En France, plusieurs cessations d’activités dans la santé numérique
Selon le Panorama France HealthTech 2023 de France Biotech, environ 50 medtechs avaient déjà disparu entre 2022 et 2023. En juin 2024, une étude publiée par la Banque de France rapporte que le début de l’année 2024 a été marquée par plusieurs fermetures, suivant une tendance déjà observée en 2023 :
- Première moitié de 2024 : les données du T1 2024 montrent un léger ralentissement des liquidations, à 29 cas, après le pic du T4 2023. Cela pourrait refléter soit une réduction des défaillances, soit un effet saisonnier ;
- Progression des liquidations : le nombre de liquidations augmente progressivement tout au long de 2023. Alors que le T2 2023 enregistre 20 liquidations, ce chiffre grimpe à 34 au T4 2023, soulignant une accélération des difficultés financières rencontrées par les entreprises ;
- Redressement judiciaire : les redressements judiciaires restent relativement stables mais modestes, avec une légère hausse visible au T3 2023 et au T4 2023. Cela indique que certaines entreprises en difficulté ont tenté de restructurer leurs dettes avant de succomber à la liquidation.

Points saillants de l’étude :
📌 Il est encore possible que cette tendance soit temporaire. Les startups qui survivront devront adapter leurs stratégies en se concentrant sur des solutions réellement nécessaires au système de santé et en renforçant leurs partenariats avec les acteurs publics et privés. Le soutien accru des pouvoirs publics, combiné à une meilleure gestion des financements, pourrait aider à revitaliser le secteur et à offrir des perspectives de croissance durable.
📌 Les entreprises qui réussiront à naviguer à travers ces turbulences seront celles qui sauront concilier innovation, respect des régulations et stabilité financière. La santé numérique reste un secteur clé pour l’avenir du système de santé en France, et il est probable que les leçons tirées des échecs de 2024 renforceront l’écosystème à moyen terme.
📌 Les entreprises restantes se concentrent désormais sur l’internationalisation et la recherche de modèles économiques viables, ce qui pourrait permettre au secteur de se stabiliser à moyen terme.
📌 Toutefois, la santé numérique en France bénéficie toujours de soutien public, avec des programmes comme France 2030 et les efforts de Bpifrance, qui ont contribué à hauteur de 1,2 milliard d’euros en 2023 pour soutenir les entreprises de ce secteur.
➡️ Selon la Banque de France, le scénario macroéconomique de juin 2024 anticipe une sortie progressive de l’inflation sans récession, ce qui devrait favoriser une reprise de la croissance économique en 2025 et 2026. Toutefois, la Banque souligne que le contexte politique reste incertain, influencé par des tensions géopolitiques comme la guerre en Ukraine et la situation au Proche-Orient.
Quelques exemples des fermetures d’entreprises de la santé numérique
➤ H4D : qui avait introduit le concept de cabines de télémédecine pour les zones rurales et médicalement sous-dotées, a rencontré des difficultés de financement depuis la fin de la pandémie, qui a réduit la demande pour les consultations à distance. La société n’a pas pu trouver de repreneur viable et est entrée en liquidation début 2024 ;
➤ Biloba : plateforme mobile de téléconsultation pédiatrique, a cessé ses activités en raison d’un modèle économique difficilement soutenable dans le contexte post-pandémique. La liquidation a été prononcée en février 2024 ;
➤ Wefight : qui avait développé des chatbots médicaux pour accompagner les patients, a également cessé ses activités début 2024, malgré un succès initial. Les difficultés de financement ont mené à sa fermeture ;
➤ Lucine : spécialisée dans les thérapies numériques pour la gestion de la douleur, Lucine a fermé ses portes en mars 2024 après n’avoir pas pu lever les fonds nécessaires pour poursuivre ses recherches – ses actifs ont finalement été repris par Butterfly Therapeutics qui a ainsi étoffé son portefeuille avec la solution Endocare ;
➤ Quantum Genomics et Exactcure : le 4 septembre, moins de six mois après l’absorption de la start-up niçoise Exactcure, Quantum Genomics annonce s’être déclaré en cessation des paiements auprès du Tribunal de commerce de Paris ;
➤ Sadigh Group : après une forte croissance liée à la crise du Covid-19, la startup dijonnaise a été placée en redressement judiciaire en juillet 2024 puis en liquidation en octobre ;
➤ La Clinique e-Santé : la startup de téléconsultation en santé mentale est sous pression financière et en cours de négociation pour un rachat ou une restructuration en 2024 ;
➤ Smart Macadam : placée fin août en redressement judiciaire. Un repreneur est recherché pour cette start-up nantaise qui devait lancer cette année la première version de l’application Mementop.Gait, une solution de prévention et d’autorééducation pour les personnes âgées victimes de chutes.
