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  • AVC : comment l’innovation peut-elle transformer la gestion de la maladie et du parcours patient ?

    L’AVC est une des principales causes de décès et d’invalidité dans le monde. La rapidité de la prise en charge est cruciale pour maximiser les chances de survie et limiter les séquelles. Les innovations numériques et l’intelligence artificielle (IA) apportent aujourd’hui des solutions inédites, permettant des diagnostics précoces, une optimisation des soins d’urgence et un suivi post-AVC plus personnalisé. La problématique centrale est donc : comment ces innovations peuvent-elles transformer les pratiques cliniques pour améliorer le diagnostic, le traitement et la réhabilitation des patients victimes d’AVC ?

    La prise en charge des AVC s’appuie de plus en plus sur l’innovation numérique, avec des entreprises qui développent des solutions avancées tout au long du parcours patient, qui soutiennent les soins de la prévention jusqu’à la réhabilitation. L’IA est particulièrement prometteuse, améliorant la précision des diagnostics et accélérant les décisions médicales critiques. Par ailleurs, des collaborations public-privé réunissent hôpitaux, universités et entreprises technologiques pour adapter les traitements de manière personnalisée, renforçant l’efficacité des soins et le suivi post-AVC grâce à un écosystème de santé de plus en plus interconnecté.

    🔍 Analyses

    Etat des lieux des AVC en France : chiffres clés, facteurs de risque et enjeux de la prévention

    Chaque année, environ 140 000 AVC sont recensés en France, entraînant près de 40 000 décès et représentant la première cause de handicap acquis. Les inégalités sociales amplifient ce fléau : le risque d’AVC est 40 % plus élevé chez les plus modestes. Une prise en charge rapide est cruciale, mais seulement un tiers des patients arrivent à l’hôpital dans les 4 heures. 👉 A consulter ici.

    Cadre et recommandations pour structurer le parcours de soins de l’AVC, de l’urgence à la rééducation :

    Prévention, soins, imagerie ou encore rééducation et télémédecine… La prise en charge des AVC mobilise l’ensemble du système de santé. La HAS et la SFNV ont émis plusieurs recommandations et mis en place un cadre procédural pour structurer les soins. Elles mettent l’accent sur la réactivité et la coordination des acteurs locaux. 👉 A consulter ici.

    Bilan d’une décennie de preuves scientifiques sur l’usage de l’IA dans la gestion des AVC :

    Visant à comprendre comment l’IA transforme la gestion des AVC, une revue systématique examine les tendances et les résultats de 623 articles publiés entre 2012 et 2022. Ses résultats indiquent une augmentation significative des recherches et une utilisation croissante de l’IA dans la prise en charge des AVC. 👉 A consulter ici.

    🗺️ Cartographies

    Cartographie des acteurs de l’écosystème de l’AVC en France :

    L’amélioration de la prise en charge des AVC est au cœur des actions menées par les acteurs de l’écosystème de cette pathologie, qu’ils aient une dimension nationale, européenne ou mondial. En France, plus d’une dizaine d’acteurs coordonnent leurs efforts pour optimiser le parcours de soins, la recherche médicale et la formation des professionnels de santé. 👉 A consulter ici.

    Panorama de 32 solutions numérique du parcours patient de l’AVC :

    Des gants intelligents, des plateformes de rééducation ou encore des balances connectées… Les solutions numériques interviennent tout au long du parcours patient de l’AVC : de la prévention à la rééducation, en passant par l’aide au diagnostic et à la décision, les entreprises du secteur sont nombreuses à innover pour améliorer la prise en charge de la maladie. 👉 A consulter ici.

    Collaborations public-privé : comment l’IA et les données optimisent le traitement des AVC en France

    En intégrant l’IA dans les parcours de soin, afin de favoriser une approche plus personnalisée, les collaborations entre hôpitaux, universités, laboratoires de recherche et entreprises peuvent améliorer la prise en charge des AVC. Ce potentiel s’illustre dans les différents projets en cours, qu’ils soient menés en France ou en Europe. 👉 A consulter ici.

     

  • Cartographie des acteurs de l’écosystème de l’AVC en France

    Une prise en charge coordonnée sur le territoire

    Avec plus de 130 unités neurovasculaires (UNV) répartis dans autant de service des urgences cérébro-vasculaires (UCV) en France, les établissements de santé sont des acteurs acteurs majeurs de la prise en charge rapide des AVC, ce qui permet une réduction de 17% du risque de décès et de 25% du critère combiné “décès et dépendance” d’après le résultat de nombreuses études. Au-delà des services des urgences des hôpitaux, plusieurs acteurs agissent sur le territoire pour une meilleure prise en charge des AVC qu’ils soient ischémiques ou hémorragiques. C’est le cas notamment du Centre nationale de référence de l’AVC qui est un centre multi-site coordonné par l’hôpital Necker (AP-HP) et le CHU de Saint-Étienne et qui regroupe 7 hôpitaux pour assurer une prise en charge optimale du patient, avec un service imagerie, réanimation, rééducation, etc… Pour ce qui est de la prise en charge pure, le GHU Paris psychiatrie et neuroscience a mis en place une UNV mobile qui marche grâce à un véhicule équipé d’un scanner embarqué pour permettre un traitement des plus rapides de l’AVC du patient. Ce projet nommé “ASPHALT” en est pour le moment à un stade d’étude visant à observer les résultats d’une telle prise en charge, en vue d’une démocratisation à l’échelle nationale de celle-ci.

    Les fondations sont aussi des acteurs qui ont un grand rôle à jouer dans cette prise en charge, notamment grâce à la propagation d’une meilleure information pour tous, afin que le plus grand nombre de personnes puissent savoir quoi faire lorsqu’elles sont confrontées à la survenue d’un AVC, moment à partir duquel chaque minute compte. La Fédération nationale France AVC est l’institution la plus importante dans ce registre puisqu’elle participe à l’information du plus grand nombre, à la sensibilisation des pouvoirs publics pour une meilleure prise en charge, ainsi qu’à l’aide et la prise en charge des patients lors de leur retour à domicile. Elle dispose aussi d’un fonds de dotation pour l’amélioration de la connaissance, le diagnostic et les thérapeutiques relatives aux AVC. La fondation “Vaincre l’AVC” dispose aussi d’un fonds de dotation pour l’amélioration de la prise en charge des patients, faciliter la prévention et permettre aux patients de prendre conscience de leur risque d’AVC.

    Une meilleure recherche pour une meilleure prise en charge :

    L’importance de la recherche fait des acteurs français de la recherche sur les AVC des éléments indispensable à l’évolution de la prise en charge des patients. Ainsi la Fondation pour la recherche sur les AVC, la Société française neuro-vasculaire (SFNV) et l’Institut du cerveau (ICM) sont les 3 institutions pionnières dans la recherche sur les AVC, notamment au travers de l’organisation de réunions scientifiques comme “les journées annuelles de la SFNV”, ou encore le financement de projets de recherche.

