Nabil

  • 1,4 milliard d’euros pour transformer le CHU de Bordeaux : cap sur le numérique et l’efficience

    Équipements biomédicaux, informatiques et hôteliers : 340 millions d’euros dédiés

    Parmi les priorités du plan de transformation du CHU de Bordeaux, la refonte des outils numériques occupe une place centrale. Le projet, réparti sur 26 chantiers dont 18 opérations « Nouveau CHU », repose sur l’adoption du BIM (Building Information Modeling), une méthode de modélisation numérique qui optimise la conception, la maintenance et l’exploitation des bâtiments. Ce choix vise à mieux gérer le patrimoine hospitalier sur la durée, mais aussi à anticiper les besoins énergétiques. Outre cette innovation dans la gestion immobilière, les parcours patients seront également repensés grâce à l’introduction d’outils numériques performants, conçus pour simplifier l’accès aux soins et améliorer l’expérience hospitalière. Ces solutions s’inscrivent dans une logique de modernisation des plateaux techniques notamment au sein du bâtiment Tripode de l’hôpital Pellegrin.

    Le plan prévoit aussi 340 millions d’euros pour des dépenses courantes en équipements biomédicaux, informatiques et hôteliers. Cette enveloppe s’ajoute aux 200 millions d’euros déjà budgétés pour les équipements dans les opérations « Nouveau CHU ». Ces investissements dotent les hôpitaux de dispositifs de diagnostic et de soin plus efficaces, mais aussi modernisent les infrastructures d’accueil des patients.

    En parallèle, le CHU s’engage dans une transition énergétique forte : amélioration de l’isolation, modernisation des installations techniques, et recours à des solutions de production d’énergie décarbonées. Ces évolutions convergent avec les ambitions numériques du projet, qui repose sur une interconnexion des systèmes techniques pour une gestion plus efficiente des ressources et des flux.

    Des projets, comme l’hôpital « femmes mères enfants », encore à financer 

    Premier employeur d’Aquitaine avec 15 000 professionnels, le CHU de Bordeaux se dote ainsi d’un outil technologique et organisationnel à la hauteur des enjeux actuels. L’intégration du numérique dans les soins, la logistique hospitalière et l’exploitation des bâtiments participe à redéfinir son rôle dans l’écosystème régional de santé. Si les financements sont en grande partie assurés — via des subventions (31 %), l’autofinancement (22 %), les emprunts (40 %) et les cessions (6 %) —, certains volets, comme le futur hôpital « femmes mères enfants » ou la restructuration des urgences adultes (300 millions d’euros), restent en recherche de financement.

  • AAP : la Fondation APICIL ouvre un appel à projets pour lutter contre la douleur et améliorer la santé psychique

    Mieux comprendre et accompagner la douleur

    Dans un communiqué publié en mai 2025, la Fondation APICIL contre la douleur annonce l’ouverture d’un appel à projets à destination des chercheurs, équipes médicales et paramédicales, ainsi que des associations à but non lucratif. L’objectif : soutenir des projets d’intérêt général qui prennent en charge la douleur dans ses dimensions à la fois physiques et psychiques. La Fondation rappelle que la douleur n’est jamais exclusivement corporelle ni strictement mentale : elle résulte d’interactions complexes entre corps et esprit. Les projets attendus doivent ainsi explorer ces intrications, proposer des approches croisées et outiller les soignants comme les patients pour mieux comprendre et accompagner ces expériences douloureuses.

    Recherche, formation, transmission : les types de projets éligibles

    L’appel à projets couvre un large éventail d’initiatives : recherche, expérimentation clinique, formation, sensibilisation ou encore transmission à destination des patients, proches et professionnels. Sont également acceptés les projets qui prolongent des démarches existantes ou s’insèrent dans des recherches en cours. Toutes les propositions seront examinées, à condition qu’elles s’inscrivent dans une volonté claire : améliorer la compréhension, l’accompagnement ou le soulagement des douleurs dans leur double dimension.

    Modalités de candidature (jusqu’au 21 mars 2026)

    Pour initier le dépôt, les porteurs de projets doivent envoyer une demande à l’adresse contact@fondation-apicil.org, incluant une brève note d’intention (10 lignes), l’identité de la structure et une estimation budgétaire. Si le projet entre dans le champ de l’appel, un dossier complet leur sera adressé. Les candidatures complètes sont à soumettre uniquement en version électronique avant le 31 mars 2026. Les résultats seront communiqués en juin de la même année. Les montants attribués seront définis en fonction des besoins spécifiques de chaque projet.

    La Fondation APICIL, reconnue d’utilité publique depuis 2004, a déjà soutenu plus de 1 000 projets autour de la douleur, à tous les âges de la vie. Par cet appel à projets, elle réaffirme son engagement pour une meilleure reconnaissance des liens entre douleur et santé mentale, en lien avec son conseil scientifique et son conseil d’administration.

