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  • SantExpo 2025 : Value-Based Procurement – vers un nouveau pacte entre hôpital et industrie

    Animée par Sandrine Degos (Care Insight), cette table ronde organisée par le Fonds FHF a mis en lumière une transformation attendue des achats hospitaliers : le Value-Based Procurement (VBP). Objectif : acheter non pas au moindre coût, mais à la meilleure valeur pour le patient. Un enjeu de culture, de méthode… et de collaboration.

    « Plus le patient va bien, plus on paye cher. C’est contre-intuitif, mais porteur de sens. » — Dr Virginie Luce-Garnier, AP-HP

    Du prix à la valeur : un changement culturel profond

    Le VBP place le résultat de santé au cœur de la commande publique. Pour le Dr Luce-Garnier, cette approche renverse les logiques traditionnelles : on ne rémunère plus le volume, mais la pertinence des soins. L’objectif est de faire converger les intérêts des hôpitaux, des soignants, des industriels… et surtout, des patients.

    Le modèle Resah : une approche pragmatique en trois temps

    Louis Potel (Resah) a détaillé un modèle d’expérimentation « dégradé mais réaliste », structuré en trois cycles : Une logique cyclique permet aux industriels non sélectionnés de réintégrer le processus après avoir amélioré leurs solutions.

    • Phase 0 : Appel d’offres sur dossier, avec sélection selon la promesse de valeur.
    • Phase 1 : Évaluation en vie réelle, via la collecte de données de résultats (PROMs) dans des établissements pilotes.
    • Phase 2 : Attribution du marché final, aux fournisseurs ayant démontré une amélioration tangible des résultats de santé.

    Côté industriels : une maturité hétérogène, un besoin d’accompagnement

    Natacha Cormorant (SNITEM / W. L. Gore) a rappelé que 93 % des entreprises du dispositif médical sont des PME. Si l’intérêt est réel, les capacités d’engagement varient : acculturation, indicateurs, temps d’évaluation… tout cela suppose un soutien renforcé. Des solutions émergent : privilégier des indicateurs déjà disponibles dans le PMSI, réduire la charge des établissements, et simplifier le monitoring. « Il faut éviter que ce nouveau modèle ne profite qu’aux grands groupes. Nous défendons une montée en compétence collective, au service d’un accès équitable à l’innovation. »

    Données de santé : un bien stratégique à partager

    Le modèle VBP s’appuie sur une donnée qualifiée, mesurée, partagée. Pour la Dr Luce-Garnier : « La donnée vaut de l’or. Elle est au cœur du système, mais son coût et sa valeur doivent être répartis entre les acteurs. » L’enjeu est double : faire du recueil un outil clinique utile, et organiser une gouvernance éthique et équitable de la donnée.

    En résumé : 5 points à retenir

    • Changer de logique : on n’achète plus « moins cher », on achète « plus utile ».
    • Tester, mesurer, itérer : un modèle en cycles, basé sur des résultats en vie réelle.
    • Impliquer les PME : accompagner la transition industrielle avec équité.
    • Faire parler les données : définir des indicateurs pertinents, accessibles et partagés.
    • Avancer ensemble : acheteurs, cliniciens, industriels et établissements doivent co-construire ce nouveau cadre.

    Prochaine étape : un appel d’offres pilote envisagé d’ici fin 2025

    • Thématique pressentie : chirurgie de la cataracte.
    • En concertation avec les établissements volontaires et les industriels engagés.
  • SantExpo 2025 : « Une première collaboration extrêmement positive », retex de la collaboration entre Heva et le CHU de Nancy

    Une étude sur le vaccin grippe, de l’analyse populationnelle à la donnée clinique

    Cette session a permis de mettre en lumière un retour d’expérience concret sur la mise en place et l’exploitation d’un entrepôt de données de santé (EDS) hospitalier. Ce retour terrain, issu de la collaboration entre le CHU de Nantes et Heva (filiale de La Poste Santé & Autonomie), s’est structuré autour d’un projet de recherche appliquée sur les hospitalisations liées à la grippe chez les personnes âgées. Il illustre de manière exemplaire comment structurer une demande de données hospitalières, conduire une étude de faisabilité rigoureuse et dégager des résultats exploitables dans une logique de santé publique.

    Le projet présenté prolonge une première étude menée par Heva sur l’efficacité du vaccin antigrippal haute dose (HD) par rapport à la version standard (SD). Cette étude, réalisée sur plus de huit millions de personnes à partir des données du SNDS, avait montré une efficacité vaccinale supérieure du HD, avec une réduction significative des hospitalisations liées à la grippe. Pour aller plus loin et renforcer la robustesse scientifique des résultats, Heva a souhaité valider ses hypothèses sur un entrepôt hospitalier, en croisant les diagnostics issus du PMSI avec des données cliniques disponibles dans le système d’information interne du CHU.

    Une méthodologie rigoureuse portée par le CHU de Nantes

    Anne-Sophie Le Bonniec, chargée de la valorisation des données au CHU de Nantes, a exposé le processus structuré mis en place par l’établissement pour répondre à ce type de sollicitation. Le processus débute par une étude de faisabilité associant experts cliniques, data scientists, épidémiologistes et ingénieurs en santé publique. Cette première étape permet de clarifier la demande, de vérifier la disponibilité des données dans l’EDS et d’évaluer les capacités techniques à y répondre dans un calendrier raisonnable. Dans le cas de cette étude grippe, le CHU a pu instruire la demande en environ six semaines. La faisabilité portait sur l’identification, à partir de l’entrepôt, des patients de plus de 65 ans hospitalisés pour grippe entre 2021 et 2024, en croisant le diagnostic PMSI avec des données biologiques (tests PCR ou tests rapides), ainsi que le statut vaccinal récupéré par text mining dans les comptes rendus.

