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  • IA générative : qu’en pense le Comité national pilote d’éthique du numérique ? (rapport)

     

    Placé sous l’égide du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), le CNPEN a été installé en 2019. Son rôle consiste à :

    • rendre des avis sur les saisines qui lui sont confiées ;
    • éclairer le débat public sur les enjeux d’éthique du numérique ;
    • et rédiger des propositions relatives à la pérennisation de la réflexion nationale sur l’éthique du numérique.

     

    Depuis le lancement de ChatGPT et l’accélération des systèmes d’intelligence artificielle générative (IAG), dans la santé comme dans tous les secteurs économiques, plusieurs interrogations éthiques se posent. Dans ce sens, le CNPEN a rendu son Avis n°7, portant sur les enjeux éthiques de ces systèmes. Ce dernier ce décline en 3 grands axes, sur lesquels H&TI revient en détails dans cet article :

    • 1) les enjeux d’éthique ;
    • 2) les enjeux juridiques ;
    • 3) et les enjeux écologiques et environnementaux.

     

    1) Sur les enjeux éthiques

    Les transformations technologiques, notamment celles liées à l’IAG, suscitent à la fois espoirs et craintes dans la société. Cependant, la société a du mal à anticiper pleinement les conséquences de ces avancées, soulevant ainsi des questions éthiques et sociales dans les débats sur leur réglementation.

    Le CNPEN recommande :

    • d’analyser éthiquement les choix technologiques lors de la conception des systèmes d’IA générative. Si des tensions éthiques sont détectées, envisager méthodiquement des solutions techniques pour les résoudre, puis évaluer ces solutions dans des contextes d’utilisation réels ;
    • d’éviter les excès de contrôle (overpolicing) des modèles par les concepteurs ;
    • de créer une entité souveraine dédiée à la recherche et à la formation sur “IA, science et société” ;
    • et faire preuve de prudence dans la vitesse d’adoption des systèmes d’IA générative et prévoir des évaluations préalables et continues.

     

    Par ailleurs, le CNPEN identifie 7 problématiques éthiques pour lesquels il élabore 12 préconisations :

    Rapport à la vérité et absence de signification :

    • Utiliser des sources de qualité pour l’apprentissage des systèmes d’IAG.
    • Tenir compte des effets des choix des hyperparamètres des modèles.

     

    Manipulation de l’utilisateur sans responsabilité :

    • Évaluer les biais connus des modèles à base de jeux d’essais standardisés.
    • Mutualiser les pratiques d’utilisation des systèmes d’IAG.

     

    Maintien des distinctions :

    • Implémenter une solution technique, comme un code en filigrane (“watermark“), pour permettre à l’utilisateur de distinguer le résultat d’un modèle d’une production humaine.
    • Amplifier les recherches sur les codes en filigrane.

     

    Projection de qualités humaines :

    • Mettre en œuvre des mécanismes de contrôle et de filtrage spécifiques pour réduire la projection des qualités humaines sur les systèmes d’IAG.
    • Informer l’utilisateur des biais potentiels de l’anthropomorphisation.

     

    Comportements émergents :

    • Étudier les comportements émergents et les effets inconnus des modèles.

     

    Multilinguisme et dominance d’une langue :

    • Concevoir les systèmes d’IAG dans différentes langues reflétant la diversité des cultures.

     

    Éducation et conséquences sur l’apprentissage humain :

    • Faciliter la prise en main du système grâce au paramétrage des systèmes d’IA par les utilisateurs.
    • Utiliser les systèmes d’IAG pour l’éducation.

     

    Question de libre accès et de logiciel ouvert :

    • Conditionner le libre accès des modèles de fondation à la prise de conscience par leurs concepteurs des enjeux d’ouverture et des risques de mésusage.
    • Expliciter et appliquer des critères de transparence et d’évaluation.

     

    2) Sur les enjeux juridiques

    Les règles juridiques imposées aux systèmes d’IAG et aux modèles de fondation :

    • Considérer les modèles de fondation mis sur le marché et les systèmes d’IAG comme des systèmes à haut risque.
    • Attribuer la responsabilité légale aux fournisseurs des modèles de fondation et aux déployeurs d’applications spécifiques d’IAG à partir de ces modèles, avec une extension de la responsabilité morale aux concepteurs et développeurs.

     

    Le RGPD en lien avec les systèmes d’IAG :

    • Produire des lignes directrices par le Comité européen de protection des données pour articuler le règlement sur l’IA avec le RGPD, afin de préciser l’interprétation de ce dernier dans le contexte du développement de l’IAG en Europe.

     

    Le droit d’auteur en lien avec les systèmes d’IAG :

    • Élaborer des règles juridiques et un questionnement éthique sur la collecte, le stockage et la réutilisation des traces linguistiques des interactions entre les modèles de langue et les êtres humains, similaire à l’encadrement des données à caractère personnel.
    • Engager des recherches scientifiques, des réflexions pluridisciplinaires et des discussions entre États sur l’adaptation du droit existant en matière de droit d’auteur aux techniques d’IAG.

     

    3) Sur les enjeux écologiques et environnementaux

    Impact environnemental de l’IAG :

    • Développer une métrique de l’empreinte environnementale des systèmes d’IAG et des modèles de fondation.
    • Exiger plus de transparence sur les effets sur l’environnement de la part des concepteurs.