    Des acteurs pour la formation des professionnels

    La totalité des acteurs français de l’AVC qui concernent les professionnels de santé, sont des acteurs qui mettent en place des outils de formation pour ces professionnels. Et si la Société française de la neuroradiologie et la SFNV mettent en place des événements annuels pour fédérer les professionnels de santé qui s’occupent des patients victimes d’AVC, la mission première de ces acteurs est de mettre en place une formation de qualité pour mieux traiter l’AVC. Il en va de même pour l’ICM, qui en plus de financer des projets de recherche, forme les professionnels de santé. Encore une fois, la prise en charge du patient est au coeur des actions des acteurs français de l’AVC puisque même si ces 3 organismes forment les professionnels de santé, cette formation permettra in fine d’améliorer la prise en charge.

    Des organisations internationales au service des patients et des professionnels

    En plus de ces acteurs français de l’AVC, deux grands acteurs internationaux sont à notifier : la World stroke organization (WSO) et l’European stroke organization (ESO). Pour ce qui est de l’ESO, l’organisation propose d’améliorer la prise en charge des patients victimes d’AVC par le biais de la formation médicale pour les professionnels de santé et pour le grand public. La WSO a, quant à elle, pour principaux objectifs d’améliorer l’accès aux soins, la recherche et l’enseignement des professionnels de santé.

    La Stroke alliance for Europe est une organisation européenne qui fait partie de l’ESO et de la WSO : elle a pour mission de réduire l’incidence et l’impact des AVC en Europe, en rassemblant et en habilitant les organisations européenne à mettre en place des campagnes de sensibilisation, des formations et des actions pour la recherche.

    Cartographie des acteurs de l’AVC :

    Vous trouverez la liste des acteurs répertoriés sur cette cartographie :

    Cartographie des acteurs de l'AVC
    Cartographie des acteurs de l’AVC

  • Panorama de 32 solutions numériques du parcours patient de l’AVC

    La rééducation post-AVC concentre le plus grand nombre de solutions

    Il existe plusieurs solutions associées aux différentes étapes du parcours d’un patient atteint d’un AVC. Parmi elles, 47 % des solutions concernent l’étape de la rééducation post-AVC. Applications de rééducation cognitive ou encore plateforme robotisée spécialisée dans la mobilité, toutes utilisent le numérique afin d’aider les patients à retrouver leurs anciennes facultés motrices.

    25 % des autres solutions nombrables se trouvent respectivement dans le diagnostic et la prévention. La plupart utilisent des outils de détection, d’analyse et d’évaluation des risques encourus par le patient. D’autres solutions comme Inheart ou encore E-stroke de Brainomix basent sur la mise en place et l’utilisation de logiciels d’imagerie médicale permettant de visualiser et détecter en amont l’anomalie.

    En revanche, les solutions apportées pour le suivi du patient après un AVC restent faibles. A l’heure actuelle, il n’en existe qu’une : Liva Healthcare. Elle vise un suivi à distance et propose des séances de coaching pour les patients atteints de maladies chroniques, y compris après un AVC.

    L’IA transforme le diagnostic

    Elles sont au total 9 à utiliser l’IA dans leur solution. Exclusivement utilisée à l’étape du diagnostic et de la prévention, l’IA est généralement l’outil de détection du risque. RapidAI, Arterys Neuro de Arterys ou encore Advanced Visualization Worksapce de Philips, centre leur solution sur son utilisation. Aptelcare de Healabs, elle, utilise l’IA dans sa solution de télé suivi médical. Le but, surveiller les patients à distance, notamment après un AVC.

    Aujourd’hui, Arterys Neuro ou encore Cercare Medical mettent en avant, dans leurs solutions d’aide au diagnostic basées à l’IA, une aide à la décision pour les patients.

    Cartographie des solutions numériques pour l’AVC

    Cartographie des solutions numériques intervenant sur le parcours de soins de l'AVC - @ Health&Tech Intelligence
    Cartographie des solutions numériques intervenant sur le parcours de soins de l’AVC – @ Health&Tech Intelligence

  • Collaborations public-privé : comment l’IA et les données optimisent le traitement des AVC en France

    Grâce à ces partenariats, les patients bénéficient d’une prise en charge adaptée à leur profil individuel, tandis que les professionnels de santé disposent d’outils d’aide à la décision pour intervenir au bon moment et avec les traitements les plus appropriés.

    📌 L’innovation organisationnelle en Île-de-France

    L’Agence régionale de santé Île-de-France a lancé un appel à projets en 2024 pour soutenir les innovations organisationnelles intégrant des solutions numériques. Ce dispositif vise :

    • à améliorer les conditions de travail des professionnels de santé ;
    • et à optimiser la prise en charge des patients notamment ceux atteints d’AVC.

    L’objectif est d’optimiser les parcours de soins en rapprochant les services de soins des patients tout en intégrant des technologies innovantes pour soutenir la rééducation et le suivi médical à domicile.

    Parmi les projets sélectionnés le programme Autonomie AVC a une approche novatrice de la rééducation post-AVC. Ce projet met en place un espace de rééducation accessible 7 jours sur 7 où les patients hospitalisés dans les services de SMR deviennent acteurs de leur propre rééducation. Les technologies employées permettent une rééducation motrice et cognitive intensive avec des dispositifs médicaux intuitifs favorisant la motivation et la répétition des mouvements. Cette initiative s’inscrit dans une démarche visant à :

    • prolonger le temps de rééducation ;
    • à réduire les périodes d’inactivité ;
    • à renforcer les progrès obtenus ;
    • et à impliquer les proches et les aidants dans le processus de guérison.

    Ce projet est issu de la collaboration entre l’hôpital Rothschild, les hôpitaux Paris Est Val-de-Marne (HPEVM), l’Institut de réadaptation de Romainville et la société Dessintey.

    📌 Prédiction du risque d’AVC en analysant des données du SNDS

    Le projet TALENT-SNDS mené par le CHU de Bordeaux utilise les données du Système National des Données de Santé (SNDS) pour développer des algorithmes prédictifs. Ces derniers sont capables d’estimer le risque d’AVC cardioembolique qui est une forme courante et souvent sévère d’AVC causée par des caillots sanguins formés dans le cœur. Ce projet s’appuie sur l’analyse de vastes bases de données de santé pour anticiper les AVC en prenant en compte un ensemble de facteurs médicaux, comportementaux et démographiques. Les données cliniques utilisées telles que les antécédents médicaux, les traitements antérieurs et les hospitalisations sont couplées à des informations sur les habitudes de vie et les facteurs environnementaux pour créer des modèles prédictifs précis.