    Au terme de cette analyse, 497 patients ont été inclus dans la cohorte. Les résultats ont montré que, sur les 1 523 séjours initialement repérés, les deux tiers ont été exclus pour âge ou absence de consentement. Ce travail a permis de valider en vie réelle le diagnostic de grippe hospitalière à partir de données hospitalières enrichies, démontrant l’intérêt de coupler PMSI, biologie et comptes rendus dans une logique d’analyse épidémiologique.

    Une démarche collaborative au bénéfice de l’efficacité :

    Pour le CHU de Nantes, cette première collaboration avec un partenaire industriel a été jugée très positive. Anne-Sophie Le Bonniec a souligné l’importance des études de faisabilité dans le cadre d’une relation partenariale. Elles permettent, selon elle, de mieux cadrer les projets, de sécuriser les engagements réglementaires et budgétaires, et d’optimiser l’adéquation entre la demande industrielle et la réalité des données hospitalières. Elle a également insisté sur la nécessité de bien formuler la question initiale, condition essentielle à l’efficacité du processus.

    Du côté de Heva, Fanny Raguideau a partagé le même enthousiasme, en saluant la qualité du dialogue, la structuration du processus et la perspective d’aller plus loin. Elle a évoqué l’intérêt croissant des industriels pour les données hospitalières, tout en rappelant les points de vigilance récurrents : qualité des données, délais de traitement, contraintes budgétaires. Elle a également insisté sur l’importance de se projeter vers des collaborations multicentriques et l’exploitation de données issues d’autres sources, comme les biocollections ou les data catalogues.

    Une illustration concrète de la valorisation maîtrisée des EDS :

    Cette session a donc permis d’illustrer concrètement comment un CHU peut structurer une gouvernance de la donnée à des fins de recherche, tout en s’inscrivant dans une logique d’innovation ouverte, rigoureuse et maîtrisée. Elle confirme que les entrepôts de données hospitaliers, lorsqu’ils sont bien encadrés, peuvent devenir des leviers puissants pour produire de la connaissance, nourrir des évaluations médico-économiques et accompagner des stratégies de santé publique.

  • SantExpo 2025 : un parcours expert pour intégrer le numérique dès la conception des Smart Hospitals

    Construire un hôpital intelligent, de la conception à l’exploitation

    Lors de SantExpo 2025, la Smart Buildings Alliance a organisé un parcours expert sur la co-construction des Smart Hospitals. La méthodologie regroupe une quarantaine de membres issus de divers domaines : maîtrise d’ouvrage, conception de solutions, éditeurs de logiciels, énergéticiens, architectes ou encore intégrateurs. L’objectif : présenter les compétences, outils et méthodologies permettant d’intégrer le numérique au bâtiment hospitalier dès sa conception.

    L’ensemble du parcours repose sur le référentiel Ready2Services 4 Care, une déclinaison sectorielle du cadre Ready2Services, adaptée aux enjeux des établissements de santé. Il propose une méthodologie pour améliorer la performance énergétique, la résilience et l’expérience patient à travers les services numériques du bâtiment. La gouvernance, la coordination des parties prenantes et l’implication des usagers figurent parmi les axes prioritaires.

    R2S 4 CARE : le cadre de référence du smart hospital
    @ Smart Building Alliance : le cadre de référence du smart hospital

    Ce référentiel vise à faire du bâtiment un support de services numériques fiables, évolutifs et interopérables, en structurant toutes les étapes du projet : de la programmation à l’exploitation. Adaptée aux enjeux du secteur hospitalier, cette méthodologie s’adresse aux maîtres d’ouvrage, exploitants, industriels, éditeurs, architectes ou encore intégrateurs. Elle définit un socle commun de principes techniques et organisationnels, en intégrant les contraintes propres aux environnements médicaux et aux flux complexes des patients, soignants et équipements.

    Le référentiel Ready2Services 4 Care repose sur plusieurs piliers :

    • Une infrastructure numérique ouverte et interopérable, qui facilite la connexion et la supervision des équipements techniques, biomédicaux et informatiques ;
    • Une gouvernance projet partagée, intégrant dès l’amont tous les acteurs – y compris les usagers – pour assurer la cohérence fonctionnelle et technique ;
    • Un pilotage par les usages, avec une attention portée aux parcours patients, aux services à valeur ajoutée et à la réduction des ruptures d’information ;
    • Une exigence en matière de cybersécurité, notamment via l’articulation avec la mission nationale CSSN (cybersécurité des systèmes numériques hospitaliers).

    Interopérabilité, pilotage et cas d’usages concrets

    Parmi les points sensibles évoqués : les problématiques d’interfaces et d’interopérabilité entre les systèmes techniques, médicaux et d’information. Plusieurs cas concrets ont illustré la nécessité d’une approche collaborative et intégrée. Comme par exemple Where IT, une entreprise spécialisée dans la géolocalisation d’équipements médicaux au sein des établissements de santé. Cette solution repose sur un moteur de géolocalisation capable d’indiquer en temps réel la localisation et la disponibilité du matériel médical, réduisant ainsi le temps perdu quotidiennement par le personnel soignant. Le coût de cette solution varie en fonction de la surface à couvrir, notamment en fonction du nombre de routeurs nécessaires.

