⚖️Incitations, infrastructures, et assouplissement réglementaire
Le gouvernement américain a publié en août son AI Action Plan, un document d’orientation politique qui vise à renforcer la position des États-Unis en matière de diplomatie et de sécurité liées à l’intelligence artificielle. Le plan promeut une approche favorable à l’expérimentation et à l’investissement, axée sur la déréglementation, les incitations fiscales et le développement massif d’infrastructures numériques.
Le plan prévoit notamment :
- La suppression des lois locales ou étatiques restrictives sur l’IA, avec la possibilité de retirer les financements fédéraux aux États qui adoptent des régulations jugées trop contraignantes.
- La mise en place de « regulatory sandboxes » publics, espaces encadrés pour expérimenter de nouvelles technologies sans frein juridique immédiat.
- Des incitations fiscales pour la construction de centres de données, la production de semi-conducteurs et l’expansion du réseau électrique.
Détails des mesures dans notre article du 25 juillet : US : l’administration Trump publie un plan de 90 mesures pour affirmer la domination technologique
- Un plan autour de trois axes : innovation, infrastructures et sécurité.
- Lancement de regulatory sandboxes pilotés par la FDA.
- Création de centres d’excellence sectoriels, dont un dédié à la santé.
- Promotion d’une culture du try-first dans les établissements de soins.
- Création d’un AI Workforce Research Hub pour suivre les impacts métiers.
- Plateformes cloud pour expérimentations médicales (ex : criblage, modélisation).
- Mesure des gains de productivité sur des cas d’usage concrets (diagnostic, hôpital, recherche…).
L’absence de mesures sur la sécurité suscite l’inquiétude
Ces mesures sont accueillies favorablement par une partie de l’écosystème santé. L’orientation pro-innovation, combinée à un soutien à la normalisation des échanges de données, est perçue comme une opportunité. Mais en parallèle, plusieurs voix alertent sur des angles morts dans le document. Notamment Ahmed Elsayyad, PDG d’Ostro (solutions d’engagement IA pour les sciences de la vie), déplore l’absence totale de mention de la sécurité des systèmes d’IA. Selon lui, cette question est pourtant essentielle dans les discussions actuelles du secteur, et fait l’objet de travaux structurés chez OpenAI ou Anthropic, ou encore dans des organisations comme la Coalition for Health AI. Même constat pour Adam Farren, PDG de Canvas Medical, qui plaide pour l’instauration d’indicateurs de performance obligatoires et d’évaluations de la sécurité clinique des systèmes. Il rappelle que les outils d’IA sont probabilistes par nature, et qu’ils nécessitent des mécanismes continus de validation, notamment lorsqu’ils sont utilisés pour assister à des diagnostics ou recommander des traitements.
Omission de l’ONC et manque de cadre fédéral
Autre oubli pointé par les experts : l’absence de toute mention de l’Office of the National Coordinator for Health IT (ONC), pourtant régulateur principal de la santé numérique aux États-Unis. Cette lacune est d’autant plus marquante que les applications d’IA les plus déployées actuellement, à l’image des ambient scribes utilisés pour transcrire les consultations médicales, relèvent directement du périmètre de l’ONC.
L’utilisation des données personnelles pour entraîner ou alimenter des algorithmes, ou encore la transparence sur le rôle de l’IA dans une décision médicale, restent des zones grises non couvertes par le plan. Certains États américains ont déjà pris des initiatives pour combler ce vide, au risque de créer une mosaïque réglementaire difficile à gérer pour les acteurs du secteur.
Vers une innovation accélérée mais incomplète
En l’état, l’AI Action Plan est perçu comme une avancée partielle. Il crée un environnement plus favorable au déploiement des solutions d’IA, mais néglige des enjeux critiques liés à la sécurité, à l’équité et à la confiance. Pour les professionnels du secteur, notamment en santé, un cadre fédéral cohérent sur les usages, la responsabilité et les droits des patients apparaît indispensable.
