Le patient au cœur du système
Dans le paysage de l’intelligence artificielle (IA) appliquée à la radiologie, le patient représente le point d’ancrage autour duquel se structurent tous les flux. Il reçoit les examens, l’interprétation médicale et les outils d’aide au diagnostic, mais c’est également à travers lui que se jouent les enjeux de consentement, de représentation et de confiance. L’ensemble de l’écosystème – des institutions aux sociétés savantes, en passant par les CHU, réseaux d’imagerie et start-ups – vise une finalité unique : améliorer la qualité des soins tout en garantissant la protection et la valeur des données de santé.
Un cadre institutionnel qui structure et irrigue tout l’écosystème :
Les institutions nationales assurent un rôle de garanties. La Haute autorité de santé (HAS) élabore des recommandations pour évaluer les systèmes d’IA, tandis que l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) surveille la conformité et la sécurité des dispositifs médicaux. Le Ségur du numérique, porté par la Délégation au numérique en santé (DNS) et l’Agence du numérique en santé (ANS), définit les standards d’interopérabilité, notamment via l’ouverture du « couloir imagerie », facilitant ainsi les échanges de données. La Plateforme de données de santé (Health Data Hub) propose d’importantes bases de données pour entraîner les algorithmes, pendant que France Life Imaging (FLI) offre des infrastructures de recherche.
Ces institutions diffusent leurs orientations méthodologiques aux sociétés savantes, soutiennent les CHU par des appels à projets, financent des initiatives, transmettent des référentiels techniques aux réseaux et guident les start-ups lors des démarches de certification et de marquage CE, assurant ainsi sécurité et légitimité tout au long de la chaîne.
Les sociétés savantes : légitimation et orientation de l’usage de l’IA
La légitimation scientifique repose sur les sociétés savantes. La Société française de radiologie (SFR), à travers ses événements, constitue le lieu privilégié de discussion sur l’IA. Le Collège des enseignants en radiologie de France(CERF) veille à la formation continue des jeunes radiologues. Drim France IA joue désormais un rôle structurant : évaluation des solutions disponibles, publication de grilles d’analyse, animation d’un comité éthique sous la direction du professeur Pierre Champsaur, du docteurMarc Zins et de David Gruson.
Ces organismes produisent des recommandations destinées aux réseaux d’imagerie, adressent leurs avis aux institutions et accompagnent les start-ups dans leurs procédures de validation, se trouvant ainsi au carrefour recherche / pratique / régulation.
Les CHU, pivots entre recherche, clinique et industrialisation
Les hôpitaux universitaires sont la plateforme où les solutions d’IA passent du laboratoire à la pratique. L’AP-HP, les Hospices civils de Lyon (HCL), les CHU de Rennes, Poitiers, Bordeaux, Grenoble, l’AP-HM et Gustave Roussy accueillent et testent ces outils, publiant leurs résultats auprès des sociétés savantes et collaborant avec les réseaux d’imagerie pour mutualiser expertise et astreinte.
Ils sont également partenaires des start-ups, avec lesquelles ils co-développent des solutions, comme l’IA “Keros” développée par Incepto Medical et validée à l’AP-HP pour l’IRM du genou. Ces expérimentations permettent d’ajuster les algorithmes aux données du réel et d’optimiser les workflows cliniques, unissant ainsi recherche académique, pratique clinique et industrialisation.
Les réseaux d’imagerie : amplificateur de l’usage, révélateur des besoins du terrain
Les réseaux d’imagerie, tels que France imageries territoires, Imadis, Telediag, Vidi, facilitent l’adoption à l’échelle nationale. En lien direct avec la pratique quotidienne, ils font remonter les besoins et cas d’usage concrets aux sociétés savantes et collaborent avec les CHU à travers la téléradiologie, optimisant ainsi les expérimentations à large échelle.
Partenaires industriels des start-ups, ils achètent, intègrent et valident les IA dans leurs PACS, jouant un rôle clé dans le passage de la preuve à la pratique clinique courante.
Les start-ups, moteurs d’innovation au sein d’un écosystème collaboratif
Le tissu français comprend de nombreuses start-ups et scale-ups. Gleamer, Incepto, Avicenna.AI, Therapixel, Milvue, Azmed portent cette dynamique, proposant des solutions de détection, dépistage ou spécialités (neuro-imagerie, oncologie) diffusées à travers les CHU et réseaux.
Leur développement dépend d’une quadruple reconnaissance : institutionnelle, clinique, territoriale et scientifique. Elles incarnent la capacité d’innovation de l’écosystème, en totale interdépendance avec ce dernier.
