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  • Assises des préventions en santé 2025 : un appel à structurer, mesurer et pérenniser les politiques de prévention

    Dans un contexte de pressions croissantes sur les systèmes de santé, cette journée ayant eu lieu le 13 mai 2025 à PariSanté Campus visait à dresser un état des lieux des politiques de prévention, partager des retours d’expérience internationaux et amorcer une réflexion collective sur les modèles organisationnels, territoriaux et financiers les plus efficients.

    L’événement a été coordonné par Jacques Marceau (président d’Aromates, expert santé à la Fondation Concorde) et a réuni des intervenants de premier plan : responsables institutionnels (CNAM, FHF, AMF), parlementaires, acteurs du monde hospitalier, industriels, chercheurs, représentants associatifs et élus locaux. Les thématiques principales couvraient la prévention des maladies chroniques, la territorialisation, l’innovation, l’éducation à la santé et le financement.

    La prévention ne représente que 3 % des dépenses de santé dans les pays de l’OCDE

    Dans sa keynote, Dr Guillaume Dedet a dressé un panorama synthétique et chiffré des enjeux et bonnes pratiques en matière de prévention dans les pays de l’OCDE. Il a d’emblée rappelé que les maladies chroniques dont principalement les cancers, maladies cardiovasculaires, diabète sont responsables de près de 80 % de la morbidité et que plus de 60 % de cette charge est liée à des facteurs de risque évitables, principalement le tabac, l’alcool et le surpoids.

    Les coûts socioéconomiques sont considérables : par exemple, l’obésité représente 8 % des dépenses de santé et une perte de PIB estimée à 3,3 % dans plusieurs pays européens. Aujourd’hui, dans l’OCDE chaque citoyen supporte une charge fiscale moyenne de 220 euros par an liée à l’obésité.

    Le Dr Dedet a également mis en avant qu’aujourd’hui les dépenses de prévention représente seulement 3% des dépenses de santé, soit le même chiffre qu’il y a vingt ans.

    L’OCDE a identifié des interventions efficaces, mises en œuvre dans différents pays, parmi lesquelles :

    • le Nutri-Score : étiquetage nutritionnel désormais standard dans plusieurs pays européens ;
    • l’intervention de formation multimodale en Islande : programme basé sur l’activité physique pour les plus de 65 ans vivant à domicile ;
    • l’activité physique sur ordonnance (Suède) : prescription individualisée d’exercice physique ;
    • les programmes combinés sur le mode de vie (Pays-Bas) : conseils diététiques, activité physique et coaching comportemental ;
    • « Jeunes en Bonne Santé » (Pays-Bas) : programme communautaire pour enfants de 0 à 19 ans.

    Le Dr Dedet a déclaré, sur la base de modélisations de l’OCDE, que généraliser ces interventions aurait des effets significatifs sur la santé publique et les économies. Il a également souligné la nécessité de collecter des données standardisées et de prévoir des indicateurs d’impact harmonisés, afin d’assurer la comparabilité entre pays et la viabilité à long terme des programmes.

    Construire une culture de la prévention, c’est diagnostiquer, analyser, et investir là où l’impact sur la santé publique et le modèle social est prouvé

    Marie-Do Aeschlimann sénatrice des Hauts-de-Seine, rapporteure de la mission d’information sur les politiques de prévention en santé a ouvert son intervention en insistant sur l’importance du pluriel dans l’intitulé, rappelant que la prévention en santé est multiple, multidimensionnelle, à la fois primaire, secondaire, tertiaire, universelle, ciblée et populationnelle. Elle y a ajouté une composante fondamentale : la promotion de la santé, laquelle « dépasse le strict champ sanitaire pour inclure l’urbanisme, la mobilité, le logement ou encore l’environnement ».

    Elle a affirmé que la prévention est trop souvent perçue comme une charge, alors qu’elle constitue en réalité « un investissement dans l’avenir ». Prévenir permet d’éviter des hospitalisations, de maintenir les Français en bonne santé, mais aussi d’améliorer la qualité des soins, la productivité et la situation économique générale, dans un contexte de déficits publics majeurs.

    Elle est revenue sur les travaux menés depuis mars dans le cadre de la mission d’information sénatoriale sur la prévention en santé, qu’elle co-rapporte. Ces auditions ont mis en évidence deux constats principaux :

    1. les inégalités d’accès à la prévention reproduisent et accentuent les inégalités d’accès aux soins.
    2. l’écosystème de la prévention est fragmenté, composé d’une multitude d’acteurs trop peu coordonnés.

    Elle a exprimé son étonnement quant à la difficulté de mesurer précisément les dépenses consacrées à la prévention. Selon elle, tant qu’il n’y aura pas de mesures il n’y aura pas de pilotage. Les chiffres disponibles font état de 6 milliards d’euros de dépenses institutionnelles, et de 9 milliards d’euros de dépenses non institutionnelles, données qui remontent à 2016. Les actions de prévention font peu l’objet d’évaluation de leurs résultats soulignant que cela empêche de reconnaître l’impact réel des politiques sur la santé publique et les finances publiques.

    Plusieurs acteurs entendus lors de la mission sénatoriale ont plaidé pour un pilotage renforcé, intégré, coordonné au niveau national et territorial. Elle a mis en avant la richesse des initiatives locales, notamment portées par les associations ou organismes complémentaires, tout en déplorant leur manque de soutien, leur financement à court terme et leur faible pérennisation. Des exceptions positives existent notamment dans les politiques relatives au cancer et au tabac qui démontrent que la prévention peut faire l’objet d’un investissement durable. La sénatrice a rappelé l’importance de traiter de nombreux champs : addictions, nutrition, activité physique, vaccination, santé mentale, santé sexuelle, prévention périnatale, repérage de la perte d’autonomie en précisant que la santé mentale est la grande cause nationale de l’année 2025. Elle a appelé à la construction d’une culture globale de la prévention, fondée sur une mobilisation large incluant écoles, employeurs, associations, médias et professionnels de santé. Les services publics tels que la protection maternelle et infantile ou la médecine scolaire doivent être mieux soutenus.

