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  • Données : augmentation de 8% des plaintes reçues par la Cnil en 2024 (rapport)

    Une année record en termes de plainte reçues

    Le rapport annuel de la Commission nationale de l’informatique et des libertés montre une augmentation des plaintes reçues par l’institution, après une année 2023 qui était déjà une année record, avec ses 16 433 plaintes. Ce sont pas moins de 17 772 que la Commission a reçu, soit une hausse de 8% en un an. Parmi ces plaintes, 49 % concerne les télécoms, le web et les réseaux sociaux : cette thématique est suivie par celle du commerce (19 %) et du travail (13 %).

    Évolution des plaintes reçues par la Cnil au fil des années - @CNIL
    Évolution des plaintes reçues par la Cnil au fil des années – @CNIL

    L’année a également été marquée par une activité soutenue en matière d’information et de conseil : plus de 38 000 appels traités, et plus de 1 400 demandes de conseil examinées. À travers ses campagnes de sensibilisation, ses journées thématiques (telles que la Privacy Research Day ou AIR2024), et ses outils pratiques, la CNIL reste un interlocuteur central pour les citoyens, les entreprises et les institutions.

    Une intensification des sanctions (+55M d’amendes) dans un contexte de vigilance accrue :

    Sur le volet répressif, 2024 s’inscrit dans une dynamique de fermeté. La Cnil a réalisé 321 contrôles, prononcé 87 sanctions (dont 69 selon la procédure simplifiée) pour un total de plus de 55 millions d’euros d’amendes. Elle a aussi émis 180 mises en demeure et 64 rappels à l’ordre. Plusieurs décisions ont porté sur des traitements de données sensibles, notamment les données de santé.

    La Cnil a ainsi rappelé que les données pseudonymisées conservaient leur statut de données personnelles dès lors qu’un identifiant permettait leur rapprochement, y compris dans le cadre d’entrepôts de données de santé. Elle a également mis en demeure plusieurs établissements hospitaliers de sécuriser l’accès aux dossiers patients informatisés, pointant une exigence constante de traçabilité et de limitation des accès.

    Des données de santé sous haute surveillance

    Pour ce qui est du secteur de la santé, l’année 2024 confirme la vigilance constante de la Cnil autour des usages des données de santé. La refonte des référentiels sectoriels de conformité, lancée via une consultation publique, vise à mieux encadrer les conditions de traitement de ces données à haute sensibilité. Les premiers résultats ont été partagés à l’automne, avec une poursuite du travail prévue en 2025.

    En parallèle, la Cnil a dû faire face à des violations massives de données, comme celle ayant touché deux opérateurs de tiers payants (Almérys et Viamedis), affectant potentiellement des millions d’assurés. Ces événements soulignent la nécessité de renforcer les dispositifs de sécurité, notamment dans l’écosystème de santé, où les données exposées peuvent donner lieu à des usages frauduleux ou des risques de ré-identification : ce sont 5 629 violations de données qui ont été notifiées en 2024, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2023. Bien que la Cnil fasse de la santé – et des données de santé – un secteur important à protéger, les plaintes le concernant ne représente que 3 % de celles reçues en 2024.

    Les plaintes reçues par la Cnil en fonction de leur secteur - @Cnil
    Les plaintes reçues par la Cnil en fonction de leur secteur – @Cnil

    L’IA, enjeu central du numérique de demain :

    Dans un environnement technologique bouleversé par l’essor de l’intelligence artificielle générative, la Cnil a multiplié ses actions d’analyse et d’encadrement. Elle a publié des recommandations pour concilier IA et RGPD, alerté sur les risques liés aux hypertrucages, et travaillé activement à l’application du futur règlement européen sur l’IA.

    En matière de santé, le traitement algorithmique des données personnelles soulève des enjeux particuliers : qualité des données, prévention des biais, transparence des processus d’entraînement. La Cnil insiste sur la nécessité de développer des systèmes éthiques et auditables, capables de justifier leurs décisions médicales.

  • Technologies numériques : un levier encore sous-exploité pour la productivité française, selon le CNP

    Un impact encore limité des technologies sur la croissance

    Dans son rapport « Un monde en mutation – Productivité, compétitivité et transition numérique », le Conseil national de la productivité (CNP) dresse un constat préoccupant : malgré le potentiel des technologies numériques, leur effet sur la productivité française reste à ce jour marginal. Présidé par Natacha Valla et hébergé par France Stratégie, le CNP souligne que les outils d’intelligence artificielle, en particulier l’IA générative, et la robotique, peinent à se diffuser dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. Or, c’est précisément dans ces secteurs que se jouent les gains de productivité à grande échelle.

    Un déficit d’investissement technologique

    Comparée aux États-Unis, la France accuse un retard d’investissement significatif en matière de technologies numériques. Cette faiblesse concerne autant le secteur privé que les politiques publiques. Si elle persiste, elle pourrait réduire la croissance potentielle du pays, en limitant sa capacité à tirer parti des transformations en cours. Le rapport cite en appui les travaux de Mario Draghi, qui appellent à un renforcement du cadre européen pour soutenir l’innovation comme moteur de compétitivité. Pour le CNP, cette impulsion est indispensable pour enclencher un cercle vertueux entre productivité, emploi et souveraineté économique.

    Un levier à activer pour sortir de la stagnation

    Alors que la productivité par tête reste inférieure de 5,9 % à sa trajectoire pré-Covid, le CNP estime qu’une partie de ce décrochage pourrait être comblée par un surcroît d’investissement technologique. La simple dynamique de l’emploi ne suffira pas à maintenir une croissance soutenable. Une diffusion élargie des technologies, associée à une montée en compétences des travailleurs, apparaît comme une condition nécessaire à une relance durable de la productivité. Le rapport insiste sur l’importance de politiques industrielles et d’outils européens cohérents pour y parvenir.

  • EVERSANA déploie un outil d’IA pour automatiser 90 % du processus de relecture MLR dans les sciences de la vie

    Un processus encore largement manuel et coûteux

    EVERSANA a enrichi sa plateforme ORCHESTRATE d’un nouveau module baptisé ORCHESTRATE MLR, une boîte à outils exploitant l’intelligence artificielle pour automatiser les examens médicaux, juridiques et réglementaires (MLR). Ces étapes sont essentielles à la validation de contenus promotionnels ou publicitaires dans les sciences de la vie, mais elles restent encore très manuelles, longues et coûteuses. Certaines estimations évoquent des coûts annuels de plusieurs dizaines de millions de dollars pour les grandes entreprises.

    Une automatisation des tâches et une gestion accélérée des contenus

    Le nouveau système développé par EVERSANA peut automatiser jusqu’à 90 % des tâches associées au MLR. Il permet aux équipes de repérer, extraire et gérer automatiquement les réclamations contenues dans les documents marketing, avec un traitement en quelques minutes contre plusieurs semaines traditionnellement. L’outil permet également un recoupement automatisé entre les éléments créatifs et les bases de données réglementaires. Résultat : les contenus peuvent être mis à jour en temps réel, ce qui réduit de 50 % les révisions nécessaires et accélère la mise à jour des contenus de 90 %.

    Des résultats mesurés sur le terrain

    Selon des tests réalisés avec plusieurs entreprises du secteur, ORCHESTRATE MLR permettrait de réduire les erreurs de soumission de 86 % et d’enregistrer une économie moyenne de 35 % pour une équipe MLR. L’objectif est de garantir une conformité optimale : tout contenu imprécis ou non conforme peut en effet compromettre la sécurité des patients et exposer les entreprises à des sanctions financières.

