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  • De la prévention au suivi spécialisé : la chaîne de soins en ophtalmologie

    Médecins, orthoptistes, et opticiens pour le dépistage et premiers recours

    Le parcours d’un patient commence généralement par la visite chez un médecin généraliste avant d’être réorienter vers des médecins spécialistes. Lors de visite de santé au travail ou en milieu scolaire la vue est souvent testée, cela permet de la prévention secondaire et de détecter au plus tôt des troubles de la vision. Cela permet de limiter l’impact des troubles de la vision, de commencer au plus tôt les actions nécessaires, et d’adresser à des médecins spécialistes ceux qui doivent l’être.

    Les orthoptistes assurent principalement la rééducation visuelle et le dépistage des troubles de la vision, tandis que les opticiens prennent en charge le premier conseil ainsi que le renouvellement des lunettes et des lentilles dans le cadre des ordonnances valides.

    Ces professions doivent ensuite réorienter les patients vers les ophtalmologues quand cela est nécessaire.

    Une prise en charge spécialisée fournie

    Les ophtalmologues, les centres spécialisés (FOReSIGHT, Hôpital national des Quinze‑Vingts, services d’ophtalmologie des CHU) et les cliniques privées dédiées assurent la prise en charge spécialisée des maladies oculaires, du diagnostic avancé à la chirurgie et au suivi des cas complexes, avec urgences, imagerie de pointe et plateaux techniques médico‑chirurgicaux. C’est dans cette strate de l’organisation des soins que sont générés le plus de données via la réalisation d’imagerie et de questionnaires médicaux.

    De nombreuses associations de patients et de centre régionaux basse vision

    Des centres régionaux de basse vision assurent une prise en charge dédiée et pluridisciplinaire sur le territoire, avec rééducation et réadaptation pour préserver l’autonomie des personnes malvoyantes. En parallèle, un large écosystème d’associations et de centres experts porte la voix des patients et les accompagne, particulièrement pour les maladies rares, en coordonnant information, orientation et défense des droits. Ces organisations peuvent être une source d’informations importantes dans les difficultés que rencontrent les malades, notamment dans la coordination des soins.

    Les start-up conçoivent des solutions innovantes qui seront ensuite utilisées par les ophtalmologues et les hôpitaux spécialisés. Pour ce faire elles ont notamment besoin d’avoir accès à des données homogénéisées, centralisées et de qualités. Dans le développement de leurs solutions elles peuvent être accompagner par le Tiers-Lieu Novavue des tiers‑lieux d’innovation peuvent les accompagner dans l’expérimentation et le prototypage. Enfin les SATT cherche à valoriser les résultats de la recherche publique en la transformant en innovations concrètes. Ceci en finançant la maturation, en sécurisant la propriété intellectuelle et en facilitant le transfert vers le marché des connaissances universitaires.
    Cartographie de l’écosystème de l’ophtalmologie @HTI
  • Ophtalmologistes en France : moins nombreux, plus sollicités, davantage assistés par le numérique

    Une spécialité sous tension démographique

    Au 1er janvier 2025, la France compte 4 617 ophtalmologistes en activité régulière, soit une densité moyenne de 5,96 médecins pour 100 000 habitants. Cette démographie médicale masque toutefois d’importantes disparités territoriales : les départements comme la Creuse, le Lot et le Rhône affichent des densités inférieures à 1,5 pour 100 000, quand Paris dépasse les 22 médecins pour 100 000 habitats. Le vieillissement de la profession constitue un autre facteur d’inquiétude : près de 20 % des ophtalmologistes ont 60 ans ou plus, alors que seulement 33 % ont moins de 40 ans. La sortie progressive de ces praticiens vers la retraite, conjuguée aux effets différés de la suppression du numerus clausus, dont les effets ne seront visibles qu’après 2030, entraîne une baisse continue du nombre d’ophtalmologistes libéraux.

    Répartition des ophtalmologues en fonction de leur âge en janvier 2025 - @CNOM
    Répartition des ophtalmologues en fonction de leur âge en janvier 2025 – @CNOM

    Cette contraction des effectifs intervient alors même que la demande explose. En France, 45 millions de personnes présentent un trouble de la vision. Selon un récent rapport signé Xerfi, chaque année, 800 000 nouveaux cas de myopie sont recensés, auxquels s’ajoutent 600 000 cas de presbytie. En parallèle, l’usage intensif des écrans alimente une recrudescence des fatigues visuelles, notamment chez les plus jeunes, et la prévalence de nombreuses pathologies augmentent avec l’âge.

    Prévalence des pathologies ophtalmiques en fonction de l’âge @Handiconnet

    Face à cette pression, les délais d’attente pour un rendez-vous peuvent dépasser plusieurs mois dans certaines zones.

    L’essor du travail aidé et la réorganisation des soins :

    Pour faire face à ce déséquilibre entre l’offre et la demande, les professionnels de la filière ont massivement recours au travail aidé. La délégation des actes cliniques (bilan visuel, mesure de la tension oculaire, fond d’œil) aux orthoptistes est devenue un levier structurant de l’organisation des soins. Ce modèle, désormais répandu dans les centres de santé ophtalmologique et les cabinets de groupe, permet aux ophtalmologistes de se recentrer sur les actes à forte valeur ajoutée (angiographie, topographie cornéenne, chirurgie réfractive) tout en augmentant le nombre de patients vus. Il constitue également une réponse aux aspirations des jeunes praticiens, de plus en plus nombreux à privilégier le salariat pour un meilleur équilibre vie privée/vie professionnelle.

    Les pathologies ophtalmiques : 11 milliards de coûts directs.

    Les maladies ophtalmiques représentent un coût conséquent, avec 11 milliards de coût direct et 2,1 milliards de coût invisibles (accident, baisse de la productivité etc). Les troubles réfractif représente 2,5 milliards d’euros par an, la DMLA 583 millions, la cataracte 500 et le Glaucome 359 millions. On estime que 72% des adultes souffrent d’un trouble visuel, qu’un français sur 5 de plus de 60 ans présente une pathologie visuelle et que 200 000 personnes sont aveugles ou très malvoyants. La cataracte concerne 800 000 interventions par an et la DMLA touche environ 1,5 millions de personnes.

    Une spécialité historiquement technologique, en affinité avec le numérique

    L’ophtalmologie se distingue historiquement par sa très forte dépendance aux technologies d’imagerie et d’exploration fonctionnelle : tomographie en cohérence optique (OCT), rétinographie, biométrie, topographie cornéenne, aberrométrie… Elle est naturellement prédisposée à l’intégration du numérique. Cette spécificité a ouvert la voie à des innovations majeures en matière de diagnostic assisté par l’intelligence artificielle (IA), de chirurgie miniaturisée ou encore de dispositifs médicaux connectés. La combinaison de plusieurs modalités d’imagerie (multimodalité) permet aujourd’hui une visualisation fine de l’anatomie de l’œil, que l’IA vient enrichir en automatisant l’analyse d’image.

    Les progrès de l’IA, notamment les algorithmes de deep learning, offrent des performances de détection de pathologies comme la rétinopathie diabétique, le glaucome ou la DMLA comparables, voire supérieures, à celles d’un spécialiste expérimenté. L’introduction d’outils d’aide à la décision clinique directement intégrés dans les rétinographes ou les plateformes de télésuivi permet ainsi un premier tri automatisé, accélérant l’accès au diagnostic et améliorant l’efficience des consultations.

    La télé-ophtalmologie : une révolution structurelle en cours :

    Parmi toutes les innovations numériques, la télé-ophtalmologie occupe une place à part. Elle incarne l’une des applications les plus abouties de la télémédecine spécialisée. Son modèle repose sur l’asynchronisme : les images (fond d’œil, OCT, champs visuels) sont acquises par un orthoptiste ou un professionnel de santé formé, souvent en zone sous-dense ou en structure mobile, puis transmises à un ophtalmologiste qui les interprète à distance, dans un second temps.

    Ce dispositif permet une réduction très significative des délais de prise en charge, notamment pour le dépistage et le suivi des pathologies chroniques. Le programme OPHDIAT, déployé en Île-de-France, en est une illustration emblématique. Lancé par l’AP-HP, il a permis de démontrer que 65 à 70 % des patients adressés pour un bilan ne nécessitaient pas une consultation présentielle, tout en garantissant une pertinence médicale dans 99 % des cas.

    La télé-ophtalmologie a trouvé une pertinence particulière dans le suivi des patients diabétiques, pour le dépistage de la rétinopathie diabétique, ainsi que dans les campagnes de dépistage précoce du glaucome ou de la DMLA. Elle s’étend également à la pédiatrie et à la médecine du travail, ouvrant de nouvelles perspectives organisationnelles.

    Depuis 2024, la loi autorise désormais les plateformes de téléconsultation, comme Qare, à salarier directement des ophtalmologistes sous réserve d’agrément. Couplées à des dispositifs mobiles d’imagerie connectée et à des algorithmes de tri automatisé, ces solutions renforcent la capacité du système à absorber la demande, notamment en zone rurale ou périurbaine.

    Le numérique au cœur de la transformation de l’ophtalmologie :

    En dehors de la télé-ophtalmologie, cette spécialité médicale s’inscrit pleinement dans la dynamique numérique impulsée par les politiques publiques de santé. La mise en œuvre du programme Ségur numérique dans les établissements de santé et la ville permet de renforcer l’interopérabilité entre les systèmes d’information et de faciliter la circulation des données entre professionnels. La spécialité bénéficie d’une structuration technique propice à la standardisation des données : la production d’images, de mesures optiques et de comptes rendus d’examen s’intègre facilement aux référentiels nationaux comme le DMP (Dossier médical partagé) et la SNOMED. Ce socle commun d’échange facilite notamment le déclenchement d’alertes, l’analyse populationnelle et la coordination des soins, tout particulièrement dans les structures multi-acteurs comme les centres de santé ophtalmologique. Par ailleurs, les modalités de télésoin permettent à des orthoptistes ou assistants médicaux d’accompagner à distance les patients dans l’interprétation de leurs résultats ou la réalisation de certains examens, dans le respect du cadre réglementaire. Le numérique devient ainsi un levier d’efficience organisationnelle dans un contexte marqué par la baisse des effectifs médicaux et l’augmentation de la demande de soins visuels.

