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  • Règlement MDR : seuls 27 % des fabricants de DM seraient prêts au 26 mai 2020 (étude RAPS/KPMG)

    Seuls 27 % des fabricants de dispositifs médicaux (DM) prévoient d’être prêts pour l’entrée en vigueur du règlement européen MDR le 26 mai 2020. C’est la conclusion du livre blanc réalisé par l’organisation spécialisée Regulatory Affairs Professionals Society (RAPS) avec le cabinet KPMG auprès de 230 professionnels, publiée le 24 septembre 2019. 46 % des fabricants de DM prévoient de s’appuyer sur les dispositions de transition du règlement (article 120 du MDR) pour continuer à vendre leurs produits actuels jusqu’en 2024, tout en poursuivant leurs travaux de mise en conformité. 43 % des professionnels interrogés (plus souvent de grandes sociétés) envisagent par ailleurs d’avoir à interrompre la commercialisation de dispositifs en raison de la nouvelle réglementation.

    La raison la plus souvent invoquée pour cette impréparation est le besoin non satisfait d’orientation et de normes sur les exigences du nouveau règlement, suivie du coût du processus, puis du peu d’organismes notifiés actuellement certifiés. RAPS et KPMG soulignent cette inquiétude persistante du secteur au sujet de la lenteur du processus de certification des organismes notifiés chargés d’homologuer les dispositifs conformément au nouveau règlement : seuls 5 organismes ont été certifiés à ce jour, le dernier étant TÜV Rheinland LGA Products , intégré à la liste de la Commission européenne le 26 septembre 2019.  

    Paul Brooks, directeur exécutif de RAPS, prévient que « si le nombre d’organismes notifiés est trop faible ou si leur capacité à évaluer les dispositifs est insuffisante pour répondre à la demande, cela créera des goulots d’étranglement pouvant entraîner des pénuries de produits, y compris pour les dispositifs essentiels et à haut risque dont dépendent les patients ». 

    Par ailleurs, quelque 48 % des professionnels interrogés affirment ne pas avoir défini de stratégie de préparation à la mise en place de la base de données Eudamed, appelée selon le règlement MDR à centraliser les informations concernant les DM au niveau de l’Union européenne.

  • FASN : « Nous, médecins, professeurs, chercheurs, sommes engagés pour créer l’hôpital du futur »

    Health & Tech Intelligence relaie la tribune « Nous, médecins, professeurs, chercheurs, sommes engagés pour créer l’hôpital du futur », rédigée par le Pr Jean-Noël Fabiani, chirurgien – ancien chef du département de chirurgie cardio-vasculaire et transplantation d’organes de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP), et le Pr Karem Slim, chirurgien au CHU de Clermont-Ferrand et président de l’association Grace. Ce texte est publié à l’occasion de la journée « Hôpital du futur », organisée le 3 octobre 2019 par la société Care Insight dans le cadre de la campagne #FASN (Faire avancer la santé numérique).

    « Réinventer l’hôpital ». « Un thème central et récurrent qui préoccupe l’ensemble de la communauté des soignants et acteurs du secteur », déclarent en introduction les deux professionnels, estimant qu’il est nécessaire de sortir de l’organisation hospitalo-centrée du système de soins et de davantage se tourner « vers les besoins des patients », les rendre acteurs de leurs parcours, notamment en utilisant les nouvelles technologies, comme le numérique, l’intelligence artificielle (IA) et les systèmes d’exploitation des données. Dans cette tribune, ils présentent certains projets innovants initiés pour transformer « concrètement » la manière de soigner.

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    « Réinventer l’hôpital » : un thème central et récurrent qui préoccupe l’ensemble de la communauté des soignants et acteurs du secteur. Les priorités sont claires et partagées. Nous devons mettre à la disposition d’un maximum de patients les dernières découvertes médicales ; utiliser l’intelligence collective de tous les acteurs, publics et privés, pour déployer des organisations innovantes moins « hospitalo-centrées » et davantage tournées vers les besoins des patients ; permettre aux professionnels d’avoir accès aux données de santé pour développer des programmes d’amélioration des pratiques ou piloter de nouveaux projets de recherche ; faire usage de l’intelligence artificielle à bon escient ; donner aux patients les moyens de devenir acteurs de leur santé notamment à travers l’utilisation des outils digitaux, etc.

    Au quotidien, nous œuvrons pour créer l’hôpital du futur. Nous vous présentons quelques initiatives récentes et des projets innovants qui transformeront concrètement notre façon de soigner.