    L’un des objectifs de ce projet est de proposer une prévention personnalisée aux patients présentant un haut risque d’AVC. Ces algorithmes d’IA permettent aux professionnels de santé de mieux anticiper les situations à risque et d’intervenir plus tôt en ajustant les traitements ou en recommandant des changements dans le mode de vie des patients. Cette collaboration entre le CHU de Bordeaux et l’Inserm vise à améliorer les stratégies de prévention grâce aux données du SNDS.

    📌 L’application Riskomètre de l’AVC pour estimer et réduire le risque d’AVC

    Le Riskomètre de l’AVC est une application mobile qui permet aux utilisateurs de mesurer leur risque personnel de faire un AVC dans les 5 à 10 prochaines années. Développée par le Professeur Valery Feigin de l’Institut National pour les AVC et les Neurosciences Appliquées en Nouvelle-Zélande, l’application a été adaptée pour la France sous la supervision des Professeurs Yannick Béjot et Maurice Giroud du CHU Dijon-Bourgogne. L’objectif de cet outil est de fournir une évaluation rapide et accessible du risque d’AVC basée sur une série de facteurs de risque tels que :

    • l’âge ;
    • le sexe ;
    • l’ethnicité ;
    • le mode de vie ;
    • et les antécédents médicaux.

    A partir d’une interface conviviale les utilisateurs peuvent obtenir en quelques minutes une estimation de leur risque d’AVC accompagnée de recommandations personnalisées pour réduire ce risque. L’application encourage également les utilisateurs à adopter des comportements préventifs comme la modification de leur alimentation ou la pratique régulière d’une activité physique.

    Le Riskomètre joue un rôle de prévention mais permet également aux utilisateurs de participer à l’étude internationale RiBURST contribuant ainsi à une recherche mondiale sur les facteurs de risque d’AVC et les stratégies de prévention. Ce projet soutenu en France par les équipes du CHU Dijon-Bourgogne représente une avancée significative vers une médecine participative où les patients jouent un rôle actif dans la prévention et la gestion de leur santé.

    📌 Prédiction des anévrismes intracrâniens et des AVC

    Le projet Neurovasc initié dans le cadre de la Stratégie nationale PEPR Santé Numérique, vise à réduire l’impact des anévrismes intracrâniens (AIC) et des AVC en développant des modèles prédictifs. Ce projet financé par le Plan d’Investissement d’Avenir (PIA) à hauteur de 1,5 million d’euros rassemble plusieurs partenaires dont l’Inserm, les CHU de Brest et de Nantes, ainsi que des universités telles que Paris-Saclay et Paris Cité.

    Neurovasc est structuré autour de 3 axes, sous forme de 3 work-packages (WP) :

    • le WP1 se concentre sur la création d’une infrastructure de données interopérable facilitant la gestion des données génétiques et phénotypiques des patients atteints d’AIC – ces données permettent le développement de modèles prédictifs capables d’identifier les risques de rupture d’anévrisme et de survenue d’un AVC ;
    • le WP2 est dédié à la création de modèles avancés basés sur des données génomiques pour prédire le risque global de ces pathologies ;
    • le WP3 se focalise sur le développement de solutions numériques permettant de mieux accompagner les patients dans la gestion quotidienne de leur maladie et d’améliorer leur qualité de vie.

    Ce projet coordonné par l’Inserm en partenariat avec Nantes Université, CHU de Brest, CHU de Nantes, Inria, Université Paris-Saclay, Université de Bordeaux, Institut Mines Telecom Atlantique Bretagne-Pays de la loire, CNRS Bretagne Pays de Loire (Rennes), Université Paris Cité. Cette collaboration entre hôpitaux, universités et entreprises montre l’importance des partenariats public-privé dans le développement de solutions innovantes pour la santé en combinant des données massives issues de la recherche clinique et des outils d’IA pour une médecine plus prédictive.

    📌 Un projet européen pour personnaliser le traitement des AVC grâce aux jumeaux numériques

    Le projet Gemini, financé par la Confédération suisse et le programme européen Horizon Europe, a pour objectif de créer des jumeaux numériques de patients victimes d’AVC pour personnaliser leur traitement. Le projet regroupe un consortium de 20 institutions provenant d’Europe, des États-Unis et de Taïwan incluant des partenaires comme les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) et l’entreprise française Ansys France. Ce consortium multidisciplinaire reçoit un financement de 1,8 million de francs suisses pour la période 2024-2029, pour développer et utiliser des jumeaux numériques afin de prédire l’évolution de la maladie et d’améliorer les stratégies thérapeutiques.

    Ces jumeaux numériques sont des répliques de patients construites à partir de leurs données cliniques, radiologiques et histologiques. Ces modèles permettent de simuler différents traitements et d’observer leurs effets potentiels afin de faciliter ainsi la prise de décision clinique. Par exemple pour un patient présentant un anévrisme intracrânien non rompu le jumeau numérique peut être utilisé pour évaluer les risques de rupture en fonction des interventions envisagées.

    Cartographie des projets et collaborations exploitant data et IA pour améliorer la prise en charge de l'AVC - @ Health&Tech Intelligence
    Cartographie des projets et collaborations exploitant data et IA pour améliorer la prise en charge de l’AVC – @ Health&Tech Intelligence
  • Etat des lieux des AVC en France : chiffres clés, facteurs de risque et enjeux de la prévention

    Une problématique de santé publique

    En France, environ 140 000 personnes sont touchées par un AVC chaque année, faisant de cette maladie l’une des premières causes de mortalité, avec près de 40 000 décès associés. Parmi les victimes, les personnes âgées sont particulièrement touchées, avec une moyenne d’âge de 73 ans. Les AVC représentent également la première cause de handicap acquis chez l’adulte, laissant des séquelles lourdes chez un grand nombre des patients qui le survivent. Environ 27 % des patients décèdent dans l’année suivant l’accident, avec un risque notablement plus élevé pour les AVC hémorragiques (41 % de mortalité) par rapport aux AVC ischémiques (23 %).

    Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), datant de 2022, révèle que les inégalités sociales de santé sont très marquées dans le cas des AVC :

    • le risque de survenue est 40 % plus élevé chez les individus des 25 % les plus modestes, par rapport à ceux des 25 % les plus aisés ;
    • cette disparité est particulièrement prononcée chez les 45-64 ans, où le taux d’AVC est presque deux fois plus élevé chez les plus modestes ;
    • chez les 45-64 ans, la probabilité de faire un AVC ischémique est 1,9 fois plus grande chez le quartile le plus modeste par rapport au quartile le plus aisé ;
    • un niveau de vie élevé est associé à une réduction de 11 % du risque de décès à un an.
    Inégalités de survenue d'un AVC selon l'âge (épisodes d'AVC entre 2014 et 2017 en France, hors Mayotte) - @ Drees
    Inégalités (ratio Q1-Q4) de survenue d’un AVC selon l’âge (épisodes d’AVC entre 2014 et 2017 en France, hors Mayotte) – @ Drees

    La spécificité de l’AVC de l’enfant :

    En France, selon le Centre national de référence de l’AVC (CNRAVC) de l’enfant, 500 à 1 000 AVC surviennent chaque année chez les enfants, une pathologie désormais mieux comprise grâce aux avancées en prévention et traitement. La mortalité par AVC pédiatrique a diminué, mais deux tiers des survivants conservent des séquelles à long terme. La plupart des AVC touchent des enfants en bonne santé, souvent à cause de malformations vasculaires ou d’infections.

    L’établissement du diagnostic reste un défi clinique, avec un délai moyen supérieur à 24 heures, ce qui limite la prise en charge précoce. Les AVC de l’enfant, ayant lieu sur un cerveau en développement, nécessitent par ailleurs une approche personnalisée en rééducation et un suivi régulier pour garantir une autonomie future.

    Coûts économiques (4,5 Mds€/an) des AVC :

    Les AVC entraînent des coûts économiques considérables, notamment en termes d’hospitalisation et de soins. En France, chaque AVC coûte en moyenne 30 000 euros par an à l’Assurance maladie, représentant environ 6 % de ses dépenses totales, soit 4,5 milliards d’euros par an. Ces coûts incluent les soins d’urgence, les soins de suite et de réadaptation ainsi que les traitements à long terme.

    De l’importance du diagnostic précoce et de la chaîne de soins

    La rapidité de la prise en charge est essentielle pour réduire les séquelles et améliorer les chances de survie après un AVC. Cependant, selon la Haute autorité de santé (HAS), seulement un tiers des patients parvient à l’hôpital dans les quatre heures suivant l’apparition des symptômes. Or, une intervention précoce peut permettre l’utilisation de traitements spécifiques pour rétablir la circulation sanguine.

    Là encore, les personnes à faible revenu ont moins de chances d’être admises dans des unités neurovasculaires (UNV), où la prise en charge spécialisée est disponible. Entre 2014 et 2017, seulement 52 % des patients ayant subi un AVC ischémique ont été traités dans ces unités. Les patients des 25 % les plus modestes ont 10 % de chances en moins d’être pris en charge en UNV, ce qui contribue aux séquelles plus graves observées chez ces populations.

    L’enjeu de la prévention et de la sensibilisation :

    La prévention des AVC repose sur la connaissance des facteurs de risque et des symptômes. Les principaux facteurs de risque sont :

    • l’hypertension artérielle (HTA) ;
    • le diabète ;
    • l’obésité ;
    • et le tabagisme.

    Adopter un mode de vie sain peut donc contribuer à diminuer le risque d’AVC. La sensibilisation du public est essentielle : de nombreuses personnes se déclarent mal informées sur les signes avant-coureurs de l’AVC, en particulier dans les zones rurales. Des actions de sensibilisation et d’éducation sont indispensable pour informer le public sur les facteurs de risque et l’importance d’une réaction rapide en cas de symptômes d’AVC.

    Des appels récurrents à l’action :

    La lutte contre l’AVC nécessite une mobilisation collective, impliquant à la fois les pouvoirs publics, les professionnels de santé et la société civile. Les inégalités sociales en matière de santé doivent être prises en compte dans les politiques de prévention et de prise en charge des AVC. En renforçant la sensibilisation et l’accès à des soins appropriés, il est possible de réduire l’incidence des AVC et d’améliorer la qualité de vie des patients. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’AVC, le 29 octobre, les appels des associations se multiplient pour accentuer les efforts communs afin que chaque citoyen connaisse les symptômes de l’AVC pour agir le plus rapidement possible et que le parcours patient soit le plus fluide et le plus efficace possible.

     

  • AVC : cadre et recommandations pour structurer le parcours de soins, de l’urgence à la rééducation

    Le cadre de la HAS et de la SFNV pour la prise en charge des AVC

    La gestion des AVC mobilise l’ensemble du système de santé. De la prévention au retour à domicile, en passant par la prise en charge aux urgences et l’accès au plateau médico-technique, l’AVC agit comme une pathologie « traceuse ». Sa prise en charge n’est pas régie par une autorisation spécifique ni par un cadre juridique précis : elle repose sur un ensemble de procédures et de recommandations de bonnes pratiques élaborées par des institutions telles que la Haute autorité de santé (HAS) et la Société française neurovasculaire (SFNV).

    Relayées par les structures de soins et les plans de santé publique, ces recommandations couvrent l’ensemble du parcours de soins : la détection précoce, l’urgence, les traitements, les soins hospitaliers et la réadaptation. Elles constituent une base pour juger de la conformité et de la qualité des soins. Le non-respect de ces procédures peut engager la responsabilité des professionnels de santé en cas de faute ou d’écart par rapport aux standards.

    Un AVC non détecté entraîne un jugement à Bordeaux :

    En novembre 2019, le Tribunal de grande instance de Bordeaux a jugé une affaire d’erreur de diagnostic impliquant un médecin généraliste. Le tribunal a retenu que le médecin n’a pas détecté correctement les premiers symptômes d’un AVC, malgré des signes cliniques évocateurs, tels qu’un signe de Babinski et une faiblesse musculaire observés après une chute. L’AVC n’a pas été suspecté en raison de l’orientation psychiatrique du diagnostic, liée au contexte du patient et à un traitement médicamenteux récent. Le médecin a attribué l’état de somnolence à un surdosage médicamenteux sans relever les réflexes ni envisager la gravité de la situation. Cette erreur d’appréciation a conduit à un transfert non urgent du patient vers le CHU de Bordeaux, alors que la situation aurait justifié un transfert médicalisé vers une unité spécialisée en neurologie vasculaire. La prise en charge aurait dû inclure un accès rapide à l’imagerie cérébrale, compte tenu de l’âge jeune du patient (27 ans) et des recommandations de bonnes pratiques de la HAS pour permettre un traitement approprié par thrombolyse.