    L’intelligence artificielle, levier d’aide au diagnostic et à l’efficience :

    L’intégration de l’IA dans la pratique ophtalmologique est déjà une réalité concrète, notamment dans le domaine de l’imagerie. Des systèmes de détection automatique de pathologies rétiniennes, basés sur l’analyse d’images de fond d’œil ou d’OCT (tomographie en cohérence optique), sont capables d’identifier avec une précision équivalente ou supérieure à celle d’un spécialiste des signes précoces de dégénérescence maculaire liée à l’âge, de glaucome ou de rétinopathie diabétique. Ces dispositifs permettent un premier tri des patients en repérant les anomalies nécessitant un avis médical, ce qui allège la charge des ophtalmologistes et réduit les délais d’accès au diagnostic. Dans le contexte de la téléophtalmologie, l’IA vient renforcer l’efficience des dispositifs asynchrones : elle automatise l’interprétation d’images acquises en périphérie, optimisant ainsi l’orientation des patients vers une consultation présentielle ou un suivi à distance. Les progrès attendus dans le deep learning laissent entrevoir une extension de ces usages à d’autres champs comme la chirurgie assistée ou la prédiction de l’évolution de certaines pathologies, dans le respect des exigences d’éthique, de validation clinique et de protection des données.

    Vers une recomposition des pratiques

    Cette intégration poussée du numérique ne va pas sans reconfigurer les équilibres économiques et professionnels. D’un côté, les honoraires moyens des ophtalmologistes libéraux ont atteint 700 000 € en 2024, portés par la hausse des actes techniques et les dépassements d’honoraires (environ 30 % du total). De l’autre, de nouveaux entrants, comme les plateformes, centres de santé ophtalmologique, chaînes d’opticiens équipés pour la télé-expertise, bousculent les modèles traditionnels.

    L’encadrement réglementaire s’adapte à ces mutations : la loi Khattabi de 2023 a imposé un agrément pour l’ouverture de centres de santé ophtalmologique, afin d’éviter certaines dérives de rentabilité au détriment de la qualité des soins. La maîtrise de la croissance rapide de ces structures devient un enjeu de politique de santé.

  • Le tour du monde des initiatives pour le numérique en santé appliqué à l’ophtalmologie

    Le grand bond de la télémédecine ophtalmique lors du Covid-19

    Dans beaucoup d’endroits à travers le monde, la crise sanitaire de 2020 a servi de catalyseur à la télémédecine, notamment en ophtalmologie. Aux États-Unis, où ces pratiques étaient encore marginales début 2020, des enquêtes ont montré qu’en quelques mois la proportion de praticiens ayant recours aux téléconsultations est passée de seulement d’environ 3 % à plus de 77 %. L’impossibilité de voir les patients en personne a poussé les cliniques à instaurer des suivis par téléphone ou visioconférence, notamment pour le triage des urgences oculaires ou le renouvellement d’ordonnances. Des plateformes spécialisées ont émergé, et dès 2021 l’Assurance-maladie américaine a introduit un code de facturation dédié (CPT 92229) pour le dépistage automatisé de la rétinopathie diabétique, facilitant le remboursement des actes à distance.

    Au Royaume-Uni, le célèbre Moorfields Eye Hospital à Londres, référence mondiale en ophtalmologie, a très tôt basculé une partie de son activité en ligne. Dès avril 2020, sa filiale de Dubaï lançait des consultations virtuelles quotidiennes pour maintenir l’accès aux soins pendant le confinement. Par la suite, Moorfields Londres a structuré un véritable “Department of Digital Medicine” afin de pérenniser ces innovations nées de la crise. Ce département pilote le déploiement des rendez-vous vidéo, d’un service d’urgences en ligne, du suivi à domicile de la vision des patients atteints de dégénérescence maculaire, ou encore l’intégration d’IA diagnostiques dans la clinique quotidienne. L’Allemagne a également exploré la voie de la télémédecine ophtalmologique pour pallier le manque de praticiens dans certaines régions. En Bavière, par exemple, un projet de “Tele-Augenkonsil mobile” permet, dès 2020, d’apporter dans les maisons de retraite des unités mobiles équipées d’OCT et de rétinographes, dont les images sont transmises à un institut télé-ophtalmologique où un médecin les interprète à distance. Cette approche prévient la perte de chance chez des personnes âgées isolées en détectant précocement glaucomes ou dégénérescences maculaires, tout en évitant des déplacements pénibles.

    De même, la Chine, déjà pionnière des « hôpitaux en ligne », a vu ses grandes plateformes de télésanté (Ping An Good Doctor, AliHealth, WeDoctor…) enregistrer une explosion des consultations d’ophtalmologie en ligne durant l’épidémie. Des centres experts, comme l’hôpital ophtalmique de Zhongshan à Guangzhou, ont étendu leurs conseils aux médecins des zones rurales via des systèmes de télémédecine intégrés. Le Japon, traditionnellement prudent sur la télémédecine, a temporairement assoupli sa réglementation en 2020, autorisant pour la première fois des consultations initiales à distance pour les ophtalmologues. Devant le succès du dispositif en période Covid, ces mesures ont été pérennisées en avril 2022, ancrant la téléconsultation dans les pratiques acceptées. La seule exception notable est la Corée du Sud, où la télémédecine restait jusqu’en 2023 très encadrée par la loi : elle était uniquement autorisée à titre expérimental ou en suivi entre médecins, en raison de réticences internes. Néanmoins, Séoul a dû, elle aussi, s’adapter pendant la pandémie en permettant provisoirement des consultations vidéo, amorçant un débat national sur l’ouverture durable de la pratique, même si la pratique de la télé-ophtalmologie y reste moins développé que dans la majorité des pays à jour en matière de technologies numériques pour la santé.

    L’explosion de l’IA à l’échelle planétaire a accéléré le dépistage des maladies de l’oeil

    Parallèlement, les années 2020-2025 ont vu l’essor fulgurant de l’IA en ophtalmologie, domaine particulièrement propice car riche en imagerie numérique (fonds d’œil, OCT, rétinoscopie). Aux États-Unis, l’ophtalmologie a même été l’une des premières spécialités à bénéficier d’IA diagnostiques autonomes approuvées par les autorités. Après une première autorisation historique en 2018, deux autres algorithmes de dépistage automatique de la rétinopathie diabétique ont obtenu le feu vert de la FDA en 2020 et 2022. En 2025, trois dispositifs IA sont commercialisés dans le pays (IDx-DR, EyeArt d’Eyenuk et AEYE Health), tous basés sur des réseaux de neurones profonds. Leur principe : une caméra rétinienne standard prend des clichés du fond d’œil en consultation de médecine générale ou en pharmacie, et le logiciel IA analyse immédiatement les images pour déterminer si des signes de rétinopathie nécessitent l’avis d’un spécialiste. L’introduction du code de remboursement dédié en 2021 a d’ailleurs entraîné un début d’adoption clinique : plus de 15 000 examens IA de ce type ont été facturés aux États-Unis entre 2021 et 2023, principalement dans les centres urbains universitaires.

    En Europe, le Royaume-Uni et l’Allemagne n’ont pas été en reste. Au UK, le NHS a soutenu plusieurs projets d’IA en ophtalmologie via son AI Lab et s’appuie sur l’écosystème de Moorfields, qui a publié en 2020 une étude marquante montrant qu’un algorithmex pouvait trier avec une précision redoutable les tomographies OCT urgentes de celles pouvant attendre, optimisant ainsi les listes d’attente.En 2023, Moorfields a également dévoilé RETFound, le premier modèle de fondation en ophtalmologie entraîné sur 1,6 million de scans rétiniens du NHS. Open source, ce modèle de “diagnostic généraliste” a démontré sa capacité non seulement à détecter diverses maladies oculaires (rétinopathie diabétique, glaucome, DMLA…), mais aussi à prédire certaines maladies systémiques graves comme l’infarctus du myocarde, l’AVC ou la maladie de Parkinson à partir de la rétine. En Allemagne, l’usage de l’IA en imagerie oculaire progresse également, même si cela s’est fait, ces cinq dernières années, de façon plus encadrée. La Société allemande d’ophtalmologie (DOG) a publié en 2025 des lignes directrices pour une utilisation éthique et efficace de ces outils, rappelant que l’ophtalmologie est, aux côtés de la radiologie, l’une des disciplines les plus aptes à bénéficier de l’IA du fait de la profusion d’images numériques à analyser. Les autorités européennes ont quant à elles renforcé en 2021 le cadre réglementaire via le Règlement UE sur les dispositifs médicaux, imposant aux fabricants d’algorithmes d’IA des exigences de marquage CE et d’évaluation clinique strictes avant mise sur le marché de leurs solutions d’aide au diagnostic en ophtalmologie.

    En Asie, la Chine s’est imposée comme un leader de l’IA médicale sur la période. Dès août 2020, la start-up pékinoise Airdoc a obtenu l’approbation de l’agence nationale NMPA pour son logiciel Airdoc-AIfundus, devenant la première IA diagnostique ophtalmologique de classe III homologuée en Chine. Initialement autorisé pour détecter la rétinopathie diabétique, cet outil est déployé dans les hôpitaux comme aide au diagnostic pour les médecins. Son arrivée a été saluée comme une réponse innovante à un enjeu critique de santé publique : plus d’un tiers des 110 millions de diabétiques chinois souffrent de rétinopathie, alors que le pays ne compte qu’environ 45 000 ophtalmologistes, très concentrés dans les grandes métropoles. L’IA permet ainsi de “démocratiser” le dépistage en transférant une partie de l’expertise des spécialistes vers des appareils utilisés en soins primaires. Le gouvernement chinois a activement soutenu ces approches dans le cadre de son plan national d’IA en santé, voyant là un moyen de réduire les inégalités d’accès aux soins entre villes et campagnes. Des géants technologiques se sont engouffrés dans la brèche : Tencent a développé des algorithmes de détection de pathologies oculaires intégrés à sa suite Miying, tandis qu’Alibaba Health a testé des systèmes d’interprétation automatisée des fonds d’œil dans ses cliniques en ligne. De plus, des collaborations internationales se sont nouées : le laboratoire français Théa et plusieurs hôpitaux chinois ont par exemple conduit des essais d’IA pour dépister la cataracte via smartphone. En 2021, le japonais Santen s’est associé à Airdoc pour promouvoir à grande échelle en Chine ces solutions de dépistage automatisé, s’inscrivant dans une stratégie globale de création d’un véritable écosystème ophtalmologique digital.