  • Healthtech Accelerations Summit 2025 : rendez-vous le 26 juin pour accélérer l’accès aux traitements innovants

    Industrie, startups, patients : le Healthtech Summit veut accélérer la mise à disposition des thérapies

    L’édition 2025 du Healthtech Accelerations Summit (HAS) se tiendra le 26 juin à l’Institut du Monde Arabe (Paris 5ᵉ), réunissant entrepreneurs, investisseurs, institutionnels et représentants d’associations de patients autour des enjeux d’accélération de l’innovation en santé. Organisé par BiotechFinances, ce sommet vise à devenir un rendez-vous annuel d’échange sur l’accès accéléré aux innovations en santé pour les patients.

    Avec le code promotionnel réservé à nos membres Health&Tech – HTSBTF15 – bénéficiez d’une remise de 15% sur les frais d’inscription.

    Ouverture sur les modèles de réussite, et partage d’expériences croisées entre dirigeants et associations de patients

    La journée s’ouvrira sur une première table ronde consacrée aux facteurs de réussite entrepreneuriale dans les biotechs. Fondateurs Amolyt Pharma, Cellectis, Abivax et Mablink livreront leur retour d’expérience, animés par Jacques-Bernard Taste. Suivra l’intervention de Sandrine Courtes (Lab2Biotech), actrice du dialogue entre associations de patients et biotechs, pour une keynote centrée sur la place des patients dans la réussite des jeunes pousses. Une deuxième table ronde, animée par Guillaume Mollaret, réunira notamment Franck Mouthon (Inserm), Frédéric Girard (France Biotech), Philippe Lopes Fernandes (Ipsen), Guillaume Vignon (Novartis) et Charles-Edouard Escurat (Agence de l’innovation en Santé), afin d’identifier les conditions qui permettent de concrétiser et pérenniser des partenariats entre industrie et acteurs de la healthtech.

    LFSS 2025, PLFSS 2026 : quelles marges de manœuvre pour la santé ?

    L’après-midi abordera les freins au financement à grande échelle en Europe. Alors que les tours de table supérieurs à 100 M$ sont fréquents aux États-Unis, Cédric Bisson (Teralys), Antoine Papiernik (Sofinnova), Philippe Tibi et d’autres partenaires de fonds interrogeront la faisabilité d’une telle dynamique en France. Une dernière séquence, pilotée par Christine Colmont, dressera un premier bilan de la LFSS 2025 et des perspectives du PLFSS 2026, à mi-parcours du calendrier législatif.

    Les échanges se poursuivront avec le programme « Scale Up Booster » présenté par Medicen, et la remise d’un chèque par l’association Des Étoiles dans la Mer, représentée par le Dr Gaëtan Ligat. La journée se conclura par des rencontres apéritives sur le rooftop de l’Institut du Monde Arabe.

    📌Entièreté du programme du Healthtech Accelerations Summit #2

    📌Lien pour inscription

  • US : Burn-out médical réduit de 33 % en 30 jours grâce à l’ambient listening (Riverside Health)

    14 % de diagnostics HCC supplémentaires par consultation

    Riverside Health (groupe hospitalier basé en Virginie) affirme avoir enregistré une hausse de ses revenus et de ses marges nettes grâce à l’adoption de la technologie d’intelligence artificielle d’Abridge. Cet outil, fondé sur l’ambient listening, capte les conversations entre les médecins et les patients pour générer automatiquement des notes. Il permet non seulement de réduire la charge administrative des praticiens, mais aussi d’améliorer la qualité de la documentation médicale, avec un impact direct sur la facturation.

    Déployée depuis mai dernier, la solution d’Abridge a permis à Riverside d’augmenter de 14 % le nombre de diagnostics HCC (Hierarchical Condition Categories) documentés par rencontre patient. Selon Charles Frazier, directeur de l’information médicale et de l’innovation de Riverside, cette amélioration contribue à “une meilleure identification des pathologies, influant sur la complexité des soins”, ce qui optimise les remboursements et aligne les plans de soins sur les besoins réels.

    Hausse de la productivité médicale mesurée en wRVUs (+11%)

    L’outil a aussi permis une augmentation de 11 % des unités de valeur relative au travail (wRVU) enregistrées par les médecins du groupe. Le wRVU, ou “work Relative Value Unit” (unité de valeur relative du travail), est une mesure utilisée aux USA dans le système de remboursement des soins de santé, notamment dans le cadre du Medicare Physician Fee Schedule. Le wRVU quantifie la charge de travail d’un professionnel de santé (notamment des médecins) pour une prestation médicale donnée (temps passé, niveau de compétence, charge mentale, responsabilité associée à l’acte, etc.). Ce critère, utilisé pour mesurer l’intensité et la complexité des actes médicaux, est directement lié à la rémunération des praticiens.