    Le développement du module repose sur Amazon Bedrock, une suite de modèles d’IA générative (GenAI) fournie par Amazon Web Services (AWS), et a été réalisé en collaboration avec Modus Create, spécialiste de l’ingénierie produit, et Veeva, fournisseur de solutions cloud pour les sciences de la vie. Jim Lang, directeur général d’EVERSANA, estime qu’ORCHESTRATE MLR « établira une nouvelle norme en matière d’efficacité, de conformité et de qualité ».

  • Dispositifs connectés : l’anneau intelligent de Sky Labs plus performant que l’Apple Watch pour détecter la fibrillation auriculaire

    Une étude comparative menée au Royaume-Uni

    L’anneau intelligent CART-I, développé par la medtech sud-coréenne Sky Labs, a surpassé l’Apple Watch dans la détection automatique de la fibrillation auriculaire (FA), selon une étude publiée dans la revue Heart Rhythm O2. Réalisée dans trois hôpitaux britanniques – Oxford University Hospital, University Hospital Southampton et Queen Elizabeth Hospital –, l’étude a analysé les performances des algorithmes des deux dispositifs à partir de données d’électrocardiogrammes à dérivation unique (SL-ECG).

    CART-I a montré une sensibilité de 84,6 %, contre 69,1 % pour l’Apple Watch. L’anneau a manqué un seul épisode de FA sur sept, contre un sur trois pour la montre d’Apple. Les lectures non classifiées représentaient 1,9 % des cas avec CART-I, contre 20,1 % avec l’Apple Watch, mettant en évidence une meilleure capacité de catégorisation automatique pour l’appareil sud-coréen.

    Des limites persistantes dans la détection des autres arythmies

    L’étude incluait également des patients atteints de flutter auriculaire. CART-I a échoué à détecter un cas sur quatre, tandis que l’Apple Watch en a manqué deux sur cinq. Les auteurs précisent que ni l’un ni l’autre des dispositifs ne permet à ce jour un diagnostic fiable d’arythmies autres que la FA, comme le flutter ou la tachycardie auriculaire. Lorsque les ECG sont interprétés par un professionnel de santé, la sensibilité des deux appareils dépasse 94 %, soulignant le rôle incontournable de l’expertise médicale.

    Une technologie validée et remboursée en Corée du Sud

    Sky Labs commercialise également une version de l’anneau, nommée CART BP, destinée à la surveillance continue de la pression artérielle. Cet appareil bénéficie d’un remboursement par le système national d’assurance maladie en Corée du Sud et est déjà utilisé par plus de 1 300 cliniques.

    Vers une utilisation raisonnée des objets connectés

    Les dispositifs utilisent la photopléthysmographie (PPG), une technique basée sur la lumière infrarouge pour détecter les variations de volume sanguin, de plus en plus présente dans les outils portables. Cependant, les chercheurs soulignent que la plupart des études de validation se concentrent uniquement sur la FA ou le rythme sinusal, ce qui pourrait surestimer la performance des dispositifs en négligeant d’autres arythmies.

  • Séoul développe un LLM médical national entraîné sur 38 millions de documents cliniques

    Un corpus clinique local et des bases de connaissances intégrées

    L’hôpital universitaire national de Séoul (SNUH) annonce avoir mis au point ce qui serait le premier modèle de langage médical de grande taille (LLM) spécifiquement conçu pour le contexte sud-coréen. Le projet, lancé en mars 2024, vise à offrir une alternative locale aux outils développés par les grandes entreprises technologiques occidentales, jugés peu fiables dans le contexte médical coréen.

    Pour entraîner ce modèle, l’équipe de recherche du SNUH a constitué un corpus de 38 millions de textes cliniques, incluant des admissions, dossiers chirurgicaux, ordonnances et comptes rendus infirmiers. Tous les documents ont été anonymisés avant d’être utilisés pour l’apprentissage automatique. Début 2025, les chercheurs ont enrichi ce socle de données par des bases de connaissances propres à chaque spécialité médicale. Ces dernières intègrent les lois médicales locales, des directives de traitement, des résumés d’articles scientifiques, ainsi qu’un dictionnaire d’abréviations et les standards de terminologie médicale en langue coréenne. L’ensemble a été intégré dans le modèle via une approche de génération augmentée par récupération (RAG).

    Performances au-delà de la moyenne nationale

    Le LLM a été testé sur des questions extraites des trois dernières éditions de l’examen national de licence médicale. Il a obtenu un score de 86,2 %, contre une moyenne de 79,7 % pour les candidats humains. Le modèle a également démontré de bonnes performances de traduction, avec la capacité de traiter simultanément jusqu’à 50 000 mots. La SNUH prévoit une phase de vérification d’un an pour évaluer les performances et la sécurité du modèle avant toute intégration dans la pratique clinique. À terme, il pourrait être déployé dans plusieurs spécialités médicales et voir ses capacités d’analyse de données renforcées.

    Répondre à un besoin local

    D’après les responsables du projet, les LLM médicaux existants, comme Med-PaLM 2 de Google ou LLaVA-Med de Microsoft, sont inadaptés au contexte coréen car conçus à partir de corpus en langue anglaise et centrés sur les standards occidentaux. Ce décalage justifie le développement d’un outil spécifiquement calibré pour les professionnels de santé coréens. En parallèle, la SNUH poursuit le développement d’autres outils d’intelligence artificielle : génération automatique de résumés de patients, traitement des réclamations d’assurance, ou encore tri d’articles scientifiques pour les chercheurs

  • Santé au travail : entre obligations légales, attentes salariales et innovations numériques

    L’article L4121-1 du Code du travail établit clairement la responsabilité légale de l’employeur concernant la santé physique de ses collaborateurs, lui imposant une obligation de résultat qui l’engage à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur protection. En plus des questions légales et éthiques, la santé au travail est aussi une question économique : on estime le coût direct et indirect des problèmes de santé professionnels entre 830 et 1656 millions d’euros annuellement et le taux de retour sur investissement de 2,5 à 4,8 euros pour chaque euro investi dans des solutions de santé au travail. Malgré cela et l’émergence de solutions numériques seules 24 % des entreprises disposent d’un budget dédié à la santé au travail, loin des attentes des salariés pour qui le bien-être constitue un critère décisif dans le choix de leur employeur. Dans ce contexte, la prévention, l’accompagnement psychologique et l’investissement dans la qualité de vie au travail apparaissent plus que jamais comme des leviers essentiels pour répondre à la fois à un impératif de société et à la compétitivité des organisations.