     

    👉 Résumé

    Les préconisations du CNPEN sur les enjeux liés à la conception, la recherche et la gouvernance des systèmes d’IAG :

     

    Préconisations du CNPEN sur les enjeux de l’IAG liés à la conception, la recherche et la gouvernance
    Préconisations du CNPEN sur les enjeux de l’IAG liés à la conception, la recherche et la gouvernance – H&TI

    En 2022, l’Avis n°4 du CNPEN portait sur l’IA et le diagnostic médical

    Pour répondre à une précédente saisine formulée dans la lettre de mission du Premier ministre, un groupe de travail rassemblant des membres du CCNE et du CNPEN s’est penché sur la question du diagnostic médical et l’IA. Son avis, qui a été rendu en novembre 2022, présentait les conclusions suivantes :

    • Les systèmes d’IA pour le diagnostic médical (SIADM) offrent des avantages significatifs, permettant de détecter des lésions invisibles à l’œil humain et de traiter rapidement les cas répétitifs, libérant ainsi du temps médical pour des interactions plus approfondies avec les patients.
    • Certains SIADM contribuent également à repenser l’organisation des soins, améliorant ainsi les phases d’accueil des patients à l’hôpital.
    • Cependant, l’utilisation des technologies d’IA dans le diagnostic médical soulève plusieurs enjeux éthiques, notamment concernant le respect de la personne et la nécessité d’un traitement équitable pour tous les individus.
    • Ces tensions éthiques mettent en lumière la nécessité de concilier une approche individualisée avec une considération équitable de l’ensemble des personnes concernées, associant ainsi les dimensions singulières et algorithmiques de la prise en charge médicale.
    • En conclusion, le CCNE et le CNPEN soulignent l’émergence de nombreux développements en IA dans le domaine de la prévention sanitaire, appelant à une réflexion complémentaire pour couvrir ces questions connexes et intégrer une approche holistique dans la gestion des défis éthiques liés à l’IA en santé.
  • Cardiologie : état des lieux, réglementations, études et cartographies de l’écosystème (insuffisance cardiaque, télésurveillance…)

    Etat des lieux de l’innovation en cardiologie

    Avant l’intégration de la télésurveillance médicale de l’insuffisance cardiaque (mais pas seulement) dans le droit commun Français et de son remboursement, la Caisse nationale de l’Assurance maladie avait lancé une campagne de prévention contre cette pathologie. Cette campagne en deux parties s’est étalée sur les années 2022 et 2023. Elle s’inscrit dans un contexte particulièrement sensible, marqué par de forts enjeux autour de la généralisation de la télésurveillance, avec des négociations tarifaires musclées qui se sont finalement conclues par cette inscription dans le droit commun de la télésurveillance pour l’insuffisance cardiaque (IC), mais aussi pour l’insuffisance respiratoire, le diabète et l’insuffisance rénale.

    Cette campagne a permis d’alerter tant les patients sur les symptômes de l’IC, que les professionnels pour que ces derniers mettent en place une meilleure communication concernant l’IC dans le but d’atteindre l’objectif principal qui était de “sensibiliser au dépistage de l’insuffisance cardiaque”. Dans le cadre de cette campagne nationale de prévention, Catherine Grenier, directrice des assurés de la Cnam, avait souligné que “l’insuffisance cardiaque est un enjeu de santé publique. D’abord parce que cette maladie est fréquente (…) et en augmentation. En plus, cette pathologie est considérée comme sous-estimée. Sous-estimée, à la fois sur le plan épidémiologique et sur le plan clinique avec un sous-diagnostic patient.”

    Une prise en charge pour une durée allant de 6 à 12 mois :

    L’adoption de la télésurveillance médicale de l’IC marque un tournant dans l’histoire de la prise en charge de cette maladie. Elle est la principale cause de décès dans le monde. Alors qu’au moment où cette adoption a été inscrite dans le droit français seulement 15 450 patients en insuffisance cardiaque bénéficiaient d’une télésurveillance pour IC, ce nombre de patients télésurveillés devrait augmenter. En effet, lors des Journées européennes de la Société française de cardiologie (JESCF), le professeur Patrick Jourdain, chef du service cardiologie à l’hôpital Bicêtre (AP-HP), a expliqué que le nombre de patient atteint d’IC va augmenter avec le vieillissement de la population où “10 à 12 % des patients de plus de 80 ans ont de l’insuffisance cardiaque”.

    De plus, plus de 15 000 patients sont éligibles à ce remboursement et peuvent donc dès à présent bénéficier sans coût d’une télésurveillance qui peut s’avérer cruciale : le professeur Jourdan indique que “la télésurveillance permet d’éviter des hospitalisations et des passages aux urgences en cas de décompensation”. Les patients éligibles à un remboursement de cette télésurveillance pour une durée allant de 6 à 12 mois sont “tous les patients souffrant d’insuffisance cardiaque chronique ayant été hospitalisés au cours des 12 derniers mois ou ayant été victimes d’une poussée d’insuffisance cardiaque”.

     

    Un observatoire en 4 parties

    Dans le cadre de cette mise à jour de son indicateur sur la cardiologie, Health & Tech Intelligence publie un observatoire en deux parties :

    a) Contexte et chiffres clés :

    2023 a été une année charnière pour la prise en charge de l’insuffisance cardiaque (IC) en France. Le dispositif expérimental Etapes a permis l’entrée dans le droit commun du remboursement de la télésurveillance médicale, notamment pour l’insuffisance cardiaque, depuis le 1er juillet de cette année. Une avancée qui va profiter aux 1,5 million de patients français concernés.

    👉 Tous les chiffres sont à retrouver dans cet article.

    b) Revue de la littérature : quelle place pour la télésurveillance dans le système de santé ?

    Selon les recommandations de la Société européenne de cardiologie 2021, la télésurveillance du patient insuffisant cardiaque vise à réduire les hospitalisations et la mortalité. Elle facilite le suivi médical et l’éducation thérapeutique, renforçant le lien entre le patient et les professionnels de santé.

    👉 Une revue détaillée des études analysées à lire sur ce lien.

    c) Evolution de la réglementation dans le domaine de la cardiologie :

    Entrée de la télésurveillance dans le droit, adoption des conditions techniques de fonctionnement de l’activité interventionnelle sous imagerie, remboursement du défibrillateur automatique et du pacemaker dans les activités de télésurveillance médicale. La réglementation concernant la cardiologie en France évolue au fur et à mesure que les pratiques et le marché des solutions numériques changent.

    👉 Pour consulter la synthèse de ces évolutions réglementaires, cliquez ici.

    d) 3 cartographies pour mieux comprendre l’écosystème de la cardiologie :

    • 📌 une première cartographie des solutions de télésurveillance cardiaque après le programme Etape ;
    • 📌 une deuxième cartographie des acteurs clés de la cardiologie en France ;
    • 📌 et un panorama des personnes clés et KOL de la cardiologie en France.

