Articles

  • « La technologie n’est qu’un outil. Ce qui compte, c’est la façon dont elle est mise au service des soignants et des patients » (Cris Ross, HIMSS 2025)

    Cris Ross, ex-CIO de la Mayo Clinic et ex-président du conseil d’administration de HIMSS, a présenté une analyse approfondie les différences entre les systèmes américains et européens lors du congrès HIMSS 2025. Lors d’un déjeuner privé organisé par la délégation française, il a partagé son expérience et proposé des pistes pour une convergence des modèles de santé. En effet, dans un monde en mutation où la santé est un enjeu sociétal, les systèmes de soins américain et européen offrent des modèles contrastés. Tandis que l’un repose largement sur le secteur privé, l’autre favorise une forte intervention publique. Comprendre leurs forces et faiblesses permet d’imaginer un avenir où les meilleures pratiques se croisent pour améliorer l’accès aux soins et leur efficacité.

    Health & Tech Intelligence revient sur la présentation de Cris Ross lors du congrès de HIMSS 2025.

    Un fossé économique entre les USA et l’Europe préoccupant

    Dépenses de santé @ H&TI

    Cris Ross pose un constat qui est sans appel : les États-Unis dépensent environ deux fois plus que la moyenne des pays de l’OCDE pour la santé. Le coût moyen par habitant atteint 12 474 USD, contre 5 381 USD en France. Pourtant, ces dépenses n’engendrent pas forcément une meilleure qualité de soins ou un accès optimisé.

    Cette inflation s’explique par plusieurs facteurs. Les prix des soins hospitaliers et des médicaments sont particulièrement élevés. À cela s’ajoutent des frais administratifs considérables qui alourdissent la facture. Le système américain repose largement sur l’assurance privée ce qui engendre une fragmentation des prises en charge et une complexité accrue pour les patients.

    Le coût annuel moyen des services médicaux illustre cet écart. Aux États-Unis, il s’élève à 316 000 USD contre 98 000 USD en France. L’Europe, notamment la France, parvient à contenir ces dépenses grâce à une régulation publique forte et une approche fondée sur la solidarité et la prévention.

    La santé comme produit de consommation

    Cris Ross a soulevé un point central : « Aux États-Unis, la santé est vécue comme un produit de consommation. » Ce modèle oblige les patients à comparer les prix, négocier leurs soins et parfois reporter des interventions faute de moyens.

    En moyenne, les coûts directs payés par les patients (out-of-pocket) sont bien plus élevés qu’en Europe où les systèmes de remboursement limitent cette charge. Cette dynamique favorise aux États-Unis une inégalité d’accès avec une prise en charge qui dépend fortement du statut assurantiel et du pouvoir d’achat individuel. L’Europe, en revanche met l’accent sur la prévention et la solidarité malgré les tensions budgétaires qui fragilisent cet équilibre.

    L’IA générative comme catalyseur

    « L’Europe a les idées, les États-Unis ont les moyens. Si nous conjuguons les deux, nous pourrons transformer les systèmes de santé. »

    Les États-Unis dominent le secteur technologique avec Google, Microsoft et OpenAI, mais l’Europe possède un cadre réglementaire plus strict (RGPD, Health Data Hub, EHDS) qui pourrait assurer un usage plus éthique de l’IA.

    L’IA et les technologies numériques sont en plein essor avec quatre domaines clés identifiés comme moteurs de transformation : l’agrégation et l’exploitation des données de santé, l’informatique en nuage (cloud computing), l’apprentissage automatique (machine learning) et l’IA générative appliquée aux diagnostics et à l’aide à la décision.

    Toutefois Cris Ross met en garde : sans une gouvernance forte, l’IA risque d’accentuer les inégalités d’accès aux soins et de favoriser des modèles centrés sur la rentabilité plutôt que sur la qualité des soins.

    Une convergence des modèles

    L’intervention de Cris Ross met en évidence les atouts respectifs des deux systèmes :

    Atouts de l’Europe Atouts des États-Unis
    Rôle central de l’État pour l’équité et l’accès Écosystème d’innovation et capital-risque
    Coûts hospitaliers maîtrisés Vitesse de mise en œuvre des technologies
    Cadre réglementaire harmonisé Leadership technologique mondial

    Les États-Unis se distinguent par leur capacité à financer et déployer rapidement des innovations tandis que l’Europe bénéficie d’un cadre législatif stable et axé sur la protection des données.

