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  • 2,5 millions d’euros pour lancer la première plateforme française d’essais cliniques dédiée à la maladie de Parkinson

    Alors que la prévalence de la maladie de Parkinson pourrait grimper à 360 000 cas en France d’ici 2050, le réseau NS-PARK lance « Master Trial », une plateforme adaptative inédite pour accélérer la mise à disposition de traitements visant à ralentir sa progression.

    Une réponse à un besoin croissant de traitements

    Avec plus de 11 millions de personnes concernées dans le monde, la maladie de Parkinson reste sans thérapie capable d’en ralentir l’évolution. En France, 270 000 personnes sont actuellement diagnostiquées, un chiffre en hausse avec le vieillissement démographique. C’est dans ce contexte que NS-PARK, réseau labellisé par l’infrastructure F-CRIN, annonce la création de Master Trial, une plateforme d’essais cliniques dédiée aux maladies neurodégénératives. Porté par l’AP-HP, le projet bénéficie du soutien de France Parkinson, du CHU de Toulouse et de partenaires internationaux.

    Un protocole bayésien pour tester plusieurs traitements en parallèle

    Master Trial s’appuie sur un modèle adaptatif utilisé notamment en oncologie et pendant la pandémie de Covid-19. Il permettra, via un protocole statistique bayésien, de :

    • Comparer simultanément plusieurs molécules à un groupe contrôle.
    • Effectuer des analyses intermédiaires pour inclure ou exclure rapidement des candidats.
    • Suivre les patients sur 18 mois, en évaluant symptômes et biomarqueurs.

    L’objectif est de réduire à cinq ans, au lieu de huit à dix ans, le délai moyen de validation d’un traitement. Les premiers essais débuteront en 2026.

    Priorité au repositionnement de molécules existantes

    Le premier axe de travail de la plateforme repose sur le repositionnement de médicaments déjà sur le marché. Lixisenatide, un antidiabétique récemment testé dans l’étude LixiPark publiée dans The New England Journal of Medicine, fait figure de candidat prioritaire. La sélection des patients sera facilitée par la biobanque et les bases de données du réseau NS-PARK, qui suit plus de 25 000 personnes en France.

    Un financement public déjà amorcé

    Le projet rassemble 27 centres français et s’inscrit dans un consortium avec le Royaume-Uni, les États-Unis, la Norvège et l’Australie. Un comité d’experts internationaux assurera la sélection des molécules les plus prometteuses. France Parkinson coordonne un groupe consultatif de patients partenaires, impliqués dans la conception et le suivi du protocole.

    Soutenu par l’infrastructure F-CRIN, Master Trial dispose d’un financement initial de 2,5 millions d’euros. Des levées de fonds complémentaires sont prévues pour étendre les bras de comparaison et renforcer l’efficacité du dispositif.

  • Hépatite B : un test rapide pour prévenir la transmission mère-enfant

    Des scientifiques de l’Institut Pasteur, en collaboration avec l’Université de Kumamoto, ont développé un test rapide et précis pour évaluer la transmissibilité de l’hépatite B de la mère à l’enfant.

    Une infection virale mondiale

    Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’hépatite B chronique touche plus de 254 millions de personnes. La prévalence atteint 8 % de la population adulte dans certains pays à faibles ressources, contre moins de 2 % en Europe occidentale et en Amérique du Nord. En France, on estime à 143 000 le nombre de porteurs chroniques du virus.

    Limites des tests en 2025

    La transmission materno-fœtale et intrafamiliale est la principale voie de contamination. Responsable de 1,1 million de décès annuels, l’hépatite B impose un diagnostic précoce pour initier un traitement antiviral. Or, les tests de quantification de la charge virale par PCR sont coûteux et requièrent des infrastructures sophistiquées, limitant leur accès dans les zones défavorisées.

    Une solution innovante

    L’équipe Pasteur-Kumamoto a mis au point un test de diagnostic rapide (TDR) détectant l’antigène du noyau viral (HBcrAg). Simple, peu coûteux, utilisable au lit du patient, il fonctionne sans équipement ni alimentation électrique.

    Les performances validées en étude clinique

    Une étude multicentrique menée en Afrique de l’Ouest sur 284 patientes non traitées a comparé ce test aux PCR standards. Publiée dans Clinical Gastroenterology & Hepatology, elle démontre :

    • Sensibilité de 72,7 % et spécificité de 91,7 % pour une charge virale ≥ 2 000 UI/ml
    • Sensibilité de 86,7 % et spécificité de 88,7 % pour une charge virale ≥ 20 000 UI/ml
    • Sensibilité de 91,4 % et spécificité de 86,3 % pour une charge virale ≥ 200 000 UI/ml

    Un algorithme diagnostique intégrant ce test, sans recours au dosage de l’ADN viral, a atteint 93,2 % de sensibilité et 86,7 % de spécificité pour identifier les patients éligibles à un traitement selon les critères de l’Association américaine pour l’étude des maladies du foie (AASLD).

    Les perspectives cliniques, notamment dans les régions à ressources limitées

    Plus rapide (45 minutes), aussi fiable que la PCR, ce test pourrait être intégré aux soins prénataux de routine dans les structures de santé décentralisées. Les prochaines étapes incluent :

    • L’optimisation continue du test
    • Des études complémentaires dans divers contextes cliniques
    • Un déploiement à grande échelle, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est

     

  • Etude : L’IA révèle les risques cardiovasculaires à travers les mammographies

    Les maladies cardiovasculaires pourraient être dépistées grâce à la calcification des artères mammaires, un bon prédicteur de ces maladies, visible grâce à l’apprentissage profond.

    Les maladies cardiovasculaires restent sous-diagnostiquées chez les femmes. Pourtant, 200 femmes décèdent chaque jour en France d’un infarctus, d’un AVC ou encore d’une embolie pulmonaire. Un dépistage précoce de ces maladies représente donc un réel enjeu de santé publique. Et les marqueurs précoces existent. L’accumulation de calcium dans les vaisseaux sanguins est l’un des signes de dommage cardiovasculaire associé aux maladies cardiaques. Des études ont montré que les femmes présentant une calcification des artères font face à un risque de 51 % plus élevé de maladies cardiaques et d’AVC. Or, ces calcifications sont visibles sur les mammographies. Mais, les radiologues ne quantifient généralement pas, ni ne rapportent cette information aux femmes ou à leurs médecins.