     

  • Insuffisance cardiaque : quelle place pour la télésurveillance dans le système de santé ? (Revue de la littérature)

    L’intérêt attendu de l’activité de télésurveillance médicale

    Selon un rapport de la HAS publié en 2023 concernant la télésurveillance médicale du patient insuffisant cardiaque, basé sur une revue de la littérature réalisée en 2020, la télésurveillance médicale améliore la qualité des soins en permettant un suivi régulier des patients et en facilitant la coordination entre les professionnels de santé. Elle aide à réduire les hospitalisations liées aux problèmes cardiaques, à améliorer la qualité de vie des patients et à diminuer les complications. Sur le plan organisationnel, la télésurveillance impacte :

    • le processus de soins : réduisant le recours aux soins et le temps nécessaire pour certains épisodes ;
    • les compétences requises des acteurs de santé : favorisant le maintien des patients chez eux ;
    • et l’accès aux soins : en tenant compte des facteurs socio-culturels et économiques.

    La télésurveillance cardiaque vise, par ailleurs, à identifier les patients à risque, à stabiliser la maladie et à encourager l’implication des patients dans leur traitement.

     

    Des études satisfaisantes réalisées par des éditeurs en France

    Satelia Cardio permet de réduire le risque d’hospitalisation :

    Le système de télésurveillance développé par la société française Satelia pour les patients souffrant d’insuffisance cardiaque a été évalué en vie réelle dans le cadre d’une étude observationnelle rétrospective et multicentrique. Menée par des chercheurs français et publiés en 2023 dans le Journal of Cardiology and Cardiovascular Medicine, elle révèle que l’algorithme de Satelia Cardio a une valeur prédictive négative à 7 jours de 99,43 %. Cette capacité à identifier les patients à faible risque devrait permettre d’adapter le suivi des patients.

    Cette étude démontre donc que l’absence d’alertes est hautement prédictive de l’absence d’hospitalisations. Les médecins pourraient ainsi se concentrer davantage sur les patients qui présentent un risque plus élevé de décompensation, d’événements intercurrents ou d’hospitalisation.

    87 % des insuffisants cardiaques satisfaits :

    En moyenne, 87% utilisateurs de l’application web de Satelia se disent globalement “très satisfaits” de cette solution numérique. Les résultats d’une enquête déclarative menée par des chercheurs et cliniciens français et publiés en 2023 dans les Annales de cardiologie et d’angéiologie, montrent par ailleurs que ce niveau de satisfaction ne dépend pas de la culture numérique des patients :

    • 77 % des patients maîtrisant le numérique se sont dits satisfaits de l’utilisation de l’outil de télésurveillance Satelia Cardio :
      • 94 % d’entre eux le trouvaient facile à utiliser ;
      • et 97 % le considéraient comme utile pour la prise en charge de leur insuffisance cardiaque ;
    • la satisfaction chez les patients ayant une faible culture numérique s’est avérée également très bonne, 97 % se disant satisfaits de la solution :
      • 98 % la considéraient facile à utiliser ;
      • et 97 % utile dans leur suivi.

    Bien que le caractère déclaratif de l’enquête (dont l’échantillon de l’étude n’a pas été randomisé) puisse constituer un biais, les auteurs de l’étude estiment que « l’impact perçu de Satelia Cardio pourrait avoir la même amplitude que les thérapies habituelles utilisées dans l’insuffisance cardiaque chronique ».

     

    Une sous-utilisation mise en évidence

    Des chercheurs français issus du service cardiologique de l’hôpital Bicêtre (AP-HP) et du Syndicat national des cardiologues (SNC) mettent en avant la sous-utilisation des solutions de monitoring des patients souffrant d’insuffisance cardiaque, malgré leur “efficacité reconnue”. Des conclusions partagées dans une étude publiée en juillet 2023 dans le Journal of Community Medicine & Public Health (JCMPH).

    Les auteurs de l’étude se sont penchés sur le suivi des patients insuffisants cardiaques à domicile et sur les conditions organisationnelles favorisant ou défavorisant la mise en place d’outils de télésurveillance. Réalisée dans 71 centres de cardiologies privées (29,5 %) et publics (70,5 %), cette étude a consisté en un questionnaire qualitatif en ligne soumis aux cardiologues, leur permettant d’exprimer leur perception des freins au déploiement des outils de télésurveillance des patients et leur vision quant aux solutions à mettre en œuvre pour favoriser le déploiement.

    Cette sous-utilisation serait ainsi attribuable à plusieurs obstacles, notamment la difficulté d’utilisation pour les patients et les professionnels, le manque de personnel formé pour répondre aux alertes, ainsi que des problèmes réglementaires et de financement. Pour surmonter ces défis, l’étude propose plusieurs solutions, telles que des formations approfondies pour les professionnels de santé, une clarification des conditions d’accès aux services de télésurveillance sur le plan réglementaire, et une meilleure intégration des praticiens de ville dans les protocoles de suivi et une coopération accrue avec eux.

     

    Un intérêt économique déjà démontré

    Une équipe, comprenant le Pr Rémi Sabatier du CHU de Caen, le Grandes Normand’E-Santé, Amgen France, l’association Aprice et le bureau d’études spécialisée en santé Cemka, a mené une étude médico-économique (publiée en octobre 2022 dans la revue BMCCardiovascular Disorders) démontrant la rentabilité du programme de télésurveillance Scad (Suivi clinique à domicile), expérimenté auprès de patients insuffisants cardiaques. À court terme, ces pratiques se révèlent moins coûteuses et plus efficaces que les pratiques de soins standards.

    Les principales conclusions de l’étude :

    • L’efficacité du programme Scad est clairement démontrée par rapport aux soins standards, avec un ratio de coût-résultat de 6 491 € par année de vie gagnée en bonne santé.
    • Rendre le programme accessible à tous les patients en France permettrait de générer des économies à court terme grâce à la réduction des hospitalisations.
    • L’extension du programme à un plus grand nombre de patients aurait « un impact budgétaire limité mais apporterait des avantages cliniques importants ».
    • Le coût total estimé était de 30 932 € dans le cadre des soins standards et de 35 177 € dans le cadre du programme Scad : le surcoût du programme Scad était principalement dû à des coûts de gestion totaux plus élevés, les patients y étant surveillés plus longtemps.

