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  • Alliance SIH : vers un système hospitalier souverain et interopérable dès 2025

    Un constat partagé sur l’inefficacité des SIH actuels

    Les systèmes d’information hospitaliers en France restent largement fragmentés. Entre 250 et 400 logiciels propriétaires coexistent dans un même établissement, générant des coûts élevés et une faible interopérabilité. Ce cloisonnement freine l’innovation, alors même que la valorisation des données et l’intelligence artificielle deviennent des leviers de transformation du système de santé. Face à ce constat, La Poste Santé & Autonomie, CPage et les Hospices Civils de Lyon, associés à HOPSIS, ont annoncé la création de l’Alliance SIH, avec l’ambition de concevoir un modèle de SIH unifié, performant et centré sur la donnée.

    Une architecture ouverte fondée sur la souveraineté numérique

    Le projet s’inspire d’initiatives internationales et s’appuie sur des standards ouverts (openEHR, FHIR, OMOP). L’objectif : garantir la persistance, l’intégrité, la gouvernance et l’accessibilité des données, quels que soient leurs usages (cliniques, administratifs, recherche) ou les applications mobilisées. Cette approche permet aux établissements de santé de sécuriser la prise en charge des patients, en facilitant la coordination des soins et le pilotage des organisations hospitalières. Elle repose sur une architecture souveraine, conçue et opérée en France et en Europe, à rebours des solutions étrangères qui dominent le marché.

    La bascule vers ce nouveau SIH ne se fera pas brutalement. L’Alliance SIH prévoit une transition progressive depuis les architectures actuelles, verticalisées, vers un modèle ouvert et modulaire. Les premiers cas d’usage seront déployés dans les établissements partenaires à partir de fin 2025, avec un enrichissement progressif des fonctionnalités. La démarche “collective et ouverte” de l’Alliance SIH est revendiquée comme un élément structurant du projet. Les trois membres fondateurs partagent des valeurs d’ouverture, d’éthique, de souveraineté et d’intérêt général. Le projet envisage de s’ouvrir à de nouveaux acteurs – comme des start-ups, éditeurs, spécialistes métiers – pour favoriser l’émergence d’un standard commun. L’Alliance s’appuie sur l’expertise de Better, entreprise européenne ayant déjà accompagné d’autres pays dans le déploiement de systèmes data centrés.

    Objectifs : efficacité, innovation, souveraineté

    En donnant accès à une donnée de qualité, standardisée et interopérable, l’Alliance SIH vise plusieurs bénéfices : une médecine plus personnalisée, une meilleure coordination entre acteurs de soins, un pilotage hospitalier renforcé et une accélération de la recherche médicale. Plus largement, le projet vise à redonner aux professionnels de santé la maîtrise de leurs données et à construire une infrastructure ouverte et durable.

  • Données de santé et audition de Stéphanie Combes (HDH) : appel d’offres pour remplacer Microsoft Azure

    Créée en 2019 pour centraliser l’accès aux données du Système national des données de santé (SNDS), la plateforme a été conçue pour servir la recherche publique et favoriser l’innovation, notamment dans le champ de l’intelligence artificielle.

    Le choix controversé de Microsoft

    Le HDH a cependant fait l’objet de critiques, notamment en raison du choix de Microsoft comme hébergeur cloud, via la solution Azure. Ce choix, présenté comme réversible, s’est appuyé sur un marché existant de la centrale d’achat UGAP, sans appel d’offres spécifique. La commission souligne que cette méthode, bien que conforme au droit de la commande publique, a limité la transparence et écarté de fait les acteurs français émergents du secteur. Stéphanie Combes a rappelé que le choix de Microsoft avait été validé en 2019 par la ministre de la santé de l’époque, Agnès Buzyn, à partir des conclusions d’une mission de préfiguration. Microsoft avait été retenu notamment pour sa réversibilité et sa capacité à rendre rapidement le HDH opérationnel.