    Dispositifs tracking du matériel médical Where IT

    Des expertises croisées pour des solutions sur mesure

    Plusieurs membres de l’écosystème ont illustré la diversité des expertises mobilisées :

    • ENGIE Solutions, en charge du départ du parcours, met en avant des solutions liées à la performance énergétique des bâtiments.
    • Enovacom travaille sur l’intégration des dispositifs médicaux dans le dossier patient informatisé (DPI), afin de fluidifier la circulation de l’information.
    • AIA Life Designers s’appuie sur la donnée pour cartographier les flux patients et modéliser les parcours, comme dans le projet de l’hôpital de Nantes.
    • ou encore Artelia, a présenté sa mission de coordination en matière de cybersécurité des systèmes numériques hospitaliers (CSSN).

    Une dynamique collective ancrée dans les usages

    Ce parcours met en avant l’approche systémique nécessaire à la réussite des projets de Smart Hospitals. L’articulation entre les métiers, la standardisation des interfaces et l’ancrage dans les usages permettent de concevoir des hôpitaux intelligents adaptés aux réalités de terrain. L’ensemble des acteurs présents à SantExpo rappelle que la transformation numérique du secteur hospitalier repose autant sur la technologie que sur la collaboration.

  • SantExpo 2025 : Prescription numérique – Numih France et Posos s’allient pour éliminer la saisie manuelle

    Une intégration native dans les systèmes d’information hospitaliers, une IA spécialisée pour structurer les prescriptions jusqu’à la posologie, et une expérimentation déjà en cours dans plus de 20 établissements : Numih France et la medtech Posos annoncent une collaboration industrielle pour accélérer la numérisation des ordonnances.

    Une alliance public-privé pour une innovation déployable

    Numih France, anciennement Nipici, renforce son rôle de partenaire industriel des programmes publics. Sa nouvelle stratégie, baptisée “IA Inside”, repose sur trois axes : développer ses propres innovations, ouvrir un store de modules partenaires labellisés, et soutenir les initiatives territoriales. C’est dans ce cadre que s’inscrit le partenariat avec Posos, medtech fondée en 2018 par des pharmaciens et ingénieurs. Utilisée par 85 000 soignants, dont 40 000 médecins, Posos propose une structuration automatisée des prescriptions, destinée à optimiser leur intégration dans les systèmes hospitaliers. Notre objectif est de restaurer du temps soignant aux soignants, en réduisant les tâches répétitives à faible valeur ajoutée”, résume Jérôme Manzanares, directeur de l’Offre IA Data chez Numih France.

    Une IA pour structurer les posologies complexes

    Posos repose sur une technologie de reconnaissance et de structuration du langage médical, y compris la posologie, qui reste un obstacle à l’automatisation. L’outil identifie les cas simples ou ambigus selon un système de scoring :

    • Validé (classe High) : structuration fiable à 98 %
    • 🟦 À vérifier (classe Medium)
    • 🟧 À modifier (classe Low)

    L’intégration peut se faire via photo, webcam, dictée vocale ou pièce jointe. Un QR code permet d’associer l’ordonnance au séjour du patient dans le DPI. “Même les écritures peu lisibles sont reconnues. L’IA est accompagnée d’une deuxième IA de vérification pour limiter les erreurs”, précise Emmanuel Bilbault, cofondateur et CEO de Posos. Chaque semaine, environ 35 000 ordonnances sont scannées via la solution. Elle est déjà compatible avec 15 éditeurs de logiciels et intégrée dans plus de 20 établissements, dont le CHU de Saint-Étienne, les Hôpitaux Civils de Colmar ou le CHU de Nice.

    Vers une généralisation sécurisée et accompagnée

    Dès novembre, la solution sera disponible dans le store de Numih France, via le DPI “Sillage”. Les établissements pourront la commander directement, avec un accompagnement prévu pour l’installation, la formation et la maintenance. Ce modèle de partenariat tripartite, entre éditeur, startup et hôpital, doit garantir la pérennité de la solution. “Le plus grand risque pour une innovation, c’est de ne pas être intégrée correctement”, souligne Emmanuel Bilbault.

    Un levier d’industrialisation pour l’innovation hospitalière

    L’expérimentation est également accompagnée par l’Institut d’Intelligence Artificielle en Santé de Reims Champagne Ardenne, soutenu par la stratégie France 2030. Pour Vincent Vuiblet, professeur au CHU de Reims, “ces collaborations permettent de confronter les solutions IA à la réalité du terrain, d’en mesurer la performance mais aussi l’acceptabilité”. Le but à terme est de rendre ces outils accessibles à tous les établissements, y compris les plus petits. Numih France évoque déjà un déploiement élargi et l’évaluation médico-économique des solutions pour démontrer leur valeur. “L’enjeu est de passer du POC à une vraie diffusion opérationnelle”, conclut Jérôme Manzanares.

     

  • SantExpo 2025 : les leviers de transformation des parcours de soins à partir de la donnée territoriale à travers l’exemple du projet conduit à Valenciennes

    Cette session couverte par Health & tech Intelligence à Santexpo a eu pour objectif de présenter une démarche centrée sur l’analyse territoriale des données de santé pour optimiser les stratégies de dépistage, diagnostiquer plus précocement et mieux structurer les parcours de soins.

