Nabil

  • Gouvernance éthique : le Codeem accueille Karinn Carpin et Sabine Carenco

    Elles succèdent à Alban Briard et Pierre-André Poirier.

    Karinn Carpin nommée à la Commission d’éthique et de déontologie

    Depuis 2023, Karinn Carpin occupe le poste de Directrice Excellence Qualité des Relations Professionnelles chez AstraZeneca. Elle a auparavant exercé plusieurs fonctions en ressources humaines, notamment Directrice des Relations Sociales au sein du même groupe, après avoir été Manager RH France chez Biogen.

    Elle est diplômée d’un Master en Management de l’Innovation (EDHEC), d’un DESA en Management des Ressources Humaines (CNAM) et formée au Management Télécom (INT).

    En rejoignant la Commission d’éthique et de déontologie du Codeem, elle contribuera à la définition et au suivi des principes d’intégrité et de transparence dans les relations entre les entreprises du médicament et les acteurs du système de santé.

    Elle succède à Alban Briard, Directeur Éthique et Intégrité des affaires chez Sanofi, qui occupait jusqu’alors ce poste.

    Sabine Carenco nommée à la Section des alertes, des litiges et des sanctions

    Sabine Carenco est Responsable juridique chez Takeda France depuis 2015, avec un périmètre incluant le droit des affaires et le droit pharmaceutique. Elle a rejoint Takeda France en 2003 après des débuts chez AstraZeneca, puis un poste de juriste généraliste chez GlaxoSmithKline, où elle a développé une expertise en suivi de contentieux, négociation contractuelle et conformité réglementaire

    Titulaire d’un Master II en droit des assurances (Université Panthéon-Assas), d’un DESS en droit de la santé (Université Bordeaux IV) et d’une maîtrise en droit privé, elle est également certifiée médiatrice. Au sein de la Section des alertes, des litiges et des sanctions du Codeem, elle sera chargée de participer à l’examen des alertes et différends déontologiques, ainsi qu’à l’application des procédures disciplinaires internes.

    Elle remplace Pierre-André Poirier, Directeur Éthique et Conformité Groupe Pierre Fabre.

     

  • Leem : le médicament à l’heure des rapports de force mondiaux

    D’après une note du Leem, le marché pharmaceutique mondial poursuit sa croissance, mais cette hausse masque une recomposition plus profonde. Innovation thérapeutique, politiques industrielles, régulation des prix et rivalités géopolitiques redessinent les rapports de force.

    Après un rebond marqué en 2023, le marché mondial a atteint 1 737 milliards de dollars en 2024. Selon IQVIA, il pourrait approcher 2 400 milliards de dollars d’ici 2029, avec une croissance annuelle comprise entre 5 et 8 %.

    Cette dynamique repose sur des moteurs opposés.

    • D’un côté, l’arrivée de nouvelles innovations, notamment issues des biotechnologies, soutient la valeur du marché.
    • De l’autre, l’expiration de plusieurs brevets importants pourrait représenter un manque à gagner de 220 milliards de dollars sur les cinq prochaines années.

    En 2024, dix marchés ont représenté près de 74 % du chiffre d’affaires mondial.

    La géographie du médicament reste marquée par une forte concentration. Elle confirme la polarisation persistante de l’accès au médicament et des capacités d’innovation :

    • Les États-Unis dominent largement, avec près de 46 % des ventes mondiales.
    • Ils devancent la Chine, autour de 7 %.
    • L’Allemagne, à environ 4 %.
    • Et le Japon, à 3,5 %.
    • La France conserve la cinquième place, avec près de 3 % du marché mondial.

    Plus de 1 000 nouvelles substances actives ont été mises sur le marché en vingt ans, dont près de 400 sur les cinq dernières années

    La transformation du secteur s’appuie sur une accélération de l’innovation. En Europe, les principaux marchés ont enregistré 43 nouveaux médicaments en 2024, soit une hausse de 39 % en un an. Sur les cinq dernières années, les médicaments biologiques ont représenté près de 45 % des nouvelles introductions.

    Le segment des produits biologiques illustre cette évolution. Estimé à 400 milliards de dollars en 2021, il pourrait dépasser 650 milliards de dollars d’ici 2031, selon des estimations sectorielles publiées entre 2023 et 2024, avec une croissance annuelle proche de 7,75 %.

    Cette progression accompagne le développement d’une médecine plus ciblée et personnalisée, mais elle accentue aussi les interrogations sur la soutenabilité des systèmes de santé.

    Le retour des États dans la régulation du médicament

    Le médicament redevient un objet de politique publique. Aux États-Unis, les décisions récentes combinent logique commerciale et intervention sur les prix.

