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  • Entretien : « l’IA sera indispensable à la radiologie, mais les modèles financiers non aboutis sont à construire avec la profession » (Dr Laurent Verzaux, directeur général du groupe Vidi)

    Un besoin évident :

    L’activité radiologique va continuer à augmenter du fait de l’enrichissement des capacités de l’imagerie, et d’une demande croissante liée au vieillissement de la population, tant dans les activités de dépistage, de diagnostic que de suivi des patients. Les radiologues et les manipulateurs, s’ils ne remettent pas en question leur organisation de travail, leur mode de fonctionnement, ne pourront pas faire face à cette demande. L’IA, que ce soit pour fluidifier et accélérer le parcours patient, ou pour aider à l’interprétation et au traitement des images, est une des briques essentielles pour répondre à ce défi.

    Un modèle financier à stabiliser

    Quelle est la cohérence des investissements IA par rapport aux modèles financiers existants ?

    Les modèles actuels ne sont pas encore stabilisés et nécessitent une restructuration. Alors que dans le passé la numérisation des archives radiologiques a été un succès relatif (accompagnement financier pour assurer la transition), il est dommage qu’une solution de ce type n’ait pas été proposée pour l’IA, mettant ainsi en lumière les faiblesses des systèmes de financement.

    Les coûts liés à l’introduction des outils d’IA en radiologie sont un facteur déterminant dans la lenteur de leur adoption. Le développement de ces technologies demande des investissements importants, non seulement pour leur création mais aussi pour leur déploiement à grande échelle. Le coût des développements augmente à mesure que l’accès aux bases de données et aux systèmes devient plus complexe. Par conséquent, les solutions basées sur des systèmes SaaS, très populaires, deviennent difficilement viables à mesure que l’activité augmente.

    Pour contrer cela, il faudrait que les nouveaux modèles économiques soient adaptés à la réalité des cabinets de radiologie. Une approche proposée est la mutualisation des coûts à travers des réseaux de cabinets ou des collaborations inter-hospitalières. Cela permettrait de partager les charges d’investissement tout en assurant une diffusion plus large des technologies. Ces modèles financiers devront être discutés et coconstruits avec les représentants légitimes de la profession, les hôpitaux et les autorités compétentes, afin de garantir une tarification équitable et un accès généralisé aux outils d’IA.

    Les défis de l’intégration des outils d’IA

    Quels sont les usages de l’IA aujourd’hui ?

    L’IA en radiologie a déjà fait ses preuves, en particulier dans l’aide à l’interprétation ou le post traitement d’images, mais son intégration complète reste un défi de taille. Les outils disponibles actuellement offrent des performances déjà impressionnantes, comme la détection automatique de fractures, ou la réalisation de mesures en orthopédie, la détection et le suivi de nodules. Ces outils utilisés sous leur responsabilité permettent aux radiologues de se concentrer sur des tâches plus complexes, améliorant ainsi à la fois leur efficacité et la qualité des soins.

    Toutefois, la fiabilité des outils d’IA est encore perfectible. Par exemple, dans le cas du dépistage du cancer du sein, le taux de faux positifs demeure trop élevé. Pour que l’IA devienne une aide fiable dans ce domaine, il est nécessaire d’améliorer les logiciels de comparaison entre examens successifs, afin de réduire les faux positifs. Une des premières applications attendues dans ce domaine serait de réaliser la seconde lecture du dépistage avec IA dans environ 40 ou 60 % des cas. Pour y arriver, il faut que la dématérialisation de la deuxième lecture soit opérationnelle sur l’ensemble du territoire. Un autre aspect de l’intégration de l’IA est l’optimisation du workflow allant de la prise de rendez-vous à la génération de comptes-rendus.

    Un autre besoin, fondamental pour s’assurer du bon usage de l’imagerie, et auquel l’IA pourrait répondre est :

    • la pertinence des demandes d’examens ;
    • la structuration et la qualité des demandes.

    Comment l’IA permettrait d’améliorer le workflow ?

    L’optimisation du workflow grâce à l’IA est un domaine à perfectionner et améliorer car le nombre d’examens ne cesse d’augmenter pour les radiologues en activité.

    A titre d’exemple, pour le suivi de patients en rémission : ils doivent être suivi chaque année avec un scanner de contrôle, et avec comparaison au scanner de l’année précédente. Ces patients sont nombreux. L’IA pourrait identifier ces patients dès leur prise de rendez-vous, programmer l’examen et le protocole scanner, comparer les images et proposer une pré-compte rendu. Le radiologue supervise et signe le compte-rendu en fin d’examen. Cela éliminerait les processus administratifs lourds et permettrait un gain de temps considérable, tant pour le patient que pour le radiologue. L’objectif est de réduire la charge de travail des radiologues tout en garantissant une précision et une efficacité accrues.

    En optimisant les processus et en réduisant les tâches répétitives, les radiologues pourraient traiter un plus grand nombre de patients sans sacrifier la qualité des soins. Dans un contexte où le nombre de pathologies à diagnostiquer, notamment en cancérologie, ne cesse d’augmenter, cette optimisation du workflow est perçue comme un élément clé pour répondre aux besoins futurs de la profession.

     Quels sont les usages de l’IA en oncologie ?

    Aujourd’hui, l’IA a montré son potentiel en orthopédie ou en imagerie d’urgences mais son utilisation en oncologie est à perfectionner. Par exemple, les outils d’IA pour le suivi des tumeurs et des nodules ne sont pas encore largement utilisés, malgré leur potentiel énorme. La comparaison d’images dans le temps, pour détecter la croissance ou la régression d’une tumeur, est l’un des domaines où l’IA pourrait faire la différence mais les solutions existantes ne sont pas encore déployées à grande échelle.

    Se réorganiser : une nécessité pour accéder à l’IA

    Comment s’assurer, pour demain, d’un déploiement et d’un usage réussis de l’IA ?

    Pour que l’intégration de l’IA dans la radiologie soit possible et réussie, il est impératif de repenser organisations et modes de fonctionnement. En particulier il faut une coopération accrue entre les différents acteurs du secteur. Il est important de mutualiser les investissements et de partager les ressources, que ce soit entre cabinets privés, réseaux d’hôpitaux ou régions entières. La création de réseaux de radiologues utilisant des plateformes partagées permettrait de diminuer les coûts d’accès aux technologies d’IA, tout en garantissant une meilleure répartition des outils à travers les territoires.

    Cette mutualisation est importante pour éviter les inégalités dans l’accès aux soins. En effet, le risque est de voir se créer un système à deux vitesses, où les grands groupes de radiologie et les établissements de santé bien financés auraient accès aux dernières technologies, tandis que les petites structures ou les régions moins développées resteraient en marge de cette évolution. Une telle situation pourrait entraîner des disparités dans la qualité des soins et dans la capacité à diagnostiquer efficacement certaines pathologies. La mutualisation des ressources permettrait de garantir une répartition plus équitable des technologies, rendant ainsi leur coût supportable pour l’ensemble des acteurs du secteur.