    « Les infirmiers scolaires réalisent chaque année près de 18 millions de consultations », a-t-elle rappelé, saluant leur rôle de « référents santé des élèves ». Elle a mentionné un amendement qu’elle a fait adopter récemment visant à reconnaître la santé scolaire comme une spécialité à part entière. Elle a aussi salué les expérimentations de l’article 51, citant l’exemple du programme ICOPE en Isère, mis en œuvre en partenariat avec l’OMS et le CHU de Grenoble. Ce programme vise à prévenir la perte d’autonomie dès 60 ans en identifiant précocement les fragilités physiques, sociales et émotionnelles. Les premiers résultats montrent que 87 % des bénéficiaires déclarent avoir appliqué les conseils reçus, avec un effet positif sur leur bien-être. En conclusion, Marie-Do Aeschlimann a souligné que la prévention est un impératif : social, économique et structurel. Elle a appelé à passer d’une logique curative à une logique d’anticipation.

    Responsabilité populationnelle : un modèle intégré et évalué pour transformer la prévention en santé

    Antoine Malone a rappelé que les systèmes de santé européens, historiquement conçus pour répondre à des épisodes aigus sur des populations jeunes, ne sont plus adaptés à la réalité actuelle, marquée par une forte prévalence des maladies chroniques et un besoin accru de prise en charge sur le long terme. Il souligne que « le système de soins n’explique que 25 % de l’état de santé d’une population » (source INSPA). L’attentisme vis-à-vis des maladies chroniques entraîne des conséquences lourdes, illustrées par plus de 13 000 amputations liées au diabète en France en une année.

    Antoine Malone a présenté le modèle de responsabilité populationnelle, qui repose sur quatre objectifs :

    • améliorer la santé de la population,
    • renforcer la qualité des prises en charge,
    • garantir la soutenabilité économique,
    • et préserver la qualité de vie des professionnels.

    Ce modèle s’appuie sur la définition de populations cibles sur un territoire donné et sur la co-construction de programmes d’action avec l’ensemble des parties prenantes : établissements, professionnels libéraux, collectivités, associations, patients.

    Il a insisté sur le fait que cette démarche n’est ni imposée, ni inscrite dans une obligation réglementaire, mais repose sur une coopération volontaire et contextualisée, propre à chaque territoire. Les programmes sont évaluables et adaptables à d’autres contextes.

    Le modèle a été testé sur cinq territoires : Douaisis, Cornouaille, Aube-Sézannais, Deux-Sèvres et Haute-Saône. Deux populations ont été ciblées :

    • les personnes à risque ou atteintes de diabète de type 2,
    • celles à risque ou atteintes d’insuffisance cardiaque.

    Chaque programme repose sur une gouvernance territoriale partagée, incluant des patients partenaires dès la phase de diagnostic des besoins, la conception des parcours et la mise en œuvre des actions.

    Une stratification médico-économique permet une lecture fine des besoins, illustrée par une pyramide des risques. Par exemple, les 18 millions de personnes à risque de diabète consomment déjà davantage de soins que la population générale.

    Les expérimentations ont produit des résultats tangibles :

    • 1 000 professionnels impliqués
    • 130 partenaires (associations, entreprises, collectivités…)
    • 1 100 actions de prévention et de sensibilisation
    • 22 000 personnes sensibilisées
    • 18 000 personnes dépistées
    • 6 500 patients suivis dans la file active
    • Près de 100 patients partenaires engagés

    Les indicateurs hospitaliers sont également positifs :

    • « Diminution de moitié de la part des admissions via les urgences pour les patients diabétiques »
    • « Réduction de moitié des longs séjours (>5 jours) pour diabète »
    • Coût moyen d’hospitalisation par patient (2023) : 5 440 €, soit 6 % inférieur à la moyenne nationale ajustée (5 826 €)

    Ces résultats ont été obtenus alors même que les territoires pilotes identifiaient davantage de cas. Le modèle a suscité l’intérêt de plus de 30 nouveaux territoires, y compris en Outre-mer. Antoine Malone a précisé que l’engagement des professionnels de santé repose sur une adhésion volontaire, sans incitation financière directe, ce qui favorise le sens au travail pour les équipes. Il a conclu en soulignant que la responsabilité populationnelle constitue un levier structurant pour réorienter le système de santé français vers un modèle préventif, territorial et intégrateur, capable de produire des résultats mesurables, reproductibles et durables.

     

  • SantExpo 2025 : les démarches qualités appuient les transformations en santé

    Lors de la conférence intitulée « Comment les démarches qualité peuvent venir appuyer les transformations en santé » le 21 mai 2025 à SantExpo, plusieurs responsables hospitaliers, représentants d’usagers et cadres ministériels ont partagé leurs expériences et visions. Le message principal était que les démarches qualité occupent aujourd’hui une place centrale dans les stratégies de transformation du système de santé. Loin de se limiter à un exercice de conformité, elles deviennent des leviers opérationnels pour améliorer l’organisation des soins, renforcer la pertinence des prises en charge, intégrer les usagers dans la gouvernance et même soutenir des objectifs environnementaux.

    Cette rencontre a réuni des responsables d’établissements comme Nicolas Bougault, directeur du CH de Lisieux, Jean-Marc Faucheux, président de la CME du CH d’Agen, Marie-Thérèse Leccia, présidente de la CME du CHU de Grenoble-Alpes, ainsi que Catherine Geindre, présidente de la Commission de certification des établissements de santé. Le point de vue institutionnel a été apporté par Marie Daudé, directrice générale de l’offre de soins, tandis que Gérard Raymond, représentant de France Assos Santé, a exprimé les attentes et exigences des usagers. Health & Tech Intelligence a assisté à ces échanges qui ont permis de dresser un panorama précis des enjeux actuels liés à la qualité et de proposer des pistes d’action.

    La qualité comme levier stratégique de transformation

    Le consensus partagé par les intervenants est que la qualité ne peut plus être cantonnée à une démarche technique. Elle doit devenir un axe structurant des politiques hospitalières et territoriales. Plusieurs établissements, souvent en difficulté car certifiés avec réserves ou conditions peinent à s’aligner sur les exigences du référentiel. Cela révèle une fracture entre les établissements bien dotés et ceux qui sont isolés et confrontés à une pénurie de ressources.