Le marché français marqué par des opérations fusacq
Ces dernières années, le secteur de la santé numérique a connu une série d’acquisitions stratégiques qui visent à renforcer l’innovation et l’intégration des technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle (IA), dans les services de santé. Plusieurs acteurs clés, issus aussi bien du domaine médical que technologique, ont élargi leurs capacités grâce à l’acquisition de sociétés spécialisées dans des technologies innovantes telles que la reconnaissance vocale, la gestion des données de santé, ou encore la conception de médicaments par IA. En France, au moins une dizaine d’acquisitions récentes soulignent l’évolution rapide et la transformation du marché de la santé numérique :
- Doctolib : rachète Typeless, spin-off de l’EPFL spécialisée dans la reconnaissance vocale IA. Cette acquisition renforcera l’assistant médical numérique de Doctolib, prévu pour fin 2024. Doctolib a également annoncé l’acquisition d’Aaron.ai en mai 2024 , une entreprise berlinoise spécialisée dans les solutions d’assistance téléphonique basées sur l’IA pour les cabinets médicaux. Fondée en 2015, Aaron.ai a développé un assistant téléphonique intelligent qui simplifie et améliore la communication téléphonique entre les cabinets médicaux et leurs patients. Cette solution permet aux patients de prendre, reprogrammer ou annuler des rendez-vous à tout moment, offrant ainsi une flexibilité et un accès téléphonique 24h/24, même en dehors des heures de bureau;
- Softway Medical : Le 15 octobre 2024, Softway Medical a acquis Epiconcept, un éditeur spécialisé en épidémiologie et gestion de données de santé publique, sans dévoiler les détails financiers. Cette acquisition renforce Softway dans le domaine de la santé publique, notamment grâce à la gestion des dépistages organisés et au suivi de programmes nationaux de santé;
- Extens e-santé : L’entreprise française acquiert une participation majoritaire dans Medicore, entreprise néerlandaise de solutions pour la santé mentale et les soins aux jeunes. Ce partenariat vise à renforcer la position de Medicore et répondre aux défis de santé en Europe. Cet investissement marque la première expansion d’Extens hors de France et s’inscrit dans sa stratégie de soutenir les entreprises de santé prometteuses en Europe;
- Samsung Medison annonce l’acquisition de Sonio, spécialisée dans les technologies d’IA et de Cloud pour les soins maternels. Cette acquisition renforcera son offre en combinant son expertise en échographie avec les solutions avancées de Sonio. Sonio restera une société indépendante basée en France, assurant la compatibilité de ses produits avec tous les fabricants d’appareils d’échographie.
- Deloitte a acquis CasePointer d’End Point, un logiciel automatisant les processus épidémiologiques avec des outils open-source. Cette acquisition renforce les capacités de Deloitte en santé publique, soutenant les agences dans la gestion des maladies transmissibles et des menaces bioterroristes.
- Iktos, spécialisée en IA pour la conception de médicaments, annonce l’acquisition de Synsight, intégrant sa technologie MT Benc pour le criblage in cellulo de molécules modulant les interactions protéine-protéine et protéine-ARN. Ce rapprochement renforce la plateforme d’Iktos, ajoutant des capacités de tests biologiques automatisés.
- Ospi annonce le rachat de la société Alicante, spécialisée dans le codage médical et la valorisation de données de santé par IA. Ce rapprochement stratégique vise à améliorer l’efficience des établissements de santé et accélérer la recherche clinique, en enrichissant les solutions d’Ospi grâce à l’expertise d’Alicante.
- Skezi , spécialiste en collecte de données de santé, annonce l’acquisition de Biosignis, expert en valorisation des échantillons biologiques humains. Cette acquisition vise à renforcer l’offre de Skezi en matière de solutions de données, en combinant la collecte et l’analyse des données patients et biologiques pour accélérer la recherche médicale.
- Acquisition de Coexya permet à Talan d’élargir son portefeuille de services et d’améliorer ses capacités en matière de transformation numérique. Coexya est spécialisée dans la gestion des données et les solutions numériques dans 7 domaines dont la santé. Avec cette acquisition, Talan annonce notamment vouloir accentuer l’accompagnement des clients sur les secteurs de la santé.