    Roche Diagnostics : accompagner l’innovation par les données

    Pierre Mezeray, directeur exécutif transformation en santé et solutions diagnostiques, a exposé la stratégie de Roche Diagnostics centrée sur l’innovation dans les biomarqueurs et les outils diagnostiques. Aujourd’hui, Roche Diagnostics, c’est beaucoup d’innovations dans les biomarqueurs pour mieux comprendre, diagnostiquer et suivre les patients, l’évolution de leur maladie et de leur traitement.

    Cette démarche repose sur une double analyse : « Pour quel type de décision médicale est-ce que ce biomarqueur est fait ? Et aussi, quel est son impact sur la pérennité du système de santé ? »

    L’approche diagnostique nécessite donc d’articuler la valeur médicale et l’organisation territoriale : chaque écosystème de santé étant différent, chaque territoire est différent, il faut donc les comprendre pour articuler cette valeur.

    Cas d’usage du Covid-19

    Pierre Mezeray a rappelé que l’expérience du COVID-19 a permis une montée en puissance de l’approche populationnelle. En effet, durant la crise les données agrégées, comme ceux des résultats PCR ont permis de piloter des décisions territoriales.

    C’est dans cette dynamique qu’est née la collaboration avec le CH de Valenciennes. Le directeur d’établissement avait exprimé un besoin clair : comprendre la population, ses besoins, et mesurer l’impact des actions de santé notamment en dehors de l’hôpital.

    Ulysse Rodts a ensuite présenté comment KanopyMed intervient en soutien aux acteurs territoriaux pour fournir une lecture populationnelle des données : « L’idée est de mettre les données à disposition des soignants, des collectivités, des laboratoires pharmaceutiques, dans une logique populationnelle. »

    L’outil principal utilisé est le SNDS, base de données exhaustive de l’Assurance Maladie. Cela a permis à KanopyMed de mener une réflexion profonde sur les parcours de soins, notamment en insuffisance cardiaque et diabète.

    Le travail s’est inscrit dans un partenariat avec le CH de Valenciennes et la CPTS locale. Il a mobilisé pendant deux ans une collecte et une analyse poussées, permettant de restituer un diagnostic territorial détaillé aux acteurs de terrain.

    12% de la population adulte est diabétique sur la commune de Valenciennes

    Les données ont mis en lumière plusieurs éléments. Notamment que certaines communes de Valenciennes ont 12 % de population adulte diabétique. Ces patients génèrent en moyenne 10 à 12 consultations par an chez un médecin généraliste.

    L’analyse a aussi révélé une sous-utilisation de certains tests diagnostiques comme le NT-proBNP pour l’insuffisance cardiaque, due principalement à une méconnaissance de leur utilité en médecine de ville car aujourd’hui les généralistes utilisent encore essentiellement la clinique pour évaluer les risques. Par ailleurs, les cardiologues ont confirmé cette tendance, indiquant que la clinique seule ne suffit plus car aujourd’hui, des outils existent pour mieux comprendre le stade de la maladie.

    L’intelligence humaine : au-delà des données, une nécessité de coordination locale

    À Valenciennes, la proximité entre la CPTS et le CH a facilité la coordination des soins et permis de lancer des actions immédiates. En effet, des discussions ont été engagées entre les cardiologues et les généralistes pour promouvoir la systématisation du test NT-proBNP. Cette dynamique est rendue possible grâce à l’intégration des données dans un travail d’intelligence collective. Les intervenants ont mis en avant qu’on ne pouvait pas tout voir avec la donnée. Il faut une réflexion humaine et une coordination locale.

    L’un des objectifs fixés dans le cadre de ce projet était de mesurer l’impact réel des actions engagées afin de voir si l’usage des tests permet de réduire les hospitalisations évitables. Cependant, plusieurs défis restent à résoudre, notamment les délais d’accès aux données car lorsqu’un projet est soumis aujourd’hui, les données sont accessible dans les 18 mois. Malgré cela, les intervenants soulignent que « l’objectif est de créer une boucle entre les données, les actions, et les résultats mesurables. »

    Réplicabilité et vision nationale : près de 8 millions de patients vivent à plus de 25 km d’un laboratoire

    L’approche développée à Valenciennes est conçue pour être réplicable. Les données SNDS étant nationales, les recommandations sont identiques donc l’approche peut être applicable sur tout le territoire national. Une extraction nationale des indicateurs a été anticipée dès le début afin de pouvoir comparer les territoires, de créer des groupes contrôle et d’élargir l’analyse.

    Un débat s’est engagé ensuite sur la possibilité de réaliser certains tests plus près des patients. La réglementation actuelle limite l’usage de dispositifs point-of-care en dehors de l’hôpital. Pierre Mezeray a souligné le fait que près de 8 millions de patients vivent à plus de 25 km d’un laboratoire d’analyse médicale. Le sujet est jugé prioritaire dans les territoires en tension car cela a un impact financier : quelques euros supplémentaires pour un test peuvent en effet éviter une hospitalisation coûteuse.