    Des initiatives communes notamment sur l’interopérabilité et la cybersécurité pourraient bénéficier aux deux parties. Cris Ross évoque également l’importance de projets transatlantiques dans l’évaluation des technologies de santé et la gouvernance des données médicales.

  • Cancer pédiatrique : 944 000 € pour un logiciel d’IA dédié à la radiothérapie

    Un enjeu de santé publique en oncologie pédiatrique

    Chaque année, 35 000 enfants et adolescents sont diagnostiqués d’un cancer en Europe. Grâce aux avancées thérapeutiques, le taux de survie à cinq ans dépasse désormais 80 %. Mais les traitements, notamment la radiothérapie, peuvent entraîner des effets à long terme. En 2020, l’Europe comptait 600 000 survivants d’un cancer pédiatrique, un nombre en hausse constante. Parmi eux, un sur cinq développera une seconde tumeur avant 50 ans, selon les données épidémiologiques.

    Les risques liés à la radiothérapie sont bien documentés : l’irradiation crânienne multiplie par dix le risque de tumeur cérébrale secondaire, l’exposition thoracique accroît fortement le risque de cancer du sein chez les jeunes filles, et l’âge au moment de l’irradiation joue un rôle déterminant. Plus l’enfant est jeune, plus les risques de leucémies, cancers du sein, du cerveau ou de la thyroïde augmentent.

    L’intelligence artificielle pour modéliser l’exposition corporelle

    Face à ces enjeux, le projet DOSELIA entend développer un outil d’aide à la décision basé sur l’intelligence artificielle, capable d’évaluer avec précision les doses de radiation reçues par l’ensemble du corps. Coordonné par Charlotte Robert, chercheuse à Gustave Roussy et enseignante-chercheuse en physique médicale à l’université Paris-Saclay, ce logiciel intégrera non seulement les doses délivrées lors des séances de traitement, mais aussi celles des examens de planification et d’imagerie.

    L’objectif est double : estimer le risque de cancer secondaire pour chaque patient, et permettre aux radio-oncologues d’ajuster les paramètres de traitement en fonction du profil individuel, afin d’en limiter les effets indésirables tout en maintenant l’efficacité thérapeutique.

    Une alternative aux simulations Monte Carlo

    Les évaluations actuelles s’appuient sur des simulations Monte Carlo, précises mais longues et exigeantes en ressources informatiques, donc peu adaptées à un usage clinique quotidien. L’approche développée dans DOSELIA vise une précision équivalente, mais dans des délais compatibles avec les contraintes du soin. Pour fiabiliser ses prédictions, l’équipe exploitera les données du programme européen HARMONIC, qui suit des cohortes de jeunes patients traités par radiothérapie photonique ou protonique. Ces données cliniques, dosimétriques et biologiques permettront d’entraîner et de valider les algorithmes sur des cas réels.

    Un financement européen et un consortium multidisciplinaire

    Financé à hauteur de 944 000 € par l’Union européenne dans le cadre du programme PIANOFORTE, DOSELIA réunit plusieurs institutions françaises, danoises et allemandes :

  • Vivalto Santé : 1 190 publications scientifiques en 2024 et une première étude paramédicale privée

    Une dynamique de recherche soutenue en 2024

    Le groupe Vivalto Santé affiche une progression continue de ses activités de recherche médicale et paramédicale. En 2024, le groupe a recensé 1 190 publications scientifiques, contre 1 053 en 2023 et 994 en 2022. Ces travaux, issus de ses 53 établissements français et de son réseau européen, concernent en particulier l’orthopédie (320 publications), l’oncologie (113), la cardiologie (99) et l’ophtalmologie (81). Trois d’entre eux ont été publiés dans des revues de référence internationales : The Lancet, New England Journal of Medicine et British Medical Journal.

    Un réseau européen en expansion

    Vivalto Santé consolide également sa dimension européenne avec le lancement de sa première étude conjointe transfrontalière, baptisée HyproMet. Cette recherche, menée entre la France et le Portugal, évalue l’usage de l’hypnose médicale en réalité virtuelle pour réduire l’anxiété des patients atteints de cancer de la prostate métastatique sous chimiothérapie Docetaxel. L’étude repose sur une approche multicentrique et mobilise des équipes de plusieurs territoires.

