Une grande hétérogénéité quant à la maturité des “HDH” européens
Alors que l’Union européenne s’apprête à mettre en œuvre l’Espace européen des données de santé (EHDS), les pays membres affichent des niveaux de maturité très hétérogènes dans la gouvernance de l’usage secondaire des données de santé. Certains ont déjà mis en place des structures centralisées, interopérables et pleinement fonctionnelles, tandis que d’autres ne disposent ni de cadre juridique, ni d’outils techniques pour permettre un accès sécurisé aux chercheurs, innovateurs ou agences publiques. Pourtant, l’objectif est commun : exploiter le potentiel immense des données de santé pour améliorer les connaissances médicales, la prévention, l’efficience des systèmes de soins et, in fine, la santé des citoyens.
7 plateformes européennes avec un niveau de maturité très élevé :
Dès qu’on évoque les modèles les plus aboutis, plusieurs noms s’imposent. La Finlande, avec sa structure Findata, fait figure de pionnière : opérationnelle depuis 2020, elle permet un accès centralisé à des données de sources multiples (soins, pharmacie, protection sociale) via un environnement distant sécurisé. Un chercheur finlandais souhaitant étudier les parcours des patients diabétiques peut ainsi chaîner les données de prescription, d’hospitalisation et de mortalité, sans jamais sortir les fichiers de la plateforme.
En France, le Health Data Hub (HDH), connecté au SNDS, offre également un accès à distance via un “espace projet” où les utilisateurs autorisés peuvent analyser les données, avec l’aide d’une équipe technique. Parmi ses projets phares récents, on trouve des modèles de prédiction du risque d’hospitalisation, ou l’évaluation de l’impact des campagnes de vaccination.
Des structures comme Helsedata.no en Norvège, bien que situées hors UE, participent également à cette dynamique. Cette plateforme publique recense la majorité des registres de santé norvégiens et permet aux chercheurs de déposer une demande unique, qui est ensuite transmise aux différents détenteurs de données.
La Suède et le Danemark, sans guichet unique formel, s’appuient sur une tradition ancienne de registres médicaux liés à un identifiant national unique. Ce modèle, historiquement ancré dans leurs politiques de santé publique, est massivement utilisé par les équipes universitaires et les agences sanitaires.
Le Royaume-Uni a mis en place une pluralité de dispositifs : les Trusted Research Environments (TREs) opérés par le NHS permettent un accès distant et contrôlé à des données cliniques massives. Le programme OpenSAFELY, par exemple, a permis l’analyse en temps réel de l’efficacité vaccinale pendant la pandémie de COVID-19. La UK Biobank complète ce dispositif avec l’une des plus riches cohortes de recherche au monde.
Enfin, la Suisse se distingue avec SPHN et BioMedIT, un réseau fédéral et interopérable offrant des environnements sécurisés à des fins de recherche biomédicale.
Mais seuls deux pays possèdent un HDAB national fonctionnel :
À ce jour, seuls la Finlande et la France ont franchi toutes les étapes réglementaires prévues par l’EHDS en désignant officiellement leur Health Data Access Body (HDAB) national, tout en rendant ces structures pleinement opérationnelles. Elles incarnent les premiers modèles conformes aux exigences européennes : guichet unique, traitement sécurisé des demandes, plateforme d’accès distant, et gouvernance transparente. Les autres pays, même très avancés techniquement comme la Suède ou le Danemark, n’ont pas encore formalisé ce statut au sens juridique du règlement européen.
Ces HDAB nationaux sont, selon la réglementation EHDS, une autorité ou entité nationale désignée pour :
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recevoir les demandes d’accès aux données de santé,
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les instruire dans un cadre légal commun européen,
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garantir la sécurité, la pseudonymisation et la traçabilité des accès,
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dialoguer avec les autres HDABs via le réseau HealthData@EU.