    📌 24 % des entreprises disposent d’un budget dédié à la santé au travail

    La santé au travail en France affiche des indicateurs préoccupants : le taux d’accidents du travail mortels atteint 3,5 pour 100 000 actifs, soit le double de la moyenne européenne, et le pays recense 3 425 accidents non mortels pour 100 000 actifs. En 2021, près de 646 000 accidents du travail ont été enregistrés, touchant particulièrement le bâtiment, la santé, les services à la personne et l’industrie, avec un taux record de 95,5 accidents pour 1 000 salariés dans l’aide à domicile. Les maladies professionnelles ont doublé en vingt ans, dont 88 % sont des troubles musculo-squelettiques (TMS), représentant plus de 41 900 cas reconnus en 2023, en hausse de 9,5 %. Sur le plan psychologique, 41 % des salariés se déclarent en détresse et 34 % en situation de burn-out, tandis que l’absentéisme a bondi de 41 % en cinq ans pour atteindre un coût annuel estimé à 100 milliards d’euros, soit 4,7 % du PIB. Malgré une prise de conscience croissante, seules 24 % des entreprises disposent d’un budget dédié à la santé au travail, alors que 81 % des salariés considèrent le bien-être comme un critère clé pour choisir leur employeur. Ces chiffres soulignent l’urgence de renforcer la prévention, l’accompagnement psychologique et l’investissement dans la qualité de vie au travail pour répondre à un enjeu de société et de compétitivité.

    Chiffre clé : Les maladies professionnelles ont doublé en vingt ans, 88 % d’entre elles sont des troubles musculo-squelettiques (TMS)

    👉 H&TI présente la situation de la santé au travail en France en 2025 ici.

    📌 Santé au travail : les interventions numériques améliorent le bien-être mais manquent de preuves sur la durée

    Selon une revue systématique internationale publiée en 2024, les interventions numériques en santé au travail – telles que les applications mobiles, plateformes web et dispositifs de réalité virtuelle – apportent des bénéfices notables sur la santé mentale, la motivation et la réduction de la sédentarité des salariés. L’analyse de 17 études menées entre 2017 et 2024, couvrant plusieurs pays et secteurs, montre par exemple que des outils comme WorkGuru (thérapie cognitive digitale) ou Welbot (application d’activité physique) ont permis d’améliorer l’humeur et d’augmenter significativement le temps passé debout au travail. Toutefois, l’impact à long terme reste peu documenté, avec une forte hétérogénéité des mesures et un manque de données économiques robustes. Les dispositifs les plus efficaces sont ceux intégrés aux outils quotidiens et personnalisés selon les besoins des salariés, mais la majorité des études repose sur des données auto-déclarées et ne dépasse pas un an de suivi, soulignant la nécessité d’évaluations standardisées et de preuves tangibles pour convaincre les décideurs.

    Chiffre clé : Les études indiquent une efficacité des solutions numériques pour la santé au travail, mais se base sur des étude d’un an ou moins et reposent sur des données auto-déclarées.

    👉 H&TI analyse pour vous la revue de la littérature sur le santé numérique au travail ici.

    📌🗺️QVCT et santé au travail : les assureurs accélèrent la prévention, l’accompagnement psychologique et la digitalisation

    Depuis 2022, les mutuelles, assureurs et groupes de protection sociale multiplient les offres pour améliorer la santé au travail et la Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT), ciblant aussi bien salariés, dirigeants de PME/TPE, indépendants et artisans. Parmi les dispositifs phares, Harmonie Mutuelle a déployé « La santé gagne l’entreprise », combinant kits méthodologiques, ateliers pratiques et plateforme téléphonique, tandis que Malakoff Humanis propose des « Kits Enjeux RH », des formations en ligne et des animations santé en entreprise. AG2R La Mondiale a lancé « Branchez-vous Santé » incluant un pré-diagnostic en ligne et des parcours de dépistage, et MGEN a formé plus de 100 équipes hospitalières à la prévention des risques psychosociaux et des TMS. Les innovations vont de la caméra intelligente Matvisio pour prévenir les troubles musculo-squelettiques à l’application Generali Vitality, qui récompense les salariés adoptant de meilleures habitudes de vie. Le soutien psychologique s’intensifie : plus de 65 % des salariées souhaitent un accompagnement en cas de difficulté, et les lignes d’écoute psychologique, applications de gestion du stress ou formations aux premiers secours en santé mentale sont désormais intégrées aux garanties collectives. Enfin, l’accompagnement des dirigeants et travailleurs non-salariés se structure avec des lignes d’écoute dédiées, des bilans médico-psycho-sociaux et des programmes de prévention du burn-out, alors que la digitalisation des outils de prévention (plateformes, applications, e-learning, analyse de données RH) s’impose comme un levier clé pour anticiper les risques et personnaliser les actions de QVCT

    👉 H&TI analyse pour vous les outils numérique de santé au travail déployés par les mutuelles ici.

    📌🗺️Santé au travail : le numérique transforme la prévention et redéfinit les rôles de tous les acteurs

    Le numérique bouleverse la santé au travail en France tandis que les cas de burn-out et de dépression continuent d’augmenter. Grâce à l’intelligence artificielle, aux capteurs connectés et à la télémédecine, tous les acteurs – employeurs, médecins du travail, infirmiers, CSE, SPST et salariés – voient leurs missions évoluer vers une prévention plus personnalisée, prédictive et interactive. Les plateformes de suivi, les outils de data visualisation et les applications mobiles permettent désormais de détecter précocement les signaux faibles, d’accompagner en temps réel les salariés et de piloter finement les plans de prévention. Cette transformation s’accompagne d’une vigilance accrue sur la protection des données, condition essentielle pour maintenir la confiance et garantir une santé au travail éthique et efficace.

    👉 H&TI analyse pour vous les impacts de la numérisation de la santé au travail sur chacun des acteurs ici.

    📌🗺️91 % des solutions numériques ciblent la santé mentale et les troubles musculo-squelettiques

    En 2025, le marché français de la santé au travail compte 23 solutions numériques dédiées, dont 12 (soit plus de la moitié) visent la santé mentale des salariés, et 9 (près de 40 %) la prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS), principales causes de maladies professionnelles en France. Seules deux solutions s’adressent à la promotion de l’activité physique ou à la santé globale. Les outils, qu’ils soient administrés par l’employeur, le salarié ou en co-gestion, intègrent des fonctionnalités variées : questionnaires anonymes, consultations à distance, analyse d’image, programmes d’exercices ou encore ateliers de prévention. La solution Alan Mind, portée par la plus importante levée de fonds du secteur en 2024 (172 millions d’euros), illustre le dynamisme de ce marché en pleine structuration, où la personnalisation des parcours et la sécurisation des données (certifications ISO 27001 et 27701) deviennent des standards. Ces chiffres témoignent d’une forte concentration de l’innovation sur les enjeux psychiques et physiques du travail, en réponse directe aux obligations légales des employeurs et à l’impact économique du mal-être et des TMS dans les organisations.

    Chiffre clé : Il existe 23 applications dédiées à la santé au travail.

    👉 H&TI dresse pour vous le panorama complet des solution numérique pour la santé au travail ici.

    @H&TI – Visuel de synthèse Santé numérique et santé au travail

  • Santé au travail : entre retards structurels et initiatives dispersées, quelles priorités pour les années à venir ?

    Cadre juridique : la santé au travail ne se résume pas à l’absence de maladie, rappellent les textes fondateurs

    La santé au travail désigne l’ensemble des démarches visant à préserver la santé physique et mentale des travailleurs, en adaptant les conditions de travail et l’environnement professionnel à leurs besoins. Elle repose sur une approche interdisciplinaire, intégrant des dimensions médicales, sociales, environnementales et organisationnelles, avec pour but de promouvoir un milieu de travail sûr, sain et respectueux de l’individu.

