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  • Détection du cancer de la bouche : DeepLife et le Centre Léon Bérard publient un atlas cellulaire

    Un nouvel outil de cartographie cellulaire pour comprendre l’OSCC

    Le Centre Léon Bérard (CLB) et la biotech DeepLife ont présenté l’Atlas Cellulaire de la Muqueuse Orale (OMC-Atlas), une ressource issue de leur collaboration, dirigée par le Pr Pierre Saintigny. Ce projet associe des données issues de la plateforme DeepLife OmicStore à des échantillons de patients traités au CLB, pour créer un référentiel cellulaire de haute résolution retraçant l’évolution de tissus sains vers le carcinome épidermoïde oral (OSCC), responsable de plus de 350 000 décès par an.

    Comprendre les mécanismes cellulaires précoces

    L’OMC-Atlas documente les trajectoires des cellules épithéliales, immunitaires et stromales à travers les différentes étapes de la tumorigenèse, en mettant en évidence les points de bascule où les troubles potentiellement malins oraux qui évoluent vers un OSCC. Environ 20 à 30 % de ces troubles évoluent vers un cancer, souvent détecté tardivement, avec un taux de survie inférieur à 50 %. Cet outil vise à éclairer les vulnérabilités exploitables à des fins thérapeutiques et diagnostiques.

    Grâce à l’analyse des données à l’échelle unicellulaire, l’OMC-Atlas permet d’identifier les altérations moléculaires du stade de la dysplasie jusqu’à la métastase. Ce travail ouvre la voie à la découverte de biomarqueurs pronostiques et de cibles thérapeutiques, en particulier pour les 30 % de patients qui présentent une rechute ou une résistance aux traitements actuels.

    Applications cliniques et perspectives

    Parmi les perspectives évoquées : la réorientation de médicaments existants à l’aide d’outils d’intelligence artificielle, et la validation des biomarqueurs via des essais cliniques en collaboration avec plusieurs établissements hospitaliers. DeepLife et le CLB annoncent la publication des résultats complets en 2025. Les deux partenaires sont également engagés dans l’Action INTERCEPT, soutenue par le programme COST de la coopération européenne en science et technologie. Ce groupe de travail se concentre sur les OPMD et développe des stratégies de prévention personnalisée. Avec cet atlas, les chercheurs disposent d’une cartographie cellulaire pour mieux comprendre, diagnostiquer et traiter les cancers de la bouche.

  • IA et maladies chroniques respiratoire, des applications concrètes pour des pathologies répandues

    Les maladies respiratoires chroniques sont essentiellement représentées par l’asthme, la BPCO et la mucoviscidose. A ceci se rajoute le cancer du poumon et les maladies rares touchant les poumons. Ces deux derniers types de maladies respiratoires chroniques ne seront pas traités dans cette étude, ayant fait l’objet d’étude précédente dans HTI disponible ici pour l’oncologie, et ici pour les maladies rares.

    📌 Maladies respiratoires : 10 millions de Français touchés, mais 54 % mal informés sur les symptômes

    En France, près de 10 millions de personnes souffrent de maladies respiratoires chroniques, dont l’asthme (4 millions) et la BPCO (3,5 millions), mais la prévention reste insuffisante et la sensibilisation limitée. Malgré des dépenses publiques de prévention atteignant 6,7 milliards d’euros en 2022, 54 % des Français se disent mal informés sur les symptômes à surveiller et seuls 30 % s’estiment à risque. Ce déficit d’information contribue à 12 000 décès prématurés et 100 000 hospitalisations évitables chaque année. Les inégalités sociales aggravent la situation, les plus modestes étant 1,6 fois plus touchés, tandis que l’innovation et l’IA offrent de nouvelles pistes pour améliorer le dépistage et la prise en charge.

    👉 H&TI vous détails les chiffres clés autour des maladies respiratoire ici.

    📌 Entretien avec Antoine Magnan : la clinique universitaire des bronches, un modèle inédit pour la prise en charge intégrée des maladies pulmonaires chroniques grâce à l’IA

    En mars 2025 l’Hôpital Foch a lancé la Clinique Universitaire des Bronches (CUB) la première structure en France et en Europe dédiée aux maladies pulmonaires chroniques, qui concernent près de 10 % de la population. Grâce à des partenariats avec des start-up en intelligence artificielle, la CUB mise sur le dépistage par scanner faible dose, l’imagerie IRM 3D et la télésurveillance pour améliorer le diagnostic et le suivi, alors que 70 % des patients atteints de BPCO ignorent leur maladie. La cohorte CUB Trajectory vise à regrouper 10 000 patients d’ici fin 2025 pour analyser les réponses aux traitements et identifier de nouveaux facteurs de risque. En parallèle, la clinique développe la recherche sur les biomarqueurs prédictifs et les jumeaux numériques pour accélérer la compréhension et l’innovation thérapeutique dans l’asthme et la BPCO, tout en favorisant le partage de données entre plusieurs sites.

    Chiffre clé : 70% des patients atteints de BPCO ignorent leur maladie

    👉 H&TI vous debrief son entretien avec le professeur Antoine Magnan ici.

    📌IA explicable : +13 % de précision diagnostique en binôme avec le pneumologue

    Selon une étude européenne publiée dans l’European Respiratory Journal, l’association d’une intelligence artificielle explicable (XAI) avec 78 pneumologues a permis d’augmenter la précision diagnostique des tests de fonction pulmonaire jusqu’à +13 % par rapport à l’IA seule, et de +10,4 % à +5,4 % par rapport aux cliniciens seuls selon les phases. L’outil XAI, qui fournit des explications sur ses décisions via la méthode des valeurs de Shapley, a aussi renforcé la confiance des médecins et leur accord entre pairs. Les pneumologues n’ont pas suivi aveuglément les suggestions erronées de l’IA, montrant une résistance à l’automatisation biaisée. L’étude confirme que la collaboration humain-IA, et non la substitution, optimise la qualité du diagnostic médical.