Des figures scientifiques qui façonnent l’intégration de l’IA en radiologie
Au-delà des structures, ce sont des personnalités scientifiques et cliniques qui incarnent les avancées de l’IA en radiologie. Leur rôle dépasse la pratique quotidienne : ils publient dans des revues de référence, animent des congrès, structurent des équipes de recherche et conseillent directement institutions et industriels. Chacun d’eux occupe une place singulière dans l’écosystème.
Marc Zins et Pierre Champsaur sont les deux figures de proue de Drim France IA. Le premier, chef du service d’imagerie à l’Hôpital Saint-Joseph, préside le conseil scientifique de Drim et est reconnu pour sa rigueur dans l’évaluation clinique des solutions. Le second, radiologue marseillais, assure la présidence du directoire. Ensemble, ils donnent une colonne vertébrale à l’évaluation de l’IA en radiologie en France : c’est leur travail qui structure les grilles d’analyse, les publications de référence et l’interaction avec la HAS ou l’ANSM. Ils incarnent la gouvernance scientifique de l’intégration des IA.
Nathalie Lassau, à Gustave Roussy, est l’une des grandes voix de l’imagerie oncologique augmentée par l’IA. Ses travaux sur la radiomique et l’imagerie quantitative ouvrent la voie à des diagnostics plus précoces et des thérapies personnalisées en cancérologie. Ses recherches, entre autres, font de Gustave Roussy un pôle central d’attractivité, où se rencontrent chercheurs, cliniciens et industriels.
L’équipe composée de Isabelle Thomassin-Naggara, de Julia Arfi-Rouche et de Foucauld Chamming’s, à l’Hôpital Tenon (AP-HP), développe une expertise reconnue dans l’imagerie gynécologique et mammaire. Elle est pionnière dans l’intégration d’IA pour le dépistage du cancer du sein et la caractérisation des tumeurs gynécologiques. Sa production scientifique influence directement les recommandations de la SFR et oriente les partenariats industriels dans ce domaine particulièrement stratégique.
Dans le champ thoracique, Guillaume Herpe et Rémy Guillevin (CHU de Poitiers) ainsi que Gaël Dournes (Bordeaux) explorent les potentialités de l’IA pour la détection et la caractérisation des pathologies pulmonaires, notamment dans le contexte du COVID et des maladies respiratoires chroniques. Leurs publications ont contribué à démontrer la robustesse des IA dans des contextes à forte pression clinique. Ils sont des interlocuteurs privilégiés pour les industriels qui souhaitent valider leurs solutions dans le domaine thoracique.
En neurologie, Arnaud Attye (CHU Grenoble Alpes) s’illustre par ses recherches sur l’IRM cérébrale et les applications de l’IA dans la détection précoce des maladies neurodégénératives. Son travail positionne Grenoble comme un site de référence pour la neuro-imagerie, avec une forte interaction avec les startups spécialisées comme Qynapse.
À Marseille, Kathia Chaumoitre développe l’usage de l’IA en radiopédiatrie et imagerie musculosquelettique, tandis que Vincent Vidal s’impose en radiologie interventionnelle et imagerie vasculaire. Leurs expériences cliniques alimentent des réflexions essentielles sur l’adoption de l’IA dans des contextes complexes où la précision, la sécurité et la réactivité sont déterminantes.
Enfin, Sergey Morozov, ancien directeur de la santé numérique à Moscou et aujourd’hui installé en Suisse (réseau 3R à Sion), constitue un pont international. Il apporte une expertise comparative sur les stratégies d’intégration de l’IA en radiologie, nourrissant le débat français par des retours d’expérience venus de systèmes de santé étrangers plus avancés en matière de déploiement à grande échelle.
Une fonction de médiation essentielle :
Pris ensemble, ces experts forment une couche de médiation scientifique et clinique entre les différents pôles de l’écosystème :
- Ils alimentent les sociétés savantes en données, publications et retours terrain, ce qui permet de transformer les expérimentations locales en recommandations nationales.
- Ils collaborent avec les institutions, en participant à des groupes de travail ou en conseillant sur les cadres réglementaires et méthodologiques.
- Ils fournissent aux industriels des preuves cliniques indispensables pour obtenir certifications et financements.
- Ils participent à la formation et à la diffusion des connaissances, en animant des congrès et en publiant des travaux qui deviennent des références.
Ces cliniciens et chercheurs ne sont donc pas de simples utilisateurs de l’IA : ils en sont les architectes invisibles, contribuant à sa légitimation, à son intégration et à son acceptation par la communauté médicale.
Cartographie des acteurs de la radiologie et de l’IA en radiologie en France :