    L’hôpital à l’assaut du numérique

    Par le Pr Jean-Noël Fabiani, ancien chef du département de chirurgie cardio-vasculaire et transplantation d’organes de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP)

    Historiquement, l’hôpital a toujours été l’expression de la médecine de son temps et aussi de la société dans laquelle il se trouvait. La révolution numérique de notre époque,qui transforme fortement notre société,va donc impacter de façon profonde la pratique de la médecine et l’hôpital sera bouleversé par ces évolutions.

    Le diagnostic médical va être considérablement modifié par la convergence inéluctable de l’intelligence artificielle et du « Big Data ». Un diagnostic extrêmement fiable sera établi par la consultation immédiate d’un réseau de référence. Les prises de décisions seront plus efficaces grâce aux sources de big data massives en perpétuel renouvellement. Les programmes d’aide au diagnostic,véritables exemples d’intelligence artificielle, commencent déjà à fournir des résultats impressionnants, fondés sur l’apprentissage autonome.

    Ces évolutions vont considérablement impacter le rôle du médecin spécialiste. Celui-ci, débarrassé de la routine quotidienne de la gestion des examens,pourra se consacrer à d’autres tâches, ce qui supposera une formation différente de celle qu’il a aujourd’hui.

    La chirurgie et les techniques interventionnelles vont également être modifiées par la robotique. Celle ci n’est pas seulement une aide au geste mini invasif, elle va beaucoup plus loin, car elle est l’interposition de l’ordinateur entre l’opérateur et le patient. Si les possibilités qui sont actuellement ouvertes semblent d’ores et déjà intéressantes, elles ne permettent que d’imaginer les progrès envisageables par ce qui ne peut être qu’une révolution dans l’acte chirurgical.

    Ainsi l’hôpital, qu’il soit universitaire – c’est à dire centré sur la recherche et l’évaluation des spécialités – ou général – centré sur le réseau local, les urgences et le premier diagnostic -va être modifié dans son organisation, dans son personnel, dans sa structure ou même dans son architecture. C’est aujourd’hui qu’il faut prévoir ces changements pour construire l’hôpital de demain.

    Le futur patient sera impliqué, acteur, promoteur de sa santé

    Par le Pr Karem Slim, chirurgien au CHU de Clermont-Ferrand et président de l’association Grace

    Dans les parcours de soins modernes -chirurgie ambulatoire et réhabilitation améliorée après chirurgie-,le patient a un rôle primordial dans la réussite de sa récupération. L’information ou le consentement éclairé sont remplacés par la décision médicale partagée. Cela implique l’adhésion au parcours et l’éducation thérapeutique le cas échéance.

    Avant l’intervention,le patient applique les règles du jeûne moderne,et dans certains cas, à l’amélioration de son état de santé avant la chirurgie – traitement de ses maladies, prise en charge psychologique ou exercices physiques-et prépare déjà sa sortie avec l’équipe de soins. Le jour de l’intervention il va au bloc opératoire à pied – patient 3D : debout, digne et détendu. Après l’intervention, parfois même dès son réveil en salle de soins post-interventionnelle, il gère sa douleur, sa réalimentation et sa mobilisation précoce avec l’équipe. Après sa sortie, le patient participe à la surveillance de son état de santé en communiquant avec l’établissement via une application par exemple. Cette surveillance choisie par le patient participe à la gestion des risques liés à sa sortie précoce.

    La transformation du rôle du patient a déjà commencé. Des enfants conduisent eux-mêmes des voiturettes électriques pour se rendre au bloc opératoire. Ils sont bien sûr accompagnés par l’équipe soignante et par un parent. Les conséquences de cette initiative simple et non médicale sont prouvées et non négligeables. Le stress de l’enfant est diminué, la dose d’antalgiques administrée est moins importante, réduisant les douleurs post-opératoires.

    Les protocoles de réhabilitation améliorée après chirurgie se multiplient. La préhabiliation – concept plus récent qui consiste à proposer au patient un entraînement physique avant chirurgie pour améliorer sa récupération – émerge également.

    L’innovation et l’avènement de l’hôpital du futur passe aussi par une certaine évolution des pratiques et des mentalités vers une plus grande autonomie des patients,toujours assistés par une équipe de soignants et non-soignants,avec ou sans les outils digitaux !