    Sur le plan juridique, la santé au travail est encadrée par des principes issus notamment des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), telles que la Convention 155 (1981) et la Convention 161 (1985). Celles-ci précisent que la santé au travail ne se limite pas à l’absence de maladie mais inclut l’ensemble des facteurs physiques et mentaux affectant les salariés. Les services de santé au travail, à vocation essentiellement préventive, sont ainsi chargés de conseiller employeurs et travailleurs pour garantir des conditions de travail sûres et adaptées.

    En France, la réglementation impose à l’employeur une obligation générale de sécurité (article L.4121-1 du Code du travail), ce qui inclut la mise en œuvre d’actions de prévention, d’information et de formation ainsi que l’aménagement des postes de travail. Dans la fonction publique, la protection de la santé et de la sécurité des agents s’inspire de ces mêmes principes, adaptés aux spécificités du statut public. La loi reconnaît également l’importance du dialogue social en matière de santé au travail, en associant les représentants des personnels à l’évaluation et à l’amélioration des conditions de travail.

    État des lieux : la France compte moins de 5 000 médecins du travail pour 27 millions d’actifs

    La situation de la santé au travail en France est préoccupante. D’après l’Observatoire Santé-Travail 2023 de la Mutualité Française, le taux d’accidents du travail mortels s’établit à 3,5 pour 100 000 actifs, soit le double de la moyenne européenne. La France enregistre l’un des taux d’accidents non mortels les plus élevés de l’Union européenne, avec 3 425 cas pour 100 000 actifs. En 2021, 645 891 accidents du travail ont été recensés, principalement concentrés dans le bâtiment, la santé, les services à la personne et l’industrie. Le secteur de l’aide à domicile est particulièrement touché, avec un taux de 95,5 accidents pour 1 000 salariés. Les maladies professionnelles présentent également une progression importante. Leur nombre a doublé entre 2001 et 2019 dans le régime général. Près de 88 % de ces maladies concernent des troubles musculo-squelettiques (TMS), affectant majoritairement le dos, les poignets, les épaules et les coudes. Selon l’INRS, le syndrome du canal carpien arrive en tête, suivi du syndrome de la coiffe des rotateurs et de l’épicondylite. Le coût pour la collectivité est important. Le défaut de prévoyance en santé au travail est estimé à 15 milliards d’euros par an, dont 8,4 milliards concernent les actifs.

    La France souffre d’une pénurie de médecins du travail. Selon la DREES, on comptait en 2022 seulement 4 812 praticiens pour l’ensemble du territoire, avec une répartition très inégale entre départements. Cette situation entraîne un recul de l’accès aux visites médicales, avec seulement 39 % des salariés ayant bénéficié d’une visite dans l’année. Face à ce constat, les assureurs et mutuelles développent des offres d’accompagnement. Malakoff Humanis propose ainsi des diagnostics QVT et des programmes personnalisés de prévention. Harmonie Mutuelle organise des ateliers spécifiques sur les risques psychosociaux et les TMS.

    Les ouvriers et personnels de santé en première ligne face aux pathologies professionnelles

    Les pathologies professionnelles n’affectent pas uniformément toutes les professions. Les ouvriers, les aides à domicile, les agents d’entretien et les personnels de santé sont parmi les plus exposés aux risques d’accidents et de maladies professionnelles. Dans le bâtiment, on recense plus de 53 accidents de travail avec arrêt pour 1 000 salariés, alors que la moyenne nationale est inférieure à 40. Dans le secteur médico-social, les personnels cumulent près de 20 jours d’arrêt maladie par an en moyenne. Sur le plan psychologique, les chiffres sont également préoccupants. Une étude d’OpinionWay (pour le cabinet Empreinte Humaine) indique que 41 % des salariés français se déclarent en détresse psychologique et que 34 % sont en situation de burn-out.

    Les acteurs de la santé au travail et leurs missions :

    Un maillage d’acteurs aux responsabilités complémentaires

    Le dispositif de santé au travail repose sur plusieurs acteurs. L’employeur est responsable de la sécurité de ses salariés. Les salariés doivent, quant à eux, respecter les consignes de sécurité et signaler les risques. Les Services de Santé au Travail assurent la surveillance médicale et la prévention des risques. Le médecin du travail suit les salariés exposés à des risques particuliers et propose des mesures d’aménagement des postes. Les représentants du personnel, au travers des Comités Sociaux et Économiques (CSE), ont un rôle d’alerte et de proposition. L’inspection du travail vérifie le respect de la réglementation. Enfin, des organismes comme l’INRS, l’ANACT ou les ARACT apportent expertise et ressources.

    Les principaux acteurs de la santé et de la qualité de vie au travail

    L’employeur Le salarié / agent public Le service de santé au travail (SST) Le médecin du travail Les représentants du personnel L’inspection du travail La médecine de prévention (dans la fonction publique) Les organismes de prévention Les caisses d’assurance maladie (CPAM / CARSAT) Les psychologues du travail / ergonomes
    Responsable légal de la santé et de la sécurité de ses salariés ou agents.

    Met en œuvre les actions de prévention, d’information et de formation.

    Doit évaluer les risques professionnels (Document Unique d’Évaluation des Risques – DUER).

    Acteur de sa propre sécurité et de celle des autres.

    Doit respecter les consignes de sécurité et signaler les risques.

    Composé de médecins du travail, infirmiers, intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP).

    Mission de prévention, de suivi médical et de conseil auprès des employeurs et des travailleurs.

    Joue un rôle dans la prévention des risques professionnels et dans le suivi médical des salariés.

    Conseille sur les adaptations des postes et la prévention des risques.

    Comité Social et Économique (CSE) dans le secteur privé ou formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail dans la fonction publique.

    Exercent un droit d’alerte et de proposition en matière de santé, sécurité et qualité de vie au travail.

    Contrôle le respect de la réglementation en matière de santé et sécurité.

    Peut imposer des mesures correctives.

    Contrôle le respect de la réglementation en matière de santé et sécurité.

    Peut imposer des mesures correctives.

    Exemples : ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail), ARACT (Agences Régionales), INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité).

    Apportent expertise, outils et ressources pour améliorer la qualité de vie au travail.

    Interviennent dans la prévention des risques professionnels et l’indemnisation des accidents du travail/maladies professionnelles. Experts mobilisés pour prévenir les risques psychosociaux (RPS) et adapter l’organisation du travail aux capacités humaines.

    34 % des salariés concernés par un burn-out

    La santé mentale, particulièrement dans le cadre professionnel, s’impose aujourd’hui comme l’un des enjeux centraux de la qualité de vie au travail. L’accélération du recours au télétravail, souvent improvisé durant la crise sanitaire, a entraîné un isolement des salariés, une dissolution des collectifs de travail et une extension du temps de travail au-delà des horaires habituels. Cette nouvelle organisation a alimenté une surcharge cognitive, marquée par une hyperconnexion, une fragmentation des tâches et une perte de repères. Les jeunes actifs, en quête de sens et de stabilité, figurent parmi les plus exposés, de même que les professionnels de santé, déjà soumis à des conditions de travail tendues. Les salariés des secteurs du soin, de l’éducation et du social présentent un niveau élevé de burn-out, avec des arrêts maladie en hausse constante. Les femmes, plus souvent en emploi précaire et occupant des postes d’encadrement intermédiaire ou déjà très sollicités émotionnellement, sont particulièrement concernées par les risques psychosociaux. 41 % des salariés se disent en détresse psychologique, et 34 % seraient en situation de burn-out (Opinion Way pour Empreinte Humaine). Pour y faire face, les pouvoirs publics ont amorcé une réponse : le ministère du Travail a lancé un Plan national pour la prévention de la santé mentale au travail, visant notamment à outiller les entreprises, former les managers et développer des dispositifs d’écoute. Certaines entreprises, en partenariat avec des mutuelles ou des startups, ont mis en place des programmes de soutien psychologique, des applications de gestion du stress ou des cellules de soutien internes. Mais la reconnaissance des pathologies psychiques comme maladies professionnelles reste encore très partielle, et les inégalités d’accès à l’accompagnement psychologique persistent, notamment dans les petites entreprises et les territoires les plus éloignés des structures de soin.