    Chiffre clé : Par rapports au médecins seuls, l’IA améliore la précision diagnostique de 5,4% à 10,4% et de 13% en associant les deux.

    👉 H&TI analyse pour vous cette étude riches en enseignements ici.

     

    📌Ailleurs en Europe : au Royaume-Uni myCOPD et myAsthma, des applications qui réduisent exacerbations et améliorent l’autonomie des patients respiratoires.

    Les applications myCOPD et myAsthma proposent des programmes de réhabilitation, des vidéos éducatives et un suivi personnalisé pour optimiser leur prise en charge à distance. myCOPD double la capacité de réhabilitation pulmonaire, porte les taux de complétion à plus de 70 % et réduit de près de moitié les exacerbations, tandis que 82,7 % des utilisateurs la jugent facile à utiliser et 66,1 % constatent moins d’aggravations. MyAsthma permet une gestion proactive de l’asthme, avec plus de 1 300 patients enregistrés et plus de 800 vidéos visionnées, et contribue à diminuer les hospitalisations. Ces solutions, intégrables aux systèmes de santé, facilitent le suivi à distance et l’ajustement des traitements par les cliniciens, particulièrement en contexte de ressources limitées.

    Chiffre clé : MyCOPD divise par deux les exacerbations.

    👉 H&TI étudie pour vous un des piliers de la lutte contre les maladies respiratoires chroniques au RU ici.

    📌🗺️Maladies respiratoires chroniques : la France freinée par l’absence de pilotage national et le cloisonnement des acteurs

    Bien que la France dispose d’un écosystème riche en expertise clinique, recherche, industrie et mobilisation associative autour des maladies respiratoires chroniques, la coordination reste insuffisante en raison d’un manque de stratégie nationale structurante. Les coopérations entre hôpitaux, sociétés savantes, industriels et associations de patients demeurent ponctuelles, limitant l’impact sur l’organisation des soins, la prévention et l’éducation thérapeutique. L’absence de plan national depuis plus de dix ans, le cloisonnement des systèmes d’information et les inégalités d’accès aux centres experts freinent une réponse collective efficace. Pour progresser, une alliance durable et structurée de tous les acteurs s’avère indispensable afin de garantir une prise en charge cohérente et équitable sur l’ensemble du territoire.

    👉 H&TI cartographie l’écosystème des maladies respiratoires en France ici.

    📌🗺️L’IA en pneumologie : des avancées concrètes pour les maladies respiratoires chronique

    L’intelligence artificielle (IA) transforme la pneumologie française avec 19 cas d’usage, principalement dans la détection et le diagnostic des pathologies respiratoires. Parmi les innovations, l’IA permet la détection précoce de l’apnée du sommeil et l’analyse des radiographies thoraciques pour identifier des opacités évocatrices de pneumonie. Elle améliore également la prédiction des exacerbations aiguës de la BPCO et l’accompagnement personnalisé des patients via des assistants virtuels. Ces avancées promettent une médecine respiratoire plus anticipatrice et personnalisée.

    👉 H&TI décrit les différents cas d’usage ici.

    📌🗺️Diagnostic, télésurveillance, génomique : 15 innovations IA au service des maladies respiratoires

    L’écosystème des maladies respiratoires chroniques intègre 15 solutions d’IA, dont 7 gérées par les patients (chatbots, outils de mesure, télésurveillance) et 6 par les soignants, tandis qu’une solution cible la drug discovery et une l’analyse génomique, avec 3 dispositifs marqués CE. Les chatbots Vik Asthme et Vik BPCO, les outils Caducy et StethoMe, et les dispositifs Bora Care, Mucopilot et Findair favorisent l’autonomie et le suivi à domicile. Côté professionnel, des outils comme OSO-AI, Resmonics, Colibri, Smart Speed, ADVANCE Chest CT et Aview LCS+ optimisent le diagnostic et la surveillance. Enfin, Kantify et AlphaMissens ouvrent la voie à de nouvelles approches thérapeutiques et de détection génétique dans la prise en charge des maladies respiratoires chroniques.

    Chiffre clé : 3 produits CE utilisant l’IA pour la prise en charge des maladies respiratoires chroniques.

    👉 H&TI dresse pour vous le panorama des solutions ici.

  • « La fragmentation des approches actuelles, traitant chaque pathologie de manière isolée, est obsolète » (Antoine Magnan, hôpital Foch)

    Les pathologies chroniques des bronches (en particulier la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) et l’asthme) concernent près de 10 % de la population selon Santé publique France et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et sont en constante augmentation. Pour y faire face, l’Hôpital Foch a créé un centre unique en France et en Europe, la Clinique Universitaire des Bronches (CUB). Ce centre vise à proposer pour ces pathologies une prise en charge intégrée, alliant soins, recherche et enseignement. Le Pr Antoine Magnan, Pneumologue, Chef de service de l’Hôpital Foch, Professeur UVSQ Paris Saclay, Chercheur INRAe nous décrit les enjeux relevés par la clinique, et la place de l’IA dans ces travaux.

    L’IA : un outil au service du patient et des professionnels, mis en place à la CUB à partir de partenariats stratégiques

    Le dépistage et le diagnostic :

    Concernant le dépistage, un changement majeur de paradigme est attendu : la mise en place du dépistage du cancer du poumon chez les patients fumeurs à l’aide du scanner faible dose va également dépister de nombreux patients atteints de BPCO (70% des patients atteints de BPCO ignorent leur maladie). Les professionnels de santé vont devoir faire face à cet afflux de patients, et l’utilisation de l’IA pour aider à l’interprétation des scanners dans ce contexte est clé. L’imagerie a très tôt utilisé l’IA pour aider à l’interprétation, avec en imagerie pulmonaire des outils de détection de nodules. On commence à voir apparaitre des outils dédiés aux pathologies bronchiques.