  • État des lieux de la radiologie : chiffres clés, répartition des appareils d’imagerie et financiarisation de l’offre

    En radiologie, l’intelligence artificielle (IA) est principalement utilisée comme outil d’aide à l’interprétation des images. L’IA est capable d’analyser une grande quantité d’informations, de détecter des anomalies, faire des recommandations, analyser des doses etc. D’un point de vue organisationnel, l’IA peut également aider à la planification médicale, au tri et à la priorisation des demandes d’examens.

    L’IA peut automatiser pour le radiologue certaines tâches techniques permettant aux radiologues de se concentrer sur des cas plus complexes. Enfin, l’IA soulève des questions de confiance et de responsabilité. Les radiologues doivent pouvoir vérifier et valider les résultats produits par l’IA pour s’assurer de leur fiabilité.

    Dans cet article, H&TI revient sur les chiffres clés de la radiologie en France, mettant en lumière les défis organisationnels, économiques et humains auxquels sont confrontés les radiologues et les manipulateurs en électroradiologie médicale, acteurs centraux de l’imagerie médicale.

    👨🏻‍⚕️22% des radiologues libéraux exercent de façon mixte

    Selon la Drees et le rapport Charges & produits de la Cnam publié en 2024 : en 2022, la France compte 111 984 médecins libéraux dont 5454 radiologues dont 78% sont exclusivement libéral. Après la médecine générale, la chirurgie (toutes spécialités confondues) et la psychiatrie, la radiologie est la 4ème spécialité comptant le plus de médecins libéraux. Selon la Cnam, 90 % des radiologues exercent au sein de structures comptant en moyenne 12,8 salariés.

     

    Répartition de l’effectif de radiologues sur le territoire en 2022 @Cnam

    La répartition des radiologues libéraux en France, selon la carte ci-dessus, montre une concentration inégale de ces professionnels de santé à travers le pays :

    • les zones avec les effectifs les plus élevés sont dans les grandes agglomérations et régions urbaines comme l’Ile-de-France, la Nouvelle-Aquitaine et certains départements du sud-est ;
    • les zones avec les effectifs les plus faibles sont généralement situées dans les départements plus ruraux, notamment dans le centre et l’est de la France, ainsi qu’en Corse.
    Effectifs de médecins spécialistes selon le secteur de conventionnement et l’adhésion au contrat Optam/Optam-CO, en 2022 @Cnam

    La profession compte :

    • 3846 radiologues conventionnés de secteur 1 ;
    • 849 radiologues en secteur 2 ayant adhéré à l’Optam/Optam-CO ;
    • et 759 radiologues en secteur 2 n’ayant pas adhéré à l’Optam/Optam-CO.
    📖 Les médecins exercent sous trois secteurs de convention. En secteur 1, les tarifs sont fixés par la convention médicale, sans dépassement d’honoraires sauf exceptions. En secteur 2, les médecins peuvent pratiquer des honoraires libres avec dépassements, remboursés selon la base conventionnelle. Les médecins du secteur 1 DP (droit à dépassement permanent) peuvent, sous certaines conditions, effectuer des dépassements tout en relevant du secteur 1 grâce à des contrats spécifiques (Optam, Optam-CO).

    🏥3 Mds € d’honoraires perçus en 2022

    Les radiologues occupent la première place en termes d’honoraires totaux avec 2,928 milliards d’euros, dont 12 % de dépassements d’honoraires. Ils sont suivis par :

    • les chirurgiens, qui génèrent 2,7 milliards d’euros avec 34 % de dépassements ;
    • et les ophtalmologues, avec 2,2 milliards d’euros et 28 % de dépassements d’honoraires.

    Les radiologues, en tête des professions médicales libérales en termes d’honoraires moyens, perçoivent des montants s’élevant à 620 milliers d’euros par tête, avec une évolution modérée de +1,4 % entre 2021 et 2022. Toutefois, bien que leurs honoraires soient parmi les plus élevés, les dépassements d’honoraires restent relativement faibles par rapport à d’autres spécialités, représentant environ 12 % du total de leurs revenus.

    On peut constater que bien que les radiologues aient un équipement technique lourd à financer, les pratiques tarifaires restent globalement modérées, comparées notamment aux chirurgiens et ophtalmologues, qui pratiquent des dépassements beaucoup plus importants.

    🩻Répartition des appareils d’imagerie en France

    Équipement en imagerie des établissements publics et privés à but non lucratif en 2022 @ Drees 2024
    Équipement en imagerie des établissements privés à but lucratif en 2022 @ Drees 2024

    En 2022 selon la Drees, la répartition des appareils d’imagerie en France montre quelques disparités entre les établissements à but non lucratif et les établissements à but lucratif comme le montre les deux tableaux ci-dessus.

    🛒La financiarisation de l’offre : entre 15% et 30% des centres d’imagerie en France sont concernés

    La Cnam a défini la financiarisation comme « un transfert de propriété de l’offre de soins privée d’acteurs professionnels vers des acteurs financiers souhaitant obtenir un retour sur investissement à court terme. » En France, entre 2014 et 2023, les fonds d’investissements ont investi un montant total de 30 milliards d’euros dans la santé. La santé étant le 3ème secteur ayant reçu le plus d’investissements après l’industrie et les biens et services.

    En radiologie, cela implique le rachat d’offreurs de centres radiologiques par des fonds d’investissement, souvent via des stratégies telles que le leverage buyout (LBO) ou des acquisitions en série (roll-up). La radiologie est particulièrement propice à la financiarisation en raison de plusieurs facteurs structurels et économiques qui en font un secteur attractif pour les investisseurs :

    • le coût des équipements, comme souligné par la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR), les radiologues libéraux doivent fréquemment renouveler leurs équipements, dont la valeur est en constante augmentation, tous les 5 à 7 ans ;
    • les services après-vente liés aux équipements quasiment obligatoire pour garantir la qualité ;
    •  et les investissements en IA où l’automatisation des processus augmenterait l’attractivité pour les investisseurs qui cherchent à maximiser les profits.

    En Europe, et particulièrement en France, la transparence autour de ces opérations est limitée, les transactions doivent franchir le seuil de 150 millions d’euros pour être notifiées auprès de l’autorité de la concurrence. Ce manque de visibilité complique l’analyse de l’impact de ces acquisitions sur la qualité des soins et l’indépendance des professionnels de la radiologie. Les enjeux pour les autorités, comme l’Assurance Maladie, sont d’évaluer les effets de cette financiarisation sur l’accès aux soins et leur coût, ainsi que sur la structure même du marché radiologique.

    Selon l’association CORaIL, 15% des centres d’imagerie en France sont rachetés par des investisseurs. Un article de l’URPS Auvergne-Rhône-Alpes liste les investisseurs en capital-risque impliqués dans des transactions :

    Le 25 septembre 2024, la commission des affaires sociales du Sénat a publié un rapport sur la financiarisation de l’offre de soin. L’objectif était de formuler 18 propositions pour mieux maitriser le phénomène et limiter les conséquences indésirables sur le système de santé français. Dans ce rapport, les groupes ImDev et Vidi estiment que 20 à 30% du secteur de l’imagerie serait financiarisé.