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  • Grace

    Groupe francophone de réhabilitation après chirurgie

  • FASN Hôpital du futur : comment le numérique transforme la chirurgie cardio-vasculaire (Pr Fabiani)

    Amélioration du diagnostic médical par le biais de l’intelligence artificielle (IA), évolution du métier de chirurgien avec notamment le déploiement de la robotique (interposition d’un ordinateur entre l’opérateur et le patient), multiplication des organes artificiels implantables (exemple : le cœur artificiel Carmat), modification de l’enseignement à envisager en attribuant une place plus importante à l’utilisation du robot informatisé dans la formation, développement de la prévention par l’intermédiaire des capteurs implantables pour mieux suivre l’état de santé des patients…

    Telles sont les manières par lesquelles les outils numériques contribuent à la transformation de la médecin et de la chirurgie cardio-vasculaire, décrites par le Pr Jean-Noël Fabiani, chirurgien, ancien chef du département de chirurgie cardio-vasculaire et de transplantation d’organes de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

    Le professionnel est intervenu à l’occasion de la journée « Hôpital du futur« , organisée le 3 octobre 2019 par la société Care Insight dans le cadre de la campagne #FASN (Faire avancer la santé numérique).

    Au cours de la discussion, il a partagé sa vision de l’hôpital de demain, exposée par ailleurs dans un article intégré au livre blanc Contribution des outils numériques à la transformation des organisations de santé, publié en juin 2019, à la demande de la présidence de la Commission des Affaires Sociales de l’Assemblée nationale, coordonnée par le Dr Jean-Pierre Blum, conseiller du groupe Numérique et Santé à l’Assemblée.

    Health & Tech Intelligence revient sur les éléments clés de son discours, illustré par des exemples concrets d’applications du numérique au sein de l’hôpital.

    La révolution numérique dans l’hôpital « reste encore discrète »

    « La révolution numérique a déjà fait son entrée à l’hôpital, dans les cabinets de cardiologues et dans la pratique des soignants. Elle reste cependant encore discrète, se cantonnant pour certains à une meilleure gestion des ses malades et de ses dossiers, commente le Pr Jean-Noël Fabiani (livre blanc). C’est ainsi qu’on n’a peut être pas encore mesuré la portée exacte et évalué les changements qu’elle va entraîner dans l’exercice de la médecine en général et de la cardiologie en particulier. Pourtant une réflexion simple des faits actuellement observés, peut permettre d’en cerner déjà quelques contours. »

    L’IA et le big data au service du diagnostic médical

    Selon le Pr Jean-Noël Fabiani, le diagnostic médical va être « considérablement modifié par la convergence inéluctable de l’intelligence artificielle (IA) et du « big data », qui permettra la consultation immédiate d’un réseau de référence, l’établissement d’un diagnostic extrêmement fiable et bientôt une prise de décision quand les logiciels customisés seront au point ».

    « L’intelligence artificielle doit être utilisée pour extraire du sens »

    Il observe que la plupart des médecins ne sont pas suffisamment préparés « pour l’extraction de connaissances et la demande de prises de décisions rapides qu’exige la médecine moderne ».

    « L’intelligence artificielle doit donc être utilisée pour extraire du sens, déterminer de meilleurs résultats, et permettre des prises de décisions plus efficaces à partir de sources big data massives en perpétuel renouvellement, commente-t-il. Ces possibilités vont modifier indiscutablement la qualité du diagnostic et entraîner un changement radical du métier de médecin dans de nombreuses spécialités. »

    Quelques exemples

    • les résultats d’imagerie, dont la partie technique peut être réalisée par un technicien (scanner, IRM, scintigraphie, PET scan…), pourront être soumis en temps réel à l’expertise du réseau, « permettant un diagnostic d’une remarquable sureté » : « on considère que le résultat donné équivaut au diagnostic des 10 meilleurs experts mondiaux », indique le chirurgien ;
      • les résultats des échocardiographies guidés par le spécialiste sont déjà effectués par des techniciens dans de nombreux établissements et transférés par la biais d’une solution de télémédecine sur le centre expert : « il est vraisemblable qu’ils seront analysés de la même façon dans un futur proche », avance l’expert ;
      • l’interprétation de l’électrocardiogramme est déjà « totalement numérisée » : « les futurs appareils d’enregistrement vont produire immédiatement, l’interprétation fiable, accompagnant le tracé… », analyse-t-il ;
    • les examens biologiques, « largement robotisés actuellement, pourront se passer dans un futur proche de toute intervention humaine » : l’interprétation des résultats (association des banques de données et de l’intelligence artificielle) identifiera les anomalies et « suggérera les diagnostics les plus probables » ;

    « Ces exemples laissent donc supposer une aide au diagnostic à la fois dans la qualité (fiabilité supérieure à celle d’un expert isolé) et dans la rapidité de réponse permettant l’urgence et de toute façon, une meilleure efficacité », synthétise le professeur.