    Des chercheurs de l’université d’Atlanta ont donc développé un outil pour faciliter l’accès à cette donnée. Concrètement, ils ont créé un modèle d’intelligence artificielle basé sur l’apprentissage profond, afin d’identifier puis d’isoler les vaisseaux calcifiés présents dans les images de mammographies. Ils apparaissent comme des pixels lumineux sur les radiographies.

    Une fois ces calcifications identifiées, l’IA peut calculer le risque futur d’événements cardiovasculaires (comme un infarctus, un AVC, ou une insuffisance cardiaque) en utilisant des données provenant des dossiers de santé électroniques des patientes. Le modèle a classé le risque cardiovasculaire des patientes en trois catégories : faible, modéré ou élevé, basé sur les images de mammographie. Il a ensuite calculé le risque pour ces patientes de mourir de n’importe quelle cause, ou de subir un infarctus du myocarde, un AVC ou une insuffisance cardiaque dans les deux à cinq ans à venir.

    Les résultats ont été présentés à la session scientifique annuelle du Collège américain de cardiologie.

    Résultats : un risque de décès 2,8 fois plus élevé en cas de calcification sévère

    • Le modèle a montré que le taux de ces événements cardiovasculaires graves augmentait avec le niveau de calcification des artères mammaires dans deux des trois catégories d’âge évaluées : les femmes de moins de 60 ans et celles de 60 à 80 ans, mais pas chez celles de plus de 80 ans.
    • Les femmes ayant le niveau le plus élevé de calcification des artères mammaires (au-dessus de 40 mm2) avaient un taux de survie sans événement significatif à cinq ans beaucoup plus bas que celles ayant le niveau le plus bas (en dessous de 10 mm2).
    • 86,4 % des femmes ayant la calcification des artères mammaires la plus élevée ont survécu pendant cinq ans, contre 95,3 % de celles ayant le niveau le plus bas.
    • Soit un risque de décès presque trois fois plus élevé pendant les cinq ans suivant la mammographie dans les cinq ans chez les patientes ayant une calcification sévère des artères mammaires par rapport à celles ayant peu ou pas de calcification.

    Une opportunité pour les femmes de moins de 60 ans

    « Nous voyons une opportunité pour les femmes de se faire dépister pour le cancer et d’obtenir également un dépistage cardiovasculaire grâce à leurs mammographies », a déclaré le Dr Theo Dapamede, chercheur postdoctoral à l’Université Emory d’Atlanta et auteur principal de l’étude. « Si nous pouvons dépister et identifier ces patientes tôt, notamment celles de moins de 60 ans, nous pourrons les orienter vers un cardiologue pour une évaluation plus approfondie du risque. »

    Pour le moment, le modèle d’IA a été développé en collaboration entre Emory Healthcare et la Mayo Clinic n’est pas encore disponible pour une utilisation clinique. S’il passe la validation externe et obtient l’approbation de la Food and Drug Administration, les chercheurs ont indiqué que l’outil pourrait être mis à disposition commercialement pour d’autres systèmes de santé afin d’être intégré dans le traitement de routine des mammographies et du suivi. Les chercheurs prévoient également d’explorer comment des modèles d’IA similaires pourraient être utilisés pour évaluer d’autres biomarqueurs, telles ceux de la maladie artérielle périphérique et des maladies rénales, qui pourraient être également extraits des mammographies.

    “Risk Stratification of Adverse CV Events and Mortality in Women Using AI-Based Quantification of Vascular Calcifications,” on Monday, March 31, 2025, at 9:00 a.m. CT / 14:00 UTC in S401C.

    https://www.acc.org/About-ACC/Press-Releases/2025/03/20/09/58/AI-Powered-Mammograms

  • Classement OEB 2024 : l’Inserm en tête, la France reste 2ᵉ pays le plus innovant d’Europe

    La France maintient sa position de leader en innovation

    Le classement 2024 de l’Office Européen des Brevets (OEB) confirme la dynamique d’innovation de la France, qui se classe à la 2ᵉ place des pays les plus innovants d’Europe, derrière l’Allemagne. Dans ce contexte, l’Inserm renforce sa présence dans les secteurs stratégiques de la santé.

    Progression notable de l’Inserm dans les brevets santé

    L’Inserm se hisse à la 1ʳᵉ place dans le classement pharmaceutique de l’OEB et occupe la 4ᵉ position dans celui des biotechnologies. Ce résultat marque une progression par rapport à 2023, où l’institut occupait respectivement les 5ᵉ et 2ᵉ places dans ces catégories. Ces performances traduisent la continuité des efforts de valorisation et de protection des innovations issues de la recherche publique. En tant que filiale de l’Inserm dédiée au transfert de technologies, Inserm Transfert agit comme un levier entre la recherche académique et l’industrie. Ses activités — gestion de la propriété intellectuelle, accompagnement à la création de start-up, partenariats industriels — participent à la compétitivité du secteur santé.

    Inserm Transfert intervient en amont pour identifier les résultats de recherche valorisables et accompagne les chercheurs dans la sécurisation de leurs découvertes par des dépôts de brevets. Ce travail de proximité est essentiel pour attirer des investissements et favoriser l’accès au marché des innovations.

    Une reconnaissance européenne de l’expertise française

    « Sécuriser les innovations par des brevets est essentiel pour permettre que l’innovation soit mise au service des patients », rappelle Pascale Augé, présidente du directoire d’Inserm Transfert. Elle souligne également que cette reconnaissance par l’OEB valorise la démarche proactive de l’organisation et son expertise en propriété industrielle. Le classement de l’OEB vient souligner l’importance de l’écosystème français de l’innovation en santé, dans lequel l’Inserm et Inserm Transfert jouent un rôle.

  • USA : un projet de loi veut autoriser les IA à prescrire des médicaments

    Le 5 février 2025, le représentant David Schweikert a déposé le Healthy Technology Act of 2025 à la Chambre des représentants. Ce projet de loi vise à permettre à des systèmes d’intelligence artificielle approuvés par la FDA de prescrire des médicaments, à condition que la législation de l’État concerné l’autorise également.

    Objectifs affichés : réduire les erreurs et soulager les soignants

    Les partisans de cette initiative y voient plusieurs bénéfices attendus : réduction des erreurs de prescription, allègement de la charge des médecins (notamment face au burnout), et amélioration de l’accès et de la personnalisation des soins. Ce texte s’inscrit dans la continuité de l’intégration progressive des outils d’IA dans les pratiques cliniques, notamment via les scribes numériques déjà utilisés en routine.