    De son côté, le Japon a misé sur des projets alliant haute technologie et organisation des soins. Dès 2019, le gouvernement a financé la création de dizaines d’hôpitaux augmentés par l’IA en partenariat avec des universités et entreprises, afin de servir de vitrines et bancs d’essai pour les nouvelles solutions diagnostiques. L’ophtalmologie a logiquement bénéficié de cette politique volontariste : lors du congrès européen SOE 2023, le professeur Tetsuro Oshika, président de la Société japonaise d’ophtalmologie, a présenté les avancées japonaises en la matière. Il a notamment illustré comment un programme de dépistage par smartphone permet désormais à des patients de photographier leur œil chez eux, l’IA se chargeant d’alerter le clinicien en cas d’anomalie afin de prioriser les consultations urgentes : une approche de télésurveillance active qui pourrait révolutionner le suivi de pathologies chroniques comme le glaucome ou la DMLA, tout en désengorgeant les cabinets. De même, l’IA s’invite au bloc opératoire : le professeur Oshika a testé un système d’IA embarquée sur l’iPad d’Apple pour sécuriser la chirurgie de la cataracte, via reconnaissance faciale du patient, confirmation du bon côté opéré et vérification automatique du modèle d’implant intraoculaire, évitant ainsi les erreurs humaines rarissimes mais graves.

    La Corée du Sud s’est également distinguée sur la période par l’émergence rapide d’outils d’IA dédiés à l’imagerie oculaire. En avril 2020, la start-up Vuno a obtenu l’autorisation de la KFDA (agence coréenne du médicament) pour son logiciel Med–Fundus AI, devenant ainsi la première IA ophtalmologique certifiée dans le pays. Capable d’analyser une photographie du fond d’œil en moins d’une seconde, le système identifie plus d’une douzaine de lésions oculaires caractéristiques, incluant microanévrismes, hémorragies, drusen, œdème maculaire ou encore indices de glaucome. Les performances affichées sont élevées, avec des sensibilités avoisinant les 95 % sur des jeux de données multi-centriques. Depuis son lancement, la solution a été déployée dans plusieurs hôpitaux publics et chaînes de centres ophtalmologiques en Corée, notamment via des caméras rétiniennes intégrées. En 2023, le gouvernement a classé Fundus AI comme « dispositif médical innovant », ouvrant la voie à un remboursement expérimental pendant trois ans, dans le cadre d’un dispositif national destiné à encourager les technologies médicales de rupture. Malgré une réglementation encore restrictive sur la télémédecine, la Corée du Sud a su imposer ses solutions d’IA comme outils d’appoint puissants pour renforcer les capacités de tri et de prévention en soins primaires, dans un pays où le vieillissement de la population accroît fortement la demande en soins visuels. Soutenues par l’État, les universités et les chaebols (conglomérats), ces innovations confirment l’ambition coréenne de devenir un hub exportateur d’IA médicale, y compris en ophtalmologie.

    Le tour du monde des initiatives pour le numérique en santé appliqué à l'ophtalmologie
    Le tour du monde des initiatives pour le numérique en santé appliqué à l’ophtalmologie
  • Nouvelle ère de l’oculome : Plus de 110 000 scans rétiniens révèlent des biomarqueurs précoces de démence

    MIRA et RETIPROGRAM : deux outils d’IA pour analyser le fond d’œil et prédire les risques visuels

    L’ophtalmologie recourt à l’IA pour repérer des anomalies visuelles dès leurs premiers stades. Les algorithmes analysent des images médicales de la rétine – tomographies (OCT), angiographies ou clichés détaillés – et détectent des signes de maladies spécifiquement oculaires ; comme la rétinopathie diabétique, la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ou encore le glaucome. Grâce au deep learning, des images simples de la rétine suffisent pour identifier des anomalies difficilement visibles à l’œil nu. Ce faisant, l’IA permet d’orienter vers des traitements adaptés : injections intravitréennes, séances de laser ou ajustements thérapeutiques. Dans le cas de la rétinopathie diabétique, ce repérage anticipé peut prévenir la perte de vision.

    Le projet européen Retina Read Risk (RRR) par exemple développe deux systèmes d’IA pour améliorer la détection précoce de la rétinopathie diabétique :

    • MIRA : analyse des images du fond d’œil grâce à des réseaux neuronaux convolutifs et classe la maladie en quatre niveaux de gravité. 
    • RETIPROGRAM : exploite des dossiers médicaux électroniques via la méthode random fuzzy forest (algorithme décisionnel) pour évaluer le risque de développer la maladie. 

    OphtAI : 80 % de sensibilité au diagnostic du glaucome modéré

    D’autres solutions comme l’algorithme d’IA OphtAI, testé au Centre Ophtalmologique Sorbonne Saint-Michel, a montré des performances intéressantes dans le diagnostic du glaucome primitif à angle ouvert (GPAO), avec une sensibilité de 80 % pour les stades modérés. Son efficacité reste limitée aux stades précoces, avec seulement 47 % de sensibilité, contre 66 % en moyenne et une spécificité de 76 %. L’étude, portant sur 227 yeux de 136 patients, souligne que si l’IA offre un appui au diagnostic, elle ne peut pour l’instant se substituer à l’évaluation multimodale d’un spécialiste (rétinographie, OCT, champ visuel). Contrairement à la rétinopathie diabétique où l’usage d’IA est validé, le glaucome reste difficile à détecter précocement par ce type de solution, ce qui en limite aujourd’hui l’intégration en pratique clinique courante.  

    L’œil comme fenêtre sur la santé globale

    Une étude internationale relie amincissement rétinien et 294 gènes associés aux maladies chroniques

    Les solutions d’IA liées à l’ophtalmologie permettent également de détecter d’autres maladies, en dehors du champ ophtalmologique. L’examen du fond d’œil en particulier révèle l’état vasculaire général du patient et peut mettre en évidence des signes précoces de maladies comme l’hypertension, l’Alzheimer, ou encore la polyarthrite rhumatoïde. 

    Une équipe internationale de chercheurs menée par l’Institut Walter et Eliza Hall (WEHI) en Australie a analysé plus de 50.000 images de rétines grâce à l’IA. Publiés dans Nature Communications, leurs travaux montrent que l’épaisseur rétinienne pourrait devenir un indicateur pour détecter précocement des maladies chroniques comme le diabète de type 2, la démence ou la sclérose en plaques. La rétine agirait ainsi comme une « fenêtre sur le cerveau ». Les chercheurs ont identifié un amincissement rétinien lié à 294 gènes, associé à l’évolution de pathologies neurologiques et métaboliques. Ces résultats s’inscrivent donc dans le champ émergent de l’oculomique, qui explore l’examen de l’œil comme méthode de dépistage non invasive. L’objectif à terme est d’intégrer l’analyse rétinienne aux examens médicaux de routine, à l’image des mammographies pour le cancer du sein. 

    90 % de performance : l’IA change la donne pour le dépistage de la rétinopathie diabétique

    Récemment, des modèles tels que DeepDR Plus (Nature Medicine, 2024) ont démontré leur capacité à prédire la progression de la rétinopathie jusqu’à cinq ans à l’avance. Parallèlement, des recherches menées en Chine et publiées dans npj Digital Medicine montrent que l’analyse d’images ultra grand-angle du fond d’œil permet aussi de dépister précocement la néphropathie diabétique, avec des performances supérieures aux approches classiques. L’IA explore également la détection de la neuropathie diabétique via l’imagerie cornéenne et l’évaluation du risque de complications cardiovasculaires et neurodégénératives. Si ces outils offrent des perspectives de dépistage individualisé et précoce, leur validation sur des populations plus diversifiées et en conditions de vie réelle reste indispensable avant une intégration en routine clinique.

    Analyse rétinienne automatisée : 70 à 80 % de précision dans la prédiction cardiaque

    Les progrès en imagerie ophtalmique, notamment l’OCT structurelle et l’OCT-angiographie 3D, permettent de détecter des altérations de l’ordre du micron, potentiellement associées à des biomarqueurs de maladie. Intégrées à des modèles d’IA, ces technologies permettent d’automatiser l’analyse et d’étendre le dépistage à des populations larges. 

    Une autre étude internationale publiée en janvier 2022 dans Nature Machine Intelligence montre qu’un système d’intelligence artificielle, développé par l’Université de Leeds et ses partenaires, peut analyser des scans rétiniens pour prédire le risque d’infarctus dans l’année avec une précision de 70 à 80 %. En utilisant des données de plus de 5 000 patients issues de la UK Biobank, l’algorithme estime la taille et la fonction du ventricule gauche à partir de l’examen du fond d’œil, offrant une méthode de dépistage complémentaire aux bilans cardiovasculaires classiques et potentiellement plus accessible.

    En moins de 20 secondes, CLAiR évalue les risques cardiovasculaires à partir de la rétine

    La startup Toku développe la plateforme CLAiR, un outil de dépistage basé sur l’analyse des vaisseaux sanguins rétiniens. Grâce à un algorithme, CLAiR évalue en moins de 20 secondes le risque de maladies cardiovasculaires, d’hypertension ou d’excès de cholestérol. La solution utilise les scanners rétiniens déjà présents en pharmacie ou chez les opticiens, sans nécessiter de modification matérielle ni de formation spécifique, ce qui facilite son déploiement dans les examens de routine. Son lancement est prévu fin 2025, avec l’objectif de rendre accessible le prescreening cardiovasculaire au plus près des usagers.

    Plus de 110 000 scans rétiniens révèlent des marqueurs précoces de la démence

    Des chercheurs de City St George’s, Université de Londres, et de l’Université d’Édimbourg mettent au point une intelligence artificielle capable d’analyser la rétine pour identifier précocement les signes de maladies neurodégénératives. Leur outil, baptisé Quartz, examine la structure des vaisseaux sanguins de l’œil — largeur, torsion, anomalies — pour établir un lien avec la santé cérébrale. En comparant ces données à des tests cognitifs réalisés sur plus de 63 000 patients, les chercheurs ont montré que certaines altérations vasculaires sont associées à une baisse des performances en mémoire, temps de réaction et intelligence. Ces résultats suggèrent que la rétine reflète des changements neurologiques subtils avant tout symptôme clinique.

    Cette méthode repose sur une simple photographie de la rétine et pourrait rendre le dépistage plus accessible et plus fréquent. Le projet NeurEYE, mené à Édimbourg, complète cette approche en exploitant l’apprentissage automatique sur près d’un million de scans pour créer un modèle prédictif à grande échelle. Cette stratégie permet non seulement de détecter les patients à risque, mais aussi de suivre l’évolution de la maladie dans le temps. L’équipe vise une intégration en pratique dès 2026, confiant aux opticiens un rôle dans la prévention des troubles neurodégénératifs. Au-delà du dépistage, NeurEYE pourrait accélérer la recherche en facilitant l’inclusion de patients à haut risque dans des essais cliniques et en permettant un suivi longitudinal des participants.