    Mais l’innovation va plus loin, et l’utilisation de l’IRM 3D permet une « spirométrie », soit l’analyse de la fonction respiratoire en respiration spontanée. La CUB travaille sur ce sujet dans le cadre d’un partenariat avec Le laboratoire d’Imagerie biomédicale multimodale Paris Saclay (BioMaps). Cette imagerie est précise et territorialisée, et permet de mettre en évidence des zones d’hypoventilation périphériques en rapport avec l’asthme, la BPCO ou l’emphysème. L’hôpital Foch et Biomaps sont partenaires d’un projet européen (V|LF-Spiro3D) sur cette imagerie dans le suivi des greffes pulmonaires.

    Prise en charge des patients

    La CUB envisage la mise en place de solutions de télésurveillance des patients BPCO ventilés à domicile. Certaines de ces solutions utilisent l’IA pour prédire les exacerbations en fonction de l’analyse de données de suivi et permettent de prédire les exacerbations aiguës de BPCO avant l’hospitalisation.

    Recherche : IA et médecine prédictive

    · Recherche de biomarqueurs prédictifs. En partenariat avec l’équipe HeKa de l’INSERM et INRIA la CUB a le projet de modéliser les trajectoires de patients porteurs de pathologies bronchiques chroniques pour mettre en évidence les points communs entre ces patients, et valider les traitements potentiels sur les cibles identifiées et non plus sur des critères de classification classiques. Ainsi, les biothérapies utilisées dans l’asthme, sont potentiellement intéressantes pour des patients BPCO, en fonction par exemple de la présence d’une inflammation éosinophilique dite T2. L’IA va permettre de réaliser un clustering des patients pour modéliser et prédire.

    · Partenariat avec Lifen. Lifen permet la diffusion des compte-rendus, et met ainsi à disposition des chercheurs les données d’un grand nombre de patients (objectif 10 000 patients fin 2025) pour « faire tourner » l’IA sur ces données. La cohorte CUB Trajectory a été ainsi mise en place pour mieux comprendre et lutter contre l’asthme et la BPCO ; elle a pour objectif d’évaluer la réponse aux traitements existants, d’identifier les facteurs de risque associés et d’optimiser les parcours de soins. Actuellement, la cohorte est mise en place à Foch, mais l’objectif est d’associer d’autres sites à ce projet.

    · Jumeaux numériques : un partenariat avec Botdesign vise à générer des cohortes de patients artificiels pour faciliter et accélérer les projets de recherche pour lesquels le nombre de patients est insuffisant pour conclure.

    Ainsi, Le Pr Antoine Magnan explique : “La fragmentation des approches actuelles, traitant chaque pathologie de manière isolée, est obsolète. Avec la Clinique Universitaire des Bronches, nous construisons un modèle global qui met à disposition des patients toutes les innovations diagnostiques et thérapeutiques existantes ».

  • 15 solutions d’IA pour les maladies respiratoire chroniques

    Télésurveillance, inhalateur connecté, stéthoscope intelligent, données visuelles ou sonores, géré par le patient ou par les soignants, Health&Tech Intelligence analyse pour vous l’écosystème des solutions d’IA utilisées pour le diagnostic, le traitement ou la surveillance des maladies respiratoires chroniques.

    7 solutions à destination du patient

    Les maladies chroniques peuvent amener le patient à être un acteur particulièrement pro-actif dans la gestion de sa santé, c’est pourquoi certaines solutions sont manipulées essentiellement par le malade. Dans cette catégorie on retrouve 2 chabots, 2 outils de mesures ponctuelles de la respiration et 3 solutions de télésurveillance.

    Les solutions laissant le plus d’autonime au patient sont les chatbots. Vik Asthme et Vik BPCO sont deux applications développées par la société Wefight et programmés pour répondre aux questions et accompagner les patients dans la gestion de leur maladie. Toujours en termes d’autonomie viennent ensuite les outils de mesures ponctuel à usage patient. Ils visent à analyser la respiration, Caducy donne la fréquence respiratoire à l’aide d’une simple vidéo et StethoMe analyse les sons de la respiration du patient via un dispositif portable et fait lui même l’analyse des caractéritiques de la respiration et des problèmes éventuels. Enfin les solutions de télésurveillance, elles sont au nombre de 3 : Mucopilot d’Ad Scientam qui permet aux personnes souffrant de mucoviscidose de prendre des mesures avec leur smartphone puis de les transmettre à aux équipes soignantes. Bora Care de Biosency, un bracelet qui mesure la fréquence respiratoire, le taux de saturation en oxygène dans le sang ainsi que la fréquence cardiaque. Ces données sont ensuite combinées avec les informations cliniques du patient et les données satellitaires de qualité de l’air. La compilation de ces données, permet d’identifier les biomarqueurs d’une dégradation de l’état du patient. Et les inhalateurs intelligents de Findair qui collecte les datas sur leur utilisation permettant aux médecins et aux patients d’évaluer le suivi du traitement via une plateforme partagée.

    6 gérées par le personnel médical

    Si le caractère chronique de ces maladies respiratoires amène à une implication du patient, il reste des examens entièrement supervisés par le médecins. C’est particulièrement le cas pour les solutions de diagnostic et les solutions utilisées en hôpital.

    Pour l’hôpital, OSO-AI utilise l’analyse automatisée des sons respiratoires pour détecter précocement la détresse respiratoire, facilitant ainsi la surveillance des patients vulnérables en établissements ou à domicile, et Resmonics analyse la toux nocturne et le respect des normes d’hygiène. Colibri, à destination d’un médecin hospitalier ou non, utilise le machine Learning pour prédire des événements cliniques et soutenir la décision médicale.

    Pour le diagnostic Smart Speed  de Philips améliore la résolution des images médicales grâce au deep learning ADVANCE Chest CT de contextflow offre un diagnostic assisté par imagerie, avec détection et quantification automatisées des anomalies pulmonaires, et Aview LCS+ de Coreline Soft permet, à partir d’un seul scanner thoracique, de diagnostiquer trois pathologies majeures : cancer du poumon, BPCO et calcifications coronariennes.

