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  • ITW : « 24 % des entreprises ont investi dans des démarches de santé mentale. Il y a dix ans, c’était zéro » Mathieu Girier, ANAP

    Dans le cadre de son étude sur la santé au travail Health&Tech Intelligence s’est entretenu avec Mathieu Girier, directeur du pôle performance des ressources humaines à l’Anap, afin d’éclairer les enjeux autour de cette thématique. Il nous livre son analyse sur les moteurs, les freins, et les limites du développement des initiatives pour la santé au travail

    Triple moteur d’adoption : technologique, générationnel et crise sanitaire

    Trois dynamiques interdépendantes expliquent l’essor récent des solutions digitales :

    1. L’évolution technologique : des ressources initialement éparses (téléconsultations, plateformes anonymes) se sont structurées en offres cohérentes.

    2. Les attentes des jeunes professionnels : ces derniers « placent l’équilibre vie pro/perso et la préservation du capital santé au cœur de leurs revendications », marquant une rupture culturelle avec les générations précédentes.

    3. L’impact de la Covid-19 : La pandémie a d’une part libéré du temps pour une introspection sanitaire, accrue les besoins en santé mentale, mais aussi accélérée l’acceptation des outils numériques.

    Adoption progressive malgré un ROI élevé : inertie institutionnelle et diffusion générationnelle

    Aujourd’hui, seules 24 % des entreprises investissent dans des outils numériques pour la santé mentale au travail, malgré un retour sur investissement estimé entre 2.5 et 4.8 euros par euros investis. Cependant Mathieu Girier souligne que ce chiffre est « significatif comparé au 0 % d’il y a dix ans ». Cette progression, bien que lente, s’explique avant tout par la nécessité d’un long travail de pédagogie. Il a fallu presque une décennie pour que les mentalités évoluent et que les acteurs comprennent que « la santé individuelle des soignants impacte directement la qualité des soins ». L’interviewé insiste sur la difficulté initiale à convaincre de l’utilité de telles démarches, évoquant l’écart de perception et de conviction qu’il a fallu combler au fil des années.

    Par ailleurs, la diffusion de ces outils s’opère aussi de façon générationnelle. Les jeunes professionnels, formés dans des établissements déjà équipés, deviennent de véritables « ambassadeurs » de ces solutions lorsqu’ils rejoignent de nouveaux employeurs. Ce phénomène crée un effet de propagation naturelle au sein du secteur, chaque nouvelle génération étant plus sensible et plus exigeante sur ces questions de qualité de vie au travail et de santé mentale. C’est pourquoi Mathieu Girier pronostique que ce mouvement va s’accéléré sous l’effet de la concurrence entre employeurs. Selon lui, « d’ici une dizaine d’années, il est probable qu’un employeur qui n’a pas fait cet effort-là ne soit pas choisi ou mis en avant par ses salariés ». Ainsi, même si le taux d’équipement actuel peut sembler insuffisant au regard des attentes, il reflète une dynamique de fond qui devrait conduire à une généralisation progressive de ces dispositifs dans les années à venir.

    Le tableau de bord managérial, un outil peu pertinent ?

    Deux grands types d’outils se distinguent, les ressources entièrement individuelles anonymisées, comme les téléconsultations, les formations ou les exercices de TCC, et les outils organisationnels avec des tableaux de bord à l’adresse du manager. Ce dernier type de solution  est jugé « incongrus» car « l’employeur n’a pas besoin de data santé sur ses collaborateurs ». Il est jugé plus pertinent de recourir à des enquêtes barométriques ponctuelles, considérant qu’un suivi continu serait perçu comme intrusif et contre-productif, et qu’il vaut mieux se concentrer sur l’accès aux ressources plutôt que sur la collecte de données sensibles.

