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  • IA prédictive et NHS : un modèle en test sur les données de 57 millions de patients

    Une IA conçue pour prédire hospitalisations et pathologies

    Un modèle d’intelligence artificielle nommé Foresight* est en cours d’évaluation au Royaume-Uni sur une base de données anonymisées couvrant 57 millions de patients du NHS England. Ce projet pilote, porté par l’University College London (UCL) et le King’s College London (KCL), repose sur une approche générative de type ChatGPT et vise à établir un système prédictif à l’échelle nationale. L’ambition du projet est d’identifier de manière anticipée les individus à haut risque de problèmes de santé, permettant des interventions préventives précoces. À terme, Foresight pourrait anticiper des événements comme une hospitalisation, une crise cardiaque ou l’apparition d’une nouvelle pathologie. Les chercheurs précisent que c’est la première fois qu’un modèle de ce type est entraîné sur des données de santé nationales au Royaume-Uni. 

    600 millions de livres pour la recherche via les données du NHS, sous vigilance éthique et de qualité

    Les données exploitées incluent des informations de vaccination, les visites de médecine générale, les admissions hospitalières et les passages aux urgences. Elles sont traitées exclusivement dans l’environnement de données sécurisé (SDE) du NHS England, garantissant la confidentialité des patients. Le projet s’inscrit dans une dynamique nationale plus large soutenue par un investissement gouvernemental de 600 millions de livres sterling destiné à exploiter les données de santé pour la recherche médicale. Toutefois, plusieurs experts soulignent des limites, notamment la qualité inégale des données de santé du NHS, souvent incomplètes ou incorrectes, limitant leur utilité en prévention. Les données actuelles sont jugées trop générales, et des améliorations sont attendues via l’intégration de sources cliniques plus détaillées.

    Sur le plan éthique, le Dr Luc Rocher (Oxford Internet Institute) insiste sur la nécessité de maintenir ces modèles sous contrôle exclusif du NHS, en raison de la difficulté à anonymiser de manière fiable des données aussi riches et sensibles. Selon lui, « la richesse même des données qui les rend précieuses pour l’IA rend également leur anonymisation incroyablement difficile. »

    *Kraljevic, Z., Bean, D., Shek, A., Bendayan, R., Hemingway, H., Au Yeung, J., Deng, A., Baston, A., Ross, J., Idowu, E., Teo, J. T., & Dobson, R. J. B. (2024). Foresight—a generative pretrained transformer for modelling of patient timelines using electronic health records: a retrospective modelling study. The Lancet Digital Health, 6(4), e281–e290. https://doi.org/10.1016/S2589-7500(24)00025-6

  • AAP : L’ARS IDF lance un appel à projets pour optimiser les blocs opératoires avec le numérique

    Blocs opératoires franciliens : l’ARS relance le soutien aux innovations numériques

    Dans le cadre de sa stratégie régionale de transformation du système de santé (PRS3), l’ARS Île-de-France ouvre un nouvel appel à projets visant à soutenir l’introduction d’outils numériques dans les blocs opératoires. Objectif : améliorer la performance organisationnelle, la sécurité et la qualité des soins chirurgicaux dans les établissements de santé franciliens.

    Appuyer l’intégration d’outils numériques

    Ce nouvel appel s’appuie sur une dynamique amorcée en 2023 avec un appel à manifestation d’intérêt ayant permis de présélectionner quinze entreprises innovantes (5 dispositifs médicaux, 10 logiciels), après évaluation par un comité regroupant représentants de l’ARS, fédérations, experts et institutions partenaires. Ces solutions ont été mises en visibilité en 2024 lors de deux webinaires, suivis d’un premier appel à projets. Celui-ci avait débouché sur la sélection de 5 projets sur les 36 candidatures déposées.

    Objectifs et périmètre de l’appel à projets 2025

    L’appel à projets 2025 vise à accompagner les équipes chirurgicales dans l’implémentation d’outils numériques conçus pour :

    • Répondre aux besoins opérationnels des blocs (planification, coordination, pilotage).
    • Renforcer l’interopérabilité des systèmes.
    • Améliorer la gestion des ressources.
    • Sécuriser davantage les parcours patients.