    L’article 31 de la loi SREN, promulguée en mai 2024, impose un hébergement conforme au référentiel SecNumCloud pour la plateforme nationale. Pourtant, plus d’un an plus tard, la migration n’a pas été enclenchée. Les textes d’application sont toujours en attente. Stéphanie Combes a indiqué qu’un appel d’offres pour une solution d’hébergement « intercalaire » serait lancé dans les semaines à venir, dans l’attente de la montée en compétence des acteurs français pour obtenir la qualification SecNumCloud.

    Interrogée sur la phase préparatoire, Stéphanie Combe a reconnu qu’une dizaine d’acteurs avaient été consultés entre 2018 et début 2019 (Thales, OVH, Orange, Amazon, etc.). Mais plusieurs entreprises françaises affirment ne pas avoir été sollicitées, dont Dassault Systèmes, qui s’en était plaint directement à l’Élysée. La commission a demandé à recevoir la liste exhaustive des entreprises rencontrées ainsi que les conditions de recours au cabinet Capgemini, qui aurait contribué à formaliser les exigences fonctionnelles de la future plateforme. Car la commission a également questionné le rôle du cabinet de conseil, à la fois impliqué dans l’audit initial du HDH en 2018. Stéphanie Combes a reconnu la participation d’un consultant Capgemini dans la phase de préfiguration, sans pouvoir détailler davantage son rôle.

    Les inquiétudes sur l’exposition aux lois extraterritoriales américaines

    Les débats ont également porté sur l’exposition potentielle des données de santé françaises aux législations américaines, notamment le FISA. Stéphanie Combes a invoqué deux analyses juridiques commanditées par le HDH et une jurisprudence du Conseil d’État pour écarter le risque d’accès extraterritorial. Elle a mis en avant les garanties contractuelles, techniques, ainsi que la pseudonymisation des données. Des arguments jugés insuffisants par plusieurs sénateurs, notamment Catherine Morin-Desailly, également membre de la Cnil, qui a rappelé l’avis négatif de la commission sur l’hébergement par Microsoft.

    Le Health Data Hub (HDH) s’apprête à lancer un appel d’offres « dans les prochaines semaines » pour se doter d’un hébergeur temporaire (potentiellement d’ici fin juin). L’objectif est de se séparer de Microsoft Azure, prestataire actuel, au profit d’un acteur souverain, le temps qu’un hébergeur obtienne la qualification SecNumCloud, désormais obligatoire depuis la loi SREN du 21 mai 2024.

    Des documents exigés et des garanties attendues avant l’été

    La commission doit rendre ses conclusions d’ici fin juin 2025. Elle réclame d’ici la transmission de plusieurs documents : études de marché, budget détaillé, prestations achetées, conditions contractuelles avec Capgemini et Microsoft. Elle souhaite également évaluer les conditions concrètes de la future migration, et vérifier que les critères de sécurité et de souveraineté seront désormais appliqués dans les appels d’offres à venir.

  • Hôpitaux américains : 130 milliards de pertes annuelles dues aux sous-paiements publics selon l’AHA

    Une pression financière multifactorielle

    Un nouveau rapport de l’American Hospital Association (AHA) met en évidence l’accroissement régulier des coûts hospitaliers aux États-Unis. Au-delà des dépenses médicales classiques, trois tendances sont identifiées comme principales sources de tension budgétaire : les sous-paiements chroniques des programmes publics d’assurance santé, les coûts administratifs liés aux refus de remboursement, et l’augmentation rapide des charges de main-d’œuvre.

    Un déficit de 130 milliards $ par an pour Medicare et Medicaid

    Les hôpitaux américains soignent un nombre croissant de patients couverts par Medicare ou Medicaid, des régimes publics qui remboursent bien en deçà du coût réel des soins. En 2022, le manque à gagner cumulé s’est élevé à 130 milliards de dollars. À lui seul, Medicare a généré une perte de 100 milliards de dollars, en ne versant que 82 cents pour chaque dollar engagé. Sur une décennie, ces déficits se sont amplifiés : les sous-paiements de la deuxième moitié des années 2010 ont été supérieurs de 40 % à ceux de la première, même après ajustement à l’inflation. Au total, plus de 500 milliards de dollars n’ont pas été couverts par ces régimes publics sur cette période. Les contraintes imposées par les assureurs, notamment Medicare Advantage et les régimes de Medicaid gérés, engendrent des dépenses administratives considérables. Les hôpitaux doivent engager en moyenne 10 milliards de dollars par an pour obtenir des autorisations préalables, et 20 milliards supplémentaires pour contester les refus de remboursement, dont plus de la moitié concernent pourtant des soins médicalement justifiés. En 2023, les refus d’indemnisation ont augmenté de 56 %. Même lorsque ces décisions sont annulées, les établissements de santé ne sont pas indemnisés pour les frais engagés dans le processus de recours.

