VERDU BISSI Alexandre

  • 7 cas d’usage de l’IA pour lutter contre l’inobservance thérapeutique

    Agir sur les racines du décrochage thérapeutique

    L’IA marque une rupture dans la lutte contre l’inobservance. Jusqu’à présent, les solutions traitaient les symptômes du problème (l’oubli). Aujourd’hui, grâce à l’analyse de données massives et aux sciences comportementales, l’IA permet d’agir sur les facteurs primaires (structurels et physiques) et secondaires (psychologiques et sociaux) qui poussent un patient à abandonner son traitement.

    Neutraliser les facteurs primaires :

    Les facteurs primaires sont les obstacles “physiques” ou structurels, comme la perte d’autonomie, la complexité des ordonnances (polymédication) ou la dégradation de l’état de santé.

    • L’IA comme filtre de complexité : La surcharge médicamenteuse est la première cause de confusion chez les seniors. Des solutions comme Posos (utilisées aux CHU d’Amiens et de Bordeaux) permettent une dé-prescription assistée. En analysant les redondances, l’IA aide le médecin à “nettoyer” l’ordonnance, réduisant la charge mentale du patient et rendant l’adhérence logistiquement possible.

    • La prédiction par les données nationales : Grâce aux données du SNDS, des algorithmes comme ceux de Sêmeia ou ExactCure (Projet AdhERence au CHU de Nice) identifient les profils à haut risque avant même que l’arrêt ne survienne. En détectant des signaux faibles dans l’historique de remboursement ou les données cliniques, l’IA permet aux équipes de soins d’anticiper la rupture de parcours.

    Réguler les facteurs secondaires :

    Les facteurs secondaires sont souvent invisibles : le stress, la peur des effets secondaires, ou les fausses croyances. Ce sont des causes “silencieuses” mais massives de non-adhérence.

    • Le décodage comportemental : Le moteur SPUR (Observia), utilisé par le groupe Vivalto Santé, transforme la psychologie du patient en données exploitables. En identifiant si le frein est rationnel, social ou psychologique, l’IA permet aux soignants d’ajuster leur accompagnement de manière personnalisée.

    • La réassurance contre l’angoisse : Les effets secondaires génèrent une angoisse qui pousse à l’arrêt volontaire. Les outils de télésurveillance comme Resilience (déployé à Gustave Roussy et au Centre Léon Bérard) utilisent des agents conversationnels pour expliquer un symptôme en temps réel, réduisant le stress et évitant l’abandon thérapeutique.

    • Le coaching nutritionnel et quotidien : Pour le diabète, l’adhérence est liée au mode de vie. Des solutions comme Oviva ou DiabHealth utilisent l’IA pour analyser les journaux alimentaires par photo. Ce feedback instantané et la gamification renforcent l’engagement du patient et simplifient le suivi glycémique.

    Le pharmacien “augmenté” comme filet de sécurité :

    L’impact de l’IA se déploie jusqu’au dernier maillon : l’officine. Avec Vidal Sentinel, le pharmacien dispose d’un scoring d’adhérence prédictif lors du scan de l’ordonnance. Si l’algorithme détecte une menace de rupture (basée sur la complexité ou l’historique), il alerte le professionnel. Ce score transforme la délivrance en un entretien préventif ciblé, permettant d’intervenir avant le décrochage définitif.

  • Interopérabilité : un coût de 360 M€ à 1,8 Md€, France Biotech propose une feuille de route

    Une interopérabilité encore largement inaboutie

    L’étude mené sur un panel de 120 sociétés – allant des éditeurs de logiciel, aux institutionnels, en passant par les offreurs de soins et les industriels – met en évidence un paradoxe bien connu des acteurs du secteur : la France dispose d’un tissu riche d’éditeurs, de start-ups et d’établissements engagés dans la transformation numérique, mais peine encore à faire circuler efficacement les données de santé. Ce problème représente un énorme manque à gagner pour les établissements de santé, puisque le collectif estime que la difficulté d’interopérabilité des données de santé coûte à la collectivité entre 360 millions et 1,8 milliard d’euros par an.

    Le coût annuel de l’interopérabilité estimé dans les établissements (achats et dépenses depersonnel) - France Biotech
    Le coût annuel de l’interopérabilité estimé dans les établissements (achats et dépenses de
    personnel) – France Biotech

    En cause, plusieurs facteurs structurels. D’abord, la coexistence de multiples standards techniques, parfois mal implémentés ou interprétés différemment selon les acteurs. Ensuite, une forte hétérogénéité des systèmes d’information hospitaliers, souvent construits par empilement successif de briques logicielles peu compatibles entre elles.

    Résultat : les données sont disponibles, mais difficilement exploitables à grande échelle. Les cas d’usage avancés, en particulier ceux liés à l’intelligence artificielle, à la recherche clinique ou à la médecine personnalisée, se heurtent à des coûts d’intégration élevés et à des délais de déploiement incompatibles avec les attentes du terrain.

    Cette situation n’est pas seulement technique.