    Chaque établissement pourra choisir entre un et cinq volets d’intervention en fonction de ses besoins et de sa maturité numérique :

    • Planification et gestion du planning opératoire.
    • Interopérabilité des logiciels.
    • Gestion des ressources humaines et matérielles.
    • Suivi et pilotage en temps réel de l’activité opératoire.
    • Accompagnement et formation des équipes.

    Les établissements devront présenter un projet structuré, incluant une analyse des besoins, un budget détaillé et un plan d’utilisation de l’aide sollicitée.

    Échéances et modalités de candidature

    L’appel a été publié le 15 mai 2025, avec une date limite de dépôt fixée au 27 juin 2025. La sélection des projets interviendra en septembre. Les candidatures doivent être déposées en ligne

    Lien de candidature : https://www.demarches-simplifiees.fr/commencer/aap-numerique-en-sante-2025

    Appel à projets – Numérique en santé : Accompagnement des établissements de santé dans l’amélioration de l’efficience des blocs opératoires à travers l’utilisation d’outils numériques | Agence régionale de santé Ile-de-France

  • Santé mentale numérique : le Collectif MentalTech s’élargit à 30 membres et dévoile ses priorités pour 2025

    Une dynamique de structuration sectorielle

    Fondé en mars 2022, le Collectif MentalTech, regroupement français consacré à la santé mentale numérique, intègre en 2025 huit nouveaux membres, portant à 30 le nombre de ses adhérents. Cette évolution s’accompagne de la publication d’une feuille de route centrée sur la pédagogie, la prévention et la contribution au débat public, à l’approche de l’année de la Grande cause nationale dédiée à la santé mentale. Les nouveaux entrants – ifeel, Edra, Eos, Suricog, insleeplab, Neuredia, Tuki et l’expert indépendant Julien Lelandais – rejoignent des entreprises et institutions déjà engagées autour de la santé mentale numérique. Leur intégration repose sur une évaluation scientifique, technique et éthique, en cohérence avec les objectifs du Collectif : favoriser l’accès aux solutions numériques tout en encadrant leur usage. Le Collectif se positionne comme un espace de dialogue entre start-ups, professionnels de santé et décideurs publics. Ses membres développent des technologies variées (applications, intelligence artificielle, biomarqueurs, télémédecine) sur des thématiques comme le sommeil, les addictions ou la santé mentale au travail.

    Trois axes pour 2025 : clarifier, prévenir, documenter

    Clarifier les technologies: La feuille de route 2025 prévoit la création de ressources pour vulgariser les technologies de santé mentale numérique. L’objectif est de mieux faire comprendre les outils en circulation – chatbots, thérapies digitales, IA – et d’en faciliter l’appropriation par les utilisateurs, les professionnels et les institutions.

    Renforcer les actions de prévention : En parallèle, les membres volontaires recevront une formation PSSM (Premiers Secours en Santé Mentale). Des actions de terrain sont également prévues, comme l’organisation de 16 masterclasses à destination de professionnels de la coiffure, en partenariat avec L’Oréal Professionnels.

    Alimenter le débat public par des données : Le Collectif prévoit de mobiliser l’expertise de ses membres pour produire des analyses sur les usages du numérique en santé mentale. Ces résultats seront diffusés lors d’événements thématiques, et via un showroom dédié, afin de rendre visibles les solutions existantes et les besoins encore non couverts.

    Un collectif pour structurer l’innovation en santé mentale

    Selon David Labrosse, président du Collectif et médecin de santé publique, l’enjeu est désormais de rendre la santé mentale numérique plus intégrée au parcours de soins. La vice-présidente, Joséphine Arrighi de Casanova (Qare), souligne de son côté l’apport des nouvelles candidatures dans un secteur en pleine mutation.

