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  • GE Healthcare, Quest, Synchron : les projets d’IA médicale révélés en marge de la GTC 2025 de Nvidia

    GE Healthcare explore l’imagerie autonome avec Nvidia

    GE Healthcare a élargi sa collaboration avec Nvidia pour intégrer des technologies d’IA dans ses systèmes de radiographie et d’échographie. L’objectif ; compenser la pénurie de personnel en automatisant certaines tâches réalisées en radiologie. L’entreprise prévoit d’utiliser la plateforme Nvidia Cosmos pour entraîner, tester et affiner des dispositifs autonomes dans un environnement virtuel, à l’aide de données synthétiques simulant différents scénarios cliniques. Les travaux se concentrent également sur l’amélioration des interactions machine-patient afin de fluidifier le processus de numérisation. Pour l’échographie, l’initiative vise à alléger la charge physique des échographistes et à simplifier les workflows. GE Healthcare étudie aussi l’application de l’IA à la compréhension d’image et à la navigation robotique.

    Quest mise sur l’IA générative via Google Cloud

    Hors cadre de la GTC 2025, Quest Diagnostics a annoncé un partenariat avec Google Cloud afin d’intégrer l’IA générative dans ses systèmes. L’entreprise utilisera notamment Google Agentspace pour automatiser certaines tâches administratives, améliorer l’expérience client, et fournir aux patients des informations personnalisées issues de leurs analyses de laboratoire. La collaboration inclut des objectifs de modernisation des systèmes de données pour renforcer la qualité, la gestion et la sécurité des flux d’information. En 2024, Quest a géré plus de 200 millions de tests et 80 milliards de points de données. L’entreprise indique être l’un des premiers fournisseurs de laboratoires à grande échelle à déployer ces technologies dans un éventail de domaines incluant la R&D et les opérations.

    Synchron travaille sur une IA cognitive activée par l’activité neuronale

    La société Synchron a présenté les avancées de son interface cerveau-ordinateur (BCI), qui utilise la plateforme Nvidia Holoscan pour interpréter en temps réel les signaux neuronaux. Cette technologie a été montrée en interaction avec l’Apple Vision Pro, permettant de contrôler des environnements numériques par la pensée. Synchron ambitionne de franchir un nouveau cap avec une IA cognitive. La société souhaite développer un modèle auto-apprenant fondé sur l’activité neuronale humaine collectée via son dispositif BCI, avec à terme une intégration dans des environnements simulés.

    La robotique chirurgicale adopte aussi les plateformes Nvidia

    Moon Surgical et Virtual Incision ont également détaillé leurs projets lors de la GTC. Moon Surgical exploite les plateformes Holoscan et Isaac for Healthcare pour permettre à son robot Maestro d’interpréter et d’adapter en temps réel les flux de travail chirurgicaux. Virtual Incision explore l’utilisation d’Isaac pour créer des environnements virtuels simulant les gestes chirurgicaux et les processus physiologiques, afin de concevoir sa prochaine génération de robots.

  • Le SNDS s’enrichit de 12 nouvelles bases de données de santé, dont 6 en cancérologie

    Un accès élargi à des données de santé pour la recherche

    L’arrêté du 7 février 2025 marque une nouvelle étape dans la constitution progressive du Catalogue du Système National des Données de Santé (SNDS). Douze nouvelles bases ont été intégrées, s’ajoutant aux dix premières recensées en mai 2022. L’objectif affiché ; faciliter la réalisation de projets de recherche innovants au bénéfice des patients et du système de santé.

    Ce catalogue, mis en œuvre avec les responsables des bases de données, permet au Health Data Hub de rassembler et d’héberger des copies de jeux de données jugés d’intérêt pour la recherche en santé, dans des conditions contractualisées avec les partenaires à l’origine des données. Il vise aussi à en simplifier l’accès pour la communauté scientifique, nationale et internationale.