    Les mesures prolongent l’Inflation Reduction Act de 2022, qui permet désormais à Medicare de renégocier le prix de certains médicaments. Elles s’inscrivent dans un contexte de forte divergence tarifaire : les médicaments sur ordonnance coûtent en moyenne 2,78 fois plus cher aux États-Unis que dans les pays de l’OCDE, tandis que les dépenses de santé ont représenté 17,2 % du PIB américain en 2024, selon la Drees.

    Le rééquilibrage du marché mondial se joue aussi en Asie

    40 % des essais en oncologie : la Chine s’impose dans l’innovation mondiale

    La Chine occupe une place croissante dans l’innovation pharmaceutique. En 2024, elle a conduit environ 7 100 essais cliniques, contre 6 000 aux États-Unis, et a concentré près de 40 % des essais mondiaux en oncologie. Entre 2020 et 2024, ses investissements en R&D pharmaceutique ont progressé de 16,2 % par an, soit un rythme deux fois supérieur à celui de l’Europe. En 2024, plus d’un tiers des nouvelles molécules issues de la R&D mondiale proviendraient de Chine.

    L’Inde confirme, de son côté, sa position dans la production mondiale. Le pays représente environ 20 % du volume mondial de médicaments génériques et occupe le troisième rang mondial en volume de production. Son industrie pharmaceutique a généré près de 50 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2022-2023, avec une croissance annuelle proche de 20 %. New Delhi vise désormais un marché de 130 milliards de dollars d’ici 2030.

    L’Europe face au risque de marginalisation dans l’innovation pharmaceutique

    Pour l’Europe, ces évolutions soulèvent une difficulté supplémentaire. L’intégration de ses prix, parmi les plus bas, dans les mécanismes internationaux de référence pourrait conduire les industriels à retarder le lancement de leurs innovations sur le continent.

    Le sujet intervient alors que la compétitivité pharmaceutique européenne se dégrade. Selon la Fédération internationale de l’industrie du médicament, les politiques américaines récentes pourraient entraîner une baisse de 25 à 33 % des revenus de l’industrie à l’échelle mondiale.

     – 25 % en vingt ans : le décrochage de l’Europe pharmaceutique

    L’Europe conserve des atouts, avec 55 milliards d’euros investis chaque année en R&D et 320 milliards d’euros d’exportations, selon la Commission européenne. Mais elle a perdu 25 % de sa part mondiale d’investissements en vingt ans.

    Entre 2010 et 2022, la progression annuelle des dépenses de R&D a atteint 4,4 % dans l’Union européenne, contre 5,5 % aux États-Unis et plus de 20 % en Chine.

    Un nouvel ordre pharmaceutique mondial se dessine ainsi autour de deux pôles. Les États-Unis dominent le financement et l’accès au marché. L’Asie renforce ses positions sur les capacités industrielles et technologiques. Dans ce cadre, la pression sur les prix s’accentue et l’accès aux médicaments pourrait devenir plus différencié selon les régions.

    Pour l’Europe comme pour la France, l’enjeu est d’abord de maintenir des capacités d’innovation, d’attirer les investissements et de garantir un accès rapide et équitable aux traitements.

    Une recomposition silencieuse

    La croissance du marché pharmaceutique mondial ne doit pas masquer une transformation beaucoup plus profonde. Derrière cette dynamique, le secteur est traversé par des forces contradictoires : d’un côté, l’essor des biotechnologies et de la médecine personnalisée crée de la valeur et redéfinit les standards thérapeutiques ; de l’autre, l’expiration massive de brevets, la pression croissante sur les prix et le retour des États dans la régulation fragilisent les équilibres économiques. Cette recomposition s’inscrit aussi dans un basculement géopolitique : les États-Unis conservent leur domination sur le financement et l’accès au marché, tandis que l’Asie, emmenée par la Chine et l’Inde, s’impose progressivement comme un pôle majeur d’innovation et de production. Dans ce nouvel ordre pharmaceutique, plus fragmenté et concurrentiel, l’Europe apparaît en position de fragilité, confrontée au risque de décrochage.

  • Parallel convainc par son impact rapide et lève 20 millions pour industrialiser son IA de codage

    L’entreprise veut tripler ses effectifs pour soutenir sa croissance

    La start-up française Parallel annonce une levée de fonds de 20 millions de dollars (environ 17,3 millions d’euros) dans le cadre d’une série A menée par Index Ventures, avec la participation de Frst, Y Combinator, Hexa et plusieurs business angels, dont Arthur Mensch (Mistral).

    Fondée en 2025, l’entreprise développe des agents d’IA capables d’opérer dans les logiciels hospitaliers. Elle revendique déjà une quarantaine d’établissements clients, publics et privés, et prévoit d’accélérer son expansion en France et à l’international.

    Le codage médical et la facturation sont des fonctions critiques.