    Une réponse structurelle est nécessaire : la mise en place d’un dispositif d’accompagnement soutenu, homogène et traçable. Il s’agit notamment d’organiser des suivis, des plans d’actions partagés avec les ARS, de documenter les décisions, et d’ouvrir la voie à des restructurations soutenues plutôt que punitives.

    Un changement de paradigme avec un financement par la qualité

    Le financement des établissements doit évoluer. Le modèle actuel encore très marqué par l’activité (T2A) limite les incitations à la qualité. Une réforme du dispositif « IFAQ » (Incitation financière à l’amélioration de la qualité) est en cours. Elle vise à faire du résultat en qualité un critère de financement à part entière.

    Des indicateurs stratifiés sont envisagés. Certains resteront nationaux et d’autres seront construits localement en lien avec les territoires de santé. L’idée est d’aligner les incitations sur des enjeux pertinents pour chaque établissement, dans son contexte réel. Ces réformes sont coordonnées avec les fédérations hospitalières et s’inscrivent dans une logique pluriannuelle.

    Un renforcement de la voix des usagers dans la gouvernance

    La place des usagers ne doit plus être symbolique soutient Gérard Raymond. La commission des usagers (CDU), encore trop souvent perçue comme accessoire doit évoluer vers un organe influent. L’expérience patient est désormais considérée comme un indicateur de qualité à part entière susceptible d’alimenter les évaluations, les projets d’établissements et les parcours de soins.

    Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de former les représentants des usagers, de les recruter en lien avec les filières de soins et de développer des modèles de « patients partenaires » experts de leur pathologie. L’objectif est de professionnaliser leur rôle et d’en faire un maillon de la gouvernance hospitalière au même titre que les directions ou les CME.

    Une convergence nécessaire entre qualité et transition écologique

    Un message fort a été porté autour de la convergence entre qualité des soins et transition écologique. Certains établissements comme le CHU de Grenoble-Alpes ont déjà intégré cette dimension dans leur projet d’établissement. Sans référentiel formel, ils ont utilisé les leviers de la qualité pour avancer sur des sujets comme l’alimentation (réduction des déchets alimentaires, qualité gustative), la consommation médicamenteuse (réduction de l’usage non justifié) ou les émissions de gaz à effet de serre (déplacements, énergie).

    Cette approche est doublement vertueuse car elle redonne du sens au travail des professionnels et répond aux attentes sociétales. La structuration d’instances comme des commissions consultatives de transition écologique permet de formaliser ces dynamiques.

    Le territoire constitue une échelle appropriée pour une transformation durable

    La transformation du système de santé ne peut s’opérer uniquement à l’échelle des établissements. Le territoire est la nouvelle unité d’action. Les dynamiques de CPTS, GHT et projets territoriaux de santé doivent intégrer la qualité comme critère de cohérence des parcours.

    L’exemple des questionnaires d’expérience patient en construction proposés à l’échelle de parcours inter-établissements illustre cette volonté. L’objectif est de mieux capter la continuité des soins en dépassant la segmentation ville-hôpital, public-privé. Une logique de pilotage qualitatif partagé émerge progressivement.

    Professionnalisation des démarches qualité et gouvernance médicale

    La qualité ne peut pas reposer uniquement sur les directions qualité ou les services administratifs. Elle doit être portée par l’ensemble des professionnels, en particulier les médecins. Cela suppose une acculturation forte, un appui méthodologique et une implication de la gouvernance médicale.

    Jean Marc Faucheux met en avant que les futurs présidents de CME doivent être former pour qu’ils puissent mieux comprendre et relayer les enjeux de qualité et de gouvernance dans leurs établissements. Il est aussi important d’intégrer les soignants dans la discussion sur les indicateurs et les résultats, non pas comme objets de contrôle mais comme leviers d’amélioration collective.

    La pertinence des soins est à prendre en compte également

    La question de la pertinence des soins devient un pivot de la transformation. Elle engage à la fois le juste soin pour le bon patient, l’optimisation des ressources et la réduction de l’impact écologique. Trois critères sont évoqués : la pertinence clinique, l’efficience économique et la durabilité environnementale.

    Dans certains établissements, des protocoles ont été mis en place avec l’appui des commissions qualité pour limiter les actes redondants ou peu utiles. Ces actions sont souvent plus efficaces lorsqu’elles sont co-construites avec les professionnels et intègrent les retours d’expérience des patients.

     

  • SantExpo 2025 : les leviers de transformation des parcours de soins à partir de la donnée territoriale à travers l’exemple du projet conduit à Valenciennes

    Cette session couverte par Health & tech Intelligence à Santexpo a eu pour objectif de présenter une démarche centrée sur l’analyse territoriale des données de santé pour optimiser les stratégies de dépistage, diagnostiquer plus précocement et mieux structurer les parcours de soins.

    Roche Diagnostics : accompagner l’innovation par les données

    Pierre Mezeray, directeur exécutif transformation en santé et solutions diagnostiques, a exposé la stratégie de Roche Diagnostics centrée sur l’innovation dans les biomarqueurs et les outils diagnostiques. Aujourd’hui, Roche Diagnostics, c’est beaucoup d’innovations dans les biomarqueurs pour mieux comprendre, diagnostiquer et suivre les patients, l’évolution de leur maladie et de leur traitement.

    Cette démarche repose sur une double analyse : « Pour quel type de décision médicale est-ce que ce biomarqueur est fait ? Et aussi, quel est son impact sur la pérennité du système de santé ? »

    L’approche diagnostique nécessite donc d’articuler la valeur médicale et l’organisation territoriale : chaque écosystème de santé étant différent, chaque territoire est différent, il faut donc les comprendre pour articuler cette valeur.

    Cas d’usage du Covid-19

    Pierre Mezeray a rappelé que l’expérience du COVID-19 a permis une montée en puissance de l’approche populationnelle. En effet, durant la crise les données agrégées, comme ceux des résultats PCR ont permis de piloter des décisions territoriales.

