L’investissement grandissant du secteur public sur le marché de l’échange d’informations de santé (Health Information Exchange) en Asie-Pacifique attire des fournisseurs informatiques locaux et internationaux dans la région, révèle une étude publiée courant septembre par Frost & Sullivan.
Natasha Gulati et Shalani Andria Pandian, respectivement responsable et analyste « industrie » au sein du pôle Transformational Health du cabinet de conseil (Asie-Pacifique), détaillent les résultats de ce rapport pour H&TI.
APAC : « Le marché HIE devrait connaître une croissance de 10,8 % entre 2015 et 2020 »
La prochaine génération de prestations de soins en Asie-Pacifique (APAC) devrait être un exemple au niveau des initiatives entreprises par les gouvernements dans le secteur de l’échange d’information sur la santé, observent les auteurs de l’étude intitulée Analysis of the APAC Health Information Exchange Market.
Le marché dans la région APAC devrait connaître une croissance de 10,8 % (TCAC) entre 2015 et 2020 et ainsi atteindre les 173 millions de US$ (156,9 M€).
Comment définiriez-vous le marché de l’échange d’informations de santé (Health Information Exchange) ?
L’Health Information Exchange (HIE) ou l’échange d’informations de santé est la capacité de faire circuler par voie électronique des informations cliniques entre les diverses organisations de santé, principalement les hôpitaux, les compagnies d’assurance et les organismes de santé publique. L’objectif est de maintenir la qualité des informations échangées et de créer un continuum des données sur la santé d’un individu à mesure qu’il se déplace d’établissements en établissements de santé tout au long de sa vie.
Dans notre étude, nous avons divisé l’HIE en deux catégories :
- l’HIE public, qui est géré soit par le gouvernement central, soit par les administrations régionales ;
- l’HIE privé, qui est mis en place par des groupes de santé privés pour partager des données médicales dans leurs établissements et dans les hôpitaux à travers différents systèmes d’information .
« Bien que rudimentaire à l’heure actuelle, l’échange d’informations de santé dans la région (APAC) connaîtra une croissance exponentielle en raison du fort intérêt des gouvernements, qui cherchent à collaborer avec des prestataires privés pour créer des plateformes complètes et pertinentes », explique l’étude. Quels sont les récents partenariats signés entre un État et le secteur privé ?
Le ministère de la Santé de Malaisie (MOH) a signé un partenariat avec Mimos Sdn Bhd (un fournisseur local) pour développer un dispositif informatique améliorant l’offre de soins dans les hôpitaux publics. Il s’est également associé à Viamed pour mettre au point MyHIX, une plateforme nationale d’échange d’informations sur la santé.
Le ministère de la Santé de Singapour (MOH) a quant à lui signé avec Oracle, Orion Health, Infini et ArcSight pour élaborer toute une série de services autour de son dossier national de santé numérique (NEHR).
Les gouvernements de la région Asie-Pacifique expriment également de manière récurrente la nécessité d’une collaboration entre le secteur public et le secteur privé dans le cadre d’échange d’expertises et du développement d’un écosystème durable.
Pourquoi les gouvernements sont-ils si intéressés par un rapprochement avec le privé dans le domaine de la santé ?
Au regard de la situation du marché de l’HIE, l’intervention de l’État est pertinente pour la création d’un système global et holistique car elle nécessite un coup de pouce d’un point de vue réglementaire.
Les gouvernements investissent dans l’échange d’informations de santé parce qu’ils aident ainsi à réduire les coûts dans le secteur et à améliorer la qualité des soins et des diagnostics. Cependant, un ministère de la Santé ne dispose pas directement les capacités informatiques pour construire une plateforme HIE. Il doit travailler en partenariat avec un fournisseur de l’industrie (locale ou multinational) pour se procurer les technologies, l’expertise et les services nécessaires.
À un niveau plus large, nous avons observé un niveau croissant des partenariats entre le public et le privé dans le domaine de la santé en Asie-Pacifique parce que les États de la région cherchent à réduire les dépenses de santé et à les optimiser afin d’obtenir les meilleurs retours sur investissement. En parallèle, les autorités peuvent déployer la politique nécessaire pour que le secteur privé fournisse les ressources techniques et humaines adéquates afin de stimuler le développement de nouveaux marchés.