    Il est également noté dans ce rapport que si l’IA est mal encadrée, elle pourrait exacerber certaines dérives financières déjà observées dans le secteur. En effet, il est souligné que les groupes financiers cherchent à s’emparer du contrôle des sociétés de radiologie en profitant des radiologues proches de la retraite. Cette financiarisation, facilité par des mécanismes juridiques comme les pactes d’actionnaires, pose le risque d’une surutilisation des technologies coûteuses telles que l’IRM sans réelle pertinence médicale. L’intervention des financiers/investisseurs dans la gouvernance pourrait également déposséder les médecins de la maîtrise de leur outil de travail, entraînant des conflits éthiques et une possible diminution de la qualité des soins. Malgré le fait que des garde-fous aient été introduits par des réformes récentes (ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023), il est recommandé dans le rapport de renforcer le cadre législatif pour limiter l’influence des investisseurs et garantir que l’IA reste un outil au service de la médecine et non des intérêts financiers.

    💼60 % des MERM sont dans le secteur public

    Au 1er janvier 2023, selon la Drees, on compte 31 528 manipulateurs d’électroradiologie médicale (MERM) en France, mais ce chiffre est souvent remis en cause à cause de la difficulté de recenser correctement le nombre de manipulateurs. Depuis mars 2024, ils sont inscrits au RPPS au même titre que certaines professions de santé, cette avancée devrait permettre d’évaluer correctement leur nombre.

    La pénurie de MERM est estimée entre 1500 et 2000 professionnels manquants. Ce manque se traduit parfois par la fermeture de machines dans des hôpitaux où le nombre de médecin est suffisant contrairement à celui des MERM. Pour attirer et fidéliser ces professionnels, les hôpitaux financent parfois leur formation, offrant des salaires compétitifs. Malgré une augmentation de 10% des effectifs formés, plusieurs années sont nécessaires pour combler le déficit et répondre aux besoins croissants en imagerie.

    👉Pour aller plus loin

  • IA : les nouvelles recommandations de l’EMA pour les usages dans le cycle de vie des médicaments

    Le cadre d’usage de l’IA dans les produits médicamenteux précisé

    Ce rapport approfondi de l’Agence européenne des médicaments (EMA) porte sur l’utilisation croissante de l’IA dans le cycle de vie des produits médicamenteux. Il vise à définir les rôles potentiels de l’IA dans le développement, l’autorisation et la surveillance des médicaments, tout en abordant les risques réglementaires et éthiques associés à ces technologies émergentes. Un “papier de réflexion” qui souligne, par ailleurs, les domaines critiques où l’IA peut transformer la manière dont les médicaments sont créés, évalués et surveillés, en accélérant ou améliorant les résultats tout en réduisant les erreurs humaines

    Souvent basée sur des techniques d’apprentissage automatique, ou machine learning (ML), l’IA permet de traiter et d’analyser de vastes quantités de données, soutenant chaque phase du cycle de vie des médicaments, de la recherche initiale jusqu’à la surveillance post-autorisation de mise sur le marché (post-AMM). Cependant, l’utilisation de systèmes d’IA soulève de nouvelles questions en matière de réglementation, de biais potentiels et de sécurité pour les patients.

    Les recommandations de l’EMA

    📌 Découverte de médicaments :

    L’EMA rappelle le rôle clé que joue l’IA dans la découverte de nouveaux médicaments, en automatisant l’analyse de vastes ensembles de données pour identifier des molécules prometteuses. Bien que cette application puisse avoir un faible impact réglementaire lorsque les résultats ne sont pas critiques pour l’évaluation finale, le rapport insiste sur la nécessité de contrôler les biais et d’assurer la transparence dans la conception des modèles.

    📌 Développement non clinique :

    Dans le développement non clinique, l’IA peut aider à remplacer ou à réduire l’utilisation d’animaux dans les études précliniques. Elle permet une analyse plus précise et plus rapide des données, améliorant ainsi la transposabilité des résultats aux essais cliniques humains. Le rapport recommande de suivre les normes existantes de bonnes pratiques de laboratoire et d’adapter ces pratiques à l’utilisation des systèmes d’IA.

    📌 Essais cliniques :

    L’utilisation de l’IA dans les essais cliniques permet d’optimiser la collecte et l’analyse des données, en particulier dans les essais complexes impliquant de grands volumes de données. Cependant, lorsque l’IA influence directement des décisions relatives à la sécurité des patients, comme l’allocation de traitements ou la gestion des doses, elle est considérée comme présentant un “haut risque patient”. Le rapport souligne que tous les modèles d’IA utilisés dans ces essais doivent être rigoureusement validés et documentés avant leur mise en œuvre.

    📌 Médecine de précision :

    L’IA est également utilisée pour personnaliser les traitements en fonction des caractéristiques spécifiques des patients, telles que leur génotype ou des biomarqueurs. Ces applications sont classées à haut risque, car elles peuvent avoir un impact direct sur la santé du patient. Le rapport insiste sur la nécessité de cadres réglementaires clairs pour garantir la sécurité des patients lors de l’utilisation de l’IA pour ajuster les doses ou sélectionner les traitements.

    📌 Information sur les produits :

    L’IA peut également être utilisée pour rédiger, traduire ou adapter les informations sur les médicaments, telles que les notices et les résumés des caractéristiques des produits. Étant donné que les modèles d’IA génératifs peuvent produire des résultats erronés ou imprécis, le rapport recommande que tout contenu généré par IA soit soigneusement examiné par des humains avant soumission.

    📌 Fabrication de médicaments :

    Le rapport prédit une augmentation de l’utilisation de l’IA dans les processus de fabrication de médicaments, notamment pour la conception des procédés, l’optimisation des processus et le contrôle qualité. Le développement de modèles d’IA pour ces applications doit suivre des principes rigoureux de gestion des risques, en prenant en compte la sécurité des patients et l’intégrité des données. Les normes de qualité de fabrication actuelles, comme les lignes directrices ICH Q8, Q9 et Q10, devraient être appliquées.

    📌 Phase post-autorisation :

    Dans la phase post-autorisation, l’IA peut améliorer la surveillance des médicaments, notamment à travers les études de sécurité et d’efficacité, ainsi que la pharmacovigilance. Les algorithmes d’IA peuvent détecter des signaux précoces d’événements indésirables, ce qui permet une réaction plus rapide des autorités sanitaires. Le rapport souligne la nécessité pour les titulaires d’autorisations de mise sur le marché (AMM) de valider et de surveiller en permanence les modèles d’IA utilisés pour la pharmacovigilance.

    Des enjeux techniques, éthiques et de gouvernance

    Le rapport aborde plusieurs questions techniques, notamment la gestion des données, la formation des modèles et l’évaluation des performances. Il recommande une traçabilité complète des données, des modèles et des algorithmes utilisés, avec des mesures spécifiques pour atténuer les biais et garantir la généralisation des résultats à des populations diverses.

