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  • Interopérabilité en santé : l’IA et le NLP au service des standards de demain

    L’interopérabilité, au cœur des préoccupations des systèmes d’information, repose sur la définition de modèles communs permettant aux différents systèmes de communiquer efficacement. L’association Interop’santé, a organisé une conférence sur les apports des modèles de langage (LLM) et de traitement du langage naturel (NLP) pour résoudre cette problématique. Health & Tech Intelligence vous en restitue ici les éléments clés.

    85% des données médicales manuscrites : un frein à l’interopérabilité

    Dans le secteur de la santé, un défi de taille entrave l’interopérabilité : 85% des informations médicales sont encore rédigées à la main par les médecins, rendant leur intégration dans des systèmes numériques particulièrement complexe. Cette situation génère des erreurs et des pertes de temps, freinant la standardisation des données. Pour y remédier, le NLP (Natural language processing) se positionne comme une solution prometteuse en permettant l’extraction automatisée de ces informations. Cependant, les erreurs générées par l’IA nécessitent une vérification humaine par les professionnels de santé. Une complémentarité entre le NLP, qui factualise les données, et les agents IA, qui les améliorent et les valident, émerge comme une approche clé pour surmonter ces obstacles et garantir une meilleure qualité des données.

    HL7 FHIR un standard permettant des ponts pour la recherche

    Le standard HL7 FHIR se distingue par sa capacité à exporter des données au format CSV, un atout majeur pour les applications de recherche médicale où l’accessibilité et la compatibilité des données sont essentielles. Ce standard illustre une philosophie fondée sur la création de ponts entre systèmes, un principe également défendu par des acteurs comme Lifen, qui facilite l’intégration de données externes aux hôpitaux et le partage d’informations médicales vers l’extérieur. En s’appuyant sur la méthodologie Siamese pour analyser les types de documents et en proposant des recommandations adaptées, Lifen contribue à harmoniser les formats et à fluidifier les échanges. Par ailleurs, des initiatives comme celles de Dedalus, avec des chatbots répondant aux questions des médecins à partir de dossiers patients informatisés (DPI) ou générant des comptes rendus, montrent comment l’IA peut concrètement soutenir les professionnels dans des cas d’usage variés.

    4 meet-ups NLP par an : l’ANS à la pointe de l’innovation

    L’Agence du Numérique en Santé (ANS) joue un triple rôle de régulateur, d’opérateur et de promoteur ce qui en faits un acteur central de l’interopérabilité en France. Parmi ses initiatives, l’organisation de quatre meet-ups annuels dédiés au NLP favorise le dialogue et le partage d’expériences entre experts et professionnels. Actuellement, l’ANS conduit une consultation publique pour recueillir les avis des parties prenantes sur un projet d’alignement des terminologies Orpha visant à standardiser les vocabulaires médicaux. Ces actions s’inscrivent dans une vision plus large où la qualité des données, qualifiées de “good data” selon les principes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable), est une condition sine qua non pour exploiter pleinement le potentiel de l’IA. En parallèle, des expérimentations comme celles d’agents IA “agentiques”, capables d’interagir avec les systèmes pour suivre l’avancement des transformations, ouvrent de nouvelles perspectives pour une interopérabilité dynamique et proactive.

  • SantExpo 2025 : ConSoRe, 10 ans d’évolution au service de la cancérologie

    Un projet initié dès 2011

    Le projet ConSoRe (Continuum Soins Recherche) prend racine en 2011, à la suite d’une visite de délégation hospitalière française aux États-Unis, marquée par la découverte du programme CaBIG du National Cancer Institute. Dès 2012, un groupe de travail pluridisciplinaire (médecins, chercheurs, informaticiens) est constitué. En 2013, Coexya est retenu pour développer un prototype testé dans quatre CLCC. Le programme est officiellement lancé par Unicancer en 2014. Aujourd’hui, 12 CLCC sont partenaires du projet aux côtés d’Unicancer et Coexya. Ensemble, ils développent une plateforme d’interrogation des données de soins, combinant intelligence artificielle et structuration des informations cliniques.

    23 études ont déjà mené à des publications scientifiques

    ConSoRe permet de croiser les données de différentes sources hospitalières : Dossier Patient Informatisé (DPI), imagerie, biologie, données génétiques, comptes rendus, etc. L’outil exploite les données non structurées grâce au traitement automatique du langage naturel (TALN). Chaque patient dispose ainsi d’une frise chronologique synthétique retraçant son parcours médical. Les chercheurs et cliniciens peuvent interroger ces données en temps réel pour construire des cohortes, visualiser l’évolution d’une pathologie ou croiser des informations issues de plusieurs établissements.

    La plateforme facilite la mise en place d’études multicentriques. Elle a permis à ce jour la réalisation de centaines de requêtes, dont 23 ont donné lieu à des publications scientifiques. Les cas d’usage vont de la sélection de patients pour essais cliniques à la surveillance épidémiologique ou à la détection de tumeurs rares. L’essai clinique PREDOSTAR en est un exemple : il s’appuie sur ConSoRe pour identifier des patients présentant un risque élevé de cancer secondaire et évaluer l’efficacité du dostarlimab, un anticorps anti-PD-1, en prévention. Un essai clinique de phase II évaluant le dostarlimab, un anticorps anti-PD-1. Grâce à ConSoRe, les critères d’inclusion complexes ont pu être traités rapidement pour constituer les cohortes nécessaires à l’étude.

    Vers une interopérabilité européenne

    ConSoRe s’intègre à d’autres projets comme OSIRIS, ONCODS ou UNIBASE, en lien avec le Health Data Hub. La structuration des données est alignée sur les standards internationaux : CIM-10, CCAM, LOINC, OMOP, etc. Cette standardisation garantit l’interopérabilité des données qui est essentielle pour les recherches à l’échelle nationale et européenne. L’objectif est également de sortir du seul domaine oncologique, certaines briques technologiques étant transposables à d’autres spécialités médicales.