    Le dépistage systémique par IA oculaire confronté au manque de données harmonisées

    Une revue publiée par Huimin Li et al. (Diagnosing Systemic Disorders with AI Algorithms Based on Ocular Images, 2023) démontre également que l’IA appliquée aux images oculaires (fond d’œil, OCT, sclère) permet de prédire diverses maladies chroniques, dont les pathologies cardiovasculaires, neurodégénératives, rénales et hématologiques, avec des performances élevées (AUC souvent >0,8). Cette approche non invasive et peu coûteuse pourrait compléter certains dépistages traditionnels. Son adoption clinique reste freinée par l’opacité des modèles, le manque de données harmonisées, la prédominance d’études rétrospectives et la complexité des comorbidités. Les auteurs appellent à des protocoles standardisés, à l’intégration des données cliniques et à des validations prospectives multicentriques.

    L’étude pointe plusieurs freins :

    • L’opacité des algorithmes (effet « boîte noire ») qui limite leur interprétabilité en pratique clinique.
    • Le manque de données harmonisées et accessibles, conduisant à des prédictions biaisées selon les cohortes (ex. différences ethniques relevées entre bases asiatiques et européennes).
    • La rareté des études prospectives, la plupart des travaux étant rétrospectifs.
    • La complexité des comorbidités, qui introduisent des signaux confondants dans les images oculaires.

    Les auteurs recommandent de renforcer la collaboration interdisciplinaire, de standardiser la collecte et le partage des données, et d’intégrer les métadonnées cliniques aux images pour améliorer la précision. Les chercheurs insistent aussi sur la nécessité de validations prospectives et multicentriques avant toute intégration en routine clinique.

  • EDS en ophtalmologie : une réponse aux besoins de cohortes larges et structurées

    De 3 en 2017 à 100 en 2024 : les EDS se développent en France

    Un entrepôt de données de santé (EDS) est une infrastructure qui rassemble un large volume de données médicales provenant de différentes sources : établissements de soins, professionnels de santé, pharmacies ou encore patients eux‑mêmes. La finalité est de permettre la réutilisation de ces informations à des fins de pilotage de l’activité sanitaire (gestion, contrôle, évaluation) et de recherche et d’études scientifiques. Qu’ils soient mis en place par des acteurs publics — comme les hôpitaux — ou privés, ces dispositifs doivent obligatoirement respecter un cadre réglementaire (CNIL, RGPD, hébergement certifié HDS). Pour les soins, les EDS facilitent le suivi des parcours patients, l’évaluation en vie réelle des traitements, la détection de signaux de sécurité et l’émergence d’innovations diagnostiques et thérapeutiques.

    Depuis 2017, la dynamique autour des entrepôts de données de santé (EDS) s’est accélérée en France : 100 projets avaient été mis en œuvre ou étaient en cours de déploiement en 2024, portés par 88 acteurs différents selon une cartographie publiée par la CNIL.

    Cartographie des entrepôts de données de santé en France – CNIL

    Les EDS peuvent être généralistes ou spécialisés. Les établissements hospitaliers, en particulier les CHU, mettent souvent en place des EDS généralistes couvrant l’ensemble des spécialités médicales (dont l’ophtalmologie), afin de soutenir des recherches transversales. Parallèlement, certains services ou instituts développent des EDS thématiques centrés sur une aire thérapeutique précise. Ces derniers permettent de constituer des cohortes homogènes, d’affiner le suivi de pathologies spécifiques et de mener des études plus ciblées, comme SYNAPSE au CHU de Nice pour les tumeurs oculaires ou l’EDS de l’hôpital des 15-20 dédié à l’ophtalmologie.

    L’hôpital des 15-20 investit dans un EDS pour le phénotypage et le génotypage en ophtalmologie

    En 2022, l’hôpital national des quinze-vingts a donc mis en place un EDS dédié à l’ophtalmologie. L’initiative a pour objectif de structurer et exploiter, avec le soutien de l’IHU FOReSIGHT, un volume important de données cliniques pour renforcer la recherche. Chaque année, l’hôpital des 15-20 enregistrait plusieurs centaines de milliers de consultations, d’actes chirurgicaux et d’examens, constituant l’une des plus importantes bases de données ophtalmologiques en France. Face à l’hétérogénéité des pathologies oculaires et à la nécessité d’une évaluation clinique, l’établissement avait déployé un EDS de nouvelle génération.

    L’EDS doit permettre la constitution de larges cohortes de patients pour affiner le phénotypage et le génotypage, et de conduire des études sur des données collectées en vie réelle. Ces travaux développent des outils d’aide à la décision médicale améliorent les parcours de soins en ophtalmologie. Le projet a été confié au Dr Maxime Wack, médecin de santé publique spécialisé en recherche clinique, informatique médicale et data science. Passé par la Harvard Medical School et l’Hôpital Européen Georges Pompidou (AP-HP), il accompagne en parallèle la transformation numérique de l’hôpital et de l’IHU FOReSIGHT, en soutien aux projets de recherche et d’innovation.

    SYNAPSE : un entrepôt de données certifié HDS pour les pathologies oculaires rares

    Un autre Entrepôt de Données de Santé (EDS) baptisé SYNAPSE, mis en place par le Département d’Onco-Ophtalmologie Niçois en aout 2023, recueille des données médicales de patients atteints de tumeurs oculaires, avec l’objectif d’alimenter la recherche et d’améliorer la prise en charge.

    Les tumeurs oculaires, pathologies rares, incluent les tumeurs de la conjonctive, intraoculaires, palpébrales et orbitaires. Jusqu’à présent, la recherche reposait surtout sur des études rétrospectives, exposées à de nombreux biais. SYNAPSE vient répondre à ce besoin en collectant des données dès le suivi clinique des patients. Ces données, rendues non-nominatives, sont destinées à des recherches n’impliquant pas directement la personne humaine. Dans SYNAPSE, les informations incluent l’identification (date de naissance, genre, commune et département de naissance), les données cliniques et pathologiques tumorales, les antécédents, traitements, informations génétiques tumorales non constitutionnelles et données ethniques.
    Une analyse d’impact (AIPD) a été réalisée et l’hébergement est assuré par ITinSell Cloud, société française certifiée HDS.

    Parmi les études inscrites figurait l’analyse du microenvironnement tumoral du mélanome conjonctival. L’EDS SYNAPSE devait ainsi offrir une ressource précieuse pour mieux comprendre l’évolution de ces pathologies rares et améliorer la prise en charge des patients.

  • L’IA, la téléophtalmologie et les apps mobiles améliorent le parcours de soins en ophtalmologie (21700 publications récentes) : état de l’art, usages avérés et leviers d’adoption

    L’objectif du présent article est de faire le point à partir d’une revue de littérature sur les principales avancées technologiques en ophtalmologie, les usages validés par la recherche et les leviers favorisant leur adoption dans la pratique clinique.

    Cette synthèse s’appuie exclusivement sur des articles scientifiques récents issus de revues internationales telles que :

    • Surv Ophthalmol(Jin, Yu & Grzybowski, Zhejiang University et University of Warmia and Mazury),
    • Front Cell Dev Biol(Chen et Bai, Xuzhou Medical University, Nanjing Medical University),
    • Med Hypothesis Discov Innov Ophthalmol(Kazemzadeh, IVORC Academic Foundation),
    • Medicina (Kaunas)(Olawade et al., University of East London; Medway NHS Foundation Trust),
    • ainsi que sur des analyses bibliométriques par Peng et al. (West China Hospital, Sichuan University)
    • et des perspectives technologiques sur l’embodied AI en ophtalmologie (Qiu et al., The Hong Kong Polytechnic University).

    Cette approche permet de fournir une vue intégrée et contextualisée des innovations telles que l’intelligence artificielle (IA), la téléophtalmologie, les applications mobiles (mHealth), les objets connectés (IoMT) et les plateformes SaaS dans le cadre de cette spécialité.

    La prévalence des déficiences visuelles connaît une croissance rapide avec 1,1 milliard d’individus affectés en 2020 dont 43 millions de cas de cécité et 295 millions de déficiences modérées à sévères. Les projections pour 2050 font état d’une augmentation substantielle, en particulier dans les pays à revenus faibles et les populations vieillissantes, concentrant 80% des cas. Ce fardeau impacte significativement les systèmes de santé, la qualité de vie des patients et génère 410,7 milliards USD de pertes de productivité annuelles associées aux troubles visuels.

    Les innovations numériques représentent une réponse structurante face à la pénurie de personnels formés, la disparité géographique de l’accès aux soins et la nécessité de stratégies de détection et de suivi de masse.

    Principales innovations numériques en ophtalmologie

    21 700 publications en rapport avec l’IA et l’ophtalmologie

    L’IA s’impose comme un vecteur d’innovation en ophtalmologie. Sur la période 2020–2024, plus de 21 700 publications de 134 pays se sont penchées sur son application avec une forte concentration en Asie et Amérique du Nord. Les usages se structurent autour de cinq axes principaux :

    • Analyse et interprétation d’images : l’IA, et particulièrement les réseaux de neurones convolutifs (CNN), offrent des performances de diagnostic équivalentes ou supérieures à celles des experts pour la rétinopathie diabétique (AUC allant jusqu’à 99%), la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMAE), le glaucome et les pathologies du segment antérieur (détection du kératocône avec sensibilité de 98% et exactitude de 99,6%).
    • Fusion multimodale : les systèmes multimodaux intégrant OCT, photographies de fond d’œil et données cliniques surpassent les modèles unimodaux, avec un gain de 4–5% sur l’AUC et de 2–7% sur la précision.
    • Prédiagnostic des maladies neurodégénératives : l’analyse assistée par IA des images rétiniennes permet la détection précoce de modifications associées à des pathologies neurologiques (AUC de 0,73 à 0,91 pour Alzheimer, jusqu’à 0,92 pour Parkinson ; sensibilité 80–100% selon les études).
    • Personnalisation du traitement : les modèles prédictifs intégrant historiques médicaux, données génétiques et imagerie permettent d’optimiser les choix thérapeutiques et de réduire les complications post-chirurgicales.
    • Assistance chirurgicale et robotique : l’IA embarquée ou embodied AI réalise une fusion temps réel des données opératoires et assiste des tâches complexes, promettant une adaptation fine au contexte opératoire.

