Nadia Frontigny, présidente du groupe de travail Silver Eco Syntec, fait le point sur l’état de la filière silver eco à l’occasion de la présentation à la BPI du patch SELP, un produit à haute composante technologique, en faveur du bien-vieillir.
Les travaux du Syntec Numérique ont contribué à identifier les différents marchés au sein de la filière silver eco: le marché du bien-vieillir, le marché de la montée en fragilité et le marché de la dépendance. Malgré l’effort de la puissance publique en termes de financement dédiés à la filière, les nouvelles technologies peinent à s’installer dans les établissements de santé pour cause de problèmes organisationnels. Les industriels sont prêts depuis longtemps et proposent déjà des solutions de haute technologie au service du bien-vieillir et n’attendent que l’impulsion politique.
L’introduction des hotlines chez les prestataires de service et l’exploitation des données que la technologie actuelle rend possible vont permettre de lever le frein à la plateformisation des services.
Les assureurs et les mutuelles doivent ont un véritable rôle à jouer en prendre le relai du financement.
Trois marchés et des problèmes de fond
Les travaux du Syntec numérique depuis 2013, dont l’une des missions est de définir une vision de la transformation numérique du système de santé, ont révélé que le déclencheur de la transformation du système de santé français est la montée en fragilité d’une génération toute entière et qu’il faut trouver une réponse d’accompagnement de cette montée en fragilité.
Le marché de la silver économie a été évalué à plusieurs milliards d’euros en 2013, mais est loin d’avoir tenu ses promesses en termes de développement économique. En termes de structuration néanmoins on peut parler actuellement de 3 marchés:
– le marché du bien-vieillir : il couvre les jeunes retraités qui sont tous connectés, présents sur Internet et friands d’objets connectés, ce qui s’explique par le pouvoir d’achat des plus de 75 ans bien supérieur au pouvoir d’achat des moins de 25 ans ;
– le marché de la montée en fragilité qui couvre les activités et services liés à la prévention et au suivi médical à distance dont la principale problématique est celle du suivi, confronté à une absence de financement ;
– le marché de la dépendance qui se rapporte principalement aux personnes dépendantes résidant en établissement spécialisé et dont la principale caractéristique est le recours à la télémédecine qui, pour cause de problèmes organisationnels, a du mal à se faire une place malgré une règlementation favorable en termes de financement et de la définition de requis.
Les industriels se sont rapprochés des établissements dédiés aux personnes âgées et innovants qui ont conforté les industriels dans leur démarche. La vision de transformation numérique du système de santé des industriels a été traduite en un Livre blanc axé sur le financement de cette transformation.
Le financement du numérique est vain sans un changement du schéma organisationnel
Le réel problème de la filière est d’ordre organisationnel. Et au-delà du financement qui est déjà alloué à la filière, il faut revoir sa nature, car ce sont actuellement les actes qui sont financés et non les structures. Dans le cadre du suivi clinique à domicile (SCAD) de patients insuffisants cardiaques, le financement de l’acte est prévu, mais pas le moyen de réalisation de l’acte, alors que les acteurs savent tous qu’il passe par une plateforme d’appui.
La révolution dans les entreprises de service passe par l’introduction des hotlines et l’exploitation des données
La transformation numérique consiste en la transformation complète de toutes les entreprises de service. Elle passe par la mise en place de hotline notamment, point de mutualisation de contact physique, qui est à la convergence des télécoms et du numérique, et l’association de celle-ci aux objets connectés.
Les objets connectés ont leur rôle à jouer car ils sont la porte d’entrée vers le big data et que l’analyse afférente permettrait de faire des prévisions et des anticipations. En soi ils n’ont pas de pouvoir transformationnel s’ils ne sont pas associés à des méthodes d’analyse de données qu’ils permettent de recueillir.
Les assureurs et les mutuelles doivent prendre le relai du financement
Il se pose la question de la source de financement. Sachant que la prévention ne permettra pas de réduire les dépenses de santé, ce qui oblige les acteurs à trouver du financement neuf. Il est à trouver auprès des personnes elles-mêmes, qui investissent dans la prévention en achetant des objets encourageant le bien-être, ou les assureurs et les mutuelles qui sont en train de révolutionner leurs activités.
Actuellement, la prise en charge des personnes âgées se fait par l’assurance maladie et l’assurance vieillesse en s’appuyant sur la solidarité nationale. Les assureurs n’ont aucun rôle. Les cotisations qu’ils perçoivent devraient servir à financer des projets industriels en vue de proposer des produits et services développés à leurs assurés et bénéficiaires. Les industriels développent les équipements, les organismes d’assurance santé ont le financement et le lien entre ces deux acteurs réside dans les plateformes de service qui sont le liant métier.