Le groupe américain RadNet, basé à Los Angeles et qui opère un réseau de 400 centres d’imagerie aux USA, acquiert la startup française Gleamer pour un montant de 230 millions d’euros. L’opération vise à intégrer la société française au sein de DeepHealth, la filiale de Radnet dédiée aux solutions d’intelligence artificielle en radiologie.
La bascule du modèle algorithmique à la capacité de déploiement
En intégrant l’IA au sein de son réseau de plus de 400 centres, le groupe transforme une infrastructure d’imagerie en plateforme intégrée d’industrialisation de l’IA clinique, qui couvre ; acquisition, interprétation et reporting automatisé. La valeur n’est plus uniquement dans l’algorithme mais dans la capacité à déployer à grande échelle et à mesurer l’impact organisationnel.
L’opération déplace la concurrence du terrain strictement algorithmique vers celui de la performance opérationnelle, et creuse l’écart d’industrialisation entre les États-Unis et l’Europe. Pour les investisseurs, le signal est qu’une medtech européenne peut accéder à l’échelle internationale en s’adossant à un grand groupe.
Industrialiser l’IA sur 400 centres d’imagerie
Fondée en 2017, Gleamer développe des outils d’aide à l’interprétation en imagerie médicale. La société avait levé environ 50 millions d’euros depuis sa création et devrait atteindre près de 30 millions de dollars de revenus récurrents annuels en 2026. Elle réalise 60 % de son chiffre d’affaires en Europe, dont 30 % en France, et près de 25 % aux États-Unis.
Pour RadNet, l’objectif est de convertir un réseau d’imagerie en infrastructure industrielle d’IA clinique intégrée.
Shyam Soka, directeur opérationnel et technique de Digital Health, indique que RadNet prévoit “un flux de travail activé par l’IA”, en commençant par le tri des résultats critiques afin d’accélérer l’interprétation des cas urgents, puis en déployant des capacités de rédaction assistée pour augmenter les volumes de lecture. L’objectif de Radnet est d’intégrer l’IA sur l’ensemble de la chaîne de valeur radiologique, de l’acquisition d’image à la production du rapport final, au sein d’une plateforme combinant IA clinique, IA générative et IA agentique.
Car Gleamer a développé des capacités de génération automatique de comptes rendus cliniques, où l’IA peut produire un rapport. Ces fonctionnalités sont déjà en déploiement précoce auprès de clients européens. Cette orientation vers l’automatisation du reporting dépasse l’aide à la détection de lésions par exemple. Elle touche directement la production du document médico-légal et l’organisation des flux documentaires.
L’avantage d’un réseau intégré pour le déploiement
RadNet évolue dans un contexte de croissance des volumes d’examens et de pénurie mondiale de radiologues. Son président-directeur général, Howard Berger, souligne la nécessité de réorganiser les flux à fort volume, notamment en radiographie, échographie et mammographie. La radiographie représente environ 25 % des volumes du réseau RadNet.
Gleamer apporte plusieurs briques technologiques : priorisation automatisée des examens, aide à l’interprétation, génération de comptes rendus préremplis et, dans certains cas, reporting automatisé déjà déployé en Europe.
L’un des atouts de RadNet réside dans son réseau de plus de 400 centres, qui constitue un terrain d’expérimentation à grande échelle. En combinant cette infrastructure avec les solutions de Gleamer, DeepHealth revendique une base installée de plus de 2 700 clients dans 44 pays, ainsi qu’un portefeuille de 26 dispositifs autorisés par la FDA et 22 marqués CE.
Avant son rachat, Gleamer consolidait déjà l’IA en IRM
Avant son rachat, Gleamer avait engagé sa propre stratégie de consolidation avec les acquisitions de Pixyl et Caerus Medical, afin d’élargir son périmètre à l’IRM cérébrale et lombaire.
La startup avait levé 1,5 million d’euros en amorçage en 2018 auprès notamment d’Elaia et XAnge, 7,5 millions d’euros en série A en 2020 menée par XAnge, puis 27 millions d’euros en série B en 2023 auprès de Heal Capital et Supernova Invest.
La valeur de l’IA se mesure en impact organisationnel
En Europe, le paysage demeure plus éclaté et les acteurs opèrent à une échelle inférieure à celle des groupes américains intégrés. L’acquisition illustre un décalage. Aux États-Unis, les acteurs combinent réseaux physiques, plateformes logicielles et capacité d’investissement mondiale, tandis que la consolidation européenne reste majoritairement nationale ou régionale.
Avec un rachat pouvant atteindre 230 millions d’euros, l’opération constitue une sortie industrielle internationale dans un segment encore peu mature en France. Elle confirme la capacité d’acteurs hexagonaux à développer des solutions validées cliniquement et déployées à l’international, mais souligne aussi la difficulté à franchir un cap industriel en matière de distribution et d’intégration à grande échelle.
La compétition ne porte plus uniquement sur la performance algorithmique, mais sur l’intégration de l’IA au sein de réseaux opératoires massifs capables d’en démontrer l’impact organisationnel et économique.