    Des réserves sur la sécurité et la responsabilité

    Le projet suscite toutefois de vives interrogations. Les opposants pointent des risques pour la sécurité des patients, notamment en cas d’erreur ou d’absence de supervision humaine. Les questions de responsabilité juridique et de confidentialité des données sont également soulevées, tout comme les biais algorithmiques qui pourraient influencer les décisions thérapeutiques.

    Avec ce projet, le débat autour de l’IA en santé passe un cap. Il ne s’agit plus seulement d’assistance à la décision ou de transcription, mais bien de délégation partielle d’un acte médical. Certaines spécialités pourraient être directement concernées. La proposition de loi ouvre ainsi une nouvelle étape dans l’intégration des technologies en santé, avec un arbitrage délicat entre innovation, sécurité et encadrement éthique.

  • Chine : état des lieux de la santé numérique, réglementation et principaux acteurs

    L’essor des solutions numériques – qu’il s’agisse des dossiers médicaux électroniques, de l’industrialisation pilotée par l’IA ou de la modernisation financière – témoigne d’une volonté d’innovation à grande échelle en Chine. Toutefois, des défis persistent, notamment en matière d’interopérabilité, de cybersécurité et de gouvernance des données. L’ambition chinoise est claire : se positionner comme un leader mondial du numérique, en alliant innovation, réglementation et influence géopolitique.

    Dans cette étude, Health & Tech Intelligence réalise un état des lieux du système chinois : leur organisation, leurs données et chiffres clés, leur accès au marché, ainsi que leur stratégie de santé numérique.

    📌 Contexte et chiffres clés du système de santé chinois :

    Le système de santé chinois repose sur un modèle hybride combinant financement public et privé, avec une approche hiérarchisée visant à améliorer l’accès aux soins et optimiser les ressources médicales. Malgré la mise en place d’une couverture sanitaire universelle, des défis subsistent, notamment en matière d’équité et de maîtrise des coûts. L’adoption de la norme « 543 » dans les Smart Hospitals témoigne d’une volonté d’améliorer l’efficacité du secteur grâce au numérique.

    Chiffre clé : Aujourd’hui, plus de 95 % de la population chinoise bénéficie d’une forme de couverture maladie

    👉 H&TI dresse un aperçu détaillé de différents aspects du système de santé du pays, notamment son organisation, son financement et son contexte numérique, dans un article à retrouver ici.

    📌 Principales évolutions réglementaires en Chine en lien avec la santé numérique :

    La Chine a mis en place une réglementation stricte mais évolutive pour encadrer la commercialisation des dispositifs médicaux et la gestion des données de santé. Grâce au “Green Channel”, les dispositifs innovants ayant une valeur clinique significative peuvent bénéficier d’une procédure accélérée en 30 jours. La classification des DM en trois catégories impose des exigences réglementaires croissantes avec des délais d’approbation allant de moins de 5 jours à 6 mois. Par ailleurs, la gestion des données de santé est particulièrement encadrée : tout transfert transfrontalier doit être sécurisé et validé par l’agence nationale de cybersécurité lorsque le volume dépasse 10 000 individus. Certaines données sensibles comme les données génétiques sont interdites d’exportation. Enfin, une réforme de la certification des transferts de données a été introduite en janvier 2025 pour clarifier les procédures et faciliter la conformité des entreprises.

    📌 10 000 : Seuil à partir duquel un transfert transfrontalier de données de santé est soumis à une évaluation de cybersécurité en Chine.

    👉 H&TI dresse un état des lieux des principales initiatives réglementaires sur lesquelles s’appuient les différentes stratégies en santé numérique et des principales réglementations en matière de couverture de santé, dans un article à retrouver ici.

    📌 Panorama des acteurs clés de l’écosystème chinois autour de la santé numérique :

    La transformation numérique de la santé en Chine repose sur une collaboration étroite entre institutions publiques, géants technologiques et start-ups innovantes. Grâce à des initiatives comme “Internet + Healthcare”, le pays améliore l’accessibilité aux soins dans les régions rurales. La Commission nationale de la santé (NHC) pilote cette évolution en développant des plateformes de télémédecine et en garantissant l’interopérabilité des données de santé. Parallèlement, des entreprises comme Ping An Good Doctor et AliHealth sont positionnés sur le marché de la télémédecine et la distribution de médicaments en ligne tandis que des start-ups comme WeDoctor apportent des solutions agiles et innovantes. Cette dynamique s’intègre dans un écosystème global, avec des collaborations internationales renforçant la position de la Chine en tant que leader de la santé numérique sur le continent asiatique.

    Chiffre clé : 1,1 milliard est le nombre d’utilisateurs de services de santé numérique en Chine en 2024.

    👉 H&TI réalise un panorama des nombreuses organisations jouant un rôle dans la réglementation et la mise en œuvre des initiatives numériques, dans un article à retrouver ici.

    📌 Quelle stratégie en santé numérique et data ?

    La Chine mène une transformation numérique ambitieuse de son système de santé, intégrée à sa stratégie industrielle et à son plan quinquennal. En misant sur l’interopérabilité des données, les hôpitaux connectés et l’IA, elle vise à améliorer l’accessibilité aux soins, optimiser la gestion des ressources médicales et renforcer sa souveraineté technologique.

    Chiffre clé : D’ici 2025, la Chine ambitionne de doter 1,4 milliard de citoyens d’un dossier médical électronique sécurisé et interopérable.

    👉H&TI réalise une synthèse des principaux points de cette stratégie, dans un article à retrouver ici.

    Synthèse de l’étude @ H&TI

  • Contexte et chiffres clés de la santé en Chine

    Le système de santé chinois a connu d’importantes réformes au cours des dernières décennies afin d’assurer une couverture sanitaire universelle et à améliorer l’efficacité des soins. Aujourd’hui, il repose sur une organisation stratifiée et un financement mixte associant fonds publics et privés.

    Un système de santé hiérarchisé en 3 niveaux

    Soins primaires : dispensés par les centres de santé communautaires et les cliniques rurales.

     

    Soins secondaires : assurés par les hôpitaux de niveau comté. Soins tertiaires : prodigués par les grands hôpitaux urbains.