    Douze nouvelles bases, dont la moitié en oncologie

    Parmi les douze bases désormais référencées, six concernent la cancérologie :

    • DeepSarc (CLCC Léon Bérard) : données de 25 000 patients atteints de sarcome (2010-2017)

    • APRIORICS (CHU Toulouse – IUCT-Oncopole) : imagerie de lames de 1 000 patientes avec cancer du sein (2018-2021)

    • PRECISION PREDICT : données cliniques sur 550 adénocarcinomes pulmonaires (2010-2023), issues de neuf CLCC

    • ISIS (Institut de cancérologie de l’Ouest) : données de 11 000 patientes pour évaluer le risque d’infertilité post-cancer du sein (2010-2022)

    • REALIGIST (soutien Institut Curie) : données cliniques et imagerie de 2 500 patients atteints de GIST (2010-2024)

    • UroCCR (CHU Bordeaux) : registre sur le cancer du rein, avec 17 200 patients inclus depuis 2012

    Deux bases relèvent de la médecine d’urgence et de la traumatologie :

    • APSOREN (CHU Toulouse) : 23 000 cas de traumatismes crâniens (2012-2020)

    • TARPON (CHU Bordeaux) : 400 000 passages aux urgences adultes de l’hôpital Pellegrin (2013-2020)

    Autres ajouts notables :

    • P4DP : entrepôt national de médecine de ville, issu du projet CNGE, avec des données sur 4,9 millions de patients et la participation de 2 000 médecins

    • ARAC : base sur le reste à charge de 1,4 million d’assurés couverts par Malakoff Humanis (2016-2019)

    • SEDAAR (Hôpital Fondation Rothschild) : données d’imagerie en ophtalmologie sur 20 000 patients (2010-2021)

    • INTEGRA (CHU Lille) : profil de risque de mortalité chez 600 patients atteints de maladies métaboliques (depuis 2020)

    Un levier pour la mutualisation et l’appariement des données

    L’intégration dans le Catalogue du SNDS via le Health Data Hub permet d’envisager des croisements avec la base principale, tout en réduisant les délais d’accès. Le Hub prend en charge l’hébergement, le data management, l’enrichissement avec d’autres sources et la mise à disposition dans des environnements sécurisés. L’ensemble repose sur des conventions établies avec les dépositaires de données. Ce dispositif vise à mutualiser les ressources nécessaires à l’ouverture des données de santé, tout en assurant leur conformité réglementaire et la protection des droits des personnes concernées.

  • L’Hôpital Fondation Rothschild obtient 2,2 M$ de Meta pour une plateforme de recherche alliant IA et neurosciences

    Un partenariat autour de l’IA et des neurosciences

    L’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild a conclu un partenariat de 2,2 millions de dollars avec Meta pour créer une plateforme de recherche dédiée à l’intersection entre intelligence artificielle, neurosciences et nouvelles technologies. L’annonce a été faite à Paris lors de l’Artificial Intelligence Action Summit 2025 par Joëlle Pineau (Université McGill, VP recherche en IA chez Meta) et Yann Le Cun (New York University, directeur scientifique IA de Meta), aux côtés des porteurs du projet, le chercheur Jean-Rémi King (Meta) et le neurochirurgien Pierre Bourdillon (Fondation Rothschild et Université Paris Cité).

    Une technologie de neuro-imagerie inédite

    Le projet s’appuie sur deux piliers : l’enregistrement de l’activité cérébrale via une nouvelle technologie de magnétoencéphalographie – la MEG OPM (Optically Pumped Magnetometers) – et l’analyse des signaux obtenus grâce à des techniques d’intelligence artificielle. Le dispositif MEG OPM, porté comme un casque, permet de mesurer les champs magnétiques émis par l’activité neuronale, sans implantation ni procédure invasive.

    L’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild est reconnu internationalement pour la prise en charge de l’épilepsie pharmaco-résistante. Aujourd’hui, la localisation des zones épileptogènes repose souvent sur l’implantation d’électrodes intracrâniennes. Le recours à la MEG OPM, couplé à l’IA, pourrait affiner ce ciblage, voire permettre d’éviter l’implantation dans certains cas. En France, environ 30 % des épilepsies sont résistantes aux traitements médicamenteux, soit 450 nouveaux cas chirurgicaux par an, selon la HAS.