Le difficile accès au marché Etats-unien
Les jeunes entreprises européennes du numérique en santé continuent de viser les États-Unis malgré la baisse globale des investissements mondiaux pour la deuxième année consécutive. Mais les barrières restent nombreuses : réglementation complexe, achat fragmenté, nécessité de preuves cliniques locales, selon plusieurs témoignages recueillis à HLTH Europe.
📌La directrice des CDC, Susan Monarez, limogée après des tensions sur la politique vaccinale de l’administration Trump
📲Plus de 60 entreprises, dont Google, Apple et UnitedHealth, participent à un nouveau programme américain de partage de données médicales, centré sur le diabète, l’obésité et l’intelligence artificielle conversationnelle.
L’administration Trump a annoncé le lancement d’un système national permettant aux citoyens américains de partager volontairement leurs données médicales avec des applications et plateformes technologiques privées. L’objectif affiché : faciliter l’accès aux dossiers médicaux et améliorer le suivi de pathologies chroniques telles que le diabète ou l’obésité. Plus de 60 entreprises, parmi lesquelles figurent Google, Apple, Amazon, UnitedHealth Group et CVS Health, ont accepté de participer. Le programme vise à centraliser des données jusque-là éparpillées : résultats d’examens, prescriptions, consultations, mais aussi données issues d’applications mobiles ou de dispositifs connectés. Ces informations seront mobilisées pour proposer des outils numériques, tels que des QR codes pour les rendez-vous médicaux ou des applications capables de recommander un traitement ou d’optimiser un programme de perte de poids.
Parmi les entreprises impliquées, Noom, un service d’abonnement dédié à la perte de poids, prévoit d’utiliser les dossiers médicaux pour alimenter des analyses par IA. Les données pourraient provenir, par exemple, d’Apple Health ou d’autres plateformes concurrentes. L’accès à ces données sera soumis au consentement explicite des patients, précisent les responsables des Centres pour Medicare et Medicaid Services (CMS), qui superviseront le dispositif. L’administration Trump avait déjà tenté en 2018 de lancer un programme similaire, sans l’appui massif des grands groupes technologiques. Cette fois, le projet s’inscrit dans une stratégie plus large portée par le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., favorable à une forte utilisation des objets connectés, à la télémédecine, et à l’analyse de vastes bases de données médicales, notamment pour la recherche sur l’autisme et la sécurité vaccinale.
🧬Alphabet abandonne les dispositifs médicaux de Verily pour recentrer sa stratégie sur l’IA santé
Le portefeuille matériel de Verily est supprimé au profit de solutions logicielles comme Lightpath, axées sur l’analyse de données de santé.
Verily officialise l’abandon de ses produits matériels, marquant une réorientation vers les infrastructures logicielles de santé de précision. Ce recentrage s’inscrit dans une dynamique plus large entamée dès 2023, avec la vente de Granular et une série de restructurations destinées à réduire les coûts et à accélérer la mise sur le marché. Alphabet ferme donc les projets de montre d’étude clinique, de caméra rétinienne et les chaînes de fabrication associées. Les cycles longs de validation clinique et les investissements réglementaires sont jugés peu compatibles avec les attentes de rentabilité dans un contexte de taux élevés et de compétition accrue sur les objets connectés.
Désormais, l’offre se concentre sur Lightpath, une plateforme logicielle intégrant dossiers médicaux, données de laboratoires et algorithmes d’apprentissage automatique pour le suivi des maladies métaboliques, notamment l’obésité. Le système permet une analyse en temps réel des biomarqueurs, sans recours à des dispositifs propriétaires.
💰6,4 Md$ pour la santé numérique au S1 2025 : l’IA capte 62 % des fonds, les IPO redémarrent
Alors que le marché semble stabilisé, les startups santé numérique orientées IA ont levé 4 Md$ sur les 6,4 Md$ collectés au premier semestre ; deux IPO majeures et un boom des fusions-acquisitions témoignent d’un nouveau cycle d’investissements.