    Une montée en puissance des études cliniques

    En 2024, Vivalto Santé a mené 450 études cliniques ouvertes, soit une hausse de 16 % par rapport à l’année précédente. Parmi elles, 327 sont des protocoles européens ou internationaux, avec une part importante consacrée à l’oncologie. Depuis le lancement de son activité de recherche en 2012, le groupe s’est positionné comme un moteur d’innovation médicale. En 2021, il a adopté le statut d’entreprise à mission, intégrant officiellement la recherche clinique dans sa raison d’être. Autre fait notable de 2024 : Vivalto Santé a publié sa première étude clinique paramédicale, une initiative inédite dans le secteur privé. Celle-ci s’est intéressée à la durée optimale du refroidissement du cuir chevelu pour prévenir la perte de cheveux lors des chimiothérapies adjuvantes du cancer du sein.

    Pour Stéphanie Durel-Pinson, directrice de la recherche chez Vivalto Santé, l’élargissement du périmètre de la recherche au sein du groupe reflète la mobilisation croissante des professionnels de santé. L’objectif annoncé pour 2025 est clair, poursuivre et amplifier cette dynamique de recherche transversale, au service de l’amélioration des prises en charge.

  • Etude : une cartographie des usages de l’IA dans le secteur de la santé (BMC)

    Analyse pluridisciplinaire de l’utilisation de l’IA en santé

    Elle montre que l’IA est de plus en plus utilisée mais que sa généralisation va exiger une amélioration de la qualité des données, plus de collaborations entre experts, et une attention à l’éthique. L’étude a été publiée le 10 avril dans la revue BMC Medical Informatics and Decision Making.

    L’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans de nombreux domaines, et tout particulièrement dans la santé. Elle soulève beaucoup d’espoirs : amélioration du diagnostic, anticipation des maladies, optimisation des parcours de soin, aide à la décision pour les médecins… Malgré cet engouement, il y a peu d’analyses structurées qui prennent du recul pour comprendre comment, où et par qui l’IA est réellement utilisée dans le secteur médical. Peu d’études antérieures ont abordé ce sujet sous un angle pluridisciplinaire, incluant la comptabilité, le management, les sciences de la décision et les professions de santé.

    Des chercheurs italiens et britanniques ont donc mené une étude afin de faire cet état des lieux. Ces derniers ont voulu :

    • Cartographier les tendances et les thèmes de recherche dominants autour de l’IA dans le domaine de la santé
    • Identifier les principales contributions scientifiques : qui publie ? Sur quoi ? Où ?
    • Proposer une base pour orienter les futures recherches en IA appliquée à la santé, en intégrant à la fois les aspects techniques, managériaux et cliniques.
    • Les auteurs ont réalisé une revue structurée de la littérature scientifique, en se concentrant sur des articles publiés entre 2000 et 2020.
    • Ils ont utilisé la base de données Scopus pour extraire 288 articles scientifiques liés à l’IA dans le domaine de la santé.
    • L’étude repose à la fois sur des indicateurs quantitatifs (nombre d’articles, pays auteurs, co-citations, etc.) et des analyses thématiques (mots-clés, sujets dominants, réseaux de collaboration).

    Les résultats de leur étude ont été publiés le 10 avril dans la revue BMC Medical Informatics and Decision Making.

    Résultats : les 4 grands domaines d’utilisation de l’IA

    • Le nombre de publications augmente fortement depuis 2015, avec un pic notable en 2020.
    • Cela reflète l’intérêt croissant des chercheurs, mais aussi l’accélération de l’adoption de l’IA dans la pratique médicale.
    • Les auteurs ont identifié 4 grands domaines où l’IA est appliquée :
      1. Gestion des soins de santé : optimisation des ressources, gestion hospitalière, triage des patients…
      2. Médecine prédictive : prévision des complications, personnalisation des traitements, détection précoce…
      3. Soutien au diagnostic clinique : analyse d’images médicales, détection de maladies à partir de données patients…
      4. Aide à la décision médicale : recommandation de traitements, alertes médicales automatisées…
    • Les pays les plus actifs sont les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni, l’Inde et le Canada en volume de publications, mais la collaboration internationale reste limitée.
    • Les méthodes d’IA les plus utilisées sont l’apprentissage automatique, les réseaux de neurones artificiels, les systèmes experts et le traitement du langage naturel.