    Parallel cible un point de tension bien identifié dans les établissements de santé : le poids des tâches administratives liées à la prise en charge des patients. Chaque séjour mobilise plusieurs logiciels métiers, souvent anciens et peu interconnectés. Les équipes doivent passer d’un outil à l’autre, ressaisir des données et répéter des opérations liées notamment au codage médical ou à la facturation.

    Avec cette levée, Parallel prévoit de renforcer ses effectifs, actuellement compris entre 10 et 15 collaborateurs, pour atteindre une quarantaine de salariés d’ici la fin de l’année. Les priorités portent sur l’accélération commerciale en France et le développement de nouveaux cas d’usage, en parallèle d’une expansion internationale à venir.

    Plutôt que de transformer les infrastructures, la startup déploie des agents en surcouche, sans exiger la refonte

    La start-up cible en priorité le codage médical. Les agents développés par Parallel exploitent des modèles d’IA générative, open source et propriétaires, pour lire, structurer et coder automatiquement ces données.

    Parallel insiste sur son positionnement, elle ne remplace pas les logiciels existants mais ajoute une couche d’automatisation. Une stratégie qui lui permet d’éviter une concurrence frontale avec les éditeurs historiques.

    Parallel se positionne sur une architecture qui contourne les contraintes classiques des systèmes hospitaliers. Plutôt que de développer des connecteurs complexes, ses agents interagissent directement avec les interfaces existantes, à la manière d’un opérateur humain. Cette approche permet un déploiement en une à deux semaines, contre plusieurs mois, voire années, pour les projets informatiques hospitaliers traditionnels.

    « Nous développons une technologie qui permet à des agents IA d’exécuter directement des tâches dans les logiciels hospitaliers, sans intégration lourde »

    Le codage conditionne directement les revenus des établissements de santé, représentant entre 60 % et 80 % de leurs recettes. Parallel déclare que son outil peut générer, en quelques mois, des centaines de milliers à plusieurs millions d’euros de recettes supplémentaires. On passe donc d’un discours sur les modèles à un discours sur la valeur captée.

    La feuille de route repose sur une approche verticalisée : adresser un cas d’usage critique, démontrer rapidement sa valeur économique, puis étendre progressivement le périmètre fonctionnel avec de nouveaux agents.

    Au-delà du codage médical, la startup prévoit d’étendre ses agents à d’autres fonctions administratives : facturation, admissions, gestion des dossiers patients.

    Un grand marché, un besoin urgent, un ROI mesurable, une adoption rapide, une architecture différenciante et un potentiel d’expansion internationale … Un dossier solide pour les investisseurs

    Positionnée sur l’IA administrative et moins d’un an après sa création, la start-up affiche une adoption fulgurante, portée par la rapidité de déploiement et un impact financier direct.

    Un produit déployé dans une quarantaine d’établissements, publics et privés, moins d’un an après la création, c’est en soi un signal. Le secteur hospitalier est réputé lent, prudent, fragmenté et contraint. Une adoption rapide dans cet univers donne du crédit à la proposition de valeur.

    Cette stratégie suppose toutefois de maintenir un niveau d’exécution homogène sur des workflows variés, de s’adapter aux spécificités locales des systèmes de santé et de construire des barrières à l’entrée dans un marché fragmenté.

  • Pilotage hospitalier : l’Anap déploie “Votre Cockpit DATA”, une plateforme avec 100 indicateurs de performance

    L’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux lance une offre autour de la donnée pour améliorer le pilotage des établissements de santé.

    Si les données sont disponibles, leur exploitation reste limitée. Les équipes consacrent encore trop de temps à la collecte et à la fiabilisation, au détriment de l’analyse et de la prise de décision indique l’Anap.

    La plateforme « Votre Cockpit DATA » vise à centraliser les données dans un environnement unique.

    Pour l’Anap, la structuration et la centralisation des données doivent permettre aux établissements de renforcer leur capacité d’anticipation et d’arbitrage.

    L’objectif est de diffuser une culture du pilotage par la donnée et d’améliorer l’appropriation des indicateurs dans les décisions opérationnelles.

    Ces indicateurs servent à répondre à deux questions : combien on produit (volume), à quel coût / efficacité (durées, finance)

    La plateforme propose :

    • 100 indicateurs prêts à l’emploi, régulièrement mis à jour.
    • Une structuration par grands champs d’activité : MCO, psychiatrie, SMR et HAD
    • Des données sur les volumes d’activité, les durées de séjour, la valorisation financière ou encore le nombre de journées.

    La plateforme inclut une application spécifique pour le pilotage financier des établissements publics de santé. Elle permet notamment :

    • L’automatisation du suivi des neuf indicateurs de référence issus de la circulaire d’avril 2024 sur l’efficience.
    • L’accès à des données peu exploitées jusqu’ici (stocks, comptes de tiers, bilan).
    • L’intégration d’indicateurs d’alerte mensuels, qui facilite le suivi de la trésorerie.

