ce rapport explore les lacunes et les solutions possibles pour surmonter ces obstacles. Parmi les défis majeurs auxquels doivent faire face les systèmes de santé à travers le monde, les répondants soulignent les pénuries de personnel, les contraintes financières ainsi que l’accès limités à des soins de qualité.

    Renforcée par des entretiens qualitatifs, cette enquête rapporte notamment les résultats suivants :

    • 99 % des dirigeants estiment que l’automatisation des tâches répétitives est essentielle pour pallier les pénuries de personnel ;
    • 94 % font face à des défis d’intégration des données, ce qui affecte la capacité à fournir des soins de qualité en temps voulu ;
    • 89 % des dirigeants estiment que les soins virtuels peuvent contribuer à résoudre les pénuries de personnel ;
    • 87 % craignent que l’intelligence artificielle (IA) n’accentue les disparités en matière de santé en raison des biais dans les données ;
    • 65 % estiment que les professionnels de santé sont sceptiques quant à l’utilisation de l’automatisation ;
    • les principaux domaines cliniques d’application de l’IA sont : la surveillance des patients hospitalisés, la gestion de la médication, planification des traitements, radiologie et soins préventifs.

    L’automatisation, solution prometteuse mais controversée ?

    La grande majorité des dirigeants sondés (92 %) est optimiste quant à l’avenir de l’automatisation des tâches répétitives. Ils y voient une réponse aux pénuries de personnel et un moyen de libérer du temps soignant pour les professionnels de la santé. Ils reconnaissent cependant que leurs équipes de professionnels de santé restent réticentes face à cette évolution. Une inquiétude encore plus marquée dans le domaine de la radiologie. Ce scepticisme s’explique notamment par des préoccupations concernant la qualité des soins et la perte potentielle de compétences clés si l’automatisation prend une très grande place dans la pratique.

    Priorité aux processus administratifs :

    Aujourd’hui, l’automatisation est principalement utilisée pour alléger la charge administrative, comme la gestion des rendez-vous. Les dirigeants identifient la priorisation des flux de travail comme la plus grande opportunité des trois prochaines années. Cela pourrait aider les professionnels à gérer un volume important de patients, grâce à des systèmes de tri automatisés ou à l’analyse préliminaire des images médicales.

    Un autre secteur où l’automatisation est envisagée concerne la maintenance des équipements médicaux. En outre, l’automatisation de la documentation et des comptes rendus, qui pourrait permettre aux cliniciens de passer plus de temps avec les patients et moins sur la documentation, fait partie des plan prioritaires des dirigeants ayant participé à cette enquête.

    Etat actuel et futur du déploiement de l'automatisation - @ Philips
    Etat actuel et futur du déploiement de l’automatisation – @ Philips

    L’évolution de l’IA : de l’exploration à la mise en œuvre

    Les résultats du Future Health Index montrent que les dirigeants de la santé ont déjà commencé à intégrer l’IA pour le soutien à la décision clinique dans plusieurs domaines hospitaliers. Parmi les principaux domaines d’application figurent :

    • surveillance des patients hospitalisés ;
    • gestion de la médication ;
    • planification des traitements ;
    • radiologie ;
    • et soins préventifs.

    L’IA s’étend des hôpitaux aux domiciles :

    Au cours des trois prochaines années, les leaders de la santé prévoient de mettre l’accent sur l’implémentation de l’IA dans le suivi des patients à distance, avec pour objectif d’améliorer les soins au-delà des murs de l’hôpital.

    Malgré son déploiement croissant, les inquiétudes concernant les biais de données persistent, nécessitant une vigilance accrue pour garantir une utilisation équitable et efficace de l’IA dans la santé.

    Cas d'usage actuels et futurs de l'IA pour l'aide à la décision clinique - @ Philips
    Cas d’usage actuels et futurs de l’IA pour l’aide à la décision clinique – @ Philips

    L’essor de l’IA générative :

    L’IA générative (GenAI) intéresse de plus en plus les dirigeants du secteur de la santé, surtout depuis l’année dernière. Le rapport rapporte que 85 % d’entre eux investissent déjà ou prévoient d’investir dans cette technologie dans les trois prochaines années. Toutefois, des disparités existent selon les pays en ce qui concerne la rapidité de son adoption, ce qui reflète également les différences dans les cas d’usage de l’IA d’aide à la décision clinique.