    Selon le Dr Pierre Heudel (Centre Léon Bérard), ConSoRe répond à un besoin jusque-là inaccessible : retrouver rapidement des informations précises dans des dossiers complexes. Il souligne que 70 % des données issues des DPI sont non structurées. Leur transformation via le TALN, suivie d’une validation humaine, permet d’alimenter un « cœur de données » fiable, utilisé pour guider les décisions médicales.

    Pour Hervé Spacagna (Coexya), le projet incarne une approche sécurisée et conforme au cadre CNIL, avec un entrepôt de données de santé souverain. L’environnement permet de proposer aux chercheurs un accès encadré aux données utiles, tout en maîtrisant leur exploitation.

     

  • Comment le No-code accélère la transformation numérique des hôpitaux ?

    Le mouvement “citizen developer” s’impose dans la santé

    Jean-Michel Durocher, président et fondateur de Timetonic, observe une révolution silencieuse dans les hôpitaux. “Il y a 4 fois plus de citizen developers que de développeurs”, explique-t-il lors des Trophées de l’innovation FHF. Ces utilisateurs créent désormais leurs propres applications sans connaissances techniques. Le constat est unanime : les outils actuels ne répondent pas aux besoins des établissements. Les logiciels installés par les DSI restent rigides et complexes. Les tableurs offrent de l’autonomie mais demeurent limités. Les développements sur mesure coûtent cher et prennent du temps.

    Timetonic, une plateforme complète pour les établissements

    La solution Timetonic propose une alternative pragmatique. Fondée par Jean-Michel Durocher, cette startup française développe une plateforme No-code destinée à la gestion d’entreprise. Elle permet aux utilisateurs de créer des applications collaboratives sans compétences en programmation, avec intégration native de l’intelligence artificielle pour l’automatisation des processus métier. L’outil centralise les données et se synchronise avec les systèmes existants. L’architecture “full stack” comprend trois niveaux : un back-end pour la scalabilité et la sécurité des données, une couche d’automatisation pour créer des workflows, et un front-end pour la visualisation. Les utilisateurs peuvent générer des tableaux de bord avec des vues Gantt, des calendriers et des formulaires.

    L’intelligence artificielle intégrée aux processus

    L’IA enrichit les fonctionnalités de la plateforme. Elle extrait automatiquement des informations depuis des images, même sans texte structuré. Les coordonnées bancaires dans des documents photographiés sont ainsi récupérées instantanément. La technologie RAG (Retrieval Augmented Generation) permet de créer des assistants conversationnels. Ces outils analysent d’abord les données internes avant de répondre aux questions des utilisateurs. La gestion des droits utilisateurs assure la confidentialité des informations personnelles.

    L’AP-HP figure parmi les clients de référence de Timetonic, aux côtés de GRDF, Orano, l’URSSAF, Engie et Veolia. Cette diversité sectorielle démontre la polyvalence de la solution. Les avantages identifiés sont multiples : simplicité d’utilisation, puissance technique, aspect motivant pour les équipes, facilité de déploiement, sécurité des données et rentabilité économique.

    Vers une autonomie numérique des soignants

    L’objectif affiché est de donner aux professionnels de santé la même autonomie qu’avec un tableur, mais avec la puissance d’un ERP. Cette approche répond au besoin croissant d’outils de productivité adaptés au quotidien hospitalier. Le No-code représente une brique manquante dans l’écosystème numérique de la santé. Il permet de créer sur mesure des solutions sécurisées sans dépendre exclusivement des équipes techniques. Cette démocratisation de la création d’applications pourrait accélérer la transformation digitale des établissements de santé français.

  • Assises des préventions en santé 2025 : un appel à structurer, mesurer et pérenniser les politiques de prévention

    Dans un contexte de pressions croissantes sur les systèmes de santé, cette journée ayant eu lieu le 13 mai 2025 à PariSanté Campus visait à dresser un état des lieux des politiques de prévention, partager des retours d’expérience internationaux et amorcer une réflexion collective sur les modèles organisationnels, territoriaux et financiers les plus efficients.

    L’événement a été coordonné par Jacques Marceau (président d’Aromates, expert santé à la Fondation Concorde) et a réuni des intervenants de premier plan : responsables institutionnels (CNAM, FHF, AMF), parlementaires, acteurs du monde hospitalier, industriels, chercheurs, représentants associatifs et élus locaux. Les thématiques principales couvraient la prévention des maladies chroniques, la territorialisation, l’innovation, l’éducation à la santé et le financement.

    La prévention ne représente que 3 % des dépenses de santé dans les pays de l’OCDE

    Dans sa keynote, Dr Guillaume Dedet a dressé un panorama synthétique et chiffré des enjeux et bonnes pratiques en matière de prévention dans les pays de l’OCDE. Il a d’emblée rappelé que les maladies chroniques dont principalement les cancers, maladies cardiovasculaires, diabète sont responsables de près de 80 % de la morbidité et que plus de 60 % de cette charge est liée à des facteurs de risque évitables, principalement le tabac, l’alcool et le surpoids.

    Les coûts socioéconomiques sont considérables : par exemple, l’obésité représente 8 % des dépenses de santé et une perte de PIB estimée à 3,3 % dans plusieurs pays européens. Aujourd’hui, dans l’OCDE chaque citoyen supporte une charge fiscale moyenne de 220 euros par an liée à l’obésité.

    Le Dr Dedet a également mis en avant qu’aujourd’hui les dépenses de prévention représente seulement 3% des dépenses de santé, soit le même chiffre qu’il y a vingt ans.

    L’OCDE a identifié des interventions efficaces, mises en œuvre dans différents pays, parmi lesquelles :

    • le Nutri-Score : étiquetage nutritionnel désormais standard dans plusieurs pays européens ;
    • l’intervention de formation multimodale en Islande : programme basé sur l’activité physique pour les plus de 65 ans vivant à domicile ;
    • l’activité physique sur ordonnance (Suède) : prescription individualisée d’exercice physique ;
    • les programmes combinés sur le mode de vie (Pays-Bas) : conseils diététiques, activité physique et coaching comportemental ;
    • « Jeunes en Bonne Santé » (Pays-Bas) : programme communautaire pour enfants de 0 à 19 ans.