    C’est dans cette dynamique qu’est née la collaboration avec le CH de Valenciennes. Le directeur d’établissement avait exprimé un besoin clair : comprendre la population, ses besoins, et mesurer l’impact des actions de santé notamment en dehors de l’hôpital.

    Ulysse Rodts a ensuite présenté comment KanopyMed intervient en soutien aux acteurs territoriaux pour fournir une lecture populationnelle des données : « L’idée est de mettre les données à disposition des soignants, des collectivités, des laboratoires pharmaceutiques, dans une logique populationnelle. »

    L’outil principal utilisé est le SNDS, base de données exhaustive de l’Assurance Maladie. Cela a permis à KanopyMed de mener une réflexion profonde sur les parcours de soins, notamment en insuffisance cardiaque et diabète.

    Le travail s’est inscrit dans un partenariat avec le CH de Valenciennes et la CPTS locale. Il a mobilisé pendant deux ans une collecte et une analyse poussées, permettant de restituer un diagnostic territorial détaillé aux acteurs de terrain.

    12% de la population adulte est diabétique sur la commune de Valenciennes

    Les données ont mis en lumière plusieurs éléments. Notamment que certaines communes de Valenciennes ont 12 % de population adulte diabétique. Ces patients génèrent en moyenne 10 à 12 consultations par an chez un médecin généraliste.

    L’analyse a aussi révélé une sous-utilisation de certains tests diagnostiques comme le NT-proBNP pour l’insuffisance cardiaque, due principalement à une méconnaissance de leur utilité en médecine de ville car aujourd’hui les généralistes utilisent encore essentiellement la clinique pour évaluer les risques. Par ailleurs, les cardiologues ont confirmé cette tendance, indiquant que la clinique seule ne suffit plus car aujourd’hui, des outils existent pour mieux comprendre le stade de la maladie.

    L’intelligence humaine : au-delà des données, une nécessité de coordination locale

    À Valenciennes, la proximité entre la CPTS et le CH a facilité la coordination des soins et permis de lancer des actions immédiates. En effet, des discussions ont été engagées entre les cardiologues et les généralistes pour promouvoir la systématisation du test NT-proBNP. Cette dynamique est rendue possible grâce à l’intégration des données dans un travail d’intelligence collective. Les intervenants ont mis en avant qu’on ne pouvait pas tout voir avec la donnée. Il faut une réflexion humaine et une coordination locale.

    L’un des objectifs fixés dans le cadre de ce projet était de mesurer l’impact réel des actions engagées afin de voir si l’usage des tests permet de réduire les hospitalisations évitables. Cependant, plusieurs défis restent à résoudre, notamment les délais d’accès aux données car lorsqu’un projet est soumis aujourd’hui, les données sont accessible dans les 18 mois. Malgré cela, les intervenants soulignent que « l’objectif est de créer une boucle entre les données, les actions, et les résultats mesurables. »

    Réplicabilité et vision nationale : près de 8 millions de patients vivent à plus de 25 km d’un laboratoire

    L’approche développée à Valenciennes est conçue pour être réplicable. Les données SNDS étant nationales, les recommandations sont identiques donc l’approche peut être applicable sur tout le territoire national. Une extraction nationale des indicateurs a été anticipée dès le début afin de pouvoir comparer les territoires, de créer des groupes contrôle et d’élargir l’analyse.

    Un débat s’est engagé ensuite sur la possibilité de réaliser certains tests plus près des patients. La réglementation actuelle limite l’usage de dispositifs point-of-care en dehors de l’hôpital. Pierre Mezeray a souligné le fait que près de 8 millions de patients vivent à plus de 25 km d’un laboratoire d’analyse médicale. Le sujet est jugé prioritaire dans les territoires en tension car cela a un impact financier : quelques euros supplémentaires pour un test peuvent en effet éviter une hospitalisation coûteuse.

    « Identifier les données disponibles, définir les actions à mettre en œuvre, et mesurer l’impact »

    Enfin, les intervenants ont confirmé leur capacité à réaliser des diagnostics sur d’autres territoires. La donnée étant disponible, ce qui prend du temps pour effectuer ces diagnostics territoriaux c’est l’ingénierie humaine derrière et la coordination locale entre établissements, CPTS et laboratoires.

    Ulysse Rodts a mis en avant que la réussite repose sur la capacité à mobiliser l’ensemble des acteurs autour d’un objectif partagé : « À Valenciennes, la CPTS et le CH partageaient une vision commune. Mais ce n’est pas toujours le cas ailleurs. »

  • SantExpo 2025 : Data visualisation & IA – un levier face à la complexité des données cliniques

    Le volume et la complexité des données générées lors des essais cliniques rendent leur exploitation de plus en plus complexe pour les équipes de recherche. Selon les intervenants, la data visualisation et l’intelligence artificielle (IA) offrent des solutions concrètes pour transformer ces ensembles de données hétérogènes en informations exploitables par les CRO accélérant ainsi la prise de décision et renforçant la qualité des analyses.

    Durant cette conférence, il a été rappelé qu’une grande partie des données collectées lors des essais cliniques ne sont pas pleinement exploitées, faute d’outils adaptés à leur exploration et à leur interprétation.  Les solutions de data visualisation permettent de rendre visibles des tendances, des anomalies ou des signaux de sécurité qui resteraient invisibles dans des tableaux bruts. Par exemple, l’application Davizi, présentée lors de la conférence, propose une interface d’exploration des données, de génération de rapports et de visualisation en temps réel facilitant la collaboration entre CRO et promoteurs.

    L’IA automatise et fiabilise les tâches critiques de la recherche clinique

    Présentée par Mickaël Coux, l’application Davizi combine data visualisation et IA pour offrir une analyse approfondie des données cliniques. Elle propose des visualisations interactives, des tableaux de bord personnalisés et des fonctionnalités d’analyse en temps réel. Davizi automatise également la génération de rapports, intégrant des éléments visuels et des analyses détaillées.

