Créé en 2017, le guichet unique Présence Médicale 64 s’inscrit dans le schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services au public, qui impose une réflexion conjointe entre préfet et département sur l’accès aux soins.
Nadine Hialé rappelle qu’« il y avait eu une importante enquête de terrain en santé, au niveau des maires, au niveau des habitants, et au niveau des citoyens, sur une problématique d’accès aux soins ».
L’État se tourne alors vers le département en lui demandant de travailler sur l’attractivité territoriale, dans une logique de partenariat pour « aller recruter des médecins ».
La réflexion initiale ne porte pas encore sur un guichet unique, mais sur une mission très opérationnelle de recrutement médical. Deux bassins de vie, correspondant aux zones les plus en tension, sont choisis comme territoires d’expérimentation, afin d’ancrer la démarche dans le réel, avec une approche progressive et centrée sur les besoins du terrain.
Une méthode fondée sur le lien social et l’ancrage territorial
Dès l’origine, la démarche repose sur trois convictions :
- l’installation durable des médecins est avant tout une aventure humaine plutôt qu’un enjeu purement financier,
- le lien social constitue le levier central de la captation,
- et la gouvernance doit être participative.
Nadine Hialé résume cette philosophie en expliquant que « c’est par le lien social qu’on va arriver à capter, à créer de l’ancrage territorial ».
La méthode consiste à travailler simultanément la vie professionnelle et la vie personnelle des praticiens pour faciliter leur projection. L’ADN de Présence Médicale 64 est donc organisationnel : il s’agit de « créer un état d’esprit » collectif autour de l’accueil, de la rétention et de l’adhésion des médecins au territoire.
Cette approche se distingue des réponses essentiellement financières portées par la puissance publique depuis des années : « sans subventions », insiste-t-elle, pour se concentrer sur la coordination, la mise en relation et la co-construction de solutions adaptées aux projets de vie des médecins.
Un collectif inédit de 23 partenaires pour « déverrouiller » le parcours d’installation
L’innovation revendiquée par les Pyrénées-Atlantiques tient à la constitution d’un collectif large et stable, fédérant 23 organismes partenaires impliqués dans le parcours d’installation.
Ce collectif associe institutions de santé, intercommunalités, élus locaux et acteurs de terrain, et fonctionne, selon Nadine Hialé, « comme un conseil scientifique, on parle de tout collectivement et on met en place les solutions concrètes ».
Chaque organisme désigne un référent unique, identifié par le guichet, ce qui permet un traitement fluide des démarches administratives et professionnelles, du statut de remplaçant à l’installation libérale. Les décisions partent des besoins remontés localement et sont ajustées au cas par cas, afin de concilier contraintes réglementaires, attentes des médecins et priorités des élus.
Des parcours d’installation co-construits, entre projet de vie et projet médical
Le guichet unique se positionne comme point d’entrée central pour les médecins souhaitant s’installer dans le département, en articulant finement projet de vie et projet médical.
« Quand le médecin arrive, on traite effectivement la personne avant même qu’il soit médecin », souligne Nadine Hialé, pour illustrer cette approche centrée sur l’individu. L’accompagnement débute souvent dès l’internat, lors de soirées d’accueil qui permettent de fédérer les jeunes et de créer un premier lien avec le territoire. Lorsque l’un d’eux exprime un souhait d’installation, l’équipe explore son projet dans le détail : type de territoire (rural, montagne), mode d’exercice (MSP, exercice coordonné), environnement familial, mobilité du conjoint, logement, garde d’enfants, engagements futurs.
À partir de ces éléments, Présence Médicale 64 mobilise son maillage territorial pour identifier des structures adaptées, puis organise des remplacements afin de tester l’adéquation humaine et organisationnelle. Le suivi se poursuit après l’installation, notamment sur les aspects de logement et de garde d’enfants, dans une logique d’ancrage durable où « chaque projet est unique ».
