La possibilité d’utiliser des humains virtuels pour diagnostiquer des troubles mentaux comme la dépression, c’est ce que rapportent les travaux de chercheurs bordelais rendus publics le 2 mars 2017.
Ce nouvel outil numérique prend la forme d’un agent conversationnel animé dont le développement a été basé sur des scenari médicaux mimant un entretien clinique avec des interactions empathiques.
Les résultats de l’étude menée par les chercheurs du laboratoire Sanpsy (Sommeil-Addiction-Neuropsychiatrie; unité CNRS & Université de Bordeaux) indiquent d’une part que la capacité diagnostique de cet outil augmente en fonction du niveau de sévérité des symptômes dépressifs, et d’autre part qu’il est bien accepté par les patients.
Selon les chercheurs, des études relatent des lacunes présentées par les agents conversationnels de type Siri face aux interrogations et attentes exprimées par des individus en souffrance psychique, notamment de par la faible capacité d’empathie d’agents vocaux dépourvus d’interactions physiques.
Pour y pallier, l’équipe de chercheurs bordelaise a élaboré un entretien entre un humain virtuel et un patient à partir d’un référentiel médical validé (DSM-5 pour Diagnostic And Statistical Manual of Mental Disorders qui correspond au manuel qui classifie l’ensemble des troubles psychiques répertoriés, utilisé par les psychiatres du monde entier pour orienter leur diagnostic) qu’ils ont enrichi à l’aide de tournures de phrases, d’interactions gestuelles et faciales afin de favoriser l’implication du patient dans l’échange.
Ils ont ensuite testé la performance de diagnostic pour le trouble dépressif caractérisé à travers une étude incluant 179 patients. Leur expérience était basée sur l’identification par « Julia » – l’agent conversationnel animé – de symptômes spécifiques chez des patients venus en consultation externe.
A terme, l’objectif est de pouvoir mettre en place des entretiens cliniques standardisés en soutien des consultations médicales, afin d’assister les praticiens dans l’optique d’un diagnostic plus rapide des patients non identifiés comme dépressifs. Par la suite, un suivi médical de qualité au domicile du patient pourrait être envisagé.
Les chercheurs précisent que leurs travaux s’inscrivent dans une idée d’hôpital numérique pour assurer un continuum de prise en charge des services hospitaliers jusqu’au domicile des patients afin d’augmenter l’autonomie de ces derniers.
Leur étude « Virtual human as a new diagnostic tool, a proof of concept study in the field of major depressive disorders » a été publiée dans le revue Nature le 16 février 2017 et est accessible via le lien ci-contre : Publication