    « Identifier les données disponibles, définir les actions à mettre en œuvre, et mesurer l’impact »

    Enfin, les intervenants ont confirmé leur capacité à réaliser des diagnostics sur d’autres territoires. La donnée étant disponible, ce qui prend du temps pour effectuer ces diagnostics territoriaux c’est l’ingénierie humaine derrière et la coordination locale entre établissements, CPTS et laboratoires.

    Ulysse Rodts a mis en avant que la réussite repose sur la capacité à mobiliser l’ensemble des acteurs autour d’un objectif partagé : « À Valenciennes, la CPTS et le CH partageaient une vision commune. Mais ce n’est pas toujours le cas ailleurs. »

  • Santé digitale en Europe : maturité, investissements et défis stratégiques pour la France en 2025

    La maturité digitale en santé : une Europe en mouvement

    L’Europe a fait un bond en matière de maturité numérique en santé. Selon l’indicateur eHealth de la Décennie numérique 2024, le score composite UE-27 a atteint 79 % en 2024 (contre 72 % en 2023), avec 22 États membres ayant progressé en un an. Cette maturité se mesure sur quatre axes (OCDE) :
    • Stratégie politique (cadres réglementaires, financements)
    • Infrastructure technique (interopérabilité, cybersécurité)
    • Adoption et usages (taux d’usage des DME, télésanté)
    • Impact santé publique (réduction des coûts, amélioration des résultats)

    Classement eHealth 2024

    • Trendsetters (90-100 %) : Belgique, Estonie, Lituanie, Pologne
    • Fast-trackers (83-88 %) : Allemagne, Portugal, Italie, Espagne, Finlande…
    • Followers (66-79 %) : France, Pays-Bas, Luxembourg, Suède…
    • Beginners (11-59 %) : Roumanie, Irlande, Tchéquie

    2024 DDEH all countries composite Rtp7wwy86vhtbYB09huFSkQPA8 106397

     

    Le marché européen de la santé numérique a atteint 58,75 Mds $ en 2023 et affiche un taux de croissance annuel moyen (TCAC) de 20,3 % jusqu’en 2031, bien supérieur à celui des États-Unis (8 %) ou de la France (10-15 %). La France pèse 2,7 Mds € sur ce marché, avec une adoption du DME à 65 % (contre 93 % en Europe et 90 %+ aux USA).

    Comparatif marché et investissements santé numérique (2024)

    Critère
    États-Unis
    Europe (UE)
    France
    Taille de marché 2023
    350 Mds $
    58,75 Mds $
    2,7 Mds €
    TCAC 2024-2031
    8 %
    20,3 %
    10-15 %
    Investissements VC 2024
    10,1 Mds $
    4,8 Mds $
    695 M$
    Dépenses publiques
    12 %
    18 %
    15 %

    Focus pays : dynamiques nationales et hubs d’innovation

    • Allemagne : 3 Md€ investis via le Hospitals Future Program (KHZG) et DiGA. Berlin/Munich : principaux hubs IA santé.
    • Italie : 1,3 Md€ du Plan National de Relance pour la santé numérique (2021-2026), 35 M€ de prêt BEI à GVM Group.
    • Pays-Bas : 2,5 Md$ investis en healthtech et IA en 2024 (+39 %). Adoption généralisée du DME, projets pilotes IA à Amsterdam/Utrecht.
    • Portugal : 300 M€ via NextGenerationEU pour la digitalisation du SNS. Lisbonne : hub émergent en IA médicale.
    • France : 1,8 Md€ levés par les startups e-santé en 2023, 7,5 Md€ du plan Innovation Santé 2030 pour la santé numérique et l’IA.

     

     

     

     

     

    L’entrée en vigueur du règlement européen sur l’Espace Européen des Données de Santé (EHDS) en mars 2025 marque une étape structurante :
    • Standardisation des formats d’échange et certification obligatoire des DPI d’ici 2027
    • Création d’un marché unique des données de santé : accès harmonisé pour patients, professionnels et industriels
    • Effet levier : marché européen des DPI multiplié par 2,5 d’ici 2030, 11 Mds € d’économies attendues pour les systèmes de santé
    • Hôpitaux pilotes : AP-HP, CHU Lille, Bordeaux, Brest, Dijon, Centre Léon Bérard (France), 16 partenaires dans 10 pays européens

    Opportunités et défis pour l’écosystème français

    Opportunités

    • Accélérer l’accès aux marchés européens grâce à l’harmonisation EHDS
    • Exporter des solutions innovantes (DPI, IA clinique, télémédecine) sur des marchés en forte croissance
    • Nouer des partenariats transfrontaliers, intégrer des consortiums européens
    • Profiter de la croissance annuelle du marché IA santé (+50 % entre 2020 et 2028)

    Défis

    • Fragmentation réglementaire persistante (27 cadres nationaux)
    • Compétition accrue avec des champions locaux et internationaux
    • Besoin d’innovation continue et d’adaptation rapide (interopérabilité, cybersécurité, RGPD, IA Act)
    • Inégalités d’accès et fracture numérique à résorber

    Bénéfices de la transformation digitale

    • Pour les hôpitaux : Réduction de 25 % des coûts administratifs avec DME interopérables, optimisation de la gestion des maladies chroniques.
    • Pour les patients : Réduction de 30 % des délais d’attente via plateformes numériques, accès sécurisé et immédiat à leurs données de santé dans toute l’UE.
    • Pour l’industrie : Priorité à l’interopérabilité et aux standards communs, 40 M€ de financements européens pour l’IA en diagnostic médical (Horizon Europe).