    L’enjeu grandissant du développement durable

    86 % des dirigeants du secteur de la santé estiment que réduire les émissions de CO2 et l’impact environnemental des soins de santé doit être une priorité pour le secteur. 90 % pensent que cela devrait également figurer en tête des priorités des gouvernements.

    Conscients de cette urgence, ils mettent déjà en place certaines actions stratégiques :

    • le recyclage des déchets ;
    • l’élimination des substances dangereuses ;
    • la conservation de l’eau ;
    • et la réduction de la consommation énergétique.

    D’ici trois ans, ils prévoient d’aller plus loin avec des mesures comme la sélection de fournisseurs ayant des objectifs de durabilité, l’adoption de pratiques d’achat durable, l’utilisation d’équipements circulaires ainsi que l’investissement dans des bâtiments et infrastructures écologiques.

     

     

    * Better care for more people. Bridging the gaps in healthcare. Philips, 2024.

     

  • ESMO 2024 : le modèle d’IA GigaPath révolutionne la prédiction des mutations du cancer

    Un modèle performant pour la prédiction des mutations

    Présenté lors de l’édition 2024 du congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO), le modèle d’IA soutenu par Microsoft, GigaPath, a démontré sa capacité à prédire les mutations du cancer, en particulier dans le cas des cancers du poumon. Il s’est démarqué en devançant ainsi les autres méthodes existantes, avec :

    • un score Auroc (mesure utilisée pour évaluer la performance d’un modèle de classification) de 0,626 pour l’adénocarcinome pulmonaire ;
    • et une précision de 18,7 % pour la prédiction de la charge mutationnelle tumorale (TMB).

    Cela marque une avancée significative dans la précision des prédictions liées à certaines mutations génétiques comme celles du gène EGFR, et pourrait favoriser l’optimisation des traitements en oncologie et renforcer l’utilisation de la médecine personnalisée.

    Amélioration des prédictions de la charge mutationnelle :

    GigaPath se base sur un vaste jeu de données de pathologie numérique comprenant plus d’un milliard d’images provenant de 28 centres de cancérologie du réseau de santé américain Providence, et collectées auprès de 30 000 patients, couvrant au total 31 types de tissus majeurs. L’intégration de données génomiques et cliniques dans son apprentissage renforce sa robustesse et sa capacité à traiter des cas variés, ce qui lui permet de modéliser des contextes pathologiques complexes.

    Malgré les progrès dans le domaine de la pathologie numérique, l’impact global de l’IA reste limité jusqu’à présent. Cependant, des modèles comme GigaPath promettent de changer la donne, grâce à leur capacité à apprendre sans étiquettes prédéfinies et à généraliser les informations issues des images. Le modèle est également accessible en open source, permettant aux chercheurs d’améliorer les résultats de manière continue et indépendante et de réaliser des tests dans d’autres domaines médicaux.

    Ayant pour objectif de prédire, avec une précision accrue, la charge mutationnelle des tumeurs et les mutations spécifiques, GigaPath exploite l’IA pour analyser les biopsies et résections tumorales, en intégrant des informations issues des données génomiques et des rapports pathologiques.

    Une avancée vers la médecine personnalisée

    L’IA commence déjà à s’intégrer à diverses modalités d’imagerie, comme les scanners et IRM, et même à interagir via la voix avec des bases de données de patients. GigaPath ouvre la voie à une utilisation plus efficace de la pathologie numérique, rendant la médecine plus précise et adaptable aux besoins des patients. Il pourrait ainsi devenir un outil clé pour l’avenir de la médecine prédictive et personnalisée, offrant des perspectives nouvelles pour le diagnostic et la gestion des cancers. Sa capacité à traiter et analyser des images de haute résolution permet une caractérisation fine du microenvironnement tumoral, promettant de révolutionner le diagnostic et le traitement du cancer.

     

     

    * Application of GigaPath: An open-weight billion-parameter AI foundation model based on a novel vision transformer architecture for cancer mutation prediction and TME analysis.