    En ce qui concerne l’éthique, l’EMA met l’accent sur l’importance de l’équité, de la transparence et de la responsabilité dans l’utilisation de l’IA. Les systèmes d’IA doivent être conformes aux normes de confidentialité et de protection des données de l’Union européenne, notamment le RGPD. Le rapport suggère également l’utilisation d’outils pour garantir l’explicabilité des modèles d’IA, permettant ainsi une compréhension plus claire des décisions prises par ces systèmes.

    L’EMA recommande une gouvernance rigoureuse des systèmes d’IA, en particulier pour ceux ayant un impact élevé sur la sécurité des patients ou sur les décisions réglementaires. Les développeurs de technologies IA doivent prendre des mesures pour garantir que les modèles d’IA sont en conformité avec les normes réglementaires, éthiques et techniques. Le rapport encourage également les développeurs à interagir tôt avec les autorités réglementaires pour garantir que leurs systèmes respectent les exigences en vigueur.

     

  • Entretien : « Des parcours hybrides et une étroite collaboration avec les territoires pour améliorer l’accessibilité des soins » (J.-P. Piermé, LET)

    Quelles sont les difficultés auxquelles les opérateurs de la téléconsultation doivent-ils faire face et quelles réponses y apporter ?

    Un premier aspect à considérer est l’intégration des téléconsultations dans les structures de soins. Cela nécessite une coordination à trois niveaux : local, régional et national. Le LET (Les entreprises de télésanté) a fait de nombreux efforts pour faire des propositions de régulation et reste convaincu que le système de santé est un bien commun. Loin d’une logique d’ubérisation, notre approche se veut professionnelle et responsable. Une bonne gouvernance médicale est primordiale, et nous constatons un bon climat de travail avec les institutions nationales, tandis que la collaboration avec les collectivités locales est déjà bien établie.

    Dans les années à venir, nous souhaitons travailler en étroite collaboration avec les agences régionales de santé (ARS). Les Assises de la téléconsultation sont justement prévues pour faciliter ce travail, et des initiatives comme e-Meuse Santé illustrent cette dynamique positive.

    Les opérateurs de la téléconsultation rencontrent des difficultés liées aux modèles économiques qui sont en pleine évolution. Avant l’instauration d’un statut clair de la pratique, il n’existait pas de base de financement adéquate pour ces activités. Avec l’Assurance maladie, un modèle commence à se structurer pour les activités de télésanté, mais il reste encore du chemin à parcourir. Nos réflexions actuelles privilégient une approche centrée sur les parcours et les équipes, plutôt que sur des actes isolés. Aujourd’hui, nous nous dirigeons vers un modèle où il est important de différencier le forfait technique versé à l’opérateur et le forfait intellectuel destiné aux professionnels de santé. Nous offrons des services d’organisation, de formation et de technique, et notre modèle économique doit donc évoluer vers un forfait organisationnel et technique.

    Se posent ensuite la question des investissements qui sont essentiels pour développer une infrastructure efficace et intégrer la téléconsultation au niveau des hôpitaux. Pour cela, il est nécessaire d’augmenter encore les usages afin de mieux s’insérer dans les services d’accès aux soins (Sas) et les établissements de santé, ce qui fait partie de la trajectoire à suivre.

    Quels parcours de soins devrait-on mettre en place avec les enjeux actuels et futurs de la téléconsultation ?

    Les parcours de soins hybrides sont une solution prometteuse, alliant des consultations en présentiel et à distance. Cette approche s’inspire de la téléradiologie, où des médecins radiologues sont présents sur place mais peuvent également intervenir à distance.

    Nous avons déjà commencé à mettre en place des téléconsultations assistées, où les patients sont pris en charge par des professionnels paramédicaux. Ce modèle est déjà opérationnel au Canada pour les flux courts, et nous aspirons à le développer ici. Toutefois, cette trajectoire prendra du temps et nécessitera une collaboration accrue avec les structures de soins. Il est nécessaire de gérer cette intégration aux niveaux local, régional et national, simultanément. Le statut de la téléconsultation étant encore récent, notre objectif est de renforcer la collaboration avec les acteurs des régions et des territoires dans le but d’accroître l’efficacité de ces parcours.

    Comment la téléconsultation peut-elle se développer sans compromettre l’universalité et la qualité des soins, tout en répondant aux exigences de leur modernisation et de leur rationalisation ?

    La question de la qualité des soins est fondamentale pour les sociétés de téléconsultation. En témoigne l’encadrement médical obligatoire qui y est instauré pour garantir un haut niveau de soins. Nous sommes de plus en plus intransigeants sur la qualité médicale, car l’interrogatoire en téléconsultation nécessite une approche différente de celle des consultations en présentiel. La télé-sémiologie impose au médecin de poser des questions spécifiques, qui ne sont pas toujours nécessaires lors d’une consultation en personne.

    Il est important de ne pas comparer la téléconsultation au « gold standard » des consultations en présentiel. L’évaluation doit se faire par parcours, afin d’apprécier l’adaptabilité de la téléconsultation et d’orienter les pratiques en conséquence. Les médecins sont déjà en mesure de déterminer ce qui peut être pris en charge par des téléconsultations assistées ou classiques.

    En France, il y a plus de 400 millions de consultations par an, dont environ 10 millions sont des téléconsultations, gérées en majorité par des médecins traitants (80 % de médecine générale). En abordant la question de la territorialité, un enjeu majeur des Assises de la téléconsultation, nous prévoyons une augmentation significative des volumes, notamment pour des soins aigus nécessitant des réponses rapides. La complémentarité entre les consultations en présentiel et à distance permettra cette évolution.

    Chaque année, au LET, nous publions des études qui mettent en lumière les bonnes et les mauvaises pratiques en télésanté. Cependant, il reste encore beaucoup d’incertitudes à clarifier. L’ensemble des actions se fera en concertation avec les territoires. Nous entrons dans une phase de collaboration plutôt que d’opposition, afin de répondre à notre principale priorité à tous : le besoin d’accès aux soins.

    👉 Pour aller plus loin :

    L’étude Health&Tech Intelligence intitulée “Téléconsultation : comment réduire l’écart entre le dynamisme de l’innovation et son intégration dans les pratiques ?“, publiée le 11 septembre 2024, est accessible via ce lien.

     

  • AVC : un casque laser pour mesurer le flux sanguin et évaluer les risques sans intervention invasive

    Accélérer la prévention des AVC

    Des scientifiques et ingénieurs de Caltech et de la Keck School of Medicine de l’USC ont créé un dispositif sous forme de casque qui permet d’évaluer les risques d’AVC de manière non invasive. En mesurant les changements de flux et de volume sanguins dans le cerveau lors d’un test de rétention de souffle, ce dispositif pourrait révolutionner la prévention des AVC. Leurs résultats ont été publié

    Utilisant un système laser, l’appareil a montré des résultats prometteurs pour distinguer les individus à faible risque d’AVC de ceux à haut risque. Avec leur appareil, les chercheurs derrières ce projet estiment avoir développé un moyen de savoir si une personne présente un risque important d’AVC à l’avenir, “à partir d’une mesure physiologique.