    Tableau 1 : Domaines d’application, technologies IA et métriques-clés

    Domaine Technologie IA Indicateur de performance Référence
    Rétinopathie diabétique CNN, EyeArt, IDx-DR Sensibilité > 90%, AUC jusqu’à 0,99
    DMAE DL sur OCT Exactitude équivalente experts
    Glaucome IA sur OCT et champs visuels Sensibilité/spécificité > 90%
    Kératocône IA sur topographie cornéenne Sensibilité 98%, Accuracy 99,6%
    Analyse prédictive Multimodal AI, ML AUC 0,81–0,99 selon maladie

    Téléophtalmologie augmente la couverture de dépistage à plus de 1000 cas/jour

    La téléophtalmologie optimise la répartition des ressources médicales et facilite le recours à des soins spécialisés à distance notamment grâce à des systèmes de capture d’images portables associés à des dispositifs d’IA opérant en local pour un pré-tri des patients. Les dispositifs validés montrent une capacité à augmenter la couverture de dépistage à plus de 1 000 cas/jour dans certains contextes, tout en maintenant des taux d’erreur compatibles avec la pratique clinique.

    Applications mobiles et objets connectés (mHealth, IoMT)

    Les applications mobiles permettent le suivi à distance des patients, l’automonitoring des pathologies chroniques (accuité visuelle, progression de la DMAE, diabète) et la transmission sécurisée des données au médecin référent. Les objets connectés, capteurs et dispositifs embarqués enrichissent l’offre de suivi ouvrant la voie à des parcours de soins hybrides.

    Plateformes SaaS et intégration des données

    L’intégration des solutions SaaS offre une gestion centralisée et standardisée des dossiers patients, tout en facilitant l’interopérabilité avec des outils d’IA et des dispositifs de télémédecine. Cette dimension garantit la continuité des soins, optimise l’analyse populationnelle et permet de soutenir la recherche clinique.

    Usages avérés et bénéfices cliniques

    Dépistage de masse et triage

    L’IA appliquée au dépistage de la rétinopathie diabétique, par exemple, permet d’atteindre un taux de réduction de 83% du temps d’analyse et de passer de 14 à 2 jours pour le cycle de dépistage, avec une sensibilité de 94,7% et une spécificité de 92,6%.

    Les programmes déployés au Royaume-Uni témoignent d’une réduction du coût par cas dépisté de 37,9% en fonction des volumes traités (>5 millions d’images/an).

    Suivi des maladies chroniques

    Les applications mobiles évaluées pour le suivi de la DMAE présentent une AUC de 0,799 à 0,969, supérieures aux méthodes traditionnelles.

    Les modèles AI dédiés à la surveillance du glaucome ou du diabète montrent une robustesse accrue pour l’anticipation des risques de progression (AUC variant de 0,778 à 0,832).

    Tableau 2 : Chiffres-clés sur les usages validés

    Usage Indicateur Valeur observée Référence
    Dépistage rétinopathie diabétique Adhésion patients +19 points (collaboration IA-clinicien)
    Réduction coûts par cas Coût -37,9% (>5M images/centre)
    Suivi DMAE (mobile app) AUC 0,799 – 0,969
    Surveillance glaucome AUC prédiktif 0,81 – 0,99

    Appui au diagnostic précoce des atteintes neurologiques

    L’IA appliquée à l’imagerie ophtalmique octroie une capacité non invasive de détection précoce de maladies neurodégénératives. Les modèles sur images de rétine atteignent une AUC jusqu’à 0,918 en Parkinson, et entre 0,73–0,91 pour la maladie d’Alzheimer, avec une sensibilité de 80–100% selon les études recensées.

    Freins, défis et leviers d’adoption des innovations numériques

    Enjeux techniques et éthiques

    Plusieurs articles soulignent des défis techniques majeurs : interopérabilité EHR, anonymisation, sécurité et protection des données, biais algorithmique, surveillance du déploiement longitudinal pour lutter contre la dérive de performance. Le manque de standardisation des formats de données et de qualité d’annotation limite la fiabilité des modèles et leur généralisation.

    Les enjeux éthiques – transparence, responsabilité, explicabilité des décisions de l’IA, équité d’accès – demeurent centraux. Les articles insistent sur l’importance d’une supervision humaine, d’un cadre réglementaire robuste (classification LASR pour la robotique, certification FDA/CE en fonction du niveau d’autonomie).

    Acceptabilité et formation

    L’adoption effective des innovations dépend de l’implication des professionnels – formation continue, plateformes d’e-learning évolutives, simulation réaliste grâce à la réalité augmentée/virtuelle et embodied AI pour l’apprentissage procédural. Le maintien de l’engagement et de la confiance des patients comme des praticiens repose sur l’intégration transparente des outils dans le parcours de soin, et le développement d’approches hybrides associant expertise humaine et apport algorithmique.

    Viabilité économique

    La viabilité des innovations requiert une optimisation des coûts, un suivi en temps réel de la rentabilité, l’adaptation des effectifs et la mise à jour régulière des systèmes d’IA. Les modèles économiques doivent s’ajuster au déploiement à grande échelle pour maintenir les gains d’efficience.

    Discussion – Consensus scientifique et perspectives

    L’ensemble des revues et analyses bibliométriques converge vers une structuration rapide et multidimensionnelle du champ des innovations numériques en ophtalmologie. L’IA, combinée à la télémédecine et aux objets connectés, permet un changement d’échelle des stratégies de dépistage, de suivi et de personnalisation des traitements.

    L’évaluation des usages réels confirme des bénéfices cliniques tangibles (augmentation des taux de détection précoce, optimisation des workflows, personnalisation accrue) tout en soulignant la nécessité d’une gouvernance éthique, d’une attention aux biais et d’une formation continue. Les recherches technologiques émergentes autour de l’embodied AI laissent entrevoir une robotique chirurgicale adaptative, une meilleure intégration de capteurs et une interaction homme-machine personnalisée.

    La dynamique internationale, portée notamment par la Chine, les États-Unis, Singapour et les grandes universités, témoigne d’un intérêt mondial et de collaborations structurantes mais appelle à renforcer la coordination et le partage de standards de qualité et de sécurité.

    Références :

    1. Jin, K., Yu, T., & Grzybowski, A. (2025). Multimodal artificial intelligence in ophthalmology: Applications, challenges, and future directions. Survey of Ophthalmology, S0039-6257(25)00120-1. https://doi.org/10.1016/j.survophthal.2025.07.003

    2. Chen, S., & Bai, W. (2025). Artificial intelligence technology in ophthalmology public health: current applications and future directions. Frontiers in Cell and Developmental Biology, 13, 1576465. https://doi.org/10.3389/fcell.2025.1576465

    3. Kazemzadeh, K. (2025). Artificial intelligence in ophthalmology: opportunities, challenges, and ethical considerations. Medical Hypothesis Discovery and Innovation in Ophthalmology, 14(1), 255-272. https://doi.org/10.51329/mehdiophthal1517

    4. Olawade, D.B., Weerasinghe, K., Mathugamage, M.D.D.E., Odetayo, A., Aderinto, N., Teke, J., & Boussios, S. (2025). Enhancing Ophthalmic Diagnosis and Treatment with Artificial Intelligence. Medicina (Kaunas), 61(3), 433. https://doi.org/10.3390/medicina61030433

    5. Khossravi, A.S., Chen, Q., & Adelman, R.A. (2025). Artificial intelligence in ophthalmology. Current Opinion in Ophthalmology, 36(1), 35-38. https://doi.org/10.1097/ICU.0000000000001111

    6. Tukur, H.N., Uwishema, O., Akbay, H., Sheikhah, D., Correia, I.F.S. (2025). AI-assisted ophthalmic imaging for early detection of neurodegenerative diseases. International Journal of Emergency Medicine, 18(1), 90. https://doi.org/10.1186/s12245-025-00870-y

    7. Qiu, Y., Chen, X., Wu, X., Li, Y., Xu, P., Jin, K., Shang, X., Chotcomwongse, P., He, M., & Shi, D. (2025). Embodied artificial intelligence in ophthalmology. NPJ Digital Medicine, 8, 351. https://doi.org/10.1038/s41746-025-01754-4

    8. Peng, B., Mu, J., Xu, F., Guo, W., Sun, C., & Fan, W. (2025). Artificial intelligence in ophthalmology: a bibliometric analysis of the 5-year trends in literature. Frontiers in Medicine (Lausanne), 12, 1580583. https://doi.org/10.3389/fmed.2025.1580583

     

  • Visionum et OdySight : 500 000 tests au service des 2,25 millions de patients attendus en 2030 (le TLE Novavue)

    • La DMLA touche 1,5 million de personnes en France, une prévalence qui pourrait augmenter de 50 % d’ici 2030 avec le vieillissement démographique.
    • Inscrit dans la stratégie nationale des Tiers-Lieux d’expérimentation, Novavue cible la basse vision (acuité visuelle < 3/10).
    • Plus de 800 professionnels spécialisés et 26 000 bénéficiaires ont été impliqués depuis le lancement.
    • OdySight, dispositif médical de Tilak Healthcare, permet un suivi visuel à domicile : 25 000 patients, 1 000 ophtalmologistes et près de 500 000 tests réalisés, avec 71 % de satisfaction.
    • L’essai clinique TIL002 (105 yeux, 58 patients, 18 mois, 3 centres) confirme la fiabilité d’OdySight, avec 82 % des tests présentant un écart ≤ 9 lettres par rapport à la méthode ETDRS.

    DMLA : 1,5 million de personnes touchées, une prévalence en hausse de 50 % avec le vieillissement de la population 

    La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) touche environ 8 % de la population française, avec une prévalence en augmentation après 50 ans : 1 % entre 50 et 55 ans, jusqu’à 30 % après 75 ans. Actuellement, plus de 1,5 million de personnes de plus de 65 ans présentent des signes, même mineurs, de la maladie. Avec le vieillissement démographique, cette population pourrait atteindre 2,25 millions d’ici 2030, soit une hausse de 50 % par rapport à aujourd’hui. 