    Évolution du métier de médecin et donc de la formation

    « Ces évolutions, dont les prémisses sont déjà largement amorcées, vont considérablement impacter le rôle du médecin spécialiste », note le chirurgien, expliquant que le praticien pourra consacrer davantage de temps à d’autres tâches que celle de la gestion des examens.

    Conséquences selon le Pr Jean-Noël Fabiani :

    • une formation différente de celle proposée actuellement aux médecins va devoir être envisagée ;
    • la validation de ces examens et l’intervention du spécialiste en cas de doute seront indispensables, notamment pour assumer la responsabilité du résultat, qui ne peut pas être attribuée à l’IA ;
    • le nombre de spécialistes va diminuer : certains d’entre eux vont ainsi pouvoir se concentrer sur des rôles d’organisateurs de plateaux de soins et de chercheurs dans les différents aspects de leur discipline.

    Par ailleurs, selon le professeur, l’enseignement de la médecine « va poser des problèmes majeurs et nécessiter des choix difficiles ». Son analyse met notamment en avant :

    • le risque de l’éloignement du patient de la prise de décision le concernant en cas de trop grande technicité :
      • il propose de privilégier la formation de médecin « rompus aux contacts humains » mais aussi « suffisamment instruits pour effectuer les synthèses indispensables à la traduction des examens et des décisions prises pour son patient » ;
      • l’introduction des sciences humaines dans le cursus médical, et ce, « dès les premières années » est selon lui « nécessaire » ;
    • le besoin de donner « une place plus importante » au robot informatisé dans la formation du médecin.

    La salle d’opération du futur sera hybride et l’ordinateur s’interposera entre l’opérateur et le patient

    « Les chirurgiens ont déjà bien compris que leur évolution était nécessaire et dans de nombreux centres, ils assurent souvent en collaboration avec les cardiologues et les radiologues, la nouvelle prise en charge de ces patients », observe le Pr Jean-Noël Fabiani, ajoutant que devra cependant être envisagé à l’avenir l’institution d’une nouvelle discipline universitaire de « spécialiste interventionnel », qui regroupera les différentes compétences.

    Il complète en imaginant les évolutions relatives : « l’angiographie chère aux cathétériseurs sera remplacée d’abord par le scanner puis par les échographies à trois dimensions, puis par d’autres techniques d’imagerie encore dans les limbes ».

    La salle d’opération du futur devrait ainsi être hybride, comme c’est déjà le cas dans plusieurs centres, estime le chirurgien : possibilité de réaliser une chirurgie sophistiquée (sous circulation extracorporelle par exemple) et d’utiliser toutes les formes d’imagerie actuelles et à venir.

    La robotique sera de plus en plus présente dans le monde chirurgical

    Dans cette salle d’opération de demain, le robot occupera une place centrale selon le professeur. « Plus que la possibilité d’effectuer une opération sans ouverture classique par des trocarts (ce qui peut être obtenu par une simple vidéo chirurgie), il s’agit en réalité de l’interposition d’un ordinateur entre l’opérateur et le patient, explique-t-il. Si les possibilités qui sont actuellement ouvertes semblent d’ores et déjà intéressantes, elles ne permettent que d’imaginer les progrès envisageables par ce qui ne peut être qu’une révolution dans l’acte chirurgical. »

    Quelques exemples d’application de la robotique en chirurgie :

    • « le robot va permettre des gestes ancillaires et répétitifs qui seront commandés par la voix, comme effectuer une série de nœuds ce qui va sans doute permettre de gagner du temps ;
    • le robot permet déjà d’économiser un aide opératoire car on lui confie aisément le soin d’écarter et de présenter le champ à l’opérateur principal ;
    • le robot va permettre de guider le chirurgien si l’imagerie réalisée en préopératoire est intégrée virtuellement dans l’optique du système et permet de superposition des lésions réelles et des lésons virtuelles découvertes au scanner. Il va également servir de guide à la montée des cathéters dans le réseau artériel ou veineux pour effectuer les gestes interventionnels ;
    • en chirurgie cardiaque, il est déjà possible de réaliser un pontage sur un cœur battant, après avoir synchronisé les battements cardiaques et les instruments du robot. Ainsi l’ordinateur permet à l’opérateur d’opérer sur un cœur apparemment arrêté (ce qui lui facilite mentalement la tâche) alors que le cœur bat normalement ;
    • le robot apparaît également comme un remarquable outil d’enseignement, puisqu’un chirurgien situé dans un lieu X peut facilement prendre les manettes pour une intervention située elle dans un lieu y. Ainsi un chirurgien expert situé par exemple à Paris peut intervenir pour effectuer une opération dans une ville située à des milliers de kilomètres de distance. »