  • 1 million d’euros pour accélérer l’immunothérapie pédiatrique via l’IA et les données génomiques

    Un prix pour combler le retard en oncologie pédiatrique

    Le 14 mai 2025, le second prix de l’Innovation FIGHT KIDS CANCER & St Baldrick’s Foundation a été attribué au Dr Joshua Waterfall, chercheur Inserm et chef d’équipe à l’Institut Curie. Doté d’un financement de 1 million d’euros sur quatre ans, ce prix soutient une recherche destinée à améliorer l’impact de l’immunothérapie dans les cancers pédiatriques, avec l’appui de l’intelligence artificielle et d’approches computationnelles avancées. Ce prix s’inscrit dans une initiative conjointe de FIGHT KIDS CANCER – programme européen dont Imagine for Margo est partenaire – et de la fondation américaine St Baldrick’s. L’objectif est de réduire l’écart de financement entre la recherche en oncologie adulte et celle dédiée aux enfants, alors que le cancer reste la première cause de décès par maladie chez les moins de 18 ans en Europe.

    Des modèles computationnels pour des thérapies sur mesure

    Le processus de sélection a été supervisé par un comité d’experts internationaux en oncologie pédiatrique mandaté par la St Baldrick’s Foundation. Il cible des chercheurs en début ou milieu de carrière menant des projets fortement collaboratifs et à fort potentiel thérapeutique. Physicien de formation, le Dr Waterfall dirige une équipe spécialisée dans la génomique fonctionnelle intégrative du cancer au sein de l’unité Inserm U1330 à l’Institut Curie. Ses travaux portent sur la création de modèles intégrant des données génomiques et immunologiques pour identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. Ce financement permettra le recrutement de nouveaux chercheurs, l’analyse d’un plus grand nombre d’échantillons tumoraux pédiatriques et l’exploration de mécanismes immunitaires encore peu documentés. L’objectif est d’accélérer le développement de vaccins thérapeutiques ou de thérapies cellulaires CAR-T, en particulier pour les cancers les plus résistants, comme les sarcomes d’Ewing.

    « Ce prix est une opportunité unique pour approfondir nos travaux sur l’immunothérapie pédiatrique », a déclaré le Dr Waterfall. Il souligne l’importance de ce soutien pour ouvrir de nouvelles pistes en immunologie du développement, domaine encore peu exploré dans les cancers infantiles.

    Mobilisation des associations et des institutions

    Patricia Blanc, présidente d’Imagine for Margo, salue un signal fort envoyé à la recherche européenne : « Nous sommes fiers qu’un tel prix existe en Europe et permette à un chercheur aussi brillant que le Dr Waterfall de repousser les frontières de la recherche sur les cancers de l’enfant. » Depuis sa création en 2011, Imagine for Margo a levé plus de 23 millions d’euros, finançant 118 nouveaux traitements en Europe et accompagnant plus de 500 familles. L’association reste l’un des moteurs du financement collaboratif de la recherche pédiatrique en cancérologie.

  • Près de 2 milliards d’euros de déficit cumulé : les EHPAD publics en difficulté budgétaire selon la FHF

    Une situation déficitaire pour la troisième année consécutive

    La Fédération Hospitalière de France (FHF) a publié les résultats de son enquête annuelle sur les EHPAD publics, menée auprès de 818 établissements représentant environ 110 000 places. Le constat : une majorité d’entre eux demeurent en déficit malgré un regain d’activité post-crise sanitaire. Le déficit cumulé du secteur depuis 2022 atteint désormais près de deux milliards d’euros. En 2024, plus de 7 EHPAD publics sur 10 affichent un déficit, et ce malgré des aides exceptionnelles plus importantes qu’en 2023. Sans ces aides, ce ratio atteindrait 8 sur 10. En moyenne, le déficit s’élève à 3 000 € par place pour les établissements concernés, soit 300 000 € pour une structure de 100 lits. Les pertes se concentrent sur les sections tarifaires “hébergement” et “dépendance”.