    Défis des TMS : les difficultés du numérique face au concret

    La prévention des troubles musculosquelettiques (TMS) par des applications numériques peut s’heurter au défi du concret. La prévention efficace des TMS repose avant tout sur des formations pratiques, où les professionnels manipulent réellement le matériel ergonomique, et sur des aménagements architecturaux pensés pour limiter les gestes à risque, par exemple en réduisant les trajets pour le port de charges ou en installant des équipements adaptés . « Montrer un mouvement sur écran ne remplace pas l’apprentissage physique encadré » pour le Directeur du pôle Performance des ressources humaines de l’ANAP, l’expérience concrète et l’accompagnement sur le terrain reste le meilleur moyen de prévenir les TMS.

     

  • Owkin lance K Navigator, un assistant de recherche dopé à l’IA pour accélérer les découvertes biomédicales

    Un assistant IA pour les biologistes, conçu par des biologistes

    Owkin a annoncé ce 6 mai 2025 le lancement de K Navigator, un copilote de recherche scientifique basé sur l’intelligence artificielle, pensé pour accélérer l’exploration, la validation et la formulation d’hypothèses en biologie. Destiné en priorité aux chercheurs académiques, l’outil se présente comme une interface unique en langage naturel capable d’exploiter des données patient complexes, des publications scientifiques et des bases biomédicales spécialisées.

    Des performances supérieures aux modèles généralistes

    Selon Owkin, K Navigator améliore la productivité des chercheurs d’un facteur 20 grâce à ses capacités d’analyse sur 26,5 millions d’articles scientifiques et 19 bases de données biomédicales. Il surpasse par ailleurs les modèles de langage généralistes – comme GPT-4 – pour la détection de patterns liés au cancer.

    Exploration avancée de données multi-omiques spatiales

    L’outil offre un accès à MOSAIC Window, sous-ensemble d’un des plus vastes jeux de données spatiales en oncologie, généré par des universités américaines et européennes. Ces données, à résolution cellule unique, permettent une visualisation fine des expressions géniques et des relations cellulaires dans les tissus tumoraux. K Navigator est mis à disposition gratuitement pour les chercheurs académiques. Owkin entend en faire un outil de référence pour créer une intelligence collective biomédicale assistée par agents IA. Une prochaine mise à jour intégrera des fonctions de collaboration, de partage de résultats, de gestion de projets, ainsi que de nouveaux outils en histologie numérique.

    Vers une extension aux applications industrielles

    Une version étendue, K Pro, sera lancée plus tard dans l’année à destination des industriels de la pharma. Elle inclura des agents spécialisés dans l’exploration de données, la découverte et le développement de médicaments. Pour Thomas Clozel, cofondateur et CEO d’Owkin, il s’agit d’une nouvelle étape vers ce qu’il appelle la “Biological Artificial Superintelligence” : une IA capable d’intégrer à grande échelle les données patients pour restituer la complexité biologique. “La biologie est trop complexe pour être comprise par l’esprit humain seul”, explique-t-il, plaidant pour une recherche “productisée” grâce à l’IA. Des chercheurs ayant testé l’outil saluent sa facilité d’usage et la qualité de ses fonctionnalités. Dr. Ingo Ringshausen (University College London) met en avant ses capacités d’exploration des données multi-omiques, tandis que Dr. Cécile Alanio (Institut Curie) y voit un levier d’autonomie pour les chercheurs, complémentaire au travail des bioinformaticiens.

  • Etude : un cerveau virtuel pour prédire les effets des interventions ciblées (PNAS)

    Mieux décrypter le fonctionnement cérébral

    Les résultats de leur étude* publiée le 18 avril dans PNAS révèlent que même des perturbations localisées entraînent une réorganisation significative de l’activité cérébrale globale. Ce qui remet en question plusieurs hypothèses classiques.

    Pour comprendre comment fonctionne le cerveau, les chercheurs utilisent souvent des techniques qui permettent d’activer ou de désactiver certaines zones, comme l’optogénétique. En observant ce qui se passe après, on essaie de relier une région à une fonction ou à un comportement. Mais le cerveau est un réseau très complexe, et changer une seule zone peut provoquer des effets dans tout le cerveau. Parfois, une lésion locale ou une stimulation ciblée entraîne des réactions à distance, un phénomène connu sous le nom de diaschisis. En pratique, ces manipulations provoquent souvent des modifications inattendues de l’activité cérébrale et de la connectivité entre les régions. Autrement dit, nous ne comprenons pas encore bien comment une action locale peut entraîner des effets globaux.