    « Un besoin urgent de collaboration interdisciplinaire »

    En conclusion, les auteurs de cette revue estiment que malgré son fort potentiel dans la santé, l’utilisation de l’IA n’est pas généralisée, mais bien concentrée sur certains domaines et pays. De nombreux domaines restent peu explorés, notamment en santé publique, en éthique ou en formation des professionnels. Les chercheurs considèrent dont qu’il y a un besoin urgent de collaboration interdisciplinaire pour combler les lacunes.

    De plus, la qualité et l’accessibilité des données restent des freins majeurs à l’essor de l’IA dans la santé. Des lacunes dans la recherche, notamment en matière d’analyse coûts-bénéfices des technologies d’IA et d’accessibilité dans les environnements à faibles ressources sont également pointées du doigt. Enfin, les auteurs insistent sur l’importance de développer des systèmes IA transparents, éthiques et explicables, afin d’assurer leur adoption par les professionnels de santé.

    * The role of artificial intelligence in healthcare: a structured literature review.

    Secinaro, S., Calandra, D., Secinaro, A. et al.

    BMC Med Inform Decis Mak 21, 125 (2021)

    https://bmcmedinformdecismak.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12911-021-01488-9

     

  • « Nous demandons que des solutions déconcentrées soient recherchées » : un collectif prépare un recours contre l’hébergement du projet Darwin EU par Microsoft

    Un nouveau recours après un risque reconnu par le Conseil d’Etat en 2020

    Le projet Darwin EU, coordonné par l’Agence européenne des médicaments et mis en œuvre en France par le Health Data Hub (HDH), vise à sélectionner un échantillon aléatoire de 10 millions de personnes représentatif de la population française en termes d’âge, de sexe et de département de résidence. L’objectif est de déterminer la prévalence et l’incidence de l’utilisation des médicaments et des vaccins en France selon une méthodologie standardisée. Cependant, le feu vert de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) quant à l’hébergement des données d’un un échantillon aléatoire de la population française de 10 millions de personnes représentatif en termes d’âge, de sexe et de département de résidence dans la base principale du Système national des données de santé par Microsoft soulève des préoccupations majeures en matière de souveraineté numérique et de protection des données personnelles.

    En 2020, le Conseil d’État avait déjà reconnu le risque d’extraterritorialité du droit américain concernant l’hébergement des données de santé par Microsoft. À l’époque, le ministre de la Santé, Olivier Véran, s’était engagé à éliminer ces risques en deux ans. Cinq ans plus tard, la solution technique reste inchangée, et les autorités américaines peuvent potentiellement accéder aux données de santé de millions de Français, indique la tribune publiée dans Libération.

    Une demande de solutions exclusivement soumises au droit de l’UE

    Face à cette nouvelle décision de la Cnil, un collectif composé de l’association Constances, de l’association InterHop, d’Aides, de la Ligue des droits de l’homme (LDH), de la Fédération SUD Santé Sociaux et du Syndicat de la médecine générale (SMG) prépare un recours devant le Conseil d’État. Ils appellent syndicats, associations et personnalités à les rejoindre pour empêcher que les données de santé des Français ne soient exploitées par des tiers non désirés.

    Ces organisations réitèrent leur demande pour que des solutions exclusivement soumises au droit de l’Union européenne soient mises en place pour l’hébergement des données de santé destinées à la recherche scientifique et à la santé publique. Elles insistent également sur la nécessité de rechercher des solutions déconcentrées afin que les discours sur la souveraineté numérique ne restent pas lettre morte. Dans un contexte international en pleine mutation, ces associations et syndicats soulignent l’urgence de protéger les données sensibles des citoyens français et de garantir leur hébergement sur des serveurs européens, à l’abri des ingérences étrangères.

  • Point d’étape du Ségur numérique : retour sur le 12e comité de suivi

    Plus de 19 millions d’usagers ont activé leur profil Mon espace santé (MES), soit près de 27 % des assurés sociaux disposant d’un carnet numérique. Cette dynamique, confirmée lors du 12e Comité de suivi du Ségur numérique le 2 avril 2025, est portée par une hausse continue de l’alimentation du dossier, qui a atteint en février un rythme annuel de 362 millions de documents, en hausse de 27 % par rapport à l’année précédente.