    Les recommandations HAS insistent sur la rapidité et la spécialisation des soins :

    Afin de standardiser les soins, la HAS a élaboré en 2009 des recommandations pour améliorer la prise en charge précoce des AVC. Ces recommandations ont été réalisées à la demande conjointe de la SFNV et de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), à l’époque Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins (DHOS), et se déclinaient en quatre volets principaux :

    • alerte et sensibilisation : la HAS insistaient sur la sensibilisation du public et des professionnels de santé aux signes précoces de l’AVC et l’importance de réagir rapidement ;
    • phase préhospitalière : les recommandations mettaient en avant l’importance de la régulation médicale par les centres 15, le choix des moyens de transport les plus rapides, ainsi que la formation spécifique des assistants de régulation médicale pour détecter les symptômes d’AVC et déclencher les interventions ;
    • phase hospitalière initiale : la HAS recommandait de diriger les patients suspects d’AVC vers des unités neuro-vasculaires (UNV) le plus tôt possible pour accéder aux soins spécialisés et aux techniques d’imagerie diagnostique – les indications de thrombolyse (dissolution des caillots sanguins) devant être établies rapidement, après confirmation du diagnostic ;
    • indications de la thrombolyse : les recommandations précisaient les conditions et les contre-indications pour l’administration de la thrombolyse, une intervention critique pour les AVC ischémiques – la fenêtre thérapeutique de 4h30 après les premiers symptômes est soulignée.

    Prise en charge précoce des patients :

    Accident vasculaire cérébral : prise en charge précoce (alerte, phase préhospitalière, phase hospitalière initiale, indications de la thrombolyse) Recommandation de bonne pratique - @ HAS
    Prise en charge précoce de l’AVC (alerte, phase préhospitalière, phase hospitalière initiale, indications de la thrombolyse), recommandation de bonne pratique – @ HAS

    L’importance d’une politique régionale :

    Le plan « parcours de l’AVC chez l’adulte », publié en mai 2023 par la HAS, s’inscrit dans le cadre de la stratégie de transformation du système de santé (STSS). Il met en œuvre une approche coordonnée en s’appuyant sur des indicateurs précis pour évaluer la performance des soins. La HAS mise ainsi sur :

    • la nécessité de réduire les délais de prise en charge grâce à une organisation territoriale optimisée et l’utilisation de la télémédecine pour pallier les disparités géographiques ;
    • la prise en charge axée sur la prévention, le diagnostic rapide (télémédecine et UNV) et l’intégration de technologies pour les soins à distance et l’évaluation en continu.

    Ce plan complète les recommandations de 2009 de la HAS en intégrant la coordination via des filières régionales AVC et l’usage croissant des indicateurs de qualité des soins. Contrairement aux précédents plans qui se concentraient sur l’urgence, cette stratégie insiste sur une vision continue des soins, incluant la phase chronique et la réinsertion sociale et professionnelle. L’introduction d’indicateurs de qualité standardisés vise à homogénéiser les pratiques à l’échelle nationale et à réduire les disparités territoriales. L’accent est mis sur l’autogestion de la maladie par les patients et la prévention des récidives.

    Sur les 48 actions (réparties en 4 axes) préconisées par la HAS dans son document “les actions du « plan d’actions national AVC 2010-2014 » et leur niveau de pilotage”, plus de 34 actions ont un périmètre régional.

    Coordination et télémédecine, leviers d’optimisation des soins 

    En avril 2010, la Direction générale de la santé (DGS) a lancé le plan d’action national « AVC 2010-2014 » qui visait à renforcer la prise en charge des AVC en France. Ce plan a structuré les interventions en urgence, en insistant sur une réaction rapide face aux signes d’alerte et une coordination étroite entre les différents acteurs du parcours de soins, depuis les services d’urgence jusqu’aux unités spécialisées (UNV). Son objectif : réduire les séquelles par des diagnostics plus rapides et des soins adaptés. Le plan marque une avancée notable en matière d’innovation avec le déploiement de la télémédecine, permettant une expertise à distance et une meilleure prise en charge dans les zones moins dotées en services spécialisés.

    Les professionnels de santé ont expérimenté et déployé divers dispositifs de téléconsultations. Par exemple, le dispositif “télé-AVC” permet d’assurer une évaluation rapide des patients grâce à des consultations à distance avec des neurologues de garde, facilitant ainsi les décisions thérapeutiques comme le choix d’une fibrinolyse intraveineuse.

    L’impact de la télémédecine est surtout constaté dans les hôpitaux dépourvus de spécialistes, où l’accès à une expertise neurovasculaire en temps réel permet de réduire le temps de prise en charge et d’augmenter les chances de survie et de récupération des patients. La Stratégie nationale de santé 2018-2022 avait donné un nouvel élan à ce déploiement, soutenant financièrement l’élargissement de ces pratiques sur l’ensemble du territoire.

    Des filières pour améliorer le parcours patient dans les territoires

    La circulaire DGOS de mars 2012 a fourni aux Agences régionales de santé (ARS) un guide méthodologique pour organiser des filières AVC sur chaque territoire de santé. Ces filières garantissent un parcours de soins optimal et individualisé. La régulation par le SAMU-Centre 15, l’accueil hospitalier, la réadaptation et le retour à domicile sont autant d’étapes coordonnées au sein de ces filières, impliquant une multitude d’acteurs de soins : professionnels hospitaliers, de ville, paramédicaux et travailleurs sociaux, avec le soutien de la télémédecine.

    En 2015, l’instruction DGOS est venue renforcer ces filières en introduisant des consultations d’évaluation pluriprofessionnelle post-AVC, accompagnées d’un suivi régionalisé des patients. La généralisation des UNV, avec 135 structures implantées, a permis de déployer une prise en charge uniforme sur le territoire.

    DM de thrombectomie et centres compétents

    Les dispositifs médicaux (DM) utilisés pour traiter les AVC, comme les systèmes de thrombectomie mécanique, sont soumis à une réglementation au niveau européen et national. Depuis mai 2021, le règlement européen 2017/745 (MDR) impose des critères stricts pour la mise sur le marché des DM. Il exige des preuves cliniques robustes, des essais d’efficacité et des données de sécurité avant de pouvoir obtenir le marquage CE.

    Ces critères incluent la traçabilité, l’évaluation de la performance et des audits de surveillance. Les décrets n° 2022-21 et 2022-22, publiés en janvier 2022, établissent les conditions d’implantation et de fonctionnement des centres pratiquant la thrombectomie mécanique, en définissant des critères techniques et de compétences afin de garantir une répartition équitable sur le territoire.

     

  • Directive NIS 2 : Trois ans pour renforcer la sécurité des hôpitaux face aux cybermenaces

    Des attaques qui fragilisent le système de santé français

    Vendredi 23 septembre 2022, un groupe de cybercriminels nommé Lockbit diffuse 11 gigaoctets de données de santé sur le marché noir. Volée un mois auparavant à l’Hôpital de Corbeil-Essonnes, la base de données comprenait des informations sensibles et confidentielles sur les patients (dossiers médicaux), le personnel hospitalier et les partenaires de l’établissement. Versailles en 2022, Brest en 2023 ou encore Armentières en 2024, cette affaire est loin d’être la seule.