    Au-delà de l’épilepsie, la plateforme s’inscrit dans un programme plus vaste de recherche fondamentale sur le décodage neuronal. L’enjeu est d’extraire, à partir de données MEG OPM, des représentations mentales liées à la parole, au mouvement ou à la vision, afin d’alimenter les futures interfaces cerveau-machine.

    Un soutien stratégique de Meta

    Pour Meta, ce projet illustre l’engagement de son laboratoire FAIR dans la recherche ouverte en IA. Selon Jean-Rémi King, ce partenariat pourrait mener à des avancées importantes sur la compréhension du cerveau humain et la compensation des handicaps neurologiques. Guillaume Le Hénanff, directeur général adjoint en charge de la recherche et de l’innovation à l’Hôpital Fondation Rothschild, précise que ce financement permettra l’ouverture d’un nouveau laboratoire, le recrutement d’experts, et l’acquisition d’équipements de pointe. Il souligne également que ce partenariat s’inscrit dans une stratégie de long terme engagée il y a dix ans, axée sur le développement de la recherche médicale en milieu hospitalier.

  • Cancer du poumon : l’étude OPTI-DEPIST-MUT explore la faisabilité d’un dépistage organisé en Île-de-France

    Un dépistage structuré pour une population à risque

    Depuis le début de l’année 2025, l’Institut Curie pilote, en partenariat avec l’Institut Mutualiste Montsouris et le Centre de Santé du Square de la Mutualité, l’étude OPTI-DEPIST-MUT (OPTImisation de l’Implémentation du DEPISTtage du cancer broncho-pulmonaire en Île-de-France). Soutenue par la Fédération Nationale de la Mutualité Française (FNMF), cette initiative s’inscrit dans la stratégie décennale de lutte contre le cancer portée par l’INCa. L’objectif est de tester la faisabilité d’un dépistage organisé du cancer du poumon chez une population identifiée comme à risque : fumeurs ou anciens fumeurs de 50 à 74 ans, résidant en Île-de-France. L’enjeu est d’évaluer les conditions concrètes de mise en œuvre d’un tel programme, actuellement inexistant en France pour cette pathologie, contrairement à ceux pour les cancers du sein, du côlon et du col de l’utérus.

    Réduire le diagnostic tardif et améliorer le pronostic

    Le cancer du poumon, responsable de plus de 30 000 décès par an, est la première cause de mortalité par cancer dans le pays. Il est le plus souvent diagnostiqué à un stade avancé, rendant les traitements moins efficaces. Pourtant, détecté précocement, il peut être traité par chirurgie avec un taux de survie à 5 ans supérieur à 85 %. Selon des études internationales, un dépistage par scanner chez les personnes exposées au tabac peut réduire la mortalité liée au cancer du poumon de 20 à 40 %. L’étude OPTI-DEPIST-MUT s’inscrit dans cette dynamique en testant un parcours standardisé pour les patients.

    Une cohorte inédite en Île-de-France

    L’étude est conduite par l’Institut du Thorax Curie-Montsouris et prévoit de recruter 500 participants en 18 mois, à travers 10 centres d’inclusion répartis en Île-de-France. Les personnes ciblées sont invitées à se rendre sur une plateforme web où elles peuvent vérifier leur éligibilité via un questionnaire d’auto-évaluation. Les critères incluent l’âge, le statut tabagique et la région de résidence. Les personnes éligibles sont ensuite orientées vers un centre investigateur pour un rendez-vous dédié, suivi d’un scanner thoracique dans un délai de 4 semaines. Les participants bénéficieront ensuite d’un suivi à un, trois et cinq ans, permettant d’analyser l’impact du dépistage dans le temps.