    Une technologie laser au service de la prédiction :

    Le casque développé par l’équipe de Caltech repose sur une technologie innovante : la spectroscopie optique par contraste de speckle (SCOS). Ce dispositif compact utilise la lumière laser infrarouge pour évaluer le flux sanguin dans le cerveau. En projetant cette lumière à travers le crâne, une caméra spécialisée capte la lumière diffusée après son interaction avec les vaisseaux sanguins.

    La technique SCOS permet de mesurer l’intensité lumineuse à l’entrée et à la sortie, fournissant ainsi des informations sur le volume sanguin dans les vaisseaux. De plus, elle suit la façon dont la lumière se disperse en « speckles », des motifs dont les variations permettent d’évaluer la rapidité du flux sanguin.

    Utilisation de la spectroscopie optique par contraste de speckle pour mesurer le flux et le volume sanguins pendant la rétention de souffle - @Caltech
    Utilisation de la spectroscopie optique par contraste de speckle pour mesurer le flux et le volume sanguins pendant la rétention de souffle – @Caltech

    Des résultats prometteurs sur le terrain

    Lors d’une étude sur 50 participants, les chercheurs ont utilisé cette technologie pour évaluer l’expansion des vaisseaux sanguins et l’augmentation du flux sanguin pendant un test de rétention de souffle. Ils expliquent que ces mesures réactives, qui sont des indicateurs de la rigidité des vaisseaux, ont été “pour la première fois réalisées de manière non invasive”.

    Les participants, divisés entre ceux présentant un faible risque d’AVC et ceux à haut risque, ont été soumis à un test où ils devaient retenir leur souffle pendant une minute. L’afflux sanguin au cerveau provoqué par ce test a été mesuré par le casque, qui a ensuite permis de différencier les individus à haut risque de ceux à faible risque.

    L’intégration de l’IA pour améliorer les prédictions :

    Ces travaux rapportent “des preuves claires et marquantes d’une réaction différente du flux sanguin et du volume sanguin entre les deux groupes”, soulignent les auteurs de l’étude. Les résultats ont montré que, dans le groupe à faible risque, l’augmentation du flux sanguin était plus modérée par rapport au groupe à haut risque, mais que le volume sanguin augmentait davantage, suggérant que les vaisseaux des personnes à faible risque sont plus aptes à se dilater.

    L’équipe souhaite maintenant élargir ses recherches en testant le prototype sur un groupe plus important et diversifié de patients dans un hôpital en Californie. Ils prévoient également d’intégrer des algorithmes d’intelligence artificielle pour améliorer l’analyse des données.

     

     

    * Correlating stroke risk with non-invasive cerebrovascular perfusion dynamics using a portable speckle contrast optical spectroscopy laser device

    Yu Xi Huang, Simon Mahler, Aidin Abedi, Julian Michael Tyszka, Yu Tung Lo, Patrick D. Lyden, Jonathan Russin, Charles Liu, and Changhuei Yang

    Biomed. Opt. Express 15, 6083-6097 (2024)

     

  • Télésurveillance : la HAS publie 3 avis de la Cnedimts (Implicity, Onco’nect, MHLink)

    La place de la télésurveillance dans les politiques de santé publique se confirme

    La Haute autorité de santé (HAS) vient de publier plusieurs avis de la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (Cnedimts), soulignant le rôle de la télésurveillance médicale dans le suivi des patients atteints de pathologies chroniques ou de cancer. Ces avis reflètent les orientations de la France en matière de santé numérique et répondent à l’ambition d’intégrer des solutions innovantes dans le parcours de soin. 

    Implicity IM009 : un avis favorable pour optimiser le suivi en cardiologie

    Parmi les dispositifs évalués, Implicity IM009, une plateforme dédiée à la télésurveillance des patients porteurs de prothèses cardiaques implantables (PCI), a reçu un avis favorable de la Cnedimts. Ce dispositif développé par Implicity, permet une surveillance en temps réel des données cardiaques, telles que le rythme cardiaque et les alertes techniques provenant des prothèses implantées. La Cnedimts a validé l’efficacité de ce dispositif en tant qu’alternative à la surveillance classique en consultation.

    Marquée CE, cette solution en SaaS (software as a service) améliore la réactivité des équipes médicales en détectant rapidement les anomalies et en optimisant les interventions médicales à distance. Les conclusions de la Cnedimts indiquent que ce type de solution permet non seulement de réduire les hospitalisations, mais aussi de favoriser un suivi plus personnalisé et une meilleure qualité de vie pour les patients souffrant d’insuffisance cardiaque. 

    Onco’Nect et MHLink: des solutions pour les patients cancéreux 

    Les dispositifs Onco’nect et MHLink, tous deux dédiés à la télésurveillance des patients atteints de cancer, ont à leur tour été évalués par la Cnedimts mais ont, quant à eux, reçu des avis défavorables. Ces plateformes permettent un suivi des symptômes à distance via des questionnaires électroniques remplis par les patients ou leurs aidants. 

    L’avis sur Onco’Nect, développé par MN Santé, a mis en lumière certaines limites dans la gestion des traitements anticancéreux. La Cnedimts a estimé que l’intérêt attendu de cette solution n’était pas équivalent à celui de Resilience Pro, une solution déjà inscrite sur la liste des activités de télésurveillance remboursables. Par conséquent, Onco’Nect ne sera pas remboursée pour le moment. Elle précise néanmoins que la solution montre un potentiel pour améliorer le suivi des patients sous chimiothérapie ou autres traitements systémiques, notamment en réduisant les risques de toxicité et en améliorant l’observance des traitements. 

    La Commission a également jugé que MHLink, solution développé par MHComm, qui propose une approche similaire avec un système d’alerte basé sur l’analyse des symptômes rapportés par les patients, n’apportait pas un intérêt équivalent à celui de Resilience Pro. MHLink, qui permet aux professionnels de santé de prioriser les patients à risque grâce à ses algorithmes d’analyse des réponses, devra donc être réévaluée à l’avenir pour prétendre à une inscription sur la liste des dispositifs remboursés.

    Des perspectives prometteuses pour le suivi à distance 

    Ces avis marquent une nouvelle étape dans la reconnaissance des dispositifs numériques au service de la télésurveillance médicale. La Cnedimts insiste sur l’importance de ces solutions pour :

    • améliorer la gestion des pathologies chroniques ;
    • réduire les hospitalisations ;
    • et offrir aux patients un suivi régulier, même à distance.