     

    L’Anap prévoit d’enrichir la plateforme avec de nouvelles applications dédiées, notamment au “pilotage des blocs opératoires” et à la “performance des services de biologie médicale”

    Un socle d’indicateurs pour relier performance et organisation des soins

    La valorisation des données hospitalières repose sur un socle d’indicateurs déjà disponibles dans les systèmes d’information. Côté financier, plusieurs métriques issues des référentiels publics permettent de suivre l’équilibre de l’établissement (résultat consolidé, taux de déficit), sa capacité d’investissement ou encore la gestion des flux (délais de paiement, fonds de roulement).

    Au-delà de ce socle, des indicateurs opérationnels permettent d’affiner le pilotage. Dans les activités MCO, ils couvrent le volume (séjours, taux d’ambulatoire), l’attractivité (file active, parts de marché), la valorisation (recettes) et l’efficience des parcours (durée moyenne de séjour). Des logiques similaires se retrouvent en psychiatrie, en HAD ou en SMR, avec des adaptations aux spécificités de chaque activité, notamment sur les durées de prise en charge, l’intensité des soins ou la structuration du codage.

    L’enjeu n’est pas tant la disponibilité de ces indicateurs que leur articulation. Croisés et restitués dans des outils de pilotage.

    Masterclass et newsletter

    Au-delà de l’outil, l’Anap déploie une offre d’accompagnement :

    • Une masterclass “Piloter par la DATA : décider vite, agir juste”, destinée aux dirigeants hospitaliers.
    • Et une newsletter mensuelle, lancée le 24 mars, centrée sur les usages concrets et les évolutions de la plateforme.

    Les prochaines dates des sessions de la masterclass

    Anap : Votre cockpit data

  • Roche déploie une « AI factory » avec NVIDIA pour accélérer le développement de médicaments

    L’IA comme capacité industrielle intégrée

    Avec cet investissement, Roche déclare que son parc combiné de GPU (entre infrastructures on-premise et cloud) dépasse désormais “3 500 GPU Blackwell.”

    Roche présente cet ensemble comme la plus grande capacité annoncée de ce type dans l’industrie pharmaceutique.

    L’objectif est d’accélérer le développement de solutions de diagnostic et de traitements, en intégrant l’IA sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la découverte à la commercialisation.

    Une infrastructure IA pour concevoir des modèles prédictifs et raccourcir les délais de R&D

    Cette annonce s’inscrit dans la continuité du partenariat stratégique noué entre Roche et NVIDIA en 2023. Pour le laboratoire, cette montée en puissance des capacités de calcul doit soutenir une organisation de santé “AI-accelerated”, c’est-à-dire structurée autour d’usages de l’IA à grande échelle.

    Selon Wafaa Mamilli, directrice digitale et technologique de Roche, l’AI factory doit associer puissance de calcul et expertise scientifique afin d’intégrer l’IA sur toute la chaîne, de la découverte au développement, en passant par la production et la mise sur le marché. Mais aussi de concevoir des “modèles prédictifs plus sophistiqués” et de réduire le “délai entre découverte biologique et développement d’un médicament”.

    La capacité de calcul est désormais un actif stratégique

    Roche présente son AI factory comme une plateforme de calcul intensif destinée à soutenir sa transformation numérique. Pour ce faire l’entreprise s’appuie sur un ensemble de briques technologiques, ce choix traduit une volonté d’industrialisation via la standardisation des outils

    • En recherche et développement, le groupe s’appuie sur la plateforme NVIDIA BioNeMo pour alimenter son dispositif “Lab-in-the-Loop”, qui relie expériences de biologie et de chimie à ses modèles d’IA. L’objectif est de permettre aux équipes scientifiques de tester davantage d’hypothèses, à plus grande échelle.
    • Dans l’industrie, Roche utilise des jumeaux numériques de lignes de production, construits à partir des bibliothèques NVIDIA Omniverse, pour optimiser les procédés et la conception des usines.
    • Dans le diagnostic, le calcul accéléré et le logiciel NVIDIA Parabricks sont mobilisés pour traiter de grands volumes de données. En pathologie numérique, ces technologies doivent permettre l’analyse d’un grand nombre d’images afin d’identifier des signaux de maladie peu visibles.
    • En santé numérique, Roche indique aussi recourir à NVIDIA NeMo Guardrails pour encadrer des agents conversationnels présentés comme adaptés à des usages de santé.

    Cette diversité d’applications traduit un élargissement de l’IA au-delà de la R&D, vers des fonctions opérationnelles et cliniques. Roche relie directement cette infrastructure à ses objectifs : accélérer la découverte, améliorer l’efficacité des essais cliniques, et exploiter les données à grande échelle.

