Health & Tech Intelligence relaie la tribune « Nous, médecins, professeurs, chercheurs, sommes engagés pour créer l’hôpital du futur », rédigée par le Pr Jean-Noël Fabiani, chirurgien – ancien chef du département de chirurgie cardio-vasculaire et transplantation d’organes de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP), et le Pr Karem Slim, chirurgien au CHU de Clermont-Ferrand et président de l’association Grace. Ce texte est publié à l’occasion de la journée « Hôpital du futur », organisée le 3 octobre 2019 par la société Care Insight dans le cadre de la campagne #FASN (Faire avancer la santé numérique).
« Réinventer l’hôpital ». « Un thème central et récurrent qui préoccupe l’ensemble de la communauté des soignants et acteurs du secteur », déclarent en introduction les deux professionnels, estimant qu’il est nécessaire de sortir de l’organisation hospitalo-centrée du système de soins et de davantage se tourner « vers les besoins des patients », les rendre acteurs de leurs parcours, notamment en utilisant les nouvelles technologies, comme le numérique, l’intelligence artificielle (IA) et les systèmes d’exploitation des données. Dans cette tribune, ils présentent certains projets innovants initiés pour transformer « concrètement » la manière de soigner.
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« Réinventer l’hôpital » : un thème central et récurrent qui préoccupe l’ensemble de la communauté des soignants et acteurs du secteur. Les priorités sont claires et partagées. Nous devons mettre à la disposition d’un maximum de patients les dernières découvertes médicales ; utiliser l’intelligence collective de tous les acteurs, publics et privés, pour déployer des organisations innovantes moins « hospitalo-centrées » et davantage tournées vers les besoins des patients ; permettre aux professionnels d’avoir accès aux données de santé pour développer des programmes d’amélioration des pratiques ou piloter de nouveaux projets de recherche ; faire usage de l’intelligence artificielle à bon escient ; donner aux patients les moyens de devenir acteurs de leur santé notamment à travers l’utilisation des outils digitaux, etc.
Au quotidien, nous œuvrons pour créer l’hôpital du futur. Nous vous présentons quelques initiatives récentes et des projets innovants qui transformeront concrètement notre façon de soigner.
L’hôpital à l’assaut du numérique
Par le Pr Jean-Noël Fabiani, ancien chef du département de chirurgie cardio-vasculaire et transplantation d’organes de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP)
Historiquement, l’hôpital a toujours été l’expression de la médecine de son temps et aussi de la société dans laquelle il se trouvait. La révolution numérique de notre époque,qui transforme fortement notre société,va donc impacter de façon profonde la pratique de la médecine et l’hôpital sera bouleversé par ces évolutions.
Le diagnostic médical va être considérablement modifié par la convergence inéluctable de l’intelligence artificielle et du « Big Data ». Un diagnostic extrêmement fiable sera établi par la consultation immédiate d’un réseau de référence. Les prises de décisions seront plus efficaces grâce aux sources de big data massives en perpétuel renouvellement. Les programmes d’aide au diagnostic,véritables exemples d’intelligence artificielle, commencent déjà à fournir des résultats impressionnants, fondés sur l’apprentissage autonome.
Ces évolutions vont considérablement impacter le rôle du médecin spécialiste. Celui-ci, débarrassé de la routine quotidienne de la gestion des examens,pourra se consacrer à d’autres tâches, ce qui supposera une formation différente de celle qu’il a aujourd’hui.
La chirurgie et les techniques interventionnelles vont également être modifiées par la robotique. Celle ci n’est pas seulement une aide au geste mini invasif, elle va beaucoup plus loin, car elle est l’interposition de l’ordinateur entre l’opérateur et le patient. Si les possibilités qui sont actuellement ouvertes semblent d’ores et déjà intéressantes, elles ne permettent que d’imaginer les progrès envisageables par ce qui ne peut être qu’une révolution dans l’acte chirurgical.
Ainsi l’hôpital, qu’il soit universitaire – c’est à dire centré sur la recherche et l’évaluation des spécialités – ou général – centré sur le réseau local, les urgences et le premier diagnostic -va être modifié dans son organisation, dans son personnel, dans sa structure ou même dans son architecture. C’est aujourd’hui qu’il faut prévoir ces changements pour construire l’hôpital de demain.
Le futur patient sera impliqué, acteur, promoteur de sa santé
Par le Pr Karem Slim, chirurgien au CHU de Clermont-Ferrand et président de l’association Grace
Dans les parcours de soins modernes -chirurgie ambulatoire et réhabilitation améliorée après chirurgie-,le patient a un rôle primordial dans la réussite de sa récupération. L’information ou le consentement éclairé sont remplacés par la décision médicale partagée. Cela implique l’adhésion au parcours et l’éducation thérapeutique le cas échéance.
Avant l’intervention,le patient applique les règles du jeûne moderne,et dans certains cas, à l’amélioration de son état de santé avant la chirurgie – traitement de ses maladies, prise en charge psychologique ou exercices physiques-et prépare déjà sa sortie avec l’équipe de soins. Le jour de l’intervention il va au bloc opératoire à pied – patient 3D : debout, digne et détendu. Après l’intervention, parfois même dès son réveil en salle de soins post-interventionnelle, il gère sa douleur, sa réalimentation et sa mobilisation précoce avec l’équipe. Après sa sortie, le patient participe à la surveillance de son état de santé en communiquant avec l’établissement via une application par exemple. Cette surveillance choisie par le patient participe à la gestion des risques liés à sa sortie précoce.
La transformation du rôle du patient a déjà commencé. Des enfants conduisent eux-mêmes des voiturettes électriques pour se rendre au bloc opératoire. Ils sont bien sûr accompagnés par l’équipe soignante et par un parent. Les conséquences de cette initiative simple et non médicale sont prouvées et non négligeables. Le stress de l’enfant est diminué, la dose d’antalgiques administrée est moins importante, réduisant les douleurs post-opératoires.
Les protocoles de réhabilitation améliorée après chirurgie se multiplient. La préhabiliation – concept plus récent qui consiste à proposer au patient un entraînement physique avant chirurgie pour améliorer sa récupération – émerge également.
L’innovation et l’avènement de l’hôpital du futur passe aussi par une certaine évolution des pratiques et des mentalités vers une plus grande autonomie des patients,toujours assistés par une équipe de soignants et non-soignants,avec ou sans les outils digitaux !
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