Plusieurs niveaux de maturité, l’Allemagne encore en discussion
Cette table ronde réunit des acteurs catalan (Jordi Piera Jimenez), belge (Pr Jan De Maeseneer), allemand (Dr Helmut Hildebrandt, CEO d’Optimedis) et anglais (Pr Salman Rawaf). L’idée de ce panorama est d’ouvrir le champ des possibles, alors que la France commence à s’engager dans cette voie. Si l’approche et les objectifs d’une transformation vers des modèles intégrés (visant la prévention et le maintien en santé par un travail commun des acteurs sur des Territoires) sont remarquablement similaires, le panel révèle que :
- aujourd’hui on observe plusieurs niveaux de maturité;
- l’Allemagne encore en discussion ;
- un accent fort est mis sur les soins primaires ;
- une vision territoriale est mise en place en catalogne comme en Allemagne.
Chaque pays tente de développer puis de déployer un modèle qui répond aux caractéristiques propres du pays ou de chaque région, face au triple défi des pathologies chroniques et du vieillissement, des tensions sur les ressources notamment humaines et de l’augmentation des coûts.
Une vision territoriale en Catalogne
Après une brève introduction Jordi Piera Jimenez a rappelé les trois composants principaux sur lesquels s’appuie cette intégration pionnière:
- une évaluation complète des besoins réalisée avec la participation de différents professionnels de santé ;
- un plan de soins partagé dans tout le système de santé: ainsi, tout le monde est au courant de ce qui se passe pour cette personne spécifique;
- des parcours de soins communs intégrés: des parcours de soins à domicile qui permettent ces transitions pour le patient.
Au sein d’un établissement de soins important, on sait que l’on peut trouver jusqu’à 200 à 400 systèmes d’information différents, utilisant des données provenant de différentes sources ou fournisseurs, et donc l’interopérabilité est un déterminant, enjeu majeur de la santé intégrée. Jordi Jimenez ajoute que pour la santé intégrée, il faut assurer une parfaite interopérabilité entre les différents acteurs impliqués : soins primaires, spécialisés, intermédiaires et social. L’objectif majeur est donc de mettre en place cette interopérabilité dans les 5 ans à venir, pour pouvoir passer d’organisations verticales actuellement fonctionnelles, à une organisation complètement transversale.
D’ici 5 ans, l’objectif est de placer les données au centre de la modélisation afin de faciliter la création d’applications autour de ces données, offrant ainsi une meilleure expérience aux patients ainsi qu’aux professionnels de santé.

Au Royaume Uni, un grand système de santé s’appuyant sur des comités et des partenaires
Alors que les lignes directrices sur la préparation de stratégies de soins intégrés ont été publiées pour la première fois en juillet 2022, le Pr Salman Rawaf rappelle que le système de santé anglais est une base très solide (76 ans de culture) , tout en faisant face à de nombreux défis.
En juillet 2022, la Health and Care Act 2022 a remplacé les CCG (Clinical commission Group). avec 42 ICS ( Integrated care system) , chacun possédant un conseil de soins intégré (ICB) – un organe statutaire avec une constitution approuvée – responsable de ses performances et de ses dépenses. L’ICS couvre la prévention, le travail sur les déterminants de santé, la gestion de la santé populationnelle, la conception des parcours de soins , l’évaluation et la priorisation, et les inégalités. Il ajoute que ces 42 organisations, appelées ICS (services de soins intégrés), réussissent à faire ce qui est appelé une intégration responsable. Il s’agit de professionnels de santé, de gestionnaires, de personnes locales pour établir l’intégration entre le gouvernement central et le gouvernement local. Cela est défini par la loi.