    De plus en plus d’organes artificiels

    « À côté de la greffe, s’imposent de plus en plus les organes artificiels implantables, c’est à dire, remplaçant l’organe malade par leur implantation définitive dans l’organisme et activés par une source d’énergie portable, note le Pr Jean-Noël Fabiani. Leur réalisation et la nécessité de prévoir le dysfonctionnement de toutes les pièces constituantes font appel à une électronique particulièrement sophistiquée (comparable à celle employée dans l’aviation civile). De plus, le contrôle de cet organe artificiel est dominé par une informatique spécifique qui permet d’appréhender à chaque moment la situation de l’appareil et du patient. »

    Exemple avec le cœur artificiel implantable Carmat :

    Le cœur Carmat d’Alain Carpentier est un « progrès décisif comparé à ses prédécesseurs », indique le chirurgien.

    Au cours du mois de septembre 2019, la société a levé 60 millions d’euros. Cette somme servira à :

    • finaliser l’étude pivot actuellement en cours en vue d’obtenir le marquage CE en 2020 ;
    • lancer une étude clinique de faisabilité aux États-Unis, rendue possible par le récent feu vert conditionnel de la FDA ;
    • préparer la commercialisation des produits Carmat : amélioration des processus de production dans l’usine de Bois d’Arcy (Yvelines), augmentation de la cadence de production, adaptation de l’organisation.

    Un développement de la prévention par le biais des outils de suivi à distance

    Au centre de la médecine de demain figurera la prévention, analyse le Pr Jean-Noël Fabiani. Il cite notamment les nouvelles stratégies informatiques utilisant les capteurs implantables, qui « pourront dans un avenir proche rationaliser cette prévention ».

    Exemple avec la prévention de l’hypertension artérielle (HTA) :

    Le chirurgien estime que la solution pour la prise en charge de la HTA est « certainement » l’introduction de puces sous-cutanées capables de transmettre en ligne les chiffres tensionnels (et bientôt le débit cardiaque, avance-t-il), « puisque les données seront transférées directement sur un site de surveillance et l’on pourra contrôler la qualité du traitement ou dépister d’éventuelles complications ».

    Vers des prothèses intelligentes

    Le professeur indique par ailleurs qu’il serait « souhaitable d’utiliser les différentes prothèses qui sont introduites actuellement dans le corps humain pour toutes sortes de pathologies et de les transformer en prothèses « intelligentes » bardées de capteurs ».

    Il donne en guise d’exemple le cas d’un patient opéré pour un anévrysme de l’aorte abdominales à l’aide d’une endoprothèse et dont le pronostic ultérieur dépendra de la prise en charge de sa pathologie cardiovasculaire : il indique qu’il serait « facile » de doter la prothèse de capteurs qui, au contact de la circulation sanguine, pourront mesurer la pression, le début, la glycémie et la cholestérolémie.

    « L’organisation des soins doit être revue »

    En conclusion, le Pr Jean-Noël Fabiani estime que, dans ces conditions, « l’organisation des soins doit être revue » :

    • l’hôpital de demain doit se recentrer sur ses missions : « prendre en charge le temps nécessaire les malades les plus lourds (chirurgie et réanimation) mais assurer au maximum des soins ambulatoires pour les examens complexes » :
      • frein à cette évolution : il ne sera, selon lui, pas possible « médicalement et économiquement » d’assurer partout des hôpitaux de proximité de qualité. Il propose donc de revoir les conditions d’accès à l’hôpital universitaire « pour que l’ensemble de la population puisse en bénéficier dans des délais raisonnables » ;
    • cela suppose de « raviver le réseau de soins de ville » pour éviter les hospitalisations non nécessaires et l’afflux d’urgences qui pourraient être traitées « en ville voire à domicile » :
      • cela nécessite en parallèle la prise ne charge du grand âge et de la dépendance, qui justifie, selon lui en France, « des investissements majeurs ».

    « Ces changements prévisibles liés à l’introduction des outils numériques vont modifier profondément le visage d’une médecine qui reste encore souvent dans le schéma du siècle précédent. Les médecins et les pouvoirs publics en ont-il véritablement conscience ? Il ne faudrait pourtant pas que la réalité qui s’imposera de toute façon, ne produise trop de bouleversements avec leur cortège de drames économiques et humains », indique le professionnel.