    Trésorerie sous tension, investissements compromis

    La situation financière impacte également la trésorerie des EHPAD : la moitié des établissements publics autonomes disposent de moins de 75 jours de trésorerie d’avance. Selon la FHF, cette dégradation budgétaire structurelle freine toute capacité d’investissement et empêche toute projection à moyen ou long terme. La FHF dénonce une série de distorsions socio-fiscales qui pénalisent les établissements publics par rapport à leurs homologues privés ou associatifs. Les ESMS publics ne bénéficient pas des allègements généraux de cotisations en vigueur depuis 2019 pour le secteur privé, ni de l’exonération de la taxe sur les salaires appliquée aux EHPAD de la fonction publique territoriale. De plus, ils doivent assumer eux-mêmes le risque maladie. Ces éléments accentuent le déséquilibre économique en défaveur des EHPAD publics. La ministre déléguée à l’Autonomie et au Handicap, Charlotte Parmentier-Lecocq, s’est engagée, en janvier 2025, à étudier une remise à plat de ces règles. La FHF attend une objectivation formelle de ces écarts et un rééquilibrage des dispositifs.

    La hausse des cotisations retraite aggrave la pression

    Autre élément de préoccupation : la hausse progressive des cotisations CNRACL pour les employeurs publics, programmée jusqu’en 2028. En 2025, son impact représente déjà l’équivalent d’un poste d’infirmier dans un EHPAD de 100 lits. Or, cette charge ne sera pas compensée par les tarifs “hébergement” et “dépendance” fixés par les départements. La FHF demande une compensation intégrale de cette hausse.

    Des mesures attendues pour préserver l’offre publique

    La FHF propose plusieurs leviers pour enrayer cette dynamique déficitaire :

    • Sanctuariser une ressource pérenne dédiée à l’investissement dans les EHPAD publics.
    • Restituer la réserve prudentielle de la branche autonomie.
    • Engager la mise en œuvre de la loi de programmation sur le Grand âge, adoptée en avril 2024.

    Pour Arnaud Robinet, président de la FHF, il est urgent d’ouvrir un débat national. La pérennité de l’offre publique médico-sociale, seule accessible pour de nombreuses familles, est en jeu face à la progression attendue du vieillissement démographique.

  • Start-up en santé numérique : Bruxelles veut réduire les freins au développement dans l’UE

    L’Europe veut devenir une terre de croissance pour ses start-up technologiques. La Commission européenne a dévoilé une nouvelle stratégie intitulée « Choose Europe to Start and Scale », visant à créer un environnement plus favorable à la montée en puissance des jeunes pousses et des entreprises en expansion en Europe.

    Cinq leviers d’action prioritaires

    Le plan s’articule autour de cinq domaines d’intervention :

    1. Réduction de la fragmentation réglementaire : L’exécutif européen propose un « 28e régime » pour alléger les contraintes liées à l’insolvabilité, au droit du travail ou encore à la fiscalité. Un « portefeuille d’affaires européen » basé sur une identité numérique unifiée doit faciliter les démarches administratives à travers l’UE. Un acte législatif sur l’innovation est également en préparation pour renforcer les expérimentations encadrées, ou regulatory sandboxes.

    2. Renforcement du financement : Afin de pallier le déficit de capital-risque, en particulier dans les technologies dites deep tech, un fonds Scaleup Europe sera lancé. La stratégie prévoit aussi d’élargir et de simplifier l’accès au Conseil européen de l’innovation (EIC), ainsi que de mobiliser les investisseurs institutionnels via un pacte d’investissement volontaire.

    3. Accélération du transfert technologique : L’initiative Lab to Unicorn soutiendra la valorisation de la propriété intellectuelle issue de la recherche publique. Elle prévoit des schémas directeurs pour les licences, la participation au capital et le partage de revenus avec les établissements académiques, en lien avec les règles d’aides d’État.

    4. Attraction et rétention des talents : L’initiative Blue Carpet s’attaque aux freins fiscaux à l’actionnariat salarié, promeut la directive « carte bleue » et propose une procédure accélérée pour les fondateurs étrangers. L’éducation à l’entrepreneuriat fait également partie du dispositif.

    5. Accès harmonisé aux infrastructures : Enfin, une charte d’accès industrielle sera mise en place pour uniformiser les conditions d’utilisation des plateformes technologiques et de recherche, actuellement hétérogènes selon les États membres.