    Une inflation salariale supérieure à la moyenne

    Les dépenses de main-d’œuvre hospitalière représentent désormais 60 % des coûts totaux. Entre 2021 et 2023, elles ont progressé de 42,5 milliards de dollars, atteignant 839 milliards au total. Cette hausse est alimentée par l’augmentation des salaires, mais aussi par le recours à du personnel contractuel coûteux, notamment dans les zones en tension comme les milieux ruraux. En 2023, les dépenses liées à ce personnel intérimaire se sont élevées à 51,1 milliards de dollars. Si leur volume a baissé depuis les pics de la pandémie, ces dépenses restent élevées, dans un contexte où les pénuries de personnel continuent à impacter fortement les finances hospitalières.

  • Dernière phase de l’ESMS numérique : calendrier des appels à projets 2025

    2025 sera la dernière année de la généralisation de l’ESMS numérique. Le calendrier des appels à projets 2025 vient d’être publié ; les financements disponibles s’élèvent à 87 M€. 

    Une ambition dans la continuité 

    Amorcé en 2020, l’objectif du programme « ESMS numérique » est la généralisation sur la période 2022-2025 de l’usage du dossier usager informatisé (DUI), interopérable et sécurisé dans l’ensemble des 33 000 ESMS. Alors que 21 200 d’entre eux sont déjà engagés dans le processus, l’année 2025 doit voir s’achever sa généralisation. Une instruction du 16 avril prévoit les modalités de cette dernière phase.  

    Les principes qui ont prévalu précédemment sont maintenus : 

    • Pilotage déconcentré : chaque ARS est responsable de la sélection, de la conduite des appels à projets, des projets et de leur suivi opérationnel.
    • Financement ciblé, lié à des cibles d’usage, telles que le taux d’utilisation du dossier médical partagé (DMP) ou de la messagerie sécurisée de santé (MSSanté), par les usagers.
    • Mutualisation obligatoire par les porteurs de projets.
    • Soutien des établissements par les ARS et les groupements-régionaux d’appui au développement de l’e-santé (GRADeS), particulièrement pour les organismes gestionnaires de petite taille. 

    Une instruction du 16 avril vient préciser certaines de ces modalités, particulièrement en ce qui concerne le financement. 

    Une évolution des modalités de financement  

    L’enveloppe globale de 87 M€ est répartie sur les différents segments du Ségur numérique. Les modalités de mobilisation des crédits évoluent et sont différenciées en fonction des situations et caractéristiques des porteurs de projet.  Le financement est lié à des cibles d’usage mais des dérogations sont possibles, quand l’usage des services numériques serait impossible ou injustifié. La procédure pour obtenir un aménagement des cibles est très encadrée : saisine par une ou plusieurs ARS auprès de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), accompagnée d’une documentation précise et argumentée. 

    La décision finale est prise conjointement par la délégation au numérique en santé (DNS) et la CNSA qui peut faire appel à une expertise métier. En cas d’acceptation, la situation est ajoutée dans une annexe du guide de pilotage opérationnel pour les ARS et les groupements régionaux d’appui au développement de l’e-santé (Grades). 