    L’IA s’impose comme un accélérateur en recherche clinique. Plusieurs cas d’usage ont été évoqués :

    • automatisation du contrôle qualité des données (recherche d’erreurs dans les eCRF, détection de doublons, harmonisation des terminologies) ;
    • aide au recrutement des patients en affinant les critères d’inclusion par l’analyse automatisée des dossiers médicaux ;
    • génération automatisée de rapports périodiques et d’états des lieux pour le suivi des essais ;
    • prédiction des réponses aux traitements ou identification de signaux de sécurité à partir de données multimodales.

    Ces apports réduisent la charge de travail des équipes, limitent les risques d’erreur humaine et améliorent la représentativité des cohortes.

    Sécurité, conformité et transparence : des impératifs juridiques renforcés

    Anne Charlotte Andrieux, avocate spécialisée en santé numérique, a souligné l’importance du respect des cadres réglementaires (RGPD et HDS) dans l’usage de la data visualisation et de l’IA. Les solutions comme Davizi intègrent des protocoles de sécurité avancés pour garantir la confidentialité et l’intégrité des données sensibles afin de répondre aux exigences croissantes des autorités de santé et des sponsors.

    L’anonymisation, la traçabilité des accès et la conservation des métadonnées sont des standards incontournables pour prévenir tout risque juridique ou éthique.

  • L’IA explicable fait mieux… en collaboration avec les pneumologues que l’IA seule (étude)

    L’étude « Collaboration between explainable artificial intelligence and pulmonologists improves the accuracy of pulmonary function test interpretation », publiée en avril 2023 dans European Respiratory Journal par Nilakash Das et al., explore une problématique importante en médecine respiratoire : comment optimiser l’interprétation des tests de fonction pulmonaire (PFT) face à leur complexité croissante ? Ce travail multicentrique impliquant 78 pneumologues européens démontre qu’un modèle d’intelligence artificielle explicable (XAI) améliore significativement les performances diagnostiques lorsqu’il est utilisé en appui, et non en remplacement, des cliniciens.

    L’enjeu est stratégique : alors que l’IA est souvent perçue comme une alternative aux experts, cette étude montre qu’elle est surtout un levier puissant de collaboration.

    Objectifs et méthode : tester le binôme humain-IA

    L’étude se décline en deux phases :

    • Phase 1 (P1) : étude monocentrique avec 16 pneumologues du CHU de Louvain.
    • Phase 2 (P2) : étude multicentrique avec 62 pneumologues de 16 centres européens.

    Chaque participant a interprété deux fois 24 rapports de PFT, d’abord seul (condition « contrôle »), puis avec l’aide d’un outil d’IA explicable (condition « intervention »). L’outil XAI fournissait non seulement un diagnostic suggéré, mais aussi des explications sur les variables ayant influencé cette décision, selon la méthode des valeurs de Shapley.

    Les performances ont été mesurées selon deux critères principaux :

    • précision du diagnostic préférentiel (le diagnostic principal proposé) ;
    • précision du diagnostic différentiel (ensemble des hypothèses posées).

    Des indicateurs secondaires ont été évalués : confiance diagnostique, accord entre médecins, évolution des décisions et influence des suggestions de l’IA.

    Résultats : le duo IA-médecin dépasse l’IA seule

    Stratégies pour l’intégration réussie de l’IA dans les soins @ H&TI

    L’ajout de l’IA explicable a entraîné une hausse significative de la précision :

    • Phase 1 : +10,4 % en diagnostic préférentiel, +9,4 % en diagnostic différentiel.
    • Phase 2 : +5,4 % et +8,7 % respectivement.

    Mieux encore, le binôme pneumologue + XAI a dépassé les performances de l’IA seule : +13 % en précision du diagnostic préférentiel en P1, +12,1 % en P2. Ce résultat est central : l’IA est performante, mais l’humain reste décisif lorsqu’il est bien accompagné. Les cliniciens ont rapporté une hausse de leur confiance diagnostique et une meilleure convergence entre pairs. Fait notable : les pneumologues n’ont pas aveuglément suivi les recommandations erronées de l’IA. La baisse de performance en cas de mauvaise suggestion restait marginale, attestant d’une relative résistance à l’automatisation biaisée.

    L’étude de Das et al. permet une validation robuste du modèle d’IA explicable comme assistant médical, et non comme substitut. Cela peut impliquer plusieurs orientations stratégiques pour les industriels du secteur :

    • prioriser la transparence : les outils d’aide à la décision doivent intégrer des fonctions d’explication intelligibles. La méthode des valeurs de Shapley s’impose comme une référence dans ce domaine ;
    • cibler la collaboration, pas la substitution : les outils les plus efficaces renforcent les compétences cliniques. La valeur ajoutée ne vient pas d’une « IA contre le médecin », mais d’un binôme augmenté ;
    • former les professionnels à l’interprétation des sorties IA : l’étude montre que l’acceptation de l’IA est forte chez les cliniciens, même peu expérimentés avec ces outils. Cela ouvre un terrain favorable à la formation, à l’intégration en routine et à la montée en puissance des CDSS (Clinical Decision Support Systems) ;
    • anticiper l’extension à d’autres spécialités : bien que centrée sur la pneumologie, cette approche est transposable à toute discipline à forte densité de données structurées (cardiologie, imagerie, médecine interne, etc.).

    Malgré des résultats solides, l’étude présente des limites importantes :

    • l’échantillon sur-représente certaines pathologies rares, et tous les patients sont caucasiens, ce qui limite la généralisation ;
    • les diagnostics ont été posés sans imagerie ni tests complémentaires, ce qui ne reflète pas complètement la pratique réelle ;
    • enfin, l’impact clinique et économique (temps gagné, réduction d’examens redondants, coût évité) reste à démontrer dans un contexte réel.

    Des études prospectives plus larges, en vie réelle, sont nécessaires pour évaluer la valeur ajoutée de ces outils sur la chaîne de soin globale.

  • Interventions numériques en santé au travail : un levier stratégique encore sous-exploité selon une étude

    L’article Evaluating the Impact of Digital Health Interventions on Workplace Health Outcomes: A Systematic Review, publié en juin 2024 dans Administrative Sciences par Evripidis Kechagias et al, explore l’efficacité des interventions numériques sur la santé des salariés. Il s’agit d’une revue systématique de la littérature scientifique conforme aux standards PRISMA, analysant 17 études internationales publiées entre 2017 et 2024. Cette revue vise à déterminer si ces outils tiennent leurs promesses en matière de santé, productivité et engagement des collaborateurs.