    Le Tiers-Lieu Novavue mobilise 800 professionnels pour tester des solutions numériques dédiées à la basse vision 

    Coordonné par Streetlab, filiale de l’Institut de la Vision, le projet Novavue fédère cinq structures issues des secteurs hospitalier, mutualiste et associatif : le Centre Hospitalier National d’Ophtalmologie des Quinze-Vingts (CHNO), le groupe VYV3, l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild (HFAR), l’Association Valentin Haüy (AVH), ainsi que le Forum des Living Labs en Santé et en Autonomie (LLSA).  Inscrit dans la stratégie nationale des Tiers-Lieux d’expérimentation, Novavue offre un cadre collaboratif dans lequel solutions numériques et dispositifs médicaux sont testés en conditions réelles auprès des usagers. Le projet cible spécifiquement la basse vision, définie par une acuité visuelle inférieure à 3/10, et s’adresse aux patients malvoyants, à leurs aidants ainsi qu’aux professionnels de santé. Depuis son lancement, 800 professionnels spécialisés ont été mobilisés dans l’expérimentation de ces outils, au bénéfice de plus de 26 000 personnes. 

    Protocoles, co-conception, sensibilisation : la méthode Novavue pour tester l’innovation 

    Novavue propose un ensemble de services articulés autour de trois axes :

    • Le premier concerne l’aide méthodologique, avec un appui à la rédaction de protocoles expérimentaux, la réalisation de plans d’analyse statistique, l’accompagnement réglementaire (notamment CNIL, RIPH, RGPD), ou encore la préparation aux démarches Article 51 pour l’expérimentation par la Sécurité sociale.
    • Le second axe porte sur la co-conception et l’évaluation : définition des besoins utilisateurs, tests de faisabilité, ateliers de design thinking, constitution de panels, mobilisation de professionnels qualifiés, ou encore évaluation des impacts sur la qualité de prise en charge. 
    • Enfin, le troisième volet est centré sur la sensibilisation : ateliers d’initiation aux outils numériques testés, sensibilisation au handicap visuel et actions de rééducation. 

    Visionum et OdySight : deux solutions numériques en test pour améliorer le suivi des patients malvoyants 

    Dans le cadre de ce Tiers-Lieu d’expérimentation, deux projets numériques sont en cours de test pour améliorer le suivi et la prise en charge des patients malvoyants. Visionum, développé par Streetlab, propose un programme de rééducation orthoptique à distance, et OdySight, dispositif médical développé par Tilak Healthcare, qui permet le suivi à domicile de la vision chez les patients atteints de pathologies chroniques comme la DMLA.

    • Visionum : une application pour la rééducation orthoptique à distance 

    Le projet Visionum vise à améliorer la rééducation orthoptique des patients malvoyants.  L’application propose un programme personnalisé d’exercices à réaliser à domicile. L’expérimentation permet d’en mesurer l’acceptabilité, l’efficacité, et les impacts médico-économiques. 

    • OdySight : 500 000 tests visuels réalisés via l’application mobile de Tilak Healthcare (71% de satisfaction) 

    Ce dispositif médical, sous forme d’application mobile aussi, permet un suivi à distance des paramètres visuels de patients atteints de pathologies chroniques comme la DMLA. La solution renforcer la surveillance visuelle tout en gardant un lien avec le médecin. Novavue soutient l’expérimentation pour documenter les taux d’adoption et d’accessibilité, notamment auprès des publics âgés, en vue de favoriser sa prescription. 25 000 personnes ont bénéficié d’une prescription d’OdySight en France, avec 1 000 ophtalmologistes utilisateurs, et près de 500 000 tests visuels réalisés, 71 % des utilisateurs se déclarant satisfaits de l’expérience 

    Fiabilité pour OdySight : 89 yeux testés, 18 mois d’étude, 3 centres en France 

    Tilak Healthcare a publié en janvier 2024 les résultats de l’essai clinique TIL002, mené sur 58 patients et 105 yeux dans trois centres français sur une période de 18 mois, pour évaluer la fiabilité de l’application mobile OdySight. L’analyse, portant sur 89 yeux testés le même jour avec OdySight et la méthode standard ETDRS, montre une différence moyenne de 0,33 lettre entre les deux mesures, avec 82 % des tests OdySight présentant un écart inférieur ou égal à 9 lettres. 

    OdySight prolongée malgré l’avis défavorable de la HAS

    Plus de 20 000 téléchargements et une nouvelle prolongation de l’expérimentation

    En mars, la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (Cnedimts), relevant de la Haute Autorité de santé (HAS), a rendu un avis défavorable à la prise en charge d’OdySight dans le droit commun. Elle a estimé que son intérêt par rapport au suivi médical conventionnel n’était pas établi. L’avis concerne les patients adultes atteints de maculopathies chroniques compliquées d’une néovascularisation choroïdienne ou d’un œdème maculaire, nécessitant un traitement par injections intravitréennes ou par laser, ou susceptibles de développer ces complications. Début juillet, un arrêté publié au Journal officiel a prolongé de cinq mois l’expérimentation « article 51 » de télésurveillance en ophtalmologie utilisant l’application OdySight, malgré l’avis défavorable.

    Selon Tilak Healthcare, plus de 20 000 téléchargements ont été enregistrés depuis 2018, avec 1 000 nouveaux utilisateurs chaque mois. En mars dernier, la moitié des patients respectait la recommandation de la HAS consistant à réaliser un test hebdomadaire via l’application.

    Tiers-Lieu Novavue : mesurer l’utilisabilité, l’efficacité et l’impact médico-économique des innovations 

    Le Tiers-Lieu Novavue apporte donc un cadre d’expérimentation pour évaluer la solution en vie réelle, avec des indicateurs ciblés sur l’utilisabilité, l’acceptabilité (notamment pour Odysight qui vise une population âgée), l’efficacité clinique et l’impact médico-économique. Il permet également de mobiliser un réseau de professionnels spécialisés en basse vision et de recueillir des données pour affiner le programme de rééducation à distance. 

     

     

  • 16,1 millions de passages aux urgences en 2024 (en hausse de 1,9 %) : Argenteuil et Valenciennes expérimentent de nouveaux modèles d’organisation

    • Les urgences hospitalières ont enregistré 16,1 millions de passages en 2024, soit une hausse de 1,9 % par rapport à 2023, avec une augmentation marquée chez les plus de 75 ans (+5 %).
    • Selon la classification CCMU, 85 % des patients relèvent de cas non vitaux (niveaux 2 et 3) et seulement 2 % sont en situation critique (niveaux 4 et 5).
    • La durée de passage a augmenté : la moitié des patients ont passé plus de 3 heures aux urgences, contre 2 h 15 en 2013.
    • La densité médicale déclinante se traduit dans les usages : 21 % des patients déclarent être venus faute d’accès à un médecin traitant, contre 14 % dix ans plus tôt.
    • Les motifs principaux varient selon l’âge, mais la traumatologie reste dominante, suivie par les pathologies gastro-entérologiques et cardio-circulatoires.
    • Un modèle d’organisation modulaire a été mis en place à Argenteuil, combinant tri, réorientation ambulatoire, UHCD et coopération avec la médecine de ville ; à Valenciennes, une IA est utilisée pour estimer en temps réel les temps d’attente et prévoir l’activité jusqu’à cinq jours à l’avance, avec la possibilité d’anticiper les renforts en cas de pic prévisible.
    • La Cour des comptes alerte sur une désorganisation chronique des soins non programmés et appelle à refonder le pilotage des urgences via une meilleure régulation, des admissions directes et des outils de gestion en temps réel.

     

    📈Urgences hospitalières : +1,9 % de passages en 2024, avec une hausse marquée chez les plus de 75 ans

    85 % des cas relèvent d’affections non vitales selon la classification CCMU

    Les urgences hospitalières ont accueilli 16,1 millions de patients en 2024, soit une augmentation de 1,9 % par rapport à 2023, selon les données de la FEDORU. Cette croissance confirme une tendance déjà observée ces dernières années, dans un contexte où l’accès aux soins de premier recours reste difficile. L’organisation des soins, malgré certaines réformes, n’a pas suffi à contenir la hausse de fréquentation. Les personnes âgées de 75 ans et plus, dont le nombre de passages a augmenté de 5 %, concentrent une part élevée de l’activité des services. Les enfants représentent 24,7 % des passages, avec une hausse modérée (+0,8 %).

    @ Health & Tech Intelligence

    L’évaluation de la gravité via la Classification Clinique des Malades aux Urgences (CCMU) indique que seuls 2 % des patients étaient en situation de pronostic vital engagé (niveaux CCMU 4 et 5). 85 % relevaient des niveaux CCMU 2 et 3, c’est-à-dire des cas bénins à modérément graves nécessitant une évaluation ou un acte médical. Chez les patients de plus de 75 ans, les cas graves (CCMU 4 et 5) atteignent 4 % des passages, contre 2 % tous âges confondus.

    🕐Durée de passage aux urgences : plus de 3 heures pour la moitié des patients en 2023, contre 2 h 15 en 2013

    L’attente reste un indicateur critique. Selon une étude publiée en mars 2025 par la DREES, la moitié des patients pris en charge aux urgences lors d’une journée d’enquête en juin 2023 y sont restés plus de 3 heures, contre 2 h 15 en 2013. Cette hausse touche l’ensemble des profils de patients et des parcours, y compris ceux qui, en majorité (80 %), rentrent à domicile après leur passage. Parmi ces derniers, la durée médiane est passée de 1 h 50 à 2 h 30. Pour les patients hospitalisés sans passage préalable en unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD), elle atteint désormais 5 h 20 contre 3 h 55 en 2013. Ceux passés en UHCD sans hospitalisation ultérieure y ont passé en moyenne près de 15 heures.

    Les patients restent plus longtemps s’ils sont âgés ou pris en charge dans des services de taille importante

    Les durées de passage sont corrélées à la taille des services : moins de 2 heures dans les petits points d’accueil (moins de 40 patients en 24 h), contre 3 h 50 dans les plus fréquentés (plus de 120 passages). L’âge influence fortement le temps passé aux urgences. En 2023, 36 % des patients de 75 ans ou plus y restent plus de 8 heures, contre 24 % en 2013. Cette population, plus sujette à des investigations médicales complexes et à des hospitalisations, est également touchée par la pénurie de lits d’aval.

    La baisse de la densité de médecins généralistes se reflète aux urgences : 1 patient sur 5 s’y rend faute d’accès à un médecin traitant en 2023

    21 % des patients déclarent être venus aux urgences faute d’avoir pu consulter un médecin. En 2013, ils étaient 14 %. Cette évolution coïncide avec la baisse de la densité de médecins généralistes sur la période. Près de 16 % des personnes se sont rendues aux urgences sur recommandation du Samu-SAS, soit plus du double qu’en 2013. L’appel au 15, désormais encouragé avant tout déplacement, semble porter ses effets. Néanmoins, 53 % des patients viennent toujours de leur propre initiative ou sur conseil d’un proche.