    Le Dr Dedet a déclaré, sur la base de modélisations de l’OCDE, que généraliser ces interventions aurait des effets significatifs sur la santé publique et les économies. Il a également souligné la nécessité de collecter des données standardisées et de prévoir des indicateurs d’impact harmonisés, afin d’assurer la comparabilité entre pays et la viabilité à long terme des programmes.

    Construire une culture de la prévention, c’est diagnostiquer, analyser, et investir là où l’impact sur la santé publique et le modèle social est prouvé

    Marie-Do Aeschlimann sénatrice des Hauts-de-Seine, rapporteure de la mission d’information sur les politiques de prévention en santé a ouvert son intervention en insistant sur l’importance du pluriel dans l’intitulé, rappelant que la prévention en santé est multiple, multidimensionnelle, à la fois primaire, secondaire, tertiaire, universelle, ciblée et populationnelle. Elle y a ajouté une composante fondamentale : la promotion de la santé, laquelle « dépasse le strict champ sanitaire pour inclure l’urbanisme, la mobilité, le logement ou encore l’environnement ».

    Elle a affirmé que la prévention est trop souvent perçue comme une charge, alors qu’elle constitue en réalité « un investissement dans l’avenir ». Prévenir permet d’éviter des hospitalisations, de maintenir les Français en bonne santé, mais aussi d’améliorer la qualité des soins, la productivité et la situation économique générale, dans un contexte de déficits publics majeurs.

    Elle est revenue sur les travaux menés depuis mars dans le cadre de la mission d’information sénatoriale sur la prévention en santé, qu’elle co-rapporte. Ces auditions ont mis en évidence deux constats principaux :

    1. les inégalités d’accès à la prévention reproduisent et accentuent les inégalités d’accès aux soins.
    2. l’écosystème de la prévention est fragmenté, composé d’une multitude d’acteurs trop peu coordonnés.

    Elle a exprimé son étonnement quant à la difficulté de mesurer précisément les dépenses consacrées à la prévention. Selon elle, tant qu’il n’y aura pas de mesures il n’y aura pas de pilotage. Les chiffres disponibles font état de 6 milliards d’euros de dépenses institutionnelles, et de 9 milliards d’euros de dépenses non institutionnelles, données qui remontent à 2016. Les actions de prévention font peu l’objet d’évaluation de leurs résultats soulignant que cela empêche de reconnaître l’impact réel des politiques sur la santé publique et les finances publiques.

    Plusieurs acteurs entendus lors de la mission sénatoriale ont plaidé pour un pilotage renforcé, intégré, coordonné au niveau national et territorial. Elle a mis en avant la richesse des initiatives locales, notamment portées par les associations ou organismes complémentaires, tout en déplorant leur manque de soutien, leur financement à court terme et leur faible pérennisation. Des exceptions positives existent notamment dans les politiques relatives au cancer et au tabac qui démontrent que la prévention peut faire l’objet d’un investissement durable. La sénatrice a rappelé l’importance de traiter de nombreux champs : addictions, nutrition, activité physique, vaccination, santé mentale, santé sexuelle, prévention périnatale, repérage de la perte d’autonomie en précisant que la santé mentale est la grande cause nationale de l’année 2025. Elle a appelé à la construction d’une culture globale de la prévention, fondée sur une mobilisation large incluant écoles, employeurs, associations, médias et professionnels de santé. Les services publics tels que la protection maternelle et infantile ou la médecine scolaire doivent être mieux soutenus.

    « Les infirmiers scolaires réalisent chaque année près de 18 millions de consultations », a-t-elle rappelé, saluant leur rôle de « référents santé des élèves ». Elle a mentionné un amendement qu’elle a fait adopter récemment visant à reconnaître la santé scolaire comme une spécialité à part entière. Elle a aussi salué les expérimentations de l’article 51, citant l’exemple du programme ICOPE en Isère, mis en œuvre en partenariat avec l’OMS et le CHU de Grenoble. Ce programme vise à prévenir la perte d’autonomie dès 60 ans en identifiant précocement les fragilités physiques, sociales et émotionnelles. Les premiers résultats montrent que 87 % des bénéficiaires déclarent avoir appliqué les conseils reçus, avec un effet positif sur leur bien-être. En conclusion, Marie-Do Aeschlimann a souligné que la prévention est un impératif : social, économique et structurel. Elle a appelé à passer d’une logique curative à une logique d’anticipation.

    Responsabilité populationnelle : un modèle intégré et évalué pour transformer la prévention en santé

    Antoine Malone a rappelé que les systèmes de santé européens, historiquement conçus pour répondre à des épisodes aigus sur des populations jeunes, ne sont plus adaptés à la réalité actuelle, marquée par une forte prévalence des maladies chroniques et un besoin accru de prise en charge sur le long terme. Il souligne que « le système de soins n’explique que 25 % de l’état de santé d’une population » (source INSPA). L’attentisme vis-à-vis des maladies chroniques entraîne des conséquences lourdes, illustrées par plus de 13 000 amputations liées au diabète en France en une année.

    Antoine Malone a présenté le modèle de responsabilité populationnelle, qui repose sur quatre objectifs :

    • améliorer la santé de la population,
    • renforcer la qualité des prises en charge,
    • garantir la soutenabilité économique,
    • et préserver la qualité de vie des professionnels.

    Ce modèle s’appuie sur la définition de populations cibles sur un territoire donné et sur la co-construction de programmes d’action avec l’ensemble des parties prenantes : établissements, professionnels libéraux, collectivités, associations, patients.

    Il a insisté sur le fait que cette démarche n’est ni imposée, ni inscrite dans une obligation réglementaire, mais repose sur une coopération volontaire et contextualisée, propre à chaque territoire. Les programmes sont évaluables et adaptables à d’autres contextes.