    Bifulco C, Poon H, Usuyama N, et al.

    Présenté lors de l’édition 2024 du congrès de l’ESMO (Barcelona, 13-17 septembre 2024). Abstract 1942O.

     

  • Prévention : les enjeux de l’innovation discutés à l’Agora du soin digital de l’Hôtel-Dieu

    Le numérique redessine-t-il la prévention de demain ?

    Le 19 septembre dernier, l’Hôtel-Dieu de Paris a accueilli une après-midi riche en échanges et en réflexions sur la prévention, dans le cadre de la troisième édition de l’Agora du soin digital (18-20 septembre 2024). De nombreux experts et acteurs de la santé numérique, du monde des startups, de l’industrie et des institutions, se sont réunis pour débattre des solutions innovantes et des défis liés à la transformation digitale de la prévention.

    Anne-Marie Armanteras, présidente du think tank Health&Tech, a inauguré cette après-midi en soulignant l’importance de la prévention dans la stratégie de santé publique et le rôle croissant du numérique pour accompagner ce changement. Elle a insisté sur le besoin d’une implication politique forte afin que le digital devienne un levier pour une stratégie nationale de prévention. Face à l’augmentation des maladies chroniques et du vieillissement de la population, qui mettent en péril la soutenabilité du système de soins, la prévention devient un enjeu central.

    “Une stratégie claire, une approche populationnelle, le développement d’outils d’évaluation et un cadre éthique solide”, telles sont les conditions qui doivent être réunies, selon Anne-Marie Armanteras, pour passer d’une approche plus préventive que curative du système de santé, soutenue par “une politique de prévention basée sur le numérique et intelligence artificielle (IA)”. L’implication des payeurs, conclue-t-elle, tels que l’Assurance maladie, les mutuelles et les agences régionales de santé au niveau des territoires, sera par ailleurs essentielle pour garantir des gains de santé et réduire les dépenses.

    La révolution annoncée par l’IA :

    Le numérique et l’IA offrent, en effet, des perspectives révolutionnaires en matière de dépistage, de prédiction et de personnalisation des soins. Ces technologies permettent de cibler des populations à risque et d’adapter les interventions de santé, tout en intégrant les dimensions sociétales et comportementales. Pour illustrer cela, le Dr Tarek Maache, lead Prévention et Soin digital chez Care Insight, a présenté en avant-première la nouvelle étude Health&Tech Intelligence (H&TI) dédiée à l’IA en prévention, avec une synthèse des points clés de la revue bibliographique réalisée, un panorama international des tendances émergentes ainsi que des cartographies des cas d’usages de l’IA en prévention au service de la santé publique et des solutions d’IA disponibles en France.

    Au total, 42 cas d’usage sont rapportés, répartis sur cinq axes principaux que sont : la modélisation prédictive, l’aide à la décision, le changement des comportements, le ciblage et l’optimisation des processus. En France, l’étude H&TI recense au moins 44 solutions dédiées, dont la majorité est focalisée sur les maladies chroniques. (Pour accéder à l’étude dans son intégralité, cliquez ici.)

    Opportunités, défis, obstacles… 5 start-ups témoignent

    Proposant chacune des solutions numériques pour améliorer la prévention et le changement de comportement des individus face à leur santé. Cinq femmes représentant cinq start-ups sont intervenues. Il s’agit de :

    📌 Camille Corman, CEO et fondatrice de 1food1me et Prevent.bio :

    Ces deux entreprises cherchent à modifier les habitudes alimentaires grâce à l’intervention d’experts diététiciens à des moments clés du parcours patients. Bien qu’indispensable, cette approche pose des défis d’industrialisation. Un contrat en cours avec un hôpital privé pourrait néanmoins créer un parcours d’accompagnement prometteur.

    📌 Kristy Hood, directrice générale de Fizzup :

    Fizzup vise à prédire les capacités à l’effort physique tout en luttant contre les trois freins majeurs à l’exercice identifiés, à savoir : la difficulté, le manque de motivation et et le coût. Avec un taux de rétention de 20 %, l’application développe des programmes accessibles pour encourager la régularité d’une activité physique adaptée.