    Vers l’exhaustivité du carnet de santé numérique

    L’atteinte d’une « masse critique » de documents étant franchie, l’enjeu devient désormais l’exhaustivité. Les efforts se concentrent sur les documents jugés prioritaires pour la coordination des soins : lettres de liaison hospitalières (55 % des séjours donnent lieu à un envoi dans MES), comptes rendus de biologie (27 % en ville) et d’imagerie (33 %), ou encore les ordonnances et bilans en médecine de ville. La mise en œuvre de la vague 2 des logiciels référencés Ségur doit permettre d’améliorer la qualité de l’alimentation, notamment en limitant les doublons.

    Une consultation déjà effective, en attendant les outils à venir

    L’usage de MES dépasse la simple alimentation : 90 % des documents sont consultés par les patients. Côté professionnels, plus de 51 000 médecins libéraux et 2 370 hospitaliers ont accédé à un DMP en février 2025, avec près de 500 000 documents lus. Ces usages devraient s’intensifier avec les fonctionnalités de la vague 2, qui visent à simplifier l’accès via les logiciels métiers et à intégrer les images médicales dans un réseau national (DRIM-M).

    Deux tiers des ESMS équipés d’un DUI Ségur

    Dans le médico-social, la vague 1 du Ségur et le programme ESMS Numérique ont permis à 65 % des établissements d’adopter un Dossier Usager Informatisé (DUI) référencé. Une phase d’expérimentation conduite dans 55 ESMS a mis en évidence les premiers usages, centrés sur les partages d’ordonnances, de comptes rendus et d’historiques de vaccination, avec un recours marqué à la messagerie MSSanté. Un plan d’action est proposé pour consolider ces débuts : renforcer le cadre réglementaire (notamment pour les professionnels à rôle), accompagner les équipes dans l’usage de MES, et améliorer les logiciels métiers. La vague 2 médico-sociale, attendue pour l’été 2025, intégrera ces retours.

    À l’horizon 2027 : un accès systématique au DMP à l’hôpital

    L’hôpital reste le secteur le plus complexe à transformer. L’objectif est que d’ici le premier trimestre 2027, une majorité d’établissements permettent à leurs professionnels de consulter les DMP depuis le DPI. Ce chantier implique des adaptations techniques (interopérabilité, qualification INS, accès sécurisé) et organisationnelles, appuyées par les programmes HOP’EN2, Hospiconnect et CaRE.

    Outre les dispositifs pour les médecins de ville et les établissements d’imagerie, encore en cours de déploiement, la vague 2 du Ségur numérique s’étendra aux officines, biologistes, sages-femmes, paramédicaux et chirurgiens-dentistes. Le pilotage national s’appuie également sur l’approche « Sentinelle », qui recense et traite les obstacles de terrain, qu’ils soient techniques, réglementaires ou liés aux pratiques.

    Le prochain Comité de suivi est prévu le 5 novembre 2025.

    SÉGUR DU NUMÉRIQUE EN SANTÉ – COSUI Ségur numérique #12 – Mercredi 2 avril 2025

  • Apple planche sur une IA médicale intégrée à sa future application Santé+

    Depuis plus de dix ans, Apple utilise ses appareils pour suivre des paramètres de santé individuels. Une nouvelle étape est en préparation : une refonte complète de l’application Santé est en cours, avec l’intégration d’un agent d’intelligence artificielle entraîné à agir comme un médecin virtuel.

    Une IA pour interpréter les données de santé

    Baptisée potentiellement Santé+, la nouvelle application analyserait les données déjà récoltées par l’iPhone et l’Apple Watch – sommeil, activité physique, fréquence cardiaque, taux d’oxygène sanguin – afin de proposer des recommandations de santé personnalisées. L’objectif est d’utiliser l’IA comme levier d’interprétation médicale, en s’appuyant sur un agent intelligent conçu par Apple. L’agent IA serait entraîné à partir de données fournies par les médecins employés par la firme. Apple chercherait également à collaborer avec des experts externes – nutritionnistes, cardiologues, spécialistes du sommeil – afin de produire des contenus vidéo explicatifs.