Plusieurs pays disposants de modèles fonctionnels mais fragmentés :
Dans d’autres pays, les infrastructures techniques sont présentes mais souffrent d’une fragmentation institutionnelle ou d’un manque de gouvernance unifiée. En Allemagne, le FDZ Gesundheit donne accès aux données de l’assurance maladie (AOK, GKV), pendant que la MII travaille sur l’interconnexion hospitalière et que NUM (Netzwerk Universitätsmedizin) alimente des projets nationaux de santé publique. Chacune opère efficacement, mais sans standard commun ni chaînage unifié. Le projet d’un HDAB national reste en discussion.
Aux Pays-Bas, Health-RI construit une architecture technique robuste reliant hôpitaux, universités, biobanques et chercheurs. Le pays a récemment déployé des services comme le Personal Health Train, qui permet l’analyse locale des données via des algorithmes déployés à la source. Cependant, la gouvernance reste distribuée, et l’accès centralisé n’est pas encore réalisé.
La Belgique, via Healthdata.be, a mis en place un portail de collecte des données cliniques, mais l’articulation entre les niveaux régionaux (Flandre, Wallonie, Bruxelles) complexifie la création d’un véritable guichet unique. Les projets récents incluent la surveillance des maladies infectieuses, ou l’étude des déterminants sociaux de santé.
En Espagne, le projet Espacio Nacional de Datos de Salud (ENDS) vise à intégrer les 17 bases régionales de données de santé. Certaines communautés comme la Catalogne (avec PADRIS) disposent déjà de plateformes avancées. Mais le réseau national reste en construction, et l’interopérabilité reste un défi.
En Irlande, le projet HealthData@IE est porté par le HSE (Health Service Executive) avec un fort accent sur l’éthique, le consentement et la transparence. L’ambition est de créer un cadre national d’accès à la donnée pour la recherche, mais la plateforme reste en phase pilote.
Une grande partie des infrastructures de pays européens restent sont actuellement en construction :
Dans plusieurs pays, des projets d’infrastructures nationales sont en cours de déploiement, mais leur niveau de maturité reste modeste. En Hongrie, l’infrastructure EESZT permet déjà l’échange de données médicales entre professionnels, mais une loi adoptée en 2023 ouvrira l’usage secondaire à partir de 2026, avec la création d’un HDAB.
En Italie, la réforme du Fascicolo Sanitario Elettronico (FSE) prévoit une interconnexion régionale. Certaines régions, comme la Lombardie ou l’Émilie-Romagne, ont déjà des systèmes partiellement exploitables, mais l’intégration nationale reste embryonnaire. Le projet “HDE” (Health Data Ecosystem) est envisagé pour créer une plateforme nationale de recherche, mais son calendrier reste flou.
Au Luxembourg, le LNDS (Luxembourg National Data Service) est une initiative multisectorielle à visée interdisciplinaire. Il vise à devenir un accès unique aux données publiques et scientifiques, y compris dans le champ de la santé, mais les cas d’usage sont encore limités.
La Croatie, la Roumanie, la Slovaquie, la Grèce et la Bulgarie possèdent des bases de données administratives ou hospitalières, mais peu interopérables. Les accès sont souvent manuels, sans standardisation ni environnement distant. Les autorités sanitaires de ces pays ont toutefois affiché leur volonté de rejoindre la dynamique EHDS à travers des feuilles de route nationales.
4 pays sont encore au point mort :
Enfin, certains pays sont encore loin d’une organisation structurée. Chypre a centralisé les dossiers médicaux primaires via SeHRB, mais l’écosystème ne prévoit pas l’exploitation secondaire des données. En Lettonie et Lituanie, les infrastructures de e-santé sont récentes, axées sur l’usage clinique, sans politique publique d’accès à la donnée.
Malte a publié un projet de loi en 2024 pour créer un HDAB national, mais aucun portail ni gouvernance n’est encore opérationnel. L’accès aux données, lorsqu’il existe, repose sur des démarches individuelles et n’est pas encadré par une structure publique.
Cartographie de la maturité des plateformes européennes de données de santé :
En plus des 27 pays de l’Union européenne, cette cartographie regroupe aussi 3 pays européens, qui ne sont pas dans l’UE, mais qui disposent d’une plateforme de données de santé à la maturité très élevée : le Royaume-Uni, la Suisse et la Norvège.