    Perspectives stratégiques et conclusion

    L’Europe de la santé digitale est à un tournant. La convergence réglementaire, l’essor de l’IA et la dynamique d’investissement créent un environnement propice à l’innovation et à la compétitivité. Pour la France, l’enjeu est d’accélérer l’adoption, d’investir dans la R&D, de renforcer les alliances européennes et de positionner l’écosystème comme leader de la e-santé responsable. « Construisons ensemble une Europe de la santé digitale où l’innovation technologique renforce l’accès aux soins, améliore leur qualité et préserve nos valeurs communes. »
  • Doctolib déploie de nouvelles solutions IA et cible les infirmiers libéraux

    Trois nouvelles solutions IA à destination des soignants

    Doctolib poursuit son virage technologique en 2025 avec le lancement de trois innovations s’appuyant sur l’intelligence artificielle. L’objectif affiché : simplifier la charge administrative des professionnels de santé. Après l’Assistant de consultation lancé fin 2024, utilisé dans plus de 3 millions d’actes médicaux, deux nouvelles fonctionnalités sont d’ores et déjà disponibles : la génération automatique de courriers et une dictée médicale.

    • La génération automatique de courriers permet, à partir des synthèses produites par l’Assistant, de créer des documents cliniques (compte-rendus, lettres d’adressage) adaptés au contexte de chaque consultation. Ces documents structurés peuvent ensuite être validés par le praticien et intégrés directement au dossier patient.
    • La dictée médicale permet quant à elle de produire des notes cliniques, résultats ou comptes-rendus par simple reconnaissance vocale, tout en naviguant dans le logiciel. Intégrée au sein de l’environnement Doctolib, elle vise à remplacer des outils externes souvent peu compatibles et de qualité variable.

    Un troisième outil, actuellement en cours de déploiement, est annoncé pour la fin 2025 : un assistant téléphonique conversationnel, accessible 24h/24 et 7j/7. Déjà en service auprès de 3 500 professionnels de santé en Allemagne, il permettra aux patients de prendre rendez-vous ou de poser des questions par téléphone, avec une gestion des appels automatisée. Cette solution vise à soulager les secrétariats des tâches les plus chronophages.

    Une nouvelle solution pensée pour les infirmiers libéraux : 2h gagnées par semaine

    Doctolib annonce également une nouvelle offre à destination des infirmiers et infirmières libéraux. Ces professionnels, dont 90 % de l’activité se déroule à domicile, pourront désormais recevoir directement via la plateforme des demandes de soins géolocalisées. En précisant leur secteur d’intervention, ils pourront structurer des tournées plus cohérentes et réduire les sollicitations téléphoniques. La “Demande de soins à domicile localisée” permettra un gain de temps estimé jusqu’à deux heures par semaine, grâce à la gestion numérique des réservations. Les soignants auront aussi un accès rapide et sécurisé à tous les documents nécessaires (ordonnances, formulaires de prévention, attestations) et pourront répondre aux patients via une messagerie dédiée. Cette offre complète les outils déjà disponibles sur Doctolib pour les infirmiers : gestion d’agenda, messagerie patients, et Doctolib Siilo pour l’échange interprofessionnel.

    Une nouvelle campagne nationale

    Pour accompagner ces nouveautés, Doctolib lance une campagne de communication nationale à destination des soignants. Signée par l’agence Herezie et la société de production Quad, elle est diffusée depuis le 19 mai sur l’ensemble des canaux (presse, radio, digital, réseaux sociaux et affichage numérique). Le message central est “Votre vocation, c’est de soigner. La nôtre, c’est de vous aider à le faire.”

  • SantExpo 2025 : la FHF remet un projet de loi pour sortir les hôpitaux du déficit

    Un projet présenté à SantExpo

    En amont de la conférence inaugurale de SantExpo, Arnaud Robinet a exprimé une vive inquiétude face à l’état des finances hospitalières. Le secteur public enregistre un déficit cumulé de près de 3 milliards d’euros, et 70 % des Ehpad publics sont déjà déficitaires. Malgré le soutien de l’Etat, certaines spécialités restent en difficulté chronique : cardiologie, pédiatrie, soins palliatifs, neurologie, rhumatologie, greffes et transplantations. Dans les colonnes du quotidien du médecin, Arnaud Robinet évoque même le risque d’un “retour en arrière”. Pour rompre ce scénario, la FHF remet officiellement ce mardi un projet de loi de programmation pluriannuelle à Catherine Vautrin et Yannick Neuder. Fruit d’un travail entamé au premier semestre 2025, cette proposition offrirait une visibilité sur cinq ans aux établissements de santé, à l’instar des secteurs de la Justice ou de la Défense.

    Un changement de paradigme face aux limites du pilotage actuel

    La FHF constate l’impasse d’un pilotage du système de santé dominé par une logique court-termiste, symbolisée par l’ONDAM (Objectif national de dépenses d’assurance maladie). Malgré des réformes successives, la santé publique reste cantonnée à une gestion des urgences et des crises. Le projet de loi proposé ambitionne une « révolution copernicienne » : partir des besoins réels de la population pour définir les moyens adaptés, dans une logique d’efficacité et de soutenabilité. Le texte s’appuie sur des indicateurs, censés guider l’action publique et en évaluer les effets. Parmi les cibles envisagées :

    • L’espérance de vie en bonne santé et ses écarts territoriaux ;
    • L’accès aux soins de premier recours et aux examens diagnostiques dans des délais raisonnables ;
    • La mortalité maternelle et infantile ;
    • Les taux de vaccination (grippe, HPV…) ;
    • L’incidence des maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque et rénale) ;
    • L’évolution du taux de suicide.