    1 solution en Drug discovery et 1solution en analyse génomique

    Ces solutions d’IA de Kantify et de google deepmind ne sont pas dédiées aux maladies respiratoires chroniques mais elles peuvent cependant intervenir dans la prise en charge de ces dernières : Le logiciel de Kantify, entraîné  sur 150 000 molécules a permis d’identifier , une combinaison moléculaire potentiellement intéressante dans le traitement de la mucoviscidose et AlphaMissens, développé par Google DeepMind, attribue à chaque mutation une probabilité d’être à l’origine d’une maladie, comme, entre autres, la mucoviscidose . De nombreux algorithmes de découvertes de médicaments ou d’analyse génomique peuvent potentiellement intervenir dans la prise en charge des maladies respiratoires chroniques.

    Cartographie des solutions d’IA pour les maladies respiratoires chroniques disponibles en France @HTI
  • Maladies respiratoires chroniques : la nécessité d’une alliance durable des acteurs français

    Une gouvernance mondiale en quête de cohérence

    Au niveau international, plusieurs cadres de coopération se sont structurés autour des MRC : l’OMS, via l’Alliance mondiale contre les maladies respiratoires (GARD), a réuni dès 2006 des institutions, sociétés savantes (ERS, ATS, etc.), ONG et ministères de la Santé pour définir des feuilles de route communes. Des initiatives comme les rapports GINA (pour l’asthme) ou GOLD (pour la BPCO) ont posé des standards internationaux de prise en charge, largement repris. Des ONG comme la European Lung Foundation ou la COPD Foundation jouent aussi un rôle pivot de mise en lien entre patients, cliniciens et décideurs. Toutefois, cette gouvernance mondiale reste marquée par une fragmentation des agendas, notamment entre pays du Nord et pays du Sud, et une insuffisante intégration des patients.

    Un écosystème français dense mais cloisonné

    La France dispose d’un tissu d’acteurs exceptionnellement dense dans le champ respiratoire, avec une forte expertise clinique, des industriels engagés, une mobilisation des patients et un soutien public croissant. Pourtant, les coopérations entre ces sphères demeurent trop souvent ponctuelles ou informelles.

    Une expertise hospitalière grâce à des centres spécialisés :

    Les hôpitaux universitaires constituent le socle de l’expertise clinique. Des centres comme Bichat, Bicêtre, Lyon-Louis Pradel, Foch, le CHU de Toulouse ou encore le CHU de Nantes concentrent la prise en charge des cas complexes (asthmes sévères, fibroses rares, HTAP), et sont fortement impliqués dans la recherche clinique. Le réseau CRISALIS (asthme sévère) ou la filière RespiFIL (maladies rares respiratoires) sont des exemples de mise en réseau entre centres, avec un soutien institutionnel. Ces établissements ancrent une dynamique nationale, mais leur interaction avec la ville ou les acteurs médico-sociaux reste limitée.

    Des sociétés savantes pour la normalisation des pratiques :

    Les sociétés savantes, comme la SPLF, structurent les savoirs médicaux, forment les professionnels et assurent un lien avec la recherche. Elles dialoguent avec la HAS pour l’élaboration des recommandations et participent à l’évaluation de stratégies de prise en charge. Toutefois, le lien avec les associations de patients, bien qu’en progrès, demeure encore marginal dans les processus décisionnels.

    Des industriels qui qui développent des innovations thérapeutiques :

    Les industriels (Sanofi, Boehringer Ingelheim, AstraZeneca, GSK, Chiesi…) collaborent régulièrement avec les centres experts pour les essais cliniques ou le déploiement de biothérapies ciblées. Ils ont contribué à l’émergence de traitements innovants pour l’asthme sévère, la BPCO ou la fibrose pulmonaire. Cependant, ces coopérations restent centrées sur les solutions thérapeutiques, et plus rarement sur les parcours de soins, l’éducation thérapeutique ou la prévention.

    Des associations de patients qui essayent de plus s’impliquer :

    Les associations de patients (Santé Respiratoire France, Asthme & Allergies, FFAAIR, AFPF…) ont su se structurer nationalement et peser dans le débat public, notamment à travers les États Généraux de la santé respiratoire. De plus en plus impliquées dans les avis de la HAS ou les comités de pilotage de filières, elles peinent encore toutefois à être considérées comme des partenaires à part entière par les industriels ou certains décideurs publics. Leur contribution à la co-construction des politiques de santé respiratoire pourrait être renforcée.

    Les institutions au coeur de la coordination nationale, malgré un manque clair de stratégie nationale :

    Des acteurs publics comme la HAS, Santé publique France ou l’Assurance maladie ont renforcé leur engagement sur les MRC (via les recommandations, les campagnes de prévention ou le programme Sophia). Néanmoins, l’absence de pilotage global via un Plan national structurant depuis plus d’une décennie limite la cohérence de l’action publique. Certaines dynamiques régionales existent, mais leur portée reste inégale.

    Alors que la France possède un écosystème dense pour la prise en charge des maladies respiratoires chroniques, c’est le manque de pilotage national global (pas de Plan respiratoire ambitieux depuis 2010), le cloisonnement des systèmes d’information entre ville et hôpital, les inégalités d’accès aux centres experts, et les financements insuffisants des actions non-médicamenteuses (réhabilitation, ETP), qui empêchent pour le moment une coordination de tout ces acteurs.

    Acteurs de la pneumologie
    Acteurs de la pneumologie – @H&TI
  • L’IA explicable fait mieux… en collaboration avec les pneumologues que l’IA seule (étude)

    L’étude « Collaboration between explainable artificial intelligence and pulmonologists improves the accuracy of pulmonary function test interpretation », publiée en avril 2023 dans European Respiratory Journal par Nilakash Das et al., explore une problématique importante en médecine respiratoire : comment optimiser l’interprétation des tests de fonction pulmonaire (PFT) face à leur complexité croissante ? Ce travail multicentrique impliquant 78 pneumologues européens démontre qu’un modèle d’intelligence artificielle explicable (XAI) améliore significativement les performances diagnostiques lorsqu’il est utilisé en appui, et non en remplacement, des cliniciens.