    Le passage à une pharma structurée par les capacités computationnelles

    L’augmentation de la capacité de calcul doit permettre de tester davantage d’hypothèses, de recourir plus largement à la simulation et d’automatiser une partie des analyses.

    Puissance industrielle, leadership technologique, attractivité de talents … En affirmant disposer de la plus grande capacité annoncée de ce type dans l’industrie pharmaceutique, Roche envoie un signal positif au marché, celui d’un avantage compétitif.

    Cette évolution redéfinit le laboratoire pharmaceutique, qui ne repose plus uniquement sur l’expérimentation, mais aussi sur des capacités computationnelles.

    Le groupe rappelle que, dans sa stratégie, l’IA est conçue comme une capacité destinée à “compléter l’expertise humaine”.

    @Health & Tech Intelligence

  • Cybermenace 2025 : 3 586 événements traités par l’ANSSI, la santé 3e secteur ciblé avec 10 % des interventions

    Publié en mars, le Panorama de la cybermenace 2025 de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (de l’ANSSI) confirme une pression cyber élevée et stable sur les organisations françaises. Dans ce contexte, la santé s’impose comme le troisième secteur le plus exposé, concentrant 10 % des interventions de l’agence.

    Le classement sectoriel reste dominé par l’éducation et la recherche (34 %), suivies des ministères et collectivités territoriales (24 %), devant la santé (10 %) et les télécommunications (9 %).

    Les modes opératoires observés en 2025 s’inscrivent dans la continuité des années précédentes. L’ANSSI associe les principales menaces à des acteurs liés à la Russie et à la Chine, engagés dans des logiques d’espionnage ou de pré-positionnement.

    Dans un contexte géopolitique tendu, ces acteurs poursuivent leurs activités de collecte de renseignement stratégique. Les infrastructures critiques, notamment dans les secteurs des télécommunications et de l’énergie, restent des cibles privilégiées, y compris dans des logiques de sabotage.

    60 % des revendications de fuite seraient infondées

    L’année 2025 se caractérise par une progression des activités cybercriminelles. L’ANSSI recense 128 attaques par rançongiciel ainsi que 196 incidents d’exfiltration de données, souvent liés entre eux.

    Sur 460 événements signalés comme des fuites potentielles, seuls 42 % correspondent à des fuites avérées. Plus de 60 % des revendications de vol de données formulées par les cybercriminels sont jugées infondées ou exagérées.

    Si le vol de données ne constitue pas toujours une source de gains significatifs pour les attaquants, il engendre des coûts importants pour les organisations, en particulier en matière de gestion de crise et de remédiation.

    Brouillage des frontières et nouveaux leviers d’attaque

    Le panorama met en évidence un rapprochement entre acteurs étatiques et cybercriminels. Le partage de capacités et l’adoption de pratiques communes contribuent à brouiller les distinctions traditionnelles, rendant les opérations plus difficiles à attribuer. Parallèlement, les équipements de bordure  (pare-feu, VPN) demeurent des vecteurs d’attaque privilégiés en raison de vulnérabilités récurrentes.

    L’ANSSI souligne également l’impact de l’intelligence artificielle générative, qui abaisse les barrières techniques pour des attaquants moins expérimentés et contribue à intensifier la menace globale.

    La santé, une infrastructure critique

    La préparation des organisations au cœur de la résilience

    Avec 10 % des incidents traités, le secteur de la santé se positionne comme la troisième cible des cyberattaques en France. Les systèmes d’information hospitaliers sont particulièrement exposés, avec des conséquences potentielles sur la continuité des soins.

    Cette exposition s’inscrit dans un contexte plus large de vulnérabilité des infrastructures critiques. L’ANSSI appelle à une application stricte des mesures de sécurité de base pour renforcer la résilience des établissements de santé.

    NIS 2 et Cyber Resilience Act, un cadre à mettre en œuvre

    Face à cette menace persistante, l’ANSSI insiste sur l’importance du cadre réglementaire en cours de déploiement, notamment la directive NIS 2 et le Cyber Resilience Act. La mise en œuvre effective des exigences de sécurité prévues par ces textes constitue un levier immédiat pour réduire l’exposition des organisations, y compris dans le secteur de la santé.

    Une évolution vers des actions plus destructrices et coordonnées

    Enfin, l’agence alerte sur l’évolution des menaces à moyen terme. La fin de l’année 2025 a été marquée par des attaques coordonnées et destructrices contre les infrastructures électriques en Pologne. Cet épisode alimente le scénario d’une montée des attaques hybrides à horizon 2030, combinant cyberattaques et actions déstabilisatrices avec des effets directs sur les infrastructures critiques.