    Elle a des conséquences directes sur l’innovation et la qualité des soins :

     des impacts concrets sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

    Est-ce que les problèmes d'interroperabilité impactent les activités de santé ? - France Biotech
    Est-ce que les problèmes d’interroperabilité impactent les activités de santé ? – France Biotech

    Pour les industriels et start-ups, le manque d’interopérabilité constitue un frein à l’industrialisation. Chaque déploiement nécessite des développements spécifiques, limitant les effets d’échelle et ralentissant l’accès au marché. Pour les établissements de santé, cela se traduit par une difficulté à intégrer de nouvelles solutions, même lorsqu’elles sont pertinentes. L’absence de fluidité dans les échanges de données complexifie les parcours patients et limite les gains organisationnels attendus. Enfin, pour les professionnels de santé, cela renforce la fragmentation de l’information, avec des données dispersées dans plusieurs outils, peu ou mal synchronisés. À terme, c’est la qualité et la continuité des soins qui peuvent être impactées.

    Une problématique aussi organisationnelle que technique

    L’un des apports majeurs de l’étude est de dépasser une lecture purement technologique du sujet. L’interopérabilité ne se résume pas à des standards ou à des API : elle repose aussi sur des choix de gouvernance, des modèles économiques et des incitations. Le collectif souligne notamment le manque d’alignement entre les différents acteurs : éditeurs, établissements, pouvoirs publics. Chacun avance avec ses propres contraintes et priorités, sans toujours converger vers une vision commune. Cela conduit à ce que plus de 70% des interrogés expliquent rencontrer des problèmes dans leurs intégrations de données.

    70% des interrogés expliquent rencontrer des problèmes dans leurs intégrations de données - France Biotech
    70% des interrogés expliquent rencontrer des problèmes dans leurs intégrations de données – France Biotech

    Par ailleurs, les incitations économiques restent limitées. L’interopérabilité est souvent perçue comme un coût, en développement, en maintenance, en conformité, sans retour immédiat pour les acteurs qui l’implémentent.

    Trois axes de résolution pour structurer un cadre commun

    Face à ce constat, France Biotech propose une approche pragmatique, articulée autour de plusieurs leviers.

    • Premier axe : renforcer l’adoption et l’implémentation effective des standards existants. Il ne s’agit pas nécessairement d’en créer de nouveaux, mais de mieux utiliser ceux qui sont déjà disponibles, en garantissant leur bonne application.
    • Deuxième levier : améliorer la lisibilité du cadre réglementaire et technique. Les acteurs ont besoin de référentiels clairs, stables et opérationnels pour intégrer l’interopérabilité dès la conception de leurs solutions.
    • Troisième point clé : développer des mécanismes d’incitation. Cela peut passer par des critères d’éligibilité dans les appels d’offres, des financements conditionnés ou encore des dispositifs de labellisation valorisant les solutions réellement interopérables.

    Enfin, le collectif insiste sur la nécessité de renforcer les espaces de collaboration entre acteurs publics et privés. L’interopérabilité ne peut pas être décrétée : elle doit être co-construite.

    Des recommandations qui penchent vers une stratégie nationale plus structurée

    L’étude formule plusieurs recommandations.

    Elle appelle d’abord à une clarification du rôle des pouvoirs publics dans la gouvernance de l’interopérabilité, avec une vision stratégique plus affirmée et une coordination renforcée entre initiatives existantes. Elle recommande également de systématiser l’intégration de l’interopérabilité dans les politiques publiques numériques en santé, en en faisant un prérequis et non un objectif secondaire.

    Autre point central : accompagner les acteurs, notamment les plus petits, dans la mise en conformité. Cela suppose des outils, des guides, mais aussi des dispositifs de soutien financier.

    Enfin, le collectif France Biotech plaide pour une approche plus européenne, afin d’aligner les efforts nationaux avec les dynamiques en cours à l’échelle de l’Union européenne, notamment dans la perspective du développement des espaces européens de données de santé.

  • Données de santé : le Luxembourg affirme une souveraineté nationale mais ne ferme pas la porte à des initiatives européennes

    La souveraineté pour les données sensibles comme seul mot d’ordre

    Interrogés par des députés sur les choix d’hébergement des données de santé et les risques de dépendance vis-à-vis d’acteurs étrangers, le gouvernement luxembourgeois a clarifié sa position. Ce dernier défend un principe central, celui de la garantie de la maîtrise des infrastructures critiques et limiter les dépendances vis-à-vis d’acteurs étrangers, en particulier extra-européens.

    Concrètement, cette stratégie repose sur un socle public, le GovCloud opéré par le Centre des technologies de l’information de l’État luxembourgeois (CTIE). Les principales institutions sanitaires, telles que le ministère de la Santé, l’Inspection générale de la sécurité sociale, ou l’Observatoire de la santé, y hébergent déjà leurs données. Le positionnement est explicite : les données hospitalières sensibles sont conservées dans des infrastructures sécurisées situées au Luxembourg.

    Pour les décideurs, cette approche vise à répondre directement aux préoccupations liées :

    • aux risques d’accès extraterritorial ;
    • à la dépendance technologique ;
    • et à la continuité de service.

    Le dossier patient au cœur du modèle souverain :

    Le dossier de soins partagé (DSP) luxembourgeois illustre cette stratégie. Sa nouvelle génération, en lien avec l’Espace européen des données de santé (EHDS), sera désormais hébergée au sein des infrastructures publiques nationales.