    Une baisse de 33% de burn-out dès le premier mois

    Outre les bénéfices économiques, Riverside Health observe un effet immédiat sur le bien-être des équipes. D’après une enquête interne, 61 % des médecins se déclaraient en situation de burn-out avant le début du pilote. Trente jours après l’implémentation de la solution Abridge auprès de 30 médecins en soins primaires et spécialisés, ce taux avait chuté à 27,7 %. Ce résultat a convaincu la direction d’étendre la solution à plusieurs centaines de cliniciens du réseau.

    Alors que de nombreux établissements de santé expérimentent les outils d’IA générative pour la documentation, la question du retour sur investissement reste posée. Un rapport publié en mars par le Peterson Health Technology Institute soulignait l’absence de preuves solides sur l’impact financier de ces technologies. L’expérience de Riverside apporte donc un contrepoint à ces conclusions.

  • L’OMS prolonge sa stratégie mondiale de santé numérique jusqu’en 2027 et prépare la suivante pour 2028-2033

    Une stratégie prolongée pour accélérer l’intégration numérique

    Lors de la 78e Assemblée mondiale de la santé (WHA), les États membres ont validé la prolongation de la Stratégie mondiale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la santé numérique jusqu’en 2027. Lancée en 2020, cette initiative a pour but de guider les pays dans l’adoption et le déploiement des outils numériques en santé, en mettant l’accent sur l’amélioration des soins, l’équité et la résilience des systèmes. La stratégie repose sur plusieurs axes : renforcer la gouvernance, proposer des outils de mise en œuvre et soutenir la montée en puissance des technologies numériques à l’échelle nationale comme mondiale.

    Les États membres valident la préparation de la feuille de route santé numérique 2028-2033

    En parallèle de cette prolongation, les États membres ont également donné leur accord pour l’élaboration d’un nouveau cadre stratégique couvrant la période 2028-2033. Cette prochaine phase devra notamment permettre de consolider les acquis et de garantir une intégration équitable et à grande échelle des technologies numériques dans tous les systèmes de santé.

    Selon le Dr Alain Labrique, directeur du département Santé numérique et innovation de l’OMS, l’objectif n’est pas simplement d’étendre la stratégie existante de deux années supplémentaires, mais d’enclencher une accélération : « Nous entrons dans une phase où la santé numérique doit être intégrée de manière intentionnelle et équitable dans chaque système de santé. »

    Des avancées depuis 2020 : 1 600 responsables formés à la santé numérique et à l’IA dans plus de 100 pays

    Depuis le lancement de la stratégie, plusieurs jalons ont été franchis :

    • 129 pays se sont dotés d’une stratégie nationale de santé numérique.
    • Plus de 1 600 responsables gouvernementaux dans plus de 100 pays ont reçu une formation sur la santé numérique et l’intelligence artificielle.
    • 130 États membres ont mené une évaluation de leur maturité numérique.
    • L’OMS a mis en place le Global Digital Health Certification Network.
    • Des orientations sur l’IA en santé ont été diffusées et des ateliers ont accompagné les pays dans sa mise en œuvre éthique.
    • Des coopérations intergouvernementales ont été engagées dans quatre régions OMS, et 40 pays ont rejoint le Global Digital Health Partnership.

    Des outils opérationnels pour la transformation, une assistante vocale multilingue pour l’accès à l’information de santé

    Dans cette dynamique, l’OMS a multiplié les initiatives pour accompagner les pays. En 2024, elle a publié le Digital transformation handbook for primary health care, une feuille de route pour numériser les données de santé primaires. Elle a également lancé la version 2.0 de son Artificial Intelligence in Public Health Readiness Assessment Toolkit, conçu avec la Banque interaméricaine de développement (IDB) et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), afin d’évaluer la capacité des pays à intégrer l’IA dans leurs stratégies de santé publique.

    Enfin, l’OMS a dévoilé S.A.R.A.H. (Smart AI Resource Assistant for Health), une assistante vocale générative multilingue, destinée à fournir des informations fiables sur des sujets comme les maladies chroniques, la santé mentale ou la prévention. Disponible sur tout type d’appareil, elle couvre huit langues et vise un large accès à l’information de santé.

  • AAP : deux nouvelles plateformes de répit pour les aidants dans les Yvelines et l’Essonne (ARS IDF)

    Ouverture souhaitée d’ici le 1er janvier 2026.

    L’ARS Île-de-France lance un appel à candidatures, publié le 4 juin 2025, pour la création de deux nouvelles plateformes de répit à destination des aidants de personnes âgées en perte d’autonomie et/ou atteintes de pathologies neurodégénératives. Ce dispositif s’inscrit dans la déclinaison régionale de la stratégie nationale « Agir pour les Aidants 2023-2027 », dont la feuille de route 2024-2028 prévoit une couverture intégrale du territoire francilien.