     

    Afin d’améliorer l’accès aux soins et d’optimiser leur efficacité, le gouvernement encourage un système de diagnostic et de traitement hiérarchisé (HDT).  Le système HDT vise à rationaliser l’accès aux soins en incitant les patients à consulter d’abord les établissements de santé de niveau inférieur avant de se rendre dans des hôpitaux plus spécialisés. Ce modèle est conçu pour améliorer l’efficacité du système de santé en réduisant la surcharge des hôpitaux de niveau tertiaire qui sont souvent les plus sollicités en raison de leur expertise avancée et de leurs équipements modernes.

    En pratique, cela signifie que les patients doivent généralement se rendre dans une clinique communautaire ou un centre de santé rural pour un premier diagnostic. Si nécessaire, ils sont ensuite orientés vers un hôpital de niveau supérieur pour des examens complémentaires ou des traitements spécialisés. Ce système permet de mieux répartir les ressources médicales, d’optimiser les coûts et de garantir un accès plus rapide aux soins pour les cas les plus graves.

    Un paysage hospitalier particulier

    Le paysage hospitalier chinois est diversifié, comprenant à la fois des établissements publics et privés, ainsi que des cliniques spécialisées. La grande majorité des hôpitaux sont publics, financés et réglementés par l’État. Ils offrent une gamme complète de soins, allant des consultations générales aux interventions chirurgicales complexes. Toutefois, certaines grandes villes disposent également de cliniques et d’hôpitaux privés souvent destinés aux expatriés et aux patients recherchant des services premium.

    On distingue également des hôpitaux spécialisés dans la médecine traditionnelle chinoise (MTC), où les patients peuvent recevoir des traitements fondés sur l’acupuncture, la phytothérapie ou encore les massages thérapeutiques. La plupart des hôpitaux chinois combinent d’ailleurs les pratiques de la médecine occidentale et de la MTC, offrant ainsi un large éventail de soins adaptés aux besoins de chacun.

    Dans les grandes villes, des établissements médicaux dédiés aux étrangers proposent des services de haute qualité avec un personnel médical international et des infrastructures modernes. Cependant, ces soins sont coûteux et ne sont généralement pas couverts par l’assurance maladie publique chinoise.

    De plus, certains hôpitaux publics disposent de services VIP (gaogan bingfang), offrant des soins plus individualisés, un environnement plus confortable et un accès à des médecins parlant anglais, ce qui attire une clientèle étrangère et aisé.

    Classement des 17 meilleurs hôpitaux chinois en fonction de la norme 543

    Numéro Nom de l’hôpital Dossier médical électronique Interopérabilité Services intelligents
    1 Hôpital Fuwai de l’Académie chinoise de médecine Niveau 8 Niveau 4 Niveau 4
    2 Hôpital Ruijin, hôpital affilié à la faculté de médecine de l’Université Jiaotong de Shanghai Niveau 7 Niveau 5 Niveau 4
    3 Troisième hôpital de l’Université de Pékin Niveau 7 Niveau 5 Niveau 3
    4 Hôpital Shengjing, hôpital affilié à l’Université de médecine de Chine Niveau 7 Niveau 5 Niveau 3
    5 Hôpital Tian Tan, hôpital affilié à l’Université de médecine capitale Niveau 6 Niveau 4 Niveau 3
    6 Hôpital de l’Académie chinoise de médecine de Pékin Niveau 6 Niveau 4 Niveau 3
    7 Hôpital d’amitié de Beijing, hôpital affilié à l’Université de médecine capitale Niveau 6 Niveau 5 Niveau 3
    8 Hôpital central du district de Yangpu à Shanghai Niveau 6 Niveau 4 Niveau 3
    9 Hôpital Renji, hôpital affilié à la faculté de médecine de l’Université Jiaotong de Shanghai Niveau 6 Niveau 5 Niveau 3
    10 Hôpital Zhongshan, hôpital affilié à l’Université Fudan Niveau 6 Niveau 5 Niveau 3
    11 Hôpital populaire de Su Bei Niveau 6 Niveau 4 Niveau 4
    12 Hôpital populaire de la province du Jiangsu Niveau 6 Niveau 5 Niveau 3
    13 Hôpital Gu Lou de Nankin Niveau 6 Niveau 5 Niveau 3
    14 Hôpital populaire de la ville de Jiangyin Niveau 6 Niveau 4 Niveau 3
    15 Premier hôpital populaire de Lianyungang Niveau 6 Niveau 4 Niveau 3
    16 Hôpital populaire de la province du Zhejiang Niveau 6 Niveau 5 Niveau 3
    17 Hôpital de Zhejiang Niveau 6 Niveau 4 Niveau 3

    La norme de construction « 543 » pour les hôpitaux intelligents ou Smart Hospital est un cadre visant à harmoniser l’informatisation hospitalière avec les exigences nationales et les besoins de développement local. Cette norme repose sur trois piliers :

    • des dossiers médicaux électroniques de niveau 5 ;
    • une interconnexion de niveau 4A ;
    • et des services intelligents de niveau 3.

    Son objectif principal est de permettre une utilisation optimale des ressources hospitalières tout en assurant un contrôle des coûts. En intégrant ces standards, les hôpitaux peuvent non seulement améliorer l’efficacité et la qualité des services médicaux mais aussi garantir un retour sur investissement favorable. La mise en œuvre de la norme « 543 » est conçue comme un processus évolutif pour permettre aux établissements de progresser à leur rythme et réduire les risques financiers liés à des investissements massifs. Grâce à cette approche, plus de 71 hôpitaux ont déjà atteint ou dépassé ces objectifs, consolidant ainsi leur position dans le secteur de la santé.

    Un financement mixte

    Le financement du système de santé chinois repose sur un modèle mixte combinant ressources publiques et privées. L’État joue un rôle prépondérant en finançant une part significative des dépenses de santé, avec une tendance à l’augmentation de ces investissements pour garantir une meilleure couverture.

    L’assurance maladie sociale constitue l’un des piliers du système, avec trois principaux régimes visant à couvrir différentes catégories de la population :

    • l’assurance médicale de base des employés urbains (UEBMI), financée par les employeurs et les salariés ;
    • l’assurance médicale de base des résidents urbains (URBMI), destinée aux personnes sans emploi stable ou non éligibles à l’UEBM ;
    • le nouveau système coopératif de soins médicaux en milieu rural (NRCMS), fondé sur un principe de cofinancement entre l’État, les collectivités locales et les adhérents.

    Malgré cette couverture étendue, une part des frais médicaux reste à la charge des patients sous forme de paiements directs, ce qui peut représenter un fardeau financier important pour certains ménages. Face à cette réalité, l’assurance santé privée connaît une croissance progressive bien qu’elle demeure marginale par rapport aux dispositifs publics. Son développement pourrait à terme contribuer à diversifier les solutions de prise en charge.