    Le modèle a été testé sur cinq territoires : Douaisis, Cornouaille, Aube-Sézannais, Deux-Sèvres et Haute-Saône. Deux populations ont été ciblées :

    • les personnes à risque ou atteintes de diabète de type 2,
    • celles à risque ou atteintes d’insuffisance cardiaque.

    Chaque programme repose sur une gouvernance territoriale partagée, incluant des patients partenaires dès la phase de diagnostic des besoins, la conception des parcours et la mise en œuvre des actions.

    Une stratification médico-économique permet une lecture fine des besoins, illustrée par une pyramide des risques. Par exemple, les 18 millions de personnes à risque de diabète consomment déjà davantage de soins que la population générale.

    Les expérimentations ont produit des résultats tangibles :

    • 1 000 professionnels impliqués
    • 130 partenaires (associations, entreprises, collectivités…)
    • 1 100 actions de prévention et de sensibilisation
    • 22 000 personnes sensibilisées
    • 18 000 personnes dépistées
    • 6 500 patients suivis dans la file active
    • Près de 100 patients partenaires engagés

    Les indicateurs hospitaliers sont également positifs :

    • « Diminution de moitié de la part des admissions via les urgences pour les patients diabétiques »
    • « Réduction de moitié des longs séjours (>5 jours) pour diabète »
    • Coût moyen d’hospitalisation par patient (2023) : 5 440 €, soit 6 % inférieur à la moyenne nationale ajustée (5 826 €)

    Ces résultats ont été obtenus alors même que les territoires pilotes identifiaient davantage de cas. Le modèle a suscité l’intérêt de plus de 30 nouveaux territoires, y compris en Outre-mer. Antoine Malone a précisé que l’engagement des professionnels de santé repose sur une adhésion volontaire, sans incitation financière directe, ce qui favorise le sens au travail pour les équipes. Il a conclu en soulignant que la responsabilité populationnelle constitue un levier structurant pour réorienter le système de santé français vers un modèle préventif, territorial et intégrateur, capable de produire des résultats mesurables, reproductibles et durables.

     

  • Urgences : de fortes disparités régionales dans les profils et parcours des patients (DREES)

    Premiers résultats régionaux de l’enquête Urgences 2023

    La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie les premiers résultats régionaux du volet « Patient » de l’enquête Urgences 2023. Réalisée le mardi 13 juin 2023 auprès de 58 500 patients accueillis dans les 719 points d’accueil des urgences générales et pédiatriques de France, cette enquête permet d’analyser les différences territoriales dans les caractéristiques et les parcours des patients, un jour de semaine hors vacances scolaires et période épidémique.

    Des profils de patients contrastés selon les régions

    Les personnes âgées de 75 ans ou plus représentent 14 % des passages aux urgences à l’échelle nationale. Cette proportion varie selon les territoires : de 9 % en Île-de-France à 17 % en Bourgogne Franche-Comté. Or, ce public, souvent plus fragile, est plus fréquemment hospitalisé, reçoit davantage de soins et reste plus longtemps dans le service, en partie en raison des difficultés d’aval.

    Recours aux urgences : le rôle du médecin et du transport sanitaire

    Le recours aux urgences sur prescription médicale ou via un transport de secours représente 47 % des cas en moyenne. Ce chiffre atteint 59 % en Bretagne et dans les Pays de la Loire, contre 41 % en Île-de-France. Le manque d’accès à un rendez-vous médical est une autre cause évoquée : 21 % au niveau national, jusqu’à 25 % en Corse et en Île-de-France, contre 16 % dans les DROM et 17 % en Bretagne. Le conseil du Samu-SAS (15) est mentionné par 16 % des patients, avec une forte disparité : 8 % en Île-de-France contre 25 % dans les Pays de la Loire et en Bretagne.

    La proportion de patients hospitalisés à l’issue de leur passage aux urgences atteint 15 % en moyenne nationale, mais varie du simple au double selon les régions. Elle est de 11 % en Île-de-France, et s’élève à 20 % en Bourgogne Franche-Comté, en Bretagne et en Corse.

    Temps passé aux urgences : de 2h30 à 4h selon les territoires

    La médiane de durée de passage aux urgences est de 3 heures en France. Elle oscille fortement selon les régions : 2h30 en Normandie, 3h50 dans les Pays de la Loire et 4h dans les DROM hors Mayotte. Ce temps inclut l’ensemble du parcours, du tri à la sortie, en passant par les soins, les examens et éventuellement un séjour en unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD). Les données publiées confirment des disparités régionales marquées dans l’organisation et l’usage des services d’urgences. Ces résultats, qui prolongent ceux diffusés au niveau national en mars 2025, fourniront aux acteurs territoriaux des éléments d’analyse pour ajuster les politiques locales de soins non programmés.

  • Achats et logistique hospitalière : l’État étend sa feuille de route jusqu’en 2027 pour améliorer performance et résilience

    Une feuille de route nationale structurée en trois axes

    Le 28 avril, lors d’un comité national réunissant l’ensemble des parties prenantes, la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) et l’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (ANAP) ont présenté l’extension de la feuille de route dédiée à la performance des achats et de la logistique des établissements sanitaires et médico-sociaux. Ce plan, applicable jusqu’en 2027, vise à renforcer l’efficacité des établissements, quel que soit leur statut, en structurant les mesures autour de trois axes : pilotage de la performance, produits de santé et criticité, pratiques et processus d’achat.

    Piloter pour mieux transformer les fonctions achat

    Le premier axe cible une montée en compétence des fonctions achat, notamment au sein des groupements hospitaliers de territoire (GHT). Plusieurs leviers sont mobilisés :

    • La mutualisation des fonctions achat encore peu ou pas engagée.
    • L’introduction de méthodes de calcul des gains et du coût complet pour rationaliser les dépenses.
    • Le soutien à des pratiques logistiques durables.
    • L’élaboration de schémas d’approvisionnement intégrant les risques de rupture sur les médicaments et dispositifs médicaux.
    • Le recours à des systèmes d’information modernes, incluant l’intelligence artificielle.
    • Le déploiement de bonnes pratiques issues du programme PHARE porté par l’ANAP.