    Le surcoût des programmes de télésurveillance :

    Les chercheurs expliquent que les programmes de télésurveillance “supportent un coût attribuable à la fois au coût du programme lui-même et à des coûts de gestion plus élevés liés à des coûts ambulatoires plus élevés et à une surveillance plus longue des patients”. Ils précisent que “ce coût est relativement faible par rapport au coût total de la prise en charge de l’insuffisance cardiaque”.

     

    Le potentiel de l’IA générative dans la prévention en cardiologie

    Selon une étude menée par des chercheurs issus de la Clinique de Cleveland (Ohio) et de l’Université de Stanford (Californie), publiée en février 2023 dans le JAMA Network, l’agent conversationnel d’OpenAI utilisant l’intelligence artificielle (IA), ChatGPT, a été capable de répondre de manière pertinente à 21 questions sur 25 portant sur la prévention des maladies cardiovasculaires. Les résultats de ces travaux soulignent le potentiel de l’IA interactive pour améliorer l’éducation des patients et la communication patient-médecin autour des questions courantes relatives à la prévention des maladies cardiovasculaires.

  • Personnes clés et KOL de la cardiologie en France

    Acteurs clés et KOL de la cardiologie en France
    Acteurs clés et KOL de la cardiologie en France – H&TI
  • AAA Data se diversifie sur le marché de la Silver économie

    Une base de données très large

    AAA Data dispose d’une base marketing issue des données des immatriculations de véhicules. C’est la plus volumineuse base de données du marché, avec 35 millions d’adresses, qui recense tous les utilisateurs de véhicules en France.

    Associés aux données liées aux véhicules détenus (marque, modèle, gamme, âge du véhicule, durée de possession, etc.), leurs utilisateurs sont particularisés au travers de leur sexe, leur âge, leur pouvoir d’achat (calculé notamment à partir des valeurs d’achat et résiduelles des véhicules). AAA Data détecte et identifie à partir de là les comportements, les besoins et tendances des consommateurs, afin d’anticiper les usages de demain et de proposer à ses clients des modèles sur mesure. L’ampleur de la base de données exploitée et l’expertise dans l’analyse a permis, dans une grande variété de domaines de consommation, de développer des solutions innovantes et d’anticiper les besoins de demain. L’entreprise fait aujourd’hui de la Silver économie un de ses axes de développement.

     

    La méthodologie de segmentation comportementale

    « Dis-moi ce que tu conduis, je prédirai ce que tu consommes » : AAA Data a développé une méthode d’analyse des profils acheteurs, Overview, qui est une marque déposée, en s’appuyant sur sa base des données d’achat d’automobiles.

    En combinant deux critères, ceux du prix d’achat et de la fréquence d’achat, dix profils de consommateurs ont pu être identifiés par Overview, avec leur poids dans la clientèle :

    • Hedonist : fort pouvoir d’achat (14%) ;
    • Easy moving (12,2%) ;
    • Low budget (16,3%) ;
    • Conservative (2%) ;
    • Middle class (16%) ;
    • Opportunist (3%) ;
    • Regular consumer (3%) ;
    • Settled (15,5%) ;
    • Renter (8%) ;
    • Primary needs (10%) .

    Cette méthodologie d’analyse du comportement des acheteurs d’automobiles est aujourd’hui transposée au marché de la Silver économie.

     

    L’analyse comportementale des seniors

    Par rapport à l’ensemble des produits et services destinés aux seniors, AAA Data a identifié 6 besoins essentiels, par ordre d’importance :

    • Faire attention à sa vie et sa santé : produits pharmaceutiques, alimentation saine, sport et activités de loisirs, objets connectés, etc. ;
    • S’assurer une sécurité financière : peu d’achats impulsifs, sensibilité aux remises commerciales ;
    • Aimer et être aimé : par exemple, gâter ses petits-enfants, organiser des évènements avec les proches, etc. ;
    • Être autonome et rester chez soi le plus longtemps possible, ne pas être seul et continuer ses activités ;
    • Prendre du plaisir (surtout la génération des « happy boomers ») ;
    • Trouver la sérénité grâce au développement personnel : chasse au stress, yoga, médecines douces, alimentation saine et locale, etc.

    Cette segmentation des comportements des seniors est complétée par une analyse de leurs attentes en tant que consommateurs.

     

    La segmentation des attentes des seniors

    Les besoins de consommation des seniors sont ainsi catégorisés par AAA Data :

    • Services à la personne, un marché de 18 Md€ ;
    • Loisirs, qui arrivent au cinquième rang des postes de dépenses des seniors : parmi les loisirs, le voyage est la première dépense (34%) et 50% des seniors pensent en priorité à voyager ;
    • Automobiles : 54% des véhicules neufs sont achetés par les plus de 50 ans et les caractéristiques de leurs choix sont également déterminées ;
    • Optique et audition : marché de 22 Md€ en croissance élevée ;
    • Alimentation : 2ème poste de dépense des seniors, qui y consacre une part de 15% de leur budget (contre 12% pour les moins de 50 ans), avec une alimentation de meilleure qualité, privilégiant les produits non transformés comme les fruits (63% des achats sont faits par les seniors), le poisson (62%), l’huile (60%), etc. ;
    • Dons caritatifs : 64% des seniors font des dons en monnaie ou en nature et les montants annuels (2600€) représentent en moyenne le double des dons des moins de 50 ans.

    L’analyse de ces data donnera des moyens supplémentaires aux entreprises de la Silver économie pour orienter leur développement dans un écosystème en croissance forte.

  • Etude : vers l’élaboration d’un système d’IA biomédicale généraliste (NEJM AI)

    Cette étude* dont les résultats ont été publiés le 22 février dans le New England Journal of Medicine AI fait état de performances encourageantes. Dans jusqu’à 40,50 % des cas, un rapport généré par Med-PaLM M sur des tâches de radiologie a été préféré au rapport de référence généré par l’homme.