69 médecins installés, 6% de hausse et 98% de rétention en sept ans
Les responsables de Présence Médicale 64 mettent en avant des résultats quantifiables en matière de démographie médicale. « Quand on a commencé en 2019, au niveau de la population des médecins généralistes libéraux, on était à 686 », rappelle Nadine Hialé, avant de préciser que « grâce à notre travail collectif d’installation, on est passé à 731 médecins généralistes en 2025 », soit une hausse d’environ 6%.
En sept ans, 69 médecins généralistes ont été installés avec l’appui du guichet unique, dont 63% en zones rurales ou de montagne. L’âge moyen des généralistes a été rajeuni, passant de 53 à 48 ans, en cohérence avec la cible prioritaire des jeunes médecins. La quasi-totalité des installations se fait en exercice libéral, avec une part minoritaire d’exercices mixtes et un recours très limité au salariat. La rétention constitue un indicateur clé : « 98% de nos jeunes qu’on a installés depuis 7 ans exercent toujours en Pyrénées-Atlantiques », insiste-t-elle, pour souligner l’ancrage durable obtenu.
Un modèle économique « peu coûteux » comparé aux dispositifs financiers classiques
Présence Médicale 64 insiste sur le caractère relativement peu coûteux de son modèle au regard des résultats. « Notre budget il est de 150 000 € c’est vraiment un budget efficient », explique Nadine Hialé. Ce budget annuel est dédié aux actions de déploiement sur les territoires et cofinancé avec l’ARS. Si l’on ajoute les ressources humaines, une équipe de cinq personnes, et le cofinancement entre département et ARS, l’enveloppe globale avoisine 500 000 euros, précise-t-elle.
L’équipe revendique un effet de levier important, dans la mesure où chaque intercommunalité ou territoire mobilise ses propres moyens pour compléter l’action du guichet. Un travail de chiffrage est en cours pour objectiver cette contribution globale et documenter ce qu’« un département, en se mobilisant, peut mettre tout en gardant les prérogatives de chacun ».
Vers une généralisation nationale : CNR, crédits, loi de financement et Cour des comptes
Le dispositif Présence Médicale 64 a progressivement acquis une visibilité nationale, notamment à la faveur du Conseil national de la refondation (CNR) et des débats sur la généralisation d’un guichet unique pour l’installation des médecins. « On a obtenu en tout 750 000 € de crédit national de la refondation pour 3 choses », détaille Nadine Hialé : consolider le modèle, en faire un concept transposable et trouver une structuration juridique pour sortir du cadre strictement départemental.
Parallèlement, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 a acté la mise en place de guichets uniques, même si « les décrets d’application, on les attend toujours ». Dans ce contexte, plusieurs institutions nationales, Banque des Territoires, Sénat, Assemblée nationale, Cour des comptes, sollicitent le retour d’expérience de Présence Médicale 64.
Le dernier rapport de la Cour des comptes, indique-t-elle, « a pris les Pyrénées-Atlantiques comme département précurseur de la mise en place de ce schéma-là ». Une vingtaine de départements ont déjà été accueillis, avec l’idée de partager « la méthode, la manière dont on a travaillé », plutôt qu’une organisation clé en main.
Une gouvernance politique et une « communication silencieuse » centrées sur l’humain
Enfin, Présence Médicale 64 se présente comme un dispositif piloté politiquement mais construit sur une « communication silencieuse » et un bouche-à-oreille structuré. Pour faire connaître le dispositif, l’équipe s’appuie prioritairement sur les réseaux d’internes, les syndicats de jeunes médecins, les facultés de médecine et les enseignants. « on fait de la communication silencieuse », explique-t-elle.
L’innovation est revendiquée comme essentiellement organisationnelle et humaine, avec un pacte d’engagement territorial « virgule par virgule, mot par mot », coécrit avec l’ensemble des acteurs, « toutes couleurs politiques confondues ».



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