    L’absentéisme recule légèrement, mais les arrêts longs inquiètent

    L’absentéisme est devenu un indicateur central du climat social et de la santé au travail dans les organisations. En France, et selon le baromètre Social France 2025 de Diot Siaci, le taux d’absentéisme est de 4,84% en 2024, en légère baisse par rapport à 2023 (5,06%). Le sujet est désormais suivi de près par les employeurs, les pouvoirs publics, mais aussi les assureurs et les mutuelles. Ces derniers, souvent en collaboration avec des instituts de sondage comme l’IFOP ou l’IPSOS, publient régulièrement des baromètres afin d’en évaluer les causes, l’évolution et les conséquences économiques. La majorité des absences sont dues à des maladies ordinaires, mais les troubles psychologiques (burn-out, stress, anxiété) gagnent en importance, surtout dans les arrêts de longue durée. Les accidents de travail et maladies professionnelles, moins fréquents, génèrent néanmoins un impact fort en raison de la durée des arrêts qu’ils entraînent. L’absentéisme touche plus particulièrement certains profils :

    • Les femmes affichent un taux de 5,8 %, contre 4,2 % pour les hommes, notamment en raison de leur présence majoritaire dans les secteurs les plus exposés comme la santé ou l’éducation.
    • Les jeunes salariés (20-30 ans) ont vu leur taux baisser en 2023.
    • Tandis que les cadres, historiquement moins touchés, connaissent une hausse préoccupante des absences longues, souvent liées à un stress élevé.

    Certains domaines concentrent un absentéisme bien au-dessus de la moyenne nationale. C’est le cas du secteur de la santé (7,56 %), de l’hôtellerie-restauration (7,39 %) et du transport-logistique (6,18 %). Côté public, le gouvernement envisage de durcir les règles relatives aux arrêts maladie, en particulier dans l’Éducation nationale, avec la mise en place de jours de carence supplémentaires. Face à ces constats, les employeurs sont de plus en plus incités à développer des politiques de prévention, à améliorer les conditions de travail et à promouvoir la qualité de vie au travail. Le télétravail, la flexibilité, ainsi que le soutien psychologique des salariés apparaissent comme des leviers pour réduire l’absentéisme.

    Des attentes élevées, des engagements encore limités

    Face à une prise de conscience croissante des liens entre santé au travail, bien-être des salariés et performance des organisations, les initiatives se multiplient en France pour promouvoir un environnement professionnel plus sain. Dans ce contexte, les attentes des salariés évoluent. Une étude menée par Predilife et Ipsos révèle que 81 % d’entre eux considèrent les initiatives en faveur du bien-être comme un critère déterminant dans le choix d’un employeur, et 82 % comme un facteur de fidélisation. La majorité (76 %) estime également légitime que les entreprises investissent dans la santé préventive. L’intérêt pour les bilans prédictifs de santé est également fort : 79 % des salariés se disent favorables à ce type de dispositif, et 94 % souhaitent un suivi annuel de leur état de santé. Pourtant, seules 24 % des entreprises disposent aujourd’hui d’un budget dédié à la santé. Les actions les plus courantes concernent l’évaluation des risques psychosociaux (55 %), la prévention des addictions (40 %) et l’encouragement à la pratique sportive (38 %). Le baromètre QVCT 2024 de Qualisocial met en lumière une dégradation notable de la santé mentale et un désengagement massif : 53 % des actifs se disent désengagés et 67 % vont au travail “mécaniquement” ou à reculons. Si 88 % estiment que la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) est importante, seuls 48 % jugent que leur employeur en tient réellement compte. Pourtant, les bénéfices des démarches QVCT sont clairs : elles sont associées à une meilleure santé des salariés (71 % contre 37 %), un plus grand sentiment de sécurité physique et mentale (92 %), et une meilleure relation avec le management (98 %).

    Pour améliorer durablement la QVCT, l’étude recommande aux entreprises de créer une ambiance de travail agréable, de favoriser une communication transparente, d’impliquer les salariés dans la stratégie et de valoriser leurs compétences. Du côté des pouvoirs publics, elle suggère de financer la recherche et la formation, de proposer des incitations fiscales ou des obligations réglementaires, et de généraliser l’évaluation régulière du niveau de QVCT en interrogeant les salariés eux-mêmes.

    Plan santé-travail 2021–2025 : vers une prévention plus ciblée et mieux coordonnée

    Les outils technologiques offrent de nouvelles possibilités pour renforcer la prévention des risques professionnels. L’automatisation de certaines tâches, notamment dans l’industrie, permet de limiter l’exposition des salariés à des environnements dangereux. L’Organisation internationale du travail (OIT) souligne que les systèmes robotisés et l’usage de drones peuvent contribuer à éloigner les travailleurs des zones à haut risque. Par ailleurs, les dispositifs de détection précoce basés sur des capteurs connectés (IoT) associés à des algorithmes d’analyse permettent d’identifier des anomalies environnementales ou ergonomiques. L’intelligence artificielle est aussi utilisée dans des projets comme Intenseye, où des systèmes d’analyse vidéo permettent de repérer des comportements à risque sur les postes de travail. La réalité virtuelle, de son côté, est de plus en plus mobilisée pour la formation à la sécurité dans des environnements immersifs, simulant des situations à risque sans exposition réelle. Enfin, certains outils d’organisation du travail intègrent désormais des algorithmes capables d’ajuster les plannings pour éviter les surcharges, un facteur identifié dans l’apparition de troubles liés au stress ou à l’épuisement professionnel.

    Ces avancées techniques s’inscrivent néanmoins dans un cadre plus large, qui implique une action politique structurée. Les données récentes mettent en évidence des inégalités sociales marquées : selon l’Observatoire Santé-Travail 2023, les ouvriers ont cinq fois plus de risques d’accident grave que les cadres, et l’écart d’espérance de vie en bonne santé entre ces catégories reste significatif. Le Plan national santé au travail 2021-2025 (PNST4) fixe plusieurs axes prioritaires :

    • Renforcer la prévention primaire, en diffusant une culture de prévention dans toutes les entreprises, avec un focus sur les risques prioritaires (TMS, RPS, expositions chimiques).
    • Prévenir la désinsertion professionnelle, en soutenant le maintien dans l’emploi des salariés fragilisés ou atteints de maladies chroniques.
    • Renforcer la gouvernance, avec la création de comités nationaux et régionaux pour piloter la stratégie et associer les partenaires sociaux.
    • Améliorer la coordination entre les acteurs (employeurs, services de santé au travail, organismes de protection sociale)
    • Anticiper les crises et risques émergents, en tirant les leçons du COVID-19 et en développant la recherche sur les transformations du travail (télétravail, IA, etc.).
    • La qualité de vie au travail doit être pleinement intégrée dans les stratégies de responsabilité sociétale des entreprises.
    • Améliorer les outils et données, en structurant les services de santé au travail (SPST) et en développant des outils numériques partagés.
    • Mieux couvrir les publics les plus exposés, notamment les travailleurs non-salariés.