    📌 Emilie Riotte, chargée de marketing de Kwit :

    En misant sur la gamification, la pair-aidance et la thérapie comportementale (TCC), les deux solutions, Kwit et Sobero, disponibles en 13 langues et réunissant 4 millions d’utilisateurs à travers le monde, aident à lutter contre le tabagisme et la consommation d’alcool.

    📌 Dr Charlotte Berthaut, CEO et fondatrice de Dépist&vous :

    Dépist&vous se donne pour mission d’aider les individus à se poser les bonnes questions sur le dépistage, en ciblant prioritairement les 14-49 ans, une génération qui connaît une augmentation alarmante de la prévalence des cancers. Son objectif est d’accompagner cette population dans des démarches de prévention active, tout en sensibilisant les entreprises, mutuelles et assurances à l’importance de faire monter leurs salariés en compétences en matière de santé. Selon Charlotte Berthaut, le dépistage précoce représente un retour sur investissement économique significatif, en réduisant les coûts du cancer pour l’Assurance maladie et les employeurs. “Cette approche pourrait nécessiter la création de nouveaux métiers, précise-t-elle, permettant d’amener la prévention hors des cabinets médicaux et des hôpitaux, pour toucher un public plus large de manière efficiente et rapide.”

    📌 Enfin, Hélène Viatgé, cofondatrice et co-CEO d’Appthera, plateforme qui permet aux médecins d’identifier et de prescrire la bonne thérapie numérique (DTx) à leurs patients, a soulevé la question des modèles économiques des dispositifs médicaux numériques (DMN), notamment ceux à visée thérapeutique qui peuvent bénéficier de la prise en charge anticipée numérique (Pecan) depuis avril 2023. Elle souligne que l’aspect curatif prime encore sur la prévention dans le cadre de ce dispositif de remboursement.

    Des promesses et des perspectives sur le changement de comportement :

    De son côté, Nicolas Castoldi, directeur délégué auprès du directeur général et directeur exécutif de l’initiative @Hôtel-Dieu à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), a tenu à rappeler que le changement de comportement est un processus complexe et qui nécessite un accompagnement permanent. Les solutions numériques, comme les DTx, peuvent permettre d’ancrer définitivement des changements, mais elles doivent encore, selon lui, prouver leur capacité à s’intégrer durablement dans le système de santé. “Si tout le monde s’accorde sur la nécessité de la prévention, sa pérennisation reste un défi majeur”, conclue-t-il.

    Comment passer à l’échelle ?

    Lors de la table-ronde consacrée à la question du passage à l’échelle des initiatives de prévention, Thomas Lavirotte, vice-président transformation et développement stratégique en santé de Siemens Healthineers, a souligné les difficultés rencontrées pour financer la prévention, et en particulier la prévention secondaire. “Le calendrier politique n’est pas celui de la prévention”, a-t-il déclaré. Et d’ajouter : “L’énergie doit être collective pour faire comprendre au système de santé qu’il doit investir massivement dans la prévention, tout en prenant le temps long que cela prendra.”

    Le soutien à l’innovation en santé a également été réaffirmé par Sylvie Troy directrice médicale adjointe de Pfizer, qui a mentionné plusieurs initiatives d’accompagnement de start-ups actives dans le champ de la prévention (Prevent2Care, Pfizer Healthcare Hub…). Quant à Florence Dupré, global health officer de La Poste, elle a partagé l’expérience du programme iCop pour les soins intégrés aux personnes âgées.

    Pour parvenir à cette vision d’un système de santé basé sur des approches préventions, le consensus qui se dégage de cette session de l’Agora du soin digital est qu’une collaboration étroite entre start-ups, industriels, mutuelles et institutions politiques est nécessaire. Le numérique ouvre des perspectives prometteuses, mais son inscription dans les pratiques dépendra de la capacité des acteurs à unir leurs forces pour surmonter les nombreux défis économiques, culturels et structurels auxquels il est confronté. Le nouvel appel à projets “Challenge prévention”, axe central de la stratégie d’accélération de l’innovation en prévention présentée par l’Agence de l’innovation en santé (AIS), a justement pour ambition de répondre à ces problématiques.