    95% de la population couverte par une assurance maladie

    La Chine a entrepris plusieurs réformes pour améliorer l’accès aux soins et en accroître l’efficacité. Parmi les mesures mises en place, l’une des plus notables est l’extension de la couverture sanitaire universelle permettant aujourd’hui à plus de 95 % de la population chinoise de bénéficier d’une forme de protection maladie.

    Dans cette dynamique, le Programme d’égalisation des services de santé publique (PHSE), instauré en 2009 a permis de renforcer l’offre de soins primaires et développer des actions de prévention à grande échelle. Ce programme vise à corriger les disparités régionales en matière d’accès aux services de santé.

    Afin de mieux maîtriser les dépenses de santé et d’en améliorer l’efficience, la Chine a introduit un système de paiement par budget global (GB) dans plusieurs régions. Ce dispositif impose un plafond budgétaire aux établissements de santé, les incitant à optimiser leurs coûts tout en maintenant la qualité des soins.

    L’intégration de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) dans le système de santé est une autre particularité notable. Associant la médecine occidentale aux pratiques traditionnelles, cette approche permet de diversifier les options thérapeutiques et de répondre aux attentes culturelles des patients.

    Enfin, le modèle Sanming IMPM (Integrated Medicare Payment Methods) a été développé pour harmoniser les divers systèmes de paiement et renforcer la coordination des soins. Ce modèle vise à mieux articuler les différentes sources de financement et à fluidifier le parcours de soins des patients.

    Contexte de la santé numérique en Chine

    Depuis le 18e Congrès du Parti en 2022, la Chine a réalisé des progrès dans la construction de son système d’information national en santé. La Commission nationale de la santé a mis en place un cadre réglementaire, renforcé l’interconnectivité des plateformes, amélioré sa capacité de réponse aux urgences en matière de prévention et de contrôle des épidémies, amélioré les services aux citoyens et renforcé sa capacité de protection de la cybersécurité. Un accent particulier a été mis sur l’intégration des stratégies « Chine en bonne santé » et « Chine numérique ».

    La Chine a également mis en place une plateforme nationale d’information sur la santé, des plateformes régionales dans la plupart des provinces et villes, et a créé des bases de données sur la population, des dossiers de santé électroniques pour les résidents et des dossiers électroniques partagés pour ses hôpitaux. Des milliers d’hôpitaux publics et des centaines d’hôpitaux de niveau supérieur partagent désormais des informations médicales entre eux.

    Durant la pandémie de Covid-19, la Chine a exploité ses bases de données pour le contrôle des épidémies, l’analyse, la recherche des origines du virus et la répartition des ressources sur son territoire. Le système de code de santé a été unifié à l’échelle nationale et les informations sur les tests d’acide nucléique et la vaccination contre le COVID-19 ont été partagé au niveau national.

    Les modèles économiques pour la santé numérique

    La santé numérique connait une forte croissance grâce aux avancées technologiques mais également grâce au soutien gouvernementale accru depuis la dernière décennie. De nouveaux modèles économiques émergent ainsi pour ces services.

    L’essor des « hôpitaux en ligne » permet aux patients de consulter des professionnels de santé à distance via des plateformes numériques. Ces établissements virtuels, souvent rattachés à des institutions médicales physiques ou gérés par des entreprises privées, facilitent le diagnostic, la prescription et le suivi des traitements. Le e-commerce médical est également en plein essor, proposant la vente en ligne de médicaments et de dispositifs médicaux. Ce modèle offre un accès simplifié aux produits de santé, particulièrement utile pour les populations vivant dans des zones reculées. Les dispositifs médicaux numériques et l’intégration de l’IA permettent d’optimiser les traitements et d’aider au diagnostic. Des technologies comme les capteurs de santé portables et les applications de télésurveillance permettent un suivi en temps réel des patients, réduisant ainsi les hospitalisations inutiles et améliorant la prise en charge des maladies chroniques sont soutenus par le gouvernement.

    Chiffres clés

  • Chine : une feuille de route ambitieuse pour structurer la santé numérique d’ici 2025

    Une stratégie d’État au croisement de la santé et de l’innovation numérique

    Le « Plan d’informatisation de la santé pour la période du 14e Plan quinquennal » (2021-2025), publié en novembre 2022, s’inscrit dans la continuité des grandes orientations stratégiques chinoises, à savoir les initiatives « Chine numérique » et « Santé Chine 2030 ». Élaboré conjointement par le Comité national de la santé, le Bureau national de la médecine traditionnelle chinoise et le Bureau national de contrôle des maladies, ce plan encadre les priorités de transformation numérique du système de santé chinois sur cinq ans. Il vise notamment à construire un réseau d’information en santé intégré à tous les niveaux (État, province, ville, comté), à connecter l’ensemble des établissements de santé publics, et à doter chaque citoyen d’un dossier de santé électronique sécurisé. La modernisation numérique est perçue comme une réponse à la fragmentation du système, aux inégalités d’accès aux soins et aux tensions sur les ressources hospitalières.

    Moderniser l’infrastructure numérique de santé

    Le premier pilier du plan concerne le développement d’une infrastructure de données et de connectivité robuste. Des centres de données seront établis à chaque niveau administratif pour garantir le stockage, le traitement et l’interopérabilité des données médicales. Tous les hôpitaux publics doivent être numérisés et connectés à une plateforme nationale d’échange d’informations de santé, déjà interopérable avec plus de 7 000 établissements de niveau 2 et plus. La couverture réseau (fibre optique, 5G) sera étendue à l’ensemble du territoire, notamment pour soutenir le développement des hôpitaux en ligne (déjà 1 700 ouverts) et l’offre de services de téléconsultation, y compris dans les zones rurales et reculées.

    Une normalisation poussée pour assurer l’interopérabilité

    La gouvernance des données est un autre axe du plan. La Chine dispose déjà de 220 normes nationales relatives aux actes médicaux, diagnostics, prescriptions ou codification des dossiers patients. L’objectif est désormais de généraliser un système normatif unifié pour l’ensemble du pays, intégrant les spécificités des dispositifs numériques, des prescriptions électroniques ou encore de la médecine traditionnelle chinoise. Des plateformes seront mises en place pour assurer l’alerte épidémiologique, la gestion des urgences sanitaires et l’unification des systèmes de paiement. Les autorités veulent aussi créer un indice national de santé publique et des tableaux de bord partagés entre institutions.