    L’enjeu est stratégique : alors que l’IA est souvent perçue comme une alternative aux experts, cette étude montre qu’elle est surtout un levier puissant de collaboration.

    Objectifs et méthode : tester le binôme humain-IA

    L’étude se décline en deux phases :

    • Phase 1 (P1) : étude monocentrique avec 16 pneumologues du CHU de Louvain.
    • Phase 2 (P2) : étude multicentrique avec 62 pneumologues de 16 centres européens.

    Chaque participant a interprété deux fois 24 rapports de PFT, d’abord seul (condition « contrôle »), puis avec l’aide d’un outil d’IA explicable (condition « intervention »). L’outil XAI fournissait non seulement un diagnostic suggéré, mais aussi des explications sur les variables ayant influencé cette décision, selon la méthode des valeurs de Shapley.

    Les performances ont été mesurées selon deux critères principaux :

    • précision du diagnostic préférentiel (le diagnostic principal proposé) ;
    • précision du diagnostic différentiel (ensemble des hypothèses posées).

    Des indicateurs secondaires ont été évalués : confiance diagnostique, accord entre médecins, évolution des décisions et influence des suggestions de l’IA.

    Résultats : le duo IA-médecin dépasse l’IA seule

    Stratégies pour l’intégration réussie de l’IA dans les soins @ H&TI

    L’ajout de l’IA explicable a entraîné une hausse significative de la précision :

    • Phase 1 : +10,4 % en diagnostic préférentiel, +9,4 % en diagnostic différentiel.
    • Phase 2 : +5,4 % et +8,7 % respectivement.

    Mieux encore, le binôme pneumologue + XAI a dépassé les performances de l’IA seule : +13 % en précision du diagnostic préférentiel en P1, +12,1 % en P2. Ce résultat est central : l’IA est performante, mais l’humain reste décisif lorsqu’il est bien accompagné. Les cliniciens ont rapporté une hausse de leur confiance diagnostique et une meilleure convergence entre pairs. Fait notable : les pneumologues n’ont pas aveuglément suivi les recommandations erronées de l’IA. La baisse de performance en cas de mauvaise suggestion restait marginale, attestant d’une relative résistance à l’automatisation biaisée.

    L’étude de Das et al. permet une validation robuste du modèle d’IA explicable comme assistant médical, et non comme substitut. Cela peut impliquer plusieurs orientations stratégiques pour les industriels du secteur :

    • prioriser la transparence : les outils d’aide à la décision doivent intégrer des fonctions d’explication intelligibles. La méthode des valeurs de Shapley s’impose comme une référence dans ce domaine ;
    • cibler la collaboration, pas la substitution : les outils les plus efficaces renforcent les compétences cliniques. La valeur ajoutée ne vient pas d’une « IA contre le médecin », mais d’un binôme augmenté ;
    • former les professionnels à l’interprétation des sorties IA : l’étude montre que l’acceptation de l’IA est forte chez les cliniciens, même peu expérimentés avec ces outils. Cela ouvre un terrain favorable à la formation, à l’intégration en routine et à la montée en puissance des CDSS (Clinical Decision Support Systems) ;
    • anticiper l’extension à d’autres spécialités : bien que centrée sur la pneumologie, cette approche est transposable à toute discipline à forte densité de données structurées (cardiologie, imagerie, médecine interne, etc.).

    Malgré des résultats solides, l’étude présente des limites importantes :

    • l’échantillon sur-représente certaines pathologies rares, et tous les patients sont caucasiens, ce qui limite la généralisation ;
    • les diagnostics ont été posés sans imagerie ni tests complémentaires, ce qui ne reflète pas complètement la pratique réelle ;
    • enfin, l’impact clinique et économique (temps gagné, réduction d’examens redondants, coût évité) reste à démontrer dans un contexte réel.

    Des études prospectives plus larges, en vie réelle, sont nécessaires pour évaluer la valeur ajoutée de ces outils sur la chaîne de soin globale.

  • 19 cas d’usage de l’IA pour les maladies respiratoires chroniques en France

    La détection et le diagnostic comptent le plus de cas d’usage

    C’est dans la détection des pathologies respiratoires que l’IA montre aujourd’hui ses résultats les plus concrets en pneumologie, avec 8 cas d’usage. En analysant des signaux auparavant difficiles à exploiter – comme des sons respiratoires, des images thoraciques ou encore des micro-mouvements du visage – l’IA permet d’identifier plus précocement les signes caractéristiques de nombreuses maladies respiratoires.

    Par exemple, l’IA permet la détection de l’apnée du sommeil par signaux non invasifs : les algorithmes acoustiques sont capables de reconnaître des motifs sonores spécifiques liés aux apnées du sommeil ou aux anomalies respiratoires (projets : ARI-SOM, Sunrise/SENSAPNEA). Cette approche ouvre la voie à des dispositifs non-invasifs, utilisables à domicile, qui écoutent et apprennent à reconnaître des schémas respiratoires pathologiques.

    La toux nocturne est aussi concernée par l’IA, puisque le traitement du signal audio par IA permet aujourd’hui de détecter et d’analyser cette toux nocturne des patients de manière continue (Resmonics). Ce cas d’usage apporte un éclairage objectif sur un symptôme difficilement quantifiable, et peut être utilisé pour surveiller l’évolution de la pathologie ou déclencher une alerte précoce.

    Côté imagerie, les modèles de deep learning appliqués aux radiographies thoraciques permettent de détecter automatiquement des opacités évocatrices de pneumonie (CHU de Lille), avec des niveaux de précision prometteurs. Plus poussés encore, certains outils analysent les scanners pulmonaires pour quantifier l’atteinte fibreuse, aidant ainsi à affiner le pronostic et à surveiller l’évolution d’une fibrose pulmonaire (Brainomix). En plus de cela, en analysant un scanner thoracique, l’IA peut désormais identifier automatiquement des anomalies pulmonaires comme les nodules, les lésions fibrosantes ou les signes d’emphysème (contextflow), ainsi que plusieurs pathologies à la fois, telle que la BPCO, le cancer du poumon, ou encore les calcifications coronariennes (Coreline Soft).