    C’est pourquoi une équipe dirigée par Christophe Bernard, directeur de recherche à l’Inserm et Viktor Jirsa, directeur de recherche au CNRS, au sein de l’Institut de neurosciences des systèmes (Inserm/Aix-Marseille Université), en collaboration avec le CRMBM (CNRS/Aix-Marseille Université/AP-HM) et l’université du Queensland (Australie) a monté une étude originale visant à décrypter ce que provoque une petite perturbation locale (par exemple une lésion ou une stimulation électrique ciblée) comme changements à distance, dans des zones totalement différentes.

    Un cerveau virtuel de souris

    Dans un premier temps, les chercheurs ont utilisé des données d’IRM fonctionnelle pour créer un modèle informatique du cerveau de souris. Ce modèle simule l’activité neuronale et permet donc d’observer les effets de perturbations localisées. Ils ont pu observer que les cerveaux virtuels reproduisaient fidèlement les modifications de l’activité cérébrale déjà observées in vivo par IRM chez les souris.

    Les résultats de leurs travaux ont été publiés le 18 avril dans la revue PNAS.

    Résultats : un modèle informatique très prédictif

    • Une perturbation locale a des effets globaux. Ce qui confirme le phénomène de diaschisis.
    • Ces effets globaux ne sont pas aléatoires. Ils dépendent de la zone touchée, de la nature de la perturbation (inhibition ou activation) et de l’état initial du cerveau.
    • Le cerveau virtuel de souris permet de prédire ce qui se passe ailleurs dans le cerveau si on touche une région et prend en compte les différences individuelles entre cerveaux.
    • Dans la majorité des cas, les interventions entraînent une diminution de la connectivité fonctionnelle, c’est-à-dire une perte de coordination entre différentes régions cérébrales. Les exceptions témoignent de la complexité du système.
    • Et un effet contre-intuitif : le blocage de certaines zones peut paradoxalement augmenter leur activité, notamment parce que cela supprime plus de neurones inhibiteurs que d’excitateurs.

    Ce travail met en lumière la profonde complexité du fonctionnement cérébral, où l’équilibre excitation/inhibition, la structure des réseaux neuronaux, et l’état de base du cerveau jouent un rôle critique dans la manière dont une perturbation est traitée par l’ensemble du système. Les auteurs montrent ainsi que les effets d’une même intervention peuvent varier fortement d’un individu à l’autre, ce qui reflète une variabilité biologique qu’il devient crucial de prendre en compte.

    L’une des grandes originalités de ce travail, précise Christophe Bernard, c’est « le fait que notre modèle a été capable de générer des prédictions qui ont ensuite été validées chez la souris. On peut imaginer une toile d’araignée qui vibre lorsqu’un fil est touché, précise Christophe Bernard, la vibration se propage dans le réseau de fils et l’ensemble de la toile ondule différemment en fonction du point d’impact, » explique ce dernier.

    Vers une personnalisation des interventions neurologiques

    Par conséquent, cette étude ouvre une voie prometteuse vers une personnalisation fine des traitements neurologiques. Grâce à la modélisation virtuelle, il deviendrait possible de prédire les effets d’une intervention avant qu’elle n’ait lieu, d’éviter des effets secondaires indésirables, et d’optimiser le ciblage thérapeutique. Cependant, pour parvenir à transformer la manière dont sont planifiées les interventions en neurologie, en les adaptant non seulement à la maladie, mais aussi au profil cérébral unique de chaque patient, des travaux supplémentaires seront nécessaires. Viktor Jirsa, co-auteur de l’étude indique en effet que « pour établir une cartographie précise et en tirer un outil diagnostique prédictif universel, il faudrait étudier l’impact sur l’ensemble du cerveau d’interventions ciblées et ce, sur chacune des régions cérébrales ».