Selon l’intervenant, les raisons qui rendent nécessaire cette intégration sont:
- l’âge des populations: avec le vieillissement de la population, il existe de nombreux types de soins. Selon une évaluation conjointe de l’Imperial collège et de la School of Economics, évaluant plus de 100 systèmes de santé à travers le monde, en examinant attentivement l’impact et le long terme pour les 30 à 45 prochaines année, un changement radical dans la manière de délivrer les soins est nécessaire du fait de ce vieillissement ;
- l’escalade du coût par patient particulièrement élevé en hôpital, bien que le coût par patient en UK soit très bas comparé aux États-Unis et au reste des pays européens , qui implique de renforcer la place des soins primaires;
- de l’importance des maladies chroniques complexes, avec multimorbidités: ces patients sont souvent incapables d’obtenir une continuité des soins. La nécessité d’évaluer cette fragmentation des soins qui ne fera qu’augmenter à mesure que les gens continueront à vivre plus longtemps, avec des comorbidités plus complexes et de plus grandes inégalités en matière de santé. Les soins intégrés visent à résoudre ces problèmes en étant centrés sur la personne, en plaçant les besoins et les expériences des individus au cœur de la manière dont les services sont organisés et fournis. dont ils ont besoin dans un système où les services individuels ne sont pas coordonnés ou ne communiquent pas efficacement ;
- le besoin d’un parcours unique adapté à chaque patient, incluant une communication efficace entre des services qui n’auraient jamais pu communiquer entre eux auparavant ;
- la volonté de rendre le système de santé plus efficace, en réduisant la duplication des soins par différents services et en diminuant les délais d’attente résultant des transferts de soins. Ce n’est pas une tâche facile et certains aspects ne sont pas correctement pris en compte par la structure . Par exemple, les longs temps d’attente des ambulances et les blocages de lits, souvent dus à l’incapacité de libérer des patients médicalement aptes, seraient en partie causés par un personnel de protection sociale insuffisant ce problème pourrait ne pas être sous le contrôle d’un ICS ;
- permettre la lutte contre les inégalités en matière de santé.
L’une des missions d’un ICS est de lutter contre les inégalités en matière de santé. Le coût des inégalités de santé pour le NHS rien qu’en Angleterre a été estimé à 4,8 milliards de livres sterling par an pour la période de 2011-2029, ce chiffre n’aura fait qu’augmenter à mesure que les inégalités se sont creusées – en effet, en 2022, on a estimé que les inégalités de santé coûtaient aux Gallois 322 millions de livres Sterling par an.(Source NHS)

Belgique: une approche territoriale avec un renforcement de la première ligne de soins
L’organisation du système de santé est fortement guidé par le Quintuple Aim (5AIM), qui vise à améliorer les soins par le biais de 5 objectifs :
- améliorer l’expérience des soins pour les personnes ;
- améliorer des résultats en matière de santé au niveau de la population ;
- obtenir plus de valeur avec les mêmes ressources grâce à une utilisation plus efficace des ressources disponibles ;
- améliorer le bien-être des professionnels de santé et du secteur social ;
- améliorer l’équité en santé et dans le secteur social (Cohésion sociale et inclusion).
A ces cinq principes , Jan De Maeseneer ajoute un 6e principe: l’ impact du changement climatique et la diminution de l’empreinte écologique du système de santé.

