« Le dispositif seul a de moins en moins de sens, en termes de développement, il est désormais de plus en plus nécessaire de prendre en compte un package complet, pour les start-upper comme pour les pouvoirs publics », tel est l’un des points essentiels abordés par le Professeur Jean-Yves Fagon, délégué ministériel à l’innovation en santé, lors de sa conclusion de la matinée de la 3e journée des start-ups innovantes du dispositif médical qui s’est tenue à l’Institut Pasteur le 31 mai 2017.
A cette occasion, Jean-Yves Fagon est également revenu sur les différents obstacles rencontrés par les start-ups et a proposé plusieurs marges d’amélioration.
Selon Jean-Yves Fagon, les pouvoirs publics comme les porteurs de projets omettent d’intégrer dans leur mécanique de fonctionnement et raisonnement la simple interrogation « Où en est-on dans le développement ? », ce qui constitue une difficulté dans l’élaboration d’un programme rapide et efficace dans un contexte toujours en mouvement.
Deux facteurs-clefs pourraient selon lui pallier à une définition souvent trop tardive du projet :
– parvenir à intégrer la notion de temporalité le plus précocement possible,
– prendre en compte l’aspect multi-dimensionnel des DM.
Il reconnaît à ce propos que ce dernier point est un défaut imputable aux pouvoirs publics qui ont tendance à se focaliser uniquement sur l’aspect médical alors que quelle que soit l’innovation il faudrait développer les impacts potentiels et/ou réels générés par cette dernière tout en prévoyant préalablement son appréciation et évaluation.
Évoquant la « folle complexité » de notre système, le Professeur Fagon insiste sur la notion d’intérêt qui existe à assurer le suivi, que ce soit en termes de confiance entre les institutions, les porteurs de projet et les industriels; aussi bien qu’en termes de coordination : une communication précoce est selon lui indispensable à la mise en œuvre d’un programme compatible.
C’est pourquoi il estime qu’un effort de lisibilité doit être effectué, par les start-upper autant que par les décideurs et financeurs.
Il indique par la suite que malgré l’émergence de convergences, un verrou bloquant le système subsiste : l’évaluation de l’innovation. Selon lui « la mécanique d’évaluation n’est pas de faire avancer la science mais d’aider à la décision ». L’objectif de l’innovation résiderait en effet dans la pertinence de l’aide à la prise de décision des décideurs. Pour ce faire il ne faudrait pas se cantonner à la seule évaluation clinique mais additionner les évaluations économiques notamment.
Un levier d’amélioration repose selon le Professeur Fagon sur l’information et la formation à l’innovation.
Il considère que la nécessité d’adaptabilité perpétuelle provoquée par l’innovation est très compliquée à intégrer dans les activités hospitalières par exemple : les professionnels de santé tout comme les patients et leur entourage ne sont pas en mesure d’effectuer le meilleur usage possible des innovations.
Reconnaissant que la communication est toujours très bien réalisée, il pointe néanmoins le manque d’intégration des conditions d’exercice dans l’explicitation des projets : il s’avère indispensable d’élaborer une formation à l’innovation en elle-même, ainsi qu’à son impact sur la vie des professionnels de santé et des patients.
Il rappelle qu’un des freins majeurs est inhérent à la logique du système de santé français : l’omniprésence de la volonté constante de tendre vers le risque zéro.
Il conclut en proposant des marges d’amélioration :
– simplifier le lien pour une meilleure compréhension entre les pouvoirs publics, les industriels et les start-upper, dès les stades les plus précoces;
– réciprocité de la lisibilité entre les pouvoirs publics et les porteurs de projet, tout en incluant les professionnels de santé souvent sous-informés et qui ne sont pas intégrés dans la mécanique de développement de l’innovation, au même titre que la population.