    https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2405706122

    Mapping global brain reconfigurations following local targeted manipulations

    Giovanni RabuffoHouefa-Armelle LokossouZengmin LiAbolfazl Ziaee-MehrMeysam HashemiPascale P QuilichiniAntoine GhestemOuafae ArabMonique EsclapezParul VermaAshish RajAlessandro GozziPierpaolo SorrentinoKai-Hsiang ChuangTeodora-Adriana Perles-BarbacaruAngèle ViolaViktor K JirsaChristophe Bernard April 18, 2025 122 (16) e2405706122

  • Hippocratic AI et EUCALIA lancent un agent de santé en IA générative pour le marché japonais

    Soulager les cliniciens des tâches chronophages

    Hippocratic AI, entreprise spécialisée dans les modèles de langage génératif sécurisés pour la santé, s’implante sur le marché japonais via un partenariat stratégique avec EUCALIA, société de services en transformation des soins de santé. Ensemble, elles annoncent le lancement du premier agent de santé basé sur l’intelligence artificielle générative (genAI) en langue japonaise, conçu pour intervenir sur des tâches cliniques non diagnostiques orientées vers les patients. Destiné à accompagner les professionnels de santé, ce nouvel agent conversationnel prend en charge des missions chronophages mais essentielles, telles que la prise de rendez-vous, le suivi post-consultation, le soutien à l’observance thérapeutique et la gestion des soins chroniques. Ces fonctions visent à décharger les cliniciens pour leur permettre de se concentrer sur l’expertise médicale.

    L’ambition affichée est triple : optimiser les flux de travail, améliorer l’engagement des patients et contribuer à de meilleurs résultats cliniques.

    Un outil conçu pour un contexte local

    Dans un contexte le système de santé japonais, bien que performant, subit une forte pression, Hippocratic AI mise sur une solution technologique adaptée aux spécificités culturelles et linguistiques du pays. Selon Munjal Shah, PDG et cofondateur de l’entreprise, le partenariat avec EUCALIA permet de « créer des agents d’IA génératifs non seulement multilingues mais également localement fluides, cliniquement sûrs et culturellement alignés ». EUCALIA apporte son expertise en gestion opérationnelle des établissements de santé, notamment en optimisation de l’organisation hospitalière et accompagnement des professionnels. Les deux entreprises affirment vouloir établir un nouveau standard mondial pour l’utilisation responsable de l’IA générative dans le domaine de la santé, en favorisant une meilleure résilience du système de soins et une prise en charge plus efficace des patients.

  • IMADIS ouvre un 12ᵉ centre d’interprétation à Paris pour étendre l’accès à l’imagerie médicale

    Un nouveau site pour renforcer l’accès à l’imagerie 24h/24

    IMADIS Groupe, spécialiste de la téléimagerie, vient d’ouvrir à Paris son douzième centre d’interprétation médicale. Cette implantation vise à consolider le maillage territorial du groupe et à répondre aux inégalités d’accès à l’imagerie médicale, notamment en zones sous-dotées. Le site permet une présence physique en Île-de-France, région particulièrement dense en établissements et professionnels de santé. Selon le Dr Vivien Thomson, président du groupe, ce centre permet non seulement de disposer d’une équipe locale de radiologues et de médecins nucléaires, mais aussi de mieux faire connaître le projet médical porté par IMADIS auprès des établissements partenaires. L’objectif affiché est de contribuer à la lutte contre les déserts médicaux, en assurant un accès permanent à une imagerie de qualité, sur tout le territoire.

    Un fonctionnement inspiré des centres SAMU

    Le modèle IMADIS repose sur des centres physiques, où sont interprétés plus de 99 % des examens reçus. Cette organisation permet une prise en charge continue, à toute heure. En 2023, le groupe a traité plus de 2,6 millions de dossiers. Le centre parisien, installé sur une surface de 228 m², dispose d’une salle d’interprétation dotée de sept consoles, d’un espace de restauration et de cinq chambres de garde. Le nombre de médecins mobilisés est passé de 23 à 52 depuis l’ouverture.