    Plusieurs appels à projets ouverts 

    Les appels à projets régionaux sont ouverts depuis le 15 janvier et jusqu’au 15 septembre 2025. Les groupements constitués de 15 ESMS (8 pour la Corse et les territoires ultramarins) ou plus, situés dans une même région, ainsi que les groupements constitués de moins de 50 ESMS situés dans plusieurs régions peuvent répondre à un appel à projets régional. Les ARS doivent établir la programmation des projets retenus en une seule fois et avant le 31 décembre 2025. L’engagement sur les projets retenus est effectué en une seule fois et doit intervenir avant le 31 décembre. 56 M€ sont délégués aux ARS via le Fonds pour la modernisation et l’investissement en santé (FMIS). Ces crédits permettent de financer les projets sélectionnés à l’issue des appels à projets régionaux pilotés par les ARS. 14 M€ supplémentaires sont réservés pour être alloués ultérieurement selon les besoins exprimés par les ARS.  L’appel à projets national est ouvert depuis le 15 février et jusqu’au 1er juin 2025. Les groupements constitués de 50 ESMS ou plus situés dans plusieurs régions peuvent déposer une demande dans le cadre de l’appel à projets national. 12,7 M€ sont destinés à financer les projets retenus dans le cadre de cet appel à projets national, piloté par la DNS et la CNSA.  Enfin, 1,5 M€ est consacré au soutien de l’innovation numérique dans le secteur médicosocial et 1,5 M€ supplémentaires sont prévus pour renforcer les ressources du Ségur numérique dans les régions. 300.000 € sont aussi affectés aux frais de gestion de la Caisse des dépôts. 

    Des résultats déjà probants 

    Fin 2024, plus de 21 200 ESMS étaient engagés dans le programme « ESMS numérique », selon la CNSA. 

    Lors d’une audition le 7 mai, consacrée au Ségur du numérique en santé, par la mission d’évaluation et de contrôle des lois de financement de la sécurité sociale (Mecss) de l’Assemblée nationale, David Sainati, coresponsable de la délégation au numérique en santé (DNS), a dressé le bilan du programme. 

    La France est aujourd’hui considérée « comme l’un des pays européens les plus avancés en matière de numérique en santé ». L’adoption récente du règlement européen relatif à l’Espace européen des données de santé (EEDS), initiée sous la présidence française du Conseil de l’UE, va dans le même sens. « Nous avons activement participé à sa négociation, et il vient légitimer les choix stratégiques que nous avons faits. Le numérique en santé est devenu un pilier de notre souveraineté sanitaire ». 

    Cependant David Sainati a fait état devant les élus de ses craintes pour la pérennité du financement du programme, car les crédits européens du Ségur disparaîtront en 2026: « ces fonds sont transitoires. A partir de l’an prochain, l’Agence du numérique en santé pourrait perdre entre 30 et 40% de ses capacités de fonctionnement et d’intervention. C’est un choc budgétaire majeur ». La pérennisation des fonds suppose que l’Etat prenne en compte cette échéance. 

    Instruction n° DNS/DGCS/CNSA/2025/40 du 16 avril 2025 relative à la mise en œuvre de la phase de généralisation du programme « ESMS numérique » : 

    Instruction n°DNS/DGCS/CNSA/2025/40 du 16 avril 2025 relative à la mise en œuvre de la phase de généralisation du programme “ESMS numérique” 

     

  • Le Bangladesh investit dans la santé numérique pour améliorer l’accès aux soins

    Principaux défis d’accès aux soins

    La Fondation bangladaise SAJIDA a récemment annoncé ses investissements majeurs dans la numérisation des services de santé au Bangladesh. Depuis la pandémie de COVID-19, elle a consacré près de 4 millions de dollars au développement, au déploiement et à la maintenance de plateformes numériques et d’applications mobiles, ainsi qu’à la formation de plus de 5 500 professionnels de santé et à la conduite d’études cliniques.  Cette démarche vise à renforcer l’accessibilité et la couverture médicale pour les populations vulnérables.

    Avec une population de 175,7 millions d’habitants, un âge médian de 26 ans et une répartition territoriale marquée (41,6 % en zones urbaines, 58,4 % en zones rurales), le Bangladesh fait face à des défis majeurs en matière d’accès aux soins, illustrés par trois indicateurs clés :

    • 1 médecin pour 1 847 habitants, un ratio bien inférieur aux recommandations de l’OMS (1 pour 1 000), entraînant une surcharge des professionnels et un accès limité aux soins, surtout en milieu rural.
    • 58,4 % de la population vit en zone rurale, souvent mal desservie en infrastructures et personnel qualifié.
    • Moins de 3 % du PIB national est consacré à la santé, limitant la capacité du système à répondre aux besoins croissants.