    Dans cette perspective, le panorama 2025 vise à documenter les dynamiques en cours et à encourager l’anticipation, alors que la capacité à prévenir et contenir ces attaques repose en grande partie sur le niveau de préparation des organisations.

  • Accès aux soins : vers des plateformes de matching patients-médecins dopées à l’IA pour réduire les délais de rendez-vous

    Dans une analyse des opportunités de ROI de l’IA en santé, Kristin Myers (MPH, vice-présidente exécutive et directrice du numérique et CDO de Northwell Health) met en avant les cas d’usage liés à l’accès aux soins et à l’orientation des patients comme des leviers opérationnels d’efficience pour les systèmes de santé.

    Repenser la recherche de médecins à l’ère des outils numériques

    Lorsqu’un patient reçoit une recommandation pour consulter un cardiologue, il se tourne de plus en plus vers des outils numériques pour identifier un praticien. Moteurs de recherche généralistes ou agents conversationnels sont désormais utilisés pour orienter ce choix, en l’absence de dispositifs intégrés au système de soins.

    Ce mode de recherche, fragmenté, met en évidence les limites actuelles des plateformes de type “trouver un médecin”, souvent jugées peu ergonomiques et peu efficaces pour répondre rapidement à un besoin de consultation spécialisée.

    Face à ce constat, certains acteurs travaillent à refondre cette expérience en développant des solutions capables de faire correspondre automatiquement les patients avec les médecins adaptés à leur besoin. L’objectif est double : identifier rapidement le bon professionnel et proposer une prise de rendez-vous en ligne dans un délai réduit.

    Ces dispositifs reposeraient sur des logiques d’appariement intégrant plusieurs paramètres : spécialité, disponibilité, localisation, voire caractéristiques du patient. L’intégration directe de la planification en ligne vise à limiter les frictions dans le parcours et à accélérer l’accès effectif à la consultation.

    L’IA comme levier de ROI dans les systèmes de santé

    Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique plus large identifiée par Kristin Myers, qui souligne que les opportunités de retour sur investissement de l’IA en santé se concentrent sur des cas d’usage opérationnels et mesurables.

    Parmi eux, l’amélioration de l’accès aux soins figure en bonne place, aux côtés de la réduction des tâches administratives et de l’optimisation des flux patients.

    L’appariement automatisé entre patients et praticiens répond directement à ces enjeux : en orientant plus rapidement les patients vers les professionnels disponibles, il permet de limiter les délais de prise en charge, d’optimiser les taux d’occupation des agendas médicaux et de réduire les pertes liées aux rendez-vous non honorés ou mal orientés.

    Cette approche s’inscrit dans une logique d’efficience globale, où l’IA ne se limite pas à un rôle d’assistance individuelle, mais agit sur l’organisation même des parcours de soins.

    Des interfaces encore trop complexes pour les patients

    L’un des freins identifiés reste la qualité des interfaces actuelles. Les outils de recherche de médecins sont souvent perçus comme complexes, peu intuitifs et insuffisamment personnalisés. Cette expérience dégradée constitue un point de friction majeur dans l’accès aux soins.

    L’usage de l’IA pourrait permettre de simplifier ces interfaces, en proposant des recommandations contextualisées et en réduisant le nombre d’étapes nécessaires pour obtenir un rendez-vous. L’enjeu est d’aboutir à des parcours fluides, proches des standards des plateformes numériques grand public.

  • DocMorris combine cloud, IA et expertise santé dans un partenariat avec Google

    DocMorris AG a annoncé, ce jeudi 19 mars, un partenariat avec Google destiné à accélérer sa transformation « AI-first ». Le groupe suisse, présent dans la pharmacie en ligne, la télémédecine et les marketplaces santé, veut s’appuyer sur les capacités d’intelligence artificielle de Google et sur son infrastructure cloud pour faire évoluer sa plateforme de santé numérique en Europe.

    L’accord prévoit de combiner l’expertise santé et pharmaceutique de DocMorris avec plusieurs briques technologiques de Google, dont Google Cloud, les modèles Gemini, Google Workspace, Google Ads et Google for Health.

    Dans le communiqué, DocMorris présente cette transformation comme un moyen “de donner aux patients un accès direct et sécurisé à leur parcours de santé”, dans un “environnement personnalisé”.

    DocMorris vise une plateforme de santé intégrée du symptôme à l’ordonnance

    Ce partenariat dépasse une simple migration technologique, il révèle une stratégie de transformation où l’IA devient la porte d’entrée du parcours de soin. En intégrant toute la chaîne (du symptôme à l’ordonnance) DocMorris cherche à se positionner comme une plateforme de santé complète, capable de capter la relation patient dès le premier besoin. L’enjeu est double : améliorer l’expérience et la productivité grâce à l’IA, et construire un avantage compétitif durable fondé sur la donnée, la personnalisation.