    Une stratégie à évaluer d’ici 2027

    La mise en œuvre de cette feuille de route fera l’objet d’un suivi via des indicateurs de performance. Un premier bilan est attendu fin 2027. Selon Ekaterina Zaharieva, commissaire en charge des start-up, « cette stratégie vise à transformer la richesse de la recherche européenne en entreprises prospères ». Le vice-président exécutif Stéphane Séjourné a, lui, insisté sur la volonté de « placer l’Europe sur la carte mondiale de l’innovation ».

  • L’EMA et les agences européennes mobilisent données et IA pour transformer la régulation du médicament d’ici 2028

    Une feuille de route pour exploiter les données en santé à l’échelle européenne

    Le 7 mai 2025, l’Agence européenne du médicament (EMA) et le réseau des directeurs des agences nationales du médicament (Heads of Medicines Agencies – HMA) ont publié leur plan de travail commun 2025-2028 pour mettre en œuvre leur stratégie en matière de données et d’intelligence artificielle. Piloté par le Network Data Steering Group (NDSG), ce plan vise à soutenir l’innovation réglementaire en exploitant le potentiel des données massives et des outils d’IA tout au long du cycle de vie des médicaments, humains et vétérinaires.

    Six axes de travail articulés autour de la donnée et de l’IA, dont l’intelligence artificielle

    Le programme s’organise en six volets : stratégie et gouvernance, interopérabilité des données, analyse de données, intelligence artificielle, engagement des parties prenantes, et lignes directrices nationales et internationales. Sur le versant stratégique, les actions incluent la publication de plusieurs feuilles de route sur les données du réseau européen (EMRN), tant en termes de gestion, de standardisation que d’analyse. Celles-ci seront progressivement finalisées entre 2025 et 2026. L’intelligence artificielle est traitée comme un levier de transformation. Des lignes directrices sur l’usage de l’IA dans le cycle de vie des médicaments seront élaborées, notamment en pharmacovigilance et en développement clinique. Un cadre éthique et une terminologie de référence seront publiés dès 2025, tandis que des expérimentations encadrées débuteront à partir du second semestre. Un observatoire dédié à l’IA publiera chaque année un état des lieux des usages, et une stratégie de gestion du changement visera à renforcer l’acculturation des acteurs du réseau.

    Une exploitation des sources de données

    Outre les données cliniques, le plan prévoit d’intégrer des sources émergentes telles que les données génomiques, les données de vie réelle (via le réseau DARWIN EU), les données issues des réseaux sociaux, des technologies mobiles (mHealth), des jumeaux numériques, ou encore des données synthétiques. Le pilotage de ces flux repose sur une interopérabilité organisationnelle et sémantique renforcée, avec une attention portée à la qualité des données. Le plan anticipe la mise en œuvre de plusieurs textes européens majeurs : l’Espace européen des données de santé (EHDS), le paquet pharmaceutique, le règlement sur l’IA et l’Interoperable Europe Act. Des collaborations internationales, notamment via l’ICH et l’ICMRA, permettront d’harmoniser les pratiques sur la scène mondiale.

    Gouvernance, formation et engagement des parties prenantes

    Enfin, un effort particulier est prévu sur la montée en compétence du réseau, via des modules de formation sur la data, l’IA et la pharmacogénomique. Des forums multi-acteurs, des hackathons et des ateliers thématiques soutiendront cette dynamique, en lien avec les professionnels de santé, les industriels, les patients et les autorités.

  • Vieillissement : un outil de suivi de la capacité fonctionnelle validé par Nature Aging et bientôt disponible en accès libre

    Un outil clinique inspiré des courbes de croissance infantiles

    Une équipe de chercheurs toulousains, dirigée par le Pr Philippe de Souto Barreto au sein de l’IHU HealthAge, a publié le 13 mai 2025 dans Nature Aging une méthode permettant d’évaluer le vieillissement à partir de la capacité intrinsèque des personnes âgées. Construites à partir des données de 27 706 Français de 60 ans et plus, ces courbes permettent de positionner une personne par rapport à des individus du même âge et du même sexe. Elles fonctionnent comme les courbes de taille et de poids utilisées chez les enfants. Les tests utilisés sont simples — se lever cinq fois d’une chaise, se souvenir de trois mots — et peuvent être réalisés sans équipements spécialisés. L’outil a été validé sur une cohorte brésilienne, renforçant ainsi sa généralisation à d’autres contextes.