    Vers une offre de soins plus accessible, intégrée et personnalisée

    La numérisation est également mobilisée pour fluidifier l’accès aux soins. Le plan prévoit la généralisation des plateformes « Internet + santé » permettant aux patients de consulter, payer, suivre leurs traitements ou accéder à leurs examens à distance. L’expérience patient doit être repensée dans un format hybride — en ligne et sur place — incluant la télémédecine, les suivis à domicile, ou les services à destination des publics spécifiques (seniors, femmes enceintes, enfants, travailleurs isolés). La prise en charge des maladies chroniques, les problématiques de santé mentale et les besoins en éducation sanitaire sont identifiés comme prioritaires. Le développement des dossiers de santé électroniques, accessibles aux patients comme aux professionnels, est conçu pour favoriser une prise en charge continue et personnalisée sur l’ensemble du parcours de vie.

    Structurer une économie de la santé numérique

    Sur le plan industriel, le plan vise à stimuler l’innovation technologique. Il encourage la croissance des entreprises de la e-santé, le développement de services personnalisés, et la structuration d’un véritable marché des données médicales. Des mesures sont prévues pour soutenir les technologies émergentes : intelligence artificielle appliquée à la santé, pharmacologie numérique, équipements connectés, outils de diagnostic à distance ou encore jumeaux numériques. L’intégration de la médecine traditionnelle chinoise dans ce virage numérique est également prévue, via la mise en réseau des hôpitaux spécialisés et le développement d’outils intelligents à destination des praticiens.

    Renforcer la gouvernance, la cybersécurité et la souveraineté numérique

    Enfin, un effort particulier est porté sur la régulation, la sécurité et la gouvernance du système. Le plan réaffirme l’importance de lois déjà en vigueur comme la Loi sur la cybersécurité (2017), la Loi sur la sécurité des données (2021) et la Loi sur la protection des informations personnelles (2021). Il prévoit la classification des données sensibles, la mise en place d’identités numériques sécurisées pour les patients et les professionnels, ainsi que le renforcement des mécanismes de contrôle, d’auditabilité et de cryptographie. La Chine entend également renforcer son influence internationale : coopération avec l’OMS, harmonisation avec les standards globaux, et co-construction de normes en matière de santé numérique.

    Une ambition portée au plus haut niveau de l’État

    Dans les documents d’accompagnement officiels, le président Xi Jinping rappelle que la modernisation du pays passe nécessairement par l’informatisation, et que la santé numérique doit devenir un levier pour renforcer la qualité du service public, rééquilibrer la répartition des ressources médicales et soutenir l’innovation. Le plan quinquennal est accompagné d’un dispositif de suivi et d’évaluation, basé sur des indicateurs d’informatisation intégrés dans les processus de pilotage des établissements. Il prévoit aussi le développement des compétences numériques via la formation des personnels, la création de postes de Chief Information Officers dans les hôpitaux, et la professionnalisation des acteurs de la gouvernance.

    Malgré les avancées récentes, plusieurs défis structurels sont identifiés : infrastructures inégalement réparties entre les régions, cloisonnement persistant des données, manque de coordination entre institutions, pénurie de talents numériques, et faible maturité en matière de gouvernance. L’État chinois entend répondre à ces enjeux par une approche centralisée, progressive et fondée sur l’innovation.

    Cinq leviers et des solutions numériques pour transformer le système de santé

    Dans le cadre de sa stratégie “Healthy China 2030”, la Chine engage une transformation structurelle de son système de santé, en misant sur la prévention, l’efficience des soins et le numérique. Un livre blanc publié par Deloitte et AXA Tianping identifie les principaux axes de cette mutation, illustrés par les usages émergents des patients, les priorités politiques et les innovations des acteurs de l’écosystème.

    Renforcer les soins primaires et fluidifier les parcours : Plus de 300 millions de Chinois vivent aujourd’hui avec une maladie chronique. Pour limiter l’engorgement des grands hôpitaux publics, les autorités misent sur la hiérarchisation du système de soins : mécanisme de double orientation entre soins primaires et hôpitaux de niveau 1 à 3, développement de laboratoires indépendants pour les examens spécialisés (imagerie, biopsie), ou encore création de dossiers de santé numériques.

    Des consommateurs plus autonomes, notamment en ligne : Les nouveaux usages montrent une forte appétence pour les services en ligne. 56 % des sondés ont recours à l’autodiagnostic en cas de symptômes mineurs, 41 % consultent en ligne, et 32 % préfèrent acheter leurs médicaments sur des plateformes e-commerce plutôt que se rendre en pharmacie. Les médecins de famille connectés, capables d’assurer un suivi régulier en ligne, sont également de plus en plus plébiscités, avec 22 % de recours.

    Des innovations en matière de financement : Face à l’inflation des coûts médicaux, l’État promeut des mécanismes tels que les paiements groupés par pathologie (DRG), les achats groupés de médicaments et les services d’assurance intégrés. Certaines compagnies proposent des offres couplant remboursement et accompagnement hospitalier personnalisé (gestion des admissions, services de nutrition, soutien psychologique). Les populations chroniquement malades, encore peu couvertes par l’assurance classique, pourraient bénéficier de nouveaux outils d’évaluation du risque (objets connectés, scoring comportemental), actuellement en phase d’expérimentation.

    Une santé connectée portée par les objets et les plateformes : Le marché chinois a vu un essor des dispositifs de mesure à domicile : glucomètres, ECG domestiques, tests thyroïdiens, kits métaboliques, etc. Chez les personnes atteintes de maladies chroniques, les vans mobiles de détection sont également bien perçus. Les objets connectés sont aussi très utilisés pour le suivi d’activité, du sommeil ou des constantes, notamment chez les jeunes urbains. Les attentes se tournent vers les services intégrés, capables de fournir des recommandations de traitement ou des rappels de prise de médicaments en ligne.

    L’émergence d’une offre personnalisée de services : Les consommateurs attendent désormais des services sur-mesure tout au long du parcours. Cela va du coaching sportif (utilisé par plus de 60 % des répondants) au suivi diététique ou à la consultation psychologique. 20 % des personnes interrogées disent avoir déjà utilisé un service professionnel de soutien psychologique, avec un usage plus fort parmi les classes moyennes et supérieures. Les services numériques de médecins de famille sont, eux aussi, appelés à se diversifier : au-delà des diagnostics ou renouvellements d’ordonnance, les utilisateurs attendent des plans de santé personnalisés, la gestion des antécédents médicaux, ou un accompagnement post-hospitalisation.