    Digital Health : un programme pour une santé numérique intégrée

    La Fondation SAJIDA a lancé le programme « Digital Health » pour intégrer les technologies numériques dans les services de santé, avec trois axes principaux :

    • Déploiement de plateformes d’e-monitoring et de télémédecine dans les zones urbaines défavorisées et rurales vulnérables comme Kurigram, Bagerhat, Satkhira et Sunamganj.
    • Mise en place de la ligne d’assistance psychologique à distance « Shojon », destinée aux patients souffrant de troubles mentaux dans les zones rurales.
    • Programme « Moner Kotha » de santé mentale, en partenariat avec British Asian Trust et Primark, dédié aux ouvrières du secteur textile dans les zones industrielles de Savar, Gazipur et Uttara.

    Des résultats reconnus à l’international

    • 5 765 services de télésanté délivrés.
    • 5 500 professionnels de santé formés.
    • Plus de 507 000 utilisateurs bénéficiaires des services numériques.

    La Fondation SAJIDA a démontré l’impact significatif de son programme, reconnu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Son usage rigoureux des données influence les politiques publiques et fait de SAJIDA un modèle pour les pays en développement. La fondation prépare désormais son expansion en Afrique subsaharienne, notamment en Ouganda, et aux États-Unis.

  • La start-up Livmed’s en redressement judiciaire malgré deux levées de fonds totalisant 7M€

    Une cessation des paiements actée par le tribunal

    Fondée en 2020 à Nice, Livmed’s propose via une application mobile la livraison de médicaments à domicile, avec ou sans ordonnance, en s’appuyant sur un réseau de pharmaciens et de coursiers. Le 24 avril, le tribunal de commerce de Nice a constaté l’état de cessation des paiements de la société, incapable de faire face à ses dettes exigibles. Une procédure de redressement judiciaire a été ouverte, avec une période d’observation fixée jusqu’au 24 octobre 2025. Le jugement entraîne le gel du passif antérieur, le maintien de l’activité sous surveillance, l’intervention d’un administrateur judiciaire et un inventaire des biens.

    Restructuration en cours et levée de fonds ralentie

    Livmed’s avait pourtant réussi deux levées de fonds : 2 M€ en 2021 avec des investisseurs comme Fred Destin (PillPack-Amazon Health), Jacques Richier (Allianz France) ou encore des pharmaciens utilisateurs ; puis 5 M€ en 2022 lors d’un tour de table en pré-série A, avec la participation de Sanofi (via Sanofi Santé grand public), CMA CGM et Bpifrance.

    Depuis 2022, Livmed’s fait face à des contentieux avec le Conseil national de l’ordre des pharmaciens (Cnop), qui l’accuse de vente illégale de médicaments en ligne, une activité strictement réservée aux officines. L’ordre remet aussi en cause le modèle d’intermédiation de la plateforme. Après plusieurs rebondissements judiciaires, le tribunal judiciaire de Paris a suspendu sa décision.

    En parallèle, plusieurs organisations professionnelles — USPO, Federgy, UDGPO et CNGPO — ont annoncé à l’été 2024 le lancement de leur propre plateforme de livraison, MaPharmacieEnFrance, soutenue par la Caisse des dépôts et La Poste Santé & Autonomie. Livmed’s a réagi en enregistrant le nom de domaine mapharmacieenfrance.fr, ce que les syndicats qualifient de “manœuvre de parasitisme”.