    Identifier les risques précocement pour retarder la perte d’autonomie

    Les résultats montrent que les personnes situées dans le 10e percentile ou en dessous présentent un risque important de déclin fonctionnel. Ces individus cumulent plus souvent des pathologies chroniques, une fragilité physique et des limitations dans les activités du quotidien comme se laver, s’habiller ou faire la cuisine. La simplicité du dispositif permet une utilisation par une grande diversité d’acteurs : médecins, infirmiers, professionnels médico-sociaux ou proches aidants. Il représente ainsi un levier pour détecter précocement les premiers signes de perte d’autonomie et initier une prise en charge adaptée.

    Intégration prévue dans l’écosystème ICOPE

    Cet outil sera intégré à l’application mobile ICOPE Monitor et au site ICOPE, pour un usage libre et gratuit. Il s’inscrit dans les travaux du consortium INSPIRE/Open Science, porté par l’IHU HealthAge, labellisé en 2023. Ce dernier regroupe le CHU de Toulouse, l’Inserm et l’Université de Toulouse, et prolonge les recherches du Gérontopôle toulousain depuis plus de vingt ans.

    Nature Aging, 13 mai 2025 – Reference centiles for intrinsic capacity to monitor clinical health outcomes in real-world primary care cohorts

  • Oncologie : la France en tête pour l’usage des thérapies innovantes, les dépenses mondiales atteignent 252 Md$ en 2024 (rapport IQVIA)

    Une dynamique mondiale soutenue par les modalités innovantes

    En 2024, la recherche clinique en oncologie a enregistré 2 162 nouveaux essais dans le monde, marquant une reprise après deux années de recul depuis le pic de 2021. Cette activité est en hausse de 12 % par rapport à 2019, avec une focalisation croissante sur les cancers rares et les tumeurs solides. Les thérapies cellulaires et géniques, les conjugués anticorps-médicaments (ADC) et les anticorps multispécifiques représentent désormais 35 % de ces essais, avec des perspectives d’utilisation croissante en monothérapie ou en association.

    Progrès de la productivité, mais retard sur les autres domaines thérapeutiques

    La productivité du développement clinique en oncologie a progressé de 51 % depuis 2019. Malgré cette amélioration, elle reste inférieure à la moyenne observée dans les autres aires thérapeutiques. Le nombre de lancements annuels de nouvelles substances actives (NAS) reflète toutefois une dynamique soutenue : 25 NAS en 2024, contre une moyenne de 16 entre 2015 et 2019. Au total, 132 nouveaux médicaments ont été introduits au cours des cinq dernières années, et 282 sur vingt ans, avec une accélération notable en Chine depuis 2019.

    La France, territoire d’adoption avancée des thérapies de nouvelle génération

    Le rapport souligne la position de la France parmi les trois pays en tête pour l’usage par habitant des inhibiteurs PD-1/PD-L1 et des conjugués anticorps-médicaments. Elle se distingue également dans l’adoption des biosimilaires, avec plus de 8 milliards de dollars d’économies générées à l’échelle mondiale en 2024, notamment dans les pays de l’UE4 et au Royaume-Uni.

    Accès élargi aux nouvelles thérapies et hausse des dépenses

    Les inhibiteurs PD-1/PD-L1 sont désormais utilisés plus précocement dans la trajectoire de soins et pour un éventail plus large de tumeurs. Leur usage croît dans les pays à revenu élevé, tandis que les ADC bénéficient de l’élargissement des critères d’éligibilité et de nouveaux lancements. Ces évolutions contribuent à l’augmentation continue des dépenses mondiales en oncologie, qui atteignent 252 milliards de dollars en 2024, avec une projection à 441 milliards d’ici 2029. La croissance la plus marquée est attendue sur sept des dix principales tumeurs, bien que la concurrence des biosimilaires des inhibiteurs PD-1/PD-L1 puisse freiner cette progression à partir de 2028.