    Objectifs, méthodologie et périmètre de l’étude

    L’objectif de la revue est clair : identifier les caractéristiques des interventions numériques efficaces en milieu professionnel en évaluant leurs résultats sur la santé mentale, physique et le bien-être des salariés. Les auteurs se concentrent sur des solutions entièrement digitales, excluant les dispositifs combinés à des suivis en présentiel afin d’isoler l’impact du numérique.

    Les 17 études sélectionnées, majoritairement des essais contrôlés randomisés (RCT) ou des recherches en méthodes mixtes couvrent une diversité de secteurs, de pays (Royaume-Uni, Pakistan, Nigeria, Australie, Europe continentale…) et de dispositifs allant d’applications de gestion du stress à des portails santé intégrés à l’intranet d’entreprise. Les populations cibles sont les salariés adultes avec des durées d’intervention variant de quelques semaines à un an.

    Résultats principaux : des effets positifs… mais encore fragiles

    Trois résultats ressortent de manière récurrente :

    1. Amélioration de la santé mentale et du bien-être psychologique : des outils comme WorkGuru (CBT digital) ou la réalité virtuelle pour les cliniciens du NHS (Adhyaru & Kemp, 2022) ont démontré des bénéfices sur l’humeur, la réduction du stress et la motivation.

    2. Réduction de la sédentarité et promotion de l’activité physique : l’application Welbot a augmenté significativement le temps passé debout et les mouvements au poste de travail (Haile et al., 2020).

    3. Personnalisation, accessibilité et engagement utilisateur comme leviers clés : les dispositifs les plus efficaces sont ceux qui s’intègrent aux outils de travail quotidiens (ex. : intranets d’entreprise) et s’adaptent aux préférences des utilisateurs.

    Cependant, plusieurs limites majeures sont identifiées : hétérogénéité des mesures d’impact, prépondérance de données auto-déclarées (biais de désirabilité sociale), absence de suivis à long terme et manque d’indicateurs économiques robustes.

    Enjeux stratégiques pour les entreprises numériques en santé

    Pour les acteurs du numérique en santé, les enseignements de cette revue sont multiples :

    • Opportunité de positionnement : les entreprises qui développent des solutions digitales adaptées au monde du travail disposent d’un terrain fertile, notamment dans les PME et les structures publiques.

    • Nécessité d’une approche centrée utilisateur : les interventions doivent intégrer dès leur conception les préférences, rythmes et contraintes des salariés. Cela suppose des designs adaptatifs et des interfaces intuitives.

    • Besoin de preuves tangibles : la standardisation des indicateurs (absentéisme, bien-être, productivité) et l’évaluation économique doivent devenir la norme pour convaincre les directions générales et les départements RH.

    • Rôle clé du management : les études montrent que le soutien explicite des managers est un facteur décisif dans l’adoption et la pérennité des dispositifs (Thomson et al., 2023).

  • Revue bibliographique : l’IA au service de la pharmacie clinique (enjeux et perspectives)

    L’article intitulé « Development of artificial intelligence powered apps and tools for clinical pharmacy services: A systematic review », publié en 2022 par Ranchon et al dans l’International Journal of Medical Informatics, propose une analyse systématique des travaux de recherche portant sur l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les services de pharmacie clinique, tant en milieu hospitalier que communautaire. L’objectif de cette revue est ainsi d’identifier et d’évaluer les études quantitatives ayant impliqué des pharmaciens dans le développement ou l’utilisation d’outils numériques basés sur l’IA, entre 2000 et 2021.

    63% des études publiées entre 2020 et 2021

    Pour ce faire, les auteurs ont mené une recherche selon les critères PRISMA dans les bases de données PubMed/Medline et Web of Science. Sur 1 817 publications initialement recensées, seules 19 ont satisfait les critères d’inclusion, mettant en lumière la rareté des recherches empiriques sur le sujet. La majorité de ces études (63 %) ont été publiées très récemment, en 2020 ou 2021, ce qui témoigne d’un intérêt scientifique en plein essor.

    Les méthodologies d’IA utilisées sont variées avec une prédominance des techniques de machine learning, surtout le traitement du langage naturel (NLP) et le deep learning. Les données mobilisées proviennent le plus souvent de dossiers médicaux électroniques ce qui reflète l’importance des systèmes d’information hospitaliers dans le développement de ces outils.

    4 domaines d’applications :

    Parmi les services de pharmacie clinique explorés, la revue d’ordonnances est le domaine le plus souvent ciblé (dans 9 études), suivie par la dispensation de médicaments, les entretiens pharmaceutiques et l’éducation thérapeutique. Les initiatives recensées sont majoritairement portées par des pharmaciens hospitaliers, probablement en raison d’une meilleure accessibilité aux ressources techniques et aux partenariats avec les départements d’informatique médicale.

    Les auteurs soulignent que malgré l’intérêt croissant pour l’IA en pharmacie, son intégration réelle en pratique reste encore limitée. Ils insistent sur la nécessité de mener des études plus robustes en collaboration étroite avec des experts en science des données pour évaluer concrètement la valeur ajoutée de ces technologies.

    Statistiques clés :

    • Réduction des erreurs de prescription jusqu’à 40 % avec les outils IA (Zhou et al., 2021)
    • Gain de temps estimé à 20 minutes par ordonnance complexe (Singh et al., 2020)
    • Taux d’acceptation des alertes IA par les cliniciens : 73 % (Lopez-Picazo et al., 2022)
  • « La technologie n’est qu’un outil. Ce qui compte, c’est la façon dont elle est mise au service des soignants et des patients » (Cris Ross, HIMSS 2025)

    Cris Ross, ex-CIO de la Mayo Clinic et ex-président du conseil d’administration de HIMSS, a présenté une analyse approfondie les différences entre les systèmes américains et européens lors du congrès HIMSS 2025. Lors d’un déjeuner privé organisé par la délégation française, il a partagé son expérience et proposé des pistes pour une convergence des modèles de santé. En effet, dans un monde en mutation où la santé est un enjeu sociétal, les systèmes de soins américain et européen offrent des modèles contrastés. Tandis que l’un repose largement sur le secteur privé, l’autre favorise une forte intervention publique. Comprendre leurs forces et faiblesses permet d’imaginer un avenir où les meilleures pratiques se croisent pour améliorer l’accès aux soins et leur efficacité.