    Le rapport recommande également de renforcer les moyens de l’inspection du travail, de soutenir la recherche appliquée en santé au travail, et de mieux intégrer la prévention dans les politiques publiques, y compris à travers des incitations fiscales ou des normes réglementaires. Enfin, la mise en place d’une couverture prévoyance universelle pour tous les actifs fait partie des pistes évoquées pour répondre aux fragilités actuelles du système.

  • Formation, dépistage, soutien psychologique, solutions digitales : les mutuelles s’engagent dans la santé au travail (cartographie)

    Panorama des offres Santé au Travail et QVCT 

    De nombreux acteurs (mutuelles, assureurs, groupes de protection sociale, institutions de prévoyance) proposent une variété d’offres pour améliorer la santé au travail et la Qualité de vie et des conditions de travail (QVCT). Ces offres ciblent aussi bien les salariés d’entreprises que les dirigeants de PME/TPE, les travailleurs indépendants et les artisans. Nous présentons ci-dessous un panorama de quelques initiatives, (dispositifs, offres, partenariats), ainsi que les acteurs du monde de l’assurance qui les portent.

    Prévention des risques professionnels (TMS, RPS, addictions…)

    Les assureurs et mutuelles proposent depuis 2022 des dispositifs ciblant les troubles musculosquelettiques (TMS), les risques psychosociaux (RPS) et autres risques du travail.

    • Harmonie Mutuelle a lancé le programme « La santé gagne l’entreprise », qui aide employeurs et salariés à identifier et anticiper les problèmes liés aux TMS, RPS, addictions, risques routiers, à l’allongement de la vie professionnelle ou à la reprise du travail​. Ce programme offre des kits méthodologiques (par exemple pour prévenir TMS, RPS ou l’absentéisme) et inclut des campagnes de sensibilisation, ateliers pratiques, formations (présentiel ou e-learning) ainsi qu’une plateforme téléphonique animée par des experts santé​.
    • Malakoff Humanis propose des outils de prévention : ses « Kits Enjeux RH » sont des guides pratiques à destination des entreprises pour agir sur les RPS et les risques physiques comme les TMS​. Le groupe met à disposition des formations en ligne dédiées aux risques professionnels courants, afin de former les salariés aux bonnes pratiques de sécurité au travail​.
    • De son côté, AG2R La Mondiale a développé en 2022 le programme « Branchez‑vous Santé » à destination des branches professionnelles. Ce programme comprend un pré-diagnostic en ligne permettant à chaque entreprise d’évaluer son niveau de prévention des risques professionnels et de cibler des actions pour les réduire​. Il inclut aussi des actions de formation/sensibilisation sur des thèmes comme le stress au travail, la sédentarité (ateliers « Rencontres de la forme »), l’équilibre alimentaire, le sommeil ou les conduites addictives​.
    • MGEN intervient auprès du secteur public hospitalier : depuis 2022, son dispositif « Bien-Être Santé Travail (BEST) » déploie des formations et sessions de sensibilisation sur la prévention des RPS et des TMS pour le personnel soignant (par exemple, plus de 100 sessions de formation ont déjà été menées dans plusieurs CHU)​.
    • Apicil a soutenu via son incubateur Prévention Santé by H7 des start-up innovantes en prévention des risques. L’une d’elles, Matvisio, a mis au point une caméra intelligente pour détecter en temps réel les postures à risque et prévenir les TMS. Apicil a également accompagné des jeunes pousses dédiées à la lutte contre l’épuisement professionnel et les RPS.

    Bilans de santé, dépistages et promotion de la santé

    Plusieurs organismes intègrent des bilans de prévention et des campagnes de dépistage dans leurs offres récentes. Harmonie Mutuelle organise par exemple des Rendez-vous prévention santé en entreprise : dépistages du diabète, des maladies cardiovasculaires, tests d’audition et de vue, etc., couplés à des conseils sur l’hygiène de vie (alimentation, activité physique, sommeil)​.

    • AG2R La Mondiale inclut dans Branchez-vous Santé un parcours de dépistage bucco-dentaire invitant chaque salarié à réaliser un examen dentaire pris en charge à des âges-clés (35 ans et 55 ans)​. Le même programme prend en charge une innovation médicale de pointe en cancérologie : l’analyse d’imageries médicales avec modélisation 3D (technologie Visible Patient) pour optimiser la préparation des chirurgies tumorales, réduisant le temps opératoire et améliorant la précision du geste​.
    • Du côté de Malakoff Humanis, on facilite l’accès à la prévention courante : le groupe propose aux entreprises une offre de vaccination antigrippale sur site à tarif négocié, afin de protéger les salariés contre la grippe saisonnière et de limiter l’absentéisme hivernal​. Malakoff a également mis en place des ateliers dédiés à des publics spécifiques, comme « Sport & Cancer » – un programme de séances d’activité physique pendant ou après un traitement de cancer, destiné à améliorer la qualité de vie des salariés malades et à accompagner leur rémission​.
    • Apicil cible certains risques de santé particuliers en milieu professionnel : en fin 2022, le groupe a lancé avec la start-up Ziwig une campagne de dépistage de l’endométriose auprès des jeunes salariées de la branche des instituts de beauté​. Ce dépistage, fondé sur un test salivaire ARN développé par Ziwig, diagnostique plus précocement la maladie.

    Soutien psychologique et bien-être mental

    Les organismes de protection sociale ont renforcé leurs offres de soutien psychologique pour les employés en difficulté, particulièrement depuis la crise du Covid.

    • Harmonie Mutuelle propose une cellule de soutien psychologique en cas de crise dans l’entreprise : en situation d’événement traumatique ou de choc, une équipe de psychologues peut être mobilisée rapidement pour écouter et accompagner collectivement les salariés.
    • Malakoff Humanis met à disposition des salariés et des dirigeants une ligne d’écoute psychologique joignable 24h/24 – ce service offre une écoute confidentielle par des psychologues aux personnes traversant une période professionnelle ou personnelle difficile (stress intense, conflit, épuisement…). Chaque bénéficiaire peut avoir jusqu’à quatre entretiens téléphoniques individuels par an avec un psychologue dans le cadre de cette prestation
    • Chez AXA, toute entreprise cliente peut activer une ligne d’aide psychologique similaire, donnant droit pour chaque salarié à quatre consultations téléphoniques annuelles avec un psychologue clinicien​.
    • Malakoff Humanis a lancé l’application mobile « Coach & Moi » pour aider les salariés à gérer leur stress : ce coach numérique propose des exercices et conseils personnalisés (techniques de respiration, gestion du temps, conseils de sommeil, etc.) afin de prévenir le burn-out et l’anxiété au travail​.
    • Certains proposent aussi des activités collectives autour de la santé mentale : par exemple, AXA Prévention offre depuis 2022 aux petites entreprises des formations aux Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM) pour leurs équipes, afin de former des salariés capables de repérer et d’assister un collègue en détresse psychique​r.

