L’ intelligence artificielle est-elle associée à une réelle amélioration de la qualité des soins ? La question agite la communauté scientifique depuis plusieurs années. De nombreuses études sont menées, dans des contextes variés, afin d’évaluer la place de l’IA dans la prise en charge et dans quelle mesure elle peut aider le médecin, sans jamais le remplacer.
Une nouvelle étude dirigée par le Pr Dan Zeltzer, expert en santé numérique à la Berglas School of Economics de l’Université de Tel Aviv, tente d’apporter une nouvelle pierre à l’édifice. Son but : comparer la qualité des recommandations diagnostiques et de traitement émises par l’intelligence artificielle à celles des médecins au Cedars-Sinai Connect, une clinique virtuelle de soins urgents à Los Angeles. Concrètement, un algorithme basé sur l’apprentissage automatique effectue une première évaluation via un chat dédié, intègre les données du dossier médical du patient et fournit au médecin traitant des suggestions diagnostiques et thérapeutiques détaillées au début de la consultation, y compris des prescriptions, des tests et des références. Ensuite, une consultation vidéo avec un médecin était organisée pour déterminer le diagnostic et le traitement final. Le médecin avait accès aux recommandations de l’IA et pouvaient potentiellement les prendre en compte lors de leur consultation. Il est important de souligner que l’IA ne formulait de suggestions que lorsque son niveau de confiance était élevé. Une fois sur cinq, elle ne délivrait aucune recommandation. Enfin, un panel de quatre médecins avec au moins dix ans d’expérience clinique a noté chaque recommandation sur une échelle de quatre points : optimale, raisonnable, inadéquate ou potentiellement nuisible.
Quelque 461 consultations en ligne réalisées entre le 12 juin au 14 juillet 2024 ont été prises en compte. Elles concernaient des patients présentant des symptômes respiratoires, urinaires, vaginaux, oculaires ou dentaires avec des dossiers médicaux complets.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 4 avril dans Annals of Internal Medicine et présentés lors de la conférence annuelle de l’American College of Physicians qui s’est déroulé du 3 au 5 avril à la Nouvelle Orléans.
Résultats : l’IA respecte mieux les recommandations que les médecins
- Les recommandations initiales de l’IA et les recommandations finales du médecin étaient concordantes dans 56,8 % des cas.
- Les recommandations de l’IA ont été jugées optimales dans 77 % des cas, contre seulement 67 % des décisions des médecins.
- Elles ont été considérées comme potentiellement nuisibles dans une proportion plus faible que celles des médecins (2,8 % des recommandations de l’IA contre 4,6 % des décisions des médecins).
- Dans 20,8 % des cas, les recommandations de l’IA ont été jugées meilleures que celles des médecins contre 11,3 % des cas pour celles des médecins.
Cette étude met en évidence le potentiel de l’IA pour aider les médecins à prendre des décisions. En fait, les points forts de l’intelligence artificielle sont de plusieurs ordres. Les auteurs de l’étude que l’IA adhère plus strictement aux recommandations officielles, par exemple, en ne prescrivant pas d’antibiotiques pour une infection virale. Autre point fort, l’IA identifie de manière plus exhaustive les informations pertinentes dans le dossier médical. Et « les résultats suggèrent que l’IA a mieux performé dans l’identification des signaux d’alerte critiques », précisent les auteurs. En revanche, les médecins étaient meilleurs pour adapter les recommandations en fonction de l’évolution des informations lors des consultations. Par exemple, si un patient atteint de COVID-19 signale un essoufflement, un médecin peut le reconnaître comme une congestion respiratoire relativement bénigne, tandis que l’IA, basée uniquement sur les réponses du patient, pourrait le référer inutilement aux urgences. En résumé, l’Homme est plus flexible qu’un algorithme !
L’adaptabilité humaine, une qualité irremplaçable
« L’IA, basée sur un processus d’évaluation ciblé, peut fournir des recommandations diagnostiques et thérapeutiques qui sont, dans de nombreux cas, plus précises que celles émises par les médecins », résume le Pr Zelter. Cependant, l’étude présente une limite : les chercheurs ne savent pas avec certitude dans quelle mesure ces recommandations de l’IA ont été utilisées par les médecins pour prendre leurs décisions finales. Cet essai suggère donc que l’IA pourrait être un outil précieux pour aider les médecins, surtout pour des recommandations rapides et basées sur des données objectives, mais les médecins restent essentiels pour adapter ces recommandations au contexte particulier de chaque patient.
*Comparison of Initial Artificial Intelligence (AI) and Final Physician Recommendations in AI-Assisted Virtual Urgent Care Visits.
Dan Zeltzer, Zehavi Kugler, Lior Hayat, et al.
Ann Intern Med. [Epub 4 April 2025].