    Health & Tech Intelligence revient sur la présentation de Cris Ross lors du congrès de HIMSS 2025.

    Un fossé économique entre les USA et l’Europe préoccupant

    Dépenses de santé @ H&TI

    Cris Ross pose un constat qui est sans appel : les États-Unis dépensent environ deux fois plus que la moyenne des pays de l’OCDE pour la santé. Le coût moyen par habitant atteint 12 474 USD, contre 5 381 USD en France. Pourtant, ces dépenses n’engendrent pas forcément une meilleure qualité de soins ou un accès optimisé.

    Cette inflation s’explique par plusieurs facteurs. Les prix des soins hospitaliers et des médicaments sont particulièrement élevés. À cela s’ajoutent des frais administratifs considérables qui alourdissent la facture. Le système américain repose largement sur l’assurance privée ce qui engendre une fragmentation des prises en charge et une complexité accrue pour les patients.

    Le coût annuel moyen des services médicaux illustre cet écart. Aux États-Unis, il s’élève à 316 000 USD contre 98 000 USD en France. L’Europe, notamment la France, parvient à contenir ces dépenses grâce à une régulation publique forte et une approche fondée sur la solidarité et la prévention.

    La santé comme produit de consommation

    Cris Ross a soulevé un point central : « Aux États-Unis, la santé est vécue comme un produit de consommation. » Ce modèle oblige les patients à comparer les prix, négocier leurs soins et parfois reporter des interventions faute de moyens.

    En moyenne, les coûts directs payés par les patients (out-of-pocket) sont bien plus élevés qu’en Europe où les systèmes de remboursement limitent cette charge. Cette dynamique favorise aux États-Unis une inégalité d’accès avec une prise en charge qui dépend fortement du statut assurantiel et du pouvoir d’achat individuel. L’Europe, en revanche met l’accent sur la prévention et la solidarité malgré les tensions budgétaires qui fragilisent cet équilibre.

    L’IA générative comme catalyseur

    « L’Europe a les idées, les États-Unis ont les moyens. Si nous conjuguons les deux, nous pourrons transformer les systèmes de santé. »

    Les États-Unis dominent le secteur technologique avec Google, Microsoft et OpenAI, mais l’Europe possède un cadre réglementaire plus strict (RGPD, Health Data Hub, EHDS) qui pourrait assurer un usage plus éthique de l’IA.

    L’IA et les technologies numériques sont en plein essor avec quatre domaines clés identifiés comme moteurs de transformation : l’agrégation et l’exploitation des données de santé, l’informatique en nuage (cloud computing), l’apprentissage automatique (machine learning) et l’IA générative appliquée aux diagnostics et à l’aide à la décision.

    Toutefois Cris Ross met en garde : sans une gouvernance forte, l’IA risque d’accentuer les inégalités d’accès aux soins et de favoriser des modèles centrés sur la rentabilité plutôt que sur la qualité des soins.

    Une convergence des modèles

    L’intervention de Cris Ross met en évidence les atouts respectifs des deux systèmes :

    Atouts de l’Europe Atouts des États-Unis
    Rôle central de l’État pour l’équité et l’accès Écosystème d’innovation et capital-risque
    Coûts hospitaliers maîtrisés Vitesse de mise en œuvre des technologies
    Cadre réglementaire harmonisé Leadership technologique mondial

    Les États-Unis se distinguent par leur capacité à financer et déployer rapidement des innovations tandis que l’Europe bénéficie d’un cadre législatif stable et axé sur la protection des données.

    Des initiatives communes notamment sur l’interopérabilité et la cybersécurité pourraient bénéficier aux deux parties. Cris Ross évoque également l’importance de projets transatlantiques dans l’évaluation des technologies de santé et la gouvernance des données médicales.

  • Fibrillation auriculaire : un taux de succès de 88% de l’ablation assistée par IA (Nature Medicine)

    33 millions de patients concernés

    La fibrillation auriculaire (FA) est la forme d’arythmie cardiaque la plus fréquente. Elle entraîne des battements irréguliers du cœur, augmentant le risque d’accidents vasculaires cérébraux et d’insuffisance cardiaque. Actuellement, l’ablation par IVP est le traitement de référence pour les formes paroxystiques de FA. Cependant, son taux de succès pour les formes persistantes reste limité avoisinant les 50 %. L’étude TAILORED-AF cherche à surmonter cette limite grâce à une approche guidée par IA.

    Une étude multicentrique impliquant 391 patients

    TAILORED-AF a été menée dans plusieurs centres en Europe et aux États-Unis. Sur les 391 patients initialement recrutés, 377 ont été inclus dans l’étude et 370 ont effectivement subi une ablation. Les participants ont été répartis de manière aléatoire entre deux groupes : l’un recevant une ablation standard par IVP et l’autre bénéficiant d’une ablation personnalisée assistée par IA.

    88 % de succès avec l’ablation personnalisée contre 70 % pour l’IVP seule

    Les résultats de l’étude montrent que l’approche personnalisée a permis de réduire significativement les épisodes d’arythmie. Le taux de succès s’élève à 88 % chez les patients ayant reçu l’ablation personnalisée, contre 70 % dans le groupe IVP standard. Ce succès est particulièrement marqué chez les patients dont la FA persistait depuis plus de six mois, un sous-groupe traditionnellement plus difficile à traiter.

