4 tendances majeures observées
L’adoption de la santé numérique aux Etats-Unis devient massive parmi les patients. Rock Health a mené fin 2023 une étude auprès d’une cohorte de plus de 8 000 adultes américains sur leurs comportements et leurs attitudes vis-à-vis des soins virtuels et des outils de santé numériques. L’enquête 2023 fait ressortir 4 tendances :
- les soins virtuels font désormais partie intégrante du parcours de soins ;
- les patients adoptent par commodité les soins virtuels, mais ne sont pas attachés aux solutions elles-mêmes ;
- le point of care n’a pas progressé, les citoyens ont certes utilisé les tests de diagnostic du Covid-19 à domicile, mais l’adoption de ce type de produits ne s’est pas encore traduite dans d’autres tests ;
- bien que les patients soient prêts à partager leurs données de santé, ils sont de plus en plus regardant sur les professionnels qui y ont accès.
📌 Les soins virtuels déjà intégrés dans le parcours de soins :
76 % des répondants au sondage ont déclaré avoir déjà eu recours, en 2023, à des soins virtuels (soins dispensés par vidéo, téléphone, texto ou via une application). Ce taux monte à 83 % dans les 12 derniers mois. Comparées avec les résultats des précédentes éditions de cette étude, ces données montrent une stabilité du nombre de patients utilisateurs et une maturité du marché américain.
D’un autre côté, 24 % de la population reste réfractaire aux soins virtuels pour différentes raisons :
- 56 % par préférence pour les soins en présentiel ;
- 18 % par crainte d’une moindre qualité des soins ;
- 13 % par manque de sensibilisation ;
- 5 % pour des questions de coût ;
- 3 % en raison de la médiocrité de leur réseau Internet.
Quelles motivations pour choisir les soins virtuels ?
Selon Rock Health, l’adoption des outils digitaux n’atteindra pas un niveau de 100 %, la préférence étant au parcours hybride et omnicanal selon la pathologie et les conditions de vie. Les patients décident d’utiliser des canaux digitaux pour leurs soins selon plusieurs critères, notamment pour des raisons de commodité (39 %), des temps d’attente plus courts (30 %) et la possibilité de voir un professionnel de santé spécifique qui ne pourrait pas être vu en personne autrement (17 %).

69 % des patients préfèrent les soins virtuels pour le renouvellement de leurs ordonnances :
Par ailleurs, les motifs de consommation de soins virtuels sont en majorité les renouvellements d’ordonnances (+8 % par rapport à l’enquête 2022), les suivis des soins pour les maladies mineures, puis des soins de santé mentale (+3 % par rapport à l’enquête 2022). Toutefois, il est à noter que le recours aux soins virtuels est en baisse pour les maladies mineures (-2 %) et les maladies chroniques (-4 %), les urgences (-4 %) ou les bilans annuels (-3 %).

Des alternatives tout aussi pratiques que les soins virtuels :
L’adoption des soins virtuels dans ces différentes situation peut se heurter à des problématiques de coûts (prise en charge moindre ou inexistante en distanciel pour certains cas). Dans le cas des soins primaires, les solutions numériques sont souvent citées comme étant plus rapides et commodes. Toutefois, l’émergence d’autres formes d’offres de soins primaires rend ce marché fortement concurrentiel : les “corners” de soins non programmés au sein des pharmacies ou des magasins, initiés dans les années 2000, qui proposent dorénavant des programmes de suivi de pathologies chroniques ou des programmes de bien-être, sont de plus en plus utilisés.
Arrivent également les cabines technologiques qui, pour 99 dollars par mois, proposent après un premier questionnaire, des tests et examens à faire sur place, avec une analyse réalisée par une intelligence artificielle (IA), et qui préparent aussi une prescription réalisée ensuite par un médecin à distance. Ces offres de proximité qui s’inscrivent dans la vie quotidienne s’avèrent être aussi pratiques qu’une consultation à distance.

CarePod, la clinique technologique de Forward Health
🔎 Zoom sur la Santé mentale, la spécialité la plus digitalisée :
Selon les données partagées par Epic, leader mondial du dossier patient, principalement implanté aux USA, la santé mentale est la spécialité la plus répandue en soins virtuels. De nombreux patients considèrent maintenant qu’il est plus courant de faire une consultation de santé mentale virtuellement qu’en personne. L’offre disponible sur les plateformes numériques pour la santé mentale permet un choix parmi un large éventail de pratiques ou de traitement différents et s’adapte plus facilement au rythme régulier des consultations.
📌 Le point of care (ou at-home testing) a peu dépassé le périmètre des tests Covid à ce stade :
Rock Health a également interrogé les patients sur l’utilisation de divers tests de diagnostic à domicile, pour la première fois en 2023 :
- 72 % des répondants ont déclaré avoir déjà utilisé au moins un type de test à domicile pour obtenir des résultats sur la fertilité, le microbiome intestinal, les hormones non liées à la fertilité, les infections sexuellement transmissibles (IST) et/ou le Covid-19 ;
- 64 % des répondants avaient exclusivement utilisé ces tests pour le dépistage de la Covid-19.

📌 Les patients prêts à partager leurs données :
90 % des répondants à l’enquête de Rock Health disent être prêts à partager leurs propres données de santé avec au moins une entité (un médecin, un membre de la famille, des sociétés pharmaceutiques…). Une tendance constante par rapport à 2022 (91 %) et à 2020 (90 %). Toutefois cette ouverture au partage des données concerne en moyenne 2,7 entités en 2023, contre 3,4 en 2020.

📌 … Mais leur confiance dans les médecins en baisse
La plus forte baisse d’une année sur l’autre de la proportion de répondants prêts à partager des données a été enregistrée avec un clinicien : 64 % des personnes interrogées se disent prêtes à partager des données de santé avec un clinicien, contre 70 % en 2022. Chez les jeunes, seulement 42 % des répondants âgés de 18 à 24 ans ont indiqué qu’ils partageraient leurs données avec un clinicien, contre 89 % des répondants plus âgés (75 ans et +), soit une différence frappante de 47 %.
Cette tendance souligne l’importance de traiter les questions que les patients peuvent se poser sur le partage de la donnée et d’investir dans la construction de la confiance. Parmi les inquiétudes évoquées des patients, celle de la sécurité des données est au premier plan. Rock Health conclut en soulignant qu’il est également important de montrer au patient que l’utilisation de ses données va lui servir directement dans son parcours et son expérience de soins.