    Une stratégie basée sur l’éducation et la prévention

    Ces vidéos pourraient être contextuellement affichées aux utilisateurs. Par exemple, si une tendance préoccupante est détectée dans la fréquence cardiaque, une vidéo expliquant les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires pourrait être proposée. Le dispositif vise à renforcer la pédagogie autour des données de santé. Apple envisagerait aussi de s’associer à une personnalité médicale de premier plan, qui incarnerait le service. En parallèle, un accent serait mis sur le suivi de l’alimentation. Si l’application permet déjà de saisir manuellement certaines données nutritionnelles, la nouvelle version proposerait des fonctions avancées, susceptibles de concurrencer les applications dédiées comme MyFitnessPal ou Lifesum. L’agent IA jouerait également un rôle d’assistant pour l’usage de ces nouvelles fonctionnalités.

    Une ouverture vers d’autres services Apple

    Certaines capacités pourraient aussi exploiter les caméras des appareils Apple, notamment pour analyser en temps réel des séances d’entraînement. L’IA pourrait ainsi conseiller les utilisateurs sur leur posture ou leur technique, dans une logique d’optimisation de la performance. Ces fonctions pourraient être interconnectées avec d’autres services existants, à l’instar d’Apple Fitness+. La sortie de cette nouvelle version, ainsi que l’intégration de l’agent IA, est attendue pour le printemps ou l’été 2026, à l’occasion du lancement d’iOS 19.4.

  • Endotest : le test salivaire pour l’endométriose étendu à 100 centres en France dès avril 2025

    Un élargissement territorial pour améliorer l’accès au diagnostic

    L’expérimentation du test salivaire Endotest, initiée le 11 février 2025, va s’intensifier. Développé par la société Ziwig, ce test reposant sur l’analyse de salive via intelligence artificielle et séquençage de nouvelle génération, sera accessible dans 100 centres de santé répartis sur tout le territoire à partir d’avril, contre 80 jusqu’ici. Ce déploiement s’inscrit dans le cadre du forfait innovation, un dispositif permettant l’accès précoce à des technologies de santé prometteuses, encore en évaluation clinique. Il ouvre la possibilité à 25 000 femmes de bénéficier du test, après un premier examen clinique et une imagerie.

    Réduire les délais et limiter les examens invasifs

    L’objectif affiché est de réduire le délai moyen de diagnostic de l’endométriose – actuellement estimé à sept ans en France – en proposant une alternative non invasive aux méthodes traditionnelles. Endotest pourrait améliorer la prise en charge des patientes, en évitant les procédures lourdes comme la cœlioscopie. L’élargissement à 100 centres vise à renforcer l’accessibilité géographique du dispositif sur l’ensemble du territoire national, dans une logique d’équité et de réduction des disparités régionales.

    Un levier de la stratégie nationale contre l’endométriose

    Le déploiement d’Endotest s’intègre dans la Stratégie nationale de lutte contre l’endométriose portée depuis 2022 par le ministère de la Santé, de la Prévention et de l’Accès aux soins. Cette stratégie repose sur trois axes :

    • Le soutien à la recherche et à l’innovation, avec un budget de 30 millions d’euros sur cinq ans dédié à la santé des femmes et des couples.
    • La structuration de filières de soins spécialisées pour un diagnostic plus rapide.
    • La sensibilisation des professionnels de santé et du grand public à cette pathologie encore méconnue.

    Accès encadré et suivi clinique

    Les femmes concernées par l’expérimentation peuvent accéder au test après un premier parcours de soins incluant un examen clinique et une imagerie. Une liste des 100 centres participant à l’étude est mise à disposition, garantissant une information transparente sur le déploiement. Ce renforcement du maillage territorial permettra d’observer, à plus large échelle, les performances cliniques du test dans des contextes variés, tout en répondant à une demande croissante en matière de diagnostic précoce de l’endométriose.

    @ ministère du travail de la santé des solidarités et des familles
  • Ramsay Santé teste Doctrin dans trois cliniques pour digitaliser le suivi en santé mentale

    Ramsay Santé a lancé une expérimentation de la solution digitale Doctrin dans trois de ses établissements : la Clinique Saint-Barnabé à Marseille, la Clinique Mon Repos à Écully et la Clinique d’Yveline à Vieille-Église-en-Yvelines. Déployée depuis plusieurs années en Suède et en Norvège par le groupe, cette plateforme est désormais testée en France sur environ 100 patients. La solution s’adresse aux personnes souffrant de dépression, d’épuisement professionnel ou de troubles addictifs, en phase de réinsertion sociale. Elle s’applique dans le cadre d’hospitalisations complètes ou de jour.