    Aujourd’hui, l’IA permet aussi une analyse vidéo de la fréquence respiratoire, grâce à l’extraction de paramètres respiratoires à partir d’une simple vidéo (Caducy). En analysant les micro-variations du visage ou du thorax du patient, l’IA déduit la fréquence respiratoire de manière non invasive. Ce cas d’usage ouvre la voie à des outils de télésurveillance respiratoire extrêmement accessibles, utilisables à domicile via un smartphone ou une webcam.

    Enfin, des projets explorent la reconnaissance de sons respiratoires complexes comme les crépitants ou les sifflements, afin d’identifier différentes pathologies pulmonaires (OSO-AI, AP-HP, StethoMe). Tous ces cas d’usage ont un point commun : ils automatisent, standardisent et fiabilisent des étapes cruciales du diagnostic pneumologique.

    De meilleures images, pour une meilleure détection :

    Avant même l’étape du diagnostic, l’IA est désormais capable d’améliorer la résolution et la netteté des images obtenues par scanner ou IRM (Philips SmartSpeed). Elle permet une reconstruction optimisée des structures anatomiques, facilitant l’interprétation des examens thoraciques, notamment chez les patients atteints de pathologies pulmonaires chroniques.

    L’IA pour prédire et prévenir : un champ encore émergent

    Si les usages liés à la détection sont les plus visibles, l’intelligence artificielle commence également à faire ses preuves dans un domaine plus subtil mais tout aussi stratégique : la prédiction et la prévention des complications. 4 cas d’usage de l’IA concernent donc la prévention et la prédiction des pathologies respiratoires chroniques. Ici, l’objectif est de repérer les signaux faibles d’une aggravation clinique avant même que les symptômes n’apparaissent.

    Un premier cas d’usage consiste à prévoir les exacerbations aiguës chez les patients atteints de BPCO, en s’appuyant sur des dispositifs connectés et des algorithmes d’apprentissage automatique. Ces outils, comme celui développé dans le projet Bora Care (Biosency), analysent en temps réel des données physiologiques captées par un bracelet porté au poignet (fréquence respiratoire, saturation en oxygène, rythme cardiaque, etc.). Grâce à l’IA, ils identifient des patterns annonciateurs d’une décompensation, parfois plusieurs jours avant qu’elle ne se manifeste cliniquement.

    Un deuxième cas d’usage touche à la prévention des erreurs dans l’utilisation des dispositifs médicaux, en particulier les inhalateurs pour l’asthme et la BPCO. Ces erreurs d’usage sont fréquentes et altèrent l’efficacité du traitement. L’IA, ici embarquée dans un assistant de coaching numérique comme celui conçu par Hephaï, est capable de détecter en temps réel une mauvaise technique (grâce à l’analyse des sons et des gestes) et de corriger immédiatement l’utilisateur.

    Enfin, on voit émerger un troisième cas d’usage orienté vers les maladies chroniques rares, notamment la mucoviscidose, où l’enjeu est d’adapter le suivi au quotidien du patient. La plateforme Phéal-Mucolab de Phéal met en œuvre une IA capable de proposer un télésuivi préventif et individualisé en fonction des données cliniques, environnementales ou comportementales. Pour ces mêmes maladies, un autre cas d’usage permet une meilleure analyse génomique prédictive (Google Deepmind) : l’IA appliquée à la génomique permet de prédire la pathogénicité de certaines mutations, notamment dans des maladies rares comme la mucoviscidose. Ce cas d’usage intervient en amont du diagnostic clinique, en orientant la recherche ou en aidant les cliniciens à interpréter les résultats d’analyses génétiques complexes.

    Ces cas d’usage incarnent une bascule vers une médecine respiratoire plus anticipatrice, capable d’intervenir avant l’aggravation, grâce à une lecture fine et dynamique des signaux de santé.

    L’IA comme appui aux décisions thérapeutiques complexes :

    En pneumologie, certains choix thérapeutiques exigent une évaluation fine du profil du patient, de la gravité de la maladie, de son évolution probable et des préférences du patient. C’est précisément dans cette complexité que l’IA peut jouer un rôle de soutien.

    Un premier cas d’usage émerge dans l’asthme pédiatrique, où l’on voit se développer des algorithmes d’aide à la décision intégrant les données cliniques et les préférences des familles (AP-HP). L’IA devient alors une interface pour mieux concilier expertise médicale et vécu du patient, avec une logique de co-construction du plan thérapeutique.

    Un deuxième cas d’usage est centré sur les fibroses pulmonaires, où l’IA est mobilisée pour produire des scores d’atteinte à partir de l’analyse fine des images scanner (Brainomix). Ce score, corrélé à l’évolution respiratoire du patient, permet au pneumologue d’orienter plus précisément son choix de traitement ou de surveillance.

    L’intérêt de ces cas d’usage réside donc dans leur capacité à accompagner la décision, sans l’automatiser. L’IA y apparaît comme un copilote médical, utile surtout quand les options sont multiples et les trajectoires incertaines.

    L’IA pour accompagner les patients au quotidien

    L’un des apports les plus concrets de l’intelligence artificielle en pneumologie réside dans l’accompagnement personnalisé des patients en dehors du cadre hospitalier. Grâce à des interfaces accessibles et souvent mobiles, l’IA permet aujourd’hui de maintenir un lien continu entre les patients et les équipes soignantes et deux cas d’usage sont a relevé pour cet accompagnement.