    Ce choix est structurant. En effet, il consacre le DSP comme actif souverain, au cœur de l’écosystème numérique de santé luxembourgeois. Pour les décideurs, cela traduit une évolution importante : désormais, les plateformes de données ne sont plus de simples outils techniques, mais des infrastructures critiques relevant de politiques publiques.

    Un modèle hybride pour permettre la recherche à l’échelle européenne

    Si la souveraineté est affirmée sur les données sensibles, le Luxembourg adopte une approche plus ouverte pour les usages de recherche. Les institutions comme le Luxembourg Institute of Health ou l’université du Luxembourg s’appuient sur :

    • des infrastructures nationales ;
    • mais aussi des clouds localisés en Europe, notamment en Allemagne.

    Ce modèle hybride permet de protéger les données sensibles, tout en facilitant les collaborations scientifiques internationales, et s’inscrit également pleinement dans la logique du futur EHDS, qui repose sur la circulation encadrée des données à des fins de recherche.

    Une alternative au modèle français :

    Sans se positionner frontalement sur les choix français, le Luxembourg propose une alternative claire à l’hébergement des données de santé dans une solution américaine, permettant :

    • une souveraineté opérationnelle sur les données critiques ;
    • combinée à une interopérabilité européenne maîtrisée.

    Cette approche évite une opposition binaire entre souveraineté et innovation. Elle reconnaît que certaines données doivent rester strictement sous contrôle national, tandis que d’autres usages nécessitent une ouverture pour créer de la valeur scientifique.

    Vers un modèle reproductible ?

    Au-delà du cas luxembourgeois, cette stratégie illustre une tendance émergente en Europe : la recherche d’un équilibre entre souveraineté, conformité réglementaire et performance scientifique. Dans ce contexte, la France semble progressivement converger vers une structuration comparable. Après plusieurs années de débats autour de l’hébergement du HDH, les pouvoirs publics ont engagé une réorientation stratégique visant à renforcer la maîtrise des infrastructures.

    L’enjeu est désormais clairement identifié : sélectionner un hébergeur répondant à des exigences élevées en matière de sécurité et de souveraineté, notamment via la qualification SecNumCloud délivrée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information. Cette évolution traduit une volonté de limiter les risques juridiques liés aux acteurs extra-européens, tout en maintenant la capacité d’exploiter les données à des fins de recherche.

    Pour les décideurs, cette trajectoire marque un tournant : la France passe progressivement d’un modèle centré sur la performance technologique à une approche intégrant pleinement les enjeux de souveraineté, de conformité et de confiance.

  • Imagerie médicale : l’Anap publie un référentiel national pour intégrer l’éco-responsabilité au cœur des pratiques

    Avec 138 millions d’actes réalisés chaque année, l’imagerie médicale constitue un gisement d’action encore largement sous-exploité. Derrière ces volumes se cachent des impacts environnementaux significatifs, liés notamment à la consommation énergétique des équipements, à l’usage de produits de contraste et à la gestion des données numériques.

    Le référentiel – fruit d’une collaboration entre l’Anap, la SFR et le Collectif écoresponsabilité en santé (Ceres) – apporte ici un premier niveau de quantification, en objectivant l’empreinte carbone de certains examens :

    • environ 19 kg de CO₂e pour une IRM,
    • contre 6 kg pour un scanner.

    Pour les décideurs, cet apport permet de passer d’une approche abstraite de la transition écologique à une logique pilotable, fondée sur des indicateurs concrets.

    Structurer l’action de la sensibilisation à l’opérationnel

    L’un des apports du référentiel réside dans sa dimension opérationnelle. Il ne se limite pas à poser des principes, mais propose des recommandations directement activables, validées par les sociétés savantes.

    Ces recommandations couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur :

    • optimisation énergétique des équipements,
    • gestion du cycle de vie des données et du stockage numérique,
    • usage raisonné des produits de contraste,
    • réduction des consommables et amélioration du tri des déchets.

    Cette approche globale traduit une évolution importante : la transition écologique n’est plus traitée comme un sujet périphérique, mais comme une dimension intégrée de la qualité et de la performance des soins.

    Des retours d’expérience pour accélérer le passage à l’échelle

    Pour une approche encore plus structurante, le référentiel intègre des retours d’expérience concrets. Il s’appuie sur des projets déjà déployés dans des établissements, avec des résultats mesurables. Ces cas d’usage permettent d’objectiver les gains potentiels, tant environnementaux qu’économiques. Par exemple, certaines optimisations dans l’utilisation des produits de contraste permettent à la fois de réduire les déchets plastiques et les coûts associés.

