Cris Ross, ex-CIO de la Mayo Clinic et ex-président du conseil d’administration de HIMSS, a présenté une analyse approfondie les différences entre les systèmes américains et européens lors du congrès HIMSS 2025. Lors d’un déjeuner privé organisé par la délégation française, il a partagé son expérience et proposé des pistes pour une convergence des modèles de santé. En effet, dans un monde en mutation où la santé est un enjeu sociétal, les systèmes de soins américain et européen offrent des modèles contrastés. Tandis que l’un repose largement sur le secteur privé, l’autre favorise une forte intervention publique. Comprendre leurs forces et faiblesses permet d’imaginer un avenir où les meilleures pratiques se croisent pour améliorer l’accès aux soins et leur efficacité.
Health & Tech Intelligence revient sur la présentation de Cris Ross lors du congrès de HIMSS 2025.
Un fossé économique entre les USA et l’Europe préoccupant

Cris Ross pose un constat qui est sans appel : les États-Unis dépensent environ deux fois plus que la moyenne des pays de l’OCDE pour la santé. Le coût moyen par habitant atteint 12 474 USD, contre 5 381 USD en France. Pourtant, ces dépenses n’engendrent pas forcément une meilleure qualité de soins ou un accès optimisé.
Cette inflation s’explique par plusieurs facteurs. Les prix des soins hospitaliers et des médicaments sont particulièrement élevés. À cela s’ajoutent des frais administratifs considérables qui alourdissent la facture. Le système américain repose largement sur l’assurance privée ce qui engendre une fragmentation des prises en charge et une complexité accrue pour les patients.
Le coût annuel moyen des services médicaux illustre cet écart. Aux États-Unis, il s’élève à 316 000 USD contre 98 000 USD en France. L’Europe, notamment la France, parvient à contenir ces dépenses grâce à une régulation publique forte et une approche fondée sur la solidarité et la prévention.
La santé comme produit de consommation
Cris Ross a soulevé un point central : « Aux États-Unis, la santé est vécue comme un produit de consommation. » Ce modèle oblige les patients à comparer les prix, négocier leurs soins et parfois reporter des interventions faute de moyens.
En moyenne, les coûts directs payés par les patients (out-of-pocket) sont bien plus élevés qu’en Europe où les systèmes de remboursement limitent cette charge. Cette dynamique favorise aux États-Unis une inégalité d’accès avec une prise en charge qui dépend fortement du statut assurantiel et du pouvoir d’achat individuel. L’Europe, en revanche met l’accent sur la prévention et la solidarité malgré les tensions budgétaires qui fragilisent cet équilibre.
L’IA générative comme catalyseur
« L’Europe a les idées, les États-Unis ont les moyens. Si nous conjuguons les deux, nous pourrons transformer les systèmes de santé. »
Les États-Unis dominent le secteur technologique avec Google, Microsoft et OpenAI, mais l’Europe possède un cadre réglementaire plus strict (RGPD, Health Data Hub, EHDS) qui pourrait assurer un usage plus éthique de l’IA.
L’IA et les technologies numériques sont en plein essor avec quatre domaines clés identifiés comme moteurs de transformation : l’agrégation et l’exploitation des données de santé, l’informatique en nuage (cloud computing), l’apprentissage automatique (machine learning) et l’IA générative appliquée aux diagnostics et à l’aide à la décision.
Toutefois Cris Ross met en garde : sans une gouvernance forte, l’IA risque d’accentuer les inégalités d’accès aux soins et de favoriser des modèles centrés sur la rentabilité plutôt que sur la qualité des soins.
Une convergence des modèles
L’intervention de Cris Ross met en évidence les atouts respectifs des deux systèmes :
| Atouts de l’Europe | Atouts des États-Unis |
| Rôle central de l’État pour l’équité et l’accès | Écosystème d’innovation et capital-risque |
| Coûts hospitaliers maîtrisés | Vitesse de mise en œuvre des technologies |
| Cadre réglementaire harmonisé | Leadership technologique mondial |
Les États-Unis se distinguent par leur capacité à financer et déployer rapidement des innovations tandis que l’Europe bénéficie d’un cadre législatif stable et axé sur la protection des données.
Des initiatives communes notamment sur l’interopérabilité et la cybersécurité pourraient bénéficier aux deux parties. Cris Ross évoque également l’importance de projets transatlantiques dans l’évaluation des technologies de santé et la gouvernance des données médicales.