    Vers de nouveaux outils d’aide au diagnostic

    Au-delà du dépistage, l’étude permet également de collecter des données radiologiques qui serviront à développer des outils numériques d’aide à la décision, notamment via l’analyse d’images et l’intelligence artificielle. Ces travaux visent à affiner la sélection des patients à haut risque et à améliorer la prise en charge des dépistages positifs. En explorant les conditions d’un dépistage organisé du cancer du poumon en Île-de-France, OPTI-DEPIST-MUT entend poser les bases d’un modèle reproductible à plus grande échelle, avec l’objectif de faire évoluer les pratiques de prévention en France.

    “A travers l’étude OPTI-DEPIST-MUT…nous voulons montrer que, pour répondre à cet enjeu de santé public majeur, le déploiement et la mise en œuvre du dépistage organisé est possible”, Pr Nicolas Girard, pneumologue, chef du département d’oncologie médicale de l’Institut Curie et coordinateur de l’étude OPTI-DEPIST-MUT.

  • Toux chronique : une thérapie numérique sur prescription déployée au Japon

    Le laboratoire japonais Kyorin, en collaboration avec la start-up de santé numérique américaine Hyfe, développe et commercialise la première thérapie numérique sur prescription destinée au traitement de la toux chronique.

    Une prévalence élevée et des traitements limités

    La toux chronique, définie comme une toux persistante durant huit semaines ou plus chez l’adulte, affecte entre 3 % et 18 % de la population générale, avec une prévalence accrue chez les personnes âgées. Les traitements conventionnels reposent sur :

    • Des médicaments neuromodulateurs (amitriptyline, prégabaline et gabapentine).
    • Une corticothérapie inhalée d’au moins quatre semaines chez les patients sans étiologie évidente.
    • La suppression comportementale de la toux, une approche non médicamenteuse pratiquée par les orthophonistes, visant à améliorer le contrôle volontaire de la toux et à réduire l’irritation qui la déclenche.

    Si les traitements pharmacologiques présentent des effets secondaires, l’accès aux orthophonistes et kinésithérapeutes formés à la suppression comportementale de la toux reste limité, notamment au Japon.

    Une innovation basée sur l’IA et la suppression comportementale

    Face à ces défis, Hyfe a développé une thérapie numérique sur prescription combinant :

    • Une intelligence artificielle avancée dédiée à la détection et au suivi de la toux.
    • Une base de données regroupant plus de 70 millions d’échantillons de toux chronique.
    • Une application mobile permettant un suivi personnalisé du traitement.

    Cette approche associe la suppression comportementale de la toux, qui améliore l’état de jusqu’à 87 % des patients, à un système de surveillance en temps réel. L’application fournit un accompagnement personnalisé et un retour d’information basé sur l’analyse des schémas de toux.

    Une adaptation au marché japonais et une expansion mondiale

    Le laboratoire japonais Kiorin, spécialisé en médecine respiratoire, a adapté cette thérapie numérique aux spécificités du marché nippon et assure la commercialisation de la technologie de Hyfe sur l’archipel. À moyen terme, la solution prévoit une expansion en Asie du Sud-Est, puis à l’échelle mondiale.

    Selon Data Bridge Market Research, le marché mondial de la toux chronique était estimé à 6,15 milliards USD en 2021 et devrait atteindre 11,38 milliards USD d’ici 2029, avec un taux de croissance annuel composé (TCAC) d’environ 8 %.

  • Expérimentation d’un forfait unique relatif aux soins et à l’autonomie en Ehpad

    La LFSS 2025, adoptée le 17 février, lance l’expérimentation du tarif unique, dont le principe avait été déjà adopté en 2024, dans 23 départements volontaires :  Aude, Cantal, Charente-Maritime, Corrèze, Côtes-d’Armor, Creuse, Finistère, Haute-Garonne, Landes, Lot, Lot-et-Garonne, Maine-et-Loire, Haute-Marne, Mayenne, Morbihan, Nièvre, Pas-de-Calais, Pyrénées-Orientales, Métropole de Lyon, Savoie, Seine-Saint-Denis, Guyane, Réunion.

