H4D : un modèle économique fragile
La faillite la plus médiatisée de l’année 2024 est sûrement celle de l’entreprise de téléconsultation H4D. Créée en 2008 par le docteur Franck Baudino, elle avait été la première, à l’échelle européenne, à commercialiser une cabine de télémédecine permettant de dialoguer à distance avec un médecin et de réaliser certains examens médicaux. Fin septembre, les 150 cabines de téléconsultation gérées par l’entreprise sont devenues inutilisables, mettant dans l’embarras certains patients et partenaires. En cause : un modèle économique basé sur la rémunération d’une structure externe de médecins, entraînant des pertes croissantes, les revenus des consultations ne couvrant pas les coûts. Paradoxalement, l’explosion des téléconsultations due à la Covid-19 et leur remboursement par la Sécurité sociale ont eu un impact plus négatif que positif pour la société. H4D était une entreprise concentrée sur la partie matériel de la télémédecine, le prix d’une cabine avoisinait les 100 000 euros. La faillite de H4D ne signifie en rien la faillite globale du domaine de la télémédecine, pour preuve l’entreprise de téléconsultation Medadom, qui emploie des médecins et propose la location de cabine ou de bornes, enregistre plus de 200 000 actes par an selon le décompte de l’assurance maladie, soit 15% de la totalité des téléconsultations, 95% de ses dispositifs sont installés dans des pharmacies.
Anam’note dépose le bilan, freinée par des blocages réglementaires
Anam’note, créateur d’un dossier patient informatisé (DPI) s’appuyant sur des technologies d’IA et de modèles de langage (LLM), a fait faillite cette année. Son fondateur, Charles-Antoine Robert, a évoqué la difficulté posée par le délai d’attribution du marquage “CE” et les obstacles à la commercialisation de la solution, qui ont freiné les tentatives de levée de fonds nécessaires à la pérennisation de l’entreprise.
LNA Santé reprend les actifs de Smart Macadam et relance l’application de rééducation Stand’hop
Une partie des actifs de la start-up nantaise Smart Macadam, mise en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Nantes, a été rachetée par LNA Santé, un groupe spécialisé dans la gestion de maisons de santé. Rebaptisée Stand’hop, la solution, en phase de test depuis l’été 2024, devait entrer en phase d’études cliniques dans les mois suivants au CHU de Nantes et d’Angers. Cependant, Smart Macadam n’a pas réussi à convaincre ses investisseurs de poursuivre le financement. Selon un communiqué de LNA Santé, le groupe reprend désormais le projet et intègre deux salariés de la start-up dans cette nouvelle phase. Le projet de Smart Macadam avait mobilisé un consortium incluant le Gérontopôle des Pays de la Loire, LNA Santé, les CHU de Nantes et d’Angers et la BPI.
Dispositif médical : Myotact dépose le bilan malgré 545 000 euros de financements
Myotact, fondée en 2022 après trois ans de recherche au sein de l’Institut de neurosciences cognitives et intégratives d’Aquitaine (Incia), a également cessé ses activités en 2024. La société avait développé un prototype de bracelet connecté destiné à aider à la rééducation des membres supérieurs après un AVC ou une amputation. Malgré des financements conséquents – 100 000 euros du fonds néerlandais NLC Health, une subvention régionale de 70 000 euros, 375 000 euros via le concours i-Lab et des prêts garantis par Bpifrance – l’entreprise a déposé le bilan en janvier 2024. Le développement du dispositif a pris plus de temps que prévu. À souligner également : un manque d’appétit des investisseurs pour les projets en phase de démarrage, particulièrement dans le secteur des dispositifs médicaux. Ce secteur, soumis à une réglementation européenne plus stricte et à des coûts de production en hausse, est devenu encore plus difficile à financer.
Sadigh Group ferme : fin d’une ambition de digitalisation du médico-social
Début octobre 2024, c’est la société Sadigh Group SAS et ses filiales Gridbear, Itio et Quantoom qui mettent la clé sous la porte. Sadigh Group avait développé quatre domaines d’activité, le conseil, la formation, le hardware et le digital, convaincu de l’importance de digitaliser et d’optimiser l’organisation des acteurs du médico-social.
Pharmasimple : un modèle de financement ambigu
En 2020, Pharmasimple était entrée en bourse avec un chiffre d’affaires de 43 millions d’euros, porté par la période Covid, au point d’intéresser le groupe Intermarché qui avait préparé une offre de rachat à hauteur de 39 millions d’euros en 2021. Pour des raisons inconnues, Intermarché est revenu sur sa décision. Alors que Pharmasimple préparait sa vente, l’entreprise n’a plus cherché activement de nouveaux financements, entraînant des problèmes de trésorerie. Elle s’est alors tournée vers Alpha Blue Ocean (ABO) pour un financement structuré en obligations convertibles. Toutefois, selon Michaël Willems, fondateur de Pharmasimple, ce modèle de financement a provoqué une dilution massive et une chute drastique du cours de l’action. D’après lui, ABO aurait utilisé les actions en garantie pour générer du cash, exerçant ainsi une pression sur le cours de l’action. Par ailleurs, Pharmasimple a dû renoncer à son projet de transformation stratégique (achat de pharmacies physiques) en raison de l’absence de financements suffisants.