    Outils numériques et solutions digitales

    La digitalisation des services de santé au travail s’est accélérée, avec de nombreux outils en ligne ou applications mobiles mis à disposition depuis 2022.

    • AXA a développé la plateforme Préventelis, un service numérique pour aider l’employeur à gérer ses obligations réglementaires en matière de prévention​. L’entreprise peut réaliser en ligne son Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), tenir à jour les fiches de pénibilité, suivre un tableau de bord des actions de prévention et même accéder à des modules de quiz pour s’auto-former sur la sécurité​.
    • Generali inclut dans ses contrats collectifs santé le programme Generali Vitality. Une application de coaching santé personnalisée qui encourage chaque salarié assuré à adopter une vie plus saine​. Après un bilan initial en ligne (questionnaires sur la santé, l’alimentation, le mode de vie pour déterminer l’âge Vitality de l’assuré), l’utilisateur reçoit des objectifs sur mesure et des recommandations pour améliorer ses habitudes (activité physique régulière, nutrition équilibrée, arrêts du tabac, etc.)​En atteignant ces objectifs, il cumule des points qu’il peut ensuite échanger contre des récompenses ou des réductions chez des partenaires (bons d’achat, tarifs préférentiels…)
    • Malakoff Humanis offre également sa plateforme Mes attitudes santé, un site web interactif de prévention à destination des salariés, avec des contenus pédagogiques, des tests et conseils personnalisés sur divers thèmes (nutrition, sommeil, activité physique, addictions…)​.

    Accompagnement des dirigeants et travailleurs non-salariés (TNS)

    Conscients que les chefs d’entreprise et les indépendants sont eux-mêmes exposés à des risques de santé (stress intense, burn-out, isolement) et ont des besoins spécifiques, les organismes ont développé des offres sur-mesure pour les soutenir.

    • Malakoff Humanis a mis en place dès 2021 une Ligne Écoute Dirigeants dédiée aux employeurs de TPE-PME. Ce service téléphonique permet aux dirigeants de parler à des psychologues ou conseillers en cas de situation difficile.
    • AG2R La Mondiale de son côté a intégré un programme de prévention de l’épuisement professionnel du chef d’entreprise. Ce programme, lancé en partenariat avec les organisations patronales de branches, offre aux dirigeants de TPE-PME un accompagnement personnalisé (ateliers collectifs, coaching individuel, bilan de santé dédié) pour surveiller et améliorer leur propre santé physique et mentale​. Dans le même esprit, AG2R propose l’initiative « Démarche Présence », un accompagnement dans la durée visant à mesurer et prévenir les risques d’arrêts de travail dans l’entreprise, y compris ceux du dirigeant lui-même​
    • Harmonie Mutuelle a conçu un parcours : Harmonie Potentiel Humain – un diagnostic de l’énergie et de l’engagement des collaborateurs – s’adressent aux dirigeants soucieux de maximiser le potentiel humain de leur entreprise. Cette solution évalue, via questionnaires et tests, l’énergie physique et mentale des équipes, puis préconise des actions (coaching, aménagement du temps de travail, activités de cohésion) pour re-mobiliser les salariés et le dirigeant lui-même​.

  • Interventions numériques en santé au travail : un levier stratégique encore sous-exploité selon une étude

    L’article Evaluating the Impact of Digital Health Interventions on Workplace Health Outcomes: A Systematic Review, publié en juin 2024 dans Administrative Sciences par Evripidis Kechagias et al, explore l’efficacité des interventions numériques sur la santé des salariés. Il s’agit d’une revue systématique de la littérature scientifique conforme aux standards PRISMA, analysant 17 études internationales publiées entre 2017 et 2024. Cette revue vise à déterminer si ces outils tiennent leurs promesses en matière de santé, productivité et engagement des collaborateurs.

    Objectifs, méthodologie et périmètre de l’étude

    L’objectif de la revue est clair : identifier les caractéristiques des interventions numériques efficaces en milieu professionnel en évaluant leurs résultats sur la santé mentale, physique et le bien-être des salariés. Les auteurs se concentrent sur des solutions entièrement digitales, excluant les dispositifs combinés à des suivis en présentiel afin d’isoler l’impact du numérique.

    Les 17 études sélectionnées, majoritairement des essais contrôlés randomisés (RCT) ou des recherches en méthodes mixtes couvrent une diversité de secteurs, de pays (Royaume-Uni, Pakistan, Nigeria, Australie, Europe continentale…) et de dispositifs allant d’applications de gestion du stress à des portails santé intégrés à l’intranet d’entreprise. Les populations cibles sont les salariés adultes avec des durées d’intervention variant de quelques semaines à un an.

    Résultats principaux : des effets positifs… mais encore fragiles

    Trois résultats ressortent de manière récurrente :

    1. Amélioration de la santé mentale et du bien-être psychologique : des outils comme WorkGuru (CBT digital) ou la réalité virtuelle pour les cliniciens du NHS (Adhyaru & Kemp, 2022) ont démontré des bénéfices sur l’humeur, la réduction du stress et la motivation.

    2. Réduction de la sédentarité et promotion de l’activité physique : l’application Welbot a augmenté significativement le temps passé debout et les mouvements au poste de travail (Haile et al., 2020).

    3. Personnalisation, accessibilité et engagement utilisateur comme leviers clés : les dispositifs les plus efficaces sont ceux qui s’intègrent aux outils de travail quotidiens (ex. : intranets d’entreprise) et s’adaptent aux préférences des utilisateurs.

    Cependant, plusieurs limites majeures sont identifiées : hétérogénéité des mesures d’impact, prépondérance de données auto-déclarées (biais de désirabilité sociale), absence de suivis à long terme et manque d’indicateurs économiques robustes.

    Enjeux stratégiques pour les entreprises numériques en santé

    Pour les acteurs du numérique en santé, les enseignements de cette revue sont multiples :

    • Opportunité de positionnement : les entreprises qui développent des solutions digitales adaptées au monde du travail disposent d’un terrain fertile, notamment dans les PME et les structures publiques.

    • Nécessité d’une approche centrée utilisateur : les interventions doivent intégrer dès leur conception les préférences, rythmes et contraintes des salariés. Cela suppose des designs adaptatifs et des interfaces intuitives.

    • Besoin de preuves tangibles : la standardisation des indicateurs (absentéisme, bien-être, productivité) et l’évaluation économique doivent devenir la norme pour convaincre les directions générales et les départements RH.

    • Rôle clé du management : les études montrent que le soutien explicite des managers est un facteur décisif dans l’adoption et la pérennité des dispositifs (Thomson et al., 2023).

  • Comment le numérique en santé modifie les actions des différents acteurs de la santé au travail ?

    Des acteurs transformés par le numérique : qui fait quoi aujourd’hui ?

    Fatigue chronique, troubles musculosquelettiques (TMS), stress professionnel, risques psychosociaux : les maux du travail se transforment et s’intensifient. Selon l’Assurance maladie, plus de 85 % des maladies professionnelles reconnues sont liées aux TMS, tandis que les cas de burn-out et de dépression liée au travail continuent d’augmenter. En parallèle, l’allongement de la vie professionnelle oblige à repenser l’accompagnement des salariés sur le long terme. De nombreuses technologies numériques, comme l’IA et les outils de téléconsultation, transforment la santé au travail de manière systémique, impliquant tous les acteurs à des niveaux différents mais complémentaires. Saisir cette opportunité pourra permettre d’améliorer la santé des salariés tout en respectant leur confiance et leur liberté.