  • L’outil eNephro (Pharmagest) réduit « significativement » les hospitalisations non programmées en IRC

    Le dispositif de télémédecine eNephro, destinée aux patients atteints d’insuffisance rénale chronique (IRC), donne des résultats « encourageants », notamment en matière d’évitement des hospitalisations non programmées. C’est la conclusion du groupe Pharmagest sur les premiers résultats de son étude médico-économique, présentés le 2 octobre 2019 au congrès de la SFNDT (Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation) à Nancy.

    Le système de télémonitoring d’eNephro recueille à distance les paramètres cliniques et biologiques du patient. Les systèmes experts effectuent ensuite une analyse automatique des données collectées quotidiennement, et un algorithme basé sur intelligence artificielle (IA) est capable de détecter les situations de risque.

    Pharmagest met en avant les enseignements suivants :
     
    • une « diminution significative » de 12 % des hospitalisations non programmées et des consultations comparativement à une prise en charge traditionnelle ;

    • une « tendance à la diminution » du nombre de patients nécessitant une hospitalisation non programmée : 57,4 % dans le groupe télésurveillance contre 63,5 % dans le groupe contrôle ;

    • une « tendance à la diminution » de la durée cumulée des hospitalisations non programmées : 9,8 ± 10 jours dans le groupe télésurveillance contre 12 ± 11 jours dans le groupe contrôle ;

    • une augmentation de la satisfaction des patients : 89 % des patients transplantés se disent « très satisfaits ».

    « 1ère étude médico-économique sur la prise en charge de l’IRC par télémédecine »

    L’étude eNephro, « première étude médico-économique sur la prise en charge de l’IRC par télémédecine », a débuté en mars 2013, dans le cadre de l’appel à projets « e-santé 2″ du Programme d’investissements d’avenir » (PIA). Pharmagest affirme qu’elle a permis le déploiement de sa solution de télémédecine dans 3 régions: le Grand Est, les Hauts-de-France et la Nouvelle-Aquitaine.

    La solution eNephro peut être remboursée depuis 2018 dans le cadre d’Etapes

    La solution eNephro peut être remboursée depuis 2018 dans le cadre du dispositif Etapes sur les patients traités par dialyse en UAD/UDM et en suivi post greffe.

  • DATA : les start-ups françaises e-santé ont levé 118,9 millions d’euros en septembre 2019

    Les start-ups françaises spécialisées dans le secteur de la e-santé ont levé 118,9 millions d’euros en septembre 2019. Le plus important tour de table a été réalisé par Carmat, une start-up qui a développé un cœur artificiel. La société a recueilli 60 millions d’euros grâce à une levée de fonds coordonnée par Oddo BHF SCA, avec comme contributeurs Matra Défense SAS, le groupe Therabel ainsi que les family offices Lohas SARL et Santé Holdings SRL, les holdings d’investissements de la famille Gaspard et de Pierre-Edouard Stérin.  

    La deuxième opération la plus conséquente au cours du mois a été effectuée par Keranova, qui a levé 24 millions d’euros dans le cadre d’une levée de fonds abondée par ses actionnaires historiques Mérieux Equity Partners et Supernova Invest, avec la participation de la Financière Arbevel et de Tourrette Investissement. 

    À noter par ailleurs à l’international l’opération réalisée par Healthy.io, une société israélienne spécialiste des tests urinaires qui a récolté 60 millions de dollars (54 millions d’euros). À signaler également la levée réalisée par la société britannique Kheiron, spécialiste de la détection de cancer du sein par intelligence, qui a recueilli 20 millions d’euros.

    Le tableau présentant le détail des levées de fonds réalisées par les start-ups françaises en e-santé au mois de septembre 2019 est accessible dans la rubrique « Data » via ce lien.

  • UAD

    Unité d’autodialyse

  • UDM

    Unité de dialyse médicalisée

  • Les entreprises de la télémédecine (LET) invitent à co-construire le futur de la téléconsultation

    L’association LET (Les entreprises de la télémédecine) invite à co-contruire avec la Cnam et le gouvernement le futur de la téléconsultation. Selon François Lescure (président de MédecinDirect) et le Dr. Alexandre Maisonneuve (directeur médical de Qare), co-fondateurs de l’association, il existe un décalage entre les textes de loi (avenant n°6) et la pratique sur le terrain, également avec les pratiques à l’étranger.