    Un décret du 20 février, pris en application de l’article 79 de la LFSS 2025, adapte les règles financières applicables aux Ehpad, petites unités de vie (PUV) et unités de soins de longue durée (USLD) situés dans ces départements. Le financement tripartite prendra fin à partir du 1er juillet 2025 ; il sera ensuite composé de l’apport de deux sections : le tarif hébergement, à la charge du résident ou de l’aide sociale à l’hébergement, et le forfait global unique pour les soins et l’entretien de l’autonomie, financé par la branche autonomie de l’Assurance maladie.

    Un forfait global unique relatif aux soins et à l’entretien de l’autonomie fixé par établissement

    Il est calculé par l’ARS pour chaque établissement, selon la formule énoncée à l’article 9 du décret. Le forfait global unique est égal à la somme :

    • Du résultat de l’équation tarifaire relative aux soins ;
    • Du résultat de l’équation tarifaire relative à la dépendance, en prenant en compte le niveau de perte d’autonomie moyen des résidents. Ce produit est multiplié par la valeur de « point GIR », fixée dans chaque département par l’ARS ;
    • Des financements complémentaires, tels que définis dans le contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM) de l’établissement.

    La somme allouée pourra être modulée selon l’activité, les surcoûts liés au lieu d’implantation et selon l’atteinte des objectifs du CPOM ou en cas de refus de signature de CPOM.

    Le forfait global unique est destiné à couvrir :

    • Les frais du personnel médical, paramédical et du personnel affecté à des fonctions de blanchissage, nettoyage et service des repas :
    • L’achat de médicaments et dispositifs médicaux non remboursables ;
    • L’achat de fournitures pour l’incontinence ;
    • L’achat de fournitures hôtelières et d’entretien ;
    • L’amortissement et la dépréciation de certains matériels médicaux et du mobilier permettant la prise en charge de la perte d’autonomie.

    Les organismes de SS versent à l’établissement par douzième le solde obtenu en déduisant du montant de ce forfait l’estimation prévisionnelle de la participation des résidents.

    Une participation forfaitaire aux frais d’entretien de l’autonomie par le résident

    Cette participation simplifie l’actuelle participation aux frais de dépendance en introduisant le principe d’un montant forfaitaire arrêté par les ministres chargés des personnes âgées et de la sécurité sociale, revalorisé annuellement.

    Ce tarif journalier est facturé directement par les établissements aux résidents, qui peuvent bénéficier de l’aide sociale pour le payer. Pour les personnes bénéficiaires de l’aide sociale, ce tarif est fixé dans le CPOM ou dans une convention conclue avec le président du conseil départemental du lieu d’implantation de l’établissement.

    Des garanties de ressources sont accordées à ces personnes : un minimum de 10% de leurs ressources est laissé leur disposition, représentant au moins 30% du montant mensuel de l’allocation aux adultes handicapés.

    Le début de l’expérimentation dans les 23 départements, initialement programmée le 1er janvier, a été reporté au 1er juillet. Elle durera jusqu’au 31 décembre 2026 pour une généralisation prévue en 2027.

  • La France renforce sa veille sanitaire avec EMERGEN 2.0, doté de 12 M€ sur 5 ans

    Une plateforme conçue pour durer et élargir la veille aux futures menaces infectieuses

    Le 19 mars 2025, Santé publique France, l’Inserm/ANRS Maladies infectieuses émergentes et l’Anses ont lancé EMERGEN 2.0. Ce projet succède au consortium EMERGEN, mis en place en 2021 pour suivre l’évolution du SARS-CoV-2 via la génomique microbienne. EMERGEN 2.0 conserve cet objectif, tout en élargissant son périmètre à d’autres pathogènes d’origine virale, bactérienne, fongique ou parasitaire. Ce nouveau dispositif s’inscrit dans la stratégie d’accélération « maladies infectieuses émergentes et menaces nucléaire, radiologique, biologique et chimique » de France 2030. Il est doté d’un budget de 12 millions d’euros sur cinq ans, financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Sa coordination repose sur les trois institutions fondatrices, avec l’Anses désormais partie prenante, renforçant l’approche intersectorielle.