    Le numérique qui facilite la prévention pour les employeurs :

    L’introduction du numérique dans la santé au travail n’est pas seulement une question d’outillage : elle traduit une évolution profonde du rôle de l’employeur dans la gestion des risques. En mobilisant des plateformes d’analyse de données, les entreprises s’attachent désormais à détecter les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des problèmes avérés. Absences récurrentes, dégradations de l’ergonomie, manifestations précoces de stress : autant d’éléments que les capteurs intégrés aux équipements de travail ou les dispositifs portables permettent d’identifier en continu. Cette capacité de détection précoce inaugure une logique de prévention plus proactive, presque prédictive.

    Parallèlement, la prévention elle-même évolue vers une personnalisation accrue. Loin des campagnes génériques, les employeurs s’appuient sur des applications mobiles pour adresser des messages ciblés en fonction des risques propres à chaque métier, chaque environnement de travail, voire chaque profil individuel. L’objectif n’est plus seulement d’informer, mais d’accompagner en temps réel les comportements favorables à la santé au travail.

    Enfin, le suivi individualisé des salariés connaît une mutation radicale. Les tableaux de bord RH, enrichis de données santé-travail, permettent de construire des modèles d’alerte autour des risques d’épuisement professionnel ou d’absentéisme. Mais ils offrent également de nouveaux outils d’accompagnement pour les salariés fragilisés, en situation de handicap ou en phase de réinsertion professionnelle. Le numérique introduit ainsi une capacité de pilotage plus fine, plus agile, et fait de la prévention un enjeu stratégique inscrit au cœur même de la gestion des ressources humaines.

    Les datas jouent désormais un rôle clé dans le travail des SST :

    Les services de santé au travail (SST) sont eux aussi en pleine transformation numérique, adaptant leurs pratiques aux nouveaux outils pour mieux répondre aux besoins des salariés. La télémédecine, en particulier, devient un levier crucial pour garantir l’accessibilité des soins. Pour les travailleurs isolés, en télétravail ou souvent en déplacement, pouvoir consulter un médecin du travail à distance permet de maintenir un suivi régulier sans les contraintes logistiques traditionnelles. Cette évolution réduit les inégalités d’accès aux services de santé et assure une continuité de l’accompagnement médical.

    Au-delà des consultations, la gestion de la santé en entreprise prend une dimension résolument pilotée par les données. Les SST s’appuient de plus en plus sur des outils de data visualisation pour repérer les grandes tendances, cartographier les zones de risque et mieux orienter leurs stratégies d’action collective. Cette approche permet non seulement de prioriser les interventions mais aussi de bâtir des programmes de prévention plus adaptés aux réalités du terrain.

    Enfin, la surveillance environnementale connaît une accélération notable avec le déploiement de capteurs IoT dans les milieux professionnels. En mesurant en continu l’exposition au bruit, aux produits chimiques ou aux contraintes ergonomiques, ces dispositifs offrent une lecture en temps réel de l’environnement de travail. Ils permettent aux SST de passer d’une logique de réaction à une logique de prévention proactive, capable d’anticiper et d’atténuer les risques avant qu’ils ne produisent leurs effets délétères.

    Une modification du travail de nombreux acteurs qui bénéficie au salarié :

    À l’heure de la transformation numérique, l’ensemble des acteurs de la santé au travail voit son rôle évoluer en profondeur. Le Comité social et économique (CSE) et la Commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) s’outillent pour mieux défendre les intérêts des salariés. En exploitant les dashboards issus des ressources humaines et les données collectées par capteurs, ils sont capables d’identifier rapidement les zones de risque. Grâce aux outils d’analyse prédictive, ils orientent plus efficacement leurs propositions d’actions et pilotent la mise en œuvre des plans de prévention en collaboration étroite avec l’employeur, notamment via des plateformes numériques dédiées.

    Le médecin du travail, lui aussi, devient un acteur profondément connecté. Il suit désormais les salariés à distance, accède aux dossiers médicaux partagés et réalise des actes de télé-expertise. Cette interconnexion des données lui permet d’affiner ses analyses de risques en croisant des sources internes et externes, tout en développant des actions de formation et de sensibilisation via des modules e-learning et des webinaires interactifs.

    À ses côtés, l’infirmier en santé au travail prend une place centrale dans cette transition numérique. Grâce à des plateformes de suivi et des systèmes d’alerte automatisés, il assure un suivi rapproché des salariés et devient un véritable évaluateur de l’efficacité des solutions mises en place. Sa connaissance du terrain en fait également un acteur clé dans l’adaptation continue des outils numériques aux besoins réels.

    Les services de prévention et de santé au travail (SPST) se positionnent comme les chefs d’orchestre de cette transformation. Ils centralisent et sécurisent l’ensemble des données collectées, veillant au strict respect du règlement général sur la protection des données (RGPD) et des normes d’hébergement des données de santé. Ils ont aussi pour mission d’accompagner les entreprises dans l’appropriation des nouveaux outils, en proposant formation et accompagnement technique.

    De leur côté, les intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP) voient leurs missions se diversifier sous l’effet du numérique. Ils exploitent les données issues des capteurs ou des audits pour analyser les risques, formulent des recommandations basées sur des éléments objectifs, et conçoivent des solutions numériques de prévention sur mesure adaptées aux spécificités de chaque entreprise.

    Enfin, les acteurs institutionnels tels que l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) ou l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) jouent un rôle essentiel de régulateur et de promoteur des bonnes pratiques. Ils développent des outils pédagogiques innovants, comme des simulateurs ou des serious games, évaluent scientifiquement la pertinence des nouvelles technologies proposées au marché, et assurent leur diffusion à l’échelle nationale, garantissant ainsi une transformation numérique éthique et adaptée aux enjeux de santé au travail.

    Un salarié qui devient acteur de sa propre santé :

    Avec l’essor du numérique, le salarié n’est plus un simple bénéficiaire passif des politiques de santé au travail : il devient pleinement acteur de sa propre santé. Les applications mobiles et les plateformes dédiées se multiplient, lui permettant d’auto-évaluer son niveau de stress, de suivre la qualité de son sommeil ou encore de recevoir des conseils de prévention personnalisés, adaptés à son profil et à ses conditions de travail.

    Cette autonomie nouvelle s’accompagne d’un engagement renforcé. Les démarches de prévention prennent des formes plus ludiques, intégrant des éléments de gamification pour favoriser l’adhésion : défis collectifs autour de la santé, badges de bien-être à décrocher, classements d’équipes pour encourager les bonnes pratiques. En rendant la prévention plus interactive et participative, ces outils contribuent à ancrer durablement les comportements favorables à la santé.

    Mais cette ouverture numérique ne va pas sans poser des défis majeurs en matière de protection des données. À mesure que les informations sensibles sur la santé des salariés sont collectées et traitées, le respect de la vie privée devient une exigence fondamentale. Transparence sur l’utilisation des données, consentement éclairé, sécurisation des systèmes : autant de conditions indispensables pour maintenir la confiance et éviter que l’outil numérique ne se transforme en vecteur de surveillance intrusive.

    Comment le numérique en santé modifie les actions des différents acteurs de la santé au travail ?
    Comment le numérique en santé modifie les actions des différents acteurs de la santé au travail ?