    Une industrialisation pilotée par la stratégie d’État

    Le développement de la santé numérique s’inscrit en Chine dans une stratégie industrielle claire, intégrée au 14e Plan quinquennal. Cette orientation vise à transformer le secteur de la santé en moteur d’innovation économique, en s’appuyant sur les technologies émergentes — intelligence artificielle, blockchain, cloud, IoT — et en structurant un marché national de la donnée de santé. Le plan prévoit la création de zones pilotes, de centres de R&D régionaux et de plateformes d’échange de données sécurisées. Il soutient également l’émergence d’un tissu d’entreprises innovantes dans les dispositifs médicaux connectés, les logiciels de diagnostic, les services à distance et les solutions de médecine personnalisée.

    Acteurs privés mobilisés et logiques de consortium

    Le secteur privé est fortement sollicité via des incitations ciblées. Des géants technologiques comme Tencent, Huawei, Alibaba ou Ping An ont investi massivement dans la santé numérique — plateformes de téléconsultation, cloud médical, hôpitaux numériques, IA diagnostique. Ils travaillent en lien avec les institutions publiques, dans une logique de consortiums locaux ou régionaux. Le modèle chinois favorise les partenariats public-privé et la mutualisation des ressources : laboratoires, hôpitaux, start-ups, universités et collectivités territoriales sont encouragés à coconstruire des chaînes de valeur intégrée. Les hôpitaux intelligents font office de vitrines et de terrains d’expérimentation pour les innovations technologiques.

    Structuration du marché de la donnée médicale

    La stratégie chinoise inclut la création d’un marché structuré de la donnée de santé, avec des mécanismes d’accès sans transfert, des standards techniques et des plateformes de mutualisation. Des bases de données nationales sont en cours de consolidation, notamment pour les pathologies chroniques, les maladies infectieuses, ou les populations spécifiques (personnes âgées, enfants). Cette valorisation de la donnée ouvre la voie à des services fondés sur le big data et l’IA : modélisation prédictive, médecine de précision, pharmacovigilance numérique, suivi épidémiologique. Des centres de calcul spécialisés doivent être mis en place pour soutenir ces applications à grande échelle.

    Enfin, le développement d’une industrie nationale de la santé numérique vise aussi la souveraineté technologique. Les autorités investissent dans les semi-conducteurs, les modules IoT médicaux, les plateformes d’IA propriétaires et les logiciels hospitaliers développés localement. La stratégie inclut également l’internationalisation : exportation de solutions, participation à la normalisation mondiale, et intégration dans l’initiative « Route de la soie numérique ». L’ambition est claire : faire de la Chine un acteur influent dans la gouvernance internationale de la santé numérique.

  • En Chine, le « Green channel », une possibilité pour accélérer la mise sur le marché des dispositifs médicaux innovants

    L’essentiel de la réglementation relative à la santé numérique en Chine réside dans celle sur les dispositifs médicaux car les logiciels de santé, y compris les applications, les objets connectés et les SaMD (Software as a Medical Device), sont classés dans cette catégorie. Ne rentrent pas dans cette catégorie les logiciels utilisés pour traiter les données non médicales des dispositifs ou dont la fonction principale n’est pas de traiter, mesurer, modéliser, calculer ou d’analyser les données des dispositifs médicaux. Dans le cas où le DM collecte des données de santé, la stricte législation correspondante s’applique.

    Une procédure en 30 jours pour les DM innovants

    Les dispositifs médicaux en Chine sont régis par le Règlement sur la Supervision et l’Administration des Dispositifs Médicaux mis en œuvre en 2021. Ce règlement a simplifié l’approbation des dispositifs à faible risque (Classe I) tout en renforçant les exigences techniques et cliniques pour les dispositifs à risque moyen et élevé (Classes II et III). L’autorité de contrôle est la National Medical Products Administration (NMPA).

    Ci-dessous un tableau récapitulatif des différences réglementaires en fonction du type de DM.

    Type de produits Classe I : dispositifs à risques faibles, (compresses médicales, blouses, pansements) Classe II, dispositifs à risques modérés (tensiomètre, endoscope)

    Classe III, dispositifs à risques élevés (défibrillateurs, valves cardiaques)

    “Green Channel”, dispositifs “innovants” ayant une “valeur clinique significative”
    Exigences règlementaires
    • Les fabricants doivent identifier le code produit applicable via le catalogue de classification de la NMPA.

    • Une notification est suffisante, mais toute modification au produit nécessite une mise à jour auprès de la NMPA.

    • Les fabricants doivent soumettre un dossier détaillé incluant : exigences techniques du produit (PTR), rapports de tests, évaluations de biocompatibilité, preuve du système de gestion de la qualité (ISO 13485) et données cliniques
    • Un brevet d’invention chinois lié à la technologie principale est nécessaire
    Durée de la procédure inférieure à 5 jours Jusqu’à 5 mois pour les DM de classe II et 6 mois pour les DM de classe III 2 mois
    Durée de l’autorisation Illimité, mais notification nécessaire en cas de modification du produit 5 ans 5 ans

     

    Un consentement explicite est nécessaire pour un transfert international de données de santé.

    Pour les transferts transfrontaliers de données de santé, les entreprises doivent obtenir le consentement explicite de l’individu  et mettre en place des mesures de sécurité renforcées comme le cryptage et la désidentification. La conformité de ces mesures est ensuite évaluée par l’agence nationale de cybersécurité chinoise. Ce mécanisme s’applique uniquement lorsque le volume de données transférées dépasse le seuil de 10 000 individus. Une réforme de la certification pour les transferts transfrontaliers a été publiée en janvier 2025 afin de clarifier davantage les procédures et de faciliter les transferts.

    Certaines données de santé, comme les données génétiques, doivent rester en Chine et ne peuvent être accessibles depuis l’étranger.

     

    @Health & Tech Intelligence

     

  • Cartographie des acteurs du numérique en santé en Chine 

    Un essor permis grâce à une collaboration public-privé

    En Chine, la santé numérique est un secteur en plein développement, soutenu par une collaboration stratégique entre le public et le privé. Alors que le pays continue de relever les défis liés à la croissance démographique et à l’urbanisation rapide, l’intégration des technologies numériques dans le système de santé permettra de garantir que les services médicaux sont accessibles à tous, indépendamment de leur localisation.