    Un ancrage stratégique dans la région capitale

    L’Île-de-France représente une zone stratégique, à la fois en raison de la densité de sa population, de la concentration d’acteurs de santé et du rôle qu’elle joue dans la formation continue des médecins. Le Dr Quentin Pouliot, responsable médical du centre parisien, souligne l’intérêt de cette implantation, qui permet aussi de proposer un encadrement technique permanent et une organisation des vacations structurée. Le centre travaille avec 13 établissements franciliens. Au niveau national, IMADIS collabore avec 200 structures, réparties entre la métropole et l’Outre-mer. Le recours à la téléimagerie y apparaît comme une solution à la pénurie de radiologues – moins de 9 000 en France – alors que les urgences connaissent une hausse de fréquentation de 13 % en dix ans.

  • Etude : l’audit éthique de l’IA souffre de plusieurs faiblesses (Sage Journals)

    Le boum des audits éthiques de l’IA

    Les audits éthiques de l’IA sont en plein développement. Cette expansion reflète une prise de conscience accrue de la nécessité d’évaluer et de réguler les systèmes d’IA du point de vue éthique. Ils se sont développés rapidement ces dernières années, en grande partie avant même tout effort réglementaire qui encourage les audits. Sans doute parce que les avantages de la technologie s’accompagnent souvent de problèmes éthiques, tels que la discrimination algorithmique, les atteintes à la vie privée, ainsi qu’un manque de transparence dans le processus de prise de décision.

    C’est pourquoi une équipe internationale de chercheurs a mené une étude qualitative basée sur des entretiens avec 34 professionnels impliqués dans l’écosystème de l’audit éthique de l’IA.​ Ces professionnels provenaient de sept pays différents. L’étude n’aborde pas spécifiquement le domaine de la santé. Elle se concentre sur l’émergence des audits éthiques de l’intelligence artificielle en général, en examinant leur structure, leurs défis et leurs implications dans divers secteurs.​ Cependant, ils sont particulièrement cruciaux dans le secteur de la santé, où les décisions prises par des systèmes algorithmiques peuvent avoir des conséquences directes sur la vie des patients.

    Les résultats de cette étude ont été publiés en décembre 2024 dans la revue Big Data & Society.

    Résultats : trop technique et pas assez transparent

    • Les audits éthiques d’IA empruntent souvent les mêmes étapes que celles des audits financiers, telles que la planification, l’exécution et le reporting. Une approche qui garantit une certaine rigueur procédurale et la standardisation des processus, mais qui peut aussi être inadaptée aux questions éthiques, souvent plus complexes et nuancées que de simples critères financiers.
    • Les groupes directement concernés par les systèmes d’IA (utilisateurs, clients, minorités affectées, etc.) sont rarement consultés par les auditeurs. Les impacts sociaux et… éthiques risquent par conséquent d’être mal évalués.
    • Les audits ne disposent pas de métriques ou d’objectifs clairs pour juger de leur efficacité.
    • Les résultats des audits sont rarement rendus publics.

    Les faiblesses des audits éthiques révélées par cette étude posent la question de leur légitimité, dans la mesure où un audit fait uniquement « entre experts » peut sembler déconnecté du terrain. Le risque de “compliance washing, c’est-à-dire de faire semblant d’agir de manière éthique (en réalisant un audit) est pointé du doigt. De plus, « la plupart des audits éthiques se concentrent trop étroitement sur le système technique lui-même, sans prendre en compte le contexte organisationnel et sociétal plus large, » écrivent les chercheurs. Tout cela met en péril le potentiel transformateur des audits éthiques, notamment dans des secteurs critiques comme celui de la santé.

    Un manque de normes

    Cependant, les chercheurs reconnaissent que la tâche n’est pas aisée. « De nombreux auditeurs se sentent bloqués en essayant de naviguer dans des régulations peu claires et préliminaires, ainsi qu’en l’absence de normes efficaces pour les guider. » Afin d’améliorer la situation, les auteurs de l’étude recommandent logiquement d’impliquer activement les parties prenantes, d’établir des mesures de succès claires, d’améliorer la transparence des résultats mais aussi de ne pas s’en tenir à des problématiques techniques. Au-delà des biais algorithmiques, ils proposent d’élargir la perspective des audits pour inclure des considérations organisationnelles et sociétales.

    https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/20539517241299732

    *The emergence of artificial intelligence ethics auditing.