    L’usage le plus répandu est celui des assistants virtuels ou chatbots qui permettent un accompagnement et une éducation continue (Vik Asthme, Vik BPCO, Vik Mucoviscidose), qui jouent un rôle de compagnon thérapeutique. Capables de répondre à des questions simples, de rappeler des prises de traitement ou de suivre des symptômes, ces outils offrent un soutien quotidien, y compris pour des patients éloignés des centres de soins. Ils s’insèrent ainsi dans une logique d’autonomisation progressive, en renforçant l’adhésion au traitement et la compréhension de la maladie.

    Certaines plateformes, comme Phéal-Mucolab, vont plus loin en proposant un télésuivi intelligent et individualisé, capable d’ajuster les recommandations à chaque profil patient. L’IA y analyse un ensemble de données hétérogènes – symptômes, contexte environnemental, habitudes de vie – pour produire un accompagnement réactif et personnalisé.

    Ainsi, l’IA ne se contente pas de soigner ou de diagnostiquer : elle s’installe dans le quotidien des patients pour les rendre plus acteurs de leur santé respiratoire.

    L’IA comme levier d’éducation thérapeutique personnalisée :

    Un autre des apports prometteurs de l’intelligence artificielle réside dans sa capacité à personnaliser l’éducation thérapeutique, qui permet, là aussi, d’accompagner le patient dans son quotidien. Dans le champ des maladies respiratoires chroniques, où l’adhésion au traitement et la compréhension de la maladie sont des facteurs clés de succès, l’IA permet d’offrir un accompagnement pédagogique continu et adapté au niveau de chaque patient.

    Concrètement, cela passe par des interfaces conversationnelles qui exploitent le traitement automatique du langage pour répondre aux questions du patient, reformuler des informations complexes, ou encore l’alerter en cas d’oubli de traitement. L’expérience est individualisée : l’IA adapte ses contenus et son ton en fonction du profil de la personne, de son historique ou de ses objectifs de santé (cas d’usage : coaching à l’usage de l’inhalateur, par Hephaï, ou encore le suivi de l’usage des inhalateurs connectés permit par la solution de Findair).

    Certains outils éducatifs plus complets, comme ceux proposés sous forme de chatbots, permettent un accompagnement et une  éducation continue (Vik Asthme, Vik BPCO, Vik Mucoviscidose), et offrent une interaction continue et évolutive avec le patient. Ils sont capables de capter les incompréhensions, les hésitations ou les interrogations fréquentes, pour adapter dynamiquement le contenu proposé.

    Ces cas d’usage illustrent une IA plus douce, moins technique, mais tout aussi impactante, qui s’adresse directement au patient pour l’aider à mieux comprendre, mieux suivre, et mieux vivre avec sa maladie respiratoire.

  • US : Plus de 150 cliniques vont intégrer MammoScreen, l’IA de dépistage du cancer du sein de Therapixel

    Un déploiement national dans les cliniques de soins primaires

    MammoScreen permettra une détection jusqu’à deux ans avant le diagnostic. La technologie d’IA développée par Therapixel sera progressivement déployée dans plus de 150 sites de soins, suite à un partenariat annoncé en avril avec Onsite Women’s Health. L’objectif : intégrer MammoScreen, son outil d’aide au dépistage du cancer du sein, au flux de travail des radiologues. L’outil repose sur l’apprentissage profond pour identifier des anomalies peu visibles sur les mammographies, améliorant la précision des diagnostics et réduisant la fatigue des lecteurs. Selon les données communiquées, MammoScreen détecte 42 % des cancers un an avant leur diagnostic, et 38,5 % deux ans avant.

    Réduction des rappels et meilleure homogénéité des soins

    Outre l’amélioration du taux de détection, MammoScreen contribue à réduire les rappels inutiles grâce à une meilleure spécificité, ce qui limite les examens supplémentaires anxiogènes pour les patientes. La solution permet aussi de réduire la variabilité inter-lecteurs, renforçant la cohérence des soins. Selon Jillian Wright, PDG de Onsite Women’s Health, cette collaboration vise à fournir aux radiologues « les meilleures technologies disponibles » afin d’« optimiser la détection précoce et sauver davantage de vies ».

    Une intégration complète dans les flux de travail cliniques

    Les radiologues des sites partenaires d’Onsite auront accès à MammoScreen directement via leur environnement de travail habituel, avec pour objectif une amélioration de l’efficacité opérationnelle et une plus grande fiabilité dans les interprétations. Le PDG de Therapixel, Matthieu Leclerc-Chalvet, souligne de son côté que ce partenariat « rend accessible une technologie salvatrice aux femmes à travers les États-Unis ».

  • Santé respiratoire : 10 millions de Français concernés, mais une prévention encore insuffisante

    Une prévalence élevée et des disparités sociales

    Les maladies respiratoires chroniques (MRC) touchent environ 10 millions de personnes en France, incluant l’asthme (4 millions), la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO, 3,5 millions) et le cancer du poumon (161 670 cas). La BPCO est responsable de plus de 18 000 décès annuels, avec un taux de mortalité de 13 pour 100 000 habitants. L’asthme cause environ 900 décès annuels. Touchant au moins 10% des enfants, elle est la principale cause d’absentéisme scolaire. Coté finance, les MRC représentent approximativement 3,7 milliards d’euros de dépenses pour l’Assurance maladie (la chambre d’inhalation pour enfant reste un des DM les plus remboursé avec 5,17 M€). Par ailleurs, les inégalités sociales influencent la prévalence des MRC : les 10 % de Français les plus modestes présentent 1,6 fois plus de maladies respiratoires que les 10 % les plus aisés. 

    Une prévention encore limitée

    Les politiques de prévention peinent à répondre à l’ampleur des MRC. Les dépenses publiques de prévention, principalement axées sur la lutte contre le tabac, ont doublé depuis 2018. Des leviers tels que l’activité physique adaptée restent sous-exploités. Dans le cadre de “Ma Santé 2022”, la HAS propose un parcours de soins structuré pour la BPCO, incluant un guide, 10 messages courts de bonnes pratiques et 9 indicateurs qualité. Le Collectif des États Généraux de la Santé Respiratoire recommande d’achever le remboursement de l’activité physique adaptée pour toutes les MRC, de mettre en place un cadre de télésurveillance financièrement viable, mais aussi de mettre en place un dépistage du souffle par spirométrie lors des bilans de prévention, et une conférence nationale sur la santé environnementale et respiratoire.