  • Biotech : les financements chutent de 20 % au premier trimestre 2025, les investisseurs ciblent les phases avancées

    Resserrement du capital-risque dans les biotechs

    Au premier trimestre 2025, les entreprises biopharmaceutiques ont levé 6,5 milliards de dollars, contre 8,1 milliards à la même période l’année précédente, selon un rapport de GlobalData. Le recul de près de 20 % des financements s’accompagne d’une baisse de 9 % du nombre d’opérations, avec 162 investissements en capital-risque recensés. L’oncologie se distingue comme domaine le plus actif, concentrant 76 transactions, impliquant 217 investisseurs.

    Des choix guidés par les données cliniques

    Les conclusions du rapport soulignent un contexte de prudence persistant dans un climat macroéconomique incertain. Alison Labya, analyste chez GlobalData, indique que les investisseurs réorientent leur stratégie vers des entreprises en phase de développement avancé, appuyées par des données cliniques solides. Cette tendance, amorcée en 2024, confirme un changement dans l’appétence au risque, avec une recherche de visibilité rapide sur les revenus et l’accès au marché. Plusieurs opérations notables illustrent cette sélectivité. Granite Bio, par exemple, a levé 100 millions de dollars en deux étapes pour ses anticorps développés avec Ridgeline Discovery Engine. GRT-001 est actuellement en phase 1a, tandis que GRT-002 pourrait entrer en phase clinique en 2026. Dans le domaine de l’imagerie cellulaire, Stately Bio a réuni 12 millions de dollars pour une plateforme exploitant l’IA, censée permettre l’observation de cellules vivantes sans les endommager. Fondée par Frank Li, l’entreprise a été financée par AIX Ventures.

    Initiatives en IA, maladies rares et thérapies innovantes

    Etiome, soutenue par Flagship Pioneering à hauteur de 50 millions de dollars, développe une approche préventive basée sur l’analyse de « biostades » de maladie. Glycomine a levé 115 millions pour son essai clinique de phase 2b contre un trouble congénital de la glycosylation. Avidicure, quant à elle, a sécurisé 50 millions pour ses anticorps multifonctionnels contre le cancer, tandis qu’Attovia a levé 90 millions pour ses « attobodies » ciblant le prurit chronique et la dermatite atopique. D’autres entreprises poursuivent leur montée en puissance clinique : Imbria Pharmaceuticals (57,5 millions), Merida Biosciences (121 millions), RayThera (100 millions), Neurona Therapeutics (102 millions), Solu Therapeutics (41 millions) ou encore HepaRegeniX (24,3 millions de dollars). Enfin, Atsena Therapeutics, engagée dans le traitement d’un trouble visuel rare, a levé 150 millions de dollars.

    Après une période d’afflux massif de capitaux durant la pandémie de COVID-19, puis une phase de correction post-crise, le secteur espérait une normalisation progressive en 2025. Ces anticipations sont désormais compromises, notamment en raison des nouvelles tensions économiques induites par les mesures tarifaires du président Donald Trump, qui accentuent la volatilité des marchés. Le recul du financement VC et l’attention portée aux projets les plus matures traduisent une prudence durable des investisseurs vis-à-vis du secteur.

  • Etude : les LLM simplifient trop les résultats des essais cliniques

    Leurs résultats*, publiés le 30 avril par la Royal Society Open Science, montrent une nette tendance à la généralisation excessive des chatbots.

    Les chatbots comme ChatGPT, Claude ou DeepSeek sont de plus en plus utilisés pour résumer des études scientifiques. Des chercheurs pour faire une revue de la littérature, des soignants pour résumer les dernières recommandations sur un traitement, des enseignants pour reformuler un article en termes plus accessibles pour leurs élèves… Les occasions pour recourir aux LLM ne manquent.

    Ce travail qui a le potentiel d’améliorer la culture scientifique du grand public et de soutenir la recherche scientifique est-il pour autant fiable ? C’est pour le savoir qu’un chercheur canadien de la Western University et un professeur de philosophie de l’université d’Utrecht ont mis sur pied une étude. Sur une période d’un an, les chercheurs ont collecté 4 900 résumés générés par I’IA qu’ils ont ensuite comparé avec ceux rédigés par des humains. Ils ont testé la fiabilité de 10 LLM majeurs, dont ChatGPT-4o, ChatGPT-4.5, DeepSeek, LLaMA 3.3 70B et Claude 3.7 Sonnet.