    Schiff, D. S., Kelley, S., & Camacho Ibáñez, J. (2024).

    Big Data & Society11(4). https://doi.org/10.1177/20539517241299732

     

  • Ségur numérique : un appel à projets pour faire évoluer les DCC en cancérologie

    Accélérer la numérisation du PPS en cancérologie via Mon espace santé

    L’Institut national du cancer (INCa) et l’Agence du Numérique en Santé (ANS) lancent un appel à candidatures structuré en deux appels à projets interdépendants. Objectif : assurer l’intégration numérique du Programme Personnalisé de Soins (PPS) dans Mon espace santé. Ces projets, d’une durée d’environ 36 mois, visent une diffusion fluide et sécurisée des PPS, accessibles à la fois aux professionnels de santé et aux patients. Ce chantier repose sur un double financement : 3 millions d’euros issus du programme Ségur, pourvu par les fonds européens du plan de relance et de résilience, et 800 000 euros apportés par l’INCa.

    Le dispositif cible exclusivement les Dispositifs Spécifiques Régionaux de Cancérologie (DSRC) et les Groupements Régionaux d’Appui au Développement de la e-Santé (GRADeS), responsables de la mise en œuvre des plateformes régionales du Dossier Communicant en Cancérologie (DCC). Ces solutions sont déjà en phase de déploiement dans les établissements de santé, avec un objectif de 5 millions de PPS intégrés à terme. Le projet entend capitaliser sur l’expertise régionale existante, tout en garantissant la conformité aux référentiels nationaux d’interopérabilité, de sécurité, d’éthique et de soins.

    Trois phases pour structurer l’intégration et l’usage

    Les deux appels à projets s’articulent autour de trois phases :

    • La phase 1 porte sur les développements techniques pour intégrer les PPS aux plateformes régionales.
    • La phase 2, qui complète le premier appel à projets, concerne la mise en œuvre régionale de ces développements validés.
    • La phase 3, objet du second appel, est dédiée au déploiement des usages, incluant l’adoption des PPS par les établissements et le suivi des indicateurs d’avancement.

    Calendrier et cadre réglementaire

    Ce dispositif s’inscrit dans la continuité des politiques publiques telles que le plan “Ma Santé 2022“, le Ségur du numérique en santé et la stratégie décennale de lutte contre les cancers, qui prévoit la remise systématique du PPS à chaque patient concerné.

    Les principales échéances de l’appel à candidatures sont :

    • Clôture de la soumission des dossiers : 10 juin 2025
    • Comité d’évaluation : début septembre 2025
    • Publication des résultats : fin octobre 2025

    Ressources : 

    Document de présentation 

    Cahier des charges

    Candidature

  • La Chine déploie deux outils d’IA pour renforcer la santé publique et le suivi des maladies chroniques

    À l’occasion du Forum mondial de la santé numérique 2025, l’Académie chinoise d’ingénierie et l’Université Tsinghua ont présenté deux outils d’intelligence artificielle (IA) destinés à améliorer la gestion de la santé publique et le suivi des maladies chroniques à grande échelle.

    Une urgence sanitaire liée à l’explosion des maladies chroniques

    12 % des adultes chinois souffrent de diabète, de maladies cardiovasculaires ou de cancer, selon l’OMS — une hausse de plus de 900 % en une génération. Cette évolution s’explique par la transition nutritionnelle (régimes riches en sucres, graisses, sel), le vieillissement de la population et la consommation croissante d’alcool et de tabac.

    Une stratégie nationale pour accélérer la santé numérique

    Pour réduire les inégalités d’accès et mieux gérer les ressources sur un territoire immense, le gouvernement a lancé le plan « Healthy China 2030 », axé sur la prévention, l’innovation numérique et la couverture universelle.