Selon votre point de vue, un partenariat entre le public et le privé est-il le meilleur modèle pour investir sur le marché de l’HIE ?
Les partenariats entre le public et le privé sont particulièrement utiles pour mettre en place de nouveaux modèles de prestation des soins. En effet, le développement de nouveaux marchés implique une rupture complète des paradigmes existants et la création de nouveaux procédés, de nouvelles attitudes, de nouveaux comportements et, par conséquent, de nouveaux business modèles. La collaboration public-privé est cruciale pour modifier le fonctionnement du marché.
De manière plus concrète, les partenariats entre le public et le privé assurent une meilleure utilisation des ressources des deux côtés : elles permettent au gouvernement d’optimiser ses dépenses , garantissent une certaine efficacité du personnel dans les systèmes de santé publique et créent de nouveaux canaux de sensibilisation pour le secteur privé.
Quels pays sont les leaders de ce marché ?
Si l’on se concentré spécifiquement sur l’échange d’informations de santé, Singapour et l’Australie sont les drivers en Asie-Pacifique. Mais le Japon suit de près avec la mise en place de différents réseaux d’informations sur la santé régionaux (les RHINs) à travers le pays.
À Singapour, le NEHR est maintenant entré dans sa seconde phase de développement, répertorier tous les établissements et praticiens communautaires sur la plateforme. Les centres de soins infirmiers, de soins palliatifs et de soins à domicile disposent désormais de services de télémédecine en mesure de transmettre leurs données au dispositif NEHR, une évolution qui permet d’améliorer l’efficacité globale du système de santé publique dans le cadre de la gestion des maladies chroniques.
Au niveau hospitalier, la redondance de tests médicaux est également réduite grâce au partage des historiques médicaux des patients entre les hôpitaux, les médecins et les établissements communautaires participant au programme. Ce succès encouragera les autres pays de la région à investir dans l’HIE.
Pourquoi avez-vous décidé de focaliser votre étude sur le marché de l’HIE? Est-ce vraiment le secteur le plus prometteur du marché de l’e-santé en Asie comme vous le sous-entendez?
Aux États-Unis, le marché de l’HIE est boosté par l’Organisation nationale d’information sanitaire (EIO) : différents hôpitaux dans une même région se réunissent et investissent dans le développement d’une plateforme d’échange d’informations de santé commune afin de permettre une circulation électronique des données entre eux.
L’échange d’informations est la prochaine étape du développement du marché de la santé pour les pays d’Asie-Pacifique. L’adoption de dossiers médicaux électroniques (EMRs) et de dossiers de santé électroniques (EHRs) s’est rapidement intensifiée dans les pays de la région au cours des trois dernières années. Toutefois, des lacunes subsistent au niveau de la continuité des soins entre les hôpitaux parce que les EMRs et les régions ne sont pas encore parvenus au même niveau d’évolution.
L’évolution naturelle du marché serait de désormais relier ces EMRs cloisonnées à des plateformes HIE communes. Voilà pourquoi, bien que le marché soit encore assez faible par rapport à d’autres innovations en santé, l’échange d’informations est un élément sur lequel l’industrie doit se concentrer si elle souhaite atteindre ses objectifs sur l’ensemble de la région.
Il y a beaucoup de gouvernements qui encouragent le développement de l’HIE dans la région mais les stades de développement ne sont pas les mêmes :
- L’Australie investit par exemple énormément pour relancer son dossier de santé national : le passage du Personally Controlled Electronic Health Record (PCEHR) à MyHealth témoigne de la volonté de l’État de développer une plateforme nationale efficace pour partager des données de santé numériques.
- Le gouvernement chinois cherchent quant à lui à rattacher les plates-formes régionales HIE à une plateforme nationale unique dans un futur proche.
- La Malaisie, elle, a mis en place une plateforme HIE nationale mais seuls les hôpitaux publics y sont reliés pour l’instant ; les groupes hospitaliers privés disposent de leur propre système HIE.
- L’Inde, enfin, a déployé un projet national d’échange d’informations de santé en 2012 mais il n’a finalement pas abouti car, à l’époque, le marché n’était pas encore prêt. Mais nous avons remarqué que des collaborations et des discussions étaient en cours au sein de l’industrie de manière assez soutenue, ce qui prédit la mise en œuvre d’initiatives encourageantes dans le secteur dans les années à venir.