    Nombre moyen de cyberattaques hebdomadaire, par industrie, dans le monde, au premier trimestre 2023 (Check point software technologies)

     

    NIS 2 : obligations, résilience et notification des incidents, un cadre renforcé pour la sécurité numérique

    La directive NIS 2 (Network and Information Systems Security 2) est une réglementation européenne adoptée pour renforcer la cybersécurité des infrastructures critiques et des entités importantes dans les États membres de l’Union européenne. NIS 2 est une révision et un élargissement de la première directive NIS (2016), en réponse aux évolutions des menaces cyber et à la digitalisation croissante. NIS 2 couvre un plus grand nombre de secteurs et d’établissements critiques par rapport à la version précédente, notamment dans le domaine de la santé. La directive impose des obligations uniformes comme en matière de sécurisation des chaînes d’approvisionnement, de résilience des systèmes ou encore d’obligations de notification des incidents majeurs.

    NIS 2 distingue deux catégories de structures : les entités essentielles et les entités importantes. Les premières regroupent les grandes entreprises, les collectivités locales de plus de 30 000 habitants, les opérateurs de communications électroniques et les établissements publics. Les entités importantes incluent des structures plus petites mais stratégiques, telles que des établissements d’enseignement réalisant des recherches ou des collectivités locales moyennes. Ces entités devront se conformer à plusieurs obligations. La directive impose une évaluation des risques pour identifier les vulnérabilités internes et celles liées aux fournisseurs. La notification des incidents de sécurité à l’Anssi devient une exigence, avec des modalités spécifiques à déterminer par décret. La résilience des systèmes d’information et la formation des équipes à la cybersécurité font aussi partie des impératifs.

    3 ans pour s’enregistrer, et annoncer ses objectifs d’investissements en cybersécurité

    La directive doit encore être transposée en droit national, avec un projet de loi présenté au Conseil des ministres et en attente de discussion au Parlement. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a commencé à préparer cette transition en identifiant les acteurs concernés et en fixant des obligations. Le 17 octobre, lors des Assises de la sécurité à Monaco, le directeur général de l’Anssi Vincent Strubel a rappelé aux Assises de la sécurité que l’entrée en vigueur de NIS 2 n’entraînerait pas de changements immédiats drastiques. Les structures ont trois ans pour se mettre en conformité avec un “socle minimal” à atteindre. Les hôpitaux devront s’enregistrer sur le portail monespaceNIS 2, notifier les incidents et justifier des investissements en cybersécurité. La France a recensé au moins 15 000 structures concernées. Bien que de nombreux acteurs aient déjà commencé à travailler sur le sujet, et que l’Anssi soit dans une approche d’accompagnement, le compte à rebours a commencé.

    En 2023, plus de 250 attaques informatiques ont visé des hôpitaux français.

     

  • Shaiped : Un consortium de 30 acteurs européens pour accélérer l’IA en santé

    Vers un espace Européen des données de santé

    Le projet se déroule en parallèle de la mise en place, prévue fin 2024, du Règlement pour l’Espace Européen des Données de Santé (EHDS), qui vise à créer un cadre commun pour l’utilisation des données de santé en Europe. SHAIPED rassemble 30 partenaires de 11 États membres, incluant des futurs organismes responsables de l’accès aux données de l’EHDS, ce qui en fait le plus grand consortium à ce jour. Cette initiative, confié au HDH par la Commission européenne, vise à ordonner une infrastructure de partage permettant l’usage secondaire des données de santé. Doté de 4 millions d’euros, ce projet renforce l’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans les dispositifs médicaux en Europe.

    SHAIPED : une stratégie pour l’accès, la validation et l’intégration des dispositifs médicaux intelligents

    L’un des défis pour les dispositifs médicaux basés sur l’IA est l’accès aux données de vie réelle, indispensables pour entraîner tester et valider ces outils. SHAIPED se fixe pour objectif d’y répondre à travers plusieurs axes de travail :

    • Faciliter l’accès aux données pour les DM à base d’IA : Cela implique de garantir un accès sécurisé et conforme aux normes de protection des données, tout en permettant l’exploitation de larges ensembles de données de santé.
    • Valider l’efficacité clinique des DM : Les outils d’IA doivent prouver leur valeur clinique à grande échelle et dans des contextes variés.
    • Intégrer les DM dans les systèmes d’information de santé (SI) : L’harmonisation avec les SI de santé européens est un facteur clé pour une adoption à large échelle.

    Cas d’usage et innovations en santé numérique

    Trois cas d’usage seront développés pour tester les solutions du consortium. Ces initiatives démontrent le potentiel de l’IA dans le renforcement des systèmes de santé :

    • Insuffisance rénale chronique : Ce projet, coordonné par l’hôpital universitaire d’Aarhus au Danemark, évalue l’adaptabilité des modèles d’IA sur des cohortes issues de plusieurs pays européens.
    • Détection des métastases : Mené en partenariat avec le Centre Léon Bérard et le Health Data Hub, ce projet analysera l’efficacité de l’IA pour identifier des métastases pulmonaires et interpréter les mammographies.
    • Prévention de l’insuffisance cardiaque : Confié à la société française Implicity, ce projet testera un logiciel d’IA dédié aux pacemakers pour prévenir l’insuffisance cardiaque.

    Dans un contexte de concurrence internationale accrue, le projet SHAIPED s’inscrit dans une démarche stratégique visant à renforcer la compétitivité des entreprises européennes dans le domaine de la santé numérique. SHAIPED, dont le lancement est prévu en 2025, présentera un premier bilan à l’automne de la même année.

     

  • Prise en charge du cancer de la prostate : RIV, IA, des innovations à l’Institut Curie

    Une maladie fréquente mais un pronostic en amélioration

    Le cancer de la prostate demeure la pathologie cancéreuse la plus diagnostiquée chez les hommes en France, avec environ 60 000 nouveaux cas chaque année. Le risque augmente nettement après 50 ans. Avec un taux de survie estimé à 93 % cinq ans après le diagnostic, le pronostic est généralement favorable. Les traitements actuels sont efficaces, mais le vieillissement démographique nécessite une amélioration continue des stratégies de dépistage et de prise en charge.

    IA et radiothérapie ciblée

    L’Institut Curie intègre de nouvelles technologies, basées sur l’intelligence artificielle, pour diagnostiquer le cancer de la prostate. Un logiciel développé par Ibex sera intégré au service de pathologie à partir de mi-novembre 2024. Cet outil d’IA numérise et analyse les échantillons, identifiant automatiquement les anomalies. Le Pr Yves Allory précise que cet appui permet de renforcer l’efficacité des analyses et de faciliter les décisions médicales.