    Sensibilisation : un déficit d’information

    Malgré la prévalence des MRC, la sensibilisation du public reste insuffisante. Selon une enquête de 2023 (réalisée par le Collectif droit à respirer), 52 % des Français rencontrent des problèmes respiratoires récurrents, mais seuls 30 % estiment avoir un risque élevé de contracter une MRC. De plus, 54 % se déclarent mal informés sur les symptômes à surveiller. Cette méconnaissance impacte l’adhésion aux traitements : en France, le non-respect des prescriptions entraîne chaque année 12 000 décès prématurés et 100 000 hospitalisations évitables. Une enquête Sanofi–BVA, réalisée en 2024, révèle que 90 % des Français ignorent que la BPCO est la 3e cause de mortalité mondiale. Elle montre aussi un fort impact sur la qualité de vie des patients : troubles du sommeil, fatigue, aménagement du domicile, difficultés professionnelles. Trois quarts des patients ont entendu des remarques stigmatisantes ; un tiers a souffert de troubles anxieux ou dépressifs. Par ailleurs, 66 % des patients disent qu’ils auraient changé leur mode de vie s’ils avaient mieux connu les risques. Une campagne d’information est souhaitée par 96 % des personnes atteintes.

    Recherche et innovation : des avancées prometteuses

    La recherche en santé respiratoire progresse, notamment grâce aux travaux de l’Institut Pasteur de Lille sur les maladies inflammatoires pulmonaires. Des découvertes récentes, comme l’identification de la molécule TL1A impliquée dans l’inflammation allergique, ouvrent la voie à de nouveaux traitements pour l’asthme et la BPCO. Des essais cliniques sur des anticorps ciblant TL1A et l’interleukine 33 sont en cours, offrant des perspectives thérapeutiques pour les maladies inflammatoires chroniques des poumons. D’autres initiatives existent, le réseau CRISALIS coordonne la recherche sur l’asthme sévère, tandis que le CHU de Nantes soutient Meyko, un compagnon connecté ludique destiné à l’observance des traitements pédiatriques. À l’étranger, le programme CFHealthHub, associé à un nébuliseur, a montré une amélioration de l’observance chez les patients atteints de mucoviscidose. Enfin, au Technion, une IA de détection par analyse du souffle a permis d’identifier 17 pathologies. En France, les perspectives sont alignées : améliorer le dépistage, renforcer la prévention environnementale et accélérer l’accès aux innovations numériques.

    L’IA au service des patients

    L’intelligence artificielle (IA) s’impose aussi dans le domaine de la pneumologie en France, offrant des perspectives pour le diagnostic, le suivi et la prise en charge des maladies respiratoires chroniques. Par exemple le projet AI4LUNGS, financé par l’Union européenne, explore l’utilisation de l’IA pour transformer la prise en charge des maladies pulmonaires. En combinant des capteurs connectés et des algorithmes d’apprentissage automatique, cette initiative vise à détecter précocement les exacerbations chez les patients atteints de maladies respiratoires chroniques, permettant des interventions médicales plus rapides et potentiellement de réduire les hospitalisations.

     

  • myCOPD et myAsthma : des applications numériques pour optimiser la prise en charge des maladies respiratoires chroniques

    Des outils numériques pour la BPCO

    myCOPD, développée par la société britannique my mhealth, est une application dédiée à la gestion de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Elle propose un programme complet de réhabilitation pulmonaire en ligne, permettant aux patients de suivre des exercices depuis leur domicile. L’application inclut également des vidéos éducatives sur l’utilisation correcte des inhalateurs, un plan de gestion personnalisé, un journal de suivi des symptômes et des prévisions météorologiques et de pollution pour anticiper les exacerbations. Des études (exemple : Comparing Randomized Controlled Trials and Real-World Studies in Chronic Obstructive Pulmonary Disease Pharmacotherapy publié dans le International Journal of Chronic Obstructive Pulmonary Disease) ont montré que l’utilisation de myCOPD peut doubler la capacité de réhabilitation pulmonaire et augmenter les taux de complétion des programmes à plus de 70 %. De plus, une enquête indépendante a révélé que 82,7 % des utilisateurs trouvaient l’application facile à utiliser et utile pour mieux comprendre leur condition, tandis que 66,1 % ont constaté une réduction du nombre d’exacerbations.

    Une gestion proactive de l’asthme

    myAsthma, également développée par my mhealth, est conçue pour aider les patients asthmatiques à gérer leur condition de manière proactive. L’application offre des vidéos pour améliorer la technique d’inhalation, un suivi des symptômes et du débit de pointe, des prévisions environnementales (pollution, pollen, météo) et un plan d’action personnalisé. Ce dernier aide les patients à reconnaître les signes d’aggravation et à ajuster leur traitement en conséquence, réduisant ainsi le risque d’hospitalisation. Une étude menée par le Mid and South Essex Health and Care Partnership a montré que l’utilisation de myAsthma permettait une meilleure gestion des patients à haut risque, avec plus de 1 300 patients enregistrés et plus de 800 vidéos éducatives visionnées.

    Intégration dans les systèmes de santé

    Les deux applications sont conçues pour être intégrées dans les systèmes de santé existants, permettant aux cliniciens de surveiller à distance l’état de leurs patients et d’ajuster les traitements en conséquence. Elles offrent également des tableaux de bord pour visualiser les données des patients, facilitant une prise de décision et une gestion efficace des populations de patients. En France, où l’accès aux programmes de réhabilitation pulmonaire est limité, des solutions numériques comme myCOPD et myAsthma pourraient jouer un rôle dans l’amélioration de la prise en charge des maladies respiratoires chroniques.