    Les dispositifs tels qu’Implicity, Onco’Nect et MHLink sont des exemples concrets de cette évolution vers une médecine plus connectée et personnalisée. Malgré les deux avis défavorables, ces décisions de la Commission d’évaluation, validées par la HAS, renforcent l’idée que la télésurveillance médicale représente une avancée majeure dans la gestion des patients atteints de maladies chroniques ou de cancer. Avec des dispositifs comme Implicity, Resilience et d’autres, la France se positionne comme un leader européen dans l’intégration des technologies numériques dans le parcours de soin, offrant ainsi des perspectives prometteuses pour l’avenir.

     

  • Etude : une IA aide à diagnostiquer des maladies en analysant la couleur de la langue

    La langue, un miroir de la santé

    Le diagnostic médical basé sur l’observation de la langue n’est pas nouveau, mais les récentes avancées technologiques ont révolutionné cette approche traditionnelle. La langue peut révéler de nombreux indices sur l’état de santé d’une personne. En bonne santé, elle est généralement rose avec un léger revêtement blanc. Cependant, des modifications dans sa couleur, sa texture, sa forme ou son humidité peuvent signaler la présence et la progression de maladies sous-jacentes, telles que :

    • le diabète : langue jaune ou bleue avec revêtement;
    • le cancer : langue violette avec un revêtement épais ;
    • l’accident vasculaire cérébral (AVC) en phase aiguë : langue rouge et déformée ;
    • l’anémie ou carence en fer : langue blanche ;
    • les maladies hépatiques : langue jaune ;
    • des pathologies vasculaires ou gastro-instestinales : langue indigo ou violette ;
    • ou encore le Covid-19 : langue rose à bordeaux selon la gravité, souvent accompagnée d’inflammation.

    Ces observations cliniques sont souvent subjectives, mais les technologies modernes permettent désormais une analyse objective et automatisée, notamment grâce aux systèmes de vision par ordinateur et aux algorithmes d’apprentissage automatique ou machine learning (ML).

    Une analyse précise grâce à l’IA

    Les chercheurs ont mis au point un système d’imagerie capable d’analyser la langue en temps réel qui se base sur cinq espaces colorimétriques différents (RGB, YcbCr, HSV, LAB et YIQ) et six algorithmes d’apprentissage automatique, dont le Naïve Bayes (NB), le Support Vector Machine (SVM) et l’algorithme XGBoost.

    L’étude s’appuie sur deux ensembles de données :

    • 5 260 images de langues saines et pathologiques, classées en sept catégories de couleurs (rouge, jaune, vert, bleu, gris, blanc, rose) ;
    • et 60 images anormales de langues de patients atteints de diverses maladies (diabète, asthme, Covid-19, anémie…), collectées dans des hôpitaux irakiens entre 2022 et 2023.

    Ces images ont permis d’entraîner et de tester les algorithmes. Les modèles ont ensuite été validés en situation réelle pour vérifier leur efficacité.

    Un système d’imagerie performant :

    Le dispositif d’imagerie se compose d’une caméra haute résolution reliée à un ordinateur exécutant le logiciel Matlab, utilisé pour analyser les images de langue capturées en temps réel. Une interface graphique simplifie cette analyse en affichant la couleur détectée et les maladies associées.

    Grâce à des techniques de segmentation d’image, seules les “zones d’intérêt” de la langue sont extraites, éliminant les éléments parasites comme les lèvres ou les dents. Les images sont ensuite converties dans différents espaces colorimétriques pour une analyse approfondie, avant d’être traitées par des algorithmes d’apprentissage automatique.

    Diagramme en blocs du système d'analyse de la couleur de la langue - @ Technologies, 2024
    Diagramme en blocs du système d’analyse de la couleur de la langue – @ Technologies, 2024

    Résultats : une précision de 96,6 %

    L’algorithme XGBoost a été désigné par les chercheurs comme le modèle principal pour le diagnostic en temps réel, intégrant à la fois des analyses colorimétriques et une prédiction des maladies. Lors de tests en temps réel, le système d’imagerie utilisant XGBoost a atteint une précision globale de 96,6 %, ce qui en fait un outil prometteur pour la détection rapide de pathologies via l’observation de la langue.

    Parmi les six algorithmes testés :

    • XGBoost a montré la plus grande précision avec 98,71 % ;
    • suivi de près par d’autres modèles comme le SVM et le k-plus proches voisins (KNN) ;
    • l’algorithme Naïve Bayes, bien qu’efficace, a obtenu une précision plus faible de 91,43 %.
    Un exemple d'image d'une langue rose (cas sain) capturée en temps réel - @ Technologies, 2024
    Un exemple d’image d’une langue rose (cas sain) capturée en temps réel – @ Technologies, 2024

    Une innovation prometteuse, mais des défis à relever

    Cette étude démontre que les avancées en IA peuvent transformer des méthodes traditionnelles en solutions modernes, sécurisées et efficaces pour le diagnostic médical. Les chercheurs soulignent que cette approche ouvre la voie à des applications cliniques pratiques et rentables, notamment dans les configurations de point-of-care. Cependant, plusieurs défis restent à relever, notamment liés aux réflexions de la caméra qui peuvent altérer la précision des couleurs analysées. Pour y remédier, les études futures devront intégrer des processeurs d’image plus performants et des techniques d’apprentissage profond pour augmenter encore la fiabilité du diagnostic. Le système étudié dans le cadre de cette recherche ouvre néanmoins de nouvelles possibilités pour le diagnostic de la langue dans une approche de médecine prédictive.

     

     

    * Tongue Disease Prediction Based on Machine Learning Algorithms

    Hassoon, A.R.; Al-Naji, A.; Khalid, G.A.; Chahl, J.

    Technologies, 2024, 12, 97. https://doi.org/10.3390/technologies12070097

  • Stratégie nationale : des contrats-types et des délais réduits d’ici 2025 pour simplifier l’accès aux données de santé

    Une stratégie pour se préparer à l’entrée dans l’EHDS

    “Ce qui ressort de cette stratégie nationale, c’est la volonté collective d’avancer vers le défi européen que représente l’Espace européen des données de santé (EHDS) et de s’inscrire dans la course internationale à la valorisation de notre patrimoine de données” : c’est avec ces mots que Hela Ghariani, directrice de la Délégation ministérielle au numérique en santé (DNS), a conclu la conférence du 30 septembre 2024 sur la stratégie nationale concernant l’utilisation secondaire des données de santé. Lors de cet événement, qui s’est tenu au ministère de la Santé, l’Agence du numérique en santé (ANS) et la DNS ont présenté la première version de la “Stratégie interministérielle pour construire notre patrimoine national des données de santé” pour la période 2025-2028.

    Cette stratégie a été élaborée en collaboration avec 31 parties prenantes, dont des sociétés savantes, des organismes de professionnels de santé, des agences, des opérateurs et des autorités publiques indépendantes, ainsi que des représentants d’usagers et des entités de recherche. Elle s’articule autour de quatre axes principaux :

    1️⃣ favoriser la transparence et la confiance des citoyens ;

    2️⃣  constituer des bases de données d’intérêt réutilisables ;

    3️⃣ réunir les conditions nécessaires au partage et à la réutilisation des données de santé ;

    4️⃣ faciliter et simplifier l’utilisation des données.

