Développement interne de solutions d’IA, réglementation, management, limites : deux membres de la direction de l’Hôpital Rothschild, Guillaume le Henanff directeur adjoint, et Yannick Boursin, directeur des systèmes d’information et des technologies médicales, nous livre leur retour d’expérience sur l’utilisation de l’IA au service de l’efficience opérationnelle des établissements de santé.
Une transformation de la culture et des pratiques
L’intégration de l’IA ne se limite pas à la technique : elle transforme en profondeur la culture de l’hôpital. Guillaume Le Henanff observe : « L’IA, c’est le buzzword du moment. Ce que ça vient de challenger, c’est notre culture du pilotage par la donnée. » L’émergence de ces outils invite à structurer davantage les données, afin d’identifier des signaux faibles et d’améliorer la compréhension des maladies ou des parcours de soins. Dans ce contexte d’effervescence, la gestion des ressources reste un défi. « La bande passante de l’équipe informatique reste toutefois limitée », reconnaît GLH, qui précise : « Nous avons décidé de cibler son accompagnement sur les projets à plus fort ROI interne. » Une task force dédiée, baptisée « automa-care », a été créée pour accélérer l’automatisation et l’efficience des parcours patients. L’évaluation des projets suit la même rigueur que pour l’informatisation : « Analyser les gains potentiels ab initio, anticiper les changements organisationnels induits par l’introduction de l’IA et les accompagner, et surtout ne pas s’arrêter au milieu du gué sinon cela induit des coûts nouveaux sans en tirer pleinement les gains espérés », insiste GLH. L’impact de l’IA est ainsi mesuré sur l’ensemble des processus clés du fonctionnement hospitalier et de la sécurité des soins. « C’est bien de l’intelligence et de la créativité managériale et médicale que résulte le bénéfice que l’on peut tirer de l’exploitation de cette nouvelle corde à l’arc du champ des possibles. »
De l’IA développée en interne
Les solutions d’intelligence artificielle proposées par les acteurs de la santé numérique sont souvent onéreuses et ne répondent pas toujours aux besoins spécifiques de chaque service ou hôpital. Face à ce constat, l’hôpital Rothschild a choisi une voie différente : celle du développement interne. Yannick Boursin explique : « On a plusieurs projet d ‘IA qui peuvent apporter de la valeur mais qu’on ne va pas acheter, qu’on va tout simplement créer nous-mêmes pour nous-mêmes. ». Ce choix stratégique permet de mieux maîtriser les fonctionnalités et d’assurer une réelle valeur ajoutée. Toutefois, cette démarche implique de disposer des ressources humaines qualifiées et d’une infrastructure numérique adaptée.
La réglementation, une problématique secondaire
L’intégration de l’IA soulève des questions réglementaires, mais cela ne pose pas de difficultés majeure à l’équipe de l’hôpital de la Fondation Adolphe de Rothschild « Le RGPD n’est pas un problème il suffit d’informer nos patients et de le faire en toute transparence », explique Yannick Boursin. Il insiste sur le fait que la réglementation devient complexe surtout lorsqu’il s’agit de commercialiser un dispositif médical basé sur l’IA : « Le plus complexe dans le réglementaire ça va être fait vendre. »
L’IA générative : prudence et usages ciblés
Si l’IA permet des gains d’efficacité dans les hôpitaux, la direction reste prudente face à l’IA générative, encore peu utilisée à cause de ses limites. « Les hallucinations n’ont pas disparu même si on en parle plus, elles sont encore là et elles peuvent être très problématiques dans la santé », avertit Yannick Boursin. Pour cette raison, l’usage de l’IA générative est réservé à des cas bien définis : « On essaie vraiment de limiter ces cas d’usage d’IA générative à des cas d’usage très spécifiques et où c’est balisé. » Cette vigilance permet de garantir la sécurité des patients tout en poursuivant l’innovation.