    Bien que l’Île-de-France soit globalement bien pourvue en plateformes d’accompagnement et de répit (PFR), certaines zones des Yvelines (78) et de l’Essonne (91) restent à ce jour dépourvues. Pour combler ces lacunes, l’ARS cible ces deux départements dans cet appel à candidatures. L’objectif est d’installer une nouvelle PFR dans chacun d’eux, avec une ouverture souhaitée d’ici le 1er janvier 2026.

    Missions et modalités d’organisation attendues

    Les PFR ont pour fonction d’identifier et d’orienter les aidants vers les offres de répit existantes, en coordination avec les services départementaux et les partenaires locaux. Elles peuvent également proposer des prestations directes : soutien psychologique, formations, activités sociales, ou encore temps de répit à domicile ou en établissement.

    Les structures éligibles à cet appel sont :

    • Les EHPAD disposant d’un accueil de jour de minimum 6 places.
    • Les centres d’accueil de jour autonomes (CAJ) avec au moins 6 places.
    • Les services médico-sociaux pour personnes âgées, disposant d’un projet de service spécifique, de personnel qualifié et d’un lieu d’accueil identifié.

    Dépôt des candidatures jusqu’au 31 juillet 2025

    La période de dépôt des candidatures court du 3 juin au 31 juillet 2025. Les dossiers doivent être transmis en une seule fois, par voie dématérialisée, à l’adresse suivante :
    ARS-IDF-AAP-MEDICOSOCIAL-PA@ars.sante.fr, en précisant en objet : « AAC PFR PA + numéro du département concerné (78 ou 91) ».

  • EHDS : un règlement européen pour structurer l’accès aux données de santé d’ici 2028

    Publié au Journal officiel de l’Union européenne le 5 mars 2025 et entré en vigueur le 26 mars, le règlement relatif à l’espace européen des données de santé (EHDS) pose les bases d’un espace unifié pour la circulation des données médicales électroniques dans l’UE. Il permet l’accès, le contrôle et le partage transfrontalier de ces données par les citoyens et encadre leur réutilisation pour la recherche, l’innovation ou la régulation. Le texte prévoit également l’harmonisation des systèmes de dossiers médicaux électroniques (DME), pour renforcer l’interopérabilité et structurer un marché unique des services numériques de santé.

    Parmi les mesures on note :

    • Les droits harmonisés pour les patients européens sur l’accès à leurs données.
    • Les formats d’interopérabilité européens obligatoires pour les logiciels de dossier médical électronique (DME), soumis au marquage CE.
    • Le partage de données médicales entre professionnels de différents pays via l’infrastructure MyHealth@EU.L
    • La gouvernance renforcée avec des autorités de santé numérique et de surveillance des marchés désignées dans chaque État membre.
    • Et les mécanismes de transparence, de redevance et de protection de la propriété intellectuelle pour les détenteurs de données.

    L’espace européen des données de santé s’inscrit dans la continuité des cadres juridiques déjà en vigueur au sein de l’UE. Il complète et adapte aux spécificités du secteur de la santé les dispositifs existants, notamment

    Un socle réglementaire européen applicable directement dans les États membres

    Le règlement sur l’Espace européen des données de santé (EHDS) s’applique directement dans l’ensemble des États membres de l’Union européenne sans nécessité de transposition, tout en nécessitant une adaptation des dispositifs nationaux. Les citoyens pourront accéder gratuitement à leurs données, les enrichir, les corriger, limiter certains accès et s’opposer à leur usage secondaire. Les professionnels de santé bénéficieront d’un accès facilité aux dossiers médicaux, réduisant la charge administrative. Les chercheurs, régulateurs, industriels et décideurs publics pourront utiliser des volumes importants de données, sous conditions de sécurité et d’autorisation, dans un environnement pseudonymisé ou anonymisé.

    Une architecture réglementaire à mettre en œuvre à l’échelle nationale

    Les États membres doivent désigner trois types d’autorités prévues par le texte :

    • Une autorité nationale de santé numérique en charge de l’implémentation technique et fonctionnelle du dispositif.
    • Une autorité de surveillance des marchés pour encadrer les services et produits numériques liés à la santé.
    • Un organisme responsable de l’accès aux données (HDAB/ORAD), garant de la légalité et de la sécurité des accès aux données de santé à des fins secondaires.

    Ces autorités devront délivrer les autorisations, superviser les accès, organiser les traitements dans des environnements sécurisés, et garantir la traçabilité des usages. Le téléchargement de données personnelles reste interdit. En Allemagne par exemple, le BfArM assumera ce rôle. Le règlement impose également la création de catalogues nationaux de métadonnées décrivant les jeux de données disponibles, selon un standard harmonisé (Health DCAT-AP).