    Dans le cadre d’une matinale organisée fin septembre 2019 par Techtomed sur le bilan de la téléconsultation, 1 an après son entrée dans le droit commun, François Lescure et le Dr. Alexandre Maisonneuve ont présenté un état des lieux du marché, en témoignant de leur expérience en tant qu’industriels et en partageant leur opinion sur l’évolution de la pratique.

    Le Dr. Alexandre Maisonneuve décrit notamment l’avenant n°1, « assez restrictif » selon lui, comme une version n°1 du déploiement de la téléconsulation. Il perçoit par ailleurs des associations possibles entre les groupements de pharmacies et les sociétés de téléconsultation par le biais de l’avenant n°15.

    Environ 60 000 téléconsultations ont été remboursées par l’Assurance maladie entre septembre 2018 et septembre 2019 ; on dénombre par ailleurs environ 500 000 actes non remboursés parmi les 450 millions d’actes annuels, rappellent les 2 fondateurs de LET, précisant qu’il existe actuellement une vingtaine d’acteurs sur ce marché, avec des modèles économiques différents : BtoBtoC (une mutuelle fait l’intermédiaire entre le médecin et le patient tel que MédecinDirect) ; BtoC (sans intermédiaire, comme Qare ou Livi).

    Un moyen de désengorger les urgences et de réaliser des économiques

    Selon le Dr Alexandre Maisonneuve (Qare), les médecins se disent prêts pour la téléconsultation : ils y consacrent actuellement une consultation sur 4 (25 %) ; dans le futur, ils devraient y consacrer 1 consultation sur 2 (50 %), estime-t-il.

    François Lescure (MédecinDirect) souligne de son côté que 15 à 20 % des patients seraient allés aux urgences s’ils n’avaient pas téléconsulté. Au vu du coût d’une consultation (en moyenne 190 € au total), des économies substantielles sont déjà réalisées pour le système de santé afin notamment de désengorger les urgences, avance-t-il.

    La difficulté de faire changer les mentalités

    Le Dr Alexandre Maisonneuve revient sur le cadre initial de la téléconsultation mis en place par la Cnam et les syndicats de médecins. Au début, l’acte avait pour but de desservir les zones sous-denses pour les personnes âgées de plus de 75 ans. Le directeur médical de Qare soulève un décalage avec la réalité puisque cette cible « est peu digitalisée », souligne-t-il.

    Initialement, il y a également eu des craintes d’explosion des téléconsultations sur le nombre d’actes à rembourser, d’une forme d’uberisation de l’acte, avec l’arrivée potentielle d’acteurs étrangers et, enfin, de voir cette pratique remplacer la médecine classique. Le Dr Alexandre Maisonneuve souligne la difficulté de faire changer les mentalités ; les syndicats sont encore aujourd’hui très réticents à ce type d’évolution.

    L’avenant n°6 : une « version 1 » de la téléconsultation car assez restrictif

    Actuellement, l’avenant n°6 prévoit, pour que la consultation soit remboursée, que le médecin doit avoir vu le patient dans les 12 derniers mois, ce qui induit une notion de connaissance préalable du dossier médical de la personne. Cette situation est rare et parfois la téléconsultation se fait dans des déserts médicaux, où les patients n’ont plus de médecin traitant.

    L’avenant n°6 interdit actuellement l’usage du téléphone et du chat. L’usage est donc restrictif. Le Dr Alexandre Maisonneuve évoque cet avenant comme « une version n°1 » de la téléconsultation.

    Vers des associations entre les groupements de pharmacie et les sociétés de téléconsultation ?

    Par ailleurs, l’avenant n°15 va permettre aux pharmaciens de réaliser des téléconsultations, un acte très attendu par les patients et la profession. Le directeur médical de Qare entrevoit dans ce cadre des associations entre les groupements de pharmacie et les sociétés de téléconsultation.

    « Les régions expriment un besoin de territorialité »

    François Lescure ajoute que « les régions expriment un besoin de territorialité », notamment avec la création de CPTS.

    Le Dr Alexandre Maisonneuve complète en indiquant que ces structures faciliteront l’information et la mise en réseau. Les CPTS vont organiser la téléconsultation grâce à la mise en commun des disponibilités et des agendas entre professionnels de santé pour un meilleur accès aux soins. Nicolas Revel, directeur général de la Cnam, se dit favorable à ce déploiement.