    Parmi les initiatives identifiées, plusieurs leviers concrets émergent déjà sur le terrain :

    • D’abord, l’optimisation des produits de contraste constitue un cas d’usage emblématique : certains établissements ont mis en place des injecteurs multi-patients, permettant de réduire significativement les volumes perdus, tout en diminuant fortement les déchets plastiques associés.
    • Autre levier, la gestion énergétique des équipements d’imagerie. Des services ont engagé des démarches d’extinction automatique ou de mise en veille optimisée des IRM et scanners en dehors des plages d’activité, avec des gains mesurables en consommation électrique, sans impact sur la qualité des soins.
    • Le numérique et le stockage des images représentent également un axe clé. La rationalisation des durées de conservation, la compression des images ou encore l’optimisation des infrastructures de stockage permettent de limiter l’empreinte environnementale liée aux volumes massifs de données générées en imagerie.
    • Enfin, certains établissements travaillent sur la pertinence des examens, en renforçant les protocoles de prescription pour éviter les actes redondants ou non nécessaires. Ce levier, souvent sous-estimé, permet à la fois de réduire l’empreinte carbone globale et d’améliorer la qualité des parcours patients.

    Vers une généralisation des référentiels “verts” en santé ?

    Cette publication s’inscrit dans une dynamique plus large portée par l’Anap, qui avait déjà structuré une première approche sur le bloc opératoire. L’imagerie constitue ici une nouvelle étape, avec une ambition claire : outiller les établissements pour agir à grande échelle.

    D’autres référentiels sont annoncés, notamment sur la maternité, la pharmacie ou encore l’hospitalisation. Cette logique de déclinaison par secteur traduit une stratégie progressive mais structurée : transformer les pratiques au plus près du terrain, service par service.

    Mais au-delà de la réduction de l’empreinte carbone, ce référentiel illustre une évolution plus profonde du système de santé. Il introduit une nouvelle grille de lecture, où la performance hospitalière intègre désormais des critères environnementaux aux côtés des dimensions économiques et cliniques. Pour les décideurs, l’enjeu est désormais clair : faire de l’éco-responsabilité non pas une contrainte supplémentaire, mais un levier de transformation des organisations et des pratiques médicales.

  • Données de santé : 35 millions de patients exposés après des cyberattaques sur des ARS

    D’une attaque ciblée à une diffusion incontrôlée des données

    L’attaque initiale, attribuée au cybercriminel connu sous le pseudonyme de “Marak”, avait déjà suscité de fortes inquiétudes par son ampleur. À l’époque, celui-ci affirmait, lors de son arrestation, ne pas vouloir monétiser les données et présentait cette fuite comme un « trophée ».

    Mais quelques mois plus tard, la situation évolue : la base de données est désormais récupérée par le groupe Dumpsec, connu pour la revente de bases massives sur les forums spécialisés. Elle est aujourd’hui proposée à la vente, confirmant un basculement classique dans l’économie cyber : une donnée volée finit presque toujours par être exploitée. Pour les décideurs, ce point est critique : le risque ne s’arrête plus à l’attaque initiale, il s’inscrit dans une chaîne de revalorisation criminelle.

    Un volume inédit qui confirme une industrialisation des attaques :

    Avec ces 35 millions de lignes, l’incident des agences régionales de santé (ARS) s’inscrit dans une série noire récente. En moins d’un an, ce sont plus de 102,5 millions de données médicales qui ont été compromises en France :

    • Cegedim : 65 millions de données ;
    • Agences régionales de santé : 35 millions de données ;
    • Cerballiance : 2,5 millions de données.

    Ce cumul révèle un changement d’échelle : les attaques ne sont plus opportunistes mais industrialisées, ciblant des acteurs structurants capables de donner accès à des volumes massifs de données.

    Les ARS comme points d’entrée systémiques pour les hackers

    Le cas des ARS met en lumière un enjeu souvent sous-estimé : la vulnérabilité des acteurs intermédiaires du système de santé. En tant que structures de coordination territoriale, elles concentrent des flux de données issus de multiples établissements. Cela en fait des points d’entrée à fort effet de levier pour les attaquants.

    Pour les experts, cette attaque illustre une réalité opérationnelle : la cybersécurité ne peut plus être pensée établissement par établissement, mais doit être abordée à l’échelle des écosystèmes et des flux interconnectés.

    Une fuite qui représente un risque durable pour les patients et les établissements

    La revente de ces données expose les patients à des risques concrets :

    • tentatives de phishing ciblé ;
    • usurpation d’identité ;
    • exploitation de données sensibles (pathologies, parcours de soins).

    Pour les établissements, le risque est également réputationnel et juridique, dans un contexte de renforcement des exigences portées notamment par la Cnil. Mais surtout, ces incidents fragilisent la confiance des citoyens dans le système de santé numérique dans son entièreté.

    Une accélération des vols de données qui doit sonner l’alarme :

    Cet épisode confirme une tendance lourde : la cybersécurité est désormais un enjeu systémique de santé publique.

    L’accumulation des fuites, dépassant les 100 millions de données en un an, appelle une réponse qui dépasse les logiques techniques : il convient de renforcer la gouvernance cyber à l’échelle nationale avec des programmes comme Care, de mettre en place une sécurisation des acteurs pivots (éditeurs, opérateurs, agences), mais surtout d’investir et de former en vue d’une montée en maturité des établissements.

    Dans un contexte de généralisation de l’IA et des usages de la donnée, la question n’est plus seulement de protéger les systèmes, mais de sécuriser durablement la chaîne de valeur des données de santé.