    Encadrement de l’usage secondaire et droit d’opposition

    Le règlement s’appuie sur les dispositifs européens existants (RGPD, règlements sur les données et la gouvernance des données, directive NIS) et ajoute des mesures spécifiques au secteur de la santé. Les articles 45 et 46 du règlement encadrent strictement l’accès aux données à des fins secondaires. L’autorisation ne peut être accordée qu’à des utilisateurs agréés, pour des usages définis (santé publique, recherche, innovation). Ces derniers doivent s’engager à rendre publics les résultats sous 18 mois et à respecter des règles strictes de confidentialité. Les détenteurs de données, y compris les établissements de recherche, ont l’obligation de les transmettre dans des délais raisonnables, sauf exceptions justifiées (publication scientifique en cours, essais cliniques non terminés).

    Le texte garantit aux citoyens un droit d’opposition à la réutilisation de leurs données à des fins secondaires, à l’exception des cas fondés sur un intérêt public supérieur. Ce droit devra être opérationnalisé juridiquement et techniquement par les États, ce qui soulève des inquiétudes sur son impact potentiel sur la représentativité des jeux de données.

    Interopérabilité, données sensibles et articulation avec le RGPD

    Le règlement EHDS inclut expressément les données génétiques et génomiques dans son périmètre, tout en laissant aux États la possibilité d’imposer des exigences renforcées. L’article 51 précise l’articulation avec le RGPD, sans exclure l’application de règles nationales plus strictes, notamment en matière de consentement ou de transfert hors UE. Les pays tiers et organisations internationales ne peuvent accéder aux données que dans un cadre de réciprocité et en conformité avec le RGPD. Les États conservent la faculté de limiter ces transferts.

    Un calendrier d’application réglementé jusqu’en 2035

    Le règlement prévoit un déploiement progressif :

    • 2027 : entrée en application des premières obligations (format des dossiers médicaux électroniques, désignation des autorités, mise en place d’infrastructures).
    • 2029 : interopérabilité obligatoire pour les prescriptions, dispenses et synthèses médicales.
    • 2031 : extension à l’imagerie et aux lettres de sortie.
    • 2035 : intégration éventuelle de connexions avec des pays tiers.

    En parallèle, les États doivent construire une gouvernance nationale adaptée, fixer les conditions d’accès aux données, établir les procédures administratives, et définir les mécanismes d’identification et de contrôle.

    Cas de la France : adaptation législative en cours

    En France, la Délégation au numérique en santé (DNS) coordonne une phase de concertation engagée en mars 2025, autour de 15 thèmes à forte portée juridique. Elle associe les parties prenantes institutionnelles, professionnelles, industrielles et citoyennes. Cette consultation alimentera un projet de loi attendu à l’automne, destiné à mettre en conformité le droit français avec le règlement européen. Un comité citoyen (“Pour un numérique en santé souverain, de confiance et inclusif”, publié par le Conseil économique, social et environnemental, réuni fin 2024), a déjà formulé des recommandations publiques sur la transparence. Le comité citoyen recommande une transparence sur l’usage des données de santé et un droit de refus clair pour les citoyens. Il plaide pour une gouvernance incluant les usagers et une vigilance accrue sur les biais et inégalités générés par les usages de l’IA. Enfin, il insiste sur la souveraineté des infrastructures et la protection des données sensibles.

    Un dispositif juridiquement structurant soutenu par des projets pilotes

    Le règlement EHDS s’appuie sur des projets techniques cofinancés par l’UE, en appui à sa mise en œuvre réglementaire. Le Health Data Hub est impliqué dans plusieurs d’entre eux :

    • HealthData@EU Pilot : création d’une infrastructure européenne de partage sécurisé.
    • TEHDAS2 : préparation des actes délégués du règlement.
    • QUANTUM : élaboration d’un label européen de qualité des données de santé, dont les premières spécifications ont été validées en février 2025.
    • SHAIPED : développement de solutions IA pour les dispositifs médicaux.

    Prochaines étapes réglementaires

    Le calendrier prévoit l’adoption prochaine des actes d’exécution par la Commission européenne, la publication de guides d’implémentation, et la mise en fonction des autorités nationales. Ce processus encadrera de manière juridiquement robuste l’ouverture progressive de l’accès aux données de santé à l’échelle européenne, à partir de 2027.

    Un impact économique et organisationnel attendu

    Selon les projections de la Commission, l’optimisation de l’usage des données pourrait générer 11 milliards d’euros d’économies en dix ans, améliorer l’efficience des systèmes de soins, et soutenir la croissance du secteur numérique en santé de 20 à 30 %. L’accès facilité aux antécédents médicaux à travers les frontières vise à améliorer les diagnostics, réduire les examens redondants et promouvoir une meilleure prise en charge.