    Un héritage opérationnel de la crise COVID-19

    Durant la pandémie, EMERGEN a permis de conduire 135 enquêtes flash et produire 55 analyses de risque sur les variants du SARS-CoV-2, en lien avec le centre national de référence des viroses respiratoires. Il a aussi soutenu 16 projets de recherche, pour un total de 9,3 millions d’euros. Les résultats ont orienté les décisions sanitaires. Pensé dès l’origine comme évolutif, EMERGEN a préparé le terrain à une réponse plus large, multisectorielle et durable. EMERGEN 2.0 consolide donc cette dynamique en coordonnant les capacités de séquençage existantes et en structurant une plateforme bio-informatique dédiée, intégrant la base de données génomiques.

    Un élargissement concret : Mpox et grippe zoonotique en ligne de mire

    Le déploiement d’EMERGEN 2.0, amorcé dès octobre 2024, cible dans un premier temps la surveillance génomique du Mpox et des grippes zoonotiques. La réunion de lancement, tenue le 19 mars 2025, marque le démarrage opérationnel du programme avec l’ensemble des partenaires réunis pour fixer les étapes à venir. Le dispositif prévoit également de poursuivre les appels à projets de recherche et d’élargir les thématiques aux pathogènes émergents ou ré-émergents, tout en renforçant les outils bio-informatiques mis en œuvre pendant la crise Covid-19.

    Approche « Une seule santé » et gouvernance partagée

    L’intégration de l’Anses entérine l’adoption d’une approche « One Health », interconnectant santé humaine, animale et environnementale. EMERGEN 2.0 favorisera le partage de séquences issues de différentes origines, en collaboration avec les projets SUM’Eau et Obépine+ pour la surveillance des eaux usées. Il prévoit également l’ouverture des données aux équipes de recherche. Les responsables des trois institutions soulignent la nécessité d’une articulation renforcée entre surveillance et recherche, publique comme privée. Pour Gilles Salvat (Anses), cette plateforme permet l’harmonisation des outils de surveillance dans une logique collaborative. Pour Bruno Coignard (Santé publique France), elle favorise la réactivité face aux émergences. Hervé Raoul (ANRS) insiste enfin sur la place centrale de la recherche en période inter-épidémique. En structurant un réseau national de séquençage, en développant une base de données centralisée et en coordonnant la production de connaissances sur les pathogènes émergents, EMERGEN 2.0 vise à anticiper les crises sanitaires à venir. Il entend consolider les liens entre surveillance et recherche, pour répondre plus efficacement aux futures pandémies.

  • Addictions des jeunes : la Cour des comptes recommande une refonte coordonnée des politiques de prévention

    La Cour des comptes consacre un volume entier de son rapport public annuel 2025 à la prévention et à la prise en charge des addictions des jeunes aux drogues illicites et à l’alcool. Elle y constate une situation préoccupante, tant par l’ampleur des consommations que par l’insuffisance des réponses sanitaires et médico-sociales.

    Des consommations précoces aux conséquences lourdes

    L’usage de cannabis, d’ecstasy ou de cocaïne reste élevé chez les 18-24 ans, avec 46 % ayant déjà expérimenté le cannabis, et 3,5 % en consommant quotidiennement. L’alcool, quant à lui, reste très accessible malgré l’interdiction de vente aux mineurs : 2,6 % des 18-24 ans déclarent en consommer chaque jour, un des taux les plus élevés en Europe. Le risque d’alcoolodépendance est multiplié par dix en cas d’initiation avant 15 ans. L’enquête menée auprès de 10 000 jeunes révèle qu’un sur dix se considère dépendant à une ou plusieurs substances. Pourtant, la France ne dispose pas d’un système de suivi épidémiologique fiable sur ces addictions, et les données hospitalières comme médico-sociales restent lacunaires.