    Sur le plan thérapeutique, la radiothérapie interne vectorisée (RIV) constitue une nouvelle approche pour traiter les cas métastatiques. Cette technique, mise en place à l’Institut Curie depuis octobre 2024, repose sur l’administration ciblée d’un isotope radioactif combiné à une molécule capable de se fixer aux cellules cancéreuses. En préservant les tissus non touchés, cette méthode est plus précise pour les cas avancés, tout en retardant l’hormonothérapie. L’Institut Curie dispose de quatre chambres RIV.

    Des recherches sont en cours pour valider un test urinaire non invasif, fondé sur l’identification de biomarqueurs présents dans l’ADN non codant. Ce test pourrait réduire le recours aux biopsies, améliorant la détection précoce tout en diminuant les contraintes pour les patients. L’essai, débuté fin 2022 et ayant inclus 118 participants, est terminé. L’analyse des résultats est en cours. Elle évaluera l’efficacité de ce test pour le diagnostic, le pronostic et la surveillance des cancers de la prostate.

    Accessibilité : lancement de l’IRM-Linac en janvier 2025

    Depuis près de deux ans, le service de pathologie de l’Institut Curie fonctionne avec la numérisation systématique des échantillons tumoraux des nouveaux patients. L’outil d’IA “Ibex prostate” réalise une analyse continue et automatisée, ce qui aide les pathologistes à affiner les résultats et à mieux orienter les stratégies thérapeutiques.

    Ces innovations sont progressivement déployées dans des centres spécialisés. À partir de janvier 2025, l’Institut Curie prévoit de rendre opérationnel un système IRM-Linac, combinant imagerie de haute précision et radiothérapie. Ce dispositif permettra d’adapter le traitement, limitant les effets secondaires et les risques de toxicité.

    Dans les prochaines années, un homme sur sept environ développera un cancer de la prostate.

     

  • VBHC : leçons du congrès ICHOM, “start simple, simply start” pour des soins centrés sur la valeur

    Changer les paradigmes de soins : l’approche centrée sur la Valeur en Santé

    L’International Consortium for Health Outcomes Measurement (ICHOM), fondé en 2012 par le Professeur Porter, avec le Dr Stefan Larsson du Boston Consulting Group, et le Professeur Martin Ingvar ode Karolinska Institutet in Stockholm pour développer un cadre pratique qui permettra aux systèmes de santé d’évoluer vers une approche axée sur la valeur pour le patient, tout en améliorant l’efficacité globale des soins et en garantissant une meilleure utilisation des ressources disponibles. L’objectif d’ICHOM est simple mais profond : faire en sorte que les soins de santé se concentrent sur ce qui compte réellement pour les patients. Pour cela, il développe des normes mondiales pour mesurer les résultats en santé (les Outcomes Sets), aidant ainsi les hôpitaux, cliniques et systèmes de santé à mieux comprendre et améliorer les résultats qui comptent le plus pour les patients. Cette année, plus de 650 participants venus de plus de 45 pays se sont réunis pour échanger, partager leurs expériences et débattre des meilleures pratiques à adopter pour concrétiser l’avenir des soins sur le modèle appelé Value-Based Healthcare (VBHC), ou Valeur en Santé. Cet événement a mis en lumière l’élan croissant derrière ce mouvement mondial.

    Un message essentiel de ce congrès est que l’avenir des soins de santé commence dès maintenant. L’approche VBHC ne doit pas attendre des réformes globales ou des solutions parfaites pour être mise en œuvre. Chaque action, même modeste, peut rapprocher les patients, les soignants et les systèmes de santé d’un modèle où la valeur est au cœur des soins. Comme l’a exprimé Elizabeth Teisberg : “Start simple, simply start.” Ainsi, chaque acteur du secteur de la santé est invité à commencer dès maintenant, avec des changements progressifs mais significatifs qui placeront la qualité et les résultats des patients au centre des décisions.

    Avant de plonger dans les moments forts du congrès, il est important de bien comprendre ce que signifie réellement la Valeur en Santé (VBHC). Traditionnellement, les systèmes de santé fonctionnent sur un modèle dit de paiement à l’acte, où les établissements de soins, les médecins, les paramédicaux sont payés en fonction du nombre d’examens, traitements ou interventions qu’ils réalisent, sans nécessairement tenir compte de du résultat réel sur la santé du patient. Le VBHC vise à changer cela en se concentrant sur les résultats, c’est-à-dire que les professionnels de soins sont récompensés pour la qualité des soins qu’ils offrent et pour l’amélioration de la santé des patients. Dans ce système, ce qui compte le plus, ce sont les indicateurs rapportés par les patients (PROMs) et les mesures d’expérience des patients (PREMs). Les PROMs évaluent les résultats des soins—comme la capacité d’un patient à retrouver une vie active après une opération—tandis que les PREMs mesurent l’expérience des soins, par exemple, comment le patient s’est senti pendant son séjour à l’hôpital.

    Principaux enseignements du congrès : Le rôle de la culture dans la transformation des soins de santé

    Cette année, plusieurs thèmes majeurs et idées clés ont émergé du congrès, apportant des éclairages sur les étapes concrètes déjà franchies dans la mise en œuvre de la VBHC à travers le monde. Voici les moments forts :

    Un enseignement central du congrès est que transformer les soins de santé ne repose pas seulement sur une stratégie, mais sur un changement de culture au sein des organisations de santé. Lors d’une session organisée par le Forum Économique Mondial, les intervenants ont souligné que l’adoption de la VBHC nécessite un changement de mentalité, où les professionnels de santé et les administrateurs adoptent une approche centrée sur le patient. Comme l’a souligné un intervenant : « La culture mange la stratégie au petit-déjeuner », ce qui signifie que, peu importe la qualité de la stratégie, elle ne réussira que si une culture la soutient. Ce changement culturel est essentiel pour passer d’un modèle de soins basé sur le volume, où le succès est mesuré par le nombre d’interventions, à un système où le succès est défini par l’impact positif sur la vie des patients.

    Plusieurs intervenants ont mis en lumière les quatre piliers clés nécessaires pour que la VBHC réussisse :

    • Les partenariats public-privé : La collaboration entre les gouvernements, les prestataires de soins et les entreprises privées est essentielle pour favoriser l’innovation et mettre en œuvre la VBHC à grande échelle.
    • Les modèles de changement VBHC : La mise en œuvre de la VBHC nécessite des cadres structurés pour guider la transition du paiement à l’acte vers des soins axés sur les résultats.
    • Le financement axé sur la valeur : Les modèles de financement doivent évoluer pour soutenir la VBHC, en garantissant que les prestataires de soins soient récompensés pour l’amélioration des résultats des patients, et non simplement pour la quantité de soins fournis.
    • Les données et la technologie : L’utilisation d’outils numériques pour collecter et analyser les données des patients en temps réel est essentielle pour suivre les résultats et améliorer en continu les soins.