  • 4 millions d’euros pour SHAIPED : l’Europe structure un espace commun de l’IA en santé

    Créer un espace européen de l’intelligence artificielle en santé, en soutenant l’intégration des dispositifs médicaux (DM) intelligents dans les systèmes de soins

    Financé par la Commission européenne à hauteur de 4 millions d’euros, SHAIPED facilite le développement de solutions d’intelligence artificielle dans les dispositifs médicaux en s’appuyant sur un accès sécurisé et structuré aux données de santé. L’objectif est double : améliorer la prise en charge des patients et renforcer la compétitivité européenne dans le domaine de la santé numérique. L’initiative s’inscrit dans la continuité du projet pilote préfigurant l’EHDS, également mené par le Health Data Hub. En facilitant l’utilisation secondaire des données de santé à l’échelle européenne, SHAIPED répond aux exigences de standardisation et de protection portées par le futur EHDS. Le consortium SHAIPED, le plus vaste à ce jour, rassemble les futurs organismes responsables de cet accès dans l’EHDS. Il prolonge les travaux du projet pilote EHDS, également porté par le HDH, qui vise à construire une infrastructure paneuropéenne pour l’usage secondaire des données.

    @ Health & Tech Intelligence

    Trois défis : Accès, validation, intégration

    SHAIPED se structure autour de trois axes opérationnels :

    • Faciliter l’accès aux données pour l’entraînement et la validation des DM basés sur l’IA.
    • Prouver leur efficacité clinique à large échelle.
    • Assurer leur intégration dans les systèmes d’information hospitaliers.

    Trois cas d’usage illustreront ces enjeux :

    • Insuffisance rénale chronique – coordonné par l’hôpital universitaire d’Aarhus (Danemark), ce volet testera l’adaptabilité de modèles d’IA à des données multisources européennes.
    • Détection des métastases – avec le Centre Léon Bérard et le HDH, ce cas portera sur l’analyse de cohortes pour évaluer la performance de l’IA en imagerie médicale (métastases pulmonaires, mammographies).
    • Prévention de l’insuffisance cardiaque – mené par la société française Implicity, il évaluera un logiciel embarqué dans des pacemakers.

    Des partenaires publics européens, préfigurant les HDABs

    Le consortium rassemble des futurs organismes nationaux d’accès aux données de santé (HDABs), notamment :

    • Le Croatian Institute of Public Health.
    • Le Finnish Institute for Health and Welfare.
    • La Danish Health Data Authority.
    • L’Instituto Aragonés de Ciencias de la Salud.
    • Le Norwegian Institute of Public Health.
    • L’Universitat Politècnica de València, etc.

    En France, le Health Data Hub est désigné comme acteur central du EHDS. En 2024, il a accompagné 158 projets de recherche, dont 54 % portés par des hôpitaux et 28 % par des industriels. Ce consortium s’inscrit au croisement de deux régulations majeures ; le règlement EHDS, qui encadre les conditions d’accès, de pseudonymisation, de traitement et de gouvernance des données de santé dans l’Union, et le règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act), qui définit les obligations pour les systèmes à haut risque, dont font partie les dispositifs médicaux reposant sur l’IA. Un premier bilan de SHAIPED est attendu à l’automne 2025.

  • Findata, un modèle nordique qui inspire l’Europe de la donnée de santé

    Finlande : Un guichet unique pour l’usage secondaire des données de santé

    La Finlande a pris une longueur d’avance avec Findata, guichet unique pour l’usage secondaire des données de santé. Un modèle dont s’inspirent plusieurs pays européens, malgré des différences structurelles.

    Créée en 2019 et opérationnelle depuis 2020, Findata est l’autorité finlandaise chargée de délivrer les permis pour l’usage secondaire des données sociales et de santé. Contrairement à d’autres pays où les chercheurs doivent encore solliciter chaque organisme détenteur de données séparément, Findata joue le rôle de guichet unique. Elle centralise les demandes, collecte les données auprès de multiples sources publiques et privées, les pseudonymise, et les met à disposition dans un environnement sécurisé, baptisé Kapseli.

    L’accès aux données est strictement encadré par l’Act on the Secondary Use of Health and Social Data, en vigueur depuis 2019. Cette loi définit un cadre légal précis pour l’exploitation des données à des fins secondaires : recherche, innovation, statistiques ou développement de services. Elle a permis la création de Findata comme guichet unique national, imposant la pseudonymisation systématique des données, l’usage d’un environnement sécurisé, et le respect rigoureux du RGPD. Ce cadre garantit à la fois la protection des données individuelles, la traçabilité des traitements et une organisation efficace des demandes. Ce cadre juridique renforce la conformité au RGPD, tout en assurant la protection des données individuelles et la traçabilité des traitements.