    Sécuriser l’approvisionnement en produits de santé

    Les produits de santé représentant 60 % des achats hospitaliers, le second axe vise leur optimisation et sécurisation. Sont prévues :

    • La mise en œuvre de leviers d’efficacité.
    • Le renforcement du dialogue entre acheteurs et fournisseurs.
    • La création d’indicateurs de performance.
    • L’évaluation de l’impact des pratiques actuelles sur les tensions d’approvisionnement.
    • Le soutien à l’innovation produit.
    • La décarbonation progressive des achats de produits de santé.

    Adapter les processus aux enjeux actuels

    Enfin, le troisième axe vise à faire évoluer les pratiques internes des GHT pour les adapter à l’écosystème actuel. Les mesures porteront sur :

    • L’intégration dans les contrats d’achat d’objectifs de durabilité et de préservation de l’environnement.
    • Le développement des SPASER, schémas locaux pour des achats publics socialement et écologiquement responsables.
    • Des appels à projets autour de l’innovation, notamment numérique.
    • L’accompagnement des établissements dans l’évaluation de leur empreinte carbone liée aux achats.
    • La valorisation de pratiques d’achats durables.

    Cette feuille de route s’inscrit dans un projet global de modernisation des infrastructures hospitalières, avec pour finalité l’amélioration des prises en charge via une gestion optimisée des ressources.

  • AAP: 400 000 € pour développer des hôpitaux « Alzheimer Friendly »

    Une enveloppe portée à 400 000 € pour une prise en soin plus adaptée

    La Fondation Médéric Alzheimer renouvelle en 2025, avec le soutien de la Fédération hospitalière de France (FHF) et de la FEHAP, son appel à projets Vers un hôpital Alzheimer Friendly. Le budget de cette édition connaît une progression : 400 000 € contre 50 000 € en 2024. L’objectif est d’encourager des projets visant à améliorer l’accueil, l’accompagnement et la qualité de vie à l’hôpital des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une pathologie apparentée.

    Un périmètre élargi aux dispositifs « hors les murs »

    Pour la première fois, l’appel à projets s’adresse non seulement aux services hospitaliers – y compris les urgences – mais également à des dispositifs en lien avec l’hôpital hors les murs. Sont éligibles les projets favorisant l’articulation entre la ville et l’hôpital, les EHPAD et l’hôpital, ou encore le domicile et l’hôpital. L’enjeu est de repenser le parcours de soin pour éviter les hospitalisations non nécessaires, souvent délétères pour ces patients. Les porteurs de projet peuvent solliciter un financement pour initier, développer, évaluer ou essaimer une initiative. Les dépenses éligibles incluent des actions de formation, du temps-homme, l’achat de matériel, la production d’outils de communication, l’organisation d’événements, ou encore l’aménagement d’espaces dédiés.

    Modalités et accompagnement des porteurs de projet

    Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 septembre 2025. L’ensemble des informations, critères et documents à fournir est disponible sur le site de la Fondation Médéric Alzheimer. Un webinaire d’information est prévu le 4 juin à 14h30 pour répondre aux questions des potentiels candidats.

    Par cette initiative renforcée, les partenaires souhaitent soutenir une dynamique de transformation des pratiques hospitalières et intersectorielles au bénéfice des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer.

  • SantExpo 2025 : « L’outil capte des informations que je n’aurais pas captée » Dr Adrien Vidart – L’IA avec Microsoft Dragon Copilot

    En partenariat avec l’éditeur, les deux établissements hospitaliers figurent parmi les premiers en France à tester cette technologie, conçue pour assister la documentation clinique, fluidifier les prescriptions et enrichir la relation médecin-patient. Lors d’un échange organisé dans l’agora « Données, IA et sécurité », DSI, praticiens hospitaliers et représentants de Microsoft ont présenté les apports concrets de l’outil, les conditions de son déploiement, ainsi que les premiers enseignements tirés de cette phase de test en conditions réelles.

    Participants :

    • Philippe Boulogne – Hôpital FOCH – Directeur des Systèmes d’Information
    • Jean Christophe CALVO – CHRU Nancy – Président du Collège des DSI de CHU
    • Dr Marc Ladrière – CHRU Nancy – Néphrologue & VP du CME
    • Sandra Logut – Microsoft – Customer Success Manager
    • Dr Adrien Vidart – Hôpital Foch – Chirurgien Urologue
    • Dr Arnaud Wilmet – Microsoft – Directeur Médical EMEA

     Où en êtes-vous au niveau de l’implémentation de l’intelligence artificielle ?

    Jean Christophe CALVO : Des expérimentations sont menées depuis quelques années sur l’imagerie médicale. On dresse une feuille de route à 3/5 ans des projets et des porteurs de projets. On veut passer de l’expérimentation à l’organisation et à la fédération de ces projets. On a beaucoup investi sur la reconnaissance vocale avec la solution Dragon et on a vu l’apport que ça pouvait avoir. On veut que l’IA puisse compiler les résultats pour que le professionnel n’ait qu’à relire et envoyer. Notre phase d’expérimentation va se poursuivre avec la solution Dragon Copilot. Pour commencer, on va aller chercher des utilisateurs plutôt technophiles pour voir si l’intelligence artificielle va leur rapporter un vrai gain de temps. On a des résultats plutôt satisfaisants. Sur Nancy, on veut aller plus loin et on s’attend à ce que les gens expriment les besoins et on veut dresser une feuille de route qui va être alimentée de ce qui a été déjà fait.

    Plusieurs expérimentations ont été lancées au CHRU de Nancy afin de mettre à profit les données pour améliorer l’efficacité opérationnelle, vous qui participez au processus d’innovation, pourquoi avoir investi votre temps sur Dragon Copilot et quels bénéfices recherchez-vous ?

    Dr Marc Ladrière : On va chercher en priorité du gain de temps, peu importe les usages qu’on a de l’IA. On a fait le choix d’avoir un panel très varié de médecins, de types de consultations car on sait bien que l’exercice varie d’un praticien à l’autre. Cette diversité d’usage est très importante à intégrer pour voir les performances de l’outil et voir comment s’adapter aux nouveaux outils. Il y a une diversité inter spécialités, inter médecins et inter patients donc il y a un vrai intérêt à participer le plus tôt possible à ces changements.