  • Étude : les preuves du pouvoir diagnostic de l’IA restent fragiles (Lancet Digital Health)

    De plus en plus d’études indiquent que la précision diagnostique des algorithmes est équivalente ou supérieure à celle des humains. Cependant, elles comportent des biais, leurs résultats sont donc difficilement généralisables. Selon une étude* publiée le 25 septembre 2019 dans la revue The Lancet Digital Health, sur 20 000 publications passées en revue, moins de 1 % reposaient sur une méthodologie solide.

    Une profusion d’études scientifiques sur l’IA

    Le tout premier article avec le terme « intelligence artificielle », indexé dans la base Medline, remonte à 1951. Actuellement, plus de 16 000 articles paraissent chaque année sur l’IA, rien que dans les revues scientifiques. Certaines d’entre elles suggèrent que les capacités diagnostiques du deep learning (apprentissage automatique) seraient supérieures à celles des humains, suscitant de fait un grand enthousiasme. Ces travaux prédisent même la disparition de disciplines entières ou la création de nouveaux rôles pour les médecins, tels que des « spécialistes de l’information ».

    Comme l’imagerie médicale est l’une des sources les plus précieuses d’informations pour établir un diagnostic, et que les ressources humaines manquent pour interpréter ces images, le diagnostic automatisé par le biais de l’IA apparaît comme une solution.

    Les capacités de diagnostic de l’IA sur imagerie passées au crible

    La Food and Drug Administration (FDA) américaine a aujourd’hui approuvé plus de 30 algorithmes d’IA. En prévision de la mise en place de tels outils de diagnostic dans la pratique clinique, une équipe internationale de chercheurs a souhaité examiner systématiquement l’ensemble des preuves étayant le diagnostic fondé sur l’IA.

    Les auteurs de l’étude ont donc identifié près de 32 000 études portant sur le diagnostic à partir d’images médicales via l’intelligence artificielle. Seulement 82 d’entre elles ont été incluses.

    Les résultats de leurs travaux ont été publiés le 25 septembre 2019 dans The Lancet Digital Health.

    Résultats : une faiblesse méthodologique

    • 1 % des études reposaient sur une méthodologie solide avec des résultats confirmés par des experts indépendants.
    • 25 études seulement avaient validé leur modèle sur un autre échantillon.
    • 14 études seulement avaient comparé les résultats obtenus par les modèles d’apprentissage en profondeur et les professionnels de santé sur le même échantillon.
    • la performance diagnostique des modèles d’apprentissage en profondeur était globalement équivalente à celle des professionnels de la santé.

    Cette revue est la première, publiée à ce jour, à comparer systématiquement l’exactitude diagnostique de tous les modèles d’apprentissage en profondeur par rapport aux professionnels de la santé utilisant l’imagerie médicale.

    « Bien que cette estimation semble corroborer l’affirmation selon laquelle les algorithmes d’apprentissage profond sont équivalents en termes de précision au niveau du clinicien, il convient de prendre en compte plusieurs déficiences méthodologiques communes à la plupart des études incluses », écrivent les auteurs de cette revue systématique. Le fait que très peu de travaux faisaient état de comparaisons avec des professionnels de la santé utilisant le même ensemble de données de test, il est prématuré de généraliser ces résultats.

    De plus, « très peu d’études prospectives ont été réalisées dans des environnements cliniques réels, précisent les chercheurs, ajoutent-ils. La plupart des études étaient rétrospectives, in silico et basées sur des ensembles de données précédemment assemblés ».

    Comparer homme et IA est « hasardeux »

    « On peut peut-être conclure que, d’après le maigre corpus disponible de travaux comparant l’IA aux médecins, l’IA ne fait pas moins bien que les humains. Mais les données sont limitées et il est encore trop tôt pour le dire », juge Tessa Cook, professeure assistante de radiologie à l’université de Pennsylvanie (Etats-Unis), dans un commentaire indépendant sur l’étude. « Comparer les deux est hasardeux », ajoute-t-elle, rappelant que les médecins travaillent dans le vrai monde, où les données médicales sont « brouillonnes, difficiles à cerner et imparfaites ».

    Les chercheurs en concluent qu’il existe « une grande incertitude quant aux estimations de la performance diagnostique fournies dans notre méta-analyse exploratoire et nous devons souligner que des estimations fiables du niveau de performance ne peuvent être obtenues que par des études bien conçues et bien exécutées qui minimisent les biais et transparentes ». Et « parmi ces quelques études, nous avons tout de même constaté que l’apprentissage en profondeur pouvait en effet détecter des maladies allant du cancer aux maladies des yeux aussi précisément que les professionnels de la santé. Mais il est important de noter que l’IA n’a pas largement surpassé les diagnostics humains ».