    Une prise en charge fragmentée et mal dimensionnée

    Le rapport pointe le manque de coordination entre médecine de ville, hôpital et secteur médico-social. Les généralistes détectent rarement les conduites addictives, et peu sont formés au repérage précoce. Dans les établissements hospitaliers, seules 351 équipes de liaison en addictologie (ELSA) sont actives, pour 693 structures d’urgence. Côté médico-social, les 260 « consultations jeunes consommateurs » (CJC) sont jugées pertinentes mais sous-dotées, sans évaluation nationale de leur efficacité. Les structures d’accueil (CSAPA, CAARUD) peinent à capter les jeunes : en 2019, ils représentaient à peine 6 % des personnes prises en charge.

    Des politiques de prévention encore peu ambitieuses

    Le pilotage interministériel, porté par la Mildeca, manque d’objectifs chiffrés. Douze ARS seulement ont signé une feuille de route régionale, et aucune campagne nationale de sensibilisation de grande ampleur n’a été menée. La Cour recommande de mobiliser les établissements scolaires et universitaires pour renforcer la prévention dès le plus jeune âge. Parmi les leviers proposés : instaurer un prix minimum de l’unité d’alcool, renforcer les sanctions pour vente aux mineurs, et développer des campagnes ciblées sur les réseaux sociaux. Les expériences menées au Danemark (programme MOVE) et en Islande montrent qu’une approche intégrée peut réduire significativement les consommations et les coûts sociaux associés.

    Cinq recommandations prioritaires

    La Cour appelle à :

    • Mieux mesurer l’ampleur des addictions par des études épidémiologiques dédiées ;
    • Cartographier l’offre médico-sociale à destination des jeunes et fixer des objectifs chiffrés de réduction de la consommation ;
    • Renforcer la sensibilisation des professionnels de santé et d’éducation au repérage des jeunes à risque ;
    • Lancer une campagne nationale d’information à destination des 12-25 ans ;
    • Instaurer un prix plancher pour les boissons alcoolisées, afin de freiner leur accessibilité.

     

  • Lancement du cluster IA « 3IA Côte d’Azur 2030 » : 20 M€ pour intensifier recherche et formation en intelligence artificielle

    Seul cluster IA de la Région Sud, 3IA Côte d’Azur bénéficie d’un financement de 20 M€ sur cinq ans via France 2030, pour renforcer ses activités en santé et territoires intelligents.

    Une extension du périmètre et des missions

    Créé en 2019 dans la dynamique de la “Stratégie Nationale pour l’Intelligence Artificielle” (SNIA) annoncée par Emmanuel Macron, le 3IA Côte d’Azur fait partie des quatre Instituts Interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle initialement proposés par le rapport Villani. Labellisé en 2024 comme cluster IA, il revoit son périmètre à la hausse avec un positionnement renforcé sur la recherche, la formation, le transfert technologique et la diffusion des savoirs.

    Coordonné par l’Université Côte d’Azur, le cluster réunit plusieurs partenaires académiques de la région : CNRS, Inria, Inserm, EURECOM, SKEMA Business School, l’École de l’air et de l’espace et Centrale Méditerranée. Il se spécialise dans deux domaines d’application : la santé et les territoires intelligents et sécurisés.

    Une feuille de route ambitieuse

    Le lancement officiel du cluster, en présence des membres du consortium, d’acteurs industriels et institutionnels, marque le début d’une nouvelle phase. Parmi les engagements portés par le projet figurent :

    • La création de 33 chaires académiques et l’accueil de 5 chaires internationales ;
    • L’accompagnement de 70 doctorants et postdoctorants ;
    • La structuration de 3 unités de recherche internationales ;
    • La mise en place de plus de 20 nouveaux programmes d’excellence, visant à former 1 600 étudiants par an ;
    • Le développement de deux programmes industriels supplémentaires ;
    • La reconduction du programme 3IA TechPool dédié à l’ingénierie IA ;
    • Enfin, le renforcement du soutien aux startups à travers le programme Start-It-Up.