    Les autorisations de l’EMA en 2024

    L’Agence européenne des médicaments (EMA) a approuvé 11 traitements oncologiques en 2024 : 2 pour des cancers hématologiques et 9 pour des tumeurs solides. Parmi eux, 3 sont des inhibiteurs PD-1/PD-L1, et 5 sont des petites molécules administrées par voie orale, réduisant la nécessité de soins hospitaliers par perfusion.

    Global Oncology Trends 2025 – Adopting new therapies as modalities shift and expenditures rise – May 22, 2025
  • US : la télésanté permettrait d’éviter jusqu’à 47 millions de kg de CO₂ par mois

    Un levier pour décarboner le système de santé 

    Les résultats d’une étude menée par UCLA Health et publiée dans The American Journal of Managed Care apportent un nouvel éclairage quantifiable sur l’impact environnemental de la télésanté. Sur la base de données de remboursements multi-assureurs, les chercheurs ont modélisé les émissions de CO₂ évitées grâce aux consultations virtuelles entre avril et juin 2023. Résultat : chaque mois, entre 21,4 et 47,6 millions de kg de CO₂ auraient été évités, soit l’équivalent des émissions mensuelles de 61 255 à 130 076 voitures essence.

    Méthodologie : une extrapolation à l’échelle nationale

    L’étude s’appuie sur des données couvrant 19 % de la population adulte assurée aux États-Unis. En moyenne, 1,48 million de téléconsultations ont été enregistrées chaque mois sur la période étudiée, remplaçant entre 740 765 et 1,34 million de consultations en présentiel. En intégrant les données sur les distances parcourues, la part des véhicules électriques en 2021 et les émissions par mile, les auteurs ont estimé que cela représentait une réduction mensuelle de 4,07 à 7,48 millions de kg de CO₂. Extrapolée à l’ensemble des adultes assurés, cette économie grimpe à près de 48 millions de kg.

    Des limites reconnues, mais des implications politiques interessantes

    Les auteurs soulignent que les résultats peuvent ne pas refléter l’ensemble de la population ni les disparités régionales. Pour autant, les conclusions sont jugées suffisamment robustes pour éclairer le débat législatif en cours aux États-Unis. Le Dr John N. Mafi, co-auteur de l’étude et professeur à la David Geffen School of Medicine (UCLA), rappelle que « ces données doivent être prises en compte par les décideurs alors que le Congrès débat de l’avenir des assouplissements sur la télésanté instaurés pendant la pandémie ». Ces dérogations sont en effet prévues pour expirer le 30 septembre 2025.

    Des données convergentes dans d’autres contextes cliniques

    Cette étude s’inscrit dans une tendance de publications récentes documentant l’impact environnemental favorable de la télémédecine. Une étude de 2023 avait déjà montré que le recours à un modèle hybride (présentiel/virtuel) permettait de réduire les émissions de carbone de 25 % et la consommation d’eau de 35 %. En 2024, le Dana-Farber Cancer Institute rapportait une baisse de 81,3 % des émissions liées aux soins oncologiques via la téléconsultation. Dans un contexte rural, une autre étude de 2024 sur la télésanté pédiatrique a montré que 20 845 consultations à distance avaient permis d’éviter 1,56 million de miles en trajets aller-retour. Cette distance économisée correspondait à 262 911 litres de carburant, soit 618 tonnes métriques de CO₂ évitées sur un an.

    Weber, E., Miller, S. J., Astha, V., Janevic, T., & Benn, E. (2023). Impact of Telemedicine Use on Outpatient-Related CO₂ Emissions: Estimate From a National Cohort. The American Journal of Managed Care, 29. https://www.ajmc.com/view/impact-of-telemedicine-use-on-outpatient-related-co2-emissions-estimate-from-a-national-cohort