  • L’ARS Île-de-France lance l’édition 2026 de son AAP « innovations organisationnelles » (deadline : 2 juin 2026)

    Créer des ponts entre la prévention, l’accompagnement et la prévention

    L’ARS Île-de-France lance son édition 2026 de l’appel à projets visant à favoriser l’accès de tous les Franciliens à des innovations qui améliorent significativement leur prise en charge, au plus près de leur domicile. Dans la continuité des éditions précédentes, cette initiative soutient les innovations organisationnelles sous-tendues par l’utilisation de solutions numériques ou technologiques (intelligence artificielle, Big Data, dispositifs médicaux, objets connectés marqués CE, etc.). En récompensant ces initiatives, l’ARS entend faire de l’innovation technologique un véritable levier de transformation du système de santé.

    En mobilisant cette innovation, la priorité sera donnée aux organisations coordonnées et fonctionnellement les plus intégrées répondant aux priorités du Projet Régional de Santé (2023-2028), pour créer des ponts entre :

    • Les soins primaires et les soins de recours ;
    • L’accompagnement social et médico-social ;
    • L’offre de prévention.

    Ces projets permettront aux acteurs de santé d’améliorer leurs conditions d’exercice et d’optimiser l’expérience et le parcours de soins des patients et usagers.

    Comment participer à cet appel à projets ?

    Processus de candidature et calendrier :

    • Lancement de l’appel à projets : 1 avril 2026.
    • Date limite de dépôt des candidatures : 2 juin 2026 à 14h00.
    • Journée de pitch des projets présélectionnés : Semaine du 1er octobre 2026 (devant le comité de sélection présidé par la direction générale de l’ARS IDF).
    • Sélection et notification aux équipes retenues : Octobre 2026.
    • Durée de mise en œuvre : Deux ans maximum à compter de la signature de la convention de financement.

    Les candidatures doivent être déposées via la démarche numérique officielle.

    Critères d’éligibilité :

    Les candidats doivent se présenter sous la forme d’un binôme réunissant :

    1. Une ou plusieurs structure(s) expérimentatrice(s) francilienne(s) (qui représente le groupement pour la candidature) :

      • Établissements de santé ou établissements médico-sociaux ;

      • structures juridiques porteuses d’une structure d’exercice collectif (maison de santé pluri-professionnelle ou centre de santé) ou d’un cabinet de groupe ;

      • autres : associations, CPTS, DAC ou collectivités territoriales portant un projet de santé territorialisé en association avec un effecteur de soins.

    2. Un fournisseur de solution numérique ou technologique innovante :

      • Entreprise (start-up, TPE, ETI, grande entreprise), association, laboratoire, etc.

    La solution numérique proposée doit répondre à l’un de ces prérequis techniques :

    • Avoir déjà fait l’objet d’une preuve de concept et avoir un niveau de maturité technologique (TRL) supérieur à 5 ;

    • disposer du marquage CE et/ou être reconnue comme dispositif médical.

    Critères de sélection et objectifs :

    Les dossiers seront évalués sur leur capacité à répondre aux orientations stratégiques régionales suivantes :

    • Renforcer l’accès à un parcours de santé (prévention et soin) et pallier les difficultés d’accès aux soins ;
    • réduire les écarts sociaux et territoriaux de santé ;
    • permettre aux professionnels de mettre en place de nouvelles organisations ou coopérations (ex: délégations de tâches selon les protocoles HAS) ;
    • faciliter la coordination interprofessionnelle et favoriser les formations innovantes (comme la simulation) ;
    • mieux impliquer le patient, l’usager ou l’aidant dans les parcours (expérience patient) ;
    • être en adéquation avec la feuille de route du numérique en santé, France 2030, et le Projet Régional de Santé (2023 – 2028).

    Documents à soumettre :

    Les candidats doivent fournir les éléments suivants :

    • Le dossier de candidature complet, dûment signé par le porteur de projet, à déposer sur la plateforme numérique dédiée.

    Pour toute question ou communication relative à cet appel à projets, contactez : ars-idf-innovation@ars.sante.fr.

  • Cybersécurité : l’ANS lance un AAP pour accompagner les structures sociales et médico-sociales (candidatures jusqu’au 4 juin 2026)

    Trois parcours selon le niveau de maturité

    Cet appel à projet (AAP) lancé par l’Agence du numérique en santé (ANS) prend la forme d’une preuve de concept (POC) et vise à tester des parcours adaptés aux réalités du terrain et à l’hétérogénéité des établissements avant un déploiement à plus grande échelle. En récompensant et en accompagnant les projets, cet appel à projets entend améliorer la résilience des systèmes d’information, réduire l’exposition aux menaces et développer les compétences cyber du secteur.

    Trois parcours, dotés de financements forfaitaires et dégressifs selon le nombre d’entités géographiques, seront attribués aux lauréats :

    • Parcours 1 (maturité peu avancée, avec absence de ressources dédiées) : avec un financement unitaire de 9 400 € par entité, avec une subvention maximale de 63 920 € par groupement.

    • Parcours 2 (maturité peu avancée, avec les ressources en partie dédiées) : avec un financement unitaire de 17 000 € par entité, avec une subvention maximale de 115 600 € par groupement.