    Un contexte européen en construction

    Dans le reste de l’Europe, les HDABs se mettent en place pour préparer l’arrivée de l’EHDS. Mais les écarts sont encore importants : manque d’interopérabilité, absence de standards partagés, gouvernances fragmentées. Un benchmark de 2020 (les structures d’accès et de gouvernance des données de santé Restitution du benchmark international 2020 – Health Data Hub) avait déjà révélé ces disparités, accentuées par des interprétations divergentes du RGPD.

    Deux approches contrastées : Findata vs Health Data Hub

    En France, le Health Data Hub (HDH) joue un rôle comparable à Findata, mais selon une logique différente. Là où Findata assure l’ensemble du processus, depuis la demande jusqu’à la mise à disposition des données pseudonymisées, le HDH fonctionne surtout comme une plateforme d’interconnexion, devant coordonner avec de nombreux détenteurs de données et instances réglementaires.

    Concrètement, un projet en France doit passer par plusieurs étapes externes : validation éthique par le CESREES, autorisation de la CNIL, puis signature d’une convention avec le HDH. En Finlande, Findata statue seule sur les autorisations, sans comité externe, ce qui réduit considérablement les délais. Autre différence majeure : le HDH ne gère pas directement les extractions de données et dépend d’accords multiples avec les producteurs de données, alors que Findata centralise ces opérations. La plateforme finlandaise s’occupe également de la pseudonymisation et héberge les données dans un environnement sécurisé intégré, Kapseli, accessible uniquement à distance. Enfin, la Finlande fournit dès le départ une estimation claire des coûts et délais, ce qui est encore peu formalisé côté français.

    @Health & Tech Intelligence

    Un partenariat franco-finlandais autour des données de santé

    Depuis 2021, un accord de coopération a été signé entre le HDH et Findata pour mutualiser leurs expertises et relever ensemble les défis européens. Cette collaboration s’organise autour de quatre axes clés : le développement de catalogues de métadonnées, la définition de bonnes pratiques d’accès et de gestion des données, le renforcement de la coopération internationale, et la mise en place d’une communication commune. Ces efforts visent à anticiper les besoins futurs de l’EHDS et à poser les bases d’un cadre transfrontalier performant et sécurisé, conforme aux principes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable).

    Une longueur d’avance dans la structuration et l’exploitation des données de santé

    La Finlande dispose d’un avantage majeur : une longue tradition de numérisation des données de santé, bien structurées et disponibles à grande échelle. Findata peut ainsi s’appuyer sur un catalogue national aligné avec les principes FAIR, facilitant l’accès pour les chercheurs et les institutions. En 2024, le pays a lancé FinHITS, un projet de modernisation de son infrastructure soutenue par l’Union européenne. Objectifs : automatiser les processus, enrichir les métadonnées, améliorer l’environnement d’analyse Kapseli (une plateforme sécurisée à distance, développée par Findata, où les utilisateurs autorisés peuvent analyser les données sans jamais y avoir accès directement) et anticiper les exigences du futur EHDS, prévu pour 2028.

    Une coopération européenne déjà engagée

    Findata ne reste pas isolée dans son développement. En plus de sa coopération avec le HDH, elle s’inscrit dans la dynamique de TEHDAS (Towards the European Health Data Space), une initiative européenne impliquant 25 États membres. L’enjeu est d’harmoniser les pratiques d’accès aux données, développer des standards communs et créer un socle partagé à l’échelle continentale. Les différences entre les modèles nationaux (plus centralisé pour la Finlande, plus distribué pour la France) illustrent les défis à venir, mais aussi les complémentarités possibles au sein de l’EHDS.

    Standardisation, confiance et coopération : des enseignements pour l’Europe

    Le modèle Findata repose sur trois piliers : un cadre législatif clair, une infrastructure technique robuste et une gouvernance collaborative. Il ne s’agit pas pour les autres pays de le copier à l’identique, mais d’en tirer des enseignements : la standardisation, la confiance des citoyens et la coopération sont les conditions d’un EHDS réussi. Si chaque pays conserve ses spécificités, l’exemple finlandais pourrait devenir une référence fonctionnelle pour l’EHDS, à condition que l’Europe réussisse à surmonter les freins liés à la fragmentation juridique, à l’interopérabilité et à la gouvernance. La coopération transfrontalière, comme celle entre Findata et le HDH, préfigure ce que pourrait être un futur écosystème européen de la donnée de santé.