    Les résultats de leur étude ont été publiés le 30 avril par la Royal Society Open Science.

    Résultats : des inexactitudes dans 73% des cas

    • Les résumés des LLM étaient près de 5 fois plus susceptibles de contenir des généralisations excessives que ceux des humains.
    • Les chatbots tirent des conclusions inexactes dans jusqu’à 73 % des cas.
    • Six modèles sur dix ont systématiquement exagéré les affirmations des textes d’origine.
    • Les modèles d’IA récents, comme ChatGPT-4o et DeepSeek ont obtenu de moins bons résultats que les modèles plus anciens.
    • Lorsqu’il était demandé aux modèles d’éviter les inexactitudes, ceux-ci avaient presque 2 fois plus de risques de produire des conclusions exagérées que lorsqu’on leur demandait simplement un résumé.

    « Un effet préoccupant »

    Ces simplifications, voire exagérations, que commettent les LLM lorsqu’ils résument des études scientifiques sont faites « de manière subtile mais significative », précisent les auteurs de l’étude. Par exemple, une affirmation prudente au passé comme « Le traitement a été efficace dans cette étude » était transformée en « Le traitement est efficace » — une reformulation qui induit les lecteurs à croire que les résultats s’appliquent de façon générale. « Cet effet est préoccupant », explique Uwe Peters de l’Université d’Utrecht. « Les étudiants, chercheurs ou décideurs peuvent penser qu’en demandant à ChatGPT d’éviter les erreurs, ils obtiendront un résumé plus fiable. Nos résultats prouvent le contraire. »

    Cette tendance n’est pas surprenante. En effet, « des études antérieures ont montré que les généralisations excessives sont courantes dans les écrits scientifiques », précise Benjamin Chin-Yee, co-auteur de l’étude. Comme les modèles d’IA sont entraînés sur ces textes, il est logique qu’ils reproduisent ce biais. En effet, ces mêmes chercheurs ont mené une revue systématique de plus de 500 études publiées dans les meilleures revues médicales et ont constaté que plus de la moitié faisaient des généralisations au-delà des populations étudiées. De plus, la tendance naturelle des utilisateurs à préférer des réponses qui semblent utiles et applicables à grande échelle pousse les LLM, à force d’interactions, à favoriser la fluidité et la généralité au détriment de la précision.

    Limiter le niveau de créativité des chatbots

    Afin de réduire ce risque, les deux chercheurs formulent plusieurs préconisations. Tout d’abord, utiliser des modèles comme Claude, qui a montré la meilleure précision de généralisation. Par ailleurs, ils recommandent de configurer les chatbots avec une température basse. C’est un paramètre de génération de texte qui contrôle le niveau de créativité, de hasard ou de variabilité dans les réponses du modèle. Formuler les requêtes de manière à imposer un style indirect au passé, plus adapté à la communication scientifique, permettrait également de limiter la généralisation excessive. Enfin, ils plaident pour l’élaboration de directives plus claires et des politiques éditoriales exigeantes sur la manière dont les données sont rapportées et les résultats décrits.

    * Generalization bias in large language model summarization of scientific research

    Uwe Peters and Benjamin Chin-Yee

    Published : 30 April 2025

    https://doi.org/10.1098/rsos.241776

     

  • Un cerveau virtuel pour prédire les effets d’interventions ciblées

    Visualiser l’impact d’une intervention locale à l’échelle du cerveau entier

    Comprendre comment une stimulation ciblée ou une lésion localisée affecte le fonctionnement global du cerveau reste un défi en neurologie. Pour y répondre, une équipe de recherche composée de scientifiques de l’Inserm, du CNRS, d’Aix-Marseille Université et de partenaires internationaux, a mis au point un modèle informatique innovant, intégrant des données d’IRM fonctionnelle (IRMf). Leurs travaux, publiés dans PNAS, montrent que ce “cerveau virtuel” permet de prédire les réorganisations de l’activité cérébrale induites par des perturbations très localisées.