    • Les investissements en santé numérique sont passés de 3 milliards USD (2014) à 110 milliards (2020), soit ×36.
    • Chaque citoyen devrait disposer d’un dossier médical partagé (DMP) d’ici 2025.
    • Des partenariats public-privé ont été conclus avec des géants technologiques comme Alibaba et Tencent.

    Urban Health Index : piloter la santé urbaine avec l’IA

    Développé par l’Université Tsinghua et la Vanke School of Public Health, l’Urban Health Index (UHI) est le premier indice évaluant globalement la santé urbaine à grande échelle. Il utilise l’IA pour traiter en temps réel de vastes jeux de données, modéliser les risques et guider les politiques publiques.

    • Il couvre 296 villes et intègre des indicateurs sanitaires, environnementaux, sociaux et d’accès aux soins.
    • Il permet d’identifier les inégalités, de cibler les interventions et de mesurer l’impact des politiques.

    Blue Book : un référentiel stratégique pour l’innovation médicale

    Le Blue Book on Digital Intelligence Healthcare Technology Innovation synthétise les innovations en IA, big data, robotique et télémédecine. Ce document national de référence sert à la formation des professionnels, à l’élaboration des politiques et au pilotage de la recherche. Déployé dans les grandes villes, il vise à accélérer l’innovation, améliorer la qualité des soins, renforcer l’équité et soutenir la décision médicale.

     

  • Crise des urgences : les directeurs de CHU et de CH appellent à un pacte de responsabilité avec 10 mesures de réorganisation

    Les Conférences des directeurs de CHU et de CH proposent une répartition équitable de la permanence des soins, une meilleure régulation de l’accès aux urgences et une transparence sur les capacités d’hospitalisation. Réunies autour d’un constat commun sur la crise persistante des urgences hospitalières, les Conférences des directeurs généraux de centres hospitaliers universitaires (CHU) et de centres hospitaliers (CH) formulent dix propositions pour réorganiser la réponse aux soins non programmés. Selon elles, la surcharge des services d’urgence est moins liée à leur organisation propre qu’aux dysfonctionnements structurels du système de santé, notamment à l’insuffisante coordination entre établissements publics, privés, médecine de ville et patients.

    Une permanence des soins à partager entre tous les acteurs

    Le premier axe du pacte proposé vise à mieux répartir la charge de la permanence des soins, aujourd’hui assurée à 85 % par les hôpitaux publics. Les directeurs appellent à ce que l’ensemble des établissements, y compris privés, s’engagent à ouvrir lits et blocs opératoires en continu. Ils demandent aussi une implication accrue de la médecine ambulatoire, via les généralistes, SOS Médecins ou les maisons médicales, notamment avant minuit. Les agences régionales de santé (ARS) doivent, selon eux, disposer de moyens de régulation pour assurer cette continuité effective, tous les jours de l’année.

    Adapter les capacités d’hospitalisation aux besoins réels

    Les Conférences soulignent également la nécessité d’une transparence sur la disponibilité des lits, publics et privés, pour éviter les pertes de chance et les attentes prolongées. Elles appellent à une coordination territoriale sous l’égide des ARS, inspirée de l’organisation mise en place durant la crise COVID. L’adaptation des capacités hospitalières est aussi jugée nécessaire, notamment en gériatrie et en traumatologie. Elles recommandent d’élargir le rôle des infirmiers en pratique avancée (IPA), encore peu présents dans les services d’urgence alors qu’ils pourraient contribuer à l’orientation des patients.

    Fluidifier les sorties et soutenir les soins à domicile

    Pour désengorger les urgences, la régulation à l’aval est identifiée comme un levier. Les Conférences appellent à renforcer l’accompagnement à domicile, destination de 80 % des sorties d’hospitalisation, en stabilisant son modèle économique. Elles alertent aussi sur l’impact de la crise en psychiatrie sur les urgences hospitalières, estimant que la situation actuelle met en difficulté les équipes et soulève des enjeux éthiques.