    À travers des initiatives telles que “Internet + Healthcare” et des projets de télémédecine à grande échelle, la Chine s’assure de l’efficacité de son système de santé, tout en facilitant l’accès aux soins dans ses régions rurales et moins desservies. Ce modèle intégré, fondé sur l’innovation et la collaboration, pourrait bien positionner la Chine comme un leader mondial de la santé numérique dans les années à venir.

    Le rôle moteur des institutions publiques chinoises

    Les institutions publiques chinoises jouent un rôle essentiel dans l’impulsion et la régulation des solutions de santé numérique, même si à l’inverse de la France et de son Agence du numérique en santé, aucune institution n’a été spécifiquement dans le but de réguler le numérique en santé en Chine. À la tête de cette transformation, la Commission nationale de la santé (NHC) est l’acteur principal de la stratégie numérique de santé du pays. Sous sa direction, des initiatives telles que l’intégration des systèmes de santé numériques ont été mises en place pour améliorer la gestion des données de santé et garantir leur interopérabilité. En ce sens, la NHC a supervisé la mise en place de systèmes de télémédecine et de plateformes de santé électroniques accessibles à travers toute la Chine, y compris dans les régions les plus reculées.

    Mais ce n’est pas la seule institution impliquée. Le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CDC), par exemple, utilise des technologies numériques pour surveiller et contrôler la propagation des maladies à l’échelle nationale. L’épidémie de COVID-19 a mis en lumière l’importance de ces outils numériques dans la gestion de la crise sanitaire, avec des systèmes de traçage des contacts et des outils de surveillance développés en collaboration avec des entreprises privées pour permettre une gestion plus rapide et plus sécurisée des informations de santé.

    D’autres institutions, comme l’Administration nationale de l’assurance maladie (NHSA), ont joué un rôle tout aussi important dans l’introduction de l’assurance santé électronique, facilitant ainsi l’accès aux soins numériques pour des millions de Chinois. Ces agences se sont toutes alignées sur un même objectif : construire un environnement numérique dans lequel les technologies de santé peuvent s’épanouir et répondre aux besoins d’une population en pleine expansion.

    Les géants technologiques chinois, moteurs de l’innovation

    La réussite de la santé numérique en Chine repose également sur l’innovation menée par des géants technologiques comme Ping An Good Doctor, AliHealth, et Tencent Health. Ces entreprises ne se contentent pas d’investir dans des technologies numériques, elles sont à la pointe de la révolution de la télémédecine. Ping An Good Doctor, par exemple, offre des consultations médicales en ligne à travers une application mobile, connectant les patients à des médecins en quelques minutes. Ce modèle a trouvé une résonance particulière pendant la pandémie de COVID-19, où l’accès aux soins en ligne a permis de maintenir une continuité des soins tout en réduisant les risques de contamination.

    AliHealth, filiale de Alibaba, joue également un rôle central en Chine, en proposant des services de santé en ligne qui incluent des consultations à distance, la gestion des prescriptions, ainsi que la vente de médicaments en ligne. Ce modèle permet non seulement d’atteindre une clientèle large dans les zones urbaines, mais aussi d’offrir des services de santé dans les régions moins desservies.

    Tencent Health, autre acteur majeur, exploite des outils d’intelligence artificielle et de big data pour améliorer les diagnostics et le suivi des patients. L’entreprise a développé des applications qui permettent aux utilisateurs de prendre en charge leur santé, en mesurant divers paramètres médicaux et en optimisant les traitements grâce à l’analyse des données en temps réel.

    Ces entreprises privées, en intégrant des solutions numériques innovantes, collaborent aussi avec les institutions publiques pour garantir que la santé numérique soit accessible et bénéfique à l’ensemble de la population chinoise, quel que soit son emplacement géographique.

    Le rôle des start-ups et des hubs d’innovation :

    En dehors des grands noms comme Ping An et Alibaba, une multitude de start-ups chinoises sont aussi acteurs de l’essor de la santé numérique en Chine. Ces entreprises agiles et souvent plus innovantes contribuent à la mise en œuvre de technologies de pointe, comme l’intelligence artificielle et les dispositifs médicaux connectés. Des sociétés comme WeDoctor et JD Health utilisent des plateformes numériques pour offrir des consultations à distance et simplifier la gestion des soins de santé au quotidien. Ces start-ups sont souvent soutenues par des hubs d’innovation et des incubateurs comme HealthTech China, qui facilitent leur développement et leur intégration dans le système de santé chinois.

    À l’image de Medlinker et Haodaifu, des start-ups innovantes dans le domaine de la télémédecine en Chine, ces entreprises transforment la manière dont les soins sont administrés. Elles utilisent des technologies avancées telles que l’intelligence artificielle, le big data et la télémédecine pour offrir des consultations à distance, améliorer l’efficacité des diagnostics et gérer plus efficacement les maladies chroniques. Ces entreprises, tout comme Health 360 et Lifesense, qui développent des solutions de suivi de la santé basées sur des appareils connectés, garantissent une médecine plus préventive et personnalisée, répondant aux besoins de santé spécifiques de chaque patient.

    Ces initiatives sont renforcées par des partenariats public-privé stratégiques, permettant de faire émerger des solutions novatrices à grande échelle. Grâce à ces collaborations, la Chine réussit à créer un écosystème de santé numérique intégré, où chaque acteur contribue à une meilleure accessibilité et efficacité des soins.

    Des acteurs qui collaborent dans un environnement international

    Bien que la Chine soit un acteur clé dans la santé numérique, elle ne travaille pas seule. Les partenariats internationaux sont aussi impliqués dans son développement. Le pays collabore activement avec des entreprises mondiales, telles que Microsoft et IBM, pour intégrer des technologies avancées dans le secteur de la santé. Le pays participe également à des initiatives mondiales, comme celles menées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour partager ses expériences et renforcer l’échange de bonnes pratiques à l’échelle internationale.

    De plus, les acteurs chinois sont impliqués dans des projets collaboratifs en Europe et en Asie, notamment via “Horizon Europe”, un programme qui soutient l’innovation dans le secteur de la santé. Ces initiatives permettent à la Chine de se connecter à un réseau mondial de partenaires, facilitant l’adoption de nouvelles technologies et l’amélioration des systèmes de santé.

    Cartographie des acteurs du numérique en santé en Chine

    Cartographie des acteurs du numérique en santé en Chine 
    Cartographie des acteurs du numérique en santé en Chine