    Cinq titres pour structurer l’action

    Le cadre juridique élaboré par la FHF compte 53 articles, organisés autour d’un article liminaire et de cinq grands axes. Parmi les mesures avancées :

    • Un taux plancher d’évolution de l’ONDAM sur cinq ans ;
    • La révision de la nomenclature des actes médicaux selon les priorités de santé publique ;
    • L’affectation de recettes issues d’une fiscalité « pollueur-payeur » (ex. sur certains produits alimentaires) à des actions de prévention ;
    • La création d’un livret d’épargne hospitalier « Livret H » pour financer l’investissement public ;
    • Un effort soutenu en matière de formation médicale et paramédicale ;
    • Un financement sanctuarisé pour la recherche et l’innovation ;
    • Une simplification de la gouvernance du système, avec renforcement de la démocratie sanitaire, territorialisation des politiques de santé et adoption généralisée de l’approche populationnelle.

    La FHF appelle donc les autorités à se saisir de cette proposition comme d’un levier. Selon Arnaud Robinet, il s’agit de « soigner mieux sans dépenser plus », en optimisant l’allocation des ressources et en structurant l’action publique autour d’objectifs durables et partagés.

    Absentéisme à l’hôpital : la FHF dévoilera une enquête à la rentrée pour objectiver les tensions

    L’attractivité et la fidélisation des personnels restent aussi un enjeu. La FHF salue certaines avancées comme la revalorisation des gardes de week-end ou l’augmentation prévue des astreintes en novembre 2025. Mais toutes les mesures du Ségur de la santé n’ont pas été compensées par l’État, ce qui pèse sur les budgets hospitaliers. Une enquête sur l’absentéisme, menée par la FHF, sera dévoilée à la rentrée. Arnaud Robinet insiste sur la nécessité d’investissements pour améliorer les conditions de travail et moderniser l’hôpital public. Car l’avenir du système hospitalier passe aussi par une adaptation aux enjeux climatiques, de sécurisation des données et d’intégration de l’IA.

    Première évaluation du programme PrendreSoin.fr

    SantExpo est aussi l’occasion pour le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, en partenariat avec France Travail, de présenter un premier bilan du programme « Prendre soin », lancé en novembre 2024. Destiné à valoriser les métiers du soin et de l’accompagnement social, ce programme va au-delà de la communication : accompagnement, orientation, formation et accès aux offres d’emploi.

    En six mois :

    • 600 000 visiteurs uniques sur prendresoin.fr ;
    • 76 000 formations et 90 000 offres d’emploi consultées ;
    • 5 000 candidatures déposées ;
    • Plus de 115 millions de vues pour les vidéos TikTok ciblant les jeunes.
  • SantExpo 2025 : Outscale (3DS) et la Fondation FondaMentale annoncent le lancement d’un EDS dédié à la psychiatrie

    Un entrepôt souverain pour la psychiatrie : la santé mentale à l’ère des données

    La santé mentale est devenue en 2025 une priorité nationale, et c’est dans ce contexte que s’est tenue à SantExpo, le 20 mai 2025, une session consacrée au lancement d’un projet structurant : un entrepôt de données de santé (EDS) souverain, sécurisé et dédié à la psychiatrie, fruit de la collaboration entre Outscale (cloud souverain de Dassault Systèmes) et la Fondation FondaMental, acteur majeur de la recherche clinique en santé mentale.

    Autour de la table :

    Un enjeu de santé publique de première importance :

    Avec un coût estimé à 160 milliards d’euros par an, les maladies mentales représentent une charge économique et humaine colossale. « Une personne sur six est concernée, et ces maladies réduisent l’espérance de vie d’environ vingt ans », a rappelé Jérôme Sandrini en introduction.

    Depuis sa création en 2007, la Fondation FondaMental coordonne un réseau de 54 centres experts, qui accueillent les patients pour des bilans complets (psychiatriques, somatiques, neuropsychologiques). À ce jour, plus de 20 000 patients ont été vus, et 2 000 variables cliniques sont collectées à chaque visite. À cela s’ajoutent des données biologiques, génétiques, environnementales, formant un corpus unique de données multimodales anonymisées. « Soigner mieux, c’est comprendre plus profondément. Et pour comprendre, il faut des données robustes et massives », a résumé Andrii Kulakovskyi.

    Une infrastructure technologique de haut niveau :

    Ce projet d’entrepôt repose sur le cloud souverain Outscale, certifié HDS (Hébergement de données de santé) et SecNumCloud 3.2 par l’Anssi, garantissant la plus haute sécurité et conformité. « Les données de santé sont un patrimoine national. Elles méritent le même niveau de protection que nos espaces aérien, maritime ou cyber », a insisté Patrick Johnson. « Grâce à cette infrastructure, les données sont inattaquables, inexploitables par des États tiers, ni copiables, ni accessibles sans consentement », a précisé Jérôme Sandrini.

    Cette exigence est au cœur de la confiance nécessaire pour structurer des entrepôts sensibles comme celui de la psychiatrie, tout en respectant strictement le RGPD.