    Enfin, les Conférences plaident pour une régulation systématique de l’accès aux urgences via le 15 ou le Service d’accès aux soins (SAS), lorsque le patient ne passe pas par un médecin. Elles demandent la généralisation du SAS sur tout le territoire, y compris dans ses déclinaisons spécialisées (psychiatrie, pédiatrie, dentaire).

    Les populations vulnérables (mineurs isolés, patients précaires, non-francophones) doivent continuer à pouvoir se présenter directement. L’objectif est de concentrer les ressources sur les urgences justifiées, tout en préservant les conditions de travail des soignants.

    L’ensemble des 10 propositions 

  • Prévention santé : Anticyp veut structurer l’accompagnement avec une appli à 5 €/mois

    Un parcours structuré et gamifié

    Alors que l’OMS estime que 80 % des maladies chroniques sont évitables, l’offre actuelle en matière de prévention reste morcelée, ou difficilement accessible. C’est dans ce contexte qu’Alexis et Sophie Dussillol, aux côtés du Dr Marc Salomon, ont lancé Anticyp, une application mobile qui se présente comme un guide de santé global et personnalisé. Disponible sur iOS et Android, Anticyp entend réconcilier les Français avec la prévention grâce à un accompagnement éducatif, ludique et scientifiquement validé. L’utilisateur y suit un parcours personnalisé, adapté à son rythme de vie, afin de corriger ses habitudes de sommeil, d’alimentation, d’activité physique ou de gestion du stress.

    Inspirée des mécanismes de motivation de plateformes comme Duolingo, l’application intègre des quizz, des exercices pratiques, des courbes de progression et des rappels planifiés pour maintenir l’engagement dans la durée. L’entrée dans l’application commence par un bilan complet des comportements de santé, conçu pour révéler les zones à risque souvent méconnues. Le contenu, validé par un comité d’experts dirigé par le Dr Salomon, est fondé sur des données épidémiologiques de référence. L’objectif est de rendre accessible à tous une synthèse claire des meilleures recommandations médicales.

    Santé mentale, physique et interaction avec l’environnement : Une application conçue pour durer

    Anticyp se distingue par une approche holistique. L’utilisateur peut évaluer son niveau d’anxiété, son stress ou ses troubles du sommeil, puis suivre des recommandations et des exercices simples (respiration, étirement, renforcement musculaire) intégrables au quotidien. Un espace personnalisé permet de planifier ces actions dans un agenda intégré, et de visualiser régulièrement ses progrès via des courbes de tendances. En cas de baisse de motivation, un module d’aide au changement comportemental repose sur des leviers psychologiques éprouvés. L’ensemble vise à ancrer durablement des comportements favorables à la santé.

    Fruit de l’alliance entre expertise médicale et savoir-faire en expérience utilisateur, Anticyp bénéficie des parcours complémentaires de ses fondateurs : ancien cadre d’Airbnb pour Alexis Dussillol, spécialiste marketing pour Sophie Dussillol, cardiologue et expert en médecine préventive pour le Dr Marc Salomon. Depuis son lancement en bêta, l’application a séduit plus de 10 000 utilisateurs, dont des salariés via leurs entreprises. Une nouvelle version, disponible depuis avril 2025, propose des fonctions étendues : prévention des douleurs (lombalgies), calendrier de dépistage et de vaccination, simulateurs de risques (Alzheimer, infarctus), autotests (vue, audition, peau).

    Le modèle économique

    Accessible à tous pour 5 € par mois, Anticyp se positionne à contre-courant des check-up élitistes, sans sacrifier la sécurité des données. Celles-ci sont hébergées en France par un acteur agréé HDS. L’approche vise à répondre à un enjeu de santé publique : selon une étude du cabinet Astérès, la France pourrait économiser jusqu’à 15 milliards d’euros par an en améliorant sa prévention. Anticyp ambitionne de devenir une plateforme complète d’anticipation de la santé, en lien avec les mutuelles, assureurs et instituts de prévoyance, considérés comme des partenaires naturels dans cette transition vers une santé proactive.