    Apprentissage de l’expérience italienne avec les PROMs et PREMs

    Une présentation particulièrement marquante a été celle de Sabina De Rosis et Angela Durante, qui ont partagé leur expérience en Italie, où elles ont intégré les PROMs et PREMs dans les systèmes de performance des hôpitaux. Cette approche permet de suivre en temps réel l’expérience et les résultats des patients, offrant ainsi des enseignements précieux pour améliorer la qualité des soins.

    En Italie, par exemple, grâce à ces mesures, les hôpitaux ont pu ajuster leurs processus de soins, ce qui a conduit à une meilleure satisfaction des patients et à des résultats de santé améliorés. Cela montre clairement que mesurer ce qui compte pour les patients—comme leur capacité à reprendre une vie normale ou leur niveau de douleur—peut conduire à des soins de meilleure qualité pour tous.

    L’argument économique de la VBHC : Un exemple français

    Un autre sujet passionnant a été le bénéfice économique de la VBHC. En France, l’organisme UniHA a partagé un exemple montrant comment la VBHC peut à la fois sauver des vies et réduire les coûts. Ils ont travaillé avec 3M pour lancer un projet visant à prévenir l’hypothermie pendant la chirurgie. En s’assurant que la température corporelle des patients reste au-dessus de 36°C, ils ont pu réduire les infections post-opératoires, diminuer la durée des séjours à l’hôpital et abaisser les taux de mortalité. Ce projet démontre que la VBHC profite non seulement aux patients, mais permet aussi de réaliser des économies pour les hôpitaux et les systèmes de santé.

    Répondre aux besoins des personnes âgées grâce à la VBHC

    Avec des populations vieillissantes dans le monde entier, le congrès a aussi exploré comment la VBHC peut répondre aux besoins spécifiques des personnes âgées. Des experts venus de Singapour, d’Italie, du Canada et d’Afrique du Sud ont partagé des approches innovantes pour offrir des soins adaptés aux personnes âgées. Par exemple, des outils numériques comme les montres connectées et l’application ValueCare ont été présentés comme des moyens de fournir un soutien personnalisé et mis à jour en continu, permettant aux personnes âgées de maintenir leur autonomie le plus longtemps possible.

    Une initiative réussie, appelée “Home Flu Squad” au Canada, a également montré comment des équipes de soins peuvent fournir des services directement à domicile aux personnes âgées pendant les épidémies de grippe, réduisant ainsi les visites aux urgences et améliorant les résultats de santé globaux.

    La révolution des soins dirigés par les patients

    Un thème clé tout au long du congrès a été le rôle des patients dans la transformation des soins de santé. Susanna Fox, pionnière et auteur du livre Rebel Health, a souligné que les patients, les survivants et les aidants devraient être considérés comme des partenaires égaux dans les décisions de santé. Elle a insisté sur le fait que la VBHC donne une voix plus forte aux patients, leur permettant de partager leurs résultats et leur expérience, ce qui améliore finalement la qualité des soins.

    Fox a lancé un message inspirant : « Leur corps, leurs données », signifiant que les patients devraient avoir un accès complet à leurs informations de santé et être activement impliqués dans les décisions concernant leur traitement, pour s’en approprier. Cette révolution dirigée par les patients n’est pas seulement une source d’autonomisation, elle pousse aussi les systèmes de santé à devenir plus réactifs et personnalisés.

    La santé numérique et l’intelligence artificielle (IA)

    La technologie joue un rôle dans la VBHC, notamment en ce qui concerne la mesure des résultats et l’amélioration de l’engagement des patients. Les sessions sur l’intelligence artificielle (IA) ont exploré comment les outils numériques peuvent aider les prestataires de soins à identifier les patients nécessitant une attention urgente et à prendre de meilleures décisions en fonction de données en temps réel. Cependant, les intervenants ont averti que, bien que l’IA soit prometteuse, elle doit être utilisée avec précaution pour améliorer, et non remplacer, les relations humaines qui sont au cœur des soins.

    Par exemple, l’IA peut rendre les PROMs plus significatifs en les transformant en outils qui guident réellement les soins, plutôt que de simples exercices de collecte de données. Mais comme l’a souligné Elizabeth Teisberg, « La technologie doit renforcer les relations, pas les remplacer », rappelant que l’interaction humaine reste au cœur des soins de santé.

    L’avenir des soins de santé commence maintenant, simplement

    Le congrès ICHOM 2024 a démontré que l’avenir des soins de santé est déjà en marche, avec la santé basée sur la valeur (VBHC) au cœur de cette transformation. Ce modèle, centré sur les résultats des patients, n’est pas une idée abstraite ou un concept lointain, mais une réalité concrète qui est en train de façonner les systèmes de santé à travers le monde dès aujourd’hui.

    Ce qui ressort du congrès, c’est que la transformation ne se fait pas d’un coup, mais par des actions simples et progressives, qui ont un impact direct sur la qualité des soins et sur la vie des patients. 

    • Plutôt que de viser un changement total dès le départ, il s’agit de commencer par des actions tangibles, telles que l’intégration d’indicateurs rapportés par les patients (PROMs), la mise en place de modèles de financement axés sur la valeur, ou encore l’utilisation des données numériques pour ajuster les soins en temps réel. Chaque petite étape compte, car elles s’additionnent pour construire un système où la valeur, et non le volume, est au centre des soins.
    • Le congrès a également été l’occasion de présenter des initiatives prometteuses, notamment la mise en lumière de quatre membres du bureau de la toute nouvelle société savante VBHC France. Cette organisation, encore jeune, se donne pour mission de promouvoir et structurer l’approche VBHC en France, en s’appuyant sur les meilleures pratiques internationales tout en adaptant la démarche au contexte français. Leur présence souligne l’importance de la mobilisation des acteurs nationaux dans cette transformation.
    • Alors que de plus en plus d’organisations de santé dans le monde s’engagent sur le chemin de la VBHC, il est évident que l’accès à des ressources et un accompagnement ciblé peuvent faire toute la différence. La France n’échappe pas à cette dynamique. Certaines structures, à l’instar de l’Institut Français de la Valeur en Santé, offrent des outils concrets pour aider à catalyser ce changement en apportant un soutien personnalisé, que ce soit dans la définition de nouveaux indicateurs ou dans la mise en œuvre de modèles de soins innovants.
    • Ce qui ressort des discussions au congrès, c’est que les organisations qui réussissent à amorcer cette transformation font preuve de pragmatisme, en commençant par des changements mesurés et progressifs. Avec des initiatives comme celles portées par l’Institut Français, les acteurs de la santé peuvent trouver un soutien pour démarrer cette transition de manière structurée, en s’appuyant sur des approches adaptées à leur réalité.