    Des actions à venir pour renforcer la confiance des citoyens :

    L’un des grands défis de la réutilisation des données de santé réside dans la confiance des citoyens dont les données seront réutilisées. Pour relever ce défi, la stratégie vise à faire évoluer la gouvernance française des données de santé pour la rendre plus claire et lisible. Le Comité stratégique des données de santé fusionnera ainsi au premier semestre 2025 avec l’Agence de l’innovation en santé (AIS) et la Direction générale des entreprises (DGE), afin de mieux incarner le rôle d’interface avec l’ensemble des acteurs, en particulier les détenteurs et utilisateurs de données de santé.

    La confiance repose également sur la facilitation de l’exercice des droits des citoyens et le renforcement de la sécurité des données hébergées. Un portail centralisé de transparence verra ainsi le jour au premier semestre 2025 pour permettre aux citoyens de consulter les informations relatives à l’utilisation de leurs données personnelles et d’exercer leurs droits plus facilement. Par ailleurs, un plan est en cours pour héberger les données de santé sur des infrastructures hautement sécurisées. Un appel d’offres pour des solutions cloud conformes aux normes SecNumCloud sera lancé d’ici la fin de l’année afin de garantir la sécurité des informations stockées.

    Optimiser l’utilisation des bases de données existantes :

    Pour favoriser le partage et la réutilisation des données de santé, la stratégie nationale propose des actions visant à créer des conditions propices à ce partage. Parmi ces actions, la mise en place d’un modèle économique équilibré pour soutenir la réutilisation des bases de données est prévue. Ce modèle, qui devrait voir le jour au premier semestre 2025, instaurera des redevances pour couvrir les coûts de mise à disposition des données. Ce système sera aligné avec les directives européennes afin de garantir la pérennité financière des détenteurs de données.

    L’optimisation de l’utilisation des bases de données existantes est également essentielle. Dès le premier semestre 2025, la Plateforme des données de santé (PDS), la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), le Comité stratégique des données de santé et l’AIS prévoient de mettre en place un répertoire national des bases de données de santé. Ce répertoire recensera toutes les bases autorisées par la Cnil et offrira aux chercheurs une vue d’ensemble des ressources disponibles, facilitant ainsi l’accès à l’information.

    Simplifier l’utilisation des données de santé :

    L’un des principaux obstacles à une utilisation efficace des données de santé est la difficulté d’accès à celles-ci. Pour fluidifier l’accès aux données tout en garantissant la sécurité des informations, la stratégie nationale prévoit de mettre en place des contrats-types et des grilles de tarification afin de réduire le temps de contractualisation et d’uniformiser l’accès aux données. Cela s’accompagnera d’une réduction des délais d’accès à la base principale du système national des données de santé (SNDS), notamment grâce à la simplification des processus administratifs et à l’amélioration de la transparence sur les délais d’accès. Cette démarche vise à réduire les délais, actuellement de 9 à 12 mois, pour atteindre des durées plus raisonnables d’ici quatre ans, conformément aux exigences du règlement EHDS.

    La consultation nationale est dès à présent ouverte

    Cet événement a également marqué le lancement de la consultation nationale, permettant à toutes les parties prenantes de contribuer au plan d’action collectif pour la stratégie des données de santé et leur réutilisation. Cette consultation, ouverte jusqu’au 5 novembre, est accessible via ce lien. Les résultats seront présentés lors de la Journée nationale de l’innovation en santé numérique, qui se tiendra le 3 décembre 2024 au Palais des Congrès d’Issy-les-Moulineaux.

    De nombreux représentants de patients et d’utilisateurs secondaires des données de santé ont été invités à cette journée pour exprimer leurs besoins et les intégrer aux travaux en cours. Le docteur Jean-François Thebaut, vice-président de la Fédération française des diabétiques, a notamment demandé des données synthétiques et fiables, ainsi que des accès simplifiés, intelligibles et accessibles en routine. Il a également souligné l’importance de disposer de données territorialisées pour mieux connaître les besoins des territoires et adapter les stratégies en conséquence, tout en appelant à une plus grande rapidité d’accès aux données et à de meilleures collaborations avec les fournisseurs de données.

    ✈️ Un tour de France des entrepôts de données de santé :

    En conclusion de cette conférence, Hela Ghariani a annoncé que les membres de la DNS allaient entreprendre un tour de France des entrepôts de données de santé pour “aller à la rencontre des acteurs sur le terrain et enrichir les travaux”. Ces visites permettront de présenter la stratégie nationale à ces acteurs et de recueillir leurs retours. Les visites débuteront le 10 octobre 2024 avec l’entrepôt du Pays de la Loire à Rennes, suivies de ceux du Grand Est (14 octobre) et de l’Île-de-France (24 octobre).

     

  • La valeur en santé : révolution ou évolution pour un avenir de qualité ?

    Une approche centrée sur les résultats

    Le concept de la valeur en santé ou value-based healthcare (VBHC) propose une méthode novatrice d’évaluation des soins, tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle populationnelle. 

    Depuis près de 20 ans, de nombreuses équipes à travers le monde présentent des cas concrets en oncologie (1), chirurgie cardiaque, cataractes (2), diabétiques (3), etc., démontrant les bénéfices de cette approche tant d’un point de vue patient, pour les soigneurs mais aussi, pour les payeurs. Son adoption varie d’un pays à l’autre, mais il représente une tendance importante visant à améliorer la qualité et l’efficacité des soins de santé à l’échelle mondiale. 

    La VBHC a pour objectif de transformer les soins de santé en mettant l’accent sur la valeur, c’est-à-dire l’obtention de meilleurs résultats pour les patients à des coûts raisonnables.

    Mesurer les résultats de santé : une approche globale

    Aujourd’hui, la qualité des soins est souvent mesurée via des processus standardisés et des indicateurs de performance traditionnels : 

    • indicateurs de volume : nombre de lits occupés, nombre de procédures… 
    • indicateurs financiers : coût par patient, rentabilité des services…
    • indicateurs opérationnels : taux d’occupation des lits, temps d’attente, durée moyenne de séjour… 
    • indicateurs de qualité de processus : taux d’erreurs médicales, taux d’infections nosocomiales…

    Cependant, ces critères ne reflètent pas toujours l’efficacité réelle des interventions. Le VBHC propose des indicateurs davantage centrés sur la valeur des soins pour le patient et les résultats de santé:

    • résultats cliniques spécifiques : réduction des symptômes, les taux de guérison, et la gestion des complications ;
    • qualité de vie liée à la santé: par exemple douleur ressentie après une intervention, niveau de mobilité, retour à une vie quotidienne normale ;
    • coût global par épisode de soins : coût total sur l’ensemble du parcours de soins pour un patient atteint d’une pathologie spécifique, en prenant en compte les complications, réhospitalisations et soins de suivi ;
    • expérience et satisfaction du patient : par exemple satisfaction par rapport aux soins de fin de vie ou à la gestion de la douleur; expérience en termes de services reçus et de communication avec le personnel médical, de compréhension du traitement, et de participation aux décisions.