Selon un rapport publié par Rock Health, 62 % des fonds levés ont été captés par des startups orientées IA, avec une moyenne de 34,4 millions de dollars par levée, soit une prime de 83 % par rapport aux entreprises non-IA. Ces jeunes pousses développent principalement des outils pour les flux de travail cliniques, les tâches administratives non cliniques et l’infrastructure de données. Neuf des onze méga-levées (plus de 100 M$) du semestre concernent des acteurs IA. La société Abridge, spécialisée dans la documentation clinique, a levé 250 M$ en février, puis 300 M$ supplémentaires en juin. D’autres entreprises telles qu’Innovaccer, Hippocratic AI, Qventus ou Truveta ont également dépassé les 100 M$.
Adoption rapide côté établissements de santé : Les solutions IA dédiées à la documentation ou aux référentiels médicaux sont massivement adoptées : certains hôpitaux rapportent des taux d’usage allant jusqu’à 90 %, selon Rock Health. L’intuitivité des interfaces, l’intégration dans les systèmes existants et les résultats mesurables contribueraient à lever les réticences historiques des professionnels de santé.
Deux IPO très attendues et des signaux de maturité : Deux sorties en bourse très attendues ont marqué ce semestre : Hinge Health et Omada Health. Ces entreprises, actives depuis plus de dix ans, ont misé sur des modèles de soins pérennes intégrant l’IA. Leur entrée en bourse pourrait relancer la confiance des investisseurs et ouvrir la voie à un nouveau cycle de financement.
Le M&A en forte hausse, dopé par le private equity : Le rapport souligne que la majorité des sorties passent par des opérations de fusion-acquisition, avec 107 deals enregistrés sur les six premiers mois de l’année. Si la tendance se poursuit, 2025 pourrait doubler le volume de 2024. Le capital-investissement joue un rôle structurant en combinant des acteurs historiques de la santé avec des startups IA pour gagner en efficacité et en échelle.
Des incertitudes politiques à surveiller : Malgré cette dynamique, des incertitudes pèsent sur la croissance du secteur. La récente adoption du One Big Beautiful Bill Act, avec ses nouvelles conditions d’accès à Medicaid et ses ajustements des marchés ACA, pourrait réduire la population assurée, limitant ainsi le marché accessible et accentuant les tensions financières pour les prestataires.
Appel à l’alignement stratégique des startups : Rock Health recommande aux startups santé de se positionner dès maintenant sur les priorités fédérales, notamment autour des maladies chroniques et de l’IA dans les parcours de soins, afin de sécuriser leur développement dans un environnement réglementaire en mutation.
🚀 Été 2025 : Levées de fonds aux US sur l’IA en santé
- Abridge – Series E de 300 millions de dollars
- Truveta – Series C de 320 millions de dollars
- Ambience Healthcare – Series C de 243 millions de dollars
- Aidoc – 110 millions de dollars
Trois levées de fonds illustrent la dynamique actuelle de l’intelligence artificielle appliquée à la santé aux États-Unis. Abridge, spécialiste de la documentation clinique automatisée, a levé 300 millions de dollars en juin 2025, quelques mois après un tour précédent de 250 millions, portant sa valorisation au-delà de 5 milliards de dollars. L’entreprise équipe désormais de nombreux établissements de santé avec sa technologie d’“IA scribe”, intégrée aux consultations. De son côté, Truveta a levé 320 millions de dollars au premier semestre pour développer sa plateforme d’analyse de données cliniques et génomiques, utilisée notamment pour accélérer la recherche pharmaceutique. Enfin, Ambience Healthcare, également positionnée sur la transcription automatisée des échanges patient-médecin, a annoncé en août un tour de table de 243 millions de dollars, avec la participation du fonds d’OpenAI. Ces opérations traduisent une forte demande pour des solutions d’IA pour réduire la charge administrative