     

    Le besoin d’IA multi-fonctions

    Soigner est une activité complexe, nécessitant d’effectuer des tâches très diverses. Les cliniciens sont en effet amenés à interpréter des données provenant d’une large gamme de modalités lors de la prestation de soins, notamment des notes cliniques, des tests de laboratoire, des signes vitaux et observations, des images médicales et de la génomique. Or, la plupart des modèles d’IA actuels sont unimodaux et spécialisés pour une seule tâche. Par exemple, un système d’IA en mammographie atteint des performances de pointe dans le dépistage du cancer du sein mais n’incorpore pas d’informations telles que le statut BRCA (gène du cancer du sein) ou les résultats de l’imagerie par résonance magnétique.

     

    Un banc d’essai doté de 14 tâches :

    Afin d’être plus en phase avec la réalité de la pratique clinique, il est donc nécessaire de développer des systèmes d’IA aux capacités plus généralistes. C’est à cette tâche qu’une équipe de chercheurs de chez Google Research et Google Deepmind s’est attelée. Le « défi majeur » pour y parvenir était d’élaborer, dans un premier temps un banc d’essai biomédical multimodal. MultiMedBench couvre les modalités du langage, de l’imagerie médicale et de la génomique avec 14 tâches biomédicales diverses. Ces tâches comprennent la réponse à des questions, la réponse à des questions visuelles, la classification d’images médicales, la génération et la synthèse de rapports radiologiques, et l’identification de variants génomiques. Ils ont introduit dans ce banc d’essai Med-PaLM Multimodal (Med-PaLM M), le système d’IA biomédicale généraliste. Pour évaluer les capacités et les limites de Med-PaLM M, les chercheurs ont par ailleurs comparé l’évaluation faite par des radiologues des rapports de radiographies thoraciques générés à celles du modèle.

    Les résultats de leur étude ont publiés le 22 février dans le New England Journal of Medicine AI.

     

    Résultats : l’IA généraliste préféré à l’Homme dans 40 % des cas

    • Sur 246 radiographies thoraciques, les cliniciens ont exprimé une préférence pour les rapports multimodaux Med-PaLM par rapport à ceux produits par des radiologues dans jusqu’à 40,50 % des cas.
    • Le meilleur modèle Med-PaLM M présente, en moyenne, un taux d’erreur cliniquement significatif comparable aux références humaines.
    • En moyenne sur les quatre évaluateurs, le rapport des radiologues a été classé meilleur dans 37,14 % des cas, suivi des rapports de Med-PaLM M (25,78 % des cas), et les deux autres échelles de modèle ont été classés meilleurs dans 19,49 % et 17,59 % des cas, respectivement.
    • Bien que Med-PaLM M ait été entraîné uniquement avec des entrées d’images de radiographie thoracique en vue simple, le modèle s’est révélé capable de s’adapter à une configuration de tâche nouvelle avec des entrées visuelles à plusieurs vues.

     

    Des performances prometteuses :

    Les auteurs de l’étude estiment que ces résultats sont encourageants. « Le constat qu’un seul modèle généraliste a pu atteindre de bonnes performances sur de multiples tâches cliniquement pertinentes en utilisant le même ensemble de paramètres de modèle sans personnalisation spécifique de la tâche est prometteur pour les applications cliniques réelles, dans lesquelles il est courant d’avoir besoin de l’interprétation de plusieurs types différents d’informations dans la prise de décision clinique. » Ce modèle pourrait par exemple se révéler particulièrement pertinent lors des réunions de concertation pluridisciplinaire.

    Cependant, des tests supplémentaires sont nécessaires pour évaluer le potentiel de ce système d’IA biomédicale généraliste. Notamment parce que l’on sait bien que la variation de l’exactitude des systèmes d’IA a le potentiel de perpétuer ou d’amplifier les inégalités de santé existantes. La route est donc encore longue pour une utilisation en clinique car, comme le précisent les chercheurs, « pour que ces systèmes soient utiles en pratique ou ouvrent la voie à de nouvelles applications, ils doivent correspondre ou dépasser les modèles spécialisés et spécifiques à une tâche ou atteindre autrement des niveaux de performance cliniquement applicables ».

     

    * Towards Generalist Biomedical AI

    Tao Tu, Shekoofeh Azizi, Danny Driess, Mike Schaekermann, Mohamed Amin, Pi-Chuan Chang, Andrew Carroll, Vivek Natarajan

    Published February 22, 2024

    NEJM AI 2024;1(3)

    DOI: 10.1056/AIoa2300138

  • Cancer du poumon : les données de santé au service d’un dépistage organisé

    Le cancer du poumon, première cause de mortalité par cancer

    Si le cancer du poumon est le 3e cancer plus fréquent (2e chez l’homme et 3eme chez la femme) en France avec 52 777 nouveaux cas en 2023, il est le plus meurtrier. De plus, son incidence se stabilise chez les hommes, mais il est en forte progression chez les femmes (+4,3% par an depuis 2010).

    C’est un cancer le plus souvent de mauvais pronostic car en trop souvent diagnostiqué tardivement du fait de manque de symptômes spécifiques.  Il est diagnostiqué en stade IV (survie de 4 % à 5 ans) dans 45 à 55% des cas, avec un taux de survie nette standardisée de 20% à 5 ans.

    80 % des cancers du poumon sont attribuables au tabac, premier facteur de risque. D’autres facteurs peuvent être en cause : des expositions professionnelles (l’amiante), le cannabis ou la pollution atmosphérique.

    Seul un diagnostic précoce permet une chirurgie curative (actuellement réalisée dans 30% des cas), qui associée aux différentes thérapies améliore fondamentalement le pronostic. De nombreuses thérapies innovantes voient le jour dans ce cancer : immunothérapie, thérapies ciblées, … Le diagnostic précoce, et donc le dépiste, est clé pour augmenter l’impact de ces nouveaux traitements.

    Depuis plusieurs années, l’immunothérapie a fait ses preuves sur un grand nombre de cancers aux stades les plus avancés, en étant utilisée seule ou en complément d’autres traitements. La mortalité à deux ans a diminué en France, passant de 74 % en 2010, puis à 52 % en 2020. Grâce aux essais actuels, l’immunothérapie offre la possibilité d’intervenir à des stades précoces et intermédiaires, permettant ainsi de combattre la maladie dès ses premiers stades et d’éviter sa progression vers un stade métastatique. Les perspectives offertes par ce traitement sont donc extrêmement prometteuses.

