

Mieux exploiter les données
Le rapport trace plusieurs lignes de force transversales.
Premier chantier : la révolution du pilotage par les données. Car si la France dispose de bases de données parmi les plus riches au monde, leur potentiel reste largement sous-exploité. Les auteurs appellent à standardiser les indicateurs de qualité, d’efficience et d’équité, à faire dialoguer des systèmes d’information encore trop cloisonnés, et à ouvrir davantage l’accès aux chercheurs comme aux décideurs. L’ambition : bâtir de véritables outils d’aide à la décision, nourris par la donnée.
Le rapport plaide aussi pour généraliser une culture du benchmarking, comparer les pratiques d’un territoire à l’autre, identifier ce qui fonctionne, s’en inspirer. Et pour donner du relief aux stratégies nationales, des objectifs “SMART“, mesurables et datés.
Renforcer le rôle des acteurs territoriaux
Autre message : il faut rééquilibrer le pouvoir entre Paris et les territoires. Le rapport appelle à renforcer le rôle des acteurs de terrain, à commencer par les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), dans la conception et le déploiement des actions de prévention.
L’idée de co-construction irrigue l’ensemble du rapport : associer professionnels et patients à l’élaboration des recommandations cliniques pour qu’elles soient réellement appropriées. Les formats numériques, plus souples, doivent accélérer leur diffusion. Enfin, les auteurs pointent un mal bien connu : la fragmentation entre État, Assurance maladie et collectivités. Sans meilleure coordination, difficile d’espérer des politiques cohérentes.
Repenser les indicateurs
Pour agir plus tôt, il faut repenser l’organisation des soins. Le rapport préconise de resserrer les liens entre médecine de ville, prévention et dispositifs communautaires, seule manière de réduire les ruptures qui jalonnent encore trop de parcours patients.
Les indicateurs eux aussi doivent évoluer : moins centrés sur l’activité, davantage sur les résultats. Cela inclut l’expérience vécue par les patients et, surtout, les délais, entre dépistage et diagnostic, entre diagnostic et traitement. Mesurer systématiquement le stade des maladies au moment du diagnostic permettrait d’objectiver les inégalités et de s’y attaquer.
Investir dans la prévention et la valeur
Le nerf de la guerre, c’est le financement. Le rapport avance plusieurs propositions :
- Des budgets pluriannuels, construits à partir des besoins de santé.
- Une décentralisation partielle des enveloppes vers les ARS.
- Un budget sanctuarisé pour la prévention, à l’abri des arbitrages de court terme.
Au-delà, c’est tout le modèle de rémunération qui doit bouger. Place à des modèles mixtes, intégrant des objectifs de qualité et de résultats. Et pour aligner les dépenses sur les bénéfices cliniques, le rapport juge indispensable de comparer les performances des offreurs de soins.
Simplifier les coopérations et diversifier les compétences
Pas de transformation sans les professionnels. Le rapport recommande d’élaborer une véritable stratégie nationale des ressources humaines en santé, capable d’anticiper les besoins futurs, d’intégrer les évolutions technologiques et de tirer parti des gains d’efficience.
Plusieurs leviers sont identifiés : diversifier les compétences (notamment numériques), développer le travail en équipe, simplifier les protocoles de coopération entre professionnels. La formation initiale et continue doit elle-même évoluer, en mettant l’accent sur les compétences transversales (prévention, collaboration, approche centrée sur le patient).
Transformer l’accès aux traitements innovants
Dernier volet : les médicaments et technologies de santé, avec un double défi : garantir l’accès tout en maîtrisant les coûts. Le rapport recommande de s’appuyer davantage sur les données en vie réelle pour évaluer les innovations, et d’adapter en conséquence les mécanismes de prix et de remboursement. L’objectif : garantir un accès équitable aux traitements innovants, fondé sur des évaluations continues de leur bénéfice réel.
Au fond, le rapport dépasse la somme de ses recommandations sectorielles. Il dessine un changement de paradigme :
- Du curatif au préventif.
- Du volume à la valeur.
- D’un système fragmenté à un modèle intégré.
Le fil rouge est : anticiper plutôt que réparer. Et pour y parvenir, ancrer la prévention et le diagnostic précoce dans les structures, les financements et les pratiques.
Or, Z., & Parry, A. (2026). Feuille de route stratégique pour un système de santé soutenable et résilient : agir en amont face aux maladies chroniques (Rapport n° 603). Paris : Irdes.