    L’innovation majeure de cette étude repose sur l’utilisation d’algorithmes d’IA capables de détecter des zones de dispersion électrique à cibler lors de l’ablation. Cette approche permet une personnalisation du traitement en fonction de l’activité électrique propre à chaque patient, améliorant ainsi l’efficacité de la procédure. De plus, malgré une durée d’intervention plus longue cette stratégie n’a pas entraîné d’augmentation des complications graves. L’IA a permis d’identifier avec précision les zones du tissu cardiaque responsables de l’arythmie. Grâce à des algorithmes avancés d’apprentissage automatique, les chercheurs ont pu analyser les électrogrammes de chaque patient afin de détecter des motifs spécifiques de dispersion spatio-temporelle. Ces informations ont ensuite été utilisées pour guider l’ablation de manière plus ciblée réduisant ainsi le risque de récidive et augmentant le taux de succès de la procédure.

    Des défis à surmonter

    Malgré des résultats prometteurs, l’étude TAILORED-AF présente certaines limites. La durée de suivi des patients reste courte, ce qui ne permet pas encore d’évaluer l’efficacité de l’ablation personnalisée à long terme. De plus, cette approche nécessite une technologie avancée et une expertise spécifique. Par ailleurs, bien que l’ablation assistée par IA ait montré une meilleure efficacité, elle implique une procédure plus longue. Cela peut poser des défis en termes d’organisation hospitalière. Enfin, la sélection des patients issus de centres spécialisés pourrait limiter la généralisation des résultats à l’ensemble des personnes atteintes de fibrillation auriculaire persistante. Des recherches complémentaires seront nécessaires pour confirmer ces résultats et optimiser l’intégration de l’IA dans la pratique clinique courante.

  • Chine : état des lieux de la santé numérique, réglementation et principaux acteurs

    L’essor des solutions numériques – qu’il s’agisse des dossiers médicaux électroniques, de l’industrialisation pilotée par l’IA ou de la modernisation financière – témoigne d’une volonté d’innovation à grande échelle en Chine. Toutefois, des défis persistent, notamment en matière d’interopérabilité, de cybersécurité et de gouvernance des données. L’ambition chinoise est claire : se positionner comme un leader mondial du numérique, en alliant innovation, réglementation et influence géopolitique.

    Dans cette étude, Health & Tech Intelligence réalise un état des lieux du système chinois : leur organisation, leurs données et chiffres clés, leur accès au marché, ainsi que leur stratégie de santé numérique.

    📌 Contexte et chiffres clés du système de santé chinois :

    Le système de santé chinois repose sur un modèle hybride combinant financement public et privé, avec une approche hiérarchisée visant à améliorer l’accès aux soins et optimiser les ressources médicales. Malgré la mise en place d’une couverture sanitaire universelle, des défis subsistent, notamment en matière d’équité et de maîtrise des coûts. L’adoption de la norme « 543 » dans les Smart Hospitals témoigne d’une volonté d’améliorer l’efficacité du secteur grâce au numérique.

    Chiffre clé : Aujourd’hui, plus de 95 % de la population chinoise bénéficie d’une forme de couverture maladie

    👉 H&TI dresse un aperçu détaillé de différents aspects du système de santé du pays, notamment son organisation, son financement et son contexte numérique, dans un article à retrouver ici.

    📌 Principales évolutions réglementaires en Chine en lien avec la santé numérique :

    La Chine a mis en place une réglementation stricte mais évolutive pour encadrer la commercialisation des dispositifs médicaux et la gestion des données de santé. Grâce au “Green Channel”, les dispositifs innovants ayant une valeur clinique significative peuvent bénéficier d’une procédure accélérée en 30 jours. La classification des DM en trois catégories impose des exigences réglementaires croissantes avec des délais d’approbation allant de moins de 5 jours à 6 mois. Par ailleurs, la gestion des données de santé est particulièrement encadrée : tout transfert transfrontalier doit être sécurisé et validé par l’agence nationale de cybersécurité lorsque le volume dépasse 10 000 individus. Certaines données sensibles comme les données génétiques sont interdites d’exportation. Enfin, une réforme de la certification des transferts de données a été introduite en janvier 2025 pour clarifier les procédures et faciliter la conformité des entreprises.

    📌 10 000 : Seuil à partir duquel un transfert transfrontalier de données de santé est soumis à une évaluation de cybersécurité en Chine.

    👉 H&TI dresse un état des lieux des principales initiatives réglementaires sur lesquelles s’appuient les différentes stratégies en santé numérique et des principales réglementations en matière de couverture de santé, dans un article à retrouver ici.

    📌 Panorama des acteurs clés de l’écosystème chinois autour de la santé numérique :

    La transformation numérique de la santé en Chine repose sur une collaboration étroite entre institutions publiques, géants technologiques et start-ups innovantes. Grâce à des initiatives comme “Internet + Healthcare”, le pays améliore l’accessibilité aux soins dans les régions rurales. La Commission nationale de la santé (NHC) pilote cette évolution en développant des plateformes de télémédecine et en garantissant l’interopérabilité des données de santé. Parallèlement, des entreprises comme Ping An Good Doctor et AliHealth sont positionnés sur le marché de la télémédecine et la distribution de médicaments en ligne tandis que des start-ups comme WeDoctor apportent des solutions agiles et innovantes. Cette dynamique s’intègre dans un écosystème global, avec des collaborations internationales renforçant la position de la Chine en tant que leader de la santé numérique sur le continent asiatique.

    Chiffre clé : 1,1 milliard est le nombre d’utilisateurs de services de santé numérique en Chine en 2024.

    👉 H&TI réalise un panorama des nombreuses organisations jouant un rôle dans la réglementation et la mise en œuvre des initiatives numériques, dans un article à retrouver ici.

    📌 Quelle stratégie en santé numérique et data ?

    La Chine mène une transformation numérique ambitieuse de son système de santé, intégrée à sa stratégie industrielle et à son plan quinquennal. En misant sur l’interopérabilité des données, les hôpitaux connectés et l’IA, elle vise à améliorer l’accessibilité aux soins, optimiser la gestion des ressources médicales et renforcer sa souveraineté technologique.

    Chiffre clé : D’ici 2025, la Chine ambitionne de doter 1,4 milliard de citoyens d’un dossier médical électronique sécurisé et interopérable.

    👉H&TI réalise une synthèse des principaux points de cette stratégie, dans un article à retrouver ici.

    Synthèse de l’étude @ H&TI