    Une contribution à la stratégie nationale

    Seul cluster IA de la Région Sud, 3IA Côte d’Azur rejoint un réseau national de neuf pôles d’excellence en intelligence artificielle. Il s’inscrit dans la stratégie de montée en puissance de l’excellence scientifique française, avec pour ambition de renforcer la visibilité internationale de l’écosystème IA et d’en faire un levier d’innovation dans les domaines d’usage prioritaires, notamment la santé.

  • Dossier patient informatisé : la CNIL formalise ses exigences de sécurité dans un projet de recommandation

    Un cadre renforcé pour un enjeu stratégique en santé numérique

    Face à l’augmentation des cyberattaques ciblant les hôpitaux, la CNIL propose une consolidation des règles de sécurité applicables aux DPI. Ce projet de recommandation s’adresse aux établissements de santé publics et privés, responsables du traitement de ces données particulièrement sensibles. Il vise à garantir la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité des informations médicales des patients.

    Périmètre et destinataires de la recommandation

    Le texte encadre uniquement les traitements mis en œuvre par les établissements de santé pour l’enregistrement et la conservation des données issues de la prise en charge. Il exclut les usages en libéral, la facturation, la recherche ou encore le Dossier Médical Partagé (DMP). Il s’adresse notamment aux délégués à la protection des données, médecins DIM, DSI, RSSI, mais aussi aux éditeurs de logiciels et sous-traitants techniques, appelés à intégrer ces exigences dès la conception des solutions.

    Gouvernance, responsabilité et conformité RGPD

    Le DPI relève de la responsabilité de l’établissement de santé. En cas de responsabilité conjointe (ex. : GHT), une convention spécifique doit organiser les accès. Le traitement repose sur l’article 6.1.c du RGPD (obligation légale) et l’article 9.2.h pour les données sensibles. Aucune opposition ou demande d’effacement n’est possible pour les patients. L’analyse d’impact (AIPD), exigée par le RGPD, doit être actualisée régulièrement, notamment en cas de modification majeure du système. La CNIL recommande une révision annuelle et l’adoption d’un plan d’action formalisé, soutenu par la direction.

    Architecture des données et cloisonnements techniques

    Le projet recommande un cloisonnement strict entre :

    • Les données administratives des patients et des professionnels.
    • Les données de santé structurées (paramédicales, cliniques, biologiques…).
    • Les documents non structurés (comptes rendus, résultats, ordonnances…).

    Chaque type de données doit être sécurisé selon des modalités précises : chiffrement, pseudonymisation, accès restreint et traçabilité renforcée. Les identifiants (INS, IPP, RPPS) bénéficient de protections spécifiques.

    Durée de conservation et archivage : Les données du DPI sont conservées pendant 20 ans après le dernier passage, ou 10 ans après le décès si celui-ci survient plus tôt. L’archivage intermédiaire doit être encadré par des procédures automatisées ou manuelles, respectant les durées légales. À l’issue de ces délais, le médecin DIM statue sur la destruction après avis.

    Échanges et interopérabilité, sécurité des API et flux réseau : La CNIL préconise le chiffrement systématique des flux internes et externes, un cloisonnement réseau dédié au DPI et une sécurisation forte des interfaces d’échange (API). Les systèmes d’imagerie (PACS) doivent être protégés contre les accès non autorisés, et les métadonnées DICOM réduites lors des exports pour réutilisation.

    Information des personnes et traitements ultérieurs : Le responsable du traitement doit informer clairement les patients, leurs proches, les professionnels, et ce dès la collecte. Les droits limités des personnes concernées doivent être explicités. En cas de réutilisation des données (vigilance, recherche, entrepôt de données), une information complémentaire s’impose, notamment via des portails de transparence.

    Projet de recommandation – Dossier patient informatisé