La Belgique a mis en place une organisation sur plusieurs niveaux : nano, micro, primary care zones, macro…
- Dans un premier niveau d’analyse (nano) Jan de Maessener souligne que la rencontre et l’interaction avec patient et donc la perception de la qualité des soins est un élément essentiel pour le développement du système de soins intégrés. Il reviendra alors d’investir dans la formation des professionnels de santé.
- Au niveau Micro, avec le centre de santé communautaire ( qui réunit tout type de professionnels de santé et du social),
- Au dessus, il existe le social primary care zone, adressant environ 125 000 habitants) (pour la Flandre, 60 local primary care zones), permettant une collaboration multidisciplinaire et intersectorielle, gouvernée par un « primary care board »
- Le plan interfédéral des soins intégrés – 2023 – correspond au niveau macro
Une solution numérique, « Belgium Integrated Health Record » ALIVIA (initiative Flamande), rend possible la mise en place de la santé intégrée. La conception a démarré en 2021, l’implémentation est en cours.
Le rôle de l’intégration des soins primaires :
Jan De Maeseneer explique que “travailler ensemble consiste principalement à recentrer ce que l’on peut faire au niveau primaire, puis à avoir un bon soutien et à rendre cela possible” :
- dans un premier niveau d’analyse (nano) Jan De Maeseneer souligne que la rencontre et l’interaction avec patient et donc la perception de la qualité des soins est un élément essentiel pour le développement du système de soins intégrés. Il reviendra alors d’investir dans la formation des professionnels de santé ;
- “ce que nous avons découvert dès le début, c’est que l’intégration des soins sociaux et des soins de santé est extrêmement cruciale, non seulement à cause des politiques des déterminants sociaux de la santé et des soins sociaux, des conditions de vie, etc., mais aussi en raison de notre passage à des maladies chroniques qui nécessitent des adaptations d’infrastructures informelles et autres”, selon Jan De Maeseneer ;
- et puis, bien sûr, il y a cette question de la continuité, qui est également une question importante. Il faut être là pour sa population pour être responsable, car cela touche aussi la confiance que la population a dans le système de santé et dans la société en général, car les soins de santé sont un moment où l’appréciation des individus pour la société se forme, car il y a des moments dans la vie qui sont vraiment très significatifs. C’est donc une interface très importante avec la société.
Allemagne : en plein débat sur un modèle d’intégration à base régionale (OptiMedis)
Le modèle de soins intégrés OptiMedis est apparu en 2005 à la suite de réformes en Allemagne visant à promouvoir la coordination des soins. Le modèle de soins, qui fonctionne dans la région ouest (état de Hesse) et sud-ouest (état de Bade-Wurtemberg) de l’Allemagne, vise à améliorer l’expérience des patients et la santé de la population. Parmi les défis évoqués, le PDG d’OptiMedis souligne la situation du marché en Allemagne, en raison de l’échelle des systèmes administratifs nationalisés et d’un système d’avantage orienté vers une gouvernance autocentrée.
L’objectif de la mise en place de la santé intégrée n’est pas que financier, souligne t il. Toutefois, un impact financier a pu être évalué, et ainsi une économie générée mise en évidence. Selon le Dr Hildebrandt, « la différence d’environ 6 à 7 % peut être attribuée à une meilleure médecine, à une meilleure prise en charge des patients dans le processus de réorganisation, d’organisation des soins de santé, de parcours coordonné, de la mise en place de prévention tertiaire et secondaire, et à la prise en compte de la personne du patient, . » s’ajoutent également une plus forte autogestion du patient, et une meilleure équité d’accès aux soins. Il ajoute qu’il y a plusieurs discussions en Allemagne sur la réforme des soins de santé. Une partie de la réforme des hôpitaux qui est au centre de la condition du gouvernement, c’est de développer une proposition pour développer l’intégration des soins dans tous les secteurs.
Le modèle OptiMedis favorise la coordination des soins dans tous les secteurs en mettant l’accent sur la prévention et introduit des interventions fondées sur des données probantes pour répondre aux besoins de santé identifiés. Ce faisant, il vise à atteindre les quatre objectifs suivants (également appelés « approche à quatre objectifs ») :
- améliorer l’expérience de soins des patients (qualité et satisfaction) ;
- améliorer la santé de la population ;
- réduire le coût des soins de santé par habitant ;
- Améliorer l’équilibre travail/vie personnelle pour les prestataires de soins de santé.

Selon le Dr Hildebrandt, “la différence d’environ 6 à 7 % peut être attribuée à une meilleure médecine, à une meilleure prise en charge des patients dans le processus de réorganisation, d’organisation des soins de santé, et à la prise en compte de la personne du patient.” Il ajoute qu’il y a plusieurs discussions en Allemagne sur la réforme des soins de santé. Une partie de la réforme des hôpitaux qui est au centre de la condition du gouvernement, c’est de développer une proposition pour développer l’intégration des soins dans tous les secteurs.





























