Réputé pour sa fiabilité et son positionnement stratégique, Singapour est en Asie du Sud l’un des marchés leaders en e-santé. Il est cependant essentiel pour les acteurs du secteur d’observer de près les pays émergents de la région, Indonésie et Thaïlande en tête.
Quatre key players révèlent à H&TI quels sont d’après eux les marchés les plus prometteurs de la zone Pacifique.
1. L’Indonésie : un pays attractif pour les start-up.
2. La Thaïlande et l’intérêt du tourisme médical.
3. Le Vietnam : un marché trop souvent négligé ?
L’Indonésie : un marché qui attire les investisseurs privés
L’investisseur singapourien Eddy Lee voyage beaucoup en Asie-Pacifique (APAC) pour soutenir les entrepreneurs repérés par Coffee Ventures, sa société de capital-risque. Il accorde une attention particulière à l’Indonésie. « D’ici trois à cinq ans, je pense que la santé numérique va complètement transformer la gestion à distance des patients atteints de maladies chroniques dans l’archipel indonésien (plus de 13 000 îles) en raison de l’émergence d’une jeune classe moyenne, ultra connectée aux réseaux sociaux. On devrait observer un développement de produits à prix abordables, qui pourront être proposés aux revenus les plus bas, soit près de 4 millions de personnes dans le pays.»
Un marché qui progresse doucement
Le marché de la santé numérique « est en plein essor en Indonésie », acquiesce Amel Mokrani, Account Manager Asia chez Capsule, un filiale de Qualcomm qui fournit de systèmes d’information et de dispositifs médicaux.
Elle admet que le pays est encore à la traîne – « ça fait des années qu’on croit que l’Indonésie va se faire une place sur le marché » – mais reconnaît qu’il a « de nombreux atouts » et qu’il est intéressant pour les investisseurs de miser sur ce territoire. « Des ingénieurs expérimentés issus de grandes institutions de santé, des start-up mais aussi de grandes entreprises ont investi dans le pays. »
La Thaïlande : le tourisme médical encourage les innovations
De son côté, le Dr. Kevin Yap, maître de conférence expert en cyber-pharmacie, cite la Thaïlande, un marché à surveiller en raison de l’importance du tourisme médical. «Ils sont en train d’exploiter très sérieusement le potentiel du digital dans ce secteur, conscients que leur système de santé pourrait attirer plus d’étrangers dans les années à venir. » Le pays a effectivement accueilli en 2015 plus de 29,5 millions de touristes, contre 24,8 millions en 2014, a déclaré en décembre 2015 la ministre thaïlandaise du Tourisme et des Sports Kobkarn Wattanavrangkul (AFP). L’objectif du gouvernement est de faire grimper ce chiffre à 32 millions en 2016.
« Le tourisme médical peut effectivement aider au développement de l’e-santé, soutient Mme Mokrani. De plus, le gouvernement a également fortement investi dans les systèmes d’information de santé. » Pour Capsule, pas de doute, « il faut être présent sur ce marché ».
La barrière de la langue enfin franchie
La société, basée en Asie, a vu le pays évoluer. « Il y a quelques années, la langue était un vrai obstacle pour les entreprises étrangères car l’alphabet utilisé par les Thaïlandais est complètement différent du nôtre. Mais le marché s’est adapté. Les cliniciens sont de plus en plus nombreux à apprendre l’anglais et les programmes en anglais sont aujourd’hui acceptés. »
Des dispositifs médicaux pour pallier la pénurie de soignants
Le groupe y voit par ailleurs un intérêt plus personnel. « La Thaïlande souffre d’une pénurie de soignants. L’intégration de dispositifs médicaux (la spécialité de Capsule) pourrait aider les équipes médicales à économiser du temps et à réduire le risque d’erreurs manuelles de retranscription. Pour les entreprises telles que Capsule, c’est un marché à fort potentiel. »
La Malaisie, les Philippines et le Vietnam : les nouveaux marchés émergents
« Si vous vous intéressez aux marchés sur lesquels des solutions en e-santé sont disponibles, je vous conseillerais de regarder du côté de Singapour, de la Thaïlande et de la Malaisie. Si vous vous intéressez aux solutions pour offrir un meilleur accès aux soins de santé, notamment à la classe moyenne, je vous dirais plutôt de regarder vers l’Indonésie mais aussi les Philippines et le Vietnam », analyse Hareesh Nair, directeur de Quadria Capital, l’une des principales sociétés de capital-investissement dans le domaine de la santé en Asie du Sud et du Sud-Est.
Le Vietnam : miser sur les nouvelles technologies pour gagner la confiance des patients
Il porte une attention particulière au Vietnam, en plein développement. « Le pays dépense facilement entre 2 et 3 milliards de dollars chaque années dans le tourisme médical. La population ne peut cependant par encore avoir accès à des diagnostics de haute qualité et ne peut pas faire complètement confiance aux médecins vietnamiens. C’est pour ça que la plupart des patients recherchent des soins de haute qualité ailleurs. »
Il y a donc un potentiel intéressant sur ce marché, précise l’homme d’affaires. « La question est de savoir comment leur fournir des soins de haute qualité à l’intérieur du pays. Si des entreprises disposent des technologies suffisantes, elles pourraient éventuellement rendre possible le diagnostic à distance, à l’extérieur du Vietnam. Le résultat gagne en crédibilité lorsqu’il est établi ou confirmé par des médecins étrangers. »
M. Nair en est convaincu, les nouvelles technologies pourraient aider la population à avoir davantage confiance en leur système médical. « La plupart des patients dans les pays comme le Vietnam pensent qu’ils peuvent se contenter de médicaments pour guérir. Dès qu’on leur parle de traitements lourds, d’implants ou d’opérations, ils ont peur. Cette méfiance contribue au manque d’expérience des médecins en ce qui concerne ce genre d’interventions. Ce problème doit être résolu à court ou à moyen terme pour améliorer le niveau du système de santé local. »
M. Nair pense que des sociétés privés pourraient, en lien avec le gouvernement, tenter de développer des produits pour faire connaître aux patients ces nouveaux dispositifs et les rendre accessibles à moindre coût.