     

  • Vers une gouvernance européenne des données de santé : 158 projets accompagnés, 1 pétaoctet traité par le Health Data Hub

    Origine et cadre de développement des HDABs en Europe

    Les Health Data Access Bodies (HDABs) sont les entités nationales chargées d’autoriser l’accès à des données de santé à des fins dites secondaires : recherche, innovation, planification ou politique publique. Préfigurées par la proposition de règlement sur l’Espace européen des données de santé (EHDS), ces structures seront désignées par chaque État membre et auront un rôle dans l’encadrement de la réutilisation des données de santé, en garantissant à la fois la sécurité, l’éthique et l’efficacité des processus. En France, cette fonction est déjà assumée par le Health Data Hub (HDH), désigné comme acteur national dans le réseau européen en construction.

    L’idée d’une communauté de pratique des HDABs (HDABs-CoP) est née dans le cadre de l’appel à projets EU4Health 2022. Cette communauté a été formalisée entre autorités compétentes de l’UE et de l’Espace économique européen, dans une logique de convergence des pratiques réglementaires, de mutualisation des solutions et de montée en compétence. Le règlement EHDS (European Health Data Space) donnera à ces structures un cadre juridique européen. En parallèle, plusieurs projets pilotes (TEHDAS2, EHDS2Pilot, QUANTUM) testent les conditions techniques et organisationnelles de cette gouvernance à venir.

    Missions des HDABs : cadre réglementaire et opérationnel

    Les HDABs auront pour missions principales :

    • De recevoir et instruire les demandes d’accès aux données de santé.
    • De vérifier leur conformité aux finalités autorisées (excluant par exemple les usages commerciaux directs ou publicitaires).
    • De garantir un traitement sécurisé et pseudonymisé des données via des environnements certifiés.
    • D’assurer l’interopérabilité avec les autres États membres via l’infrastructure européenne HealthData@EU.

    Chaque HDAB national devra aussi documenter les bases de données accessibles à travers des catalogues de métadonnées, harmoniser les critères de qualité, publier un registre public des projets autorisés, et assurer la transparence.

    Le Health Data Hub, préfiguration française du HDAB

    En France, le Health Data Hub joue d’ores et déjà ce rôle pour les projets mobilisant la base principale du Système national des données de santé (SNDS). En 2024, le HDH a accompagné 158 projets, dont 54 % portés par des hôpitaux, et 28 % par des industriels, avec 27 projets ayant produit des résultats. Sa plateforme technologique traite désormais près de 1 pétaoctet de données. Certains projets mobilisent des volumes de 300 téraoctets. En parallèle, un partenariat renforcé avec l’Assurance maladie (CNAM) permet au HDH de réaliser plus de 300 extractions et une trentaine d’appariements en autonomie, facilitant l’accès à la base principale du SNDS.

    Appariement, standardisation et sécurité : les chantiers techniques

    Trois enjeux techniques structurent la fonction de HDAB :

    • Appariement sécurisé : en France, le HDH a mis en place un concentrateur permettant d’effectuer des chaînages directs (avec ou sans NIR) entre différentes bases. Cette solution, utilisée notamment dans le projet SMPP de l’Université Paris-Cité, réduit les délais de mise à disposition.
    • Standardisation : le HDH travaille au format OMOP-CDM pour structurer les données. En 2024, plus de 3 millions d’enregistrements ont été convertis, notamment pour le réseau européen DARWIN EU.
    • Sécurité : la plateforme technologique du HDH est homologuée selon le nouveau référentiel de sécurité du SNDS publié en mai 2024. Toutes les données directement identifiantes y sont chiffrées en transit et au repos.

    Accès et réutilisation : des outils pour les porteurs de projets hospitaliers

    L’accès à la base principale du SNDS représente un enjeu pour les hôpitaux. Ceux-ci représentent plus de la moitié des projets accompagnés. Pour les soutenir :

    • 16 sessions de formation ont été organisées en 2024 (1 100 participants).
    • Une bibliothèque ouverte d’algorithmes (BOAS) compte déjà 23 contributions open source.
    • Plusieurs kits pédagogiques ont été publiés, notamment sur les procédures réglementaires (MR-007, MR-008).
    • Des MOOC sont accessibles en ligne, avec 100 consultations mensuelles en moyenne.

    Par ailleurs et d’ici 2025, le catalogue du SNDS comptera 22 bases de données, consolidant son rôle central dans l’accessibilité aux données de santé. Douze nouvelles bases y ont été intégrées en mars 2025, parmi lesquelles figure P4DP, le premier entrepôt de données en médecine de ville. Ces ajouts viennent compléter les dix bases initialement inscrites par l’arrêté du 12 mai 2022. À ce jour, une trentaine de producteurs sont déjà connectés au Health Data Hub, permettant des processus d’ingestion de données en moins de 48 heures dans certains cas. Le catalogue de métadonnées associé, désormais aligné sur la norme européenne HealthDCAT-AP, fait l’objet d’un déploiement en version open source.