    Trois motifs dominants selon l’âge

    Les principales causes de recours sont la traumatologie (un tiers des passages), suivie des pathologies gastro-entérologiques et cardio-circulatoires (10 % chacune). Chez les enfants de moins de 5 ans, les pathologies sont variées. La traumatologie devient dominante de 5 à 14 ans. Chez les plus de 75 ans, les passages sont davantage motivés par des pathologies générales, cardio-circulatoires ou respiratoires.

    @Health & Tech Intelligence

    🏥Vers des organisations modulaires pour adapter les flux : le cas d’Argenteuil

    Certains établissements testent des services d’urgence modulaires, structurés selon la gravité des cas et les types de prise en charge : accueil et orientation (IAO), fast-track pour les cas bénins, médecine d’urgence générale, réanimation, secteur de déchoquage, unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD). Ce modèle améliore l’orientation dès l’arrivée, optimise les ressources humaines et réduit les temps d’attente.

    Avec 110 000 passages par an, les urgences de l’hôpital d’Argenteuil ont mis en place un protocole de tri dès l’entrée, avec des orientations vers différents circuits selon la gravité des symptômes. Résultat : seuls cinq patients par jour nécessitent une prise en charge vitale, tandis qu’une centaine relèveraient de la médecine de ville. Pour gérer ces patients non urgents, des généralistes accueillent dans des structures préfabriquées attenantes. Ce circuit ambulatoire permet de réduire les délais pour tous. L’équipe a aussi déployé 28 lits de médecine pour les patients âgés aux pathologies non graves mais nécessitant une sortie hospitalière coordonnée, souvent vers des structures médico-sociales. Environ 70 % de ces patients ne restent pas à l’hôpital.

    Ce modèle, qui allie tri, réorientation, et coopération entre médecine hospitalière et de ville, ne masque pas les tensions RH. Argenteuil compte 250 agents (brancardiers, aides-soignants, infirmiers) avec un turnover important. La province attire plus que l’Île-de-France. Les services font aussi face à des comportements agressifs récurrents, source de fatigue pour les soignants. Même situation chez les médecins, dont le départ entraîne des ruptures de continuité des soins. À Langres, faute de lits disponibles, le garage du SMUR a été réaménagé en zone d’attente digne, avec lits et chauffage. Les patients restent parfois jusqu’à 72 heures aux urgences, en attente d’une hospitalisation.

    Des territoires qui expérimentent : maisons de santé et coopération

    Dans plusieurs départements comme la Mayenne ou la Haute-Marne, des initiatives territoriales permettent de compenser partiellement les défaillances du système. Maisons de santé pluridisciplinaires, assistants médicaux, télémédecine, gardes partagées… Les élus et les médecins rappellent que ces dynamiques doivent être consolidées et dupliquées. À Langres, par exemple, un système de garde libérale fonctionne tous les week-ends, avec des médecins sur place. Le lien entre médecine de ville, hôpital public et cliniques privées est mis en avant comme une solution fonctionnelle dans certains pôles de santé intégrés. Mais cette coopération reste inégale selon les territoires.

    📜Pacte de refondation des urgences : un plan global pour réorganiser l’accès aux soins

    Le Pacte de refondation des urgences, lancé après les alertes des professionnels en 2019, avait identifié plusieurs leviers : le calcul du besoin journalier en lits (BJML), la régulation en amont via le 15, la réorganisation des flux entre soins programmés et non programmés, ou encore la sortie rapide vers des structures médico-sociales. Mais les professionnels estiment que ces solutions sont restées sans suite, ou appliquées de manière inégale. Une étude internationale, intitulée No Bed Night, a démontré une surmortalité de 40 % chez les patients passés la nuit sur un brancard, chiffre qui double pour les patients les plus fragiles. Le Premier ministre Gabriel Attal a réaffirmé que « l’hôpital est en haut de la pile », promettant 32 milliards d’euros d’investissements supplémentaires sur cinq ans. Mais le secteur reste sceptique : les réformes annoncées en 2022 par François Braun, ex-président du Samu, n’ont pas été suivies d’effets structurels.

    Plus précisément, le Pacte de refondation des urgences, présenté en septembre 2019, prévoit plus de 750 millions d’euros d’investissements jusqu’en 2022 pour désengorger les urgences hospitalières et améliorer l’accès aux soins non programmés. Il repose sur douze mesures articulées autour de trois axes : proposer des alternatives en ville (création d’un service d’accès aux soins – SAS –, renforcement des consultations sans rendez-vous, développement des CPTS), améliorer l’organisation et les conditions de travail à l’hôpital (reconnaissance salariale, protocoles de coopération, pratique avancée, réforme du financement), et fluidifier l’aval des urgences (meilleure gestion des lits, coordination territoriale, solutions d’hébergement post-urgence). Le plan vise à réorienter les patients vers des prises en charge adaptées tout en soutenant les professionnels, dans le cadre de la stratégie Ma Santé 2022.

    🏛️Recours inapproprié, délais, brancards : la Cour des comptes déplore une désorganisation chronique des soins non programmés

    En novembre 2024, la Cour des comptes alerte dans un rapport récent sur l’état critique des services d’urgences hospitalières en France. Sollicitée par la présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, elle dresse un diagnostic inquiétant: des services sur-sollicités, en tension permanente, victimes d’un recours excessif pour des cas peu graves. La hausse tendancielle s’explique par la démographie vieillissante, le manque d’alternatives en ville et une désorganisation des soins non programmés. Les conséquences sont immédiates : délais de prise en charge rallongés, patients sur brancards pendant des heures, fermetures temporaires de services. Pour la Cour, ces dysfonctionnements affectent directement la qualité du service rendu, voire la sécurité des patients. Le rapport souligne que plus de 70 % des passages ne sont pas justifiés par des situations d’urgence réelle, mais s’expliquent par l’indisponibilité des médecins généralistes, notamment en dehors des heures ouvrables.

    Une pénurie de personnel critique

    Le manque de médecins urgentistes et de soignants pèse sur l’ensemble du dispositif. Les hôpitaux peinent à recruter et fidéliser leurs équipes, ce qui conduit à des fermetures ponctuelles ou des restrictions d’accueil. La Cour appelle à mieux mutualiser les effectifs entre établissements, et à organiser une gestion régionale des lits pour éviter les engorgements. Les infrastructures sont également pointées du doigt : inadaptées ou vieillissantes, elles peinent à absorber l’augmentation des flux. Des efforts de rénovation ont été engagés, mais restent limités au regard des besoins.

    Pour enrayer la crise, la Cour formule plusieurs recommandations articulées autour de trois priorités :

    • Réguler les urgences et renforcer les soins de ville : La Cour préconise le développement des Services d’accès aux soins (SAS) pour mieux gérer les soins non programmés. Objectif : détourner les patients des urgences lorsqu’une prise en charge en ville est possible, et mieux orienter selon la gravité.
    • Organiser les admissions directes : Autre proposition,  faciliter l’admission directe à l’hôpital pour certains patients fragiles, notamment les personnes âgées, sans passage préalable par les urgences. Cette mesure suppose une coordination accrue entre hôpital et médecine de ville.
    • Moderniser les outils de pilotage : La Cour recommande la création d’un tableau de bord national, recensant en temps réel les capacités disponibles (lits, personnel). Cette gestion dynamique des ressources permettrait d’anticiper les tensions et de fluidifier les parcours.

    Former, mieux répartir et mieux informer : la Cour des comptes appelle à une refonte du pilotage territorial et de la formation des soignants

    Le rapport souligne également la nécessité de renforcer la formation des médecins urgentistes et des personnels soignants, afin de remédier à la crise des vocations. Des conditions de travail revalorisées, associées à une meilleure répartition territoriale des effectifs, sont jugées indispensables pour éviter les fermetures répétées de services. Enfin, la Cour recommande d’améliorer l’information à destination du public sur l’offre de soins disponible : temps d’attente aux urgences, structures alternatives, qualité de service. Une communication régulière pourrait contribuer à limiter les passages non justifiés, tout en recentrant les urgences sur leur mission première.

    La Cour des comptes appelle à une refonte globale du pilotage des urgences, reposant sur une coordination renforcée à l’échelle des territoires, une meilleure anticipation des ressources, et un partage d’information efficace entre tous les acteurs. La mise en œuvre de ces recommandations suppose un engagement soutenu des pouvoirs publics, des hôpitaux, des professionnels de ville et des agences régionales de santé. À défaut, la pression sur les urgences hospitalières continuera de s’accroître.

    🤖l’IA en appui du triage et du prédiagnostic à partir des données

    L’usage de l’intelligence artificielle aux urgences ouvre des perspectives pour renforcer les outils existants de triage, comme la CCMU, en apportant une aide au prédiagnostic et à l’orientation des patients. En s’appuyant sur les données issues des Résumés de Passage aux Urgences (RPU), collectées par la FEDORU, ces technologies pourraient contribuer à fiabiliser les décisions cliniques, optimiser la gestion des flux et soutenir les professionnels dans un contexte de forte sollicitation.

    Le cas du CHU de Valenciennes :  l’IA prédit jusqu’à 5 jours d’activité aux urgences

    À l’entrée des urgences du centre hospitalier de Valenciennes (CHV), un écran affiche depuis quelques semaines le temps d’attente estimé avant la prise en charge. Alimenté par une intelligence artificielle, cet outil informe les accompagnants dès leur arrivée : le temps peut aller de moins d’une heure à plus de six, selon l’affluence. Cette estimation permet aux visiteurs d’anticiper leur attente, voire de quitter temporairement les lieux. Au-delà de l’information immédiate, le système basé sur l’IA analyse les données pour prédire l’évolution de l’activité hospitalière jusqu’à cinq jours à l’avance. Lorsqu’une hausse de fréquentation de plus de 20 % est détectée – par exemple un passage de 210 à 240 patients quotidiens –, la direction peut déclencher des renforts. L’appel à un médecin supplémentaire se fait alors sur la base du volontariat, avec un délai d’anticipation maximal de 48 heures.

    Un récent AMI pour expérimenter l’IA dans les SAMU et services hospitaliers

    Dans le cadre de sa stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle et de données de santé, la direction générale de l’offre de soins (DGOS), accompagnée par l’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (Anap), avait lancé en juillet 2025 un appel à manifestation d’intérêt (AMI) destiné à expérimenter des usages ciblés de l’IA dans les services d’urgence hospitaliers et les centres 15.