    Gemini, Health Connect et IA conversationnelle au cœur de l’offre

    • Premier axe du partenariat : la création d’un compagnon santé numérique personnalisé. DocMorris indique vouloir s’appuyer sur les modèles Gemini ainsi que sur des produits Google comme YouTube et Health Connect pour accompagner les patients et consommateurs dès l’apparition des symptômes, jusqu’à la délivrance d’une ordonnance électronique, avec un suivi de bout en bout.
    • Deuxième chantier : l’amélioration de la pharmacie en ligne. DocMorris prévoit de déployer des interfaces conversationnelles pour proposer des expériences d’achat personnalisées à ses 11 millions de clients actifs.
    • Le partenariat inclut aussi un volet de productivité interne. Le groupe entend déployer Google Workspace avec Gemini et des agents d’IA afin d’améliorer l’efficacité opérationnelle dans ses différents marchés européens.

    L’un des volets de l’accord porte sur l’infrastructure. DocMorris annonce la migration de l’ensemble de son système d’information vers Google Cloud. Le groupe précise que les données de santé à caractère personnel seront traitées dans des centres de données situés dans l’Union européenne et selon des standards de sécurité élevés.

    DocMorris précise que l’accord repose sur une collaboration entre plusieurs équipes de Google, notamment Google Ads, Google Cloud et Google for Health.

    Un groupe européen aux positions établies

    Basé en Suisse, DocMorris AG opère avec plusieurs marques en Allemagne et dans d’autres pays européens. Ses livraisons sont assurées principalement depuis son centre logistique automatisé de Heerlen, aux Pays-Bas. Sa filiale TeleClinic est présentée comme la plus grande plateforme de télémédecine en Allemagne, avec plus de 6 000 médecins connectés. Le groupe exploite aussi des marketplaces de produits de santé et de soins personnels en Europe du Sud.

    En 2025, DocMorris a enregistré un chiffre d’affaires externe de 1,186 milliard de francs suisses, avec plus de 12 millions de clients actifs.

  • Étude : les assistants médicaux IA peu fiables pour les utilisateurs (grand public)

    L’interaction humain-IA limite les bénéfices

    Les modèles de langage atteignent aujourd’hui des hauts scores sur certains examens médicaux. Mais cette performance algorithmique ne se traduit pas nécessairement par une amélioration des décisions de santé lorsqu’ils sont utilisés par des non-professionnels.

    Une étude randomisée publiée en février 2026 dans Nature Medicine par (affiliés à l’University of Oxford), s’est penchée sur cette question. Elle examine si des LLM peuvent aider le grand public à identifier une pathologie et à décider du niveau de prise en charge approprié dans des situations médicales courantes.

    Résultat : malgré des performances élevées lorsqu’ils sont testés seuls, les modèles n’améliorent pas les décisions des utilisateurs et peuvent même réduire leur capacité à identifier correctement les causes possibles d’un problème de santé.

    Un protocole expérimental avec 1 298 participants

    L’étude repose sur une expérimentation contrôlée menée auprès de 1 298 adultes vivant au Royaume-Uni. Les participants ont été répartis aléatoirement en quatre groupes :

    • trois groupes disposant d’une assistance par LLM (GPT-4o, Llama 3 ou Command R+) ;
    • un groupe contrôle utilisant les ressources habituelles (recherche Internet, connaissances personnelles).

    Chaque participant devait analyser deux scénarios médicaux inspirés de situations de la vie courante. Dix vignettes cliniques avaient été élaborées par trois médecins, puis validées par quatre autres praticiens afin d’établir :

    • le niveau de prise en charge approprié (de l’autosoins à l’appel d’une ambulance) ;
    • une liste de diagnostics possibles servant de référence.

    Au total, 2 400 interactions ont été collectées entre août et octobre 2024.

    Des modèles performants… lorsqu’ils sont testés seuls

    Lorsqu’ils reçoivent directement les scénarios et les questions, les modèles affichent des résultats élevés :

    • identification d’au moins une pathologie pertinente dans 90,8 % à 99,2 % des cas selon les modèles ;
    • recommandation correcte du niveau de prise en charge dans 48,8 % à 64,7 % des cas.

    Avec des utilisateurs, les performances chutent

    La situation change lorsque des participants utilisent ces modèles pour s’aider à décider. Les résultats montrent que les utilisateurs assistés par LLM :

    • identifient correctement une pathologie pertinente dans moins de 34,5 % des cas ;
    • choisissent la bonne prise en charge dans moins de 44,2 % des cas.

    Sur l’identification des pathologies, ils font même moins bien que le groupe contrôle, qui utilisait simplement des recherches en ligne ou ses propres connaissances. Les participants du groupe contrôle avaient 1,76 fois plus de chances d’identifier une pathologie pertinente que ceux utilisant un LLM.