    Le dépistage organisé, un enjeu majeur

    Il n’existe pas de dépistage organisé du cancer du poumon en France (la HAS a considéré en 2016 que toutes les conditions pour une mise en œuvre optimale n’étaient pas réunies). Mais en 2022, différentes études internationales ont montré que le dépistage par scanner faible dose de patients à risque conduisait à la réduction de la mortalité.  La HAS a donc fait évoluer sa position, et demande à l’INCA de mettre en place un programme pilote pour évaluer et donner accès aux patients à cette modalité. Elle définit également certaines des informations que devraient apporter ce programme pilote et les études à venir, avant d’envisager le déploiement d’un programme de dépistage organisé à large échelle. Les évaluations à conduire devront porter sur :

    • des éléments de santé publique (qualité de vie des patients, aspects économiques…) ;
    • la sécurité du programme de dépistage ;
    • l’acceptabilité de ces programmes de dépistage par la population cible ;
    • et les impacts organisationnel et économique d’un dépistage systématique du cancer bronchopulmonaire.

    Le protocole du dépistage :

    Ce protocole cible des patients à risque (population âgée de 50 à 74 ans ayant fumé de 10 à 15 cigarettes par jour pendant plus de 30 – 25 ans), et préconise chez ces personnes la réalisation de scanners faible dose.

    La mise en place d’un dépistage organisé, au-delà de son évaluation et déploiement, pose un certain nombre de questions :

    • le ciblage et l’identification des personnes concernées ;
    • l’adhésion des personnes à risques ;
    • l’identification et le diagnostic des patients non-fumeurs (presque 20% des cas) ;
    • la réalisation et l’interprétation des scanners faible dose dans un contexte de pénurie de radiologue ;
    • et le développement et l’évaluation d’autres modes de dépistage.

    Le numérique (data et IA) : des solutions au service du dépistage

    Ciblage des patients à risque :

    L’identification des personnes à risque (fumeurs) passe par :

    • des campagnes d’information grand public ;
    • la formation et l’’implication d’acteurs de ville (pharmaciens, généralistes…) ;
    • ainsi que des campagnes personnalisées pouvant utiliser données pour profiler les patients concernés.

    Différentes actions sont menées dans ce sens :

    Développement d’applications pour que les patients évaluent leur situation et aillent consulter :

    Ainsi l’application Smokecheck, développée par 2 médecins du Mans, permet au patient de savoir s’il doit aller consulter : Cette application, à télécharger sur un smartphone, propose un questionnaire d’évaluation en treize questions. Après l’avoir rempli, le patient sait s’il doit consulter un médecin.

    Mise en place d’actions ville/hôpital comme Le programme “INTERCEPTION” :

    Ce programme pilote de Gustave Roussy, ouvert début 2021, a pour objectif global de démontrer qu’une prise en charge coordonnée ville-hôpital et en grande partie digitale, permettant l’identification et la prise en charge spécifique (sensibilisation, dépistage, prévention, parcours de santé) de personnes à risque augmenté de cancer, peut réduire le risque de cancers graves et la mortalité par cancer à long terme. Une plateforme mise en place en 2024 doit permettre la communication directe entre le patient et le médecin traitant. Cette plateforme permet des rappels automatiques, des échanges de documents et la diffusion d’informations sur le dépistage et la prévention.

    L’adhésion des personnes cibles :

    La France est un pays où les habitants sont peu sensibles à la prévention et au dépistage. Les campagnes sont actuellement basées sur les mêmes courriers envoyés sans individualisation ou ciblage intelligent des personnes. Une utilisation du numérique, des théories comportementales et de l’IA pour les campagnes de dépistage peut permettre de mieux toucher les personnes et obtenir des campagnes personnalisées plus effectives.

    Solutions avec IA pour le dépistage des cancers des non-fumeurs (environ 20% des cas) :

    Le cancer du poumon du non-fumeur apparait chez des personnes plus jeunes, sans facteur de risque apparent, présentant des signes cliniques très peu spécifiques. Une IA présentée au RSNA 2023, interprétant des radiologies standards, permet de poser le diagnostic

    Disponibilité scanners et radiologues :

    Il est difficile d’ajouter actuellement des tâches aux radiologues déjà en sous-effectif. Il est probable que l’utilisation de solutions aide au diagnostic avec IA (exemple Incepto et Aidence, application Veye Chest) aident à résoudre ce problème, en particulier en détectant, mesurant les nodules, et en suivant leur progression.

    Les radiologues doivent également résoudre le manque de confiance qu’ils peuvent ressentir face à des solutions incluant de l’IA qu’ils ne maîtrisent pas.

    Utiliser données et IA pour développer de nouveaux modes de dépistage :

    De nouveaux modes de dépistage sont en développement, moins chers et plus faciles à mettre en œuvre que les scanners faible dose : COV (composés organiques volatils), et biopsie liquide (recherche dans le sang, les urines, la salive, le LCR de biomarqueurs du poumon)

    Ainsi le projet DACAPO piloté au sein du CHU de Nice vise à intégrer l’intelligence artificielle et la signature biologique du cancer dans une aide décisionnelle chez les sujets « à risque » de cancer du poumon, qui se sont vu découvrir un nodule parenchymateux de nature indéterminé, et ce dans le but de raccourcir le temps « d’indétermination ». L’objectif est aussi de développer un outil numérique partagé d’aide à la décision médicale destiné au dépistage du cancer pulmonaire. Il s’agit aussi de mesurer le sevrage tabagique chez les fumeurs qui ont entamé le chemin clinique du dépistage et d’évaluer les coûts médico-économique du dépistage en vraie vie

    Quel état des lieux au niveau international ?

    Aujourd’hui, six pays dans le monde ont mis en place un dépistage organisé pour le cancer du poumon : Canada, Croatie, Japon, Corée du Sud, Etats-Unis, Australie, Royaume-Uni.