    • Premier axe testé : la retranscription automatique des appels reçus par les centres 15. L’objectif est d’améliorer la qualité des dossiers de régulation médicale, d’en renforcer la traçabilité, tout en facilitant le travail des assistants de régulation médicale (ARM) et des médecins. Ce recours à l’IA vise aussi un gain de temps sur les tâches de documentation, pour recentrer les équipes sur l’analyse clinique.
    • Deuxième cas d’usage prévu : l’aide au triage des patients à leur arrivée aux urgences. En mobilisant des données objectivées, les solutions IA devront soutenir la décision des professionnels soignants et médicaux. Il s’agit d’optimiser l’orientation des patients, avec des algorithmes capables d’analyser rapidement les signes cliniques et les antécédents disponibles.
    • Troisième expérimentation soutenue par l’AMI : l’utilisation de l’IA pour estimer en temps réel les durées d’attente et anticiper les flux de patients. L’enjeu est d’ajuster la mobilisation des ressources humaines et logistiques, et de faciliter les parcours en réduisant les engorgements dans les services.

    Un financement total de 4 millions d’euros est prévu pour l’ensemble des projets retenus, afin de couvrir les coûts liés à l’expérimentation (acquisition de matériel, intégration technologique, formation, etc.).

  • Un test prédictif pour éviter une escalade thérapeutique inutile chez 20 % des patientes à haut risque de cancer du sein ER+/HER2–

    Sur 6 164 patientes, un outil classe 20 % des cas à haut risque

    Une équipe dirigée par François-Clément Bidard (Institut Curie) a mis au point un algorithme pronostique intégrant données cliniques et pathologiques classiques à des caractéristiques morphologiques extraites automatiquement de lames histologiques numérisées. Développé à partir de 6 164 dossiers de patientes atteintes de cancer du sein précoce ER+/HER2–, l’algorithme distingue deux groupes : “faible risque” et “non faible risque” de rechute à distance. L’objectif : éviter à certaines patientes considérées à haut risque selon les critères actuels une escalade thérapeutique potentiellement inutile.

    L’outil a été validé de manière indépendante sur deux cohortes de patientes à haut risque ne recevant pas d’inhibiteurs de CDK4/6 : CANTO (n = 402) et UNIRAD (n = 231). L’algorithme a identifié environ 20 % des patientes comme étant à faible risque de rechute malgré des caractéristiques initialement défavorables (tumeur de grade 3, ≥4 ganglions atteints, taille ≥50 mm ou Ki-67 ≥20 %). Dans cette population, le taux de survie sans rechute à distance à 9 ans atteignait 95,4 %, contre 76,8 % dans le groupe “non faible risque”.

    Un algorithme combinant 4 critères cliniques et 10 histologiques atteint 96 % de concordance entre échantillons

    L’algorithme intègre 14 variables : 4 clinico-pathologiques (taille tumorale, grade, nombre de ganglions atteints, pourcentage de cellules PR+) et 10 issues de l’analyse d’image (architecture tumorale, microenvironnement, prolifération). Il dépasse les performances des modèles utilisant uniquement les données cliniques ou histologiques, avec un hazard ratio de 0,21 pour la survie sans rechute à distance (p < 0,001). Les analyses multivariées confirment que ce score apporte une information pronostique indépendante des critères usuels. L’algorithme a montré une robustesse technique élevée, avec plus de 96 % de concordance inter-échantillons et inter-scanners.

    Actuellement, les recommandations internationales suggèrent l’ajout d’un inhibiteur de CDK4/6 chez les patientes présentant des facteurs de haut risque. Ce test permettrait de cibler plus finement les candidates à ces traitements onéreux et potentiellement toxiques. Selon les auteurs, son usage pourrait s’apparenter à celui des signatures génomiques dans les essais TAILORx ou RxPONDER, qui ont permis d’éviter une chimiothérapie chez certaines patientes à risque intermédiaire.

    Le test exclut les tumeurs >5 cm ou ≥10 ganglions, mais reste applicable à 74 % des cas à haut risque

    Le test n’identifie toutefois pas de sous-groupe à faible risque parmi les patientes avec tumeur >5 cm ou plus de 10 ganglions atteints. Son application reste donc limitée à un sous-ensemble des patientes à haut risque. Basé sur des lames histologiques H&E standards et des données cliniques de routine, cet outil se prête à une intégration rapide en pratique hospitalière. Il pourrait être proposé en complément des décisions multidisciplinaires pour affiner les indications thérapeutiques et limiter la surmédicalisation.

    Le développement a été soutenu notamment par l’Institut Curie, le ministère de la Santé, Unicancer et plusieurs partenaires industriels (Spotlight Medical, Novartis, etc.). Les auteurs suggèrent que des essais prospectifs seront nécessaires pour confirmer la valeur clinique du test dans la prise de décision thérapeutique.

    Bidard F-C, Gessain G, Bachelot T, Frechin L, Vincent-Salomon A, Drubay D, Lemonnier J, et al.
    Identifying Patients With Low Relapse Rate Despite High-Risk Estrogen Receptor–Positive/Human Epidermal Growth Factor Receptor 2–Negative Early Breast Cancer: Development and Validation of a Clinicopathologic Assay | Journal of Clinical Oncology  2025;43(XX):JCO-25-00742. doi: 10.1200/JCO-25-00742

  • Commande publique : seuls 30 % des acheteurs formés à l’achat responsable dans la santé (rapport OCDE)

    Achats durables : un retard dans l’intégration des critères environnementaux à l’hôpital

    Le rapport de l’OCDE intitulé « Promouvoir les marchés publics stratégiques et écologiques en France : Professionnaliser la fonction achats de l’État » analyse la capacité des acheteurs publics à intégrer des critères environnementaux à chaque étape du cycle d’achat. L’organisation y rappelle le poids économique des marchés publics – près de 8 % du PIB et plus d’un quart des dépenses publiques – et examine leur rôle dans la mise en œuvre des obligations prévues par la loi Climat et résilience (2021) et le Plan national pour des achats durables 2022-2025.

    En 2023, 54,7 % des marchés publics de l’État comprenaient une dimension environnementale, contre 21 % en 2022. Mais cette progression reste fragile : elle ne garantit pas que les segments les plus émetteurs, comme les achats hospitaliers, soient ciblés de manière prioritaire.

    Des critères environnementaux encore peu pris en compte dans les achats publics : l’OCDE souligne les freins dans le secteur de la santé

    Cycle de vie, connaissance des marchés, segments d’achat …

    Le rapport de l’OCDE souligne plusieurs difficultés spécifiques : manque d’outils de calcul du cycle de vie, connaissance insuffisante des capacités du marché, ou encore difficulté d’intégrer les considérations environnementales dans certains segments d’achat comme les prestations intellectuelles ou certains achats hospitaliers. Dans le secteur de la santé, les acheteurs peinent à intégrer ces exigences dans toutes les étapes du cycle d’achat – définition des besoins, rédaction des appels d’offres, attribution et suivi de l’exécution. La formation reste un levier sous-exploité : seuls 30 % des acheteurs interrogés ont suivi une formation sur les achats responsables au cours des deux dernières années. La dispersion territoriale des acteurs hospitaliers complique également l’accès aux formations et ressources.

    Recommandations pour verdir les achats hospitaliers

    Pour accélérer l’intégration des critères environnementaux dans les achats hospitaliers, l’OCDE recommande de structurer un appui plus ciblé à destination des acheteurs du secteur santé, en tenant compte de leurs contraintes propres (temps, ressources, complexité technique des produits). L’OCDE invite la France à s’inspirer d’initiatives internationales, comme les stratégies ciblées aux Pays-Bas ou les centres d’aide en Belgique, pour accompagner les acheteurs du secteur santé dans cette transition.

    • Déployer des modules de formation courts, contextualisés pour les achats hospitaliers, en binôme acheteur-prescripteur
      La diversité des achats dans le secteur hospitalier – équipements biomédicaux, dispositifs médicaux à usage unique, services externalisés – nécessite des formations spécifiques, courtes, accessibles et orientées vers les cas d’usage. L’OCDE préconise de privilégier un format en binôme acheteur-prescripteur, afin d’assurer une appropriation conjointe des enjeux environnementaux et une meilleure articulation entre définition du besoin et rédaction des marchés.
    • Centraliser les ressources méthodologiques dans un guichet unique d’information
      Les outils existants sont dispersés et parfois méconnus des acteurs hospitaliers. Le rapport souligne l’intérêt de regrouper l’ensemble des guides, référentiels, modèles de clauses et retours d’expérience au sein d’une plateforme nationale accessible, en lien avec le Commissariat général au développement durable (CGDD). Ce guichet unique doit offrir une entrée simplifiée pour les acheteurs hospitaliers et faciliter la mise à jour régulière des ressources disponibles.
    • Développer des outils de calcul spécifiques au secteur santé
      Les acheteurs signalent un manque d’outils adaptés pour évaluer l’impact environnemental des biens et services médicaux. L’OCDE propose la mise à disposition de calculateurs prenant en compte le coût du cycle de vie, l’empreinte carbone ou les déchets générés, adaptés aux équipements hospitaliers ou aux consommables. Ces outils doivent être simples à prendre en main et compatibles avec les contraintes budgétaires et réglementaires propres aux établissements de santé.
    • Mobiliser les référents achats responsables dans les établissements de santé
      Le rapport recommande d’élargir le rôle des référents achats responsables au sein des établissements. Ces agents pourraient devenir des points de contact pour les équipes achats, assurer une veille réglementaire, relayer les bonnes pratiques et coordonner les retours d’expérience sur les démarches d’achats durables. Leur ancrage opérationnel permettrait un accompagnement de proximité, mieux adapté aux réalités de terrain.
    • Inclure les fonctions achat hospitalières dans les campagnes de sensibilisation nationales
      Enfin, l’OCDE souligne la nécessité de ne pas cantonner la communication sur les achats durables aux administrations centrales. Les établissements de santé doivent être pleinement intégrés aux campagnes nationales, avec des messages ciblés et des actions dédiées. Cette visibilité est jugée essentielle pour renforcer l’attractivité de la fonction achat hospitalière et valoriser les démarches déjà engagées sur le terrain.

     

     

    Examens de l’OCDE sur la gouvernance publique – Promouvoir les marchés publics stratégiques et écologiques en France – Professionnaliser la fonction achats de l’État