    Pouvez-vous nous présenter l’outil et ses caractéristiques principales ?

    Dr Arnaud Wilmet : Mon rôle est de faire venir les solutions qui existent déjà aux USA en France. Dragon Copilot c’est le Copilot pour les professionnels de santé, ça provient de la reconnaissance vocale et de la technologie ambiante. 25% des médecins en France utilisent la reconnaissance vocale. Trois rôles de l’outil : simplifier la documentation, automatisation des prescriptions et la recherche d’information dans le DPI. L’outil est mature et disponible aux USA, c’est plutôt une adaptation de l’outil au marché français. On a une phase de test in vivo pour travailler avec les médecins, pour avoir un retour d’information. L’IA responsable chez Microsoft, c’est des valeurs de sécurité et de fiabilité pour être sûr que le produit sera parfait pour les médecins pour éviter les hallucinations et sur la partie réglementaire. On veut un Dragon Copilot à terme intégré aux DPI.

    Deux établissements sont parmi les premiers à tester la version adaptée au marché français de Dragon Copilot, pourquoi avez-vous décidé d’être un des pionniers à intégrer cette solution d’IA ?

    Philippe Boulogne : On a un axe stratégique de développement de la recherche et d’innovation. On est habitué aux expérimentations, j’ai rencontré le VP Sales de Microsoft il y a un an qui nous a fait une présentation complète lors du dernier congrès HIMSS. À Foch, on s’est structuré avec une gouvernance de l’IA avec des médecins et des chercheurs. Ma première priorité c’est embarquer les médecins car personne ne vient aux réunions de formation donc il faut des sponsors pour convaincre les collègues de l’expérimentation. Les équipes Microsoft ont été très présentes avec des indicateurs de suivi. Une cinquantaine de médecins a répondu présent et on a enclenché l’expérimentation en vie réelle avec des patients.

    Adrien Vidart : L’IA est une révolution industrielle, à court terme il y aura des établissements qui auront fait le virage et d’autres non. Concernant cet outil Microsoft, on a tout de suite adhéré au projet. Ma secrétaire m’a tout de suite dit : c’est génial, les courriers sont mieux structurés, c’est mieux que le DMO, je passe moins de temps à structurer les documents. Ça fait gagner du temps mais quel temps ? En moyenne un médecin écoute un patient pendant 11 secondes avec une consultation moyenne qui dure 15 minutes. Je me suis rendu compte qu’avec cet outil mon empathie a changé, je ne regarde plus mon écran. Mon eye contact a changé, je regarde le patient et je regarde son langage paraverbal. L’outil me permet de noter des informations sur le mode de vie du patient car l’outil capte des informations que je n’aurais pas captées et ces informations pourront être utiles pour mes collègues. Il y a toute cette exhaustivité. J’ai fini ma consultation à la même heure, je n’ai pas gagné de temps. Ça va être attractif pour mes collègues et je vais être plus exhaustif et empathique.

     Quels ont été vos besoins en ce qui concerne le management du changement ?

    Adrien Vidart : Il y a toujours des ambassadeurs, ceux qui s’y intéressent mais l’abandonnent et les opposants à toutes les nouvelles technologies. On a eu 50 inscrits et 20 utilisateurs actifs. Pourquoi les 30 autres ont-ils abandonné ? Il y a eu quelques erreurs techniques pour les enregistrements ou alors la présentation des informations est différente car l’outil qu’on utilise est à sa version junior. Quand vous êtes les premiers à vous positionner sur un projet, c’est important de pouvoir exprimer les besoins pour faire évoluer la solution.

    Philippe Boulogne : En tant que DSI, quand on présente un outil en mode junior à des médecins, ils ne veulent pas l’utiliser car il y a des bugs. Or il faut comprendre que c’est une expérimentation qui ne demande qu’à s’améliorer mais pour cela il faut l’utiliser pour avoir des retours.

    Demain le médecin n’aura plus besoin de clavier et il commandera tout à l’oral.

    Quels ont été les impacts sur la manière dont a été reçu Dragon Copilot par les médecins en fonction de leur profil et de leur spécialité ?

    Dr Ladrière : Même en ciblant des profils divers et variés, on a vu d’autres profils qui sont venus s’ajouter. On a un excellent retour pour les chirurgiens et les médecins internes et les sage-femmes. C’est vraiment une expérience qui s’alimente au fur et à mesure de l’avancée au sein d’une même spécialité. Par le partage d’expérience, on y trouve des intérêts qu’on n’aurait pas ciblés ou vus au départ.

    Vous êtes spécialiste du management du changement, quelle démarche mettez-vous en place pour faire adopter ces outils auprès des médecins ?

    Sandra Logut : Dès lors qu’il faut changer des habitudes, c’est compliqué. On a les premiers utilisateurs qui n’ont pas besoin de formation, ils sont suivis de ceux qui imitent, puis une grosse portion de ceux qu’il va falloir accompagner, puis il y aura les réfractaires. On savait qu’on allait demander plus aux médecins donc il fallait prendre le temps des feed-backs, faire de la pédagogie vis-à-vis de l’IA car il faut verbaliser et expliquer. On a mis en place une équipe projet particulière qui est associée à des chefs de projet sur site. Les formations sont individuelles et sont adaptées aux profils d’utilisateurs qu’on a. Formation très courte puis expérimentation à laquelle on assiste pour faire des retours et coacher le médecin.140 médecins utilisent la solution avec 2200 consultations réalisées avec l’outil et 3 sites actifs. 4 nouveaux sites vont nous rejoindre en juin. On a un effet boule de neige avec des médecins qui parlent de la solution à leurs collègues.