    Les indicateurs de performance permettent non seulement de repérer les traitements inappropriés, mais aussi de réduire les soins inutiles et, par conséquent, de diminuer les coûts. Au-delà des indicateurs classiques comme l’espérance de vie, les patients rapportent des résultats plus personnels, tels que la récupération fonctionnelle ou la qualité de vie après une intervention. Les indicateurs traditionnels sont souvent orientés vers l’efficacité des hôpitaux et des systèmes de santé, tandis que le VBHC met le patient au centre de l’évaluation. Ces éléments sont essentiels à la transition vers une médecine véritablement axée sur la valeur.

    Une transformation de fond, pas une simple mode

    Introduit par Michael Porter et Elizabeth Teisberg dans Redefining Health Care (4), ouvrage publié en 2006, le VBHC repose sur un rapport simple : les résultats qui importent aux patients, divisés par le coût nécessaire pour les atteindre.

    @ Institut français Valeur en santé
    @ Institut français Valeur en santé

     

    Les résultats incluent des éléments essentiels comme la survie, la récupération fonctionnelle, la qualité de vie, tandis que les coûts englobent l’ensemble du parcours de soins, du diagnostic à la guérison. Selon le VBHC, si l’on se contente uniquement d’indicateurs cliniques sans intégrer les Patient-Reported Outcome Measures (PROMs) et les Patient-Reported Experience Measures (PREMs), soit les résultats perçus directement par les patients, la valeur créée est limitée et ne permet pas de créer un modèle en alignant les intérêts des patients et soigneurs, mais aussi des acteurs comme les industriels ou les payeurs privés et publiques. En combinant des mesures qui parlent à tous les acteurs du système de santé, il est possible d’obtenir une évaluation plus complète et pertinente de la qualité des soins, et donc, d’améliorer le soin tant à l’échelle populationnelle qu’à l’échelle individuelle. 

    Un exemple concret au cœur de Paris :

    L’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a lancé un programme pilote de VBHC dans le cadre de la cancérologie sénologique à l’hôpital européen Georges-Pompidou 5. Ce projet aligne les incitations sur la qualité des soins: le cancer du sein bénéficie généralement d’un bon pronostic, mais souvent les traitements peuvent entraîner des répercussions sur la qualité de vie physique, sexuelle et psychologique des patientes. Malheureusement, cet aspect est souvent négligé dans le choix des traitements qui leur est proposée. En recueillant systématiquement des PROMs et en les croisant avec des Clinical Reported Outcome Measures (CROMs), le programme mise en place les Dr Nguyen Xuan et Dr Koural permet une évaluation globale et personnalisée des effets des traitements sur la qualité de vie des patientes par le recueil des PROMs avant et après la chirurgie, avec un suivi pouvant aller jusqu’à 10 ans. Les difficultés d’implémentation rencontrées en termes d’interopérabilité ont limité le nombre des données; cependant les entretiens menés lors des consultations de suivi ont révélé une réelle volonté des patientes de voir leur satisfaction et leur qualité de vie prises en compte. De même, le recueil des PROMs a sensibilisé les professionnels de santé à l’importance de considérer cet aspect crucial lors de la prise en charge, ce qui a permis d’ajuster les traitements en fonction de leur impact réel sur la vie des patientes. 

    Une révolution nécessaire, pas une mode passagère

    La Valeur en Santé n’est pas une mode éphémère, mais une réponse pragmatique et nécessaire aux défis structurels que rencontrent les systèmes de santé à travers le monde. Face au vieillissement de la population et à la prévalence croissante des maladies chroniques, cette approche offre une solution durable. En centrant les soins sur les résultats qui importent réellement aux patients et en optimisant les ressources disponibles, la VBHC s’impose comme une évolution incontournable pour assurer la pérennité des systèmes de santé. Loin d’être une simple tendance, elle constitue une révolution essentielle pour conjuguer qualité des soins et maîtrise des coûts, garantissant un avenir plus équitable et efficace pour tous.

     

     

    Bibliographie :

    (1) van Erning FN et al., “Achievements in colorectal cancer care during 8 years of auditing in The Netherlands”. Eur J Surg Oncol. Sept 2018

    (2) Katz G, “PromCat – Valorisation de la transparence et de la pertinence pour la chirurgie de la cataracte” Journal Officiel de la République Française, Nov 2023

    (3) Nano J. el al., “A standard set of person-centred outcomes for diabetes mellitus: results of an international and unified approach”. Diabet. Med. 2020

    (4) Porter M., Teisberg E., “Redefining Health Care: Creating Value based Competition on Results”, 2006

    (5) Nguyen Xuan et al. “Cancérologie sénologique. Un programme pilote VBHC de l’APHP”. Revue hospitalière de France. Mars-Avril 2024

  • Note aux abonnés : découvrez comment le VBHC réinvente les soins – Nouvelle rubrique Health&Tech Intelligence

    Il était temps ! Souvenez-vous 2018, le 2eme Health&Tech Summit était consacré au Value Based healthcare (VBHC, Value-Based Healthcare)  et regroupait les meilleurs experts internationaux en France, sous l’impulsion du Dr Grégory Katz. 2024, et si c’était maintenant ?  Health&Tech Intelligence est  ravi de s’emparer à nouveau du sujet de la Valeur en santé et de proposer une nouvelle rubrique dédiée au décryptage méthodologique et résultats du VBHC.

    Changements dans les pratiques de santé : tout sur le VBHC dans votre nouveau rendez-vous hebdomadaire

    Cette nouvelle rubrique est proposée par le Dr Maria Belen Lopez, neuroscientifique et cofondatrice de l’Institut Français Valeur en Santé.  Comment mesurer les coûts du parcours de soins ? Qui sont les acteurs du VBHC ? Ou encore quels sont les cas d’usage ? Notre experte vous offrira des perspectives stratégiques et opérationnelles, enrichies par sept ans d’expérience dans la transformation des parcours de soins.

    Le premier décodage : « La Valeur en santé, évolution ou révolution ? » est disponible dans votre newsletter Health&Tech Intelligence du lundi 30 septembre.

    Pertinence et qualité des soins pour maitriser les dépenses de santé :

    Le Value-Based Healthcare (VBHC) repose sur le principe que la qualité des soins doit être mesurée en fonction des résultats obtenus pour les patients, tout en optimisant les coûts. Cette démarche se distingue d’une approche purement orientée sur le volume de services, et évalue plutôt la pertinence et l’efficacité des soins. Les ressources hospitalières sont mieux allouées, maximisant l’efficience des soins. Le VBHC répond au contexte actuel de maîtrise des dépenses de santé tout en garantissant des soins de meilleure qualité, grâce à des indicateurs tels que le taux de réadmission ou l’amélioration des symptômes des patients.

     

    N’hésitez pas à commenter ou poser vos questions, rejoignez le groupe VBHC sur Health&Tech Intelligence.