- Synapse, la start-up française d’e-prescription médicale, rachète son concurrent PAGR, une plateforme américaine qui simplifie et sécurise le processus de prescription pour les médecins et les pharmaciens. Cette acquisition stratégique renforce la présence de Synapse sur le marché américain et soutient son développement en intégrant des outils d’IA générative à sa suite logicielle.
Quelles tendances stratégiques internationales ?
La tendance est la même à l’échelle mondiale. Après un pic marqué en 2021, avec un sommet de 81 transactions au troisième trimestre, l’activité de fusion-acquisition (fusacq) montre une baisse progressive. En 2022 et 2023, cette tendance à la diminution se confirme, et les données de 2024 révèlent un ralentissement notable, avec seulement 21 transactions au Q3. Cette évolution reflète une contraction du marché dans ce secteur après une phase de forte croissance. A l’instar du financement par capital-risque, l’activité de fusions et acquisitions a été faible au troisième trimestre 2024 : le trimestre a enregistré 21 fusions et acquisitions de sociétés de santé numérique, contre 28 au deuxième trimestre, 37 au premier trimestre et une moyenne trimestrielle de 37 en 2023.

Top 3 des opérations fusacq au T3 :
| Société | Valeur | Acquéreur | Pays |
| Truepill | 525 M$ | LetsGetChecked | USA |
| Medcurrent | 25 M$ | VitalHub | Canada |
| Mediplat | 9 M$ | Advantage Risk Management Group | Japan |
Source : CB Insights
La stratégie de “tapisserie” pour intégrer de nouveaux produits et fonctionnalités :
Les fusions et acquisitions dans le domaine de la santé numérique ont suivi une tendance à la baisse, avec seulement 21 transactions enregistrées au troisième trimestre, contre 28 au trimestre précédent. Cependant, les acquisitions qui ont eu lieu se concentrent sur l’intégration de nouvelles fonctionnalités dans les offres existantes. DarioHealth, par exemple, a utilisé une approche de “tissage de tapisserie” pour renforcer son offre avec des acquisitions ciblées dans la santé mentale et la gestion des maladies chroniques.
Selon Rock Health, cette stratégie d’intégration est devenue essentielle dans un contexte où construire de nouvelles solutions en interne peut coûter plus cher que d’acquérir des entreprises spécialisées. Cela permet aux start-ups d’élargir rapidement leurs offres tout en répondant aux besoins croissants des clients. Par exemple, Fabric Health a réalisé plusieurs acquisitions pour renforcer sa plateforme de soins virtuels, achetant des entreprises comme Zipnosis et Gyant pour intégrer des capacités en télésanté et IA conversationnelle.
cette stratégie est également observée avec la licorne Doctolib, ayant acquis Typeless, spin-off de l’EPFL spécialisée dans la reconnaissance vocale IA, et d’Aaron.ai , spécialisée dans les solutions d’assistance téléphonique basées sur l’IA pour les cabinets médicaux.

La stratégie de “buy-and-build” :
Le nombre d’acquisitions complémentaires dans le secteur de la santé, où une entreprise réalise une acquisition par l’intermédiaire d’une société de portefeuille existante, a atteint un pic en 2022 selon les données de PitchBook, en raison à la fois des faibles taux d’intérêt et de l’appétit croissant pour les investissements dans le secteur de la santé à la suite de la pandémie. Les investisseurs en capital-investissement qui ciblent le secteur de la santé en Europe mettent davantage l’accent sur la croissance organique par le biais d’améliorations opérationnelles plutôt qu’une croissance inorganique par le biais d’acquisitions supplémentaires, car les coûts d’investissement plus élevés rendent plus difficile la poursuite de stratégies d’achat et de construction.
les transactions de type « buy-and-build » en Europe ont continué d’être importantes. De plus, elles devraient rebondir à mesure que les taux d’intérêt continueront de baisser et que les entreprises chercheront à se développer ou à s’implanter dans de nouvelles zones géographiques.
L’opération complémentaire la plus importante de l’année a été l’acquisition du Groupe Medical Ovalie par Vivalto Santé pour 157 millions de dollars, via ses sponsors dont IK Partners , Hayfin Capital , Vivalto Partners et Sofipaca Capital Investissement.


























