     

  • Santexpo 2025 : Value-Based Health Care, la France accélère vers l’opérationnalisation

    Vingt ans après les premiers travaux de Michael Porter sur la Value-Based Health Care, la France semble avoir trouvé sa voie. La table ronde 100% médicale et féminine animée par Béatrice Falise-Mirat (Care Insight) lors de SantExpo 2025 a révélé une maturité nouvelle : exit les débats conceptuels, place aux expérimentations terrain et aux premiers retours d’expérience.

    Les intervenantes :

    Patient-Reported Outcome Measures : dépasser la résistance culturelle

    Le défi fondamental identifié par Amélie Lansiaux (HAS) reste l’appropriation des outils d’évaluation par les professionnels de santé. Au-delà des aspects techniques, c’est une transformation culturelle qui s’opère.

    Les trois piliers de la mesure centrée patient :

    • Standardisation rigoureuse : Le choix des questionnaires validés et leur adaptation aux populations cibles constituent un prérequis. L’enjeu est d’éviter la prolifération d’outils non comparables.
    • Intégration systémique : L’insertion dans les systèmes d’information existants détermine largement le succès ou l’échec des initiatives. Sans fluidité technique, l’adhésion professionnelle s’effrite rapidement.
    • Boucle de rétroaction : La donnée collectée n’a de valeur que si elle génère des actions d’amélioration concrètes. Un point souvent négligé dans les déploiements initiaux.

    Analyse Health&Tech Intelligence : La résistance culturelle observée s’estompe progressivement grâce à une approche pragmatique privilégiant l’accompagnement à la contrainte. L’enjeu désormais : industrialiser ces pratiques sans perdre l’adhésion des soignants.

    L’Assurance Maladie passe à l’acte : le canal carpien comme laboratoire national

    Catherine Grenier (CNAM) a dévoilé une expérimentation révélatrice de l’approche française : un projet national de mesure des résultats post-opératoires pour les patients opérés du canal carpien.

    Architecture du projet :

    • Pilotage professionnel : La Société Française de Chirurgie de la Main assure la gouvernance scientifique, garantissant la légitimité auprès des praticiens.
    • Tiers de confiance : Prometime intervient comme prestataire indépendant, neutralisant les craintes de récupération de données par l’Assurance Maladie.
    • Interopérabilité native : L’intégration avec les logiciels métier existants évite la double saisie, principal écueil des précédentes tentatives.
    • Communauté de pratique : La création d’un réseau d’échange entre professionnels catalyse l’amélioration continue par la comparaison interprofessionnelle.

    Perspectives d’extension : L’Assurance Maladie explore l’extension de ce modèle aux maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque), secteur où l’impact économique de la VBHC pourrait être majeur.

    Analyse Health&Tech Intelligence : L’approche de la CNAM marque une rupture stratégique : “accompagner sans récupérer” devient le mantra d’un payeur qui privilégie l’incitation à la contrainte. Un modèle potentiellement duplicable à l’international.

    Régionalisation de l’innovation : l’ARS Île-de-France en tête de pont

    Axèle Reberga (ARS IDF) a présenté un guide méthodologique inédit “Comment déployer des questionnaires expérience patient” pour accélérer le déploiement VBHC dans les établissements de santé, fruit d’un travail d’analyse approfondi des initiatives existantes.

    Méthodologie déployée :

    • Cartographie des pionniers : Recensement systématique des équipes expérimentées et analyse de leurs facteurs de succès/échec.
    • Soutien ciblé : Quatre projets lauréats (santé mentale, chirurgie, maladies chroniques) bénéficient d’un accompagnement dédié.
    • Ressources adaptées : Financement de temps médical dédié et de compétences en analyse statistique, véritables goulots d’étranglement identifiés.

    Facteurs clés de succès identifiés :

    • Portage professionnel : Les projets imposés “par le haut” échouent systématiquement
    • Soutien gouvernance : L’appui des directions d’établissement s’avère déterminant
    • Moyens proportionnés : Sous-estimation initiale des ressources humaines nécessaires

    Analyse Health&Tech Intelligence : L’approche régionale de l’ARS IDF préfigure une décentralisation pragmatique de l’innovation en santé. Le guide méthodologique pourrait devenir une référence nationale.

    Structuration professionnelle : vers une “French Touch” de la VBHC

    Virginie Luce-Garnier, présidente de la Société Française de la Valeur en Santé, défend une approche française différenciée, s’appuyant sur les spécificités de notre système de santé.

    Vision stratégique :

    • Écosystème fédéré : Rassembler établissements, patients, industriels, éditeurs et chercheurs autour d’objectifs partagés.
    • Outils mutualisés : Développer des standards français interopérables, évitant la fragmentation observée dans d’autres pays.
    • Restitution patient : Dépasser la simple collecte pour créer de la valeur ajoutée directe pour les patients.

    Enjeux économiques : La création de modèles économiques soutenables reste le défi majeur. La valeur créée doit pouvoir être mesurée, partagée et réinvestie dans l’amélioration continue.

    Analyse Health&Tech Intelligence : La structuration professionnelle autour de la Société Française de la Valeur en Santé répond à un besoin de légitimité scientifique face aux acteurs internationaux. L’enjeu : éviter la balkanisation des initiatives.

    Industriels : partenaires sous surveillance

    La question du rôle des industriels a cristallisé les débats lors de la session Q&A. Le consensus émergent dessine une collaboration cadrée plutôt qu’une exclusion.

    Rôles légitimes identifiés :

    • Infrastructure technique : Support aux systèmes d’information et garantie d’interopérabilité
    • Financement d’amorçage : Soutien via des dispositifs comme l’article 51, sous contrôle public
    • Innovation méthodologique : Apport d’expertise sur les outils de mesure et d’analyse

    Lignes rouges maintenues :

    • Indépendance évaluative : L’évaluation des résultats doit rester sous contrôle public/professionnel
    • Évitement de la fragmentation : Refus des solutions propriétaires non interopérables
    • Transparence des intérêts : Obligation de déclaration des financements industriels

    Analyse Health&Tech Intelligence : L’approche française privilégie un partenariat public-privé contrôlé, évitant l’écueil américain d’une VBHC pilotée par les assureurs privés. Un modèle d’équilibre potentiellement exportable.