    En France, le dépistage systématique n’est pas encore effectif. Au niveau Européen, la mise en place d’un dépistage organisé du cancer du poumon n’est effective qu’en Croatie et en Angleterre, illustrant la difficulté de passer à l’implémentation en vie réelle.

    Un programme prometteur en Angleterre

    « Près de 2 400 cancers ont déjà été détectés grâce au programme de bilan de santé pulmonaire ciblé, dont environ les trois quarts sont détectés aux premiers stades un et deux, où les chances de survie sont beaucoup plus élevées. » annonce NHS en aout 2023.

    Le déploiement de cette initiative fait suite au succès de la première phase du programme de dépistage ciblé des problèmes pulmonaires (TLHC) par le NHS England, avec 76 % des cancers du poumon détectés chez les personnes testées à un stade précoce . Le NHS England étendra le programme, en mettant l’accent sur atteindre 40 % de la population éligible d’ici 2025 et prévoit d’atteindre une couverture de 100 % d’ici mars 2030 . Une fois entièrement déployé, il devrait permettre de détecter le cancer chez jusqu’à 9 000 personnes et de réaliser près d’un million de scanners chaque année, tout en garantissant que le traitement puisse être administré plus tôt.

    Des études pilotes en cours en France et en Europe

    Etude prospective de cohortes  CASCADE :

    Etude pilote soutenue par l’INCa et le ministère de la Santé, démontre que les femmes, malgré une consommation équivalente de tabac, sont plus susceptibles de développer un cancer du poumon que les hommes. Cette recherche met en avant l’efficacité potentielle d’un logiciel d’intelligence artificielle en complément du radiologue pour la lecture du scanner de dépistage. Ce dépistage personnalisé, ciblant les femmes à risque, fournira des informations essentielles sur les modalités de lecture des scanners avant une large étude pilote en 2024

    Projet SOLACE :

    Le projet SOLACE (Strengthening the screening of Lung Cancer in Europe) a été lancé officiellement à Vienne le 18 avril 2023. Son objectif est de surmonter les obstacles au dépistage, garantissant ainsi l’accès à toutes les catégories sociales. Durant une période de trois ans, 17 pays européens collaboreront et partageront leur expertise pour atteindre cet objectif.

  • Maladies rares : vers un renforcement de la collecte des données de santé entre la France et l’Europe (PNMR4)

    3 ministères engagés (Santé, Recherche et Industrie)

    Depuis le premier PNMR (2005-2008), plusieurs étapes décisives dans le domaine du diagnostic et des traitements des maladies rares ont été marquées. En dépit d’avancées notables (mise en place de deux observatoires nationaux pilotés par les 23 filières de santé maladies rares), poser un diagnostic de maladie rare demeure un défi majeur en 2024 : seulement 5 % des maladies rares bénéficient d’un traitement. Dans un tel contexte, la prolongation du 3e PNMR (2018-2022) a ouvert la voie à un nouveau chapitre, celui du PNMR4.

    Annoncé par Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Énergie, et Frédéric Valletoux, ministre délégué chargé de la Santé et de la Prévention, le PNMR4 promet un soutien renforcé pour les personnes malades.

     

    Les actions pionnières du PNMR4

    Parmi les premières initiatives du PNMR4, la labellisation de 132 nouveaux centres de référence maladies rares (soit une augmentation de 28 %), avec une enveloppe de fonctionnement de “près de 36 millions d’euros de crédits nouveaux”. Le maillage territorial en France se trouve de ce fait renforcé, dans une volonté d’améliorer l’accessibilité aux soins spécialisés, en régions et dans les territoires d’Outremer. Une telle action promet de garantir “un suivi plus étroit et personnalisé des patients, même dans les régions les plus éloignées”.

    Les autres actions phares du PNMR4 restent à identifier, autour des quatre thématiques suivantes :

    • parcours de vie et de soin : renforcement du lien entre les structures médicales et les hôpitaux, formation des professionnels de santé, et sensibilisation des patients et de leurs familles ;
    • diagnostic : mise en place d’un observatoire du diagnostic des maladies rares, intégration de la médecine génomique, et importance du dépistage néonatal et de la fœtopathologie ;
    • innovations et traitements : coordination des acteurs pour faciliter l’accès précoce aux traitements, établissement d’un cadre pour les prescriptions compassionnelles, et renforcement de la réutilisation des données de santé ;
    • et collecte des données de santé : accent mis sur la collecte et l’utilisation des données de santé et des échantillons biologiques pour enrichir les connaissances et soutenir la recherche sur les maladies rares.

     

    Repenser la collecte des données pour une coopération européenne renforcée

    Au cœur du PNMR4 réside une approche novatrice dans la collecte et l’utilisation des données de santé. En lançant l’action conjointe “Jardin” (Joint Action Rare Disease INnovation), le premier février 2024, la France se positionne en leader européen dans le partage des données de santé relatives aux maladies rares. Elle assumera la responsabilité de coordonner le groupe de travail européen sur “le partage des données de santé maladies rares et leur réutilisation”.

    Cette initiative vise à :

    • améliorer la collaboration entre les acteurs européens ;
    • favoriser la réutilisation des données pour la recherche ;
    • et à faciliter le développement de nouveaux traitements.

     

    Avec un accent particulier mis sur la médecine génomique, le PNMR4 s’inscrit dans une démarche de précision et d’innovation thérapeutique, promettant ainsi d’ouvrir de nouvelles perspectives pour les millions de personnes touchées par ces conditions médicales rares mais souvent dévastatrices.

     

    Les entreprises du médicament saluent un plan ambitieux

    Engagées dans la lutte contre les maladies rares, les entreprises du médicament (Leem) ont publié en avril 2022 un rapport sur 2 801 essais cliniques qui souligne “l’arrivée à court terme de plusieurs médicaments de thérapie innovante (MTI) dans les maladies rares”. Le Leem, qui rapporte par ailleurs que 20 % des nouveaux essais cliniques à promotion industrielle en France concernent les maladies rares, salue l’annonce du PNMR4, pour deux raisons principales :

    • le besoin d’un cadre attractif pour répondre aux besoins spécifiques des traitements des maladies rares, en particulier ceux des MTI, dans un contexte international compétitif ;
    • et la nécessité de construire un écosystème favorable à la mise en place des essais cliniques (avec moins de complexités et des délais plus courts) et qui garantit un accès pérenne des patients aux thérapies innovantes.