    Ce modèle a été conçu à partir de données IRMf collectées chez des souris, soumises à différents types d’interventions localisées : lésions chirurgicales ou inactivation chimique. Une fois modélisés numériquement, les cerveaux virtuels ont reproduit les effets constatés in vivo, incluant les spécificités propres à chaque individu.

    Selon Christophe Bernard (Inserm) et Viktor Jirsa (CNRS), les cerveaux virtuels permettent d’observer comment une stimulation ou une inhibition dans une seule région engendre une reconfiguration mesurable de l’activité cérébrale dans l’ensemble du réseau neuronal. Ces réorganisations suivent des schémas spécifiques, déterminés par la zone initialement affectée.

    Vers des biomarqueurs prédictifs personnalisés

    Au-delà de la validation expérimentale, les chercheurs soulignent que les motifs d’activité identifiés pourraient constituer des biomarqueurs prédictifs personnalisés. Ceux-ci pourraient guider les interventions thérapeutiques, en particulier pour les techniques de modulation cérébrale localisée, comme la stimulation cérébrale profonde utilisée dans la maladie de Parkinson ou l’épilepsie. Toutefois, Viktor Jirsa souligne qu’il reste nécessaire d’étendre l’analyse à l’ensemble des régions cérébrales pour établir une cartographie prédictive plus complète, en vue d’une application clinique universelle.

    Une première étape vers la médecine personnalisée en neurologie

    Ce projet s’inscrit dans la préparation du programme Nautilus, financé par France 2030 via le plan Impact Santé de l’Inserm. Ce programme vise à développer un double numérique du cerveau humain, destiné à simuler la réponse individuelle d’un patient à une électrostimulation cérébrale localisée. L’objectif affiché est d’améliorer la précision des interventions, de limiter les gestes invasifs, et d’ouvrir la voie à des traitements personnalisés dans les maladies neurologiques chroniques et complexes.

  • Withings lance BeamO, un dispositif de santé 4 en 1 à 249,95€

    Une consultation médicale à distance en moins d’une minute

    Withings annonce la commercialisation de BeamO, un dispositif connecté 4-en-1 conçu pour améliorer la surveillance médicale à domicile dans le cadre de la téléconsultation. Développé en collaboration avec des hôpitaux et instituts de recherche, il combine thermomètre sans contact, électrocardiogramme, stéthoscope numérique et oxymètre dans un petit appareil. Un examen cardiovasculaire à distance validé par des cardiologues est inclus avec l’abonnement Withings+ pour les acheteurs du BeamO. Le dispositif permet de réaliser un bilan de santé cardiovasculaire et respiratoire en moins d’une minute. Les données peuvent être partagées en temps réel avec un professionnel de santé via l’application Withings. Les capteurs intégrés utilisent des ondes lumineuses et acoustiques pour mesurer la saturation en oxygène, la température, la fréquence cardiaque, et enregistrer les sons pulmonaires. L’appareil détecte aussi la fibrillation auriculaire et les anomalies de rythme cardiaque. Les mesures sont visibles en temps réel sur un écran LED et peuvent être exportées pour un partage.

    Téléconsultation augmentée et suivi continu

    Avec BeamO, la téléconsultation intègre pour la première fois un recueil de données vitales en vie réelle. Pour accompagner ce dispositif, Withings propose un accès au service Cardio Check-Up, qui permet aux utilisateurs d’obtenir un examen clinique cardiovasculaire à distance, réalisé en moins de 24h par un cardiologue. L’ensemble se synchronise automatiquement avec l’application Withings, qui génère un dossier de suivi interactif. Alertes, rappels, détection précoce d’anomalies et conseils personnalisés viennent compléter l’offre dans le cadre de l’abonnement Withings+.

    Prix, disponibilité et conditions d’accès : Disponible depuis le 2 avril 2025 sur withings.com au prix de 249,95 € avec trois mois d’abonnement Withings+ inclus, BeamO sera proposé chez les distributeurs partenaires à partir du 15 mai. Il n’est pas encore commercialisé aux États-Unis, en attente d’un avis de la FDA. En Europe, sa distribution débutera après l’obtention du marquage CE.