Les plateformes à la maturité très élevé :
| Pays | Organisation | Remarques |
|---|---|---|
| 🇫🇮 Finlande | Findata | Modèle de référence : centralisé, sécurisé, interopérable, HDAB actif |
| 🇫🇷 France | Health Data Hub (HDH) | HDAB officiel, accès centralisé, bonne documentation, aligné EHDS |
| 🇳🇴 Norvège | Helsedata.no | Plateforme nationale avancée, accès multisources, sécurité forte |
| 🇸🇪 Suède | Socialstyrelsen / registres nationaux | Longue tradition de registres fiables et interopérables |
| 🇩🇰 Danemark | Sundhedsdatastyrelsen | Infrastructure nationale robuste, usage secondaire courant |
| 🇬🇧 UK | NHS TREs / UK Biobank | Très avancé mais hors UE ; modèle d’environnement sécurisé |
| 🇨🇭 Suisse | SPHN / BioMedIT | Réseau sécurisé, accès via environnement distant, interopérabilité |
Les plateformes à la maturité moyenne :
| Pays | Organisation | Remarques |
|---|---|---|
| 🇩🇪 Allemagne | FDZ Gesundheit / MII / NUM | Puissance fédérale, mais morcelée ; plusieurs initiatives |
| 🇳🇱 Pays-Bas | Health-RI | Infrastructure de réseau, mais pas centralisée |
| 🇵🇹 Portugal | SPMS | Plateforme stable, mais usage secondaire encore modeste |
| 🇧🇪 Belgique | Healthdata.be / Sciensano | Bonnes bases, mais gouvernance institutionnelle complexe |
| 🇪🇪 Estonie | e-Health System / X-Road | Très bon en soins primaires, usage secondaire limité |
| 🇵🇱 Pologne | CeZ (Centrum e-Zdrowia) | E-santé solide, entrepôt de données en développement |
| 🇪🇸 Espagne | Espacio Nacional de Datos de Salud | Ambitieux, bien financé, mais encore en phase de déploiement |
| 🇮🇪 Irlande | HealthData@IE | Structuré, plans clairs, mais non encore opérationnel |
Les plateformes en développement :
| Pays | Organisation | Remarques |
|---|---|---|
| 🇭🇺 Hongrie | EESZT | Infrastructure solide, usage secondaire attendu en 2026 |
| 🇮🇹 Italie | Écosystème FSE / HDE | Plan stratégique 2026, encore morcelé |
| 🇱🇺 Luxembourg | LNDS | Données multisectorielles, santé encore émergente |
| 🇷🇴 Roumanie | INSP | Quelques registres, usage secondaire embryonnaire |
| 🇭🇷 Croatie | HZJZ | Institut structuré, mais faible ouverture à la recherche |
| 🇨🇿 Tchéquie | BBMRI.cz / santé publique | Accès biobanques, mais pas de plateforme e-santé secondaire |
| 🇬🇷 Grèce | GR-HDAB (projet) | Actif dans EHDS pilot, mais encore théorique |
| 🇧🇬 Bulgarie | NCPHA | Structures administratives existantes, mais peu interconnectées |
| 🇸🇮 Slovénie | NIJZ | Bonne tradition santé publique, mais pas orienté recherche |
| 🇸🇰 Slovaquie | NCZI | En structuration, volonté d’interconnexion mais retardée |
Les plateformes à la maturité faible :
| Pays | Organisation | Remarques |
|---|---|---|
| 🇨🇾 Chypre | SeHRB (Banque de Dossiers) | Dossier patient centralisé, mais pas orienté usage secondaire |
| 🇱🇻 Lettonie | Ministère de la santé / eHealth | Volonté identifiée, mais aucune structure d’accès secondaire |
| 🇱🇹 Lituanie | State Data Agency | Début de structuration, usage encore très limité |
| 🇲🇹 Malte | Malta HDAB (en création) | Trop récent pour juger, aucune documentation publique claire |