     

    Le Leem réaffirme ainsi son ambition de “poursuivre cette implication tout au long de la mise en œuvre du plan”. Tout en soulignant l’importance d’être vigilant par rapport à “la révision en cours des règlements sur les médicaments orphelins et à usage pédiatrique”, à l’échelle européenne.

     

  • Santé mentale : une IA pour mieux repérer et suivre les tentatives de suicide (AP-HP, Institut Pasteur)

    3 millions de dossiers patients analysés

    Une collaboration entre les équipes du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Robert-Debré AP-HP, la direction des services numériques (DSN) de l’AP-HP, et l’Institut Pasteur, a abouti à la création d’outils numériques innovants visant à surveiller la santé mentale des habitants de l’Île-de-France.

    Ces outils ont été développés sous la coordination de Romain Bey, directeur du service Science des données à la DSN de l’AP-HP, et du Pr Richard Delorme, psychiatre à l’hôpital Robert-Debré, et ont permis d’analyser des millions de documents d’hospitalisation pour générer des données épidémiologiques significatives. Les résultats de cette étude ont été publiés dans NPJ Mental Health Research, le 14 février 2024.

    Des paramètres épidémiologiques pour comprendre l’impact de la crise sanitaire :

    Les équipes de recherche ont employé des algorithmes d’intelligence artificielle (IA) pour explorer les dossiers informatisés (DPI) de patients hospitalisés, dans le but de comprendre l’impact de la crise de Covid-19 sur la santé mentale des résidents d’Île-de-France. Cette analyse a porté sur près de trois millions de dossiers d’hospitalisations provenant de 15 hôpitaux différents de l’AP-HP, grâce à l’entrepôt de données de santé (EDS) de l’AP-HP, qui permet l’analyse des données massives après pseudonymisation.

     

    Des interventions plus ciblées grâce à l’IA ?

    Les travaux ont révélé une augmentation significative des tentatives de suicide pendant la pandémie, en particulier chez les femmes et les jeunes filles, mettant en évidence les violences domestiques, physiques et sexuelles comme facteurs de risque prépondérants. L’ampleur des violences faites aux femmes, y compris aux jeunes âges, en post-pandémie, a également été mise en évidence.

    Des résultats qui démontrent le potentiel de l’analyse des données massives de l’EDS de l’AP-HP pour améliorer le suivi des besoins sanitaires des populations d’Île-de-France, en particulier en ce qui concerne la santé mentale. Ils ouvrent ainsi la voie à des interventions ciblées et à un meilleur soutien pour ceux qui en ont besoin.

    * Natural language processing of multi-hospital electronic health records for public health surveillance of suicidality.
    Bey, R., Cohen, A., Trebossen, V. et al.
    NPJ Mental Health Research, 2024
  • Europe : le champ d’application du Digital Services Act (DSA) élargi

    Toutes les plateformes en ligne désormais concernées

    Le DSA est entré en vigueur le 25 août 2023 pour les plus grandes plateformes numériques. Cela concernait notamment :

    • des sites de e-commerce (comme Amazon, AliExpress, Booking.com, etc.) ;
    • des réseaux sociaux (comme Facebook, LinkedIn, TikTok, etc.) ;
    • ou encore des moteurs de recherche (comme Google ou Microsoft Bing…).

    Depuis le 17 février 2024, le DSA s’applique au reste des plateformes en ligne offrant leurs services sur le marché européen. Il inclut désormais toutes les entreprises qui offrent des services intermédiaires aux utilisateurs européens sur Internet, qu’elles soient établies dans des pays de l’Union européenne ou pas.

    Chronologie de mise en œuvre du DSA

    • Le DSA a été proposé par la Commission européenne en décembre 2020.
    • Deux ans plus tard, en octobre 2022, il a été adopté par le Parlement européen et le Conseil européen.
    • Les grandes plateformes ont été soumises à ce règlement à partir du 25 août 2023.
    • Le 17 février 2024 a marqué la mise en application du DSA pour toutes les plateformes numériques.

     

    Principales mesures et sanctions du DSA

    Le DSA est une réglementation proposée par la Commission européenne pour régir les entreprises du secteur numérique. Son objectif principal est de lutter contre la diffusion de contenus illicites tels que la haine, la pornographie infantile, le terrorisme, etc., ainsi que la désinformation en ligne. En outre, le DSA vise à promouvoir la transparence des plateformes envers les consommateurs.

    Cette réglementation agit au niveau des plateformes, qui se voient attribuer davantage de responsabilités face aux contenus qu’elles hébergent. Parmi les principales mesures :

    • la lutte contre les contenus illicites :

    Les plateformes doivent mettre en place des mécanismes permettant aux internautes de signaler facilement ces contenus, avec une obligation de réaction rapide pour bloquer les publications signalées, et une considération spéciale accordée aux signalements des “signaleurs de confiance”. Les acteurs du e-commerce sont également concernés, devant garantir la fiabilité des vendeurs.

    • la promotion de la transparence :

    Les plateformes doivent fournir des informations détaillées sur le fonctionnement de leur algorithme publicitaire, avec l’interdiction de profilage pour les recommandations et de publicité ciblée envers les mineurs. De plus, les utilisateurs peuvent contester la suspension ou la fermeture de leur compte via un système interne ou des organismes vérifiés.

    • et la coopération avec les autorités :

    Les grandes plateformes doivent effectuer chaque année un audit indépendant sous le contrôle de la Commission européenne, visant à réduire les risques liés aux contenus illicites ou nuisibles. La Commission bénéficiera d’un accès aux algorithmes des interfaces et se réserve le droit d’imposer des mesures en cas de crise majeure, pour une durée limitée.

    Les sanctions pour non-conformité peuvent inclure :

    • des amendes allant jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial ;
    • et, en cas de violations graves et répétées des interdictions sur le territoire européen.