    Les difficultés proviennent des interactions humain-IA

    L’analyse des conversations entre utilisateurs et modèles met en évidence plusieurs mécanismes expliquant ces résultats.

    Informations incomplètes

    Dans plus de la moitié des interactions analysées, les utilisateurs n’ont pas fourni suffisamment d’informations dès leur premier message pour permettre au modèle d’identifier correctement la situation. Ce problème rappelle une difficulté bien connue des consultations médicales : les patients ne savent pas toujours quels symptômes sont pertinents à mentionner.

    Difficulté à interpréter les suggestions

    Au cours des échanges, les modèles proposent en moyenne 2,21 diagnostics possibles, mais seuls 34 % sont corrects. Les participants peinent ensuite à distinguer les hypothèses pertinentes et ne retiennent qu’une partie des suggestions dans leurs réponses finales.

    Réponses incohérentes ou contextuellement incorrectes

    Certaines interactions révèlent aussi des erreurs de contextualisation :

    • numéros d’urgence incorrects selon les pays ;
    • conseils contradictoires pour des symptômes similaires ;
    • focalisation sur un détail secondaire du message utilisateur.

    Ces variations rendent difficile la construction d’un modèle mental fiable du comportement de l’IA.

    Les chercheurs appellent à développer des LLM capables de guider les patients dans la description de leurs symptômes

    Pour les auteurs, ces résultats montrent que la principale limite des assistants médicaux basés sur des LLM ne réside pas seulement dans leurs connaissances médicales, mais dans leur capacité à interagir avec des utilisateurs non experts.

    Trois axes de recherche sont identifiés :

    • améliorer la manière dont les modèles communiquent leurs recommandations ;
    • développer des systèmes capables de guider les utilisateurs pour collecter les informations cliniques pertinentes ;
    • réduire la sensibilité des modèles aux variations mineures dans les requêtes.

    Les chercheurs recommandent donc de compléter les évaluations techniques par des tests systématiques avec des utilisateurs réels avant toute mise à disposition d’assistants médicaux au grand public. Avec plusieurs millions d’utilisateurs consultant déjà des chatbots pour des questions de santé, ces travaux suggèrent que la fiabilité des interactions humain-IA devra devenir un critère dans l’évaluation et la régulation des outils d’IA médicale.

    *Reliability of LLMs as medical assistants for the general public: a randomized preregistered study

  • Le Leem lance une concertation nationale jusqu’au 1er juin 2026

    Le Leem a récemment lancé, une concertation nationale intitulée « Au cœur du soin : concertation pour l’avenir du médicament ».

    L’initiative intervient quelques mois avant les échéances présidentielles, avec l’objectif de faire émerger des propositions activables pour répondre aux mutations du système de santé et aux enjeux internationaux. Elle repose sur plusieurs dispositifs complémentaires :

    • Un sondage auprès des professionnels de santé
    • Une plateforme numérique ouverte aux citoyens
    • Des rencontres avec les acteurs du système de soins
    • Des débats organisés en région

    Un diagnostic partagé de dégradation du système

    Une enquête Ipsos menée en février 2026 auprès de 300 professionnels de santé met en évidence une perception dégradée du système : 83 % des répondants estiment que celui-ci s’est détérioré au cours des dix dernières années. Ce baromètre identifie plusieurs axes d’amélioration à horizon 2030 :

    • Accélération de l’accès à l’innovation
    • Sécurisation de l’approvisionnement en médicaments
    • Relance de l’investissement dans les territoires

    Trois axes pour les recommandations

    La concertation s’articule autour de trois thématiques :

    • L’efficience du système de santé
    • Le dynamisme économique et la santé dans les territoires
    • L’accès des patients au progrès thérapeutique

    Selon Thierry Hulot, l’enjeu est de repositionner le médicament dans une approche globale du soin, au-delà des seules considérations budgétaires, et d’identifier collectivement les priorités dans un système contraint.

    Une participation élargie des citoyens et des acteurs

    Une plateforme en ligne (avenir.medicament.org) est ouverte jusqu’au 1er juin 2026 afin de recueillir contributions et propositions des citoyens et des acteurs du secteur.

    En parallèle, plusieurs débats territoriaux sont programmés :

    • à Dunkerque (9 avril) sur le dynamisme économique et la santé dans les territoires
    • à Strasbourg (28 avril) sur l’accès au progrès thérapeutique

    La concertation se prolongera lors du salon SantExpo, du 19 au 21 mai 2026, avec un débat dédié à l’efficience du système de santé.

    À travers cette concertation, le Leem entend faire émerger des propositions pour améliorer l’accès aux médicaments et renforcer la pérennité du système de santé.