Parmi les leviers de l’amélioration de la santé au travail, la vaccination et le dépistage se présentent comme des priorités pour les entreprises et, plus généralement, pour le système de santé. Quels dispositifs innovants existent-ils aujourd’hui ? Comment passer à l’action et quels sont les résultats attendus ? Pour répondre à ces questions, le groupe MGEN a organisé, le 25 septembre à Parisanté Campus, une conférence où experts et acteurs du secteur ont abordé les enjeux et innovations dans le domaine du dépistage et de la vaccination, en mettant l’accent sur le rôle des entreprises dans la prévention de la santé de leurs salariés.
Des avancées prometteuses pour la prévention
Le Pr Odile Launay, professeur en maladies infectieuse à l’Université Paris Cité et coordinatrice du Centre d’investigation clinique de vaccinologie Cochin-Pasteur, a ouvert la conférence en présentant les innovations dans le domaine de la vaccination, notamment la possibilité nouvelle d’administrer des vaccins par voie nasale. Cette approche permettrait d’améliorer l’immunité mucosale, un complément intéressant aux vaccins existants, notamment contre le Covid-19, et pourrait, à terme, contribuer à élargir l’offre vaccinale.
Un grand impact sur la prévention des cancers :
Après avoir évoqué le rôle croissant des pharmaciens, qui pourraient devenir des acteurs majeurs du parcours vaccinal, rendant le processus plus fluide pour le grand public, le Pr Launay a souligné la place des vaccins dans la prévention des cancers, citant l’exemple du vaccin contre le HPV (virus du papillome humain), qui non seulement prévient l’infection, mais réduit aussi à long terme les risques de complications graves comme le cancer du col de l’utérus. Elle s’est appuyée sur des études internationales, menées notamment en Australie et au Royaume-Uni, qui montrent que l’éradication du cancer du col de l’utérus est envisageable grâce à la vaccination.
Le rôle des employeurs en matière de prévention :
S’agissant de l’intérêt que peuvent jouer les employeurs pour la santé de leurs patients, à travers des actions préventives concrètes, Jérémie Sécher, directeur général adjoint stratégie transformation coopération et risques de MGEN, rappelle que les infections, ainsi que leurs complications, peuvent entraîner des arrêts de travail significatifs, comme observé pendant la pandémie de Covid-19. Il a noté que la majorité de la population n’est pas opposée à la vaccination, mais qu’une grande fraction des hésitants nécessite surtout des informations claires concernant la sécurité des vaccins et leur accessibilité, que ce soit dans les pharmacies ou en entreprise.
Les employeurs doivent assumer une responsabilité accrue en matière de santé et de sécurité au travail, en assurant des conditions optimales et en soutenant les personnes en situation de vulnérabilité. Des entreprises comme la MGEN organisent des campagnes de vaccination, notamment contre la grippe en automne, sensibilisant ainsi leurs collaborateurs aux enjeux de la vaccination et du dépistage. Jérémie Sécher a également mentionné que le retour sur investissement de la prévention est considérable : « entre 2 à 4,8 euros pour chaque euro investi », grâce à la réduction du taux d’absentéisme et des coûts qui lui sont associés.
Une accélération de l’innovation grâce à l’IA :
Afin d’illustrer la révolution en cours de ces méthodes et pratiques, Dr Tarek Maache, consultant chez Care Insight, a présenté quelques points clés de l’étude Health&Tech Intelligence sur l’IA et la prévention. Parmi les 42 cas d’usage de l’IA en prévention définis dans cette étude, quatre exemples spécifiques à la vaccination et au dépistage ont été partagés avec l’audience de cette conférence :
dans la vaccination :
- l’atténuation de l’hésitation vaccinale par des campagnes d’information et de sensibilisation ciblées ;
- et la planification des rendez-vous de vaccination ainsi que l’automatisation des rappels.
dans le dépistage :
- l’analyse du profil génétique pour identifier les prédispositions à certaines maladies ;
- et la recommandation de plans de prévention personnalisés, incluant des modifications de mode de vie, un dépistage régulier et des interventions ciblées.
Plusieurs initiatives déjà en place
Mon Espace Santé (MES), la plateforme dédiée à la centralisation des informations médicales, est, selon Pierre Dubreuil, directeur de projet, Délégation au numérique en santé (DNS), un moyen d’améliorer la prévention : elle plateforme propose des fonctionnalités spécifiques pour le dépistage, la vaccination et des bilans de santé préventifs adaptés aux différentes tranches d’âge. Cela s’avère d’autant plus pertinent que le taux d’utilisation de MES continue d’augmenter, avec une couverture atteignant 97 % de la population française. Pierre Dubreuil rapporte que plus de 14,4 millions d’utilisateurs ont déjà activé leurs comptes, avec « une dynamique continue » dans l’utilisation de l’application.
Pour sa part, Matthieu Girier, directeur de la performance des ressources humaines à l’Agence nationale d’appui à la performance (Anap), a observé qu’une hésitation à l’égard de la vaccination peut être observée dans certaines situations, comme cela a été le cas face aux vaccins anti-Covid-19. Il a, par ailleurs, plaidé pour un passage d’une logique curative à une logique plus préventive, soulignant l’importance de l’alliance qui est en train de se construire, au niveau des services publics, autour de la prévention.
Un virage préventif en entreprise :
Un changement d’état d’esprit serait-il en train de s’opérer dans les entreprises depuis la pandémie du Covid-19 ? Oui, d’après Nicolas Baudelot, cofondateur de Medicalib, du moins en ce qui concerne le dépistage et la vaccination. Les employeurs prennent conscience de leur rôle dans la santé de leurs salariés, et cela génère un enthousiasme notable envers les campagnes de dépistage des maladies chroniques, par exemple. Nicolas Baudelot recommande ainsi aux entreprises de sonder régulièrement leurs salariés sur leurs attentes en matière de santé et de s’engager dans la mise en place de dispositifs d’information et de dépistage, tout en veillant au respect de la confidentialité de leurs informations personnelles.
L’incitation et la récompense plutôt que la culpabilisation :
Directrice de la prévention chez MGEN, Mélusine Harlé a quant à elle insisté sur l’importance de changer de paradigme culturel en matière de prévention. Elle a expliqué que les recherches en neurosciences montrent que des mécanismes d’incitation et de récompense sont efficaces pour encourager des comportements préventifs. D’où l’importance d’une approche basée sur la communication positive et la prise en compte des déterminants de santé lors de la conception d’actions de prévention. Deux expérimentations récentes, un Check-up santé et un bus médical pour le dépistage du cancer de la peau, illustrent l’engagement de la MGEN dans cette démarche.
Une troisième initiative, en partenariat avec Medicalib, consiste en des sessions de dépistage qui ont été organisées en juillet 2024, et qui portaient sur le diabète et les maladies cardiovasculaires, a rencontré un grand succès auprès des salariés, selon Mélusine Harlé et Nicolas Baudelot. Ses résultats montrent que 98 % des salariés inscrits ont répondu présents et que 30 % d’entre eux ont pu être réorientés vers leur médecin traitant pour un suivi supplémentaire.