    Un outil numérique complémentaire pour le suivi ambulatoire

    Doctrin propose plusieurs fonctionnalités numériques : visioconférences individuelles ou de groupe, chat sécurisé, bibliothèque de contenus pédagogiques, et auto-évaluations régulières. L’outil permet d’assurer un suivi en dehors des établissements, dans une logique de continuité et d’accessibilité des soins. L’accompagnement repose sur des équipes pluridisciplinaires mobilisées dans chaque site pilote, incluant infirmiers diplômés d’État, psychologues cliniciens, directeurs de soins, art-thérapeutes et médecins psychiatres.

    Un dispositif auto-financé et évalué avant extension

    Le projet est financé sur fonds propres par Ramsay Santé et s’inscrit dans un plan de digitalisation progressive de ses services de psychiatrie ambulatoire. L’expérimentation s’étendra sur six mois, au terme desquels une évaluation sera réalisée. Les résultats seront partagés avec les Agences Régionales de Santé (ARS) concernées. Selon Benoît Hue, Directeur des Opérations adjoint du pôle Santé Mentale du groupe, la solution vise à mieux répondre aux attentes actuelles des patients en matière de souplesse et d’accessibilité du suivi psychiatrique. En fonction des résultats, la généralisation de Doctrin pourrait être envisagée à l’échelle nationale dans les autres cliniques de santé mentale du groupe.

  • L’UE investit 1,3 milliard d’€ dans l’IA, la cybersécurité et les compétences numériques

    La Commission européenne adopte un programme de travail DIGITAL doté de 1,3 milliard d’euros pour accélérer le déploiement de technologies stratégiques, renforcer la cybersécurité et former les talents numériques en Europe. Ce financement, prévu dans le cadre du programme Europe numérique (DIGITAL), doit appuyer la souveraineté technologique du continent à travers plusieurs axes prioritaires : adoption de l’intelligence artificielle (IA), cybersécurité, cloud, données, services publics numériques et renforcement des compétences.

    IA générative, santé et services publics

    L’un des volets concerne l’accessibilité des applications d’IA générative, avec des cas d’usage dans les secteurs de la santé et du soin. Les financements serviront à tester des environnements immersifs (virtual worlds), à soutenir la mise en œuvre de l’AI Act et à déployer des espaces de données communs à faible consommation énergétique. Ces actions s’inscrivent dans l’initiative AI Factories, qui vise à développer des modèles d’IA pour les administrations et les entreprises.

    Compétences numériques et innovation publique

    Le programme soutient également les hubs européens pour l’innovation numérique (EDIH), qui accompagnent les entreprises et acteurs publics dans l’adoption de technologies avancées, en fournissant expertise, formation et accompagnement stratégique.

    Autres mesures annoncées :

    • Renforcement du programme Destination Earth pour modéliser numériquement la planète au service de l’adaptation climatique.
    • Mise en place de l’EU Cybersecurity Reserve pour sécuriser les infrastructures critiques, dont les hôpitaux.
    • Déploiement du portefeuille d’identité numérique européen et de son infrastructure de confiance.
    • Soutien aux institutions d’enseignement supérieur pour développer les compétences avancées et attirer les talents numériques.
    • Transformation des services publics via des solutions interopérables et efficaces.

    Prochaines étapes

    Les premiers appels à projets seront publiés en avril 2025, d’autres suivront tout au long de l’année. Les entités éligibles incluent entreprises, administrations publiques et organisations issues des États membres de l’UE, de l’Espace économique européen et des pays associés au programme DIGITAL. Les appels seront consultables sur le portail européen des financements et appels à projets. Avec un budget total de 8,1 milliards d’euros pour 2021-2027, DIGITAL est le premier programme de l’UE exclusivement dédié à l’adoption de technologies numériques par les entreprises et les citoyens. Il complète d’autres dispositifs européens comme Horizon Europe, EU4Health ou encore le plan de relance NextGenerationEU.