    • Parcours 3 (maturité moyennement avancée) : avec un financement unitaire de 17 000 € par entité, avec une subvention maximale de 115 600 € par groupement.

    Ces financements prendront la forme d’une subvention versée à la fin du projet en une fois. Ils permettront aux établissements de mettre en œuvre un socle minimal et essentiel de mesures techniques, organisationnelles et de sensibilisation adaptées à leurs enjeux.

    Processus de candidature et calendrier

    • Ouverture des dépôts : 11 mai 2026.

    • Date limite de dépôt des candidatures : 4 juin 2026 à 16h00 (heure de Paris).

    • Sélection des dossiers : Un jury désignera jusqu’à 21 lauréats.

    • Durée du projet (POC) : 8 mois à compter de la signature de la convention de financement.

    Les candidatures doivent être déposées via la plateforme officielle Convergence.

    Critères d’éligibilité :

    Les candidats doivent remplir les conditions cumulatives suivantes :

    • Être un établissement ou service relevant de l’article L.312-1 du Code de l’action sociale et des familles (CASF).

    • Disposer d’un dossier usager informatisé (DUI) référencé Ségur.

    • Réaliser un cyberdiagnostic préalable via l’outil OPSSIMS.

    • Faire valider ce diagnostic avec le Centre régional de ressources cybersécurité (CRRC) pour être orienté vers le bon parcours.

    • Formaliser un engagement écrit de la part de la direction de la structure porteuse.

    Toute structure strictement sanitaire est exclue de cet appel à projets.

    Critères de sélection :

    Les dossiers seront évalués sur les bases suivantes :

    • Répartition équilibrée entre les régions et représentativité de la diversité des établissements.

    • Capacité du porteur de projet à s’inscrire dans une logique d’échange et de coordination avec la région.

    • Adéquation stratégique et pertinence du projet au regard de la cohérence avec le parcours choisi.

    • Capacité de réalisation et gouvernance du projet.

      • Soutenabilité financière du budget prévisionnel.

    Documents à soumettre :

    Les candidats doivent fournir les éléments suivants sur la plateforme :

    • ALettre d’intention signée par la direction attestant du soutien au projet.

    • Liste des ESSMS inclus dans la candidature avec les justificatifs d’équipement en DUI Ségur.

    • Résultat du cyberdiagnostic réalisé.

    • Éléments attestant d’un échange avec la région (ARS/CRRC).

    • Déclaration sur l’honneur relative aux aides “de minimis” perçues au cours des trois dernières années.

    Pour plus d’informations concernant cet APP, vous pouvez consulter directement son cahier des charges.

  • Licornes européennes du numérique en santé : le paradoxe d’un secteur invaincu en Europe, à l’épreuve de la rentabilité, et du rouleau compresseur américain

    Article 1 – Le numérique en santé s’installe dans le top 3 des licornes européennes

    Derrière le nombre de licornes européennes crées, la réalité est brutale : près de la moitié de ces start-ups du continent ont déjà perdu leur éclat, victimes de dévaluations massives ou d’un exode vers les États-Unis. Sur les 200 pépites historiques, il n’en reste aujourd’hui que 114 réellement actives sur le sol européen, un constat qui n’épargne pas la France dont le vivier réel est tombé à 23 entreprises.

    Pourtant, au milieu de cet effondrement qui frappe la crypto et le quick-commerce, le secteur de la santé numérique affiche une résilience insolente. Avec un taux d’échec de 0 % parmi ses fleurons, la healthtech s’impose désormais comme le troisième pilier stratégique du continent.

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    Article 2 – 2016-2026, la décennie où les licornes françaises du numérique en santé ont appris à galoper

    Il y a dix ans à peine, chercher une licorne de la santé numérique en France relevait de l’impossible. En 2016, le secteur était jugé trop lent, trop régulé et surtout trop peu rentable pour les investisseurs. Nos champions actuels n’étaient alors que des promesses incertaines : Alan venait de naître, tandis que Doctolib tentait encore de convaincre les médecins d’abandonner l’agenda papier. Entre un verrouillage réglementaire strict et l’absence de fonds capables de soutenir des modèles aussi gourmands en capital, le plafond de verre semblait infranchissable.

    Aujourd’hui, la France a pris le leadership européen du domaine, illustrant un basculement historique : la santé n’est plus un frein à l’innovation, mais le moteur de la souveraineté technologique du pays.

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    Article 3 – Qui finance les licornes de la santé ?

    Derrière les valorisations vertigineuses des licornes de la santé se cache une mécanique financière aussi sélective qu’implacable. L’analyse des tables de capitalisation révèle un écosystème où l’État français, via Bpifrance, joue les chefs d’orchestre et les boucliers stratégiques. Présent au capital de la quasi-totalité des champions, le bras armé de l’État assure une souveraineté technologique face aux appétits étrangers, tout en offrant la caution institutionnelle indispensable au marché de la santé.

    Loin d’être un aboutissement, le statut de licorne marque le début d’une course effrénée au capital : de Doctolib à Alan, ces géants continuent de lever des centaines de millions d’euros pour conquérir l’international et écraser toute concurrence, créant un fossé grandissant avec le reste de l’écosystème.

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    Article 4 – Licorne, mais pas rentable ?