    Perspectives et enjeux : vers une gouvernance nationale

     Miser sur une approche expérimentale et co-construite avec les soignants

    Le modèle français émergent de la santé numérique se distingue par plusieurs atouts et des défis à surmonter pour assurer sa pérennité. Il repose sur une approche portée par les professionnels de santé eux-mêmes, conférant à ces initiatives une légitimité professionnelle. Contrairement à d’autres modèles imposés par les financeurs, cette orientation ascendante favorise l’adhésion du terrain et une meilleure adéquation avec les besoins réels. Ce modèle se caractérise aussi par un pragmatisme : l’expérimentation est privilégiée à la théorisation, permettant une construction progressive des solutions, ancrée dans le réel. Il respecte les spécificités de l’écosystème national, en s’adaptant aux particularités du système de santé français.

    Eviter l’éparpillement, sécuriser les financements, former les acteurs

    Plusieurs défis restent à relever. La multiplication des projets locaux non coordonnés risque de nuire à la lisibilité et à l’efficacité du système. Une coordination nationale s’avère nécessaire pour éviter les dispersions. Le financement constitue un autre point de vigilance : les projets doivent sortir de la logique expérimentale pour franchir le cap de l’industrialisation. Par ailleurs, la montée en compétence des acteurs est indispensable, notamment en ce qui concerne l’analyse de données et l’évaluation des dispositifs numériques.

    Interopérabilité, gouvernance, modèles économiques : les priorités pour passer à l’échelle

    Pour passer à l’échelle, trois étapes critiques sont identifiées. D’abord, la mise en place d’une gouvernance nationale sous la forme d’une instance de coordination intersectorielle, pour piloter les initiatives de manière cohérente. Ensuite, la définition de standards techniques d’interopérabilité, qui devront devenir obligatoires pour garantir la compatibilité des systèmes. Enfin, des expérimentations de modèles économiques intégrant des mécanismes de partage de la valeur créée devront être menées, afin de garantir la viabilité économique des innovations numériques en santé.

    Après des années de retard sur les pays anglo-saxons, la France semble avoir trouvé sa voie pour déployer la Value-Based Health Care. L’approche privilégiée – professionnelle, pragmatique et respectueuse de l’écosystème existant – pourrait constituer une alternative crédible au modèle américain dominé par les assureurs privés. Les prochains mois seront déterminants pour confirmer cette dynamique. L’enjeu dépasse le cadre national : la France pourrait devenir un terrain de référence pour une VBHC “à l’européenne”, conciliant efficacité économique et valeurs de service public.

  • Trie des appels d’urgences et surveillance des chambres : Expérimentation et adoption

    Lors de la conférence intitulée “IA & organisation des soins : apports et perspectives”, qui s’est tenue le 20 mai dans le cadre de SantExpo, plusieurs experts ont partagé leurs points de vue sur l’impact de l’intelligence artificielle dans le secteur de la santé. Parmi les intervenants figuraient Florence Arnoux, déléguée FHF PACA, Sophie Lannuzel, aide-soignante de nuit à la Fondation Saint-Hélier de Rennes, David Morquin, directeur médical en charge de la gouvernance des données au CHU de Montpellier et Adrien Ricci, PDG de HIGHWIND. Ils ont échangé sur les apports des solutions d’IA qu’ils maitrisaient et les freins qu’ils ont du affronter.

    OSO-AI : une surveillance discrète pour les EHPAD

    La solution OSO-AI est déja utilisé dans plusieurs EHPAD et hôpitaux. Dans un établissement, où deux soignants géraient 80 patients avec plusieurs passages nocturnes de surveillance parfois perturbant pour les résidents, OSO-AI permet désormais de suivre à distance les activités des résidents et ainsi d’éviter de les réveiller inutilement la nuit. Une aide-soignante témoigne qu’elle ne pourrait plus s’en passer, notant une amélioration significative de la prise en charge. Elle témoigne également que sept soignants sur huit sont convaincus par l’outil, et que désormais les familles elles-mêmes demandent l’installation.

    Vision par ordinateur : optimiser les urgences au SAMU 13

    Une expérimentation novatrice au SAMU 13 illustre le potentiel de l’IA dans la gestion des urgences. Pour réduire les temps d’attente téléphonique au 15, un SMS invite l’appelant à envoyer une photo de son problème médical. Analysée en moins de 90 millisecondes grâce à la vision par ordinateur, l’image permet de hiérarchiser les priorités. Cette solution est particulièrement utile lorsque les urgences sont surchargées, notamment  lors d’événements graves comme des catastrophes naturelles ou des attentats. Cette technologie, entraînée dans un cadre militaire au Mali, démontre une adaptabilité remarquable à des contextes variés.

    Prévention et automatisation : des avancées à évaluer

    L’IA offre également des perspectives pour automatiser des tâches comme la génération de comptes rendus ou de formulaires Cerfa. Cependant, un défi persiste : le temps passé à vérifier les résultats de l’IA dépasse parfois celui nécessaire pour effectuer ces tâches manuellement, ce qui rend la solution inutile. L’évaluation de ce genre de cas est indispensable, sans cela réussir à obtenir les fonds nécessaire est très compliqué.

    Équité et shadow IT : des enjeux à relever

    Alors que les démonstrations de l’efficacité de l’IA se multiplient, la problématique de l’égalité d’accès aux soins devient centrale. Si une région est nettement plus dotée en solution performante qu’une autre cela pose des problèmes éthiques voir légaux. Or  le niveau d’investissement peut varier fortement d’un hôpital à l’autre en raison des écarts de soutiens financiers d’acteurs extérieurs ou de la politique d’innovation interne à l’hôpital. Autre problématique légale, face au manque de solutions officiellement déployées, certains médecins se tournent vers des outils comme Gemini ou ChatGPT, un phénomène appelé “shadow IT”. Cela soulève des problèmes juridiques de confidentialité, mais aussi médicales avec des questionnement sur la fiabilité des réponses et la formation des professionnels.