    Une IA européenne, éthique et utile

    L’un des piliers du projet est d’exploiter ces données via l’intelligence artificielle générative – mais dans un cadre souverain. Contrairement aux modèles IA américains ou chinois, Dassault Systèmes défend une IA entraînée localement, par des équipes européennes, sur des données européennes. « On veut une IA qui pense comme un Européen, qui agit comme un médecin européen, en prenant en compte nos spécificités culturelles et démographiques », a expliqué Jérôme Sandrini. « Aujourd’hui, nous avons la chance de pouvoir entraîner nos modèles en Europe, avec nos données, nos patients, et nos chercheurs. »

    Cette approche ouvre la voie à une psychiatrie prédictive : mieux identifier les facteurs de risque, stratifier les patients, anticiper les rechutes, proposer des thérapies sur-mesure. « L’intelligence artificielle générative va transformer la psychiatrie : elle permet de passer d’une médecine descriptive à une médecine de précision. », affirme Kulakovskyi.

    Une dynamique collective pour structurer la filière santé mentale… :

    Mais l’initiative dépasse le simple enjeu technologique. Elle porte une vision de transformation de la filière psychiatrie. En mutualisant les données des 54 Centres Experts dans un environnement commun et sécurisé, l’entrepôt permet de fédérer les efforts de recherche, d’unifier les outils, et d’optimiser les parcours de soins. « Ce n’est pas qu’une plateforme. C’est une réorientation complète de la filière santé mentale, avec un impact direct sur la recherche, les recommandations thérapeutiques et le suivi des patients », souligne Patrick Johnson.

    En s’appuyant sur des données fiables, partagées, standardisées, et protégées, le projet facilite aussi les collaborations avec des partenaires académiques, industriels ou hospitaliers. « On veut créer une passerelle : que les chercheurs, les industriels et les cliniciens puissent accéder à la donnée, proposer des projets, faire émerger de nouvelles approches, tout cela dans l’intérêt des patients. »

    … Et une ambition qui dépasse la psychiatrie :

    Ce projet est aussi vu comme un modèle réplicable. Dassault Systèmes envisage d’étendre cette approche à d’autres champs médicaux complexes : neurosciences, maladies rares, pathologies cardiovasculaires ou diabète. « Ce que nous mettons en place avec la Fondation FondaMental, c’est un prototype de médecine de demain : souveraine, sécurisée, intelligente et centrée sur le patient », conclut Patrick Johnson. Le partenariat incarne une ambition forte : redéfinir la manière dont la France – et l’Europe – exploitent les données de santé pour construire une médecine plus personnalisée, prédictive et humaine.

  • SantExpo 2025 : Data visualisation & IA – un levier face à la complexité des données cliniques

    Le volume et la complexité des données générées lors des essais cliniques rendent leur exploitation de plus en plus complexe pour les équipes de recherche. Selon les intervenants, la data visualisation et l’intelligence artificielle (IA) offrent des solutions concrètes pour transformer ces ensembles de données hétérogènes en informations exploitables par les CRO accélérant ainsi la prise de décision et renforçant la qualité des analyses.

    Durant cette conférence, il a été rappelé qu’une grande partie des données collectées lors des essais cliniques ne sont pas pleinement exploitées, faute d’outils adaptés à leur exploration et à leur interprétation.  Les solutions de data visualisation permettent de rendre visibles des tendances, des anomalies ou des signaux de sécurité qui resteraient invisibles dans des tableaux bruts. Par exemple, l’application Davizi, présentée lors de la conférence, propose une interface d’exploration des données, de génération de rapports et de visualisation en temps réel facilitant la collaboration entre CRO et promoteurs.

    L’IA automatise et fiabilise les tâches critiques de la recherche clinique

    Présentée par Mickaël Coux, l’application Davizi combine data visualisation et IA pour offrir une analyse approfondie des données cliniques. Elle propose des visualisations interactives, des tableaux de bord personnalisés et des fonctionnalités d’analyse en temps réel. Davizi automatise également la génération de rapports, intégrant des éléments visuels et des analyses détaillées.

    L’IA s’impose comme un accélérateur en recherche clinique. Plusieurs cas d’usage ont été évoqués :

    • automatisation du contrôle qualité des données (recherche d’erreurs dans les eCRF, détection de doublons, harmonisation des terminologies) ;
    • aide au recrutement des patients en affinant les critères d’inclusion par l’analyse automatisée des dossiers médicaux ;
    • génération automatisée de rapports périodiques et d’états des lieux pour le suivi des essais ;
    • prédiction des réponses aux traitements ou identification de signaux de sécurité à partir de données multimodales.

    Ces apports réduisent la charge de travail des équipes, limitent les risques d’erreur humaine et améliorent la représentativité des cohortes.

    Sécurité, conformité et transparence : des impératifs juridiques renforcés

    Anne Charlotte Andrieux, avocate spécialisée en santé numérique, a souligné l’importance du respect des cadres réglementaires (RGPD et HDS) dans l’usage de la data visualisation et de l’IA. Les solutions comme Davizi intègrent des protocoles de sécurité avancés pour garantir la confidentialité et l’intégrité des données sensibles afin de répondre aux exigences croissantes des autorités de santé et des sponsors.

    L’anonymisation, la traçabilité des accès et la conservation des métadonnées sont des standards incontournables pour prévenir tout risque juridique ou éthique.