    Derrière le prestige du statut de “licorne”, la réalité des chiffres révèle un combat de longue haleine : celui de la rentabilité. Si Doctolib et Alan ont enfin brisé la malédiction du déficit en 2025 et 2026, leur victoire est le fruit de plus d’une décennie de pertes abyssales et de levées de fonds records. Ce passage au vert démontre que dans le numérique en santé, le succès n’est pas une question d’agilité, mais de résilience financière absolue face à des cycles de développement exceptionnellement longs.

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    Article 5 – Valorisation : Doctolib et Alan en haut du classement des licornes européennes

    Sur les 12 licornes de la santé numérique recensées en Europe, la France ne se contente pas d’avoir le plus grand nombre de représentants : elle s’empare des sommets. Si la bague connectée finlandaise Ōura domine le classement avec son statut de “décacorne” (avec sa valorisation de 11 Mds $), le podium est complété par un doublé tricolore historique. Doctolib (6,4 Mds $) et Alan (5,5 Mds $) surclassent la concurrence continentale, portées par leur rentabilité et leur domination sur les marchés des logiciels B2B et de l’assurance.

    Derrière ce trio de tête, le reste du peloton européen bataille dans la zone du milliard de dollars.

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    Article 6 – Ces pépites françaises qui frappent à la porte du milliard

    Si le sommet de l’écosystème européen du numérique en santé semble bien installé, la base de la french tech est en pleine ébullition. Derrière le quatuor de tête, une nouvelle garde de start-ups s’attaque aux défis les plus complexes de la médecine de demain : infrastructure hospitalière, oncologie, charge mentale des médecins ou encore découverte quantique de médicaments.

    Leur ambition est claire : développer des technologies si indispensables qu’elles briseront à leur tour le plafond de verre du milliard de dollars de valorisation. Et pour y parvenir, ces pépites n’attendent pas et lèvent déjà des capitaux massifs, se structurant financièrement comme des géants.

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    Article 7 – France VS USA : comment les différences de marché impactent la création de licornes en santé numérique

    Avec 94 licornes recensées dans la santé numérique contre seulement 4 dans l’Hexagone, les États-Unis imposent une hégémonie quantitative et financière écrasante, cumulant plus de 324 milliards de dollars de valorisation contre 14 milliards pour le clan tricolore.

    Mais si la France sait créer quelques mastodontes, comme Alan et Doctolib, le modèle américain reste une véritable usine à industrialiser le succès, propulsant des leaders comme Devoted Health ou Neuralink dans des sphères financières inatteignables pour l’Europe. Cette asymétrie brutale ne s’explique pas par un déficit de talent des ingénieurs français, mais par l’ADN même des systèmes de soins. Face à un marché américain privatisé, hyper-concurrentiel et guidé par un besoin d’optimisation immédiat, le modèle français, bien que protecteur et centré sur l’accès aux soins, se heurte à la lenteur des cycles d’achats publics et à des budgets lourdement encadrés.

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    Licornes européennes du numérique en santé : le paradoxe d'un secteur invaincu en Europe, à l'épreuve de la rentabilité, et du rouleau compresseur américain - @H&TI
    Licornes européennes du numérique en santé : le paradoxe d’un secteur invaincu en Europe, à l’épreuve de la rentabilité, et du rouleau compresseur américain – @H&TI
  • Ces pépites françaises qui frappent à la porte du milliard

    Des entreprises qui lèvent déjà plusieurs dizaines de millions d’euros

    Si le club des licornes européennes semble figé au sommet, la base de la pyramide française est en pleine ébullition. La nouvelle garde de la branche santé de la french tech s’attaque aux défis les plus complexes : la découverte de médicaments, la charge mentale des médecins, l’oncologie ou encore l’infrastructure hospitalière.

    Pour financer ces ambitions mondiales, il faut des capitaux massifs. Et le marché répond présent : ces quatre entreprises ne sont pas encore officiellement des licornes, mais elles “lèvent comme des grands”, enchaînant des séries B ou C de plusieurs dizaines de millions d’euros. Voici le portrait-robot de la prochaine élite française.

    Une technologie indispensable pour les hôpitaux (Lifen) :

    Lifen tente tant bien que mal de résoudre le plus grand cauchemar des hôpitaux : l’interopérabilité. Leur infrastructure permet aux logiciels médicaux, aux praticiens et aux patients de communiquer et d’échanger des données de santé de manière sécurisée et fluide.

    En bouclant plusieurs levées de fonds, dont une série C de 50 millions d’euros, Lifen s’est donné les moyens de ses ambitions. Ce trésor de guerre lui permet de se déployer dans des centaines d’établissements de santé. En devenant le “tuyau” numérique indispensable par lequel passe toute l’innovation médicale en Europe, l’entreprise a construit un modèle ultra-défendable dont la valorisation n’a plus de plafond de verre.

    Aqemia et son accord avec Sanofi à 140 millions :

    Aqemia utilise des algorithmes inspirés de la physique quantique couplés à l’IA pour inventer de nouveaux médicaments en quelques mois, là où l’industrie traditionnelle mettait des années.

    Avec plusieurs tours de table qui lui ont permis de dépasser les 100 millions d’euros levés, la start-up a prouvé sa crédibilité, mais c’est surtout son modèle économique qui l’approche du milliard. Elle génère déjà son propre cash grâce à des contrats de recherche colossaux avec les “big pharma” (dont un accord record avec Sanofi pouvant atteindre 140 millions de dollars). Le statut de licorne pourrait être atteindre plus rapidement que prévu : il suffira qu’une de leurs molécules entre en phase d’essai clinique avancé pour faire exploser la valorisation.

    Resilience pourrait rapidement avoir sa corne grâce au remboursement de la télésurveillance :

    Fondée par Gustave Roussy, Resilience est une plateforme de télésurveillance médicale dédiée aux patients atteints de cancer. L’application permet de suivre les effets secondaires des traitements à distance, évitant les hospitalisations d’urgence.

    Portée par l’urgence de sa mission, l’entreprise a déjà levé plus de 70 millions d’euros depuis sa création. Les investisseurs parient sur un modèle hybride redoutable : un impact humain bouleversant couplé à des revenus récurrents solides (B2B2C). Avec le remboursement de la télésurveillance désormais inscrit dans le droit français et un déploiement massif dans les centres de lutte contre le cancer, Resilience a sécurisé sa trajectoire vers la valorisation à dix chiffres.

    Déjà 120 millions levés par Nabla :

    Nabla a créé un “copilote” d’IA générative capable d’écouter une consultation médicale (avec l’accord du patient) et de rédiger instantanément le compte-rendu et l’ordonnance dans le dossier médical.

    Pour conquérir le gigantesque marché américain et viser le milliard, il faut des munitions. Avec sa dernière levée de fonds de 65 millions d’euros (portant son total à plus de 120 millions), avec le soutien d’investisseurs de la Silicon Valley, comme Cathay Innovation.  Avec plus de 100 établissements équipés aux USA, sa croissance explosive justifie déjà son futur statut.

  • France VS USA : comment les différences de marché impactent la création de licornes en santé numérique

    Une différence de 90 licornes et de 310 milliards de dollars valorisations

    Le constat brut donne le vertige. Aujourd’hui, les États-Unis comptent 94 licornes spécialisées dans les sciences de la vie et la santé numérique. La France, de son côté, s’appuie sur un club très fermé de 4 champions (Doctolib, Alan, Owkin – qui est elle même une licorne franco-américiane – et Dental Monitoring).

    Si l’on passe ces écosystèmes sur la balance financière, l’écart se creuse encore. L’addition des valorisations des 94 pépites américaines atteint le chiffre astronomique de 324,5 milliards de dollars. En face, le quatuor français pèse environ 14 milliards de dollars en valeur cumulée.

    Une valorisation moyenne quasi-égale :

    Pourtant, une lecture rapide des moyennes pourrait faire croire à un match nul. Contre toute attente, la valorisation moyenne d’une licorne française s’établit autour de 3,55 milliards de dollars, dépassant d’un cheveu la moyenne américaine qui stagne à 3,45 milliards de dollars.

    Cela s’explique par le fait que l’écosystème tricolore est en réalité porté à bout de bras par les valorisations massives de ses deux leaders : Doctolib (6,4 milliards de dollars) et Alan (5,83 milliards de dollars). La France sait donc créer des géants très bien valorisés, mais elle peine à les multiplier. Le modèle américain, lui, est une véritable usine à industrialiser le succès, capable de maintenir une valorisation moyenne extrêmement élevée sur près d’une centaine d’entreprises.

    Deux réalités pour deux marchés différents

    Si la moyenne française fait illusion, le sommet du classement ramène rapidement à la réalité de la frappe financière américaine. Les ténors des États-Unis boxent dans une catégorie bien supérieure à celle du leader européen.

    Les quatre entreprises américaines les plus valorisées de ce secteur surpassent toutes Doctolib :

    • Devoted Health culmine à 12,90 milliards de dollars, pesant à elle seule deux fois plus lourd que le géant français de la prise de rendez-vous.

    • Neuralink (9,65 Mds $), Caris (7,83 Mds $) et Ro (7,0 Mds $) complètent ce quatuor de tête intouchable.

    • Même le cinquième acteur américain, Benchling (6,10 Mds $), talonne Doctolib de très près.

    Comment expliquer une telle asymétrie dans la création d’entreprises milliardaires ? La réponse ne se trouve pas dans le talent des ingénieurs, mais dans l’ADN même des systèmes de soins.

    Aux États-Unis, la santé est un marché privatisé et hyper-concurrentiel. Les hôpitaux américains sont majoritairement des structures privées en quête constante de rentabilité. Lorsqu’une technologie permet d’automatiser des tâches administratives, d’optimiser le temps médical ou de réduire les jours d’hospitalisation, le retour sur investissement (ROI) est immédiat. Les hôpitaux et les employeurs américains achètent massivement et rapidement ces solutions pour faire baisser leurs coûts. En France, le modèle est bâti sur l’hôpital public, garant de l’accès aux soins pour tous. Ce système, bien que protecteur, est soumis à des budgets encadrés par l’État, des cycles d’achats publics longs et complexes, et une logique qui